‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 272 sur 279 · ICRIT DÉNONCÉ DANS LA LETTRE PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

ICRIT DÉNONCÉ DANS LA LETTRE PRÉCÉDENTE

Aox électeurs du département de Selne-et-Mame.

I^ lois d'un peuple sont rarement applicables à un au. R; de même les Institutions d'un siècle peuvent ne pas SMièrement convenir au siècle qui le suit. On demanda tSoloD si les lois qu'il avoit données aux Athém'ens étoient KmdUeores. « Je leur ai donné, répondit-il, les meil- 'kores de eeUes qu'ils ponvoient souffrir. * Parole admi- ^> et qui a été la règle du Solon de la France.

U Charte qoe le roi nous a donnée n'est pas seulement 'npression de la volonté souveraine, elle est celle de nos letoios et de nos vœux. Elle consacre à la fois le principe le h monarchie et celui d'une sage liberté. Elle est la coniiisiMi des dissensions qui, depuis vingt-cinq ans, ont 1^ notre patrie. Elle nous préserve pour toujours des I^Bx qui n'ont cessé de signaler l'époque désastreuse de lotre révolution, l'anarchie et le despotisme.

Ce ne seroit pas en vain que l'esprit de parti chercheroit • > léToqoer en doute le mérite d'un pareil bienfait ; il reçoit ea prix et de la main dont il sort , et des droits qu'il étaiKt OoTrage de la légitimité , il a le caractère de la durée iiiimie les préceptes divins. Dicté par la modération , dans e bat de la tranquillité, on ne sauroit le changer ou l'ai- ^ sans sortir de la noodération et de la tranquillité. Ce P*<in penple a obtenu en ce genre devient sa propriété ir- ^ocaUe, et la volonté générale y adhère si fortement, |oe ce n'est point sans de violentes secousses et de cruels Virements que Ton parviendroit à l'en dessaisir.

I^ roi, dont toutes les actions tendent à l'utilité publi- P^> et qui par conséquent est l'organe et l'arbitre de la '^tégénénOe, a senti qu'une Chambre qui avoit voulu ''^ler an pacte de famille n'avoit point rempli le vœu de ■es commettants. 11 en a ordonné la dissolution , et a con- ^<M|aé de nouveaux députés. Cet acte important a raffermi

CniTEAUBRlATin. — TOME II.

sur sa base la Charte constitutionnelle â>ranlée par quelques atteintes , et consacré le grand principe de Tinviolabilité de hi loi fondamentale. Bien plus , il nous assure cette paix intérieure que nous ne pouvons obtenir que dans le calme des passions et qu'à force de sagesse.

Les collées électoraux vont s'assembler pour remplir la plus importante des missions. Dans une circonstance aussi solennelle, le premier devoir d'un électeur doit être de réfléchir sur la nature de ses fonctions.

Un électeur, comme un député , est un fondé de pouvoirs. Ainsi, il doit apportée dans l'assemblée dont il fait partie une connoissance approfondie des vœux de ses concitoyens. Il doit ne consulter que sa conscience; mais sa conscience ne sera véritablement éclairée que quand il aura étudié l'esprit public. Qu'il fasse abnégation de tout intérêt personnel, et dât-il , comme Aristide le Juste, graver sur la coquille du paysan son propre ostracisme , il aura fait son devoir, s'il a exprimé la volonté de ses commettants. Le roi lui-même n'a-t-il pas donné l'exemple de cette sublime renonciation , en se dépouillant d'une portion de son autorité pour en agrandir le domaine de nos privilèges ? et quel audacieux voudroit se prétendre plus sage et plus juste que le roi? Et si ce prince s'est conduit ainsi, c'est parce qu'il a appelé l'expérience au secours de la théorie des lois.

Nos vœux sont de jouir des Institutions libérales de la Charte; nos besoins sont la modération et la tranquillité. Les passions sont de mauvais conseillers; nous en avons (ait la triste expérience; il faut qu'elles s'éteignent, et que la raison, l'amour du bien public, l'oubli des dissensions et des erreurs, soient désormais les vertus de ceux que nous associerons au gouvernement. Le Moi et la Charte, ces deux noms renferment tout ce que veulent les Fran* çois. Le rot présente ce que la légitimité a de plus impo« sant , tout ce que le bienfait a de plus sacré ; la Cliarte est inséparable de lui , parce qu'elle est le lien qui unit le roi et son peiTple : vouloir séparer l'un de l'antre, c'est voufoir annuler le plus sain des contrats, bannir la bonne foi de la terre, isoler le père de ses enfants.

Ainsi un électeur doit fkire tous ses efforts pour arriver à l'assemblée exempt de passions et de préjîpgés : son opî* nion se sera formée d'avance de l'opinion des hommes sages et éclairés de toutes les classes. S'il appartient à l'une d'elles, il sortira de sa sphère pour connoltre le vœu des autres, parce que la représentation législative n'est paa celle d'ime corporation ou d'une classe en particulier, mais bien l'expression de la volonté générale, et que le plus grand écueil que nous ayons rencontré, dans les assemblées délibérantes a été l'esprit de corps et de parti.

C'est après cette étude réfléchie que celui qui est appelé par ses concitoyens à donner son suffrage , saura distinguer les hommes dignes de siéger dans l'assemblée de nos députés. Déjà la voix publique les désigne , en même temps qu'elle fait connoltre ceux qui sont jugés Inhabiles à remplir d'aussi importantes fonctions.

Ainsi l'anarcliiste qui, pendant nos discordes civiles, a appelé la proscription sur la tête de ses concitoyens ; celui qui , dans les assemblées tumultueuses qui se sont succédé , s'est fait remarquer par l'exagération de ses opinions et de ses discours, et s'est montré l'ennemi du roi et le partisan de la démagogie , n'est pas celui sur lequel doivent se réunir les suffrages.

DOCUMENTS 6ÉNÉRAUX.

Celui qui veut U coDslitution sans le roi, qui rêve enoore U république, ou donl les vœux impies appeileat un usurpateur quel qu'il soit, et que rieo n*a pi| guérir de eette naaladie anarcbique, ne sauroit être encore le député que nous cherclioiis.

Ne seroit-ee pas une sorte d'opposition aiiv volontés du Foi , que de donner sa voii è celui qui veut |e rgi sans la Cbarte, le rétablissement de privil^e^ détrqits et oubliés , l'anéantissement des institutions libérales; qui aspire | Fteoler l'opinion d*un demi-si^le, et à repl^r la France sons un ordre de choses dont las éléments n'existent plus ? Le fonctionnaire qui a abusé de son autorité pour rendre suspects au gouvernement des habitants paisibles; qui B*a pardonné ni à l'erreur, m' à la foiblesse; qui s'est érigé en persécuteur, et ne s'est cru envoyé que pour être un ministre de vengeances; celui-là n'eat point digne de siéger dans l'assemblée de nos représentants.

Celui qui , se disant l'ami du roi, condanme la modéralion et la traite de malveillance; qui frappe d'anatbème toute une province où les habitants obéissent aui lois, pay^t les impôts, cultivent paisiblement leurs champs, et adorent dans le fond de leur cœur les vertus d'un roi juste et bienfaisant auquel ils doivent leur repos; qui se taunnente et s'agite pour trouver d'invisibles ennemis; qui jette la méfiance et le soupçon sur les magistrats les plus fidèles; cehii-1^ , disje , n*aufa poût la voix d'im ami du roi et de la Charte.

L'ambitieux , quelle que soit sa conduite passée , quelles que soient aes opinions, qui n'aspire à siéger dans la Chambre des députés que par des vues d'intérêt personnel; qui ne voit dans cette dignité qu'un moyen de parvenir à de plus hautes fonctions, et seroit disposé à traiiir les intérêts de ses conunettants et à vendre ses opinions à l'intrigue, doit être écarté d'un poste où l'amour du bien public doit être le seul guide.

Un député doit vouloir la légitimité et la Charte , être exempt de passions , avoir un grand dévouement à la chose publique , et n'être imbu ni des erreurs révolutionnaires , ni des préjugés anticonstitutioonels. Il fiiut qu'il ait un cosur droit, un esprit juste , un amour ardent pour le bien de l'État , et qu'il sacrifie , au besoin , ses propres intérêts à la prospérité publique. Si, à ces qualités essentielles, il joint Fexpérience des affaires et des talents distingués, il apportera dans les grandes discussions d'importantes lumières. Mais le dévouement au roi , le bon sens et la modération doivent passer avant tout ; car les talents sans la vertu ne sont souvent que des poisons.

Us existent parmi nous, ces hommes dignes de confiance et d'estime, et j'oserois les noouner en toute antre circonstance. Dans celle qui nous occupe, U est permis à tout ami de son pays d'exercer sur ses concitoyens une influence morale, de Ihire un appel à la concorde, de proclamer des vérités utiles au bonheur de tous ; mais la brigue doit être écartée de nos oomtces; l'honnête homme n'a pas besoin de tels moyens , et la corruption des voix ne peut produire que le choix d'hommes co/rompus.

Le magistrat qui a vieilli irréprochable dans de pénibles travaux ; l'administrateur édahé qui est resté fidèle au roi , à ses devoirs et ans règles de la modération ; le propriétaire dont les faitérêts sont si étroitement liés à ceux de l'ordre public; le commerçant qui vivifie les canaux de l'hidustrie, et a fait un honorable usage de sa fortune ;

celui qui , conqitant d'iUn&tces aieux , et portant oa aoai recommandable, a cependant suivi (a marche de m siècle, et soumis à l'empire de la raison et de UjiBtitt ses affections héréditaires , sont Clément dignes de m suffrages. C'est dans le but du maintien de la légitinié et de la Charte que la représentation doit être fonnée; et la légitimité et la Charte ne peuvent être respectéact maintenues que par des hommes [éloignés des euà % posés , çt capables d'apporter dans la discussioa k calie e( l'iippartMifiilé qu'exigent les iptéfêts de la France, ts* cune classe n'est exclue de cet honneur, on plotât loaiei les classes de la société ne doivent former qu'une «de et même famille , ayant on but et di^ droits cooioubk. Électeurs! le bonheur de notre pays est en toi mûtt; du clioix que tous allez faire dépendront notre prospédie, notre repos et notre avenir. £st-il un sujet plus ioipofat de méditations? Quels regrets, si vos délégués ne répndolent point dignement à votre attente! QaeQe resp» sabilité vous auriez à encourir À l'égard de tm on» toyens, si leur espoir et leurs vœux éioient décos! Xii vous entendrez la voix de la patrie q\d vous adressées paroles , désormais le ralliement des François : Le B»tt la Charte, modération et justice; et ces mêmes pnés seront le mandat que vous donnerez à vos délégua

Un habitant nu OÉPARTF.VEXT^

Page 1