DÉSA'VEU DE LA PIÈCE N
il est de notre detoir de dire que la lettre dont il est id PKstknétoit l'ouvrage d'un des rédacteurs de ce journal, tB'eile renfermoit l'expression de son opinion trés-îndéttdante , et qoe Msr le ministre de la police générale , pensât qoe cette opiiilon étoit énoncée en termes faits pour Ansêr les membres de la majorité de i'ahdeiinë bhaibm, crut devoir arrêter l'envoi du numéro ft h poste , bien lo'imenole du rédacteur du journal adoddt et restrdgntt ^^cQuple sens des expressions dont s'étoil iieHri Taoteor
' ITert-ce pas une diose MnguHère que Stgr le ministre des ■*ooei et M. le préfet d^ Toulouse aient commis la même wle et défiguré de la mèmç' manière le texte de la clrcuure de M. le comte Decazes? voyez le n* i et le n» 3 (à TexnH des Idstrnctions) qui parient aosd des désignations à ■R par les autùrités locales.
de la lettre. U est surprenant que l'on ait argumenté contre la validité des élections du département du Lot, d'un numéro de journal qui n'a pu chculer que dans Paris ^
Pièce à l'appui d*un lUt mentionné dans le Xémoire n* s.
Je» Jean-François de Saunhac de Belcastd, premier vicaire général, président du chapitre de Cahors, gouvernant et administrant le diocèse en l'absence de monsd^ gneur révêque,déclare|, sur la demande qui m'en est faite, et pour rendre hommage à la vérité, qu'ayant été invité par M. le comte Lezai Mamézia, préfet du département du Lot, de passer chez lui le samedi 5 octobre courant, entre onze heures et midi, et que, m'y étant rédlement rendu» ce magistrat commença par me reprocher d'avoûr parlé làTorablemrat des députés de ce département à la dernière Chambre, à ceux de MM. les électeurs de 1816 que des affaires ecclésiastiques, ou le plaisir de me voir, avoient conduits chez moi depuis qoe les élections étoient oommencéesl; qu'il me porta ensuite plainte sur la présence de plusieurs ecdésiastlques^e la campagne, qu'il prétendoit être Tenus en ville pour fave porter les voix sur MM. lesdits députés , me disant que le roi ne vouloit point qu'ils fussent réélus; et «joutant avoir reçu dix instructions différentes , qui contenoient cette exclusion , particulièrement une , dont il me lut qudques lignes , que |e ne trourai point avoir le sens qu'il lui dounoit, [laquelle il me présenta comme signée du roi lui-même, sans cependant me (aire voir la signature de Sa Majesté. Je dédare ensuite que M. le comte Lezai Mamézia , se trouvant embarrassé pour détruûe les observations que je lui fis contre la réalité de l'exdiislon royale des anciens dëptttéft, et todiant cependant la soutenir, me dit que Sa Majesté s'y étoit déterminée par le motif de leur trop grande exaltation dans la dernière session , et que notre conversation se termma par- ma réponse que je ne vbyois dans l'ordonnance du 5 septembre deniier qu'un motif, cdui de rétaUir les membres de hi Chambre des députés à Tâge et au nombre prescrit par la Charte; et qu'on ne ponvoit, sans vonlob se jeter dans l'arbitraire , en supposer d'autre qde celui exprimé par le roi lui-même à tonte la France dans son ordonnance , qui ne laissoit même pas présumer la plus légère défense de renommer ceux des andais députés que les collèges éleetoraux jugat>ient propres à consolider l'autorité royale et la légitimité. Je déclare enfin être parilûlement convaincu que la trè»grande majorité de MM. les électeurs du département du Lot, laissés & leurs propres et véritables sentiments, comme dans l'entière liberté de leur choix, eus* sent, par attachement pour leur roi et stm auguste dynastie, réélu leurs quatre députés à la dernière Chambre > comme leur étant connus par leur sagesse, leur véritable dévouement au trAne, et leur fidélité aux Bourbons. A Cahors, ce 36 odobre 1816.
Si^gné l'àbbë de SicRUii:, ticàll^ généi«l.
Yu pour légalisation de la signature de M. l'abbé de Saunhac, ^caire général.
Cahors, le 26 octobre 1816.
LenudredeUville,
Signé Ukic Belvincocrt, adjoint.
* M. le rédacteur auroit raison si la pièce, qui n'a pu dr-
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Pièce à Tappoi du Mémoire'D<* 8.
Je soussigné certifie que , le 2 du présent mois , M. de Lezaj Marnézia, alors préfet du département du Lot, me fit préTenir de me rendre chez lui vers midi; que, m'y étant rendu , il me reprocha d'avoir improuvé sa circulaire aux électeurs, d'aroir en cela manqué de respect à l'autorité, et de m'élre donné même des mouvements pour influencer les élections; sur quoi je rendis que cela ne me regardoit pas ; mais que , du reste , si on laissoit les choix libres , MM. les électeurs du collège du département étoient incapables de choisir des députés autres que ceux qui sont attachés au roi et à son auguste ftimille ; et je lui aioutai que les choix faits en 1^15 justifioient mon opinion ; et je lui dis même que ce qu'il y avoit d'alarmant pour les vrais amis du roi, c'étoit de voir cette réunion de jacobins qui avoient assiégé le collège d'arrondissement. Le préfet m'observa alors que cela ne me regardoit pas, qu'il falloit laisser agir l'autorité, et que l'intention du gouvernement étoit de ne pas permettre que les anciens députés Aissent réélus. En foi de quoi me sui» signé, à CalMurs, le 22 ou* tobfe 1616.
Signé Càlmbjanb, avoué licencié.
Yn pour légalisation de la signature ci-dessus.
Cabors, 26 octobre 1616.
Le maire de la ville, Signé IsAAC Delvinoouet, adjoint.
N» 15 (59 bU).
Nouveau Mémoire en oonflnnatlon du Mémoire n* 8.
" A monsieur le président de la Chambre des députés et à messieurs les membres qui la composent.
Messieurs, les instructions, les proclamations et les let. très circulaires, contenues dans les imprimés joints à une pétition qui a dû être présentée à la Chambre , suffiront à vos yeux pour vous convaincre des dessems de M. le préfet Lézai Marnézia , et de la part active qu'il a prise dans ces mêmes résultats.
Uue infinité de fkits graves qui ont précédé et accompagné les élections viennent à l'appui de cette vérité, et leur preuve se fera aisément sur les lieux si vous la jugez nécessaire. Elle vous convaincra , messieurs , qu'on a gagné une partie des électeurs, en leur faisant accroire que le roi ne vonloit pas d'anciens députés ; qu'ils étoient ses ennemis ; qu'ils avoient voulu rétablir la dtme et les rentes, et dépouiller les acquéreurs des biens nationaux ;
Que les personnes honnêtes qui se permettoient de raisonner sur le véritable sens de rordonnance du 5 septembre étoient mandées à la préfecture , grondées sur leur pré* tendue indiscrétion , et menacées ;
Que d'autres personnes revêtues d'un caractère respectable avoient été chassées de \r vUle, sous le faux prétexte qu'elles s'y étoient rendues pour diriger les voles sur les anciens doutés;
Qu'au collège de rarrondissement de Cahors , un des an-
euler que dans Paris , n'avoit été rébnprimée à Cahors , chez Ramel , imprimeur de la préfecture. Je possède Toriginal de cette réimpression.
dens députés ayant obtenu le plus grand nombre de softs, ges lors de la sortie du premier candidat, on <leelear ^ canton de Castelnau se rendit sur la place ob un eotm nombre d'électeurs se trouvoient réunis, et qe'il leur dit à haute voix que le préfet l'a voit chargé de lear^dédaRr que s'ils persistoient à donner leurs suffrages à otMspÉi^ il dissoudrait rassemblée, parce que le roi ne vookilpi des anciens députés , et que le prâét dutàcet ontcv au halles une seconde candidature;
Qu'il avoit été fait un appel à tous les ennemis ds 9» veroement pour accréditer cette insigne fausseté, et podamer d'avance ceux qu'il fUloit diolsir en abosaatdom du roi;
Que leschefe de file de cette honorable dientèkétoiai des sottSi>réfels , des magistrats , des oonseillers de prél» turo, des juges de paix et d*andeus fapctiomisiits à» titués ou occupant les premières places;
Que pour avoh* la force armée à leur dispositioo, ib m écartèrent les deux diefe supérieurs de la geoduistrie, l'un en le mettant aux arrêts, soos un prétate àépià, tandis que son véritable tort étoit d'avoir dit dan bb ctr de que le préfet n'étoit pas éligible dans ce d^Milenest; et l'autro, en l'envoyant, sur la réquisition du préfet,! l'extrémité du département, soil pour y arrêter dci pié venus de vol et d'assassinat remontant à des épotinn 1» culées; dont l'un étoit d'ailleurs constitué prisoBsicr é» puis six mois, et dont les autres Joaissoient de leur IM sur le refus du procureur du roi de décerner de bubU contre eux, soit pour prévenir les troubles doBt ii tIi de Figeac étoit, disoiton, menacée, tandis que olleiii jouissoit de la plus parftite tranquillité , quoéqoe le péU eût appelé et retint près de lui le sous-préfet, et qai li procureur du roi et le auàre fussent absents, sIba qKli tout doit résulter plus amplement du proeès-verbsldecel officier supérieur envoyé au ministre de la guerre;
Qu'au premier tour de scrutin, deux ancins éèféà avoient obtenu la presque minorité des sufiFBges;qKli secrétaire intime du préfet, quoiqu'il ne fôt pu élecfear, resta constamment dans l'assemblée et auprès dn «a^ taire de cette assemblée; que la séance ne fut tmfojk au lendemain que pour avoir le temps de faire «ira des électeurs qui, à cause de leur félonie, n'avoiiBtM^ d'abord se présenter ou pour gagner ceux qui leor SToieil résisté;
Qu'après les trois premiers députés pris dans le pn^ qui s'opposa constamment à l'dection des ancieoi, k m^ jeure partie de rassemblée s'étant liautemeot proMSoÉ pour l'un des quatre anciens députés, le scrutiD fotdécM nul au moyen de deux billets en sus du nombre deiveM qui furent trouvés dans la boite;
Que la séance ayant été renvoyée au IcndcouiB p« continuer l'opération, on ne vit plus dans lasBHeqBeli partie saine de cette assemblée , à l'exception de ttmêif teurs qui refusèrent de voter, et de deux aoties à dodk face qui , pour n'avoir pas l'air d'être de la coalitioB, ^ rent, ainsi que le tout doit résulter de la liste des toWH signataires, qui est restée au pouvoir du présideDli «■> parée avec cdle de la totalité des électeurs;
Que le scrutin est resté ouvert pendant deux jwrs ^ qu'aucun électeur de ce j^rti se soit préscnlépoor (^ pléter la majorité requise, quoiqu'ils se moolruccBldtfS la cour de la préfecture, dans les promenades, à k9m^
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lie, e( qu'ils n'aient quitté la Tille qu'après que le délai Mwr Toter a été expiré;
Qu'enfin leor conduite à la comédie, et Flnertie du préet à cette occasioo , ont dû affliger tous les sujets fidèles u roi, puisque après s'être inutilement opposés au chant rooe cantate dont le refrain est Vive le Roi! vive la France! ils accompagnèrent ce refrain de coups de silflets.
lliis tous ces faits , et beaucoup d'autres que nous pas- MMflons silence, nous paroissent de surérogation pour [Me lessortîr les nullités intervenues dans les délibéralioos de cette assemblée , et venger par ce moyen l'outrage Ut à ce département, en ramenant par séduction, par DKssces et par violence, la majeure partie des électeurs lox écarts déplorables de 1793. Nous allons nous borner karticQler les nullités prises en majeure partie dans les actes de cette assemblée , et sur autres pièces jointes à Tune des pétitions présentées à la Chambre dans l'intérêt de oedéprtement.
Le premier nooyen de nullité dérive de la séduction et ée h violence que le préfet et ses agents ont exercées sur ■K classe d'électeurs qui leur étoient subordonnés, tant
au moyen de la tournée dans le département , qu'au moyen des circulaires, des instructions, des proclamations qu'il a fiiit répandre à pleines mains , et dont une partie est remise sous les yeux de la Chambre.
Le second DK)yen de nullité est pris de ce que, durant les élections, le secrétaire intime du préfet a été constamment présent, et s'est tenu à côté du secrétaire de l'assemblée , quoiqu'il ne fût pas électeur, malgré que plusieurs électeurs aient demandé au bureau de l'en faire sortir.
Les soussignés, mettant tout intérêt personnel et tout sujet de ressentiment à l'épart, réclament pour le respect dû à la loi , pour le maintien de l'ordre et pour l'honneur du département, l'annulation de l'assemblée électorale du département du Lot.
Cahors, ce II octobre I8I6.
(Suivent quarante et une signatures '.)
' Les quarante et une signatures de ce Mémoire, qui n'a pas été présenté à la Chambre des dépota , Jointes aux quarante-huit du.Mémoire sous le n* 8, forment quatre-vingt-neuf signatures.
POLÉMIQUE
PRÉFACE
le n'ai pas recueilli , dans ce Tolome, tout ce que J*ai poiBé nr les affaires da temps , depuis 1818 jusqu'à I8S7 ; j'ai EU DO choix : des écrits éphémères u'ont d'intérêt que celui Rèoe da momeat Qui pounoit relire des réflexions sur un lodeo badget, ou des raisonnements sur une vieille nouvelle?
rai iail disparoilre aussi de ces feuilles d'un jour les atta- [Des trop personnelles que Justiliolenl et moti voient les circonstances : toutefois, une composition polémiqué a dû ptrder le caractère indiqué par son propre nom.
On pourra remarquer peut-être, dans la variété infinie des q)eU que j'ai traités, ma fidélité à mes principes : la reUgion, eni, la Charte et les honnêtes gens, voilà le texte dont Je ne M Mis Jamais écarté, et que J'ai commenté de mille manières.
Mais deux époques bien différentes divisent naturjellement es deux productions successives de neuf années.
A la première époque , après les Cent- Jours , Je faisols l'éduition constitutionnelle des royalistes; Je comballois la facloDlraoDapartiste, qulcherchoit à réveiller la faction révonUoDoaire,, et J'essayois d'arrêter les gouvernements sur la fnie démocratique où ils s'étoient placés.
A la seconde époque, leis positions étoient changées : les wooapartistes et les révolutionnaires n'existoieot plus; les «yali&tesavoient obtenu la victoire par la Charte, mais beau- XNip d'hommes que j'avois ralliés aux Iil>ertés légales les if oient trahies. Mon pubUc, sous le rapport constitutionnel, l'étoitplns le même; on avoit passé d'une extrémité à l'autre, !t j'étois obligé d'avertir les gouvernements des dangers de 'ûb»UtUtme , après les avoir prémunis contre l'entraînement npoiaiie.
Ces taits sont exacts , ei prouvent que Je suis resté immoiQedans ce qui m'a paru la Juste milieu politique.
Accoutume à respecter mes lecteurs, Je ne leur ai Jamais M une seule ligne que Je n'aie écrit cette ligne avec tout le oin dont Je suis capable. §ans ce témoignage que Je me rends le la conscience et de la bonne foi de mon travail , je n'aurois M Téhnprimé mes opuscules polémiques : il y a tel de ces ipuacuics qui m'a coûté plus de temps et de peine , proporkm gardée, que les plus longs ouvrages sortis de ma plume.
Paris , ce 2a octobre 1818.
Lorsque Bnonaparte eut disparu , fl resta de sa tyrannie les institotions fortes et on peuple obéissant. Avec ces deux léments on pouvoit tout créer, la liberté comme Fescla- ^ : si Ton sentoit le poids da second, on se rapi)eloit esmalhenrs qn'avoit coûtés la première; peut-être désioit-en moins la liberté qiie la fin de l'expression.
Les Boorbons forent et parurent des libératenrs. Qoel- (oes grands cricbiiiels les virent arriver avec remords ; tons M François les reçoi-ent comme Tespérance.
Le roi éloil maître de donner à la France tel gouverne- Bent qu'il eût voolo : toot étoit possible alors , excepté le établissement de l'ancien régime, dont les éléments n'exis- KWBt plos. Nnl doote qoe la constitution même de 1* J^mrire eût para boime avec les Bourbons. La magnanimité k Louis XYIII aima mieux briser nos chaînes que les con- »crer.
Le rei, remonté sor son trône, délégoa radministration de son pouvoir. Ceox qui s*en trouvèrent chargés flrent des fautes de plusieurs sortes : les unes par rapport aux hommes, les antres relativement aox histltu lions. On auroit dû licencier l'armée : si l'on eût pris ce parti , Buonaparte n'aoroit pas fiiit vingt lieues en Fi-anbe après son débarqoement à Cannes. Conserver la presque tolalité des admmistrateors impérlaox , ce Ait une autre erreur capitale. ^
Quant aux faistitotions , la commission nommée pour rédiger les articles de la Charte ne constitua pas assez fortement la chambre des pairs : les privilèges et les substltntions manquant à cette chambre, elle se trouva trop rapprochée du caractère d'one Chambre des dë|)utés. Par une méprise opposée , en ressenmnt le nombre des députés et fixant l'ft^ de l'élection à quarante ans , on donna à la Chambre des députés qnelqoe chose de la cohstitotion d'une Chambre des pairs. Sans soldats forhlés t)out- elle, la couronne resta isolée entre lés deux autres pouvoirs que le temps n'avoit point consolidés : Baonaparle tî'eut qat étendre la main .pour la reprendre.
Après le 20 mars toutes les fautes étoient connues , totis les masques, tombés : on savoit que fklre et qui choisir.
On parut d'abord vouloir prendre la traie route : on paria de substitutions pour la Chambre des f^rs; on changea provisoirement l'âge et le nombre deii députa : (m se proposa de réviser d'autres articles de la Charte.
On écarta beaucoup d'administrateurs ; on en écarta tro)>. Le bon sens prescrivoit de ne pas confier les hautes places à ceux qui venoient de donner des prenves récentes de leur infidélité; mais il falloit épargner les subalternes : le contraire eut lieu. On ménagea les grands*; oii fhippa les petits , ce qui étoit se donner à la fois l'air de la penr et de la vengeance : c'étoit faire beaucoup de mécontents et qhelques ingrats. La justice doit vohr sons son bandeao ; ce bandeau doit la rendre impartiale, non avenue.
La Chambre de 1815 fut convoquée. Jamais b Providence n'avoit tant fait pour le salut d'unroyanme. Après trente années de malheurs , paroissoit enfin une assemblée qui vouloit mettre la religion dans la monde, là morale dans les lois, la force dans Je trône, la liberté chez le peuple , la justice partout. Et , ce qu'il y a de remaïqtiable, les membres de cette assemblée^ qoi àvoient soiti différents chemûis, se rencontroient au même bat : ilb vouloient le bien , ou par le souvenir de leurs maux ; ou par celui de leurs fautes. Ceux que la fortune avoit enrichis, ceux qu'elle avoit dépouillés, venoient, en s*embrassant au pied du trône, lui offrir le sacrifice de ee qu'ils avoient acquis ou perdu. C'est encore faire nn noble présent que donner ce qu'on nous a ravi : beaucoup d'hommes protestent contre leurs malhenn; il y en a peu qui les ratifient.
Les mûùstres pouvoient conduire une telle assemblée avec un fil , la faire marcher avec un mot : ils aimèrent mieux la combattre. Quelques phrases sur la religion , nn cri d'honneur, un vive le roi! leur assuroient une majorité puissante : ils préférèrent se jeter dans la minorité. De pitoyables raisons d'amour-propre causèrent ce mal-
POLÉMIQUE
heur : les intérêts de la Tanité ûirent préférés à ceux de la patrie.
Comme la minorité ne décrète pas des lois, le résultat nécessaire du parti que Ton avoit embrassé fut la dissolution de la Chambre; comme on n'avoit rien fait en cassant cette Chambre si l'on n'obtenoit une majorité , il fallut employer pour l'acquérir toute espèce de moyens : comme une msgorité ne pouvoit être prise parmi les hommes qui composoient la première, on dut la chercher ailleurs. On rétablit Tftge et le nombre des députés fixés par la Charte. Le premier ministère avoit cru qu'une assemblée réduite en nombre , augmentée en Age étoit facile à conduire : c'étoit oublier que la majorité est flottante dans une Chambre peu nombreuse, surtout lorsqu*un cinquième de cette Chambre se renouvelle tous les.ans : c'ëtoit oublier que Tàge de quarante ans est TAge de Tambition et des passions politiques.
Alors un grand scandale fut donné : des commissaires par tirent pour les départements, avec mission de faire nommer ou de faire rejeter les candidats désignés. Des ministres écrivirent dea| circulaires dans le môme esprit, des préfets osèrent eux-mêmes en répandre dans leurs propres et privés noms. Les candidats exclus étoient des hommes tels que MM. de Kergorlay, de Bonald, de VUlèle, de Corbière, etc. Partout on voyoit voter les hommes qui avoient proscrit les Bourbons pendant les CentJours , partout se présentèrent d'anciens agents de police qui , durant vmgt ans, avoient fiiit fusiller les serviteurs du roi. Les individus mis en surveillance par mesure de haute police , en raison de leur conduite après le 20 mars , furent relâchés , afln qu'ils pussent se rendre à leurs collèges électoraux : on vit accourir jusqu'à un homme accusé d'avoir été juré dans le procès de la reine. Voilà ce que les correspoU' dances privées ont présenté à l'Europe conune des élections libres , manifestant le vœu de l'opinion du peuple Ikrançois! Je ne dis pas tout ; des choses que l'on croit cachées me sont connues : j'ai entre les mains un volume de foita prouvés qui serviront à l'histoire.
La double conséquence de toutœd fut de se jeter dans les bras de ceux qu'on avoit appelés , et de calomnier ceux qu'on avoit exclus; il falloit et récompenser des hommes dont on s'étoit servi, et justifier les mesures qu'on avoit prises.
On railla donc aux places les hommes des Cent-Jours, d'où l'on chassa les royalistes. Quiconque dans l'administration avoit fait quelques remontrances contre les nouvelles mesures , ou refusé de les favoriser, fut destitué : amsi tombèrent tour à tour les préfets de Gap, de Carcaaaonne , de Montpellier, de Ntmes , de Mende , de Clernlont, de Moulins, de Bourges, de Niort, de Périgueux, de Laval , du Morbihan , de Rouen , de Tours, d'Amiens, de Bar le Duc , et tant d'autres royalistes dans les plus petites comme dans les plus grandes places. La chose eh est venue au point que , lorsqu'on veut réussir dans une demande, il faut cacher soigneusement ce qu'on a fait pour le trône.
Ce n'étoit pas tout de'repousser en France les royalistes , il falloit les calomnier et les perdre en Europe. Alors commencent ces correspondances privées, où les injures les plus grossières font place aux plus atroces accusations ; moyen de diffiimation inconnu même à Buonapaite. Buonaparte tuoit ceux qu'il esifmoit; il mettoit du prix à la pureté de la Tictime : quand il a déshonoré quelqu^un, c'est moins par sa haine que par sa faveur.
Les concessions faites aux hommes amenèrent les concessions aux principes. Les hommes devenus l'appui du ministère avoient leurs systèmes : il fallut suivre en partie ^«s systèmes, ou courir la chance de se voir abandonné. De là les lois démocratiques des élections et du recrute-
ment ; de là les ordonnances qui en sont dérivées; âe là les entraves que Ton a mises au concordat. L'esprit a suni l'homme, l'opmion est sortie de la diose : mille brodnres, où les principes de la monarcliie légitime sont attaqués , paroissent chaque jour ; mille libelles coatie la reigion, les prêtres et les nobles, sont dmnés qnaad iisK sont pas vendus : tout cela doit être. Si on parti dangacn inquiète aujourd'hui les ministres, qu'ib ne s'en pm* nent qu'à eux-mêmes ; ce sont eux qui l'ont ranimé ao i» ment où il alloit s'éteindre : ils l'ont appdé pour leur ^ sanœ : Dieu veuille que ce ne soit pas pour leur maBiev)
C'est dans cette position que la France, recouvre cala sa dignité et son indépendance ' . Cest un de ces raoneHi qui font la destinée des empires : un ministre qui se k sentiroit pas feroit mieux d'aller cultiver son héritage q« de labourer le champ du public.
Trois opinions divisent aiûourd'bui la France z edie fà t'attache au pouvoir se compose des hommes quloolM qui attendent des places : il fout y joindre les égoûleaqri ne se soucient de rien , les foibles qoi ont peur de toat,il ces hommes errant de maîtres en maîtres, de principes ca principes, qui applaudirent à l'ordonnance da 13 jinHil, qui bémrent celle du 5 septembre, porteurs de toutes In livrées, approbateurs de tous les systèmes, qui s'eflrtymt de penser, qui n'ont pas même l'honneur d'une maoni» opinion.
Ajoutez une portion considérable de ministériels édairéi, pleins d'honneur, de probité , de talents, qui voient lentl comme nous, et qui, se défiant trop de leurs lomièRs, craignent de prendre une résolution. Ce^ hommes oflhnl un espoir à la France : le jour où ils passeront aux ro]i>' listes, dont ils sont tout près par les sentiments, ils lei* drant le plus grand service à leur pays.
C'est avec ce contro-poids que les ministres aetneb v» lent tenir la balance égaie entre les hidépendaolsetlH royalistes. Ce jeu de bascule, qu'on ne peut jowr ka;temps dans un gouvernement rcprésentetif , est près è finû*. Les opinions vont retrouver leur indépéadance anc celle de la patrie : ce ne sera plus par des intrigues ip'M parviendra à les tenir en équilibre.
Les royalistes font la grande division de la France :.à tête de la société et le corps du peuple sont éridemnei royalistes. Les royalistes vont se classer : par ooe iiii|in' dence insigne , on les a jetés dans l'opposition. Oette o^ position^ qui n'existe pas encore hors des cbaodires,si formera, parce qu'elle dérive , comme le crédit, delà aa^ ture du gouvernement constitutionnel.
Les royalistes , bien que plus nombreux que leurs adi» saires , ont, jusqu'à présent , paru plus foiUes , lànte f «v parler et d'avoir un organe. Us mettoient toiQoiin In* espérances dans quelque chose de vague , d'indàioisttkk* l'opposition faisoit peur à leurs vertus. Je les ai ouïs «avent s'écrier : « Comment faire telle chose? eonant « prendre tel parti.' Écrire , parler, se montrer, est tipee a dans nos mœurs, dans nos convenances! »
Erreur que tout cela : nous sommes dans l'empire 4e b Charte; nos devoirs sont changés. Jadis on pouvoil ébe beaucoup par sa position; maùaitenant on n'est qodfV chose que par soi-même : jadis on vouloit des titres; im^ tenant on demande des talents : nouvelle espèce et » blesse qui s'étend dans l'avenir, comme l'andâme damiB passé ; celle-là compte les aïeux , ceU&d , la postérité.
Le refuge des royaUstes est donc maintenant dun ^ opinion. Ils se défendront d'un bout de la Fïanceà ruto par l'uniformité des sentiments. S'ils éprouvent drsiijustices, leurs journaux en dehors, la minorité dam hi deux chambres, élèveront la voix. On soi obligé <ki0 ménager lorsqu'on les trouvera partout prêts i»bin»
1 I La relrallc des alliés.
POLÉMIQUE
malt àTopinioii publique. On n'a pas touIu d*euspoar ^ui, ilfl sont forcés de se constituer opposition , afin de t'élre pas écrasés. Bientôt nous serons étonnés de voir ette opposition croître et s*étendre. Elle brisera la petite Inie de la censure; misérable obstacle qui prouve à quel NHOt le ministère ignore le gouvernement représentatif.
Telle est la position des royalistes ; celle des indépenbats est bien connue. Le ministère est41 assez fort pour stter seul avec ses créatures contre les opinions hostiles pe liii-mème a &it naître, contre les périls qu*il a pla- À insiiae dans les fondements de la monarchie? Quel Mrti Ta4-il prendre? Essayera-t-il de tenir la balance entre Irai opinions , l'une son propre ouvrage , l'autre objet de i haine? Qu'il ne s*y trompe pas, la position n'est plus «qu'elle étoit: chaque opinion, devenue plus libre, va e prononcer plus fortement. Ce que nous avons èomme oi, eomme système administratif, n'est pas complet. Nous K resterons pas où nous sommes; il faudra reculer ou macer : ou nous achèverons de nous précipiter dans la firtie démocratique de la Charte , ou nous remonterons h côté monarchique.
Le ministère se flatteroit-il d'amener l'opinion indépendante à une soumission passive, en lui donnant les fhces,les honneurs, les richesses? Buonaparte l'a fait.
Mais le ministère est-il Buonaparte, et oublie- t-il la nature le nos institutions? Pour gouverner despotiquement , il hut que la constitution soit despotique : sans quoi il y a m cdié par où l'arbitraire s'enfuit.
Sons l'usurpateur il n'y avoit pas de Cliarte ; U n'exis* loit point d'institutions qui pussent reproduire l'esprit de notention. U suffisoit de gagner quelques hommes pour létroire l'opinion de tout un parti. Transformez aujourfhoi les indépendants en ministériels, il en naîtra d'aulus demain. La Charte amènera tôt ou tard ses conséfoences, ou il y aura révolution. Tôt ou tard nous aurons k liberté de la presse , tôt ou tard les lois d'exception seront rejetées : il s'élèvera dans U Cliambre des députés des onteurs populaires , des hommes influents. £t croyezfoos qu'avec une tribune, des journaux non censurés, TOUS empêcherez les indépendants de renaître en lesattadantao ministère? Le jour où ils seront à vous, ils ne Mront plus indépendants; d'autres prendront leur place : vnn croirez avoir conquis une opinion , vous n'aurez enckatné que des hommes.
Si donc, après avoir travaillé en France et en Europe k perdre les plus fidèles serviteurs du roi ; après les avoir «Présentés, au moyen des correspoiidances privées, «mime une race perverse et stupide, on avoit conçu le Projet de les écraser par les mains de ceux qui furent leurs praniers ennemis , voici quelles seroient les conséquences d'un projet d'ailleurs trop épouvantable pour y croire :
1* On ne s'attacheroit point le parti démocratique par tt moyen', car ce parti renaîtra toujours de la nature libre ^ nos mstitutions : on satisferait ses passions , sans conloter sa politique;
2* En anéantissant les royalistes, vous auriez appris à 2^^ V^ Im vertus, les talents honorables, les sacrl- «»f la fidélité , peuvent être comptés pour rien. Les peuples profiteroient vitede cette leçon : au premier mouvement, ib ne manqueraient pas de la mettre en pratique ttntre les autorités mêmes qui l'auroient enseignée. Vous lomberiei dans une suite de révolutions : l'injustice est un «^ mouvant et stérile, où l'on ne fonde ni ne moistonne.
Quoi qu'il en soit des desseins du ministère, desseins ^ l'avenir nous^pprendra, <ce qui menace aujourd'hui *^ Plos, c'est l'opinion que le ministère a flattée. Cette opinion nous fait pencher vers la démocratie : elle ne de- ">^ aujourd'hui que des choses plus ou moins raison- ^'^, demam eUe avancera d'un pas : de concession en
concession elle aura bientôt dépouillé la prérogative royale.
Le ministère a quelquefois l'air de sentir le danger; mais des flatleui-s, mais des succès qui ne tiennent pas à lui , mais sa haine contre les royalistes , l'empêchent de revenir sur ses pits : quand il doi t , il marche au préci|)ice en i ê« vant; quand il veille, il y court par amour-propre et par colère. Et pourtant il n'a pas un moment à perdre : les lois qu'il a voulues augmentent le danger. Chaque année, la loi des élections reproduit une lutte dangereuse et pénible; chaque année, cette loi met en question les principes de la monarcliie. N'aura-t-on jamais d'autre ressource contre le vice de cette loi que l'usage de l'arbitraire et de la corruption? Faudra-t-il toujours soumettre les électeurs à des cartes, multiplier les patentes, foire voyager des commissaires, déplacer les administrateurs pour les envoyer aux collèges électoraux? Laissez aller là loi toute seule, elle vous mène à la démocratie ; essayez de la retenir, vous ne pouvez l'arrêter que par des moyens illicites. Un seul moment de relâche , le mal est sans remède : une majorité démocratique arrivée, il y a révolution. Ainsi, notre destinée tient à une distraction des ministres ; et s'ils n'ont pas cette distraction, notre existence monarchique est fondée sur une corruption. Telle est cette loi, qu'elle vous place entre une révolution mévitable et une prévarication forc^ : pour soutenir le trône, il faut violer la loi ; pour accomplir la loi, il faut exposer le trône.
Que si Ton dit que teUe est la position de l'Angleterre, l'assertion est fausse. En Angleterre, la corruption des élections ne s'étend qu'aux hommes; la loi est saine, car elle ne fait entrer dans la Chambre des communes que la propriété. Peu importe alors h la monarchie que de riches candidats achètent des suffrages : le choix peut nuire à l'existence du ministère, jamais à celle de l'État.
La démocratie est au fond de la loi de recrutement comme au fond de la loi des élections. L'ordonnance qui l'a suivie a augmenté le mal , puisqu'en vertu de cette ordonnance on pourroit désoi)^niser h la fois toute la garde royale. Ici le ministère lutte encore contre la démocratie; c'est encore lui qui a établi cette nouvelle lutté : il aime à se créer des obstacles.
Enlin , l'ordonnance sur la garde nationale achève de démocratiser nos institutions '.
Tandis que l'interprétation littérale d'une ordonnancé pouvoit offrir un moyen de déplacer à volonté les ofHciers de la garde royale, une autre ordonnance, par une comcidence singulière , alloit atteindre les ofliciers de la garde nationale : de sorte qu'on auroit pu voir briser à la fois tous les appuis et tous les Instruments de la restauration.
Est-ce une chose sage, dans les temps où nous vivons, d'ôtcr au trône l'avantage qu'il retiroit d'une,correspondance plus intime entre l'héritier du trône et les sujets de ce trône ? La monarchie légitime est-elle depuis si longtemps relevée qu'il soit politique de couper brusquement les relations de bienveUlance par lesquelles nos princes communiquoient avec les François?
Au moment où notre armée n'est pas encore créée , étoitil bon de bouleverser la garde nationale? N'eût-il pas été meilleur de laisser l'organisation actuelle tomber par un mouvement insensible? L'armée se seroit formée tandis que la garde nationale se fftl dissoute; et, de même que les soldats auroient e^ le temps de s'assembler sur nos remparts pendant le service des citoyens, ceux-ci , à leur tour, seroient rentrés dans leurs foyers sous la protection des soldats.
On peut douter que l'institution d'une garde nationale permanente soit une chose bonne en principe. Mais une fois l'existence de cette garde admise, n'est-il pas évident
« Elle ôloll à Monsieur, aujourd'liui le roi ^ le commandement de 1.1 garde nationale.
que 8Qn orguiisation ne saoroit être trop monardiiqae, par la raUon même que son principe est républicain? La démocratiser, c'est abonder dans ses défauts.
Une chose fait illusion : un État se 80utient> il semble même prospérer au milieu des principes qui peuvent le
f>erdre. On rît des prophètes; on attribue à la foiblesse de curs cerveaux, aux intérêts de leurs passions, ce qu'ils disept dans la simplicité 4e leur cœur, dans Tamour dé leur patrie. On trion^phe aujourd'hui : La France , s'écrie-ton, est florissante et tranquille; les fonds montent, {a dette se paye, les «Uiés se retirent : si l'on eût suivi vos idées, serions-nous dans cet état de prospérité?
Que les parents et les serviteurs des ministres raisonnent ainsi, rien de plus naturel. Les admirations de famille et les affections domestiques ne sont point défendues par la Charte : c'est un bien léger dédommagement des soucis qui environnent un homme d'État. Mais quand on n*apprlient ni au foyer ni à l'antichaml^re, on voit les choses autrement.
11 y a dans un pays comme le nôtre une vigueur qui ne dépend point des honuues : la France vit d'elle-même, et , pour ainsi dire , de son propre tempérament. Le cercle (le ses années est pour elle un cercle de richesses naturelles. Rien ne peut empêcher nos blés de mûrir, nos vins et nos huiles de couler, pas même le ministère. Ainsi , d'abord , on ne peut rien attribuer de nos prospérités natives à la bonté du système qu'on a suivi. Hélas! nous avons yu le plus beau soleil se lever et se coucher sur nos malheurs et sur nos crimes I
Rendons ensuite à nos institutions la portion de nos succès qui appartient à ces institutions mêmes : nous avons du crédit, parce que nous avons un ^uvemement représentatif, que notre dette n'excède pas nos forces, que nos fonds n'ont pi^ encore atteint le niveau des autres fonds de l'Europe. Quand il se fût trouvé quelques royalistes parmi les ministres, les conseillers d'Ltat, les préfets , les sous-préfets , cela n'eût pas empêché la rente 4c monter, et l'année d'être abondante.
Les étrangers quittent la France. Je reconnois ici l'ceuvre de la sagesse du roi. Je fais aussi la part à la modération d^ princes alliés. Je paye à notre auguste monarque, pour ce nouveau bienfait , un nouveau tribut d'amour et de reconnoissance. Cela fait , il faut bien, sous peine d'ineptie, que je voie dans l'évacuation de notre territoire quelque chose qui tient aussj à Ifi position de la France et aux relations politiques de l'Europe. Tenir longtemps garnison cliez un peuple belliqueux , chez un peuple encore tout près de ses triomphes, chez une nation de vingt-six millions d'hommes , dont la population militaire s'est accrue |)ar trois années de paix, étoitce uncidiose facile? De plus, les intérêts des différentes cours, qui, réunies dans un danger commun , reprennent dans la paix leurs divisions naturelles, n'étoient-ils pas encore un obstacle à uue pccupation prolongée dans un ^léme but, et, pour ainsi dire , sous un même drai)eau ?
Voilà donc trois clioses heureuses sur lesquelles le système qu'on a suivi n'a rien à réclamer : nos moissons, notre crédit et la délivrance de notre territoire. Reste à examiner la tranquillité de la France.
D'abord cette tranquillité a été troublée : sans les services inappréciables des généraux Donadieu et Çanuel , nous aurions vu renaître de grands malheurâ. Mais je veux bien convenir que les insurrections dp Grenoble et de Lyon étoient comme un reste de la coupable folie des Cent- Jours : ce dernier mouvement ayant été contenu , il est peu probable qu'on le voie renaître. J'admets que tout est calme, et j'^outerai, à la grande satisfaction des admira teurs éclairés du système ministériel , que rien ne remuera en France.
Là lassitude est partout ; chacun soupire après le repos :
les uns veulent du moins profiter des restes de lenriif ; les autres, commençant cette vie, ne partagent m uti haines ni nos amours. Les générations se succèdent cinqie Jour en silence ; et celles qui naissent et celles qui meorâl ramènent incessamment dans le monde le ealme de F» fonce et des tombeaux. On croit qu*on a toujoars aSÉi aux mêmes honunes , et par le fait on agit sur une wéHé nouvelle.
En outre , il y a chei les vieux peuples un progrès réd de civilisation qui rend les mouvements populaires et moins fréquents, et plus faciles à apaiser. La machioede la société est assex connue, même du vulgaire, poar qM tout aille tellement quellement, malgré les fautes. Uniilb;! aujourd'hui se conduit seul , une administration mardie, bien que le chef soit absent ou incapable. Le défricboMl des loréts, la multitude des grands cliemins, lescoranmiiia' tions entretenues par le commerce et l'imprimerie, kà régner une sorte de police naturelle qui maintient l'ordre à la surface de la société. D'une autre part, le morcefleiiKit des propriétés, l'abolition des ordres de l'État, onttt disparoltre les grandes tentations de la cupidité et et l'envie. Il n'y a plus dans les mœurs du peuple de bMtisme : à peine avons-nous des liassions. La foule t^ en paix, sûre d'être toujours ce qu'elle est, quoi qvl arrive : elle a assisté à tant de spectacles, qu'eOe esti^ différente à tout. Cela prouve-t-il qu'une ré? olotioQ d impossible? loin de là , cela prouve qu'A suffiroit de quelques hommes pour accomplir une révolution ; cela prooit la vérité de ce que j'ai avancé dans la Monarchie idn la Charte : « Par l'établissement du système, disoifrje,!» « révolutionnaires espèrent que toutes les places » troo- « veront dans leurs mains au moment de la catast^oph^ R Les autorités diverses étant alors dans le même loUrM, « le changement s'opérera d'un commun accord, sansfé" R sistance , sans coup férir. »
Le système que Ton a suivi n*est donc point la caue de la paix de la France ; la France est tranquille, parce qo'dk ne peut être agitée. Ses révolutions futures, si elle dâ en éprouver, ne s'accompliront point dans le trouble, bbîi dans le repos : Suscepere duo manipulares imperiun^, (rans/erendum, et transtulerant.
Conclusion : Je ne vois rien dMiefireui qo'oa puise air tribuer au système des ministres , et je vois parfuleoal ce que ce système a de désastreux. 11 ne fioiMlepoiotli royauté, il ne tend point à rétablir les bases nanbit rehgieuses; il est si peu monarchique, dans le MSidi gouvernement de droit, qu'il convieodroit égakaest « gouvernement de fait, et que celui-ci poorroit l'adopter sans y rien changer. Je cherche en vain dans cescoiBhi> naisons les intérêts de la monarchie légitime.
Eu voulant être despotique par les théories et Itf Ihb* mes démocratiques, le ministère court risque d'étte» traîné malgré ses efforts. Y a-t-il quelque moyen d'enter ce danger? Un bien simple , et le plus facile du noide ; favoriser la religion , réviser des lois dangereiMei, « n^ procher des principes et des honunes monarchiqaei : M fois daus cette route , la monarcliie de saint Loaii pNt <* core marclier huit cents ans.
Paris, 29 octohie ISIS.
Les élections «ont i peu près terminées : €»«»•«*• qu'elles doivent être dans l'esprit delà loi. La loi ert*mocratique ; il est naturel qu'dle amène des bonoM^ le sens du pouvoir où elle incline : c'est l'arbre ^^f** duit son fruit. Cet arbre sera d'autant plos prodactfg le ministère s'efforce d'élaguer les rameaux ▼!§•■«■» qui pourroient en absorber la sève , c'est-à-dire , po» f"" 1er sans figure , que le ministère net toute ta tcieiMt
POLÉMiQUB.
fm^^ ^ ^ f>omiiMtim> im rfiynUstes, a*oi| y résulte ]iie TacUon de la loi n'éprpuye a^pune r^staiice. £o dépU de son expérience, )e nûiûstère conUitiiera-t- I de eroire qu'il y a eu Franee ui> parti nuxte, capable le tenir Téquilibre entre les deux opîuioiu réelles, l'opiàm royaliste et ropiuion indépendante? L'opini<m minisèidle n'est qu'une pore négative, une abeence de volonté : 9t û o'y a point de puissance dW le^ péant. Si les députés sortants ,.reippiacés P9r des indépendants, ioieDt des membres de rop[H)sition de droite, pp pour* ait dire que les ministres , désespérant de foire passer des uaisiéiisis, ont lavonsé les élection^ 4es indépendj^nt^, bas la ciaiâte de vqir nommer les royalistes ; i) y auroit te l'apparence à ce raisonnement, llm Iç minlst^^ n'ii) as même cette consolatiqp} ij ne peut pas dire qu'il a «dp Cjequf arrive, car ce sont des candidats ministériels |Diontété culbutés , des présidents de collèges électoraux loi ont péri sur leur cluiire curule ; c'est, en un mot, la Iqr de l'armée qui s-est ensevelie aii ebamp d'bonneur. M va jusqu'à dire que le président du collège où M. Maisd a été nommé n'a obtenu que buit voix. Les ministres f peuvent donc pas nier leur défaite ; ils vont bientét ioir revenir leurs blessés ; ils les panseront avec des places. Il est ^Tai que le ministère, battu sur un point, dira ^*il a vaincu sur un autre. En effet , quelques membres ^ropposition de droite n'ont pas été réélus; mais ils nt eh' petit nombre , et quelques-uns d'entre eux n^ont 18 été remplacés par. des ministériels, mais eneore par es indépendants. Le cdté droit a perdu , mais le coté indie a gagné aux dépens de la majorité ministérielle, files royalistes , plus nombreux que les indépendants , nt œpiHulant moins forts dans une lutte contre le mi* istère, cela tient au caractère même et à la position des i^alistes. Aucune ambition ne les conduit; ils ne résisifitqoe dans le cerde de la conscience et du devoir. S'ils iperçoiveut que l'on ne veut pas d'eux , ils se retirent. I ae comprennent pas encore bien l'opposition où on les jetés : quand on vient inconstitutionnellement leur préiater le nom du vol, ils inclinent la tète à ce nom salé, et se laissent opprimer par le ministère. Hs semblent, epnis viogt-six ans , [avoir si bien appris le rôle de vieilles, qu'ils ne peuvent plus l'oublier, n faat foire observer encore que le ministère a montré m ces dernières élections une opposition aux nominales royalistes bien plus prononcée qu'aux nominations léépendantes; toutefois il est vrai de dire en général (pie le ridit ministériel, si puissant aux élections de 1 8 1 6 et 1 8 1 7, bien perdu de son importance en 1818.
BTacciisons cependant pas la docilité des préfets. Vous savons vus en 1815 favoriser de tout leur pouvoir la Mnination des royalistes : on en vouloit alors, et la ma- N étoit abondante. Nous les avons vus en 1815 fureter Ms tous les cobis de leur département pour y trouver es ministériels; il leur en falloit à tout prix ': ils eurent tbonheur de s'en procurer. Comment n'ont-ils pas obtenu ^ iséoie succès dans cette dernière campagne? ^our atténuer Teflet des élections, on se vante déjà d'è- K lar dn parti des indépendants. Qn dit : « Nous aurons ^cilemeut tels et tels : nous les achèterons, m Pour hsaaeur des François, je suppose qu'il n'y a personne Tendre; mais enfin» sous la Charte, s'il étoit possible B'il y eét un tarif pour les hommes, il eet certain qu'il 'f ea a pas pour les opinions. Us QiiDisIres, dit-on d'autre part , sont déjà toqt coniKS des aombieux échecs qu'ils viennent d'éprouver, et , • pouvant encore donner le nom de ministériels aux dé- Blés aonvellement ans, ils sont convenus de les appe- *iBiaistériels inclinant vers ^indépendance : le mot.
«Jûtt.
Après tout, répètent les dients et lea ^rviteursi Vop-
position de gauche ne se recrute que de quelques voix : elle ne changera pas la m^orité. C'est une grande erreur que de fonder ses calculs dans une Chambre populaire sur le nombre absolu : un seul homme de talent peut faire ou défaire une majorité. D'ailleurs , encore un renouvellement de cinquième, et foiis verrez je résultat de la loi.
On se den^ânde si les ministres effrayés ne vpnt pas incliner à l'opposition royaliste, ou s'ils ne sacrifieront pas 4e nouveau à l'otûet de leur peur, pans l'espoir de s'attacher ^ l'qpposition démocratique, Ipi accorderoientils la nopvelle loi démocratique? s'Imagineront-ils la gouverner parpe qu'ils serpnt tout ce qu'elle voudra? Comme 4ttale dans le camp de ses maîtres, se proiront-ils souverains parce que l'opinioq dont ils pofteroient le joug perjpettfoit à le^ir serviti^^ ^e traUier 1^ pourpre ministérielle?
A pieii ne plj^se que nous autres royalistes éprouvions aujourd'hui upe Sfitis|i|ction coupai)!^ ^ voir s'accomplir nos pré4ictionsI Que sont le^ triomphes de l'amour-propre auprès d^ dangers ^e (a patrie? Et ces dangers, ce p'est pa^ nouf qqi les û^aginons; il noqs sufGroit, pour
Scrpire, ^e nous rappeler les efforts de toute espèce que rent les ministres Vannée derpière, afin d'écarter de h^ tribune législative les mème^ hommes qui s'y trouvent portés aujourd'hui, pt cependant pes hpmmes avôient été appelés aux élections de 1816! Ainsi, pu les vouloit lorsqu'ils étqieqt foibles , op les repousse lorsqu'ils paroissen^ fort^, tour à tour instruments des passions op objets de^ frayeurs ministérielles. Que tout cela est à la fois pitoyable et funeste! Quellç déplorable conception que cette loi| dont les auteurs semblent avoir ignoré les premiers principes de la monarchie!
Il est curieux de remarquer les mouyeu^ents qu'on se donne aujourd'hui auprès des royalistes : on se récrie sut le scandale des élections, on nous invite à tonner cûntrq les indépendants. Mais en supppsant qpe ces indépendant^ soient aussi dangereux qu'on le dît, de quel droit lesmiipstépels viennent-ils se plaindre à nous des choix qui les alaripentPOu étoient les indépendants en 1815? Onigno^ roit jusqu'à leurs uoips. Qui les a créés ? qui a fait revivre leur ^pptrjne ? qui a repoussé les hommes qui pouvoienf les combattre, si ce n'est le niinistère? Qu'ont donc fait les indépendants de plus que certains ministériels? M. Benjamin de Constant n'a-t-il pas montré, l'apnée dernière» qu'il sjed mal k de haute personnages de rechercher la conduite que l'on a tenue pendant les Ceut-Jours? Cette déf licatesse du ministère au sujet des indépendants est au moins Inconvenante : eu s'élevant poutre eux , ne cramtil pas de blesser quelques-uns de ses amis?
Quant è nous, nous l'avons dit et nous le répétons» la que* relie des indépendants et des ministériel^ n*est pas la ndtre : ce ne sont pas les indépendants qui nous ont poursuiyis et calomniés. Nous rejetons leurs principes ; mais ils se rencontrent avec nous dans plusieurs opinions copstitutionnelles : ils yiennpnt d'être justes et généreux sur l'affaire du général Çanuél. Nous ne les craignons donc pas pour pous ; mais nous craignons leurs principes pour la France | et nous nous élevons contre U loi des élections, non pour des intérêts personnels, mais pour ceux du tràpeet de h^ monarchie.
L^ France est encore pleipe de ressources : d'un mot on peut dissiper toutes ces apparences de danger. Ce qui parott si fort n'est rien : qu'on ose attaquer le fontôme , et M s'évanoujra. Mais c'est avec Ui religion , avec la liberté légale qu'il faut combattre : placez-vous dans la vraie monarchie constitutionnelle , et vous n'aurez rien à craindre des systèmes révolutionnaires. Vous avez devant vous la plaipe oq |e précipice, il faut marcher ou tomber : c'est à vous de choisir, et voilà tout.
Paris , 9 Bovênbrft I8I8.
Je ne puis me faire sur ce qui arri?e dans ce moment : cet événement ne se lie point au sujet que je viens de traiter ; mais il m'est en quelque sorte personnel , et Ton me permettra d*en parler ici.
M. le baron Canuel , M. le comte de Rieux-Songy, M. de Romilly et M. de Cliauvigny-Blot, viennent d'être déchargés de toute accusation , et rendus h la liberté, en vertu d*un arr6t de la cour royale : on sait que MM. de Cbappedelalne et de Joannis avoient déjà été acquittés. Ainsi se maintient Tancienne et incorruptible équité de notre magistrature! ainsi se manifeste toujours la courageuse indépendance du barreau françois ^ t ainsi s'évanouit la prétendue conspiration royaliste I
Je ne puis que féliciter les nobles victimes des dénonciations les plus folles comme les plus abominables. Je me regarde moi-même vengé par l'arrêt qui prononce leur innocence : mon nom, celui de quelques-uns de mes amis, n'ont-ils pas été outragés dans cette affaire déplorable? C'est M. de Larochejaquelein , digne de ses frères; c'est M. Berthier de Sauvigny, dont les services et les malheurs sont si connus dans les annales dn royalisme ; c'est M. le duc de FitzJames, resté sans tache au milieu de tant de bassesse; c'est M. le marquis de Vibraye, un des naufragés de Calais; c'est M. le baron de Vitrolles, négociateur pour les Bourbons à Troyes, et prisonnier de Buonaparte pendant les Cent- Jours; c'est M. le marquis de Puyvert, enfermé dix ans dans les cachots de l'usurpateur ; c'est M. Agier, défenseur des compagnons de Morean , George et Pichegru , et qui , pendant les Cent- Jours , osa présenter une pétition h ki Cliambre des représentants pour le rappel des Bourbons ; c'est moi-même enfin , et plusieurs autres ; c'est cette troupe de conspirateurs qui devoit, avec les sauveurs de Lyon et de Grenoble , attenter à la liberté et peut-être à la vie du roi ! « Vous avez su , a dit le juge- « instructeur à M. de Romilly, que MM. de Chateaubriand, « de Fitz-James , de Vibraye , Berthier de Sauvigny, de Li- K mayrac, de Vitrolles, de Berthier, la Poterie, Laro- « chejaquelein , de Cliauvigny-Blot, de Viomesnil , Rous- « siale, etc. , étoient de la conspiration ; que les réunions K avoient lieu cliez MM. de FitzJames , de Cliateaubriand, « de Vitrolles, et que ces différentes réunions correspon- « doient avec celles qui se tenoient diez le général Chappe- « delaine , et dont vous faisiez partie *. »
Ce même juge-instructeur a dit encore au général Canuel : « Vous connoissez M. de Chateaubriand ; vous êtes M allé chez lui tel jour; vous y êtes resté Jusqu'à mmuit : « quelles étoient les personnes qui étoient chez lui? Qu'y « a-t-on dit ^ ? etc. » Que M. le juge d'instruction sache que tous les amis du roi peuvent entrer chez moi à toutes les fleures du jour et de la nuit ; mais que tout ennemi du roi , lorsqu'il me sera connu , ne passera jamais le seuil àe ma porte. Pendant quatre mois, la correspondance privée n'a cessé de nous représenter comme des traîtres, et elle a trouvé des hommes assez stupides pour croire à de pareilles abominations. Que va-t-elle dire aijûourd'hui? Par quelle nouvelle imposture justifiera-t*elle son imposture? Est-ce donc notre tête que Ton vouloit ? car personne ne peut nous enlever l'honneur. La haine contre les royalistes s'est bien accrue : naguère on ne faisoit encore que les amnistier pour avoir été fidèles : aujourd'hui auroit-on voulu leur faire subir la peine de ce crime ? Est-ce notre sang que désirent ces dénonciateurs, ennemis de la légitimité? Mais quand avons-nous reAisé de le verser pour notre roi ? Heureux , ô
* Voyez les beaux Mémoires de MM. Berryer fils, Couture et Ducancel.
- > Voyez la Défense du baron Canuel, etc. , Interrogatohv de M. de Romilly, la août
3 Voyez l'Interrogatoire du général Canod.
voos , mon eonain et mM fMi« , innoléseDaecoaiilia^ vos devoirs I Vous n'êtes point okhIs le oœnr flétri, l'àv abrenvée de dégoût et d'amertume ! Heureux lei rojilita qui ont payé de leur vie leur attachement à leur aoif enis! Heureux , vous surtout , 6 prince dont j'ai tut déploiéb perte t Quand vous tombâtes à Vincennes, quand va» tl> tes précipité encore à demi vivant dans la tom atoÊkk vos pieds , quand on jeta des pierres sur votre poitriBep» étouffer votre dernier soupir, au moins vous igpnrtia k sort qui attendit vos compagnons d'armes ; vous quttMa la terre sans avoir été lénaoin de leurmlsèreet de }m douleur. Et quesais-je! votre nrart peut-être no» téf» gné rborreur de voir calomnier anasi le bénsdeBenlhÉi, le petlt-4118 du grand CoDdél
Paris , le 17 novembre isii
Nous avons dans oe moment une nouvelle preuve de Hnntilité et même du danger de la censure, n est loeneilien de lire dans nos gaaettesdes articles extraits des sutta de Londres, et de n'y paa trouver les decnièreB Doordb arrivées de Sainte-Hélène. A qui prétend-on les cscha? lis journaux angtois ne sont4Is paa dans tous'nos cabineUde lecture? les ambassadeurs et une foule de particoiim v les reçoivent-ils pas? n'arrivent-ils pas daÂs nos port»? Les Gaaettes de la Belgique ne fhmchisseni-eUes pu m flnontières? Quelques lieures aprèa l'arrivée du oouirier de Londres, la prétendue évasion de Buonaparte étoit nonne de tous les porteurs d'eau et de toutes les sematesà Paris. Qu'en résulte-t-il donc de ces interdidioDS de II censure? Des laUes monstrueuses^ que la réalité dinproit.
Jeté au mflien des mers où le Canaoëns pbçi le f/bû des tempêtes, Buonaparte ne peut se remuer sur son lo* cher sans que nous ne soyons avertis de son moovaiaf par une secousse. Un pas de cet homme à l'autre ptku feroit sentir à cdni-ci. Si la Providence déchalfloitCMoie son fléau , si Buonaparte étoit libre aux États-Cnii, » regards , attadiés sur l'Océan , sufBroient pour Uoobkrki peuples de l'ancien monde : sa seule présôce sur lerin|i américain de l'Atlantique foroeroit l'Europe à caniMr m le rivage opposé.
Et toutefois cet homme formidable aurolt depaj» 10% temps cessé de l'être pour noua, n'éloii le &tal sp/lim établi par les ministres. Mais si , comme avant le 20 mv»» les partisans de l'usurpateur obtiennent seuls la oonfinoe, occupent seuls les places; si des lois démocratiqoeB nsmr citent kl puissance et les passions populaires, c'est «j^ aaiveau paver le chemin à l'hoomie de malheurs. La talatHi de son évasion est du mois de septembre; il étoit dose possible qu'il nous arrivât pour les âections et pov le Rcrutement : il auroit pu voter à son toor pour ceux qoiiMt voté pour sa dynastie, et avoir le plaisir d'entendre ïMk son nom.
Paris , 00 30 novenbic isi«> Ce f^t le 25 dn mois d'août fdSl que BayonaeoonX ses portes à Cliarles VII , et que les An^ois quiHèn^ ^ France. On avoit vû en l'air une croix Uancbe, luiBii fée d'une couronne qui se changea en fleur de Ks. Ooc^ dut de cette merveille que le del vouloit que lesFW* se réunissent, et qu'ils prissent tous la croix Uancheiei' que nos gens d'armes la poiident alors. Au mmatti ^ j'écris , les derniers soldats étrangers abandonnent ■oftft» tières : allons-nous nous réunir, et prendre tous ho*^ blanche ? Cela dépend des ministres. On dit qu'Hi s'oe» peut déjà de leurs diseours, et qu'ils veoleot 1 le monde. Dans ce cas, un rapprochement est Si le ministère affecte la menace, il nefera peur àpenMV» on l'aime trop pour le eradndre»
POLÉMIQUE
Lm ont M flattent que le retour du président du couâl imèaera d*heureux changements; les autres prétendit que noua resterons conune nous sommes ; c'est notre entûBent : noua croyons même qu*on abondera dans le ens de Topinion indépendante. L'antipathie des ministres ontre les rojalistes remportera; ils nous ont fait trop de ni pour nous le pardonner.
Qu'un homme en place est heureux I U peut faire aulat de sottises qu'il le veut, et aussi longtemps qu'il le eut Biais si un beau jour il lui est utile de changer de fstème, il n'a qu'à parler. Qu'il dise seulement : « J'ai ût, je TOUS assure, tout le bien possible; j'ai empêché Mit le mal qui ne s'est pas fait. Continuez-moi ministre, i TOUS Terres; » chacun, enchanté, répète les paroles a grand homme : il pense comme vous et moi, disent % bons royalistes; U n'a aucune raison d'être mauvais. I a été forcé de faire comme les autres pour garder sa bn; mais au fond c'est lui qui a empêché telle destituiOD, qui s'est opposé à la désorganisation de la garde Bjaie. — Qui tous a dit cela? Hé ! mais c'est le ministre d'inéme. — Dans ce cas , le fait est certain.
Le Conservateur a sa part d'injures dans tous les pam- Uets du jour; mais il ressemble aux médecins, qui ne (lignent pas de s'exposer au mauTais air des hôpitaux, oof guérir des fièTres contagieuses : il contmue à purifier opinion, k ranimer lea idées monarchiques et les droits fuse sage liberté. Le bruit de la tentatîTe de Buonaparte our s'éTader de Sainte-Hélène faïquiétoit les esprits, [DiDd le Cofuervaieur, en racontant le simple fait, a llMpé les alarmes. Alors il a fallu se décider à instruire t public Le premier esdaTe de ki censure , le grave MoiUewr, s'est excusé de son silence sur ce que quelques Mnani anglois paroissoient douter de la Térité d'un éTémeot consigné dans un rapport du gouverneur de Sainte- Mène. On voit que le Moniteur a le secret des dépêches iflidelles, ce qui l'a rendu cette fois un peu incrédule.
Tandis que les feuilles ultra-libérales en France accuat le Conservateur de gothidsme , il est curieux de foir Y Argus , en Angleterre , l'anatbématiser comme libéil. V Argus reproche au Conservateur ses prmcipes XMulitutionnels ; il attaque , sous les mêmes rapports , les ^^exions politiques et la Monarchie selon la Charte. fou allons mettre tout le monde d'accord : nous acoepoos des ultra-libéraux notre brevet de vieux royalistes, i nous prenons de la main de M. le marquis de Chaban- M Dotre certificat de constitutionnels.
Kos tribunaux retentissent encore de la douloureuse lUre de madame de Saint-Morys. Rien ne peint mieux 'esprit des temps que cet épouvantable procès : des juges leoutcnt une discussion sur le duel , sans qu'on rappelle M anciennes lois , regardées conune abolies , tandis qu'on seonnolt force juridique à une foule de décrets de la )0DTention; une veuve plaide elle-même pour son mari lé, et ce n'est pas elle qui attaque , c'est elle qui se dééad contre celui qui a tué son mari ; h cette cause se joi- PMat des détails révoltants sur la mort du gendre de la mre infortunée : et personne ne parle de madame de iiiat-Horys, et Paris, et hi France entière ont été occulés de madîaDie Manson! YoiU ce que nous sommes. )OQi, indulgent, humain, citoyen vertueux, brave solbt, M. de Saint-Morys étoit on de ces hommes rares chez Mqads la chaleur des sentiments n'exclut pas les lumièei de la raison ; la modération de son esprit régloit les iKravements de son cœur. Il n'aura eu, en expirant, que e regret de mourir pour sa propre cause, et non pour «fie de son roi.
Ce nom de ™*'^^!»<» Manson nous fait spuvenir qu'on ^ de pubUer nne dernière déclaration de Bastide et de Mon, faite en présence d'un magistrat et d'un prêtre; b y protestent de leur innocence* Desrues en fit autant,
CR4TE4UBIUAtin. — TOME H.
mais au moins ne diercha-t-ll pas à provoquer les soupçons contre des innocents ; et Jausion n'a pas craint de le faire. Ces infortunés avoient-ils pu oublier les dépositions de leur^complices et des témoins oculaires, de la Bancal, de Bach , de Bousquier, des enfants de la Bancal , de madame Manson, et de tant d'autres?
Si les journaux étoient libres, rien de plus naturel que cette publication; mais quel goût smguÛer la censure at-dle pour de pareils morceaux , lorsqu'il faut lui forcer la main pour l'obliger à parler de l'mnocence des royalistes?
Une cousidération plus grave vient se mêler à ces réflexions. Si les débats qui ont précédé le jugement ont établi jusqu'à l'évidence la culpabilité des accusés; si la conviction de deux jurys a pu seule déterminer deux fois l'arrêt de la justice, n'y a-t-il pas péril pour la société à laisser mettre en question les lunûères ou l'équité des tribunaux?
Le public semble se décider contre la loi des élections; mais on doute que le ministère ait quelque rapport avec le public. En attendant, les raisonnements principaux sont de deux sortes : « La loi des élections, disent les indé- « pendants, est une loi populaire : une concession faite au « peuple , des droits acquis que vous ne pouvez plus re- « tirer. En ce faisant vous vous placeriez en dehors de la « nation, h
« Ce n'est point, disent plus justement les foyalistes, « une loi populaire , c'est au contraire une loi qui exclut « le peuple des élections, et qui crée une classe de privi- « légiés à cent écus : et dans cette classe de privilégiés a réside essentiellement l'opinion démocratique. Pour « que la loi fût populaire, il faudroit qu'elle descendit « plus bas. Lohi d'avoir donné des droits au peuple , vous « lui en avez 6té. Corriger la loi, c'est vous replacer dans « la monardiie, dont vous êtes sortis. »
Ainsi l'on raisonne. Mille projets sont formés : les serviteurs particuliers des ministres voudroient faire à la loi des élections un amendement dont le résultat seroit de donner à leurs maîtres une espèce de dictature pour cinq années. Reste h savoir si les Chambres consentlroient à violer la Charte , à gêner l'exercice de la prérogative royale , afin d'établir un renouvellement intégral qui ne seroit pas uni au diangement radical de la loi. On parle aussi de former une seconde classe d'électeurs qui seroient clioisis parmi des hommes de soixante ans : cela ne conviendroit pas trop mal à une vieille monarchie.
Les députés arrivent lentement à Paris. Les embaucheurs pour le ministère les attendent à leur débotté ; ils se tiennent en embuscade à la porte des bétels garnis, comme nos anciens recruteurs sur le quai de la Ferraille : l'enrôlement volontaire n'est plus en faveur. Cependant chaque député s'occupe de son travail : on assure qu'un menâbre de l'opposition de gauche a le projet de renouveler la proposition de M. le maréchal Macdonald, en faveur des émigrés dont les biens ont été vendus; les royalistes reviennent comme ils sont partis; les doctrmaires s'attachent plus à faire des prosélytes qu'à préfiarer des opinions.
Nous attendons, pour parler des élections du Gard, à avoir reçu tous les renseignements. Les hommes voulant avec suicérité la liberté des suffrages doivent , quelles que soient leurs opinions, se réunir pour mettre fin à des scandales qui feroient de notre gouvernement représentatif une véritable moquerie. Nous n'avons point examiné les discours des présidents des collèges électoraux , car on ne peut tout examiner : ils nous auroient cependant fourni des rapprochements curieux avec d'autres pièces authentiques. Nous aurions fait remarquer la grande prudence d'un président, qui loue si bien les électeurs d'avoir toujours été soumis à l'autorité du moment : heureux c«u\ qui prêchent d'exemple !
POI^ÉiaQUE.
Paris, 3 décembre I8I8.
J'ai parlé de l'étal iuiénuar delà France reUtîTemeal k la politique *.
J'ai dit qae le système ministériel tend à faire sortir le despotisme des prfaicipes populaires; que ce systènse veut former une royauté sans royalistes , une monarcliie sans bases monarchiques.
J'ai annoncé que nos lois fondamentales , ouvrages irré* fléchis du ministère , le mèneroient malgré lui à la démoératie.
Maintenant je t^ considérer le système mipistériel dai^ ses efTets morauiL : ici le mal est çr^d^ la plaie est au çoiur.
Le ministère a inventé une morale nouvelle , la morale des iniéréts : celle des devoirs est abandonnée au\ imbéciles.
Or, cette morale des intérêts , dont on veut faire la base ëe notre gouvernement , a plus corrompu le peuple dans l'espace de trois années , que la révolution entière dans un quart de siècle.
Ce qui fait périr la morale chez les nations, et avec la morale les nations elles-mêmes , ce n'est pas la violence, mais la séduction : et par séduction j'entends ici ce que toute fausse doctrine a de flatteur et de spécieux. Les hommes prennent souvent l'erreur pour la vérité , parce que chaque faculté du cœur ou de l'esprit a sa fausse image : la ftoideur ressemble à la veriu ; le raisonner, h la raison ; le vide, à la profondeur ; ainsi du reste.
Dpnc, le dix-huitième siècle fut un siècle destructeur, par nous fûmes tous séduits. Nous rimes de la religion ; nous dénaturâmes la politique; nous nous égarâmes dans de coupables nouveautés de paroles. Au lieu de regarder en haut , nous regardâmes en bas, cherchant l'existence sociale dans la dégradation de nos mœurs, dans les principes populaires : nous commencions à voir ce que l'Écriture appelle les vices de^ derniers temps : mot profond.
La révolution vint nous réveiller : en poussant le François hors de son lit , elle le jeta dans la tombe. Toutefois le règne de la Terreur est peut-être, de toutes les époques de la révolution , celle qui fut la moins dangereuse à la morale. Pourquoi? Parce qu'aucune conscience n'étoit forcée : le crime paroissoit dans sa franchise. Des orgies au milieu du sang , des sc4indales qui n'en étoient plus à force d'être horribles; voilà tout. Les femmes du peuple venoient trayailler à leurs ouvrages domestiques autour de la machine à meurtre , comme à leurs foyers ; les échafauds étoient les mcpurs publiques , et la mort, le fond du gouvernement. Kiçn de plus net que la position de chacun : on ne parloit ni de spécialité , ni de positif, ni de système d'intérêts. Ce galimatias des petits esprits et des mauvaises consciences étoit inconnu. On disoit à un homme : « Tu « es chrétien, noble, riche : meurs; » et il mouroit. Antonelle écrivoit qu'on ne trouvoit aucune charge contre tels prisonniers, mais qu'il les avoit condamnés comme aristocrates. Monstrueuse franchise , qui nonot)stant lais- Boit subsister l'ordre moral ; car ce n'est pas de tuer l'mnotent comme innocent qqi perd la société , c'est de le tuer comme coupable.
En conséquence , ces temps affreux sont ceu^ des grands dévouements. Alors les femmes marchèrent héroïquement au supplice ; les pères se livrèrent pour les fils, les fils , pour les pères ; des secours inattendus s'introduisoieiit dans les prisons , et le prêtre que Ton cherchoit consoloit la victime auprès du bourreau qui ne le reconnoissoit pas. Alors les paysans vendéens se faisoient des armes des débris de leurs charrues , pour enlever des batteries de canon ; alors Larochejaquelein tomboit, enveloppé dans le drapeau blanc,
> Voyei, ci-dessus, rarticle du 3S octobre.
dans les mêmes champs où ,àla bataille de Poitiers, «fst « occis, dit Froissard, monseigneur GeorTroy deCfaâniy, Â* la k)annière de France entre ses mains. »
La morale, sous le Directoire , eut plutêt à cocabiltre hi corruption des mœurs que celle des doctrines ; il y eut débordement. On fut jeté dans les plaisirs comme oo airf été entassé dans les prisons. Dissipateur de Tavenir, mf^ çoit le présent à avancer des joies sur cet avenir, d»k çrajutc de voir renaître le passé. Chacun n'ayant pas amie ep le temps d^ se créer un intérieur, vivoit danslan», v les promenades, dans les salons publics. Familiarisé im les écliafauds , et déjà à moitié sorti du monde , oo trootti que cela ne valoit pas la peine de rentrer cbez soi. 1| n'étoit question que d'arts , de bals , de modes : oo d» geoi^ de pariires et de vêtements aussi facilement (jo'ai se seroit dépouillé de la vie.
Tandis qu'une partie du Directoire favorisoit cette oor* ruption, en faisant falsifier des pièces historiqaes, pi* blier des romans infâmes , vendre et abattre les restes èa monuments de nos rois, une autre partie prenoitaoermite opposée. 1^ Révcillère-Lepeaux inventoit la théophiU» thropie. Cette vision étoit au moins conforme à h a» raie : les théophilanthropes ne préconisoient pas leiité-, rets; ils recommandoient les devoirs. Ridicules, nw nauvres, ils ont épargné à la mort le soin de les dépodler : elle les a trouvés nus.
Sous Buonaparte, la séduction recommença, mais ee fut une séduction qui portoit son remède avec eUe:Iii»> naparie séduisoit par un prestige de gloire; et tout ce ^ est grand porte en soi un principe de législation. H cou» voit qu'il étoit utile pour lui de laisser enseigner U doctrine de tous les peuples, la morale de tous les temps, h religion de toute éternité. 11 recherchoit même les vf& mes de la révolution : il y avoit honneur à avoir soailRi Ceux qui refusoient d'entrer dans le nouvel ordre sodil restoient à part; ils s'élevoient comme des mines véaén* blés au milieu des édifices modernes. On disoit en les regardant avec un sentiment de respect : Voilà b tieie France!
Pourquofdonc un royaliste isolé, sans appui, sansfortw, sans influence , étoit-il quelque chose aux yeux d'un \/oM qui comptoit les hommes pour rien ? Cet homme n'aroitps p<our maxime de se rapprocher de la foiblesse. Cest qvl voyoitdans le royaliste un ennemi naturel de ces do^ démocratiques que, par un contre-sens stupide, aoosfr vorisons aujourd'hui ; c'est que le royaliste lui représes* toit une force, la force morale, la preuve irréfragable <le la puissance du devoir. 11 reconnoissoit dans cette passance un grand élément de la société , puisqo'dle aval maintenu la monarchie pendant quatone siècles. U ^ voir, toujours le môme , fait participer les gooveraesK* qu'il soutient à la permanence de son principe ;l1ntMt variable et divers , ne peut être que la baie mwmÉM d'un édifice de quelques jours.
Je dis encore que l'ordre moral est moins atta^» quand la fausse position oti il se trouve est U suite fflt fausse position politique. Or, avant la re8tauratioa,li gouvernement lui-même étoit une violence : lesprosp^ tés pouvoient être injustes , l'infortune non méritée, «v qu'il y eût dépravation. La chose existante n'Moit psW le résultat d'un consentement, mais d'une ferç^îj^ droits de la morale n'étoient pas méconnus : ils n'^liiv que violés.
Mais si ces droits continuent d'être violet sous ■■ 9^ vemement légithne , 11 s'ensuit qu'ils sont mécoMW»»* : cela ne va pas moins qu'à établir qu'ils sont en c0;*^ mes chimériques; que, par le fiut, ils ^^^^'^^J'j'v' alors il y a principe de dissolution dans le corps sscw.
Je ne serais pas étonné de m'entendre iépaa*« • Fonder la société va im aeTOir,<feit Vëemtm^ -,
POLÉMIQUE
Mion; te placer àm un iaUrét, c'est l'établie dana une
•éalité.
Les espriU spéciaux ne seroient-ils que des esprits lx)rlés? Je remarque que leup positif est presque toujours |n manque d'idées : ce sont des joueurs d'^ecs qui ne oieat que le prenUer coup , et qui n'ont pas asse^ de force le tête pour calculer la série des coups renfermés dans e mouvement qu'ils font. 11 faut donc leur apprendre [ne c'est précisément le devoir qui est un fait , et Finté- H one fiction. Le deToir qui prend sa source dans la lÎTiBité descend d'abord dans la famifle , où il établit des |!iaUon9 réelles entre le père et les enfants; de là, pasist à la société , et se partageant en deux branches , il igle dans l'ordre politique là rapports du roi et du sut; il établit dans l'ordre moral la chaîne des services et n protections, des bienfaits et dp la reconnoissance. 'est donc un fait très-positif que le devoir, puisqu'il QQoe à la société humaine la seule existence durable D'elle puisse avoir.
L'intérêt est une fiction quand il est pris , comme on I prend ai^ourd'hui , dans son sens physique et rigoum, puisqu'il n'est plus le soir ce qu'il étoit le matin; jusqu'à chaque instant il change de nature; puisque, pidé sur la fortune, il en a la mobilité. J'ai intérêt à nserrer le champ que j'^ acquis , mais mon voisin à itérât à me le prendre : si pour s'en rendre maître il n'a Min que de faire une révolution, il la fera , car il est ttmou que partout où il y a intérêt, il n'y a plus Éne.
On réplique : « ^ lois sont |à pour maintenir l'ordre et la propriété. » £h 1 que sont les lois sans les devoirs? Pes âoat lois tant que je serai le plus foible; le jour où ideyiendrai le plus fort , n'étant arrêté par aucun devoir, î me rirai de ces lois, et j'en ferai d'autres à mpn usage. } cda wVrivera souvent ; car une mort , une naissance l a accident fortuit peuvent faire varier ma position : il ipdra que la société se modifie autant de fois que mes in- Irèts cesseront d'être les mêmes. L'intérêt meurt avec homme, le devoir lui survit : voyez si vpus voulez foire |M société mortelle comme notre corps, ou immortelle omme notre âme.
Que si vous dites que je ne parle ici que de Tintérêt paoonel; qu'il y a d'autres intérêts généraux, d'autres écessitës politiques qui consolident la spciété ; que cha- BB, par exemple, veut l'ordre, la paix, la prospérité e PÉtat, parce qu'il maintient l'ordre, la paix , la'prosérité des individus et des familles : tout cela sont des wts. Par la morale des intérêts , chaque citoyen est en tit d'hostilité avec les lois et le gouvernement, puisque, •as la société , c'est toiûours le grand nombre qui souf- ¥• On ne se bat point pour des idées abstraites d'ordre, tpaix, de patrie; ou si l'on se bat pour elles, c'est B'oD y attache des idées de sacriflces ; alors on sort de 1 morale des intérêts pour rentrer dans celle des devoirs : ait il est vrai que l'on ne peut trouver l'existence de la Mété hors de cette sainte limite!
l^ bonnes lois ne sont que la conscience écrite : la iorale des intérêts contrarie la conscience. Que disent les |is? Respectez le bien d'autrul. Que disent les intérêts? ïcœz le bien d'autrui. La morale des intérêts est donc ir le fait antisociale. Elle prend pour levier politique les ices des hommes , au lieu d'agir avec leurs vertus. Or, % vices sont foibles et caducs ; vous bâtissez donc avec !M instruments qui se briseront 'dans vos mains. Qui remplit ses devoirs s'attire l'estime; qui cède à ses ^ts est peu estimé : c'étoit bien du siècle de puiser
a principe de gouvernement dans une source de mé ris!
\^ système des intérêts est le système du despotisme, ù resserre tout; il contrarie la nature du gouvernement
représentatif, qui étend tout. Dans ce ^jàcr gouvernement la vie est en commun : de là ces nombreuses associations existantes en Angleterre, et consacrées à toutes les sortes d^ malheurs et d'industrie^ La plupart de ces associations ne sont pas fondées sur des intérêts personnels, puisqu'elles sont soutenues par des hommes riches et puissants, à l'abri des infortunes qu'ils soulagent. Dans notre ancienne monarchie, c'étoit la religion qui se chargeoit de cette partie des devoûrs sociaux. Maintenant que noDS avons renversé nos fondations chrétiennes, si nous ne créons pas, à l'aide de la morale des devoirs, un esprit public, les intérêts Individuels ne rétabliront pas les monuments de l'antique charité. Élevez nos hqmmes politiques à ne penser qu'à ce qui les toudie, et vous verrez comment ils arrangeront l'État. Ils chercheront à arriver au pouvoir par mille bassesses, non pour faire le bien public, mais pour faire leur fortune. Vous n'aurez que des ministres corrompus et avides; semblables à ces esclaves mutilés qui gouvernoient le Bas-£mpire , et qui vendoient . tout au plus oflrant, se souvenant d'avoir eux-mêmes été vendus.
Par la morale des intérêts l'âme humaine perd sa beauté ; la vertu , ses leçons ; rinstoh^ , ses exemples. Je n'ai point demandé aux ruines de Sparte si Léonidas avoit connu la morale des intérêts. « Il y a des pertes triomphantes à « l'envy des victoires, dit Montaigne ; ni pes quatre victoires « sœurs, les plus belles que le soleil ait oncques veu de <( ses yeux , de Salamine , de Platée , de Mycales , de Sicile , ^ n'osièrent oncques opposer toute leur gloire ensemble à a la glqire de la desconfiture du roi Léonidas. » La France comme la Grèce repousse par son c^actère la morale des intérêts. Notre vieille monarchie étoit fondée sur l'honneur : si l'honneur est une fiction, du moins cette fiction est naturelle à la France, et elle a produit d'iaunortelles réalités. ÉtoitH^ pour l'intérêt ou le devpir que la ileur de la chevalerie françoise mourut à Crécy et à Poitiers? ktoit-ce l'intérêt ou le devoir qui porta les bourgeois de Calais à livrer leurs tètes à Edouard? Quand Charles VII étoit à Bourges, et Henri V à Paris, tous les intérêts étoient d'un côté , tous les devoirs de l'autre. Qui l'emporta , des intérêts ou des devoirs? On tcouye , dans les anciens comptes de la ville de Chartres, une somme de 40 sous donnée à un tailleur pour avoir raccommodé le pourpoii^t 4c Henri lY : il paroltroit que ceux qui suivoient alors ce roi n'y trouvoient point un grand intérêt.
Remarquez ceci : les intérêts ne sont puissants que lors même qu'ils prospèrent. Le temps est-il rigoureux , ils s'afToiblisscnt. Les devoirs, au contraire, ne sont jamais si énergiques que quand il en coûte à les remplû-. Le temps est-il bon , ils se relâchent. J'aime un principe de gouvernement qui grandit dans le malheur : cela ressemble beaucoup à la vertu.
Il y a plus : les mauvaises consciences ne sont pas touchées, autant qu'on le pourroit croire, par la morale des intérêts, et c'est ce qui trompe dans les catastrophes des empires. On se dit : Cet homme est si bien traité , il a toutes les places 1 pourquoi voudroit-il faire une révolution? Parce que sa conscience lui fait des reproches; parce qu'il ne peut exister dans un ordre de choses légitimes; parce que la société des méchants est sa société naturelle : comme ces malheureux depuis longtemps accoutumés à vivre dans les bagnes, il ne peut respirer à son aise que dans un air infect et pestiféré.
Quoi de plus absurde que de crier aux peuples : }ie soyez pas dévoués I n'ayez pas d'enthousiasme 1 ne songez qu'à vos intérêts 1 C'est comme si on leur disoit : Ne venez pas à notre secours; abandonnez-nous, si tel est vôtre intérêt. Avec cette profonde politique, lorsque l'heure du dévouement arrivera, cliacun fermera sa porte, se mettra h la fenêtre, et regardera passer la i|ionarchie. Ce
6gtf
POLÉMIQUE
ii*est pas en fevorisant les passions , mais en les combattant , que tous les législateurs ont cherché à donner force aux empires. Platon défendoit le vin à la jeunesse, et ne le permettoit qu'aux yieillards. Si la politique n'est pas une religion , elle n'est rien ; or» la religion ne commande pas aux hommes d'être avares et égoïstes : elle leur prescrit des règles toutes contraires. La société, comme l'homme, n'est forte que de privations : lorsque les Romains vivoient de fromentée et de pois chiches , ils étoient libres et puissants. C'étoit alors qu'ils avoient des rois pour instruments de servitude, selon l'expression de Tacite : Vi habertnt instrumenta servitutis et reges. Ils étoient esclaves et foibles lorsque Héllogabale les nourrissait de g&teaux et de foies de murène. Camille les délivra de Brennus avec son épée ; pour échapper aux mains d'Alaric , ils donnèrent des épiceries et des manteaux. Ils rachetèrent leur liberté avec du sang ; leur esclavage , avec de la pourpre. A la première époque ils en étoient à la morale des devoirs ; à la seconde , au système des intérêts.
£t quel moment a-t-on choisi pour établir parmi nous ce vil système? celui-là même où l'on étoit, pour ainsi dire, aflamé de devoirs, et disposé à les remplir tous. Pourquoi la France pleuroit-elle de joie en 1814, au seul nom d'un roi qu'elle n'avoit jamais vu? Pourquoi chacun s'empressoit-il de faire les sacrifices qui sembloient conformes à l'équité? Pourquoi ce transport des pères de famille , qui présageoient des jours plus heureux pour leurs enfants? Il semble qu'on ait peur des sentiments généreux prêts à roialtre. Quand la Chambre de 1815 écoutoit avec tant de respect et de résignation la lecture d'un traité si cruel à la France , tout annonçoit dans cette religieuse et monarchique assemblée le retour aux plus touchants devoirs. Espérances d'un avenir réparateur, qu'ils sont coupables les liommes qui vous ont fait évanouir !
Que voulez-vous que le peuple conclue de la morale qu'on lui prêche, du spectacle qu'on lui donne? De toutes parts on lui répète, dans un jargon subtil, qu'il a bien fait d'avoir fait ce qu'il a fait, d'avoir pris ce qu'il a .pris; que si les nobles ont été égorgés, les prêtres proscrits, les propriétaires dépouillée, c'est apparemment leur faute; que ces nobles étoient des tyrans; ces prêtres, des ftmatiques; ces propriétaires, des aristocrates : que ce sont eux qui ont tué Louis XVI par leur résistance; que le trône n'a péri que par hasard ; que si l'on a détruit la monarchie, c'étoit pour son bien; que rien n'est si beau que la révolution ; qu'il y a une alliance naturelle entre cette révolution et la royauté légitime. Oui , il y a alliance : si je m'en souviens bien , elle fut faite le 21 janvier 1793 , à dix heures dix minutes du matin ; la démocratie fut témoin , et prêta serment , en cette qualité, sur la tête sanglante de Louis XVI !
De telle façon , endoctriné par de tels pédagogues politiques, le peuple de nos villes voit l'exemple confirmer la leçon : on chasse à ses yeux des plus grandes places comme des plus petites tous ceux qui ont eu le bonheur de rendre quelque service à la couronne ; on élève aux honneurs tous ceux qui ont trahi cette même couronne. Les paysans dans les campagnes reçoivent les mêmes enseignements : là reparaît l'ancien propriétaire qui fut persécuté pour son roi ; il revient mourir de faim à la porte de la maison oùjadis il distribuoit ses aumônes. Au moms est-il honoré dans son indigence , dans ses sacrifices ? Point : on le dépeint comme un ennemi du roi, un conspirateur, un pervers , un stupide. On lui avoit donné d'abord un ché* tif emploi pour vivre; on le lui ôte. Dépouillé comme royaliste par les agents d'un gouvernement usurpateur, il est dépouillé de nouveau comme royaliste par les ministres d'un gouvernement légitime.
Rien n'est plus facile à un ministreque de signer né^igemment une destitution que lui commande la haine, que lui i
enlève Tintrlguê; le soir II n*cii retrouve pu moimiid. ble , son lit , ses laquais de toutes les sortes. Mais le main* reux qu'il a frappé , le pauvre royaliste qui, pour rsplacer la perte entière de sa fortune, n'avoit que to modiques appointements d'une place ignorée, retrasTe4> il sa table , son Ut , ses serviteurs? Il ne retrouve qo'w bmille en larmes, que la compagne de son exil, queèi enfants élevés dans la misère à prier Dieu pour le râ! T» lez-vons donc qu'il se mette au service des pfwimiîrw de son bien ; qu'il devienne le valet de sa ferme? CcUint possible à la rigueur; mais fl ne faudroit pas qolett reçu au service du roi des blessures qui l'empêchent ehbourer une terre ingrate, de creuser an moins n loiée dans le sillon qui n'est plus à lui.
Par un tel système, un hoirible ravage est bit dos le cœur humain ; c'est comme si vous donniez des leçoK pubUques de trahison, d'injustice, et d'ingratitude. La docteurs de cette science sont véritablement assis dwli duàn empestée. Les méchants diront : « Continuaos I « faire le mal, puisqu'on en est récompensé. > Lh bm coounenceront à regarder la vertu comme une duperie, les sacrifices comme une sottise. Dans cet ordre dechoia, il n'y a que des prospérités flragiles , fortuna vltna, èi bénédictions que le ciel maudit. Bouleverser tootei ta idées du juste et de l'injuste, c'est mettre la hache àm les fondements de la société humaine, c'est brinrtM les liens de l'obéissance et de la fidâité. Vous prêdba h morale des intérêts, en contradictIoD avec celle desdefoin : hé bien ! voici la conséquence de cette morale, a tm parveniez à l'établir : le gouvernement ne serait plnqi'a accident dans l'État , accident tantôt légitime, taaIMiKgitime , tantôt républicain , tantôt monarchiqoe , ao péde l'intérêt domfaiant, et une révolution pcrfitiqae derieih droit le moindre des événements chez un peuple.
Nos enfants s'âèvent au miliea du désordre des ides morales : leurs oreilles ]et leurs yeax s'accoutument i » tendre et à voir le mal ; ils apprennent à étouffer ksn vertus, à suivre leurs passions. Quelle race doit dose mt tfa* du milieu de nos exemples ? La jeunesse , naturellewit généreuse , sera flétrie avant d'avoir attdnt l'âge où l'apérience détruit les illusions. Ces systèmes , que noos psmenons sur hi France, loin de hi fertiliaer, la rendrait # rile : ils ne ressemblent pas à ces charrues qui féeondatb terre, mais àoelles qui coupent les fleurs :
Purpureus vdnti cnm flos socelsos antio
Parte, 5 déeenbie isrs.
Que dit-on aujourd'hui ? On dit qu'il n'y aon psiica vellement dans l'administration , mais seulement ménage. Si, pour le bonheur de la France, on causait rester ministre, il est tout simple qu'un td sacrifia «il au moins adouci par la faculté de changer de miaistèn.
Ces arrangements de famlUe , en cas qu'ils aient lieo (or qui peut sonder la profondeur des conseils miaistériek?)i n'altéreront en rien le système général , ou plutdt ife W donneront une nouvelle force; les ministres joneroat a quatreoohis sans que nous cfaangiotts de place. Leshoonei d'État ne laissent point leurs mœurs domestiques istiff sur la publique destinée. Cependant on pourroitcrolre^it le miidstère est divisé en deux parties trop fbibleKpfl* s'exclure mutuellement : l'un , par jugement oomne f loyauté, voudroit se rapprocher des royalistes; raotrei par goût comme par humeur, se jette dans les bras de» ii* dépendants. Dans cette position perplexe la senoai'M' vrira, et la nécessité d'avoir une majorité obligen pe^* être l'autorité à favoriser encore l'ophiion démoôatiqs'-
Les autorités se sont aventurées dans une espte '^
Hepoink|iie>d^ ellee ne savent plut comment sortir, là mille projets fiuitasqiies : c'est très^ieosement que oudstaiies des ministres rêvent le renouvellement in- ;nl,8ans autres moiUfications dans la loi des élections, nque les royalistes combattoient pour une loi complète, demandoient aussi le renouvellement intégral : ils le aloient avec le changement d*&ge, Taugmentation de iBbre,et lesàeux degrés d*élection. Nous ne damandeis point aux ministres ce que deviendront» dans leur Bvettt projet, leurs réclamations contre la violation de Ghirte, ce que deviendront l'ordonnance du 5 septembre ■ médaille, monuments triomphaux de notre invariable ioar il la Charte. Nous ne citerons point à ces ministres n propres discours contre le renouvellement intégral : kai ménager l'amour-propre et ne pas faire rougir la po- ■r. Nous dirons que le principal argument seulement pelé dansoes discours étoit celui-ci : Que le renouvelment intégral amèneroU une révolution tous les nq ans. Ce raisonnement, faux lorsqu'il s'applique à K kM monarchique , est parfaitement juste avec la loi fmooatique que nous avons aujourd'hui. Ainsi , par le BooveUement intégral, nous aurions le despotisme miriérid pendant cmq ans ; et , après cmq ans , Tespérance ne république. Au lieu de sauver la France, noua n*au- Nfi sauvé que le ministère; nous serions tombés dans la éprise du dauphin delà fable. Dans quelle antichambre I grand dessein a-t-il pris naissance? Cela sent bien ce » esprit d'égalité , en même temps que d'humble sou- Mîon, répandu panni ces hommes qui attendent leur laer 00 leur maître.
Pourquoi les ministres veulent-Us le renouvellement ini^? Parce qu'ils craignent le renouvellement partiel : i croyant sûrs de la minorité , ils s'arrangent pour la garer dnq années. Voyez l'énorme vice de cette mesure. Si , mie cours de cinq ans, vous perdez la nuûorité(ce qui Atrè^possible et même très-probable , puisque cette mavité ne se compose que d'un petit nombre de voix), que irea-Toos? Si la Chambre refusoit un budget , la couronné 'oieroit donc la dissoudre , dans la peur de voir arriver ne Chambre toute démocratique? Voilà la position dans HpieUe on se placeroît en prenant un de ces demi-partis ii perdent tout et ne sauvent rien.
Le tort de la France est pour ainsi dire aujourd'hui eneles mams des députés qui , jusqu'à présent , ont cru delir Toter avec le ministère. Us peuvent faire cesser ces Mipables hésitations; ils peuvent, en s'unlssant à la miirité f forcer le minière à changer de système : la patrie, li leur devra son salut, placera leurs noms parmi ceux (tes meiUeurs et de ses plus généreux citoyens. Ce n'est pas tout : on sème des bruits sur la suspension ils liberté de la presse ; du moins on voudrolt étendre la ■sue jusque sur les feuilles semi-périodiques. On n'a ■lt& à cette grande mesure constitutionnelle que depuis Iffaritiondu Conservateur. Vous verrez que nous por- Ms malheur à la Minerve: Mais pourtant qui est-ce qui \k Conservateur ? y a-t-il un ouvrage plus lourd, plus ^eox? On s'y abonne d'une manière folle, mais en on ne sait pourquoi. Pas un seul esprit spécial qui e dans cette rapsodie : jamais de positif , d'adminis- ' de statUtif!
rquoi les ministres demanderoient-ils la suspension liberté de la presse? n'ont-ils pas la loi sur les cris et ' séditieux? Ne trouvera-t-on pas bien dans les oud'on royaliste qudque page contre la légitimité , et les livres d'un indépendant quelque phrase contre la |é? Qo*on fasse donc mettre à la Force ces écrivams IX. Alors la littérature ministérielle régnera glo- ^ .ient en France : le dieu de Tharmonie , comme une pité assyrienne dont le nom nous échappe, descendra |i^ Malaquais, sur un char tiré par des mouches; la
poKoe, noaveau Parnasse, fleurira ornée de toutes les grâces de la liberté.
£n attendant que la b'herté soit totalement ravie à la presse, pour la plus grande gloire de la Charte , on fait un étrange usage des journaux déjà censurés. Une partie dé la plaidoirie de M. Couture, dans ranahre du général Canud, est omise dans les journaux. Est-ce que tous les sténographes se sont entendus pour négliger les mêmes passages, ou bien ces passages ont-ils été rejelés par la censure? Alora nous demanderions de quel droit la police se permet de supprimer quelque chose des débats qui doivent être publics, et qui sont du ressort immédiat de hi justice? Nous avons déjà fait remarquer cette audace de la police à propos du procès de Plaignier, procès dans lequel la vie de plusieurs hommes étoit compromise.
Des tribunaux de justice à l'arbitraire il y a un peu loin : il semble pourtant que nous prenions plaisir à nous jeter dans cet arbitraire. Dans le 245* n" du Bulletin des Lois , on trouve une ordonnance , cotée n** &538 , qui distrait certaines conunuues de certains cantons pour les réunir à d'autres cantons, et qui transporte les registres de ces communes aux arcliives d'une antre mairie, ce qui suppose réunion de mairies. Dans ce cas, comment les ministres , qui Tannée dernière ont présenté aux Chambres des échanges de cette nature, ne se sont-ils pas souvenus qu'ils faisoient faire par une ordonnance ce qui est matière de loi ? Il est fâcheux d'être obligé de lesrappeler sans cesse à la Charte.
Le Bulletin des Lois est la véritable image du chaos où nous avons été ensevelis pendant un quart de siècle. Là sont entassés pêle-mêle tous les débris de ki monarchie; là se trouvent les documents confus de toutes nos erreure et de tous nos crimes. Le portique de ce monument est digne du monument lui-même : c'est le rapport de Couthon sur le tribunal révolutionnaire, et le décret de la Convention qui établit ce tribunal. Au frontispice sont gravés la république , un niveau et un œil , comme pour surveiller la restauration. La mort est partout dans la loi. Cette loi déclare que les ennemis du peuple sont ceux qui provoquent le rétablissement de la royauté... et qui cherehent à altérer la pureté à» principes révolu* tionnaires. Couthon s'élève , dans son rapport, contre la fiaction des indulgents ; « On demanda, dit-il, on obtint « des défenseun officieux pour le tyran détrôné de la « France.... Par ce seul acte, on abjurait la république; n la loi elle-même hnmolott les citoyens au crime... »
Quand donc arrachera-ton ces pages du Bulletin des Lois , où l'on n'a pas inscrit les ordonnances rendues à Gand , mais où l'on trouve les décrets des CentJoun? Quand cessera-t-on d'asseohr la monarchie sur les bases de la démocratie ? Quel étrange piédestal aux ordonnances du roi, que la loi sur la formation dn tribunal révolutionnaire ! Ce mot de révolutionnaire est aujourd'hui l'objet des plus vives sollicitudes. On le défend, on le lie à tous les intérêts : il est du moins authentique , puisque nous venons de le trouver dans le numéro 1*' du Bulletin des Lois; c'est le prendre à sa source. Il paraît que, sous la Convention , il y avoit aussi des conspirateura qui ne concevoient pas la pnreté des principes révolutionnai' res,eik qui l'on coupoit la tête pour les rendre plus intelligents. On aime à vohr que quelques-uns de nos journaux défendent ce mot chéri. Mais que ne disent-Os pas, ces journaux censurés? Nous avons lu dernièrement, dans le JlfonJ/eur,-un article qui nous a affligés, parce que nous sommes sensibles à l'indépendance de notre patrie. Cet article est relatif à la déclaration des puissances. On y rencontre ce passage : « Cest contre la possibilité, R même la plus éloignée, d'un désastre semblable, que M l'Europe est désormais rassurée, par l'auguste fédéra- « twndetooslesmoiMrqueSyVeiUaiit tous d'an commun
POLEMIQUE
n accord sur les mottrements de l'esprit réTolutionnalM, « et prêts à défendre mutuellement fettn droits légi' « times.*
£t quels sont donc les mautais François qui peuvent nous donner pour motif de tranquillité la surreillanee de J*£urope? Avons-nous besoin de tuteurs? Une pareille surveillance seroit plus propre à nous troubler qu*à nous maintenir en paix. Avant la publicatiiln des pièces officielles, nous avions quelque crainte : on nous avolt alarmés par des bruits de garanties mutuelles. Nous nous demandions quelles seroient ces garanties; si elles ne donneraient .pas droit ou prétexte aux étrangers de se mêler de nos aflaires taitérieures, si on ne viendrait point encore nous parler des circonstances » si nous en serions encore à recevoir dans des notes diplomatiques des certificats de bonnes vie et mœurs; si nous n'aurions fait que changer en une garnison d'ambassadeurs une garnison de Cosaques. Rien de tout cela heureusement n'existe dans la déclaration; nous sommes laissés à nous- mêmes : on nous confie à cet honneur, seconde providence de la France » qui ne l'a jamais trahie. La police devrait au moins gonrman deijune censure qui laisse passer des articles tels que celui que nous combattons, d'autant plus que cet article se trouvant dans le Moniteur, on pour roit le croire offidel. Que la police ne soit pas constitutionnelle, chacnn le 4ait; mais Q fout au raoinsqu*elle soit fïançolie.
Paris, le sa décembre I8I8.
Les événements politiques qui ont en lieu depuis huit jours fer<Mit époque.
A l'ouverture de la session, tous ceux qui veulent le salut de leur patrie ont travaillé à la réunion des hommes monarchiques : des négociations ont été ouvertes entre les minorités royalistes des deux Chambres, et les royaliste» qui jusqu'à présent avoient cru devoir voter avee le ministère.
Du moins les royalistes n'auront rien à se reprocher : on ne les taxera plus d'ambition; on ne pourra plus dire qu'ils sont implacables ^ exdusife, hitraitables. Leur conduite dans les dernières drconstanœs leur méritera l'estime universelle. Cette totale abnégation d'eux-mêmes n'étoit pas toutefois sans inconvénients politiques; ils l'ont senti : ils ne se sont pas abusés sur les résultats; mais il leur importoit ^ avant tout i de prouver par un foit authentique leur sincà« désir d'union; etd'^ter tout prétexte à la calomnie. Mais ces hommes , si prompts à calutttler sur leurs prétentions , à renoncer aux places pour eux-mêmes , seront inflexibles sur les clioses : plus leur modération a été grande quand il ne s'est agi que de leur intérêt personnel, plus leur opposition sera forte quand il sera question de combattre pour les intérêts de la monarchie. On dit, par exemple, que le projet des ministres est de demander la suspension des élections pendant trois ans. Oroientpils trouver un seul royaliste qui vote pour un projet aussi monstrueux ^ pour un projet qui créeroit une nouvelle loi d'exception, pour un projet qui gêneroit l'exercice de la prérogative royale , et qui n'auroit d'autre résultat que de maintenir les ministres en place, en laissant la France en péril? Si la législation peut se donner par exception des pouvoirs pour trois ans^ pourquoi ne se rendroit-elle pas perpétuelle? C*est arriver tout droit au Long Portement.
Les ministres trouvent sans doute la loi des élections dangereuse, s'il étoit vrai qu'ils voulussent suspendre les élections pendant trois années. Dans ce cas , pourquoi ne la chattgeroient-ils pas, certains^ comme on le leur a démontré , qu'ils ont avec les royalistes la majorité dans les deux Chambres?
Pensent-ils, a» êontralre, que la loi est bonne? Alors
pourquoi demanderoient-fis la suspemion dès âMkoi^
Une partie du mfaiistère ne serott-elle que h dape è l'autre dans ce projet de suspensioa? Au lieo de gsrder la Chambre trois années, ne pourrolt-en pas stw litrière-pensée d'en provoquer la dissolQtion? Ne se te roit-on pas d'obtenir, à force d'intrigues, de caresse, le menaces^ des choix purement ministériels, et d'essyer de prouver ainsi que la loi des élections et eioeOaie? Terrible partie, dont les chances ne seroient pas es faveur de la monarohie légitime , contre nneJlUe stmgkntt de la Cont^ention.
Quoi qu'il arrive, si les royalistes, après SToir oRni tant de fois une alliance généreuse, vprH ivcnr misatk alliance au plus bas prix; si les royalistes, ësoBMim, sont encore repoussés, leur conduite dans les Clnobni est d'avance tracée. Ils ne voteront point ponr sue sh* pension des élections, qui, dans l'était actuel de la M, perdroit plus sûrement la Franée que le remplacnoat partiel ; suspension qui ne sauveroit pas la monardffî', mais seulement le ministère. On ne s'attend pas assâ 4ue les royaliMes se prononcent contre la liberté et h presse. Ils Seront conséquents à ce qu'ils ont dit et bl : ils repoussent toute loi d'exception. Autant ib aeroiol décida à soutenir la plus forte loi dé répression rMi aux abus de la presse, à demander des cautionnaBOli considérables pour les journalistes, des chàlioients rig* reox pour la calomnie, des peines terribles pour ks » vrages oii la légitimité seroit attaquée, la constitottA ébranlée , la sûreté de l'État compromise, sntant ibr^ tent la censure arbitraire, qui réunit les InconTénients de M licence et de l'esclavage , qui ne prévient aucun des d& que nous venons d'énumérer, qui doime tout sot ans ei refusant tout aux autres , qui n'est jamais que rinstnmnt du parti en pouvoir, et qui détruit radicâleuiBit le pt verocment représentatif.
Que va fiiire le ministère? sur qui s'appoien-t-jl? Mi' tenant il n'y a plus de milieu possible : il faut êtit poor les principes monarchiques, ou abonder dans le seosdi h démocratie. Tout est divisé dans les Chambres; la mlii' rite n'existe nulle pari. Chaque fraction du minlstènia donc s'engager dans des rangs opposés , et mener ao t» bat, les uns contre les autres, les royalistes, lesiDdq» dants, les doctrinaires, les ministériels de deux m troii couleurs? A quels moyens sera-t-dn alors obligé de rto» rir! La correspondance privée se mêlera-t-cUe encore di nos dissensions nouvelles? Quand serons-nous issexFraaçois ponr dérober au mohis aux étrangers lacoanoiiiaBee de nos misères?
On nous a fait beaucoup de mal ; on a rappelé 1^ pdsti' pes de nos erreurs et les hommes de nos adversités. Qaa ceux qui peuvent nous sauver sachent pourtant que riei n'est encore perdu ; qu'ils sachent que , si nous périssoas, ce sera par une minorité misérable. C'est devant qudiiM lois et une centaine d'iiommes que vous abaisse! leparfl* lou de la monarchie. Osez regarder en face voseaoMt faites un signe , et demain la France est royaliste. Tow quelle consternation quelques mots du discours do rn,d la seule espérance d'une réunion entre les honnêtes gMi avoit jetés dans le parti ! Les révolutionnaires ft^d/à déjà, ou exhaloient leur rage en invectives impuissiitt- Éoirtez les petits esprits qui vous obsèdent, et tous «m étonnés du calme qui renaîtra parmi nous. Ces booiMit rendus à leur nullité , n'auront pas un seul partisao : 3^^ paraîtront dans l'oubli qu'ûppellent la médiocrité dileii talents et la serrilité de leur caractère : ils ne sootM» que de l'idée ridicule que vouS avez conçue de leur op* dté; ils ne sont à craindre que de la crainfe encore phi ridicule qu'ils vous inspirent. C'est vous-mêmes qol o*" le fantôme dont. vous êtes poursuivis; c'est Vous qolpi<^ duisez dto oppositions fictives ; c'est dans votit fBt^
ioD qaegtt Tobstade : tous Toyez ce qui ii*est pas. Et éanmoins tl est vrai qae n'ayant à combattre qu'aûe om- K, cftte ombre petit tous terrasser. A force de caresser s penchants réToIotlonnaires, tous leur donnez delà OQSisUoce; à force de respecter la démocratie, tous FéiliUsflez : toute la réToIutlon a oflert ce prodige d'une nain ncrlfiée par une .poignée d'hommes h une chimère. Si une partie du ministère ne se retiroit pas, si nous de- (dos désespérer de l'autre partie du ministère en qui nous bioos à placer notre confiance, il y aoroit encore des satoarces. Ne perdons jamais courage ; la France est re^ mue de loin : quand Charles Yll fut sacré à Reims j elle iolt plus malade qn'èUe ne l'est aujourd'hui. Puisse l'huile HBleqai doit bientôt couler sur la tète d'un descendant e saint Louis fermer nos plaies, adoucir nosressenti- KDis, nous donner à nous-mêmes les Tertns royales , à kîoir, l'amour de la paix, l'oubli des maux soufferts, et i finte de faire du bien à nos ennemis!
Paris, S8 décembre I8I8.
Encore une année ajoutée à la Tieille monarchie de CloiiiQaede fois, depuis la fondation de notre empire, DOS avons brûlé ce que nous aTions adoré , adoré ce que bus avions brûlé! Adora quod incendïstl^ incende vodadorastl. Le temps, qui retrouTe encore debout e royaume après quatorze siècles, retrouTe aussi les desndants des premiers François, sinon arec les mêmes Inors , du moins avec les mêmes passions. Nous nous gitoos, comme les compagnons de C]OTis,poar quelques lépouilles : la révolhtion nous a tus retourner k la liberté i i la férocité de nos ancêtres; nous aTons ttié des rois
I des enrants de rois. Que nous reste-t-il de toutes ces iveors? que nous rcstera-t-il des haines et des ambitions lolnoas tourmentent encore? Que de bruit pour arriver ttsilfnoe! que d'efforts pour obtenir six pieds de terre! iissez venir un autre i" janTier, et les acteurs seront Neendas de là scène , et nous-mêmes nous ne serons lu là poar blâmer ou applaudir.
Toute cette morale n'empêche pas qu'oii ne TeuiUe NjoQrs être ministre, maire du palais , et même portier,
II y a lien. On encensera toujours Landry , Ébroln, Ber- ^, lorsqu'ils seront puissants : on les insu^|era toujours M^ ils seront abattus. Aujourd'hui pourtant on est itex embarrassé , car on ne sait qui est ministre. Que la Mition des personnes prudentes est pénible! Le mieux >OQr elles seroit de se coucher jusqu'à l'éTénement. Quoi |o'Il arrive, elles sont bien sûres d'aToir un ministère : Iws elles sortiront , comme le renard, pour louer le lion ■m sa force; comme l'Ane, pour donner le coup de pied a lion malade.
*^ans le doute abstiens-toi, » disolt un sage. Ne Saw ni qnels mfaiistres on aura, ni quel système on Ta nvre, il nous est impossible de tirer nos lecteurs de la^* ttplexité qu'ils dolTcnt éprouTcr.
iosqu'au moment où nous pourrons les tnslnfh«, nons ^eons les royalistes à suspendre leur jugement, et à e défier des bruits que l'on répand de tons cAtés. La dé- 'l'^e menacée par un changement de système 8*agite •^» ce qui prouTe qu'elle est foible et qu'elle a peur. 3K va jusqu'à dire qu'elle fera présenter des pétitions * tes électeurs, en cas que la législature TeuiUe toucher 1^ W des élections; comme si les électeurs ne cessoient ■»d exercer des droHs au moment même oli les col- J^cessent d'être rassemblés! comme si ces dhrtts n'a- ^» pas besoin , pour aèqnérir force légale j de l'ordon- ™e royale qui couToque les collèges électorairx ! Où en ^J^oous si les électeurs alloient s'imaghier qu'ils for- ^tm corps, lequel peut SToIr des volontés hors de la '"^'^^ spéciale à laqnèUe il est apptlé? Ce séroiit là à»
là pure démagogie» des cbinités d'électeurs comme en 1789. Il est toujours bon due les prétendus Constitution* nels se trahissent, et qu'ils nous montrent leur arriéré pensée. Les électeurs ont le droit de pétition faidlTiduelle, comme simples ci %e7i5 : s'ils Tculent, en cette dernière qualité, présenter des pétitions aux deux Chambres pour le mahitien de la loi actuelle des élections, ils en sont bien les maîtres ; irials 11 y aura d'autres citoyens qui demanderont le changement de cette loi : le roi et les majorités des Chambres trancheront la question. Qu'on M croie pas Tenir nous inthnider comme en 1793. Dieu merd, ce temps d'égarements est passé. 11 suffit que le gou- Temement marche ferme, et qu'il cesse de craindre une centaine de petits personnages qui lui font illusion. Pourles réduire à la nullité la plus complète, il ne lui faut que le courage de les mépriser : dans Tingt-qnatre heures touf seroit fini.
On s'étonne, au resté, un peu trdp deeé qiii arriTe dans ce moment rdatlvemetit au changement de ministère, parce qu'on ne songe pas assez à l'espèce de gouTcmement établi par la Charte.
Dans une monarchie absolue, il n'y a pas à proprement parler de ministère; 0 n'y a que des ministres. Presque jamais ils ne sont renvoyés à la fois; l'intrigue les plaçai et les déplace un à un. La lutte n'existe dans l'hitérieuf du palais qu'avant la chuté : le public ignore et Cette lutte, et le temps qu'elle a duré. La gazette lui apprend quel est son maître; il s'inclhié et obéit.
Dans un gouTemement constitutionnel, c'est one opinion qui ouvre et qui ferme les portes du poUToir. Un ministère tombe souvent aTant d'être remplacé , comme cela est arrivé plusieurs fois en Angleterre : surTîent alors une espèce d'bterrègne ministériel. 11 faut que le ministère à recomposer remplisse les conditions Toulnés , qu'il ait la majorité dans les Chambres, et une . choisi dans une opinion arrêtée^, 11 s'aTance aTec toute la force de cette opinion. S'il ne réunit pas ces deux conditions, il est perdu : contrarié par les Chambres , llottaiit entre les partis , ne 8*attachant personne , il est bientôt obligé de céder la pla<ari aux opinions opposées, lesquelles reriennent aTeC une puissance accrue de toute ta foiblesse de l'opfailott qui n'a pas sa triompher.
Parisi ees janTler I8I9.
L'époqne où nous Tirons est essentiellement propre i l'histoire : placés entre denx empires dont l'un finit et dont Tautre conmiencè , nous poUTOtis porter également nos regards sur le passé et dan^ l'aTenir. n reëtfe encore asses de monuments de Tancienne monarchie pour ta bien connoltre, tandis que lès monuments de la moluirchie qui s'élère nous offrent au mllien des mines le spectacle d'mi nouTèl nnlTers. Nous-mèilies, aTec nos malheurs et nos crimes, nous Tenons nous placer dans cê tableau; dn moins, si notre siècle est peu têùimà en .grands hommes et en grands exemples « fl est fértita eit granés ëTéneineiits et en grandes leçons.
En attendant qàe VMlMMre fasse de nons des personnages , les Mémùires nons réctaroent pour dès portraits : le cardinal de Reti peut nous peindre aTant qoe Tadtë nons juge. Ce sera un tableau cdrieux que celui des quintt jours qui Tiennent de s'écoder. L'fiurope^ tttpmiié« si longtemps, s'étonnolt que Texpérience condamoÉt nnsya* tème jusqu'alors préconisé comme nn chef-d'eNirre dé St> gesse. La Frahce s'effrayoit de ta renaissance des prind* pes et des hommes réToIfltkMmaIres. Ce qu'on STCfit préTtt arriToit : lés déni opinions téèlles erolssoierit, tandis que l'opiniod mixte allolt disparoltre. On assuroit qu'une dl- Tision régnolt dans le ministère ; qu'one partie des mliriitres Youloit soutenir l'anden système ; qu- une adtrè par-
POLÉMIQUE
Ue ,-Att contraire, mcliuoit à on changement de niesarea : de sorte qu*ii ne s'agissoit pas de la chute entière des minUtres, mais de la retraite de quelques-uns d'eulre eux^ selon Topinion qui pi-édoiuinoit dans le conseil.
A cette cause de dissolution se mêloient des ambitions particulières , s'il est vrai que tel ministre désirât le département de tel autre. La session s'ouvrit au milieu de ces incertitudes. Le bruit couroit que rien n'étoit prêt. Les députés fixoient leurs regards sur un ministère divisé, dont on anno/içoitle changement tous les quarts d'heure : ils étoient venus pour discuter des lois , ils assistoient à des querelles.
Les Chambres donnèrent dans ce moment un exemple de bon esprit et de bonne^ conduite. Uniquement occupés du bien public, les hommes monarchiques se réunirent pour former une majorité à tout ministère qui voudroit remédier aux nuiux de la patrie.
Ici l'on s'apercevra que nous ne pouvons ni ne devons entrer dans les détails. Que de choses à la fois comiques et déplorables Tavenir nous apprendra! Quel jour jeté sur différents caractères ! Que de ministères gagnés et perdus , faits et défaits ! Que de conférences inutiles ! Que de discours singuliers! Que de combinaisons bizarres! Combien de rôles joués par un même homme ! Combien de journées des dupes dans un seul jour ! Combien de tâtonnements, de craintes, de désespoirs! Tout cela eu présence de la France, à peine guérie des blessures de la révolution, et qui, remplie des souvenirs de ses grandes catastrophes, attendoit en s'étounant l'issue de ces petites Intrigues.
. 11 suffit que l'on sache qu'un ministre en faveur a été sur le point de partir pour une ambassade éloignée , et que différentes combinaisons de ministère ont eu lieu. La haine contre les royalistes , la difGculté d'avouer qu'ils avoient eu raison, après les avoir accablés de calomnies; la foiblesse des uns, la passion des autres, la ruse de ceux'Ci , l'audace de ceux-là , la frayeur des salariés et des révolutionnaires , ont fait manquer un accord qui pouvoit avoir pour la France les suites les plus importantes et les plus heureuses.
Que faut-il penser du nouveau ministère? que peuvent espérer ou craindre de lui les hommes monarchiques? C'est ce qu'il convient d'examiner.
D'abord , pour être justes, remarquons qu'aucun membre du conseil ne porte la tache des Ccnt-Jours; tous les ministres actuels donnèrent, au contraire, à une époque désastreuse, des preuves de courage et de dévouement; ils pourront donc , sans rougir, parler de fidélité , et ne seront point exposés à se voir frappés par un de ces mots qui précipitent un orateur de la tribune. Ce n'est pas qu'une faute noblement reconnue ne puisse porter au bien une âme élevée ; mais dans une âme vulgaire, une première erreur corrompt toutes les actions de la vie : on fait mal , parce qu'on a mal fait; et l'on hait dans les autres la vertu qu'on n'a eu le courage ni de garder ni de reprendre.
Cette part d'éloges faite au nouveau ministère, il faut convenir qu'U se présente sous un aspect inquiétant.
Snr les six ministres qui composent le conseil responsable, trois sont connus par leur admhiistration précédente : il est probable que les trob autres suivront l'impulsion de ceux qui semblent être les personnages dominants.
Et d'abord de quelle manière opérera-t-onsur les fonds et les revenus de l'État? Lorsqu'un homme est rappelé h des fonctions qu'U a déjà exercées, il est naturel qu'on Juge de ce qu'il fera par ce qu'U a fait; de là les sentiments opposés que produit sur les esprits la nomination de monsieur le ministre des finances : satisfaction momentanéechez les spéculateurs sur la rente, crainte chez les contribuables : les um e( les autres sç «ont soafenus du bQdeetde]8t4f
Les œntiiiies addltiouads oentraUiéB an trésor, et portés de trente-deux à cinquante, malgré la paix, milgréraiiédant des recettes snr les dépenses , excédant proQTé pr les miUions que Bnonaparte trouva au 20 man dans m caisses pubUques; l'intérêt de huit pour cent oonoédén porteurs des obligations du trésor, anxqueUes on doBMft cependant en garantie trois cent inille hectares de Mb, et les biens des commune^; nos dettes, portées à bHl dans les inventaires , que celui-là même qui avoit ooatritt ces dettes reconnut, quelques mois après, qu'elles s'âe* voient à pehie à la moitié de la somme additionnée; ta dépenses évaluées à leur maximum , les recettes cakiiléfi à leur moindre produit : teUes furent les opéaikn fia» cières de 1814.
EUes amenèrent leur résultat naturel. Les oonlribai* blés, qui s'attendoient à un dégrèvement, se tromat accablés d'impùts, sentirent moins le bienùJt de la ratauration ; la confusion des fonds du domabe estnoffi* naire avec les fonds du trésor jeta des niquiétades ém l'armée accoutumée à recev<^ des dotatioos sor le 4i> maine extraordinaire ; des communes dépooiUéeade tan biens se plaignirent; des conseils généraux, privés et leurs attributions, s'alarmèrent : ainsi fut ébniiét h M qu'on avoit eue au retour de la justice, cette reine de l'ancienne monarchie, et l'inséparable compagne de m rois. SI quelques fautes dominent l'époque qui préoédi les Cent-Jours, ce furent ceUes qui découlèrent de aofti système de finances.
On peut douter qu'U fdt utUe de s'attacher aux jeaiè la Bourse , et de trop perdre de vue les intérdt de li population payante , les propriétés communales, la Sbertés administratives. Au moment où les germeBde ji» péri té dont la France abonde aUoient se développer pv l'influence d'un règne de paix et de Uberté ; an mÔDeatai l'on revenoit aux idées saines et conservatrices, on se ptrut occupé en finances que d'un tour de force, que k l'idée de payer les obligations du trésor avec l'excéditilte recettes. Étoit-ce au véritable crédit que l'on faiaoitlesxRfice d'intérêU si précieux? Mais le crédit n'éloitflpis^ranti par la supériorité des recettes sur les dépenses, fK l'entassement du numéraire , par la non-nécôsité oriM de ce crédit, puisqu'ayant tant d'aigent d'avance, d à peu de dépenses éventudles, aucune occasion de M ne se présentoit? C'étoit donc l'intérêt des créanciendB l'arriéré qui primoit les autres intérêts? Biais pouqaii la liquidation des titres de ces créances éproovoil-dk Uit de dUficultés dans les bureaux? pourquoi liatérfit èa créances ne cooroit-U que du jour où l'on avoit obtesi li faveur de la liquidation? Les droits des créanders, snquèls on paroissoit vouloir tout accorder, se trooToieil par le fait dans une position défavorable.
Ces mesures financières de 1814 ne sont pas d'an hnreux augure. Déjà des admmistrateurs ont été dong^î déjà on entend parler de ventes de forêts, de repnsetdei biens des communes. Cependant aujourd'hui c'est 4e ni* son et non de système qu'on a besoin : U faut qoe ii» narchie entre jusque dyis les finances. La vue anai tf être étendue; quand on n'embrasse pas l'ensemble en objets, on se renferme dans une spédalité qui peut teit perdre en politique. Des ccmvois apportoient for àh Banque le jour où d'autres convob emportoient l'etp rance et le bonheur de la patrie. Ce n'étoit pas la pose d'avoir des mUlions en caisse au mois de mars 1816, p^ être obligé de payer en 1818 l'arriéré dû aux nosictai du Champ de Mai ^
Toutefois , quelle que soit la crainte ou l'espoir qo^ pire dans ce moment la nomination de monsieur leflùainK
* Le fait est exact: on vient de payer ce qui étott*« musiciens au Champ de Mai.
POLÉMIQUE
binittnst D o'est pMoertaiii qae cette crainte ou cet esloir poitte K réalU«er. Les impôts sont tels , qa*fl est imposait de les accroître, et la grandeur de notre dette publilie interdit tout nooTel emprunt au moyen duquel on iMrseroit ra?enir de supporter les fautes du présent, ijulons qo*U eiiste une si forte masse de rentes et de remiiifhifiHiiKff de liquidation dans les mains des étrangers , |ie les mesures qui tendraient à esuigérer fictivement le MRS des fonds publics ne feroient qu'augmenter la sortie Ib notre noménire.
Pissons an ministere de la guerre.
Les affaires de ce gouvernement étant confiées à l'ankù ministre, il est probable que le système militaire etoel sera maintenu dans toute saiigueur. On sait que la dI da recrutement alteque yirtuellement les principes de I monirchie. Les ordonnances , conséquences naturelleft le cette loi, frappent particulièrement la garde royale. Si da département de la guerre nous venons au départeneot de Tinterieur, nous trouverons qu'il reste encore jume 00 vingt préfets et plusieurs sous-préfets de l'oiaioo royaUste. Monsieur le ministro de Tiuterieur va- •il les eliaoger? on le craint; on craint surtout l'influence Im sobilternes qui se glissent dans les administrations. te bomme d'État se doit bien garantir de ces talents mé- Bocres qui prennent les irritations de leur amour propre oor tes besoins de la sodéte , leurs prétentions pour les principes, et l'envie pour la politique. Le ministère qu'on avoit un moment espéré étoit ré- Db à proposer le changement de la loi des élections ; il it donc probable que le ministère qui a pris sa place ne nt pas changer cette loi. Dans ce cas , que deviendronsmn an mois de septembre? On parle de dissoudre la Aambre, afin d'écarter l'opposition de droite et celle de poelie, et d'obtenir des députés purement ministériels. SiFon craint des élec^ons partielles , comment oserarton e jeter dans des élections générales? L'opinion démocra- Kjue prévaudra dans les collèges électoraux ; rien ne sau- Mt empêcher la loi des élections de porter son fruit. On e poorroit lutter contre le mauvais esprit de cette loi aVecrophiion royaliste; mais si on écarte les royalistes fc tontes les administrations; si on les combat dans les oiKges électoraux ; si eux-mêmes, fatigués de tant d'in- Ktioes, ne se présentent pas à ces collèges, ce ne sont i les préfets ministériels, ni l'opinion ministérielle, qui Bipasseront le torrent démocratique. Allons plus loin. Sopposons que tous les préfète, que tous les commissain de bi police supprimée ou non supprimée ; que toutes El phoes promises ou données, que toutes les patentes, pe toutes les cartes d'électeurs, que tous les W^les de ces itctenrs plus ou moins vérifiés , que toutes les caresses et ootes les menaces , que tout l'argent et toutes les destituloBs produisent une Chambre ministerielle, c'est à dire ■Be Chambre livrée au pouvoir du moment, nous disons ^ Ton tombe ici dans un autre abîme.
On peut exercer sur quelques départements des influen- N directes; ces influences se perdent dans la niasse des JNtions libres ; mais crolt-on que si l'on parvenoit à faire, 'in bout de la France k l'autre, des élections fictives; tt si deux opinions puissantes, les seides réelles; que (ces deux opinions, opprimées par des moyens illégaux, fnoientà élever la voix : croitK>n qu'on pût tenir à une jrellle clameur? N'y auroit-il pas un mouvement d'in- Wion contre ceux qui auroient osé avUir nos institum, violer la Charte, rendre dérisoire le plus cher lionne le plus sacré de nos droite? A moins d'anéantir wite liberté de la presse, de détruire tous les journaux, Mrtes les brochures, tous les livres, une opinion formi- S"» se formeroit, et emporteroit peut-être, par sa réaciMi»lescboses et les hommes. Et si la presse setaisoit, ■^vroiUm étonlKer la voix de la Chambre des pairs?
Le ministère vdt-il le danger de la position où il se trouve? Neva4-il pas s'endormir, tAcher de passer la session tellement quellement, sans présenter de lois susceptibles de grande controverse? Ne songe-t-fl pas même à une prorogation des Chambres? et, content d'avoir vécu sans combattre avec une majorite flottante, ne croira-t-il pas avoir triomphé? Mais alors qu'il sera cruellement réveillé! Voit-U , au contraire , le duger? il peut s'en tirer, et se fjiire un immortel honneur en proposant le changement de hi loi des élections. Prendra-t-U ce iiartl? Rien n'est moms probable. 11 sera entraîné par les hommes sur lesquels il s'est appuyé : il faudra qu'il leur accorde et les places et les lots , conséquences forcées de cette union.
En résumant ce que nous venons de dire, le nouveau ministere se montre avec un système de finances qui pourra engloutir les dernières propriétes nationales; avec une loi de recrutement qui ronge la garde et l'armée ; avec une loi d'élections qu'on n'a plus qu'un seul moment pour changer; avec une administration qui tend à exclure des places jusqu'au dernier royaliste. Il a pour partisans les hommes démocratiques, et pour défenseurs les correspondants privés.
r^us avons exposé avec slncérite et sans amertume ce que nous pensons du nouveau ministère ; nous croyons qu'il ne se soutiendra pas longtemps tel qu'il est : c'est avec regret que nous venons troubler, par de funestes présages, la joie qu'il doit éprouver des éloges dont il est aiigourd'hui l'objet. Jouraaux censurés, feuilles indépendantes, tout est devenu ministèriel : la brebis égarée retourne au bercail , et la prospéritè , pardonnant une infidélite passagère, rappelle ses hôtes à ses banquets. Le Conservateur est demeuré seul inébranlable; il garde ahisi le caractère de l'opinion dont il est l'organe, opinion que rien n'eflraye, que rien ne séduit, que rien ne rend qu'à la conviction du bien , qui résiste à tout ce qui ne lui présente pas l'idée de l'ordre. C'est une chose admirable que l'immobilite des hommes monarchiques : le monde abeauclianger autour d'eux, ils restent les mêmes. Ils voient aujourd'hui passer les intrigues comme ils ont vu passer les échafauds. On ne les trompe ni ne les épouvante : souvent victimes , jamais dupes , après trente ans de proscriptions ils sont ce qu'ils ont été. Royalistes de toutes les classes, nous vous le répétons, vous êtes les plus forte et les plus habiles. Il faudra que l'on revienne à vous, ou que la monarchie périsse. Vous avez lassé le temps et les bourreaux; vous triompherez de T^injustice et de la calomnie.
Paris, ce 18 Janvier I8I9.
Un grand empereur disoit : Revois ce que tu as vu, si (u veux revivre. On peut dire avec autant de vérité : Hedis ce que tu as dit, si iu veux persuader. Nous avons plusieurs fois parlé de la correspondance privée , mais il ne faut pas nous lasser de dénoncer au public ce manifeste que de mauvais François publient dans les journaux anglois contre leurs compatriotes et leur pays. Cette correspondance privée, nous le répétons, a sa source dans des rangs élevés. Elle a pour but de tromper l'Europe sur notre véritable position , et de répandre hors de France des mensonges qu'elle n'oseroit pas publier ici. Sous un seul rapport, elle est assez curieuse : elle fait connoltre d'avance les projeta de nos ministres. Doit-il y avoir des destitutions, va-t-on remptacer des royalistes par des hommes des CentJours; aussitôt la correspon» dance calomnie les administrateurs qu'on renvoie, et fait l'éloge de ceux qu'on appelle; elle tache d'amortir ainsi l'effet de ces mesures, cherohe k endormir les bons esprits , et présente conmie des faite isolés des déplacementa qui ne sont que l'accomplissement d'un système général. M. Pitt disoit que la Convention mettoit ses flottes sous
Bon
la protectiçn it& tempêtes : le système que soutient la correspondance privée Teut mettre TEurope sous la protection de la révolution.
Nous allons, pour la première fois, traduire une lettre ^e la correspondance privée : nous la prenons daiis le Times du 15 janvier; elle a été répétée dans le Courier du même jour. Nous n'y ferons que les retrancliemenis <^ui nous sont conunandés par des bienséances impérieuses. Nous ferons ensuite le commentaire du texte.
Extrait cto Times du 15 janvier,
«Parte, Il janvier.
« Après les grands événements , on eli connolt p^n ft peu la cause. Tout ce que j*ai aporis sur le dernier changement du ministère prouve que le duc dé Richelieu a résigné la présidence de notre ministère de la mahière la plus sponlanéè, d'après les plu» mûres réflexions , etavee la détermination la plus fixe de he plus abcepter ce posté élevé, quelque pressé qu*il en pOt étrè.pi a cédé uriiquement au sentiment de son inhabileté pour là direction des affaires ' : non , certes , à défaut de talent , mais parce qu'il avoit été précipité dans une fausse route , p^r les faux renseignements quMl avoit été induit k écouter depuis son retour d*Aix là Clmpelle. 11 n'a pas épargné les reproches à quelques-uns de ses correspondants et de ses conseillers, qui dut abusé de son inexpérience pratique de notre situation intérieure * , pour lui inspirer des alarhiès exagérées : ii a nlémé, dit-on» adressé noblement cette déclaration & l'empereur de Russie , pour le méltrè sur ses gardes contre les suggestions trompeuses que l'on pourroit faire parvenir jusqu'à Pétersbourg.
« Le comte de Nesselrode , qui étoit à Paris avec M. Pozzo di Borgo, et qui a observé avec lui tout ce qui S'est passé, a pu informer l'empereur son maître de toute la suite de cette affaire^. Ils doivent avoir été bien convaincus, par l'évidence de leur propre sens , qu'il étoit impossible de réaliser les chimères que l'ambition désespérée dès ullra proclamoit dans toute l'Europe.
« M. Pozzo di Borgo, au plus fort de la crise, a obiénii ane audience dit roi. Si des rapports fondés sur l'autorité la moins douteuse^ doivent être crus, il commença par quelques insinuations sur la démission non encore divulguée du duc de Richelieu , lorsque Sa Majesté , qui partidpoit aux regrets que lui exprimoit M. t'ozzb, voulut bien lui communiquer une lettre de M. le duc de Richelieu lui-même, contenant la déclaration que ni les ordres formels de son souverain, ni les vœux de toute PËiirope, ne les décideroient à reprendre un fardeau sons lequel il se sentoit Itii-mème prêt à succomber^. L'audience fut ainsi abrégée , et demeura sans objet.
« Le comte de Nesselrbde a éu également j âtttait SOti départ, des Conférences avec certains de no^ illitiistres : il parolt avoir épplaodi , ainsi qoe votre akbassadetirj Ad choix du marquis Dessoles. L'titi et l'autre l'ont conuti avant sa présente élétation, qui tiè Sarprend^a pta cent qni sont itisthiits des événements |iréeédefits dé sa tiè^ et qui sont capables d'àpprédér sa juste répotatibii de talents, dé taractère et dé fermeté dans les ciroOnStanoiSB les pins diffidles.
« Le eomié de HeèSêHrède^ eii particitlier, eonriott là grande estimé qtiè |)rbfèsse l'empereur son maître envers notre premier ininifttre^ particulièrement pott sèà pHiièipes politi(}ué8, que Péttipèrèur Alèxandte à eu l'oebasion d'apprécié datié plusieurs eoiltérsatioiis , què Sa Majesté
> Tielded only to the fee1in| of his inablllty to direct aifalrs.
> Who had abosed hto praetical inexpérience of our Internai cltuation.
3 Of thc wbole tories of transactions.
4 On the most iuqaestionable authority.
s Uoder wMeh he feit hlmsélf ready to tink.
POLÉMIQUE
aime à provoquer, parce qu'eUé est sûre S'y èic^ner.
« Quel rare bonheur produit par cette chance inespérée qui a appelé à la tête de nos affaires un homme ég^daneiit estimé en Angleterre et en Russie , et qui est digne de cette estime par le double mérite d'une impartialtté à la fois politique et françoise ' !
« Nous trouvons une nouvelle preuve de cette c<tilM générale dans le ton de la plus grande partie de vos jov naux , et dans les innombrables lettres [particulières k votre pays , dont plusieurs sont écrites par lés personiM les plus distinguées parmi vous. Notre tranquillité intérieaR et la paix générale ne peuj^nt que gagner à ces sentiiDeoti bienveillants , et à i'estbne mutuelle qui est exprimée par les organes des trois plus puissantes nations de PEurope '. Qui, anrès cela, peut exciter la moindre discordance ai élever la moindre plainte , comme sembleroit l'indiquer ni de vos correspondants, certainement mal infortné sor ce point .^ S'il s'élevoit de telles plaintes, elles ne poarrâieBt résulter que des calculs intéressés de quelques préteotiotti personnelles.
n Ne croyez pas qu'il ait été èérieUsement qucsiion (b prince de Tallcyrand dans nos combinaisons ministérielles : persomie ne pense à lui
On a répandu le bruit que l'arrangement de notre cabinet n'étoit pas conclu , et que le duc de Dalberg rerooil de Turin pour en faire partie , quoique , dans la réaKti, cet ambassadeur ne revienne qu'en conséquence d'u congé obtenu depuis longtemps , et Sans aucun rappod aux circonstance actuelles : tout ce qu'on écrit de oontraiit est une pure invention.
<c Tous êtes peut-être Impatient de connottre l'optoioi de nos ultra sur notre révolution ministérielle. An food, ils n'aiment ni M. de Richelieu , ni M. Blolé, ni même M. Laine , auquel ils ne pourront jamais pardonner à cào» de la loi des élections , dont il a été le plus éloquent défaséur ; mais ils flaltoient dèmièt'ement ces trois ministres, dans la vue d^ les détruire '. 5taihtenant ils mdnm fbrt peu d'intérêt pour ces anciens ministres, et même II lès accusent de n'avoir pas eu le-courage de mardier diaf le périlleux sentier où ils avoient souffert ^u'oo lès etgageât. Le Conservateur ne leur accorde pi& le moindie regret ; mais 11 lance ses foudres contre le maréchal Goovion-Saint-Cyr et lé baron Louis dont U conhott fintiDe union , et il garde le silence sur leurs collègues dont Q ne prononce pas même le nom : petit artifice qni ne peot p» produire un long efTet , et dont la seule vue est de jeter m les autres mitiistres un soupçon qui pourroit ioqaiéter lèi libéraux ; mais ce piège est trop grossier, et personne h s'y prendra.
(( Les projets de loi que Ybn propose dans ee moinent, et lès changemetits qui tdfat avoir lieti parmi les gens a place, fourniront une protiipte réponse à ces indooations . et porteront les ultra à donner une plehie carrière à cette furie que les plus politiques d'entre eux naàimandent de tenir tonfinée dans les salons jusqu'à nord ordre.
ce te mhiistèré est unanime dans le sentil^eiit qœ le premier ipoyen dé fortifier son autorité est dans TMjr sailee de ses agents j et daris l'identité de leurs tùest^ les siennes. Amsiil est tésolb à destituer les fonetimoM qui inailqttëht de ^Oldnië on d'habileté potir ètêciiier^ ordres tja'Hs reçoivent; et il y en à beaucoup He «* sorte. Trois ptéîéfM ont déjà été changés : ceuxdttiTèidéé , dés Côtés dti Nord et dé ht tienne. M. Rogdlt, m
> By the double merit of an impartiaUty at ooee pbIHieri and french. ,
* By the organe of the three most powerful natiooi in Enrobe,
» In order to déstroy théin.
POLÉMIQUE
boé
éa général de ce nom , Ta k Bourbon-VeDdéë , quoique cet •dininistrateur fût préfet durant le voyage de Gand '....
« Des exdusioDS de cette espèce cesseront lorsque tous les partis montreront le même désir de se rallier autour do trône pout l'intérêt général , et quMls manifesteront rmibli du passé pour garantir rharmonie du présent.
« Il est question de rapporter l'ordonnance qui exclut, H» formalité, de la Chanibre des pairs plusieurs membres i|iie le roi y avoit nommés pour leur Tie. Cela garantira rexisteoce de tout le reste , et montrera par un nouvel nemple que le roi n*a jamais rien promis en vain, comme Sa Majesté se platt à le répéter souvent. »
Reprenons en détail cette misérable lettre :
Après les grands événements, on connoit peuà peu lew cause. Tout ce quêj'ai appris sur le dernier chanfemenl du ministère prouve que le duc de Richelieu a résigné la présidence de noire ministère de la manière k plus spontanée , d'après les plus thûres réflexions, tt avec la détermination la plus fixe de ne plus ac- :epter ce poste élevé, quelque pressé qu*il en pût être. Ho cédé uniquement au sentiment de son inhabileté wtr la direction des affaires, etc.
Il est difficile de renfermer dans quelque chose de plus rague un plus grand nombre de faussetés. On va voir, lar le seul ordre des dates et des faits , si la retraite de I. de Richelieu a été Teffet d*une résolution spontanée, n s'il a succombé aux intrigues de ceux qui vouloient perpétuer le système dont la France est la victime.
t)te le 12 de novembre dernier, avant que M. le duc de licheliea fût arrivé d'Aix la Cliapelle , on commença à aire sonder les députés de la minorité de droite sur leurs Kspositions relativement à la loi des élections, à la ccninre, et même à la liberté individuelle. Us déclarèrent {o'ils désiraient le changement de la loi des élections, et e maintien de toutes les libertés constitutionnelles.
Le 17 et le 18 du môme mois, des négociations s'ourrireot entre les minorités royalistes et les rovalistes milistériels. Le 25 et le 26 , on reçut des conmmnications tins décisives, bés amis de quelques ministres annoncèrent [ne ces ministres étoient disposés à proposer le changelent de la loi des élections, et que, dans ce cas, les Dioistres opposés se retireroient.
Le 28, le président du conseil arriva à Paris. Le bruit oamt que M. le ministre de l'intérieur a voit offert sa léoussioD.
Le 29, changement de scène : le ministère paroissoit ésola à maintenir la loi des élections , et à demander seuiment le renouvellement intégral , projet que repoussoient Mites les opinions des Chambres.
Le r^ et le 2 décembre, des mutations de ministère nnblèrent mettre d'accord tous les ministres.
Le 3, il survint un accident : on parla de la retraite i'iio ministre en faveur. Les royalistes en furent inforiés.
Le 6, projet du ministère, qui ne réussit pas, par Toposition d'un ministre.
Les deux minorités royalistes achevèrent de se réunir ! 12, et montrèrent, le 13 , le 14 et le 15, qu'elles foraient, par cette réunion, une majorité incontestable, lais le 16, une démarche qui ne signilioit rien en ellelêffle ( une visHe de M. le duc de Richelieu à M. le comte >ecazes) divisa un moment les royalistes ministériels, et ïiMlit la majorité douteuse. On rentra dans les anciennes erplexités.
Le 19, on reprit l'idée d'un ministère décidé à proposer *' changement de la loi des élections.
Il parottroit que MM. de Richelieu, Lamé et Mole Drirenl leur démission le lundi 2 1 : ces démissions n'ayant
* Durhig the journey to Ghent.
pas été, dit-on, accépiéés, on assure qu'un dé ces trois ministres voulut exiger des deux autres qu'ils ne resteroient au ministère qu'autant que M. le comte Dccates seroit éloigné, et partiroit pour l'ambassade de Pétersbourg. On ignore jusqu'où celte mesure a été iMUssée; mais on tient pour certain que M. le comte Decazes travailla sérieusement à son départ.
M. le comte Decazes ne partit point ; et le jeudi 24 , M. le duc de Richelieu parut seul chargé de composer un nouveau ministère. MM. de Lauriston, MoUien, Siméoh et de Yillèle furent simultanément mandés le jeudi au sohr chez M. le 'duc de Richelieu : il parott que le premier auroit eu le portefeuille de la guerre ; le second , le portefeuille des finances; le troisième, le portefeuille de la Justice; et le quatrième, le portefeuille de la marine. Les ministres désignés se trouvèrent en présence les uns des autres, la plupart pour la première fois. Ils ne montrèrent tous qu'un sentiment , celui de l'impossibilité d'établir ud tel ministère dans de telles circonstances.
Alors, et seulement alors, et point du tout spontané' mentf comme on le voit, M. le duc de Richelieu songea à se retirer des alTaires. Cependant on parla encore de la composition d'un ministère qui paroissoit devoir convenir à toutes les opinions , et qui auroit mis fin aux inquiétudes de la France. M. le duc de Richelieu seroit resté aux aflaires étrangères; M. Laine, à l'intérieur; M. Roy, bux finances : M. Lauriston auroit pris le département de la guerre, et' M. de Villèle celui de la marine.
Ce lut le samedi 26 qu'eut lieu la séance de la Chambre des députés dans laquelle M. Beugnot lit le rapport sur la demande des six douzièmes de l'impôt. L'opposition de gauche demanda la remise de cette décision au mardi : cette proposition fut adoptée.
Qui pourroit croire qu'une chose aussi peu importante en soi a fait un si grand mal ? On répandit le bruit à l'instant que la majorité se prononçoit contre M. le duc de Richelieu, et que, s'il s'arrèloit au ministère projeté, il n'ohtiendroit pas le vote des six douzièmes.
M. le duc de Richelieu donna sa démission , et le ministère actuel fut nommé.
Ainsi l'assertion de la correspondance privée est dénuée de toute vérité. La retraite de M. le duc de Richelieu n'a point été l'effet d'une résolution spontanée , mais le i'ésultat d'une longue intrigue par laquelle ceux qui vouloient consers er le système actuel ont fatigué cet homme de bien. Nous ignorons si M. le duc de Richelieu a fait des reproches à ses amis, s'il a écrit à l'empereur de Russie pour le mettre sur ses gardes ; nous ne sommes point les amis du noble duc, mais nous croyons que ses amis ne Toht point tromi)é; et nous pensons aussi que M. le duc de Richelieu est trop b<m Français pour rendre compte au cabinet de Saint-Pétersbourg des affaires intérieures de la France. La correspondance privée a ses raisons pour n'attribuer la formation du nouveau ministère qu'à la retraite volontaire de M. le duc de Richelieu , et à Taveii qu'il auroit fait de sa propre insuffisance. Elle ne Veut pas avouer que M. le duc de Richelieu sentoit la nécessité d'abandonner le vieux système, et de se rapprocher des hommes monarchiques ; elle craindroit , par cet aveu , de donner du poids h l'opinion rayaliste, et de condamner le système du ministère actuel; elle vient au-devant ded reproches de l'Europe.
Le comte de ^'essclrode, qui était à Paris avec M, Pozzo di Borgo, et qui a observé avec lui tout ce qui s*est passé, a pu informer l'empereur son maître de toute là suite de cette affaire; ils doivent avoir été bien convoinctts par l'évidence de leur projtre sens qu'il était impossible de rétablir les chimères que l'ambition désespérée des vltr \ proclamait dans toute l'Europe,
POLEMIQUE
jf. Poito di Borgo, au plus fort de la er'tu » a obtenu une audience du roi. Si des rapports fondés sur l'autorité la moins douteuse doivent être crus, il commença par quelques insinuations sur la démission non encore divulguée du duc de Richelieu, lorsque Sa Majesté t qtii participoit aux regrets que lui exprimoit M. Pozzo, voulut bien lui communiquer une lettre de M» de Richelieu lui-même, etc.
A Dieu ne plaise que ces ultra » dont Vambtlion est si désespérée, fassent jamais partie d*un ministère libre qui s*appuieroit du crédit d'un ambassadeur étranger! Où en serions-nous s*il étoit vrai que des ambassadeurs, de quelque nation qu'ils soient (lorsque nous ne sommes plus liés par des traités , lorsque ces traités accomplis ne laissent aucun prétexte de se mêler de nos aflaires intérieures); où en serions-nous , s*il étoit vrai que des ambassadeurs se crussent avoir le droit de demander compte de ce que nous raisons? Quelle est donc Tau/ori/é qui a pu apprendre à la correspondance privée ce qui s*est passé entre le roi et M. Pozzo di Borgo? Misérables écrivains salariés, penseriezvous Taire estimer le ministère actuel , en ayant Tair de mendier pour lui la bienveillance de TEurope d*une manière si honteuse? On découvre dans vos lAches apologies que vous êtes mal assurés : ces royalistes que vous insultez sans cesse ne font point dépendre leur sort et leur opinion du retour d*un courrier.
A> croyez pas qu'il ait été sérieusement question du prince de Talleyrand dans nos combinaisons ministérielles; personne ne pense à lui, etc,
Nous ne savons pas réellement s*il a été question de M. le prince de Talleyrand. Nous ne ferons point Téloge de cet ancien ministre, par la raison que nous avons supprimé les outrages que lui adresse la correspondance pri» vée. Mais nous savons que ce n*est pas lui qui nous a donné la loi des élections et la loi du recrutement.
Vous êtes peut-être impatient de connotlre l'opinion de nos ultra sur notre révolution ministérielle. Au fond, ils n'aiment ni M. de Richelieu, ni M. Mole, ni même M. Laine, auquel ils ne pourront Jamais pardonner la loi des élections.
Le Conservateur ne leur accorde pas le moindre regret, etc.
Ainsi la Correspondance privée soutient la loi des élections; elle soutient aussi le ministère actuel.
Elle prétend qu'au fond les royalistes ne regrettent point l'ancien ministère; elle a parfaitement raison. Ils ont constamment combattu ce ministère. Cela ne veut |)as dire qu'ils ne se fussent joints de tout leur cœur à la partie du ministère qui vouloit abandonner un système funeste.
On voit ici la correspondance privée s*oocuper du Conservateur, Et comment ce Conservateur, qui ne compte pas encore quatre mois révolus, est-il déjà devenu une si grande puissance? Comment la correspondance privée le mèle-t-elle aux premiers intérêts politiques, à la chute des ministères , aux mouvements des ambassadeurs, aux dépêches des diplomates? Il faut donc que ce Conservateur soit le représentant d*une opinion prépondérante. Mais, d'un autre côté, la correspondance privée assure que Topinion royaliste n'est rien en France : voilà comme les hommes de mauvaise foi se coupent, se traliissent , et laissent malgré eux percer la vérité.
Le ministère est unanime dans le sentiment que le premier moyen de fortifier son autorité est dans l'obéissance de ses agents, et dans l'identité de leurs vues avec les siennes. Ainsi, il est résolu à destituer les fonctionnaires qui manquent de volonté ou d'habileté pour exécuter les ordres qu'ils reçoivent, et il y en a beaucoup de cette sorte. Trois préfets ont déjà été 1
changés : ceux de la Vendée^ des Côtet^éâ^Kordeiéi la Vienne, M. Rogniat, frère du général de ee mr, va à Bourbon-Vendée, quoique cet admànistateur fiU préfet pendant le voyage de Gand,
La correspondance privée nous annonce donc des d» titutions? En effet, elles se multiplient sous nu yen. Cela ne nous surprend point; il y a longtemps qoe mm les avons prédites. Quand toutes les autorités admîBirtiii tives, civUte, politiques, judiciaires et militûres fcnit changées, on verra ce qui adviendra. Remarquoos, ptv l'instruction de nos lecteurs , cette expreasion, le nyofe de Gand : Stdpiètb, gentes! Ce sont les hommes qii m disent les amis du ministère , ce sont les hoomies qiû pi> missent connoltre si intimement ses projets, c'est hmrespondance privée qui parie ainsi : cela nous opliqoe pourquoi nous voyons tant de voyageurs de lUe (f flbt
Il est question de rapporter l'ordonnance qm cjcW sans formalités , de la Chambre des pairs, pbfakm membres que le roi y avoit nommés pour leur vis.
Cette ordonnance , dit-on, est rapportée. On prêtai même que les pairs qui sont ou qui pourront être n^ lés entreroient sur-le-champ dans la Chambce dei pài, si l'andenne minorité de cette Chambre, devenue oHio> rite, étoit opposée an ministère. II faudroit laire kidaB suppositions injurieuses : Pune, que Tanctemie miiorilé de la Chambre des pairs appuieroit tous les actes da i» nistère nouveau , quels qu*ils fussent, dans la cninte de Voir revenir les paks exclus par Tordonnanoe; faiitre, que les pairs rappelés auroient engagé leor opinktt m ministres. Nous nous faisons une plua noble idée des p» de France : tous ceux qui siègent maintenant dans h duBbre verront toujours avec respect des choix qui dépendat uniquement de la puissance et de la sagesse du roi : ft sont, de plus, persuadés que tout nouveau pair ssm conserver la dignité et l'indépendauce de son opinioo.
Les nations voishies se laisseront-elles berner encon longtemps par la correspondance privée ?coaaaeoifet vent-dles être dupes de ces récits dont il leur est si ajii de connoltre la source? Il n'y a pas de si mince indiTiÉ à Paris qui ne puisse nommer fauteur de la cornsfos' dance privée; et les cours étrangères et les peepki étrangers ignoreroient ce qui est en France le secret de li comédie! L'Europe croit entendre la voix de h Frasoe, et elle n'entend que hà voix de quelques hommes intéressés à défendre un système funeste» par la nison qwee système favorise leurs passions, accroît leurs fortinies,ct les maintient dans les places et dans les honneurs!
Mais combien ces hommes eux-mêmes sont iofi^ voyants! Pensent-ils recueillir ks derniers fruits de Ii moisson qu'ils ont semée? Illusions! Poussés pir m faction puissante , quand ils seroient parvenus à dm» tous les serviteurs du roi, à écarter tous les boDuncsaS' narchiques, alors ils tomberoient«ax-mêmes rictioeide leur aveugle haine.
Bientôt la faction triomphante seroit efle-même tnof^ dans ses calculs; elle se diviseroiten civile elcnmililv*> Les démocrates, qui auroient cru parvenir à la libedé, arriveraient encore une fois à Tesclavage : un sabre ren* placeroit lenr constitution , et les généraux reoTcrroieil les écrivains indépendants dans les bureaux de la police.
Ceux qui ont langui si longtemps sou^ le despolisas des baïonnettes ne crafgnent-ils pas de voir renâttie ce despotisme? Espéreroit-on trauver dans la puissance ihBtaire un abri contre la démocratie? Ce ne seroit qi*ii nouveau péril. Nous errons d*écueils en écueils, poorae pas vouloir suivre la route du bon sens, de la joslioe^ de la véritable liberté. Nous laissons périr la morale et h religion, comme pour rendre nos maux inatnldes. BiS' naparte avoit tué la résolution, nous l'avons «sImb^* et nous prt>diguons renoens à ses icsies inpvi. fiat>*'
POLÉMIQUE
nleon de seft «ovreê , propagateurs de tes maxines , nous enlefoos la ooBflolatioQ à la mort , rinnocence à la jeuittse. Il semble que nous prenions surtout un soin partieolier d'empoisonner les généralions nouvelles : nous iToos raison. Rendons la postérité complice de nos opilions; subornons Tayenir : les criminels doivent chercher ï corrompre le Juge.
Paris, oe 91 Janvier I8I9.
(Test anjonrdlrai le Jour du grand sacrifice; il semble gn la mort redouble d'activité pour augmenter la pompe le sa Tète. Elle vient de frapper quatre reines; elle conliMie parmi nous sa moisson. M. Hue , après avoir partagé bciptiviié du roi martyr, est allé le rejoindre aux pieds Is ce souverain Arbitre qui casse les sentences iniques et paait les juges prévaricateurs. L*oraison fun^re de M. Bue est prononcée aiyourd'bui dans toutes les églises de FnDce : c'est Louis XVI lui-même qui Ta faite, en écrinat dans son testament le nom de son fidèle serviteur.
M. Hue est sorti de la vie avec un compagnon digne de M, M. rabbé Legris-Duval. Ce dernier avoit voulu acoom- Wner Louis XVI à Téchafaud , comme le premier l'avoit crfidans les fers. A un vrai talent pour la parole, M. !4gris-Dttval joignoit la charité la plus active , le caractère e phis doux , les vertus les plus modestes : il est descendu te la chaire de vérité dans la tombe , où toutes les vérités Miennes trouvent leun preuves.
Ces deux hommes, dont la conduite, les discours et es éerits avoient combattu les doctrines modernes, n'ont lé devancés que de quelques jours dans un autre monde ■r le dernier des amis de VoUahie , et le dernier des en* yclopédistcs. M. l'abbé Morellet avoit aidé à poser les «emières pierres de la moderne Babel : il a été témoin de I confusion des langues et de la dispersion des peuples. Is'en est allé quand il ne restoit plus rien de cette anti- ^ société qu'une fausse philosophie a détruite.
Beprésentant d'un autre siècle parmi nous, M. l'abbé loreilet a? oit connu Montesquieu, Voltaire, Buffon et (tttsseau. Il aimoit à nous raconter leur gloire, comme es vieux soldats qui , restés seuls au milieu des généra* OBs nottvellea, se plaisent à parler des généraux illustres M» lesquels ils ont combattu.
On remarque dans les écrits de M. l'abbé Morellet de I lettore, de la perspicacité , de saines doctrines littéralis. Ses derniers ouvrages ne renferment peut-être pas des Igemenls d'une impartialité rigoureuse; mais l'écrivain 1^0 a critiqué avec le plus d'amertume aime à reconnot- « ce qu'il lui doit , et le profit quHI a tiré de la leçon. 11 nt convenir, d'ailleurs , que la peinture d'un amour et 'one nature sauvages devoit parottre étrange à un homme û avoit passé sa vie dans le déserts d'Auteuil et dans le lion de madame Geoffrin.
Au reste, les bonnes actions valent mieux que les bons nés. On se rappellera toujoura que M. l'abbé Morellet plaidé et gagné la cause des enfants des condamnés, ojoord'hui n'aurions*nous pas encore besoin de son élo- KQce? Le temps des victimes est-il passé sans retour? 'est avec une peine réelle que nous voyons ainsi dispa* >ttre les véritables gens de lettres; car on ne peut plus ipder de ce nom ces littérateurs sans études, commis matin, liommes du monde le soir, portant dans les af* ires, avec la présomption de l'ignorance, les sentiments i baine et d'envie qui sont comme les remords ou la «Mcience de la médiocrité.
Ces esprits foibies, qui se nomment entre eux des iinmes forts, sont depuis la restauralion le véiifable ao des ministères. Ils font partager aux hommes d'État srs petites passions, leurs basses vengeances d'amour- ^OPK, leur faux système de politique. Le mhiislère non-
veau n'a point échappé à rinfiuence des apprentis ministres : c'est la coterie qui a triomphé. Or, ouvrez les ouvrages et les journaux de la coterie, vous y verrez partout liaine des royalistes, doctrines antimonarchiques ^ admiration de la plupart des erreurs révolutionnaires.
Et pourtant les génies spéciaux qui fournissent au ministère ses inspirations n'ont pu r^iiger un projet de loi constitutionnel et raisonnable.
Quant k la loi sur le chai^gement de l'année financière, conmient n'at-on pas vu qu'il y avoit un moyen bien simple de trandier la difficulté sans violer la Charte.' faites faire sur-le^ihamp le budget de Tannée actuelle; fermez la session au mois d'avKl ; convoquez les collèges électoraux au mois de mai ; rassemblez les Cliambres au mois de juin pour discuter le budget de 1820; et vous rentrez ainsi dans l'ordre du temps sans porter une loi, sans exposer la France à rester dix-huit mois sous la dictature ministérielle.
Mais des élections au mois de mai! s'écrie-t-on. Serontelles moms dangereuses au mois d'octobre? Vous êtes donceflrayés des élections? Comment soutenez-vous alore que la loi des élections est parfaite ? Si elle est défectueuse , au contraire, que ne la cliangez-vous? Avec de la bonne foi, avec un désir sincère de récondiiation et de paix tout seroit facile; tout est dlfficUe avec des systemesdei passions et des vanités. '
Lorsque nous fûmes forcés de parler du nouveau ministère, nous nous exprimâmes avec une mesure que commandoient également le bon sens et la justice. Ce ministère nous étoit en partie inconnu; nous n'étions pas sans crainte sur la marche qu'il allolt suivre ; mais nous trouvions aussi dans les intéréU mêmes de ce ministere quelques motifs d'espérance.
Notre espoir a éte trompé; la modéraUou bien connue du président du conseU, son esprit fin, son caractère concilwnt, n'ont pu arrêter le mal. Nous annonçons avec douleur à la France royaUste que le nouveau ministère n'est que le continuateur des fautes du ministère qu'il a remplacé. Avec moins d'éclat, il semble avoir plus de violence. Il tâtonne, il craint; U cherche une majorité qui ne lui est pas assurée, et pourtant ses actes ont quelque chose de décidé. La Charte l'arrête peu : du premier coup il apporte deux lois inconstitutionnelles, incertain dans sa marche, il parott avoir un but; indécis dans ses projets, il est fixé dans sa doctrine.
Ce que nous avions prévu des nouvelles opérations ministérielles commence à se réaliser. L'avis inséré dans le Moniteur du 13 janvier est la preuve du penchant irrésistible qui entrabie le ministère actuel des finances à s'occuper des intérêts de la Bourse, sans trop songer à ceux des contribuables. Par cet avis, le ministre fait connoltre aux porteurs de rentes que le trésor leur payera à dater du 18 de ce mois, le semestre qui ne leur sera dû que le 22 mars , et qui n'auroit été payé à plusieura que le 1 % avril. Quoique cette avance soit faite sous l'escompte de ^ pour cent l'année, nous devrions la regarder comme dea étrennes, ou comme la joyeuse entrée de M. le ministre des finances, si cette avance ne devoit en définitive être payée par le trésor public, c'e8^à^i^e par les contribuables.
Sans parler de l'idée assez bizarre de transformer le trésor public en une espèce de caisse d'escompte , on pourroit demander à quel taux M. le ministre des finances emprunte lui-même les capitaux qu'il va prêter à 6 pour loo.
Dirat-on qu'il n'emprunte pas? Mais n'existeroit-U point un traité avec les receveure généraux, qui obligeroit M. le ministre des finances à recevoir au trésor tout l'argent qu'ils voudroient y verser d'avance , en leur tenant compte
des intérêtsàCpourl00,etleur allouant en outre un droitde commission? M. le ministre des finances n'emprunte-t-il
pas de faitàtous les porteursde ses bons royaux et de la caisse
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de lenktf n'Mnpnmte-t-il pas en (Usaol eecooiplrr les efTets à tprmr que Ibi produisent des douanes et les coupes de bois^ Il eniprunle réellement tous les jours par mille opéraKoDS diverses, et le Uox de ses emprunts est toujours lu-dessiis de e [lour lOO.
Atnsi, à moins que M. le ministre des finuKes n'ait remlNHirst i, la fois tous les fonds particuliers des rece- TeiirsgéRéTtux, tous les bons royaui, tous les billets de Ut caisse de service, etc. etc.; à moins qu'il ne doive rienà penonne; k moins qu'il ne possède aujourd'hui en mmiéralre 70 on 80 millions , lesquels n'aient et ne puissent avoir aucun antfe emploi , il est érident quil grève le Ir^r de tonte la différence de l'Iptértt supérieur qu'il p.i je * l'intértt inférieur qu'il reçoit pourescorapleriilest éTidcnt qu'en chargeant le trésor il charge les conlribua- Mes; qu'il les cliarge, disons-nous, inutilement, illégalement, Inconstitutionnel le ment.
Les principes constitutionnels ne sont-ils pas violés »l un ministre peut, k sa volonté, disposer de l'argent du trésor, eu clumger l'application, ou pour les sommes ou pour le temps des payements ? L'État ne seroit-il pas eomhromis M un événement imprévu survenoit dans l'intervalle de la distraction des fonds , et rendoit nécessaire un autre emploi de ces mêmes fonds? Knlin, comment se fait-il qu'une détermination aussi considérable ne soit motivée sur aucune loi, ni m*me autorisée par une ordonnance royale? Que devient la responsabilité du ministère, lorsqu'un simple avis, sans signature, prescrit l'emploi d'une partie de la fortune publique. De grands dangers sont attachés k de pareilles mesures ; et un ministre des flnancesqui pajecequ'il ne doit pas fait toujours craindre unministre des Bnances qui ne payera pas ce qu'il doit.
AU reste, ponr soutenir ces jeu\ débourse, il faudra bien en venir à la vente de nos forêts. On parle déjk d'un projet d'ordonnance qui rcmonterolt à une date de di» ou douze Jours. Quand la France sera dépouillée, que nous restera-t-il ?Une i^ponse horrible a été faite ï cette question par un révolutionnaire :Se;i(ccn/mi((cjoWa/ipnj(éï par lafortfiacalion des biens de vingt millc/amiltei.
Heureusement les soldats cle la légitimité ne combattent que'les ennemis , et ne dépouillent point les François. Espérons que notre armée conservera le Iwn esprit qui l'anime. Ce[)endant la loi de recrutement et les ordonnan. ces qu'elle a produites font un grand mal.
Noua avons k combattre un système qui ne hrise pas toujours l'obstacle qu'U rencontre, mais qui tourne la dirticiilté, et ne fait un pas en arrière que pour avancer de nouveau. Quand on jette un regard sur un chemin parcouru, on ne peut a'empéclier de remarquer la rapidité de la course. Depuis l'ordonuancc du 5 septembre , vingt. quatre préfets ont été destitués. Quelques-uns de ces préfets ont été replacés, puis destitués encore. Quatre ont été mU à ta retraite ; un seni a donné sa déJnission [M. le comte Bertliier, frère du colonel de la garde , qui vient de perdre son régiment.) La plupart de ces adminialraleurs avoient rendu des services importants à Is monarchie avant et après les Cent-Jours.
Les changements arrivés dans les tribunaux n'ont pas été moins remarquables ; ï Montpellier, par exemple, les magistrats qni avoient refusé de prêter serment t Buonaparte après le !0 mars, se trouvent éloignés par une fatalité inexplicable. La cour de SImes vient d'être instt. tuée par une ordonnance du S décembre dernier. Parmi les magistrats qui composoient celle cour, sept conseillers avoient eu le noble courage dans les Cent.Jours de refuser le serment eiig* par l'usurpateur. Un seul * ce* dignes conseillers a gardé sa place.
Les conseillerwuditenrs, I l'eiception d-nn seul, avoient ■nivi ce bel exemple; il en restait dnq lora de l'instalta- Ifon : l'un d'eux s été éliminé ; un autre a été transféra t
MontpeU'ier, en qualité de sobstitnldu procnreor gtarnl; les deux plus anciens ont été laissés dans lèves loodites d'audlleursi un seul a été életé à celles de ««Ktlla'n titre, et c'est celui qui avoitpttté serment iBuoDspvIc.
Même chose est arrivée dans l'ordre militaire. D'iukw tre part , les hommes des Cent.Jours ont été ippdéi it prtférence aux emplois; de sorte que, dans le s^stroie, sotseuiemeol la Qdélité n'a compté pour rien, mais dk soiAli ■voir nui à ceuv qui la tintent pour quelque cfaoK.
Nous enlend(His répéter qu'on en a^t ainsi aoui Hori IV. Il Tant radmaer ceile mauvaise tri ou cette ipOMt. L'oauptcMsaitmalcboisi poorjmtilierleijitMK,^ qu'tnfin itaui IV ht «satMiaé pnr Jean QMê dqà an ttiuntiM , et qu'il fiait pu toKber tous le popad d'un fanatique inbo dM lUKinte* de la Ligne. Onritot averti ea pfMn et ea i«n de te 4Uier4e w tn¥ F"^ <^
Ensuite il n'est pas vi«i que le ministèn de StÊj livit les mesure* qu'adopte aujourd'hui notre BÛMstM)! n'est pas vrat qu'on renvoya tous les ra)disl(i, jm donner leurs places aux ligueurs. On n'érige» poisl fit gratitude en système de politique. LesputisuideniBoi a qui l'on accorda des honneurs et des anpta ne la obtinrent point ou détriment des amis de Henri IT. Dr eut partage, il n'y eut point excluaioa.
De plus, la France ne int point remise tout entlM et M t la fois entre les mains de son prince légitime. Il M obligé d'en faire la conquête pied î pied ; et les coiubmdants des places ne lui ouvroient leurs portes qa'tprèi te capitulations qu'il étoit obligé de tenir : cette pBsilioa nplque les concessions de Henri IV.
Enfin Henri IV, en embrassant la reli^oncatb^,* réunit aux deux premiers ordreS de l'État, au cla|é^t^ noblesse, t l'archevêque de Lyon, aux évéqueidrM), de Chartres, de Reims, etc.; à MM. de Mayenne, dc.fr mours, de Hercceur, d'Anmale, d'Harcourt,debiBV, deVilleroi, deGivry, et à mille autres; c'est-^dirf fn abandonna le parti républicain , ob il s'étoil InnvéaM général , pour passer comme roi dans le parti nostnlr
Aujourd'hui , au contraire , le aystêoie minisUritl <n>' i
faire sortir la royauté del'opinionmonarchlqne, pour 11 ftn entrer dans l'opinion républicaine : contre-seoi qui KKri pervers s'il n'étoit stuplde. Ce populaire Henri IV <fj«ignoit donc aux aristocrates. Il savoit bien qu'il nef«n* être roi avec des religioonaircs qui se croioi«iit m W d'examiner les^itres de la souveraineté politique, ai«« de scruter les principes delà puissance spirilodie,«*»w d'Aubigné qui revoit une république fédérativ*. **•• dans le parti monarchique où il se plaça et dut « (i» eer, son indulgence ne passa pas certaines bonm : Jt^ de Paris, du 28 mars 1594, exclut de l'amnistie g*** ceux qui anroient trempé dans l'assassinai du roi ll»i m I et l'article 5 du traité de Foiembray (janvier 1 SM), i^* mêmecïcluBionen ces termes : ■ Voulons que des Aw» n dessusdktesrien soit excepté, fors l'assassinil datons ■ nostre très honoré seigneurel frère. •
Ainsi donc l'csemple dont on veut s'appuya- est m1, ^ DOS ministres peuvent réclamer la gloire d'être 1»^ leurs de leur système : ils n'ont lien de commun *'W W Ce système, fls ont cru sans doute le mallriseroi*>F tant : erreur de vanité commune t tous Its lioninK*. IW qn'ilssont emportés loin de ce qu'ils vouloinil pml^
La Charle restera j elle sera notre sauve^ud' " nous mettra i l'abri et de ceux qui voodroicol w" * menerledespotiameimpérial ctde ceux
POI^ÉMIÛUP.
(Boni replonge dans la rëpabliqoe. Les honnêtes gens finiont par remporter ; ils ne se découragent pas ; ils savent que abomiDes passent, et que la raison demeure. Combien a- «gémi des fautes de Pauden ministère ! Ce ministère est DDubé ; edui^i tombera à son tour, et plus vite encore. Que les eorrespondances privées le vantent , on sait pourwù; qoe tout ministère qui succède à un ministère soit MijouTB le plus beau et le meilleur, c*est dans Tordre; ae la France ait tremblé en apprenant qu'on ailoit forut DM administration royailiste , on connolt la vérité de rtte iflsertion : mais on sait aussi que deux lignes du disran do roi avoient abattu ceux qui , quelques jours près, ont levé si fièrement la tête; que leur peur étoit Uble et pitoyable'; que Fespoir de voir embrasser un sys- ^ monarchique avoit répandu la joie dans le royaume. Quant aux royalistes, comme ils sentent leur force, ils e sont point du tout eonstemés de ce qu'un ministère i foraie dans dne opinion différente de la leur. En exalinaot rétat des partis , rien ne les effiraye ; ils n'aiment , i D'estiment , ni ne craignent les révolutionnaires. Ceux- I peuvent se tenir assurés qu'il n'y aura plus d^émigraon. Les partisans de hi royauté légitime défendront leur le et leurs foyers; et si jamais on les forçoit de rentrer us le droit naturel , on les trouveroit sur les champs de ilaille, mais on ne les tratneroit plus à l'échafaud. Les royalistes savent ensuite que la coterie qui pousse \ ministère se rédoit à une centaine d'hommes. Si ces «nmes sortent des places , ils disparottront pour toujours, ■r ils ne sont rien par eux-mêmes ; s'ils gardent ces plats, ils en descendront l'un après l'autre , parce qu'ils i'Mt aucun talent.
Il n'y a plus rien d'entier, hors Topinion monarchique, a Chambre des dépotés, brisée en diverses sections, attend eqai doit la réunir. On se dispute le matin des places qu'on bit perdre le soir. Les nouvelles élections nous menacent , nafbtres de la religion périclitent. Les collèges sont en <ûie àdes insurrections, résultat d'une éducation qui t'a plus la religion pour guide. Des écoliers philosophes "eulent être indépendants, et souscrire pour le Cliamp- PA^Ie, On ferme les écoles des frères de la Doctrine chrél"<Me, où régnoient encore la soumission et la paix. On iMBme, pour instruire la jeunesse sous les Bourbons , des ■onmes qui ont condamné Louis XVI à la réclusion et d iMnnissement , et rejeté l'appel au peuple. Non content Paroir corrompu le passé , on en veut à l'innocence de avenir, et Ton empoisonne les générations dans leur <Kirae. Toutes les doctrines qui nous ont perdus sont de ''Mveaa préconisées : on cherche à ranimer les haines Populaires contre les prêtres et les nobles ; on invente des l^^irations royalistes. Ceux qui rendirent quelque ser- 11^ h la couronne perdent leurs places , et sont obligés ■^fendre leur honneur devant les tribunaux. Le 21 jan- J* voit la disgrâce des anciens serviteurs de Louis XVf, * « rappel des juges de Louis XVL On s'agite , on crie; *lonpriaie les choses les plus abominables : hé bien I tout •" pissera, plus le mal parolt grand , plus il sera court : •yraijij, brevis. Ce sont les derniers efforts du génie «voltttionnaire. Les royalistes attendent en silence, les cillés sur les événements futurs. Défenseurs de la lé- ^^^ et dépositaires des principes monarchiques , ils se
•Bvienneat qu'ils ont deux choses à sauver : le roi et la waal
Paris, 17 février 181«.
^^ marchons : ai l*oo ponvoit se désintéresser de la J*^*»»« mettre à l'écart, regarder passer tous ces per- ^1'^^ ||ui ooarent tète baissée à leur ruine , il y aurait ^^ ^'émerveiller de lenr folie. Les choses en sont va- ""^ au paÎBi qa^^ i^^^^ qg^ 1'^,! remarque les foutes
de détail , l'ensemble des choses périclite , et les rouages de la machine menacent de se briser ou de s*arrêter à la fois. Le danger n'est plus dans tel ou tel ministère en particulier ; l'opinion n'est plus précisément dans les Chambres ; ce n'est plus une loi, un discours, qui fixent l'attention publique : on a déjà dépassé tons ces mtérêts, et l'on ai est à savoir s'il y aura ou s'il n'y aura pas d'ordre social.
Ce seroitune chose inexplicable, si l'on ne connoissoit l'orgueil des systèmes et les foreurs de la vanité , que de voir faut d'hommes aujourd'hui eftrayés , tant d'hommes maintenant éclairés sur les feux principes qui nous guident , ne rien faire néanmoins pour en arrêter les eflâs : loin de reyenir sur leurs pas, les dépositaires da pouvoir suivent à l'envi la route tracée. Ils ont beau soutenir à la tribune , dans leurs discoi^rs , qu'ils ne veulent semer la divition fit dans la garde ni dans Parmées qu'ils ne favorisent pas Vagiolage, leur manière même de se défendre prouve qu'ils font ce qu'ils disent qu'ils ne font pas.
Au ministère de la guerre, les premiers plans ne sont point abandonnés. Les destitutions continuent; elles tombent presque toutes sur des officiers qui ont anciennement servi dans les armées royales , ou sur des jeunes gens qui n'ont été employés que depuis la restauration. Une série d'ordonnances est jetée comme ua filet sur Tarmée, et enlève tour à tour les militaires qui ont donné le plus de gages à la royauté légitime. Ces ordonnances sont véritablement un chef-d'œuvre : il faut les étudier pour voir avec quelle subtilité elles expliquent la loi du recrutement au désavantage des royalistes , et an détriment de la prérogative royale. Voici une remarque qui en vaut hi peine : Buonaparte faisoit tous ses efforts pour obliger les fils de femille à entrer dans son armée; il les prenoit de force; il leur envoyoit des brevets de sous-lieutenanta è domicile ; il les contraignoit d'entrer dans les gardas d'honneur ; il vouloit remplir ses camps de propriétaires et d'hommes monarchiques. Aujourd'hui, sous l'autorité légitime, il n'y arien que l'on ne fasse pour écarter les fils de famille qui s'empressent de solliciter du service : s'ils y sont entra, quoi qu'on ait fait pour les en exclure, on leur dispute leur grade, on les rejette à la queue des contrôles, on les destitue au moindre prétexte, et à force de dégodt on les oblige à se retirer. Et c'est ainsi qu'on prétend reconstruire la monarchie I
Il y a de bonnes gens qui s'endorment , earpe^nt «omnos. On leur dit qu'on ne changera plus rien à la garde : les voilà tout satisfaits. Oui, mais il y a des ordonnaqoes préparées , mais tôt ou tard elles seront mises à exécution. On prétend même qu'on va changer le système entier des légions, ce qui amènerait la dislocation des cadres des ofliciers et la refonte totale des états-majors de l'armée.
Lorsqu 'en soutenant la loi de reeratament on a sacrifié la prérogative royale , que disoit-on pour motiver ce sacrifice? On disoit que l'armée ailoit acquérir, par le nouveau mode d'avancement, la fixité des emplois; et voilà que l'on efface deux officiers d'un haut rang du oontràle actif de l'armée , sans jugement préahible , sans même s'enquérir jusqu'à quel pointées officiers étoient entrés dans la chose dont on fait le prétexte de leur destitution ! Avant la révolution , nul officier ne pouvoit perdre son grade que par le jugement d'un conseil de guerre; et c'est ce qui existe encore dans tous les pays militaires de l'Europe. Et maintenant , sous notre gouvernement constitutionnel , le caprice d'un ministre, peut-être la vengeance d'un subalterne» pourra priver le militaire le plus distingué du prix de son sang et de ses longs travaux.
On a beaucoup répété que des offiders n'avoient pas le droit de faire ceci , de Caire cela : pourquoi donc ceux qui raisonnent de la sorte nous ont-Us tant parlé des droite
POLÉMIQUE
des soldats f k l'occasion de la loi du recrulement? Poarquoi nous onl>ils fail entendre que , si l'armée se souleva en 1789, c'est qu*on avoU méconnu ces droits? 11 ne convient pas à ceux qui ont dépouillé la prérogative royale par la loi du recrutement, qui ont établi par cette funeste loi un principe démocratique dans l'armée ; il ne leur convient pas aujourd'hui de nier leurs propres principes. S6uvenons-nous que le système ministériel est surtout dangereux dans le département de la guerre. Ce n'est pas dans ce dépaitement une chose indifTérente que des destitutions multipliées. En cliaugeant un corps d^offîciers , on peut changer en trois mois l'esprit de l'armée. Nous ne cesserons ijolnt de signaler ce péril : il est grand, il est imminent. Pui^ue, tôt ou tard, nous aurons avec la loi des élections une Chambre des députés démocratique , tAchons du moius de conserver la monarchie dans l'armée : ne donnons pas le bras à la tête révolutionnaire que nous avons modelée et Taçonnée de nos propres mains.
Il est d'autant plus urgent de veiller à ce danger, que le venin dénu)cratique se glisse dans toutes les autres branches de radministration : partout les principes de la monarchie sont méconnus. Dana les finances , on sacrifie les intérêts de la propriété à un fol esprit d'agiotage. Dans ce moment on se trouve un peu débarrassé des grasses masses de rentes qui pesoient sur la place de Paris. Il parottroit qu'il existe une sorte de coalition entre le ministre des lioances, MM. Baring, Laffitte et autres, pour ne vendre des rentes que dans une proportion convenue , jusqu'à l'adoption de quelque grande mesure financière. Quelle sera cette mesure? apparemment la vente des forêts. Tout notre génie , depuis trente ans , consiste à nous dépouiller. Mais n'est-ce pas une chose inconcevable qu'on n'eût pas encore remis aux Chambres les comptes qui étoient faits il y a deux mois ? On les refaisoit , nous diton. S'il eût été égal aux ministres de refaire la monarchie au lieu du budget , on se seroit arrangé après.
£n attendant les comptes faits et refaits de M. le mmistre des finances, le propriétaire est accablé d'impôts. Nous avons sous lesfyeux un document qui prouve[que vingt-quatre pièces et demi de vin commun , recueillis sur sept arpents de vignes , auprès de Toulouse , ont été imposées , en droits réunis ou octroi, à la somme de 880 francs. Les mêmes pièces de vin , en 1 788 , auraient coûté , pour tout impôt, 29 livres 16 sous : nous nous perfectionnons. Au reste, quand on charge le contribuable, l'agioteur doit prospérer ; quand on craint des révolutions , les afTahres de la Bourse sont brillantes. £n France aiyourd'hui beaucoup de propriétés sont à vendra; chacun veut avoir sa fortune en portefeuille. Malheur au ministre qui verrait, dans la hausse des fonds produite par cette cause, un signe de prospérité publique !
Mais c'est au ministère de Tinterieur que tout s'agite , s'échaufTe , se ramue. On assure que le chef de ce département a partagé sa dépouille entra ses amis : comme Alexandra le Grand partant pour Ui conquête du monde , il ne s'est réservé que l'espérance. Aux^uns il a départi les communes ; aux autres, les arts et la librairie : l'héritage du frère du roi a éte donné à un ancien sous-secrétaire d'État de la guerre.
Il est résulté du démembrement de cet empire une étrange confusion : entre quatre ou cinq demi-ministres, on ne sait plus à qui on a affaire. Chacune de ces petites excellences montre la ferveur du noviciat : l'une fait jeter à terre les arbres des Champs-Elysées, l'autre abat des préfets et des sous-préfets , l'autre destitue les professeurs* qui se sont op. posés aux insurrections des collées. On se demande comment ces insurrections se sont propagées, comment la Jeunesse a manifesté un si déplorable esprit. A Nantes, le tumulte a éte grand : trois coups de pistolet annoncèrent à minuit le soulèvement du collège. L'autorite du prmiier
magMrat fui méconiMie : fl ûdlut attaquer de vive Amêla dortoirs, ks salles d'étude. Ces scènes , coaunencées à Paris , se sont répétées dans plusieurs départements.
Nous allons proposer on problème à nos lecteurs.
Est-ce le ministère de la police qui s'est fondn daai fe ministère de l'intérieur, ou le miniatère de rinténeor qa s'est noyé dans le ministère de la police? }jt secnt et l'arbitraire, qui appartiennent essentiellement à celiii<i, ont-Us envahi odui-là, ou bien la poUioîléet la coHâtstionnalité d« premier ont-elles passé dans le second? Le ministère de la police est supprimé de nom; rest-fldeiàit* Les divisions et subdivisions de ce ministère n'exirtcatdki pas encore? n'ont-elles pas k leur tête les mêmes boBDMS, jouissant des mêmes appomtemente , exerçant les i fonctions? N'y 9ti4i pas dans les dépaitementa des missaues de police qui correspondent, comme < avec leurs anciens chels? Si cela est , n'estcepns onecteN énorme, une chose alarmante ponr la aodélé, qQ*sB homme se trouve investi, dans une monarchie cosHUtirtisfr nelle , de deux mmistères, lesquds mettent dans sa dép» dance les préfets , sous-préfeto , ccmseillen de pvéfectae, maires, adjoints, conseils généraux, tons les ageilidi commerce, tous les employés aux mines, anx pools d chaussées, aux arts et aux métiers, tonte la garde natioBrie^ toute la gendarmerie de France, tous les agents peUicsd secrets, et tous les budgets secrets et publics de rinlémr et de la police?
D'une autre part, quéDe doit être la oondoîte au dtsyca? dans quel rapport se trouve-t-û avec une police dite ji^ primée ? VU est mandé par un commissaire de polioe,doi' il obéir? De quelle autorite ce commissaire tient-il ses patvoirs? Est-ce du mmistre de l'intérieur ou du nâùânét la justice? Quelqu'un peut avoir k se plaindre d'an ade «bitraire de la police ; qui recevra sa plainte? qœl minisMR connottra du délit? Cette suppression du minislère de li police n'auroit-elle servi qu'à créer une police mytfénetÊt, plus dangereuse que la police avouée, pnroe qu'en ae oonnott point sa responsabilite directe? Les funamiiianisli de police dans les départements deviendroîent donc dn espèces de tribunaux arbitraires sous la direction d'mchsf invisible? Rien ne seroit plus dangereux qne ceiétAét choses. Ou la police générale , c'est-à-dire la police pailique, est supprimée, ou elle ne l'est pas. SieÉteertsappômée, qu'on détruise promptement tout ce qoi en caiattéri» l'existence; si elle ne Test pas, rendons^ui m cfaeCviAfe qui nous réponde sur sa tête de la liberté des citoyens.
De quelque côte qu'elle arrive, cette police est assBi singulière sous un gouvernement représentatif; cOs se glisse dans nos.maisons; eUe vient s'asseoir à nos Isym avec une sUnplidte antique. Des hommes qu'elle ne c» nott pas sans doute , et qui abusent de aon nom itsfÊttt ble , s'introduisent, à sa faveur, ehex des hnmwM^ pjàr blés. Ces hommes, pour le bien des maîtres, dieRèatà corrompre les serviteurs, les invitent à ôénbet ^petfaei petits papiers inutiles. Nous oonnoissons nue naîBsn ol deux hôtes de cette espèce s'étolent établis : ilss'i malheureusement à un domestiquebretonqni,n'i pas le françois, fit part à son mattre des propositions im deux étrangers. lie mattre dit à son domeallipie de trsto ces gens officieux avec toutes sortes d'égards, et de le» donner les papiers dont ils semMoient si friands, rari—^ quence , on leur remit des chiffons, dont on garda la nsl^ leur promettant mieux ponr l'avenir. Us furentlsi traoïftf^ tés d'aise , qu'ils promirent au domestique de kd flôie «> pension de 50 francs par mois; et, pour hù piMW qu'ils étoient hommes de parole, ils voulurent sm le thm^ lui donner 100 francs de gratification. L'un des deux étmâ allé à la campagne , écrivit à l'autre, touchant cctiepetis affaire, ce biUet, dont l'original estentre nos màm&;mÊm connoissons de plus les noms et les demeuresde ces don
POLÉMIQUE
iMAiiétes personnes; elles fréquentent de très-bons lieux : (Ues Toot souvent chez M. le duc de Filz James , pour kqad elles semblent avoir un atlacliement fout particulier. Voici donc le billet en question ; nous supprimons, pir cbarilë, les noms des deux correspondants :
■ Je vous préviens, OKin cher T... , qoe je n'arriverai « que demain, à midi , à Paris , et je descendrai chez M.
■ R...» où j'ai beaucoup à écrire. Si tous comptez avoir « quekitte chose da domestique du vicomte Cha... \ « vousjNwrrai alors Tenir me trouver, et lui dire que tous • loi remettrai les papiers qu'il Tous remettra à V heure
■ qu'il reviendra avec tous.
« Loi avez -TOUS donné les 100 francs que j'ai laissés «diei vous samedi? « D... »
Qu*est-ce que ce vicomte Cha. . . ? Seroit-ce un parent ou na ami du Conservateur? un homme qui auroit écrit cootre la police trois ou quatre chapitres abominables? Il nérileroil bien qu'on lui eût acheté secrètement ces vihios chapitres, avant qu'ils fussent imprimés : il y auroit pgné autant que la police ; |car enfin il n'auroit pas été dntittzë d'une place inamoTible. Si ce vicomte Cha... avoit voulu continuer ce petit commerce de vieux papiers, son dome»Uque auroit reçu d'un bienfaiteur inconnu une in- Bûoente pension de 50 francs par mois, non compris les gratifications ; mais c'est un bonune intraitable, et avec lequel il n'y a rien à faire.
Après un pareil document , tout autre fait paroltroit insipide. Abandonnons les détails, et jetons un regard sur feBsemble de notre position.
Une agitation et une décomposition smgulière se manifestent dans le corps social : la jeunesse, soulevée, demande rindépendance ; la religion , sans appui , Toit ses prôlres à h charité; neuf évêques et un saul archevêque composent tout le haut clergé de France; des artisans de destruction aedisstmulent point le projet d'abolir l'épiscopat, et de nous amener à quelque chose de mous que le protestantisme; rimpîétéetla république prêchent ouvertement leurs doctrines dans des brochures révolutionnaires; des bruits ablardes se répandent dans nos campagnes. Les paysans sont d*auUnt plus portés à croire ces bruits, qu'ils voient rentrer dans les places les hommes qui occupoient ces places pendant les Cent- Jours , et qu'ils se souviennent de ce que ces hommes disoient alors des Bourbons, des proclamabons qu'ils faisolent contre cette auguste famille. Puisque ces individus sont employés de nouveau , le bon sens du peuple en conclut qu'ils avoicnt raison alors, et que leur retour annonce quelque catastrophe prochaine. D'un autre oAté , un parti puissant pousse à la domination militaire, et les espérances de notre révolution cherchent à mettre h ^t les souvenirs de notre gloire.
Nous demandons an père de famille qui forme aujouryhtti un plan pour l'établissement de ses enfants , si , dans es chances dm son avenir, il n'admet pas les terribles chances tone révolution ; si une vague inquiétude ne se mêle pas t tous ses projets? Ce n'est point aux hommes de paiti |ae nous adressons cette question; c'est à celui qui, traoger aux querelles |K>Iitiques, ne connolt le gouverne- Kot que comme le protecteur de ses droits. Ceux même ne des vanités blessées ont jetés dans la faction démoatiqoe tremblent de leur propre triomphe : ils se rapsUent leséchafaads où montoient ensemble les accusateurs t les victimes. Pourquoi ce malaise général? Parce que système adopté a rouvert la porte à tous les hommes, toutes les doctrines révolutionnaires ; parce que ceux li ont voulu faire de ces hommes et de ces doctrines soutien de leur puissance sont entraînés par le torrent utils ont rompu les digues. Le ministère s'imagine aujour-
' O nom est ainsi abrégé dans le billet.
Cli\TeAI7Br.I\Ml. — TOVC 11.
d'hui ne suivre qns son propre système , et il ne s'aperçoit pas qu'il n'est plus le maître de rien ; il croit donner Je mouvement, et c'est lui qui le reçoit. Veut il faire passer une loi , il faut qu'il capitule sur les principes , qu'il donne des effets en nantissement; il escompte avec des destitutions et des places le i»elit succès qu'on lui prêle : les intérêts le ruinent, et la monarchie payera le capital.
Et cependant qu'il eût été facile de tout arranger ! qu'il éloit aisé , sans persécuter perj;onne , en employant les gens de bien de toutes les opinions, de mettre la religion et la morale dans l'éducation , l'ordre et la justice dans l'administration, l'économie dans les finances, l'espoir, le bonheur et la paix partout ! On ne vouloit que le repos , on ne demandoit que le repos. Les hommes monarchiques sont toujours les plus nombreux ; et néanmoins il est vrai qu'une poignée de méchants peut encore plonger la France dans la terreur; les affreuses divinités révolutionnaires qui nous ont fait périr une première fois sont rentrées dans l'abtme, et cependant nous pouvons encore être immolés à leurs simulacres.
Les mmistres peuvent-ils se dissimuler encore que ces destitutions, qui tombent sur les fidèles sujets du roi, ont des résultats funestes ? Il semble que plus un homme a donné de marques de dévouement , que plus il a rempli ses devoirs, surtout pendant les Cent- Jours, plus il doit être écarté : tout cela pour donner des leçons de fidélité aux peuples, pour enseigner à cluicun ses devoirs, pour faire triompher la justice , ce soutien étemel des empires.
On ne se cache plus : le système effronté marche tête levée. Aussi ce n'est plus sous le rapport de l'exclusion des royalistes qu'il faut considérer les destitutions; cela va sans dire , la chose est convenue. Ce qu'il faut voir dans ces destitutions répétées (laissant k part tout^ considération morale) , c'est qu'elles avilissent les agents du gouveniement , leur ètent toute autorité sur les peuples , détraquent la machine entière de l'administration, et la feront tomber en ruines.
Les mmistres ne veulent pas de révolution ? Que veulentils? On dit qu'ils rêvent toujours une suspension de la loi des élections. Ils flattent quelques ambitions particulières , et parlent de réunions qui ne réunissent personne. Us demandent dix-huit mois d'impôts : acheminement au despotisme ministériel. Pendant ces dix-huit mois, que ne peut-on pas faire ? Ou nous a mis en péril ; et , pour nous en tirer, on ne trouveroit d'autre moyen que de nous priver de nos libertés constitutionnelles : rare effort, admirable conception \
M. le garde des sceaux , qui a combattu à la tribune un beau mouvement du discours de M. de Viilèle , pense qu'on ne céderoit plus à des soldats impies et à d'insolentes paroles; il pourroit être dans une cruelle erreur. L'assemblée que dispersa Buonaparte étoit soutenue par les souTenirs récents de la révolution; elle étoit remplie d'esprits plus ou moins habiles, mais tons fermes dans un système politique, tous éprouvés par de longs périls : toutefois, cette assemblée fut dispersée par les baionnet- ^ tes. Qu'un général se présentât mamteuant pour opprimer la liberté publique, que trouveroit-il devant lui? Seroit-il arrêté par ces hommes à principes incertains, qui, jadis soldats de la cause royale, se font aujourd'hui les apôtres des doctrines qui les ont proscrits ; par ces hommes qui , tout affoiblis de l'opinion qui les <d)andonne , ne sont pas fortifiés de l'opinion qui les saisit , et qui , flottant entre le despotisme et la liberté , ne sont propres ni à soutenir une monardiie, ni à fonder une république?
Paris, ce I*' mars I8I9.
La proposition de M. le marquis de Barthélémy a été repoussée par l'influence du ministère. L'aveuglement de
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ceux qui nous ont gouTcrnés depuis quatre ans est un miracle : toutes les fois que la Providence a voulu nous sauver, ils ont brisé entre leurs mains Tinstrument de notre salut. Comme en toute progression sur une pente, le mouyement s'est accéléré à mesure que nous sommes descendus plus bas. On a d*abord chassé un à un les royalistes; ensuite on en est venu aux destitutions générales. Ces destitutions ont passé du civil au militaire. La révolution que Ton rétablissoit dans les hommes a été reportée dans les choses : la loi des élections et celle du recrutement ont démocratisé la monarchie. ElTrayé, mais trop tard, des conséquences de son système , le dernier ministère a voulu s'arrêter, et 11 a disparu.
Nous avons montré un rare instinct de médiocrité : si , dans les derniers rangs de l'empire , sous Buonaparte , il existoit quelques génies secondaires dont on eût à peine entendu parler, c'est là que nous avons été chercher de grands hommes pour la monarchie légitime. Tous ces pygmées ont roidi leurs petits bras pour soutenir les ruines colossales sous lesquelles on les a placés. Sentant l'inutilité de leurs eflbrts, leur vanité blessée les a rendus persécuteurs. Envieux par nature, ils ont écarté le mérite, dans quelque opinion qu'il se soit trouvé. La tyrannie craint le talent; si elle est foible, elle le redoute comme la puissance ; si elle est forte , elle le craint comme la liberté. Incapables de sentir les actions généreuses , ces hommes prennent la fidélité pour l'ambition , le dévouement pour la sottise , l'honneur pour Tintérét; et noblement armés contre le malheur, ils achèvent à terre ceux que la révolution a laissés expirants sur le champ de bataille. Pour ressembler à nos premiers révolutionnaires, il ne leur manque que le courage d'exécuter le mal dont ils ont la pensée : ils s'abstiennent, parce qu'ils sont impuissants ; leur innocence n'est qu'une lÂcheté de plus.
Où allons-nous? Chacun se le demande, personne ne le peut dire. Nous avons dépassé tous les rivages; nous voguons à pleines voiles sur une mer inconnue. Et qu'on ne s'aille pas figurer qu'il s'agisse encore de Chambres , de ministères , de lois , de discours. Nous n'en sommes pins là. Nos institutions, debout en apparence, sont tombées. Avons-nous une loi des élections , quand des achats simulés de propriétés fictives, quand des patentes, des cartes, des locations frauduleuses , de doubles emplois d'impôts, peuvent donner des droits à ceux qui n'en ont pas ; quand des préfets changent, augmentent, diminuent à volonté la liste des électeurs.'
On discute aujourd'hui une loi sur la responsabilité des ministres. Mais y a-t-il une telle chose que cette responsabilité, lorsque vingt, trente, quarante, cinquante, soixante pairs, parents on amis des ministres, peuvent être tout à coup introduits dans la Chambre liaute , et venir s'asseoir sur le banc des juges? Or, c'est pourtant sur la responsabilité ministérielle que roule la monarchie représentative : ôtez cette responsabilité, il n'y a plus rien.
On apporte une loi sur la liberté de la presse ; nouvelle dérision. Où est cette liberté dans cette loi?
On substituera la difTamation à la calomnie : cela s'entend; c'est pour nous empêcher d'ouvrir le Moniteur, c'est pour nous interdire l'histoire. Les crimes veulent punir les souvenirs.
Un ouvrage pourra être saisi avant le jugement. Belle liberté de la presse!
Il faudra déposer un exemplaire d'un journal, même quotidien, avant sa publication; ce qui détruit par le fait un journal quotidien.
11 sera défendu de rendre compte des séances secrètes des Chambres sans leur autorisation , et néanmoins on sera obligé d'insérer les publications officielles. Qu'enlend-on par Ae&publtcalions officielles ? Sont-ce tous les actes du
gouvernement? Alors les gazettes seront transfonnées es Bulletin des Lois. Sont-ce les articles politiques de h police ? Pourquoi ne pas dire alors qu'il n'y aura de joointn que pour la police ?
La loi parle des outrages à la morale publique waxi bonnes moeurs: mais, pour ne pas déroger aa Code M i la sagesse du siècle , elle ne parle point des ootragn àh religion.
Le mot vague de provocation ^ introduit dans li prétendue loi sur la liberté de la presse, la provocation inàrecte, et le crime de lèsennajeslé se trouve, poer nii dire , à tous les articles de la loi : c'est injure Ciite aa poivoir souverain que tant de précautions prises pour le Mitre à Tabri; il n'y a que les mauvais rois qui aient bcson de sauvegardes. Quand un prince n'est pas défendu pir sei vertus, il faut qu'il le soit par ses lois. Ce ne fut pu Marc-Aurèle , ce fut Tibère qui inventa le crime de Usemajesté. Et , d'ailleurs , ce crime a perdu en France ne partie de son applicaiion , en vertu de la Charte , qoi abolit la confiscation des biens. Le rusé Tibère, tout ea défendant sa personne , avoit encore trouvé le moyen de fldit du crime de lèse nuyesté une loi de finances. La prniîe que ce crime avoit fini à Rome par être considéré comne une mesure fiscale, c'est qu'on voit des princes, es prvenant à Tempire , annoncer qu'ils ne feront mourir auciB sénateur, comme s'ils eussent déclaré qu'ils ne lèreroinl aucun nouvel impdt.
Tout, dans nos nouvelles lois, détruit donc la maouààt constitutionnelle, et les trois pouvoirs de l'État ne sont pis moins ébranlés.
La couronne a cédé sa principale prérogative eo iln* donnant, par la loi du recrutement, son pooroir ta l'armée.
La pairie exisle-t-elle , si elle est tantôt à vie ettiott héréditaire , tantôt prescrivant un majorât , taotM n'a exigeant plus; ici déclarée première dignité, et jooîsnal des premiers honneurs ;^là, compatible avec des fondioas qui la mettent sous la dépendance d'un commis? !r^elle faite que pour être un instrument ministériel, pM être jetée à la tête du premier venu? Les Anglois sont s jaloux de l'honneur de la pairie, que le bill qui inrestit le prince de Galles de la régence déclare que ce prince m pourra conférer la pairie que pour des services émiottls rendus à la Grande-Bretagne. Le premier bill proposé par M. Pitt, en 1788, portoit la même cJause.
Et si la Chambre des pairs est plus nombreuse qae li Chambre des députés, il faut donc augmenter cdle<i;ii faut donc revenir sur ce qu'on a fait , oublier les lois, Ib ordonnances, les discours! Et nous croirions aroiraM constitution I
Si les trois pouvoirs de la société sont mobiles, ^ respect aura-t-on pour les lois émanées de ces poorow? Persuadons-nous donc que le ministère a porté, pares, dernières mesures, un coup (bneste au gouvememeati^ présentatif , de même que, par son système généni,! met en péril la monarchie légitime. i
Est-ce par un calcul que nous sommes arrivés * ces» sultats? Calcul dans ceux-ci , instinct dans ccoï-là, coa^ piraliun peut-être dans quelques-uns. Nous somme* R'jJ aux jacobins et aux buonapartistes : les uns délestent la» forme monarchique ; les autres abhorrent toute espèc» ■ liberté. Et que désirent ces révolutionnaires, auxqo*'*; ministère s'est abandonné? La répuWiqtie? rempire? J» ne savent pas exactement ce qu'ils veulent; mais ils* vent très-bien ce qu'ils ne veulent pas ; ils ne ^^«"^^JÎJJ! ^ la légitimité. Peu leur importe à présent ce qnH* nw|^ à sa place ; il faut d'abord qu'ils se délivrent de foïjrf* , leur haine. Ils se battront ensuite entre eux , oo se ré*»* ront pour faire la guerre à l'Europe; car une gaentawe l'Europe est encore un des rêves de la &ctioD.
POLÉMIQUK.
Hait le peuple, dit-oi» ne se toulèTen pas. Les Jaoo* bins sont peu DooÂreax , leur faction n*a plus de radnea : eela est vrai ; mais une poignée dMnlrigants sans capacité saflit , an moyen du système adopté » pour changer la face de la Firance : de tUs et foibles aniniaux minent quelquefois les fondements d*mi palais, on percent un yaisseau de haut bord.
Nos petites combinaisons ne changeront point la nature des choses. Nous avons introduit mille germes de destruction dans l'État. En yain nous espérons que les maximes qui ont déjà perdu la monarchie la sauveront; notre espérance sera déçue. Préconiser ces maximes après le mal qa*elles nous ont ftJt, c'est imiter les Romains, qui met- Soient au rang des dieux les monstres qui les avoient dévorés. JanMis il n'a existé d'empire sans religion et sans Juslice; il n'en existera jamais. Or, la religion, où est-elle? où sont ses ministres? Le philosophisme tient lieu de sagesse ; une bienlUsance de parade a remplacé sa charité. Elle n'élève point l'enfance, on ne lui confie pohit l'infirmité et la vieillesse; on lui dérobe l'umoeenoe et le malheur; on la laisse seule prier pour nous dans ses temples CB raloes. L'épiscopat tombe ; ce n'est qu'en bravant les persécntions que les missionnaires parviennent à prêclier la parole de Dieu. La liberté de la pensée existe pour tous , excepté pour le pasteur qui instruit son troupeau. Des préfets révisent les mandements des évèques; et l'Évangile, qui a soumis le monde à sa règle, est soumis à la censure de la police '.
Quant à la justice, où la trouTerons-nons? où sont les oorars qu'elle a réjouis, la famille qu'elle a visitée, le ser- Tileur fidèle qu'Ole a couronné de ses mains? Nous avons réduit Pingratitode en système, et constitué la trahison comme un pouvoir. Telle est , nonobstant cette polilique, la nécessité de la justice pour l'existence des peuples , que , si Ton supposoit une société uniquement fondée sur l'iniquité, cette ii^ustice, établissant peu à peu des droits, aarolt besoin de la justice pour subsister.
Toutefois il y avoit dans la restauration nne dlfliculté que Bos hommes d'État étoient incapables d'apercevoir, et qu'ils n'ont pas même soupçonnée. Si la restauration avoit paru au temps de i'anarcliie, sa tâche eût été focile. 11 lui eût suffi d'appeler à elle le pouvoir, de remonter de la licence à Tordre, progrès naturel des choses. Ne trouvant rien debout, die eût édifié ce qu'elle eût voulu : elle est arri- Tée, au contraire, au milieu de l'ordre, dans des institutions fausses, il est vrai , mais fortes et complètes. Alors la légitimité a été obligée de prendre place parmi les illégitimités toutes classées. Au lieu de resserrer les Hens, Boo devoir a été de les rcl&cher : elle est Tenue comme liberté; elle a marché du despotisme à Tindépendance ; et , dans ce mouvement rétrograde qui intervertisloit Tordre naturel, il étoit difficile de savoir où s'arrêter. lifin de rendre la légitimité poUtiqoe moins étrangère , des éclairés auroient fait tous leurs efforts pour multiles légitimités morales : on s'est attaché, au conà 1^ détiuire. L'hicapacité passionnée perd les «jaunies; elle ne conspire pas toujours , mais ses petites ^m#!ft sont pires qu'une conspiration véritable. Veut-elle 'rmpper on homme, elle tue une institution. Elle renver- «ra la pairie pour se conserter, et elle aura l'ingénuité de
e dire.
An reste, nous ne doutons point qne TEurope ne soit aenacëe d'une révolution générale , par la raison que le tiristianisme s'affoiblit, etque toujours la chute d'une re- Igl^Mi a entraîné la chute des empires : le fiilte tombe quand I |>ase s'écroule. Mais les insensés qui poussent à cette lestroction se flattent en vain d'atteindre à leurs chimères
> De cet excès on est tombé ac^JounThui dans Pexcès opposé : mt nous savons peu garder on juste millen. 1
répnblicaines. Les peuples européens, comme tous les peuples corrompus , passeront sous le joug militaire : un sabre remplacera partout ie sceptre légitime, et ce sabre conviendra particulièrement à la France, annoureuse des armes, folle de l'égalité, mais qui de liberté ne se soucie guère '. Le gouvernement de fait, autrement le gouvernement des paijures, deviendra, puisqu'il prend place dans l'ordre politique', le gouvernement dominant; il détruira toute Tertu dans le cœur des hommes, il sera le châtiment réservé à leur bassesse.
Nous assistons à la décomposition de la société, parce que le principe religieux qui la soutint pendant tant de siècles se retire. Et nous, nous pensons atteindre, par la sagesse de ces hommes dont les noms seroient ici des ridicules, à cette perfection que la sagesse des Anionins ne put obtenir 1 Tout stupldes de révolution , tout hébétés de philosophisme, mélange de niaiserie et d'orgueil, nous nous croyons des hommes forts, parce que nous persécutons les gens de bien, qne nous nous entendons en police, que nous savons combien de millions d'œufs rapportent les poules de France , et que nous rêvassons des aîbstractions politiques dans la poussière de nos bureaux. Et pourtant les foibles mains qui ont ouvert les écIuMs ne peuvent plus les fermer : le torrent se précipite , et nous emporte. Ce qui étoit hier une afbire principale ne l'est plus aujourd'hui; ce qui eût paru ùnpossible ce matin , ce soir n'est plus qu'une chose naturelle et facile. On s'étonnolt des ii^ustices particulières : on ne s'étonne plus qne de ce qu'elles ne sont pas encore toutes accomplies. Cliacun cherche en quoi il a bien mérité de la légitimité pour connoftrè ce qu'il a à perdre : on descend dans son for intérieur; on s'examine; on compte ses vertus passées pour deviner ses soulfranoes à venir. Quand on est ftappé , on peut toiyours dire : « C'est pour tel service! » comme le proscrit romala s'écrioit : Cesipour ma maison (TAlbe!
Hé bien! achevez votre ouvrage; mais sachez que rolre jugement sera prononcé avant le nôtre. Quoi qu'il arrive , nous autres royalistes , nou.^ serons exempts de reproches ; toujours sur hi brèche, toujours avertissant du danger, nous le voyons arriver sans crainte , parce que nous Tarons jugé depuis longtemps. Il n'y a d'extraordinaire dans tout ceci que les ministres chargés du salut de F État : la position, du reste, est naturelle. Les jacobins renient renrerser le trône, les honnêtes gens veulent le soutenir : c'est dans Tordre, les révolutionnaires font leur métier; les royalistes font leur devoir. Cette belle parole, que le prince de Talmont prononça en allant à Téchafaud, explique les hommes et les doctrines qui continuent à diviser la France.
Paris, le s mai 1619.
Hier dimanche, 2 mal, a conmiencé, au mont Valérien , la retraite annuelle pour la flSte de l'Invention de la sahite Croix ; lète qui semble aujourd'hui plus particulière à la France , où la Croix , après tant de bouleversements , a été retrouvée. Les anciennes congrégations religieuses du mont Valérien sont remplacées maintenant par ces missinnnaû-es qne poursuirent de leurs anatlièmes et de leurs insultes les écoliers de Diderot et les singes de Voltaire. La tradition fait remonter à près de huit cents ans l'établissement du premier solitaire sur cette montagne ; du moins le frère François donne sept cents ans d'antiquité à l'ermitage do Calvaire , dans une lettre qu'il écriroit , rers Tan 1 539 , à Guillaume Coeffeteau, commentateur des Psaumes de Darid *.
* Cela peut être rrai, mais pour un momeot : respèce humaine marche à la liberté et y arrivera, quels que soient les obstacles qui arrêtent ou prolongent sa marche.
* Il ne faut pas le confondre avec Nicolas CoefTetpao, évêqua de Marseille , et auteur de divers traités commandés pas Henri IV et le pape Clément.
POLÉMIQUE
Ce qu*il y a de certain, c'est qu'en 1400 il y aToit sur le mont Valérien on reclus nommé Antoine. Nou8 avonà encore une lettre qui lui fut adressée par le célèbre Jean Gerson , à qui Ton a quelquefois attribué mal à propos V Imitation de Jésus-Christ.
Depuis le solitaire Antoine jusqu'à la révolution , la succession des ermites au Mont-Calvaire n'avoit point été interrompue. Jean du Houssay, Jean le Comte, Pierre de Bourbon , le frère François , et Nicolas de la Hoissière , donnèrent tour à tour, dans cette retraite , l'exemple de la douceur et de la pauvreté évangéliques. Il se forma autour d'eux une société de ces hommes qui , dans tous les temps , citasses du monde par des passions , ou des malheurs , ne peuvent retrouver la paix que dans la religion et la solitude. Hubert Cliarpentier, prêtre, et bachelier de Sorbonne, établit, en 1633, auprès des anciens solitaires , une congrégatioh nouvelle : il fit construire une église et un séminaire ; et , consacrant son institution au plus grand mystère des clirétiens, il bâtit les chapelles des stations, et éleva la croix , qui firent donner au mont Valérien le nom de la montagne du Calvaire. Les peuples confondûrent bientôt les deux ordres des prêtres et des solitaires, et montèrent plus fermement à l'ermitage, depuis qu'ils y étoient attirés par le signe du salut.
Les tableaux de la création que l'on découvre du sommet des montagnes , augmentent dans le cœur de l'homme le sentiment religieux ; à la vue de tant de merveilles, on se trouve naturellement disposé à adorer la main qui les tira du néant. Plus on s'élève vers le ciel, moins il semble que la prière ait d'espace à franchir pour arriver à Dieu : les anciens Perses sacrifioient sur les hauteurs , et les Grecs avoient couronné de leurs temples les cimes de l'Olympe, du Cytliéron et du Taygète. Les rochers des Alpes étoient consacrés par les divinités du Capitole ; mais si les Romains avoient un Jupiter Pœnnin sur le Saint-Gothard , ils n'y avoient pas un hospice : personne ne s'y enterroit vivant pour secourir le voyageur : ce sont là les œuvres du christianisme.
Lorsque le philosophisme troubloit parmi nous les notions du bon sens , on déclamoit contre les croix et les ermitages. Si Ton eût consulté les pemtres, ils auroient été d'un autre avis que les philosophes, qui pourtant se piquoient d'aimer les arts. Que de paysages en France ont été gâtés par la destruction des futaies, des vieilles abbayes, des monuments religieux ! Et quel mal y avoit-il donc que , du sein d'une grande ville, l'homme qui marchoit peutêtre à des crhnes, ou qui poursuivoit des vanités, aperçût , en levant les yeux , des autels sur le sommet de nos collines? La croix , déployant l'étendard de la pauvreté aux yeux du luxe, rappelant le riche à des idées de soufTrances et de misères , étoit-elle donc si déplacée auprès de nos parcs et de nos châteaux ? Les solitaires avoient à leur tour, du haut de leurs montagnes, le spectacle des orages du siècle , et s'applaudissoient de l'abri qu'ils avoient trouvé. Ce commerce de sentiments religieux et d'idées morales entre le monde et la solitude avoit bien son prix. Convenons surtout que nos poètes connoissoient peu leur art lorsqu'ils se moquoient de ces monts du Calvaire, de ces missions, de ces retraites, qui retraçoient parmi nous les sites de rorient , les mœurs des solitaires de la Thébaide , les miracles de la religion, et les souvenirs d'une antiquité qui n'est point effacée par celle d'Homère.
Il y a quelques années que nous allâmes en pèlerinage au mont Valérien. Arrivés à l'ermitage , dont il existnit encore des ruines , nous nous assîmes sous une avenue de tilleuls qui couronnoit le coteau. Nous avions à notre droite les bois de Saint-Cloud et de Meudon ; devant nous , Paris ; à gauche , Montmartre , Saint- Denis , et les collines qui bordent les vallées de Montmorency ; derrière nous, les hauteurs de Saint-Germain et de Marly où se termine le cercle de l'horizon. La Seine, coulant au milieu de ce beau ba.ssin
parmi des bots , sons des ponts, le long des villaga, smbloit , par ses détours multipliés , vouloir toucher à tom les lieux célèbres dans notre histoire.
Nous songions aux révolutions, aux siècles, aaxhfliii> mes qui s'étoient succédé sur ces bords; nous nous rq)R> sentions les Gaules , et ce grand espace couvert de fortd; nous voyions ensuite arriver les Romains , les rois chereb paroissoient ; la Gaule devenoit France : alors passoioitltt trois races.
Au milieu de cette fuite éternelle , de ce changements» fin de la face de la société et même de la nature ; aa milia de ce tableau dont les aspects ont été tant de fois ^en^aT^ lés , où les champs de rosiers ont succédé aux forêts, ki chaumières aux palais, les palais aux cliaumières; oàlei hommes ont paru cent fois avec des langages, des UKran et des coutumes divers , une seule chose éloit restée h même : une croix de bois , élevée au sommet do mont Valérien , avoit vu tomber autour d'elle les monumesU a apparence les plus durables , sans être ébranlée de lev clmte. Un petit royaume de solitaires, placé au haut d'oie colline, toujours gouverné par le même monarque, toijours attaché aux mêmes principes , s'étoit perpétué m& révolution, tandis qu'au pied de la montai, la grande monarchie françoise avoit changé de maîtres, d^opioiooel de malheurs. Tout passe ; la religion seule demeure. Les solitaires du mont Valérien n'avoient vu qu'une seule chose aussi invariable que leur existence : c'étoit le pèlehnige des infortunés qui vinrent dans tous les siècles conter lears diverses douleurs au pied de la même croix.
Aussi les retraites qu'on avoit ouvertes à la piété n'étoient-ellesque des stations des souffrances de JésosClirât Les rois montoient au mont Valérien avec hi foule : fiesri IV se reposa dans la cellule d'un des pauvres frères; h femme de Louis le Grand se prosterna au pied de la croâ, et en 1789 S. A. R. madame la comtesse d'Artois fitclufr ter un Salve solennel dans la cliapelle des ermites. Ct toit la veille de nos malheurs : les bénédictions que demai' doit la princesse ne dévoient être accordées qu'à .sud auguste époux et à ses fils , lorsqu'après trente anaéei SeA ils sont venus rendre honmiage pour le trôoe rétablie II croix relevée.
Les ermites du mont Valérien ne faisoient que des von simples : le livre qui contient leur règle est toacltSDtpv sa naïveté. Ils recevoient les malades, et les hommes do monde qui consacroient quelques moments à la retnte. Si la grandeur cherchoit quelquefois chez eux une oossslation à ses ennuis, la philosophie y Irouvoit un remède à ses dégoûts. Bernardin de Saint-Pierre raconte qu1l ab un jour demander à diner aux ermites du mont Valériei avec J. J. Rousseau. « Nous arrivâmes chez eux, dit-il, ai « peu avant qu'ils se missent à table , et pembat 40% « étoient à l'élise. J. J. Rousseau me proposa d'y entrer, m. et d'y faire notre prière. Les ermites récitoient alors les « litauies de la Providence, qui sont tçès-belles. Après <{>< « nous eûmes prié Dieu dans une petite ciiapelle,et qie « les ermites se furent acheminés à leur réfectoire, Jesa* « Jacques me dit avec attendrissement : <f Mainleoaotfé' A prouve ce qui est dit dans l'Évangile : Quand plnsieurs « d'entre vous seront rassemblés en mon nom,j<i^ « trouverai au milieti d*eux. 11 y a ici un sentiment* « paix et de bonheur qui pénètre l'âme. « Je lui répoudii: K Si Fénelon vivoit , vous seriez catholique. Il me reparti» « hors de lui et les larmes aux yeux : Oh ! si FéoekaTi* « voit , je chercherois à être son laquais , pourmériterd^ « tre son valet de chambre. »
En 1789 , il y avoit au Calvaire environ quarante enul» et quatre ou cinq prêtres; en 1/90, le Calvaire toKl*" truit, et les prêtres renvoyés; en 1792, on cbassa le* ermites ; en 1 793 , Meriin de Thionville acheta le Cal*«»r et loua à quatre ou cinq ermites le petit bâtiment actuelk-
POLÉMIQUE
neot existant : il détrui&it l'église des prèlres , et De laissa sobsisterqae celle des solitaires; il abattit les stations. En 1803, Merlin Tendit le CalTaire à M. Gouai, curé de FAbbaye au\ Bois. Un jardin anglois avoit remplacé le jardin potager des ermites au mont Valérien. Le dimanche, an lieu des ofliccs divins , on entendoit les tambours et les violons d'un bal public : la nouvelle religion faisoit naître m moment un rire insensé parmi les malheureux dont randeoue essuyoit les larmes. Rapprochement singulier : les païens avoiênt élevé un temple à Adonis sur le véritable Calvaire.
Voilà qu'au milieu des triomphes de notre sagesse , au nOieu de ces joies nées de nos pleurs, voilà que la croix Rparolt tout à coup ! Le nouveau propriétaire , le curé de FAbbaye aux Bois , rétablit le culte du Calvaire : les vieilles ilalues de saint Antoine et de saint Paul ermite sortent des réduitsoù elles éloient cachées, et viennent reprendre leurs places. Lorsque nous fîmes au mont Valérien le pèlerinage dont DODS avons parlé , la croix étoit plantée vis-à-vis d'un kiosque, et l'on voyoit une tète de saint Antoine sur la Toâte d'un souterrain qu'on avoit fransformé en glacière. M. Hoodooart, anden supérieur des ermites , étoit encore Tnaatà cette époque. Pendant la révolution , cultivant une vigne au pied de la montagne , et couvert de l'humilité chrétienne comme d'un voile , il avoit échappé aux yeux des bounnBaax.Nousie trouvâmes au Calvaire ; nous visitâmes avec lui l'ermitage en ruine. On lisoit encore sur les murs quelques sentences à demi effacées , telles que celle^i , qui Fometloit une société aux solitaires : Deliciœ meœ esse cumJUiis hominum , « J'ai fait mes délices d'être avec les « ettûnts des hommes ; » et celleci , qui convient aux voya- Snrs chrétiens : « Qui nie donnera les ailes de la colombe?
• Je prendrai mou vol et me reposerai ; » et celle<«i encore, si formidable à ceux qui prétendent élouffer leurs Kmords : « Le ver qui les ronge ne mourra point. »
En 1805 , le curé de l'Abbaye aux Bois mourut, et ses Uriliers vendirent le Calvaire à un négociant. Le culte de h croix continua d'être public. Eu 1808 , les curés de Paris nchetèrent le Calvaire du nouveau possesseur, et proposèrent à Buonaparte un élablisseraent que le ministère Rjeta. Ils furent alors obligés de rendre le Calvaire à celui 4» le leur avoit vendu , en lui payant un dédil de 10,000 Inncs. Le négociant ne put à son tour effectuer le payement primitif, et les héritiers dn curé de l'Abbaye aux lhM$ rentrèrent dans leur propriété. Ce fut alors qu'ils cédèrent le Calvaire à l'abbé de la Trappe. Mais en 181 1 , à r^poque du concile de Paris, la publication du bref d'ex- Bonmonication dans la communauté des trappistes , près de Gènes , entraîna la suppression de l'ordre et la confiscalioo dtt Calvaire. Trente ouvriers furent envoyés de nuit au ■ont Valérien , et celui qui avoit gagné tant de batailles ï la bœ da soleil crut devoir se cacher dans l'ombre pour ibattre une croix. Pendant trois ans tout culte fut interiH; l'église des ermites, qui restoit encore , fut abattue : n fie proposoit de la remplacer par une autre église dont e ddme feroit le pendant de celui des Invalides. Une naiaon d'édttcation pour les orphelines des officiers de la i^Sion 4*Honneor s'éleva sur les mines de rermitagé : anden asile de la paix devoit servir de retraite aux vieimes de la guerre. Au moins dans ce projet les grossiers laisin révolationnah«s ne sucoédoient pas aux nobles péitenœs de la loi. il y a une alliance secrète entre la religion t les armes, dans tons les pays, et surtout en France, ereeau de la clievalerie ; les militaires sont naturellemebt sUgieax : ce oe sont pas les baidnnettes de nos soldats , t sont les plumes de nos révolutioanaves qui ont égorgé
• prêtres.
Au moment de la restauration , tout étoit abandonné V le Calvaire : M. Tabbé de Janson-, qui venoit , de concert
avec M. l'abbé de Rauzan , de former rétablissement des Missions de France , détermina le gouvernement à prendre des arrangements avec l'abbé de la Trappe. Ensuite il sollicita et obtint la jouissance des emplacements du mont Valérien, et il rétablit le culte de la croix.
Les stations qui viennent de s'ouvrir cette année sont d'autant plus intéressantes que M. l'abbé de Janson arrive de Jérusalem , et qu'il a pu montier au pied du Calvaire du mont Valérien de pieux objets rapportés du véritable Calvaire. La solennité d'hier étoit admirable : les missionnaires signalant la vanité du monde devant un monument élevé par l'homme de gloire sur les débris de l'asile d'un obscur ermite; ce monument non achevé, et n'étant lui-même qu'une ruine; le conquérant qui l'entreprit exilé sur un rocher au milieu des mers ; le prêtre jadis exilé revenu dans sa patrie , et annonçant la perpétuité de la religion sur un monceau d'anciennes et de nouvelles ruines , quel sujet de sentiments et de réflexions ! Qu'on y joigne la grandeur et la beauté du site, l'éclat du soleil , la verdure du printemps; qu'on se représente la pompe religieuse ; celte tente formant l'église de la Mission, comme aux premiers jours du christianisme ; ces trots croix élevés dans les airs ; ce mélange de prédications et de chants ; cette foule couvrant les flancs de la colline , tantôt marchant en procession avec les prêtres , tantôt s'arrêtant aux stations , tombant à genoux , se relevant , recommençant sa marche en chantant des cantiques nouveaux ou les vieilles hymnes de l'Église , et l'on concevra comment il étoit impossible d'échapper à l'impressioa de cette scène. On a surtout remarqué le moment où , parvenus à la dernière station, les archevêques et les évêques présents à la cérémonie se sont réunis sur le rocher au pied de la croix. Le groupe religieux se dessinoit seul sur le ciel avec la croix et la crosse d'or, tandis que les fidèles étoient prosternés. Ces vénérables pasteurs, vieux témoins de la foi décimés par la révolution , sembloient tenir une espèce de cimcile eu plein air; et, confessant la religion pour laquelle ils avoient souffert, ils rappeloient ces anciens Pères de l'Église composant, après la persécution de Dioclélien, le symbole de Nicée.
Le succès des missionnaires étonne les hommes de parti. Il est dur, en effet, d'avoir pendant trente ans bouleversé la France pour déraciner la religion , et d'avoir perdu son temps ; il est dur pour ceux qui nousont régénérés de n'avoir pu établir ni un gouvernement, ni une histitution, ni une doctrine durables, et de voir d'ignorants missionnaires échappés au martyre , pauvres , nus , insultés , calomniés , charmer le peuple avec un crucifix et une parole de l'Évangile. Ce déiuenti donné à la sagesse du siècle n'est-il pas intolérable ? Comment souffrir des apôtres qui rétablissent les droits de la conscience, et qui prêchent la soumission à f autorité légitime ? On fait des chansons abominables , on étale des caricatures où les missionnaires prennent pour autel un bûcher : reste à savoir si ces chanU ne sont pas semblables à ceux que l'on faisoit entendre autour de la guillotine ; si ces bûchers ne sont pas ceux que l'on alluma pour y jeter les ecclésiastiques. Non , il faut être juste : on n'a pas brûlé le clergé ; on l'a seulement envoyé mourir à Cayenne et dans les cachots ; on n'a fait que massacrer les capucins dans leur couvent à Ntmes , qu'^orger les prêtres dans la glacière à Avignon , que les noyer dans les bateaux à soupape à Nantes , que les massacrer à Paris aux Cannes et dans la prison de l'Abbaye. Un témoin oculaire nous a raconté comment la chose se passoit, pour le plus grand triomphe des lumières sur la superstition et les pr^ugés. « A dix heures , dit M. Joumiac Saint-Méard , l'abbé Len- « (hnt, confesseur du roi, et l'abbé Chap de Rastignac , « parurent dans la tribune de la chapelle qui nous serroit n de prison , et dans laquelle ils éloient entrés par une n porte qui donnoit sur l'escalier. — Ils nous annoncèrent
fc que notre dernière berne approchait , et nous ioTitèrent à « nous recueillir pour recevoir leur bëoédiction. — Un a mouvement électrique , qu*oD ne peut définir» nous pré- « cipita tous à genoux , et , les mains jointes , nous la reçù- « mes. — A la veille de parottre devant l'Être suprême , Cl agenouillés devant deux de ses ministres , nous présen- « tions nn specUcle indéfinissable. L'flge de ces deux n vieillards, leur position an- lessus de nous, la mort pla- <f nant sur nos têtes , et nous environnant de toutes parts , « tout répandoit sur cette cérémonie une teinte auguste et « lugubre : elle nous rapprochoit de la Divinité , elle nous fc rendoit le courage ; tout raisonnement étoit suspendu ; le « plus froid et le plus incrédule en reçut autant d'impres- « sionqucleplusardenletlephis sensible. Une demi-heure « après , ces deux prêtres furent massacrés , et nous ena tendîmes leurs cris. »
Quel est rbomme qui lira les détails suivanU sans que ses yeux se remplissent de larmes , sans éprouver les crispations et les frémissements de la mort? Quel est celui dont les cheveux ne se dresseront pas d'horreur.
« Notre occupation la plus importante étoit de savoir n quelle aeroit U position que nous devions prendre pour « leoevoir la mort le moins douloureusement possible, « quand nous entrerions dans le lieu des massacres. Nous « envoyions de temps à autre quelques-uns de nos cama- « rades à la fenêtre de la tourelle , pour nous insUuire de « celle que prenoient les malheureux qu'on imrooloit, et « pour calculer, d'après leur rapport, celle que nous fe- « rions bien de prendre. Ils nous rapportoient que ceux « qui étendoient leurs mains soulTroient beaucoup plus m longtemps , parce que les coups de sabre étoient aoaortis « avant de porter sur la tête ; qu'il y enavoit même dont les « n^ina et les bras lomboient avant le corps, et que ceux « qui les plaçoient derrière le dos dévoient souffrir beau- « coup moins.... Hé bien! c'étoit sur ces horribles détaiU « que nous délibérions. Ifous calculions les avantages de n cette dernière posittoo, et nous nous conseillions réd- <i proquement de la prendre , quand notre tour d'être masr
fc sacrés seroit venu. »
Chautex maintenant de joyeux refrains ; imaginez des caricatures bien bouffonnes sur les sujeU préoédenU; faites réloge de la Convention : quand vous serez en verve, ne vous gênei pas. Il est si ooui^geux aujourd'hui d'attaquer le reste de ces prêtres écliappés aux pamphlete de Mant et aux héros de septembre ! il iaut tant d'esprit pour rira de ces homqies qui n'ont ni pain ni asile , et qui ne demandent que la permission de consoler les misérables! Lorsque V Esprit vous saisira , nous seconderons en vous l'inspiration i^volutionnaire, en vous lisant quelque beau passage du Journal des Jacobins, vos illustres devanciers. Nous ouvrirons le Moniteur; et puisqu'il vous plaît de parler d'écbafauds et de massacres, nous compterons.
Dans vos caricatures, vous prétendez que les missionnaires ont un tai'if pour leurs services : oui, ce tarif des ûuites est un seul repentir. Est-ce trop cher? Mais vousmêmes , n'avez-vous pas eu vos tarifs? Les bons avec lesp quels vous payiez chaque assassinat aux Carmes et à l'Abbaye n'existenl-ils pas encore? Vous êtes des esprits positife ; vous aimez les laits : voilà un fisLit.
Les missionnaires vous déplaisent ; leurs solennités vous importunent. Mais n'ave«vons pas eu aussi vos fêtes? Le boonreau marcboit à b tête de ces pompes de la raison : puis venoitun âne couvert des habits pontificaux; puis on tralnoît les vases sacrés et la sainte hostie ; puis on mitrailloit les citoyens. Il est vrai que les missionnaires n'ont rien à présenler de pareil : ils portent aussi la sainte hostie, maie elle n'est pas souillée; ils ne prêcbei^ pas la haine, mais to ebarilé; ils ne fomentent pas les divisions, ils repommaakiA l'oubli des ui^m ; c'est sortoul à la station
poLÉBaguE.
(f« par don qu'ils s'arrêtent ; el à la fin de kon ofràwiiieii au lieu d'égorger des honmies, ils nwntreot ao peuple 1i victime pacifique offerte pour le salut des persécuteoi comme pour celui des persécutés.
Hommes de révolution, vous feriez mieux de voostaiit: vous échouerez dans vos projets, et ne réussira qu'à tosi rendre odieux. Grèce à votre audace, qui n'est soipaaéi que par votre foiblesse , on commence à ouvrir les jesi. Les honnêtes gens de foutes les nuances d'opinion seDtest la nécessité de se réunir. Les tribunaux font parler les km, et ce réveil de la justice ranime l'espérance. Cest aajoa^ d'hui le 3 mai , jour qui a rendu à la France son nri etm père. Cette seule date devroit avertir les petits impieidi moment que s'ils ne parviennent à renverser le trêœ, c'est en vahi qu'ils prétendent détruire la religion. Le tràae 4e safait Louis sans la religion de saint Louis est iiDesoppo> sition absurde; la Intimité politique amène de force h légitimité religieuse. On ne peut reconstruire Tordre loal qu'en le Ibndant sur les mœurs,, et on ne qu'en rétablissant la religion.
Parts, k limai isii.
n y a nn jeu qu'on appelle le petit bonhomme fit escore, jeu que les anciens connolsaoient sous un aon pie noble , et dont Lucrèce a emprunté cette belle oompaiwa de I9 vie que les hommes se tranamettent dans leureouK rapide ici-bas :
Quasi Gursorcs vital lampada tradunt
Il a paru ces jours deraiers une earieatnre qui repré» toit le jeu du petit bonkomme : ce n'est point le hnta de la vie que les personnages se paasoient motneHeneii, mais celui de la monarchie, qui ponrrolt bien s'éteiaèe entre des mains ennemies, si Ton a'obstioe à fj hiflv plus longtemps.
On voyoit, dans la caricature, le peraonnsgelepte auguste ; après lui, deux femmes ; après les deux kama, un homme qui ressemblolt à Buonaparte ; ensuite ne mtre femme, ensuite un enfknt, ensuite nn nUlitaiie M les traits rappéloient les portraits du prince Eugène; e^ un antre militaire qui veut fuk le jeu , el que le oiililiiRi son voism, retient par la main. Cette earicatoie séléf» due avec proftislon. On la dit anjourdlmi anêlée psrh poUce : mieux vaut tard que jamais.
Iblgi^ les tentatives du parti réTolutionnain,ctleiB9'
gances de la police; malgré le système ministériel, niaM|" destitutions de presque tous les royaUsIea, malgré kii» piétés et les calomnies qu'on Imprime de tontes pari^M pouTons apprendre à noe lecteurs , avec nue vivewli^ tlon, que l'opinion royaliste fait des progrès eonndénwk ns nous permettront, pour dédommagemort deasinm' fioes, de nous attribuer une partie de l'honneur de cc^ gement. Avant rétablissement du €onservate»r,r(^iUm royaliste éloît sans organe ; on n'avoit , pour csnaeliig » vérité, que les journaux jacobins et les ganltes mmt rieUes. U censure tenoit dans l'oppression les fcjw royalistes : à peine pouvoient-elles ftnre entendre qadipu
plaînles. Le découragement étoit généra. Le Om»*^^ parut, et tout se ranima. La France vit aveeépoa^ qu'on n'alloit à rien moins qu'à la replonger dans *j»^ lutions ; que les hommes qui , depuis trenle aas, NBtn" ses maux recemmençoieait à agir et à écrire , ci s^ n^ séquence de ces déclaraations éteiaeilea cMitrs leii^
et ke prêtres , la féodalité et la religioa , seroit di aj^ mener au ràgne de k fntenûté et de h mort. Or, te m
qui ne veut plue de révolution, s'est réveilléajta ^
tes gens de toutes les nuances d'opinion ont sw <"■*
loit se i^unir, pour oç/potet une digne à ''«■'^•j*^
l ciatique, trop kYorisée par keystème mùtiém-if^
POLÉMIQUE
Ires feuilles royalistes se sooi établies à Tombre du Con' urvaUur; et, si Ton compare Tépoque où cet oofiage a pris naiisonce à Tépoque où ooiis sommes arrivés, on Terra que roploloD s*est sirîisulièremeiit améliorée.
Les ministres ne pourroat pas nous dire qu'ils sont pour quelque chose dans cette amélioration, à moins que ce ne loit pas le résultat même de leurs fautes. Ces fautes, tout énorôies qu'elles sont, pourroient néanmoins se réparer, o'étoit l'effet de ]a loi du recrutement sur l'armée.
Qu'on se souvienne toujours qu'une assemblée démocntique produite par la loi des élections, et une armée déflMwnlisée obéissant à cet te assemblée, amèneroient une lévolutioQ infaillible. L'opinion publique auroit beau être excellente , elle n'empécberoit rien , parce que l'opinion ne peut rien contre le canon.
Gficeà Dieu, lagarde, si violemment travaUlée, n'a point eocore été rompue. Tantôt on a voulu donner de l'avanceneiit aux officiers , et les officiers , par un dévouement admirable, ont préféré servir dans un grade inférieur, pour aroir riionneur de rester plus près du roi; tantôt on a parlé de réunir les régimenU d'infanterie de celte garde, tt qui entraînerait la suppression de la moitié des ofBfàn^. Aujourd'hui on met en avant un nouveau raisonnejmi : Nous sommes, dit-on, environnés de puissances miliuires ; il faut augmenter notre armée. Or, les régiments de la garde coûtent autant que coûterait l'entretien d'un corps deux fois plus considérable : donc la garde est bonne à détruire, atin d'acquérir un plus grand nombre de soldats. Ceci est une règle d'arithmétique , et non pas un raittonement ; les bommes ne sont pas, comme les chiffres , d'une valeur mvariable , et les choses sont encore wy^ng lottoûses que les hommes au\ résultats abstrus. Si un corps d'élite attaché à la personne du roi , animé par tous les objets d'émulation , par tous les motifs de gloire , rend autant de s^vice qu'un corps deux fois plus nombreux , nuis qui, bien qu^aussi vaillant sans doute, est moins exercé, moins bien armé, moins bien entretenu, quel avantage trouvez- vous alors à obtenir par la quantité ce que vous avez par la qualité? £t peut-on nier que les corps d'élite n'aient souvent décidé du sort de la iricloire? Tous les souverains de l'Europe n'ont-ils pas des gardés à qui ils doivent particulièrement leurs derniers succès? La maison militaire des rois de France s'est toujours fait remarquer par sa bravoure, depuis les sergents à massue de Philippe-Auguste , les archers du corps de Charles Vil , les gentflsbonunes au bec-de-corbin de Louis XI , les gardes do corps de Charles VIII et de François 1'% les gardes françoises de Charles IX, les gendarmes de Henri IV, jusqu'aux mousquetaires et aux grenadiers à cheval de Louis XIII et de Louis XIV. La maison du roi contribua à tous les succès et soutint tous les revers de Louis le Grand : on sait qu'elle triompha à Fleurus, fit capituler Lille, emporta miraculeusement Valenciennes et Coudé , vainquit à Cassel , et sauva l'honneur à Malplaquet. Après avoir, sous Louis XV , ramené la victoire à Fontenoy, elle disparut sous Louis XVI dans les foudres révolutionnaù-es. Du mflieu de la tempête sortit cette fameuse garde impériale qui a rempli le monde de la renommée de ses exploits, et dont les vétérans font aujourd'hui la force et l'orgueil de la garde royale. Quels ennemis de l'honneur de la France pounroient répudier un si bel héritage de gloire .=* Us considérations politiques ajoutent une nouvelle force aux considérations militaires : après vingt-sept années d'Blëgitimité, après la trahison des Cent- Jours, toute théorie doit céder à la nécessité de mettre en sûreté le monarque. Le trône est la clef de la voûte : vous défendiez en vaki le royaume, si voos'ne satrvez pas le roi.
Puisque nous parlons de soldats et de gloire , n'oublions pas que c'est demain l'anniversaire de la mort de M. le
prince de Condé. Nous lisons ces paroles dans le testament de ce prince : Ceci est mon testament; et s'il n'est pas « exactement légal , d'après les anciennes lois françoises et « celles du pays dans lequel je l'écris, ou de celui que « j'habiterai le jour de ma mort, je prie mon fils de ne ^ point s'arrêter à ces formes.
a Je connois trop le cœur de mon roi pour croire avoir « besoin de recommander mon fils à ses bontés.... J'ose « répondre que le dernier des Coudés est aussi digne de « son estime et de ses bontés que l'étoit son trop malheu- « reux fils, et que son père a tâché de l'être. »
Grand Dieu ! le prince de Condé ne sachant pas quel pay$ il habiteroH le jour de sa mort, cette recommandation d'un Condé pour le dernier des Condés,\e souvenir de ce trop malheureux fils , voilà la révolution tout entière ! Que Bossuet n'eùt-il point «youté au dernier chef-d'œuvre de son éloquence , si , lorsqu'il pleurait sur le cercueil du grand Condé , il eût pu prévoir l'avenir !
Il serait bien temps de mettre un terme à cette révolution si féconde en crimes. Par quelle fatalité cherchonsnous à en perpétuer l'esprit.^ Chaque ministre, avec les meilleures intentions du monde sans doute , suit un chemin qui ne peut le conduire qu'à de dangereuses erreurs. Si de la guerre nous passons aux finances, nous voyons un plan qui semble être celui d'un avare : entasser des écus, supputer trop haut les dépenses et trop bas les recettes, afin de thésauriser, c'est tout le système. On s'est si bien trouvé de ce système au 20 mars , lorsqu'il est arrivé un homme qui s'est emparé des coffres! Mous autres , qui cheminions vers Gand par monts et par vaux , 'û nous eût été très-agréable d'avoir un 6011 de Af . le ministre des finances pour payer la poste ; mais le trésor étoit resté fidèlement à Buonaparte : il n'y manquoit pas une obole, sauf quelques centaines de mille francs donnés à quelques personnages qui se retirèrent avec le vivre et le couvert^ comme le rat dégoûté du monde.
Des lettres de Russie annoncent que la nouvelle de la nomination des soixante pairs n'a pas été reçue du public à Pétersbourg avec plus de faveur qu'à Londres. Quand nos ministres nous faisoient entendre , à la tribune et dans leurs journaux censurés, que les étrangers approuvoient leur conduite, nous n'avons cessé de r^amer contre cet abandon de la dignité nationale : nous aimons à croire qu'elle est mieux sentie aujourd'hui. Pour nous , nous n'h^itons point à déclarer que , le jour où il s'agirait de l'honneur et de l'indépendance de la patrie , il n'y a point d'opinion politique qui nous empêchât de nous réunir à quiconque , combattant pour le trûne légitime, voudroit vivreet mourir Françx>is.
Ce seroit une chose utile de savoir combien il faudrait de sots ministres pour composer un ministère d'esprit; nous savons à merveUle combien il faut de ministres d'esprit pour former un pauvre ministère. Tous les hommes n'ont pas tous les talents : le ministère actuel réunit sans doute à l'art de l'administration et des négociations diplomatiques la connoissance des finances et de la guerre , noais U n'a pas reçu l'éloquence en partage; chose assez nU)heuse dans un gouvernement représentatif.
Cependant M. le garde des sceaux a soutenu, sinon disertement, du moins vaillamment, la discussion sur la liberté de la presse , et ses collègues l'ont laissé seul dans la mêlée. Grâce à ses efforts , les trois lois sur la liberté de la presse ont passé à la Chambre des députés. Filles du mmistère et de la minorité de gauche, elles tiennent de leur père cet esprit de police , et de leur mère ce caractère démocratique , si bien en harmonie avec les libertés constitutionnelles et les principes monarchiques.
Dans les années précédentes , on avoit ouvert franchement, et Sans préambule, la discussion sur la liberté d^ la presse; mais cette année, le ministère étant tombé à
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des hommes supérieurs, on a posé des principes. On a dé- Couvert que la presse ne faisoit pas de mal , mais qu'elle pouvoit devenir la cause du mal , ce qui éclairdt prodigieusement la question. Tout étant devenu si lumineux , Il en est résulté trois lois embrouillées, renforcées de quelques amendements obscurs, sans compter ceux qui ont été rejetés. Jadis on fiiisoit peu de lois , et seulement dans le cas d'une nécessité absolue ; on ne songeolt alors qu*à les approprier au besoin du moment, et Ton s*abstenoit de tout raisonnement superflu. Venoient ensuite les magistrats et les jurisconsultes qui, chargés d'appliquer oes lois, en développoient les principes. Aujourd'hui nous sommes bien plus habiles : nous commençons par faire Fesprit d^une loi qui n'est pas faite; et , d'après cette opération théorique élaborée dans notre cerveau , nous créons la loi pratique. Ainsi nous disons gravement à l'écrivain : « Savez-vous ce que vous faites quand vous écrivez? — J'écris. •— Ce n'est pas cela. Votre écrit est-il coupable, ou donne-t-il occasion d'être coupable.' — Je n*en sais rien. — Ne voyez-vous \ïm que la presse n'est que l'in»trument d'un crime , et n'est pas le crime lui-même ? — Et qu'est-ce que cela prouve? — Qu'est-ce que cela prouve! ne sentez-vous pas que cela change tout l'esprit de la loiPn
M. Jourdain auroit été un grand ministre de nos jours. « Sais-tu ce que tu fais, dit-il à Nicole, quand tu dis un U ? — Je dis U , répond Nicole. — Oui , réplique M. Jourdain; mais quand tu dis U, qu'estK:e que tu fais? — Je fois ce que vous me dites. — Oh 1 TéUrange chose que d'avoir affaire à des bêtes I U , vois-tu ? je fais la moue , U. »
On est fâché , comme M. Jourdain , de n'avoir pas étudié plus tôt pour apprendre tout cela.
La discussion , commencée d'une manière si brillante dans la Chambre des députés, s'est terminée d'une manière plus éclatante encore. L'orateur du gouvernement , niant les principes généraux dont il est ordinairement le champion , a dit : « Que la révolution nous ayant légué une « société toute nouvelle, il est résulté de l'égalité intro- « duite dans les replis de l'ordre dvil , qu'il n'y a plus M aujourd'hui en France que le gouvernement et des indi- « vidus ; que d'un côté la puissance publique est la seule « qui soit réelle et forte , parce qu'il n'y a plus de puissances <c Intermédiaires, de patronages aristocratiques, de corce porations , de privilèges particuliers ; et que de l'autre « cette puissance publique , si réelle et si forte, sera singu- «« lièrement exposée par la liberté de la presse , vu que « cette puissance est partout vulnérable dans une multitude « d'agents dont on ne sauroit raisonnablement espérer que « la conduite ne donnera lieu k aucun reproclie légitime. » De sorte que de la constitution nouvelle de l'ordre social , qui doit produire de si beaux développements, il résulte que le peuple n'a aucun moyen de défendre sa liberté contre le gouvernement, ni le gouvernement son existence contre l'opinion. Étoit-ce ce que l'orateur vouloit prouver?
Après la discussion de la presse est venue la discussion du budget. Celle-ci s'est ouverte avant-hier, tant par un rapport sur le règlement des comptes des exercices de 1815, 1810. et 1817 que parla réponse de M. le commissaire du roi à un précédent rapport relatif au budget définitif de 1815 , 1816 et 1817 , Il ne se trouvoit qu'une petite différence de 191 millions entre les calculs du ministre et ceux de la commission de la Chambre des députés. M. le commissaire du roi pense que cette inconcevable disparité tient à ce qu'on n'a pas bien entendu une phrasé du ministre; il réduit, par on éclaircissement, U différence entreles calculs duministre et ceux portés dans le rapport à 58,401,000 francs. Cette différence , a-t-il ajouté, njesti qu'apparente , et tient seulement à des opûiions^ife^sc» en matière de comptabilité. Ces opinhms sont un peu chb-' res.
Un membre de l'opposition de gauche a parlé contn le projet de loi d'une manière piquante et spiiitueUe; mais comme le budget est matière pesante pour les cqdtribuables, nous ne voulons pas le discoter l^èitniaii.et nous BOUS proposons d'y revenir.
Avant qu'on s'occupât de cet objet principal de h i» siott , des pétitions avoient amené des questions importâtes. Deux ex-substitutaprès le tribunal de première instatt de Paris ont demandé le payement de leur traitement p» dant les Cent-Jours.
Un membre de la minorité de gauche, sooteBaatki pétitionnaires , et combattant les adversaires de la pétitioD, a avancé que ceux qui bl&mentce qui s'est foit à ïéfw^ des Cent-Jours auroient été bien mallieorenx si ces hoanltes gens ne s'étoient chargés de.conduire la France. Ce fat sans doute cette nécessité de conduire la France qui puti un député de la Chambre des Cent-Jours à demander STfc tant de chaleur l'élévation de Napoléon 11 au IrAne deLo» XVllI. Mais, en vérité, les hommes des Cent-Junn cassent-ils été mieux traités sous l'usurpation que sons h légitimité? De quoi se plaint-on? Il n'y a pas jusqu'aniiaisiciens du Cbarop de Mai dont on n'ait payé les gavottes <t les rigodons arriérés.
Ceux qui appuieront les pétitions pour le rappel des bannis seront également bons logiciens, n est binne ei effet que des hommes soient bannis, tandis qoed'snties liommes, qui ont eu une conduite toute semblable, ocea* peut les premières places de l'État, et sont comblés de posions et d'honneurs. Si l'on eût suivi le premier sysl^i les bannis auroient eu tort de réclamer : ils aoroieot dA attendre, en un respectueux silence, les effets toajcm certams de la miséricorde royale ; mais dès lors qoe les hommes des Cent-Jours sont préférés aux anmisliés de Gand et aux compagnons de Larochejaquelein; dès lot qu'on rappelle, par une décision ministérielle, lesiégiô* des éloignés par nnejoi , un système de rigueur, qui n'eit suivi que pour quelques individus , devient une sorte d'io* justice, il y auroit une chose raisonnable k faire; ce tetfà d'envoyer les royalistes prendre la place des baiints : ib ont l'habitude de l'exil et du malheni^ leur présone est un contre-sens et un reproche au milieu du système mios* tériel.
La minorité de droite s'est tue pendant le cours de tootes ces discussions, ou du moins elle n'y a pris part qw rarement, et toujours pour proposer des choses jostes et généreuses. A la dimmution des Idées saines et des booiies raisons, on s'est bien aperçu de son silence, fin revudie, si elle apeo parlé, elle a écrit. Les opinions imprimées de M. Bellart sontplemes de sens et de chaleur. M. de BooiU a répandu un petit écrit intitulé Réflexions surlaséana de la Chambre des députés du 17 avril 1819. Ces! là qu'on trouve, non une métaphysique obscure et stérile, mais une métaphysique féconde et lucide , qui prend a source dans la morale et sa lumière dans le ciel. M. deBonald , homme de génie, est de plus un homme de bies : c'est une chose fâcheuse pour la bonne vieille cause àtk révolution que la minorité royaliste renferme tant de aobies caractères, de talents et de vertus.
Cette minorité peut maintenant reprendre la parole : elle a prouvé ce qu'elle a voulu prouver: l'expérieDoe es! faite. On neicessoit de dire : Ce sont les discours d^ rojtlistes qui aigrissent la minorité oppo^ , et qui forcoA \» mhiistres à s'appuyer sur cette mmorité. Maiirtfnint fN l'on juge. Le calme est-il revenu? les mmisires oetikélé moins ardents dans la poursuite des royalistes? obA-HsIA moins» de concessions à. l'opinion démpcràtiqiip? 9^ Mendu professer d^s prinêipe« nfotp^â^pes^c^* laînonardliie légitima? Un très-grand bien a donc élè obtenu, puisque ta France a* été éclairée : cette ooonile
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HDÎèK d'inslnijre la patrie par le sUenoe a réasd au delà le oe qQ*oa pouToit espérer.
lacorrespondancesprivéesqai Tontenfin être détruites •r b suppressioo de la censure, parre qu'elles perdront eor aalorité lorsqu'elles seront traduites et flétries dans M joonianx, les correspondances privées font aujourrhul l'éloge de l'assassin do Kotzebûe ; elles le comparent
Cbariotte Corday, d'où il résulte que Kotzehiie est Marat. Jepeadant Marat étoit un grand ennemi des rois et des préres, ce qui deyoit le (aire chérir des correspondances mtées; H Kolzebile étoit le défenseur du trùne et de l'aud. Mais dans les premiers transports de la reooniioissance onr Sand, on a sacrifié la mémoire de Marat par une ooipiraison injurieuse à ce demi^ieu , quitte à rétablir C8 statues quand la religion des frères et amis aura relevé nécliafaods fraternels.
Les mêmes correspondances privées crient contre les ioisKs et insultent nos tribunaux : c'est dans l'ordre. Eln lonooceut des épurations dans notre armée : c'est dans 'ordre. Elles s'épuisent à dire que nos ministres vivent dans imeilleure intelligence : c'est encore dans l'ordre. Les ]aobins en France tiennent les mêmes discours : ils invitent arlout M. le ministre de l'intérieur à ne pas se ranger du Mé des royalistes, qui , disent-ils , ne lui pardonneront Ja- Diis l'onlonnanoe du 5 septembre. Les royalistes, à qui 'on n'a jamab pardonné leurs malheurs , ont toujours ouilié le mal qu'on leur a lait. Les mêmes hommes qui appoint à leur secours M. le ministre de l'intérieur lui ont ils ivdonné les lois d'exception , le bannissement des régici- In, et ces fameuses lettres que nous avons, où M. le ■unistre de rintérieur s'exprime avec tant d'énergie, et booedes ordres si sévères contre ces hommes auxquels 't remords est étranger, que le pardon ne peut rame- KT, que la clémence offense, que l'on ne peut rasstt' vr, parce qu'il est des consciences qui ne sauraient 'are ? C'est à lui d'examiner, l'histoire de la révolution à • maio , de quel côté on oublie et l'on pardonne.
11 est vrai de dire pourtant que les divisions qui semlUcnt exister dans Je ministère ont cessé, du moins mo- MflUoéoient. On en assigne plusieurs causes, et en parti- «lier celles qui peuvent naître de l'atlaire de Bruxelles : Im» le danger, on serre les rangs.
Jfute retour des choses dici-bas : l'année dernière, Nqoes-unesdes personnes qui se sont dévouées à l'étai'i*'aMnt du Conservateur virent leur nom compromis (■H la iwétendue conspiration du bord de l'eau; et '<Mlà que Tancien chef de cette police où retentissent tant le conspirations se trouve à son tour impliqué dans une de es coospirations ; il est obligé aujourd'hui de se défendre lias lé Moniteur, comme nous nous défendions dans le 3wierpo/e«r.
Tels sont les graves inconvénients que produit notre oKee générale, née, comme on l'a dit, dans la fange révo- >liQDnaire, de l'accouplement de l'anarchie et du despoimw.Toos les mauvais sujets de l'Europe, tous les espions B croient obligés de s'adresser à cette police quand ils B^ditent quelque crime : ils déposent dans son sein leurs bominables secrets. Si la justice déjoue leurs complots, lors, pour se sauver, ils sont obligés de compromettre e nom et la dignité de la France.
Il est. temps que les ministres qui n'ont imint été élevés
Qoe école de délation et de turpitude cessent d'accorder sar confiance aux anciens agents de la police du Directe et de Buobaparte. Ces hommes qui réussissoient sous ' despotisme , parce que la puissance absolue servoit à ichtr leurs trames , ces hommes ont cru qu'ils ppoVolenl Bivre lenrmarche accoutumée sous le règne de ja liberté t de la légitimité. Ils étoient trop bornés pour s'apercevoir lu'avec des jngeineaU publics et la liberté de la presse ,
toutes leurs machinations seroient déjouées; ils n'ont pas songé qu'appartenant à la révolution , et ne voulant pas inventer de conspirations révolutionnaires, ils seroient obligés de continuer à faire comme sous Buonaparte des conspirations royalistes, ce qui, sous le roi, deviendrait une odieuse absurdité. Qu'est-il résulté de ces menées? on n'a trompé personne , et partout on n'a trouvé de conspirateurs que ceux qui avoient imaginé des conspirations.
Veut-on savoir jusqu'à quel point la manie de faire et de découvrir des conspirations a été portée ? Tandis que M. le ministre de la police étoit compromis dans une conspiration à Bruxelles , un autre personnage grave étoit également compromis en Bretagne : l'histobre est curieuse.
A quelques lieues de Dinan, sur les bords de la Rance, s'élève un cliAteau gothique. M. de * * * , ancien seigneur de ce château , avoit dans toutes les occasions périlleuses pris les armes pour la cause royale. Longtemps dief des chouans, et connu conune tel dans le pays, il étoit par conséquent devenu suspect depuis le retour de la légitimité. Son manoir, flanqué de touis féodales, étoit surveillé par ces hommes qui , depuis l'an 1 793 jusqu'à ce jour, ont dénoncé les royalistes à la Convention, au Directoire, à Buonaparte , et qui continuent à les dénoncer au gouvernement royal, par ludi>itude. Le diâteau depuis longtemps sembloil tout à fait abandonné; cependant on avoit entendu dans ses cours, ses jardins et ses bois, une voix qui crioit: Vive le roi! aux armes! marche! en avant les gars! Il faut remarquer que ce dernier commandement des cliefs de la Vendée étoit jadis celui de du Guescl n, et que le cœur du héros breton étoit déposé dans un couvent de bénédictins à Dinan. £n avant les gars ! étoit donc un vieux cri de loyauté et de victoire, connu de toute antiquité dans les bois des COtes-du-Nord.
Grande dénonciation, rapport circonstancié , rassemblement de chouans dans le château , exercice à feu, évolutions, cocardes vertes, telles que celles indiquées à la Chambre des pairs, et niées par M. le mhiistre de l'ultérieur. Le jour est pris pour attaquer hi forteresse. On marche avec précaution la nuit, par des sentiers déserts. On arrive au lever du jour au pied du donjon. On somme le gouverneur 'd'abaisser le pont-levis; rien ne parott. On se disposoit à donner l'assaut , lorsqu'une porte vient à s'ouvrir, et l'on voit sortir un paysan avec sa charrue et ses bœufs. Arrêté par les assiégeants , il est conduit à leur capitaine , qui l'interroge sur le cri séditieux de vive le roi ! entendu dans lediàteau. Le chouan, démêlant l'afTaire, répond, dans son langage breton : Mes biaux messieurs, vous ne « trouvarez pas les gars; mais si vous voulez entrer, vous « prendraz le général, h On se jette dans le chAteau , on se saisit des passages. Au milieu de tout ce bruit , un >ieux corbeau efTarouché prend sa volée ; et le paysan de crier : « Le général s'envole, vous avez fait trop de ta|)age. • C'étoit un corbeau privé à qui M. de **^ avoit appris à répéter : «Vive le roi ! en avant le^ gars !» On ne put jamais forcer le général à descendre de l'arbre où il s'étoit réfugié : il avoit la prudence de sa race; et, quoiqu'il fût blanc comme neige de toute cette conspiration, il savoit bien que la calomnie s'obstineroit à le noircûr.
Paris, 25 mai I8I9.
Les trois projets de loi sur la liberté de la presse ont passé aux Chambres. Deux ont reçu la sanction royale; et au moment où nous écrivons cet article, le troisième est peut-être sanctionné. 11 a paru nécessaire de hAter la pu- Micdioo^de cette xxwi' livraison du Conservateur, pour faire cesser les))ruits divers relatifs à cet ouvrage.
Le Conservateur ne cliangera rien à sa forme; il restera sous la nouvelle législatioD tel qu'il étoit sous l'ancienne.
POLÉAUQUE.
Il foornira son caationnement comme ouvrage semi-périodique; il a aelieté les cinq mille livres de rentes exigées par la loi.
M. le baron Trouvé, homme distingué par son caractère, sa belle conduite pendant les Cent-Jours, par ses talents administratifs et littéraires, va devenir l'éditeur responsable du Conservateur. Toutes les personnes qui se sont fait un devoir de soutenir le Conservateur continueront à parler à cette tribune publique des royalistes. Elles aiment trop leur pays pour ne pas adiever le bien qu'elles ont si heureusement commencé; elles ne cesseront de faire le sacrifice de leur repos que quand ce sacriiice ne sera plus nécessaire. Vivement toudiées de l'empressement honorable avec lequel la saine opinion de la France a répondu à leur appel, elles n'abandonneront point cette opinion, et seront toujours prêtes à défendre la religion , le trùne et les libertés publiques.
Loin donc de se dissoudre et de se démembrer comme on s'étoit plu à le dire, le Conservateur s'organise, et prend nne nouvelle stabilité. Mous avons quelquefois parlé du bien qu'il a fait ; nous devons en parler encon; , afin de montrer quelle sera maintenant sa tâche au milieu des journaux devenus libres.
Qu'on veuille bien se rappeler l'époque où le Conser^ valeur a paru l'année dernière : les journaux royalistes étoient opprimés par la censure; les journaux d'une opinion opposée , et soumis pourtant k cette même censure , jouissoient de la plus grande liberté. Les principes religieux , les principes moraux , les choses et les hommes monarchiques, étoient journellement attaqués. Aucune réfutation n'étoit possible, ou du moins la censure mettoit de telles restrictions à la réponse, qu'il éloit aussi expédient de se taire. D'une autre part , des feuilles semi-périodiques, affranchies de tous les jougs, répaodoient tons les poisons, il y avoit de ces feuilles pour toutes les classes de la société, pour tous les genres de calomnie : elles faisoient à la France le même mal que la Correspondance privée faisoit à l'Europe. On avoit la foiblesse d'en avoir peur : les niais admiroient, les polirons Irembloieut, les médiants se réjouissoient ; une {wignée d'hommes se disoit un parti, préteodoit représenter l'opinion de la France; et, chose déplorable! on solliciloit l'alliance de ces hommes.
Ce fut au milieu de cette crise que se forma l'assodation du Conservateur. Ceux qui en conçurent l'idée croient avoir bien mérité de leur pays. Ils ont fait voir qu'avec de la constance et de la fermeté on peut, par les plus petits moyens, obtemr de grands résultats. Les ennemis même sont obligés de reconnoltre nos succès, et les changements heureux opérés par le Conservateur. Les journaux révolutionnaires déclinent; nous les avons chassés de poste en poste. Le courage est revenu aux honnêtes gens; au dehors nous avons porté un coup mortel à la correspondance privée, et le Conservateur, traduit en toutes langues , lu en tous pays , réimprimé en Suisse , a servi à détromper l'Europe comme à éclairer la France.
Enfin il a produit un dernier bien : il a forcé la main aux ministres sur la liberté de la presse.
Lorsque ceux-ci ont vu qu'ils ne pouvoient plus enchaîner l'opinion royaliste , que d'autres feuilles s'établissoient k l'ombre du Conurvateur, ils ont abandonné la censure.
Nous n'ayons Jamais varié sur la nécessité d'établir la liberté de la presse. Ceux des royalistes qui , par les motifs les plus respectables , craignoient l'usage de cette liberté, sont-ils convaincus aujourd'hui que leur frayeur éloit sans fondement? Nous ne cessions de leur dire que la tonsure étoit la licence pour une opinion , et la servitude pour une autre; qu'elle donnoit le ooyeu de
I l'attaque et refusoit celui de b défeose. ! tenant la vérité de cette asàeriion? Les joomaiis r^olitionnaires sont-ils plus violents, plus mauvais, plus impies, plus antimonarchiques qu'ils ne l'étoient sous la oowiit? Pas davantage; au contraire, ils semblent mêtneiriH modérés : et quel essor n'ont pomt pris les joutsm royalistes t
Et voyez comme les ministres ont été rédoHs à IV tant même à leur propre force, comme on a codbb nrle-champ la mesure d^ leur pouvoir. 11 ne leur rote que deux journaux, le Moniteur et le Journal ée Nrù: tout le reste est contre eux , car les feuilles qui tev kmrient quand ils font l'éloge de la Convention, qui lo govmandent quand Us frappent les régicides , sont km » nemis autant et plus que les feuilles royalistes.
11 est évident que le Conservateur, au milioi de fiih dépendance des journaux quotidiens, a changé de p» tion. Il cesse d'être soldat; mais, sans s'ériger en chef, il ne doute point que l'opinion royaliste ne lai acoordi eette attention qu'il a méritée par son dévouemeat àm un tempe critique : il a droit eneore à cette ^âJbatà» par la position plus indépendante des hommes qui fol établi , et qui vont le soutenir. Ces hommes ont ieee|iié l'honneur de l'Inimitié que les mmisires leur sot si gratuitement et si libéralement accordée, et ils aoit I l'abri de toute séduction comme de toute oainle. U conservateur veillera donc sur la bomie diradioB è» opinions royalistes, et les enipéebera de s'égiier te leurs succès, comme il les a raniméea dans leurs revBi
Jusqu'id les journaux royalistes mardieBt àsas me a* oellenle direction ; ils se montrent nmia du roi , amn deh Charte. L'Europe va voir enfin où sont les vrsis oowlftS' tionnels , les hommes qui veulent récUement U masÊtàk sans oppression , la liberté sans licence.
Le Journal des Débats , jadis le plus entravé psr becssure , a repris ses bonnes doctrines et sa supériorité; h Quotidienne , qui a lutté si courageusement antre eette même censure , redouble de lèle et de talents; la Geutk de France, revenue franchement au royalisme, %*eA M remarquer dernièrement par des arlides aussi bieo pesiéi que bien écrits ; le brave et brillant Drapeau Ment e» timie de se battre aux avant-postes; la BMMkèfmt^ liste répond victorieuseinent à la Bibtiotkèqm kislînque, et gsrde le Trésor dés chartes révoluiioaoalnf. Ifesi espérons que la Bibtiotkègue religieuse, VOraeU/r» çois , le Panache blanc , se soutiendront à Paris, <c ^ la Huche d*Àquitaine à Bordeaux , le Provincial kJ^ym, VAmi du Roi à Toulouse, et plusieurs antres, ooiliaisront à maintenir la bonne opinion dea provinees. Ai n*i si le cautionnement foisoit disparaître quelques iesilii royalistes , il est probable qu'il nous débarrasserait ds fut ques journaux révolutionnaires. Quant aux fisuiUes witit térielles, comme elles sont réduites à deux , il ne «n p» diflicUe à qui de droit de les soutenir : maisellas a'aUi» dronl pas plua de laveur que les ministres n'obtisnaBit il succès.
Paris, i^juioisis.
Un fisit resté invinciblement démontré d'après les dAsU qui viennent d'avoir lieu dans la Chambre des dépote* i c'est que le ministère actuel est le plus foible de ton» 1» ministères qui ont paru depuis la restauration. Des boa* mes d*État qui ont pris leur parti sur un système, qaefcç funeste qu'il soit, peuvent encooe se soutenir s'0iOot« talent : ils perdent leur pays , il est vrai , mais sans « f» aie eux-mêmes. Il leur reste, au milieu des calamités p* bliques , la réputation d'esprits dangereux et cependwt tobiles ; mais qiiand on joint à des doctrines périlleuse» ts» insullisaace reconnuei on est jugé.
Qu'eii«a que des hommes qui tantôt repoussent de nos ois le nom de la religioa , tantôt font l'éloge de la Convenàfm d>xécrable mémoire, puis maudis8eni les régicides, !t parlent de l'assassinat du juste couronné, laissent ensuite les journaux ministériels faire amende honorable ou dés* umorabU pour ces dernières paroles , et finissent par rapider cet mêmes régicides qu'ils avoient k jamais condamles : tout cela dans l'espace de quelques jours? Et qui lensaot^ils satisfaire par une Tarialion aussi déplorable? ;itiient-ils que la révolution leur pardonne le âîmeux j'anais ? En vam Us feroient rentrer le dernier des ex-coiiToniooDels , en vam ils sacrifieroient le dernier des royalistes : 'expiation serait msuffisante. Si les mmistres Youioient nprunter Tappui du parti révolutionnaire, ils ont perdu (ésormais cet appui. Ils repoussent d'un autre côté l'assisanoe des royalistes : l'inconséquence etia foiblesse ne sauoient aller plus loin.
Le monde civilisé avoit tu, avec la satisfaction que loDiie toi^ours la justice , le bannissement des régicides dapê. Le peine d'ailleurs étoit peu proportloonée à l'ofenae. Aller vi%re dans les pays voisius , en emportant sa ortuiie, n'est pas un si grand châtiment lorsqu'on a comnia un si grand crime. Quand la fidélité a hingui vingt ans laoa la terre étrangère ; quand le roi lui-même a connu les baifrins de Texil , les régicides qui ont été prendre sa place wosent-ils exciter une commisération qu'ils n'accordoient ms au petit-fils de saint Louis, à U double majesté de l'in- Moeooe et du malheur ? Ces hommes qui ont émis un vote HMTÎhle ; ces honmies qui , au moment du procès de Louis (VI , ont prononcé des discours qui font frémir; ces mènes hommes n'onl-ils pas , pendant les Cent^ours, signé 'Acte additionnel, et conséquemment signé le bannissement wrpétoel de Louis XVI U , comme ils avoient décrété la nort de Louis XVI? N'ont-ils pas juré foi et hommage à 'uaarpnteur, qui avoit remis en vigueur les lois contre les iaii0ràa ; lois en vertu desquelles on auroil pu verser le àng de notre roi, de nos princes, et traîner Maoame à l'éliaCaud de son père et de sa mère? Quand il n'existera plus » France un seul honnête homme misérable; quand on se crm bien assuré qu'aucun Vendéen blessé avant ou pendant es C^enWours ne manque des premières nécessités de la vie , |a*nucun soldat de rarmée de Coudé ne tend la main comme ïéUsaire , alors on pourra appliquer aux régicides relapa ce |ni restera de surabondant dans la charité. Mais tant que 'oo n'aura pas essuyé les pleurs du dernier royaliste, la Mlle poar les bonunes qui ont assassmé Louis XVI et prosarii Louis XVIU sera un outrage à l'infortune , une insulte i U Tertu. Que feroit-on aujourd'hui en rappelant les aniois régiddes dont le cœur a été réchauffé par la trahison les Cent-Jours? On déclareroit hnplicitement à l'Europe |iie juger un monarque est une action comme une autre, me action indiflérente en soi , susceptible d'mterprétations Itvcrses; on reconnoltroit par cela même le principe de la iOUTeraineté du peuple ; l'on prépareroit la chute des rois.
Détournons les yeox de ce spectacle affligeant ; portons loe fcgards, en finissant cet article , sur une scène coosonote : oontemplona les royaliates. Que leur position est icUe 1 Spectateurs de ces débats , auxquels ils sont si lieueuaenient étrangers, ils voient leurs ennemis se disputer ntreeux, se iairedea reproches mutuels, se réunir, se IftTÎaer, pour se réunir encore , et pour ne jamais s'enten* |f«. Tandis que tout s'agite, les royalistes, mvariahles Une lenrs principes, fidèles à Dieu , tiddes au roi , pour- «livrent tranquillement leur noble carrière. Le présent est drcé de leur accorder son estime , l'avenir ne leur refusera ina quelque gloire. Si plusieurs d'entre eux n'ont aujour^ rbai d'autie champ d'asile que leur conscience , c'est un ifari sur qu'aucune révolution ne peut leur enlever. Biais Enfin des jours plus sereins se lèveront pour eux; leur Masfanre aéra couronnée. Jkjjk lev opinkm fiât de tontes
parts des conquêtes : on commence à reoonnottre que là se trouvent les talents , là où se rencontre la probité. Encore quelque temps et l'on ne cherchera plus les sauveurs de la France dans les restes impurs de la Convention, dans les anciens agents de la police ; on n'opposera plus aux hommes de vertu et de liberté les échappés de nos crimes et de nos servitudes.
Paris, 13 juin isio.
« Nous i£ changerons, » disoient en riant les députés sortant de la séance du 9 juin. De qui parloiènt-ils? De M. le ministre des finances. Celui-ci, avec une naïveté digne d'un meilleur siècle, s'étoit écrié, au sujet d'une proposition royale : Nous la changerons: Or, comme il est plus constitutionnel de changer un ministre qu'une proposition royale, les députés se contenaient de (aire une légère correction à la phrase. Il y a cependant une chose à <Sre en faveur de M. le mUiistre des finances : c'est qu'il étoit à Gand, ainsi que M. le comte Beugnot. Us n'y étoient pas l'un et l'autre, il est vrai, comme volontaires royaux , mais comme méde? cins venus après la mort du malade pour procéder à l'ouverture du corps , et examiner cette pauvre monarchie , qui étoit morte entre leurs mains. Espérons, puisque ce royaume ressuscité a été confié de nouveau à des docteurs si liabtles ! Aussi , avec quelle force l'un propose le budget , avec quelle dextérité l'autre le soutient, et comme tout va!
Jusqu'à présent il reste prouvé , par les débats sur les finances, que l'augmentation des recettes s'élève à 45 millions ; les économies faites par la Chambre des députés , sur les diffërenU ministères, montent à la somme de 20 millions 424 ,000 francs. On pourroit donc diminuer les impOts de la somme de 05 millions 424,000 francs. Le d^it supposé de 56 millions n'existe pas. Le ministère ne parait disposé qu'à consentir à une réduction de 17 millions d'impôts, n s'avise un peo tard , et la réduction est loin de la somme k laquelle on a le droit de prétendre. Il felloit an moins céder de bonne grêce , et ne pas disputer avec acharnement, non-seulement les millions, mais le denier, mais l'obole qu'on vouloit laisser dans la poche du contribuable. Désormais la popularité de la réduction est perdue pour les ministres ; elle restera tout entière aux députés. Mais les ministres se vengeront bien de l'opinion publique ; ils destitueront M. Bricogne, et casseront quelques receveurs royalistes, qui périront par représaiDes pçur le budget. Il faut que justice se fasse.
Quand on volt les ministres assis sur leur banc à la Chambre des députés, on ne saurait se défendre d'une sorte d'attendrissement. Nous nous épargnons ce spectacle, parce que, connoissant notro penchant à nous jeter du . c6té des victimes, nous évitons la seule tentation assez Ibrte pour nous entraîner aux erreurs ministérielles. II faut , en convenir, on ne peut pas être plus battu que le ministère. Les hommes de talent de touUw les nuances d'opinion se août réunis pour l'accabler.
M. le comte de la Bourdonnaye a attaqué le budget du ministère de la guerre ; son discours a vivement nappé : la force alarme toujours la faiblesse. Quelques crUilleries n'arrêteront pas M. de la Bourdonnaye; U en est dédommagé par l'estime publique : le mardié est bon. A propos de^ discours de l'honorable député , on a parié de noies se* erètek , de tuteile des alliés , et l'on a laissé de côté et la note secrète de M. Bignon , et la note secrète de la correspondance privée , et les certificats de bonnes vie et mmors que les aadMiasadeura étrangers donnolent , dans leurs notes diplomatiques, à nos ministres, lesquels étoient tout fiers de cette approbation européenne. Si la correspon' dance privée crie aujourd'hui contra certains ambassadeurs , qu'elle se rappelle les temps oO elle parknt avec jubilation du bon accueil que ces mêmea ambassadeurs
POLÉMIQUE
aToient fait k telles proposilions de lois , k tels ])ersoDiMiges ministériels. Il ne convient point à ceux qai descendnient si bas de le prendre aujourdMiul sur un ton si haut. Jamais on n'a tu les royalistes faire leur cour aux envoyés des puissances alliées, et nos ministres nous ont souvent donné ce spectacle. A la tribune, les royalistes se sont élevés avec force contre toute menace de l'opinion diplomatique. Kt combien de fuis nos nobles gouvernants n'ontils pas usé de cette menace! Quiconque ne voudroit pas l'Indépendance de la France seroit indigne du nom de royaliste. Qu'on s'exprime sans détour : la patrie e-^kt-elle menacée? Demain , s'il le faut , le c6té droit va voter 600 millions et 000 mille soldats ; la Vendée tout entière offrira ses bras et ses armes : mais cela ne veut pas dire qu'il soit bon de chasser de l'armée les militaires connus par leur attachement au trône; quMl soit juste, qu'il soit politique de préférer l'ofTicier de Waterioo à l'ofTicier vendéen. Servezvous du premier, mais n'excluez pas le second ; ne traitez pas la fidélité comme vous traiteriez la poltronnerie : chez un peuple aussi amoureux des armes que les François, la légitimité seroit en péril si la fidélité pouvoit fermer le cliemin de la gloire.
On se demande comment le ministère sortira de la crise où il se trouve : il est amusant de le voir s*attribuer Taniélioration de cette opinion; ce seroit de l'esprit, si ce n'étoit de la bonhomie.
Que fera-t-il donc, qu'imaginera-t-il de nouveau? De quelle ordonnance sommes-nous menacés? Les ministres garderont-ils b Chambre actuelle des députés, comme on leur en soupçonne l'envie? Mais il leur faudroit violer toute li Charte ; mais, dans cette Charobi-e, ils ne sont pas même sûrs de la majorité. Néanmoins le temps presse , la session finit , les élections approchent
Autre question : si les ministres se retirent, qui prendra leur place? Peut-être le petit ministère : il est proltable qu'il nous faudra épuiser cette série d'écoliers qui se disent des maîtres. Nous avons déjà vu passer bien des renommées : nous verrons encore passer celles-là. Il en sera de nos petits grands hommes comme de nos petits grands livres : on dira qu'ils sont essentiels à la prospérité de la France, que rien ne peut aller sans eux : une fois arrivés, personne n'en voudra ; et peut-être alors ira-t-on chercher les liommes de talent pour en finir.
Il y a pourtant une autre espérance : la correspondance privée nous indique la route que nous devrions prendre pour notre bonheur; elle nous invite à créer un premier ministre , autour duquel les cinq ou six autres vieudroient se grouper.
Les indépendants ont conçu la crainte de voir les royalistes arriver au pouvoir. Un homme de l)eaucoup d'esprit et de talent vient de prouver doctement que les royalistes sont de pauvres diables qui n'ont jamais su profiter de leurs avantages. Selon lui, en 1814, ils ont tout gâté par leur orgueil , tout aliéné par leur puissance en 1815, tout exaspéré par leur rage en 1810: bref, Us ne sont bons à rien. Voyons.
Premièrement : les royalistes n'ont pu montrer ce qu'ils auroîent été comme gouvernants pendant le cours de la révolution , puisque ceux qui écliappoient à la mort languissoient dans les cachots ou dans l'exil. Qtie rabbé musqué ei le capucin/étide, comme l'a dit éloqueroment un indépendant, tombent sous le rasoir national! Pendant que ce vœu patriotique étoit exaucé, il étoit assez difficile aux royalistes de montrer leur capacité administrative.
Secondement : depuis la restauration, les royalistes ont toujours eu contre eux la mi^iorité du gouvernement. Or, par principe, devoir, honneur, amour, ils ne peuvent rieo contre le gonverncniëht du roi , car ils ne seroient plus
royalistes : donc on n'a pas pu savoir s'ils avoientOQ a'tvoient pas ce qu'il faut pour conduire les hommes.
Voici dune un singulier résultat : depuis vingt-cinq us les royalistes, dépouillés, proscrits, massacrés, subsistent toujours. Aujourd'hui , après tant de calamité, dusses de toutes les places, calomniés par les ministres et h révolutionnaires, opprimés par une opinion qui a pirié seule pendant quatre années , ils se relèvent plos bobbreux , plus fermes , moins découragés que jamais. Il âst cependant qu'il y ait une certaine force de caractère, bu certaine élévation d'âme , une certaine vigueur de principe et de génie dans ces hommes ûfoibles et si médmmt pour avoir résisté à des épreuves si longues , si multipiiéei, si diverses. Pour anéantir les capables indépendants, qoe faudroit-il faire? Les oublier pendant quinze jours.
Le genre d'attaque dirigé cette fois par les indépeoduU contre les royalistes est gauche et nsaladroit; car,prédsèment , ce qui lait le caractère dislinctif des indépendants, c'est leur impuissance démontrée à conserver le pooToir. Depuis trente ans ils n'ont jamais pu garder cette liberté dont ils font tant de bruit. Pourquoi ne sont-ils pas restés les maîtres en 1789? Que sont-ils devenus en 1793 sou Marat, en 1795 sous le Directoire? Buonaparte mit uobds nombre d'entre eux à la police , qui n'est pas , ce nous lentble, l'école de Bmtus. Quelques uns de ceux qai criestsi fort à la Charte aujourd'hui n'étoient-lls pas dans la d»mesticité dn tyran, ne se tenoient-ils pas à la portée à la sonnette, le tout pour être plus libres, et pour mieii attester les droits de l'Iiomme? La vérité est que les indépendants ont parmi eux des gens d'esprit, mais qo1l n'y a dans leur parti ni un orateur, ni un homme d'État, na homme de tète. S'ils arri voient au pouvoir, ils le perdraiol comme ils l'ont toujours perdu ; ils feroient de DooTefiei révolutions sans obtenir la liberté qu'ils prétendent diercher, parce qu'ils sont incapables de liberté par leur caractère, leurs habitudes, et principalement par leors doctrines subversives de tout ordre comme de tonte forme de gouvernement. Nous les verrions, cri:uità l'indépeiidaoe, recevoir encoiie , ou tout au plus se choisir un maître. Qd prendroient-ils? Dieu le sait. Dans les états généraox de la .Satire Ménippée, le docteur Rose donne sa voix, pw l'élection d'un souverain, à Guillot Fagolin, roargidfier de Gentilly; et le cardinal de Pellevé ofnne en âveardi marquis des Chaussons. Ces deux famiHes royales entent peut être encore parmi les indépendants.
Nous autres royalistes, si nous devenions desbomaei puissants, nous n'exécuterions pas de si grandes ctioses, car notre choix est tout fait ; nous dirions aux iodépeidants, avec d'Aubray , député du tiers état, dans laméai satire : n Nous sommes François ; allons avec les Françoii « exposer notre vie et ce qui nous reste de bien poor »* K sister notre roi , notre bon roi, notre vrai roi. >
Dans ce fameux numéro de la correspondance prirée, dont les indépendants se sont alarmés, que nosjoonwn quotidiens royalistes ont faitconnottre ; dains ce naméro.oè les deux minorités de gauche et de droite sont gmsâ^ ment insultées , il est encore parlé d'une expérience récente, « laquelle prouve que de petits succès de tribaie « n'ont rien de commun avec la science du cabinet et fa « latents de C administration. » On entend asset ce qtf veut dire cette expérience récente. 11 s'agit d'un booMne pour lequel le ministère ne crut pas avoir asset d'honneurs à prodiguer. Kt quels éloges ce même boaune n'i^* il pas reçus dans la même correspondance privée! QoaÊè cet homme de bien entra au ministère, nous le oonaoissions mieux , et noos avions plus travaillé , dans on toBpf» à le porter aux afAûres que ceux qui Pemployoïeol alon- Nous le combattîmes lorsqu'il fut entraîné dans one 6b$m route, sans méoonnottre sou talent, sans cesser d'aine et d'estimer sa personne. Comment avoit-il pu croire fK
1rs ImoDapartistet et le« réTolutioiiDaires» qui feignoienl de k caresser, lui pardonoeroient jamais sa fermeté sous Boonaparle, et sa belle cooduite pendant les Cenl-Jours? D Toit aujourd'hui quel fond on doit faire sur Tamitié de pareilles gens. Qu'il se console 1 la correspondance privée peut calomnier, mais elle ne peut déshonorer personne : c'est une chose remarquable , que tout ce qui est vil n'a pas le pouToir d'avilir, et que l'honneur seul peut infliger le déshoDiieur. ,
Oa ose , dans cette correspondance, on ose parler de sentiments françois; on ose accuser les royalistes île chercher l'opinion étrangère, quand cette correspondance traduit au tribunal de l'Angleterre nos querelles domestiques , et prend pour juge de ses diflamationsle public de Londres ! N*est<e pas la Correspondance privée qui a annoncé la première des conspirations hnaginaires? N est-ce pas elle encore qui , depuis l'ordonnance du 5 septembre , n'a cessé d'insulter au malheur et à laTertu? Pas un beau nom qu'elle n'aie essayé de flétrir : elle a quelquefois lancé ses traits à des hauteurs qu*il ne lui étoit pas donné d'atteindre.
A peine a-t-on repoussé ses outrages, qu'elle tous en adresse de nouveaux. Voici qu'un dernier numéro de cette correspondance répète et aggrave toutes les calomnies, d^ renouvelées k propos du discours de M. de la lîourdoonaye. Le correspondant ajoute à ses invectives des absurdités telles que les laquais de Paris rougiroient de les avancer, même dans les antichambres de la police. Il prétend expliquer le secret de M. Bignon , et il n*cxplique rien, ou pluU>t il dissimule mal la frayeur que lui inspire ce secret. Il invite M. le ministre des finances à ne pas s'abandonner lui-même. D'après cela, nous faisons nos complinients de condoléance à M. le baron Louis ; son artH est prononcé. A en croire le correspondant , » les « royalistes n'ont jamais déployé plus d'audace. » Il y a des gens qui prennent la bonne conscience pour de l'audace : ils n'auront jamais celte audace-là. « La maison de M. de Chateaubriand doit être le quartier général des royalistes; M. le comte de Bruges doit avoir fourni le caulionoeroent du Conservateur. » Les fonds nécessaires au cattUoanement du Conservateur ooi été pris dans la caisse de M. le Nomiant, éditeur du Conservateur, sur une partie du produit du trimestre actuel des abonnements au Cànservaleur : c*est fAcheui, mais c'est exact.
H. de Chateaubriand a dit que le public regardoit la correspondance privée du Times comme écrite sous la direction particulière d'un ministre. Un journal ministériel a cru répondre, en faisant entendre que l'on pourroit, si Von Tonloit, soupçonner M. de Chateaubriand d'ôtre pour quelque chose dans la rédaction de la correspondance du Aew-Ttmes. Hé bienl M. de Chateaubriand déclare que
Hl LOI, Ml SCS AUlS, NE SONT POUR BUSN DANS GETTB OORmSSFONDARCS , QUCIXB QC'eLLE SOrT.
Il y a longtemps que M. de Chateaubriand souffre pour la cause royale. Trop heureux de l'avoir utilement servie, il poovoit tout supporter, hors d'être accusé de trahison envers un roi qu'il venoit de suivre pour la seconde fois dams re\il. Non-seulement la correspondance privée a avancé cet odieux mensonge, mais un juge d'instruction criaiinelle (sans doute par l'ordre de qui de droit ou sans tiroil ) a osé faire porter sur le nom de M. de Chateaubriand «Toatrageants interrogatoires.
Les ministres ont donc, de leur plein gré (quelques-uns en reconnoissauce d'importants services), fait la guerre, et une guerre cruelle, à M. de Chateaubriand : il n'a point refusé le combat, mais il ne s'est point caché dans des correspondances privées; il a tout publié à la face du soleil , et n'a jamais calomnié personne. Telle est sa décla-
RJLTION fORHCIXB.
Si la correspondance privée du Times n*est pas rédigée par un homme occupant une haute place en France,
€SI
alors elle n'est rien qa'un misérable libelle , qui perd son autorité eu Europe, et par conséquent son pouvoir de nuire : si au contraire elle est l'ouvrage d'un homme en pouvoir, il est important de conoottre le personnage.
Le journal ministériel dit aujourd'iiui qu'il est possible que le « correspondant tienne au ministère; que c'est 14 le secret des dieux. » De quels dieux ? on en compte trente-six mille, et il y en a d'une singulière espèce. Le secret des dieux seroit il celui de la comédie.'
Encore une fois , quiconque peut avoir le malheur d'être soupçonné de diriger une pareille correspondance se doit à lui-même de démentir un bruit aussi peu lionorable. £n attendant qu'on ait pris ce parti loyal , nous poursuivrons sans relAche les auteurs inconnus de la correspondance privée du Times. Nous mettrons le public en garde contre celle machine à calomnies. Hâtons-nous d'avertir que cette même corrfjtponcfance existe aussi eu Allemagne. On la trouve dans les feuilles de Weimar et d'Augsbourg; un homme important à Strasbourg la fait porter à Kelil par un expi-ès.
Calomniateurs anonymes, payants on payés, la presse est libre en France aujourd'hui. Que n'imprimez-vous dans les journaux de Paris ce que vous publiez dans les gazettes de l'Allemagne et de l'Angleterre? Montrez vous du moins François en quelque chose : renfermez vos mensonges dans votre patrie. Ayez le courage de dire qui vous êtes : un peu de honte est bientôt passé. Ajoutez votre nom à vos articles : ce ne sera qu'un mot méprisable de plus.
Paris, 29 juin 1819.
Le ministère ne gauroit s'attirer à la fois un plus grand nombre d'ennemis, et s'isoler davantage des hommes et des opinions : il ne recueille ni le fruit du bien , ni le fniit du mal qu'il peut faire. Il arrive au moment où des contradictions perpétuelles, où des jeux de bascule trop répétés ne donnent plus de mouvement aux choses : un temps vient que les inU^gues secrètes , les concessions mystérieuses perdent leur pouvoir. Que fait-on alors? on imagine des ressources bizarres : on frappe au hasard des coups d'État. Ce qui s'est passé dans la séance du 19 liâteia peut-être l'explosion d'une de ces mesures violentes , si funestes en général aux gouvernements. En effet, depuis quelques jours des bruits de celte nature circulent dan« le public ; on parle d'une communication aux Chambres, laquelle auroit pour but de faire voter à la suite du budget de cette année le budget de l'année prochaine , de doubler le cinquième des députés rentrants : ces deux choses accomplies, il y auroit dissolution de la Chambre des députés, %t élections générales.
Quand serons-nous donc tranquilles ? Quand ferons-nous demain ce que nous faisons aujourd'hui ? Les ministres cesseront-ils de fatiguer un peuple qui n'aspire qu'au re* pos? Quoi ! toujours des essais, des changements! Le 13 juillet 1815, ou auroit augmenté la représentation nationale et cliangé l'ftge des députés (ce qui étoit conforme à la raison et aux principes d'une vraie liberté), on auroit proposé la révision de quelques articles de la Charte ; le 5 septembre 1816, on seroit rentré dans la Charte, en protestant que jamais on n'en sortiroit; et voilà qu'on retourneroit à l'ordonnance du 1 3 juillet, oubliant et l'ordonnance du 5 septembre , et les grands discours qu'on a faits , et les belles choses qu'on a dites, en faveur de cette ordonnance.
Il faut chercher la raison de ces variations déplorables : d'un côté dans la ferme résolution du ministère de rester en place à tout prix ; de l'autre côjlé dans la frayeur que causent à ce même ministère les institutions qu'il a créées ou défendues; mstitutions dont on vient, pour ainsi dire, de
est
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le menacer dans le sein même de la Chambre populaire. On hmc la loi des élections pour s'attacher un parti ; la yérité est qu'on en est épouvanté. Dans le désir de conserrer cinq ans la Chambre actuelle des députés, il entre autant dt crainte des élections nou> elles que d'envie de se perpétuer au pouvoir. Au reste , il n'y aura Jamais de sûreté pour la France que la loi des élections ne soit modifiée : tût ou lard elle le sera, ou nous recommencerons la révolution.
Mais le projet du doublement du cinquième semble contredire ce que nous avançons. Ne voye^vous pas que ce projet, s'il eilste, ne serolt qu'une de ces {ncobérences qui résultent des plans irréfléchis du ministère, des affaires compliquées dans lesquelles il s'embarrasse par humeur ou par foiblessel^ Si, d'une part, ce ministère veut échapper à la loi des élections en gardant la Chambre actuelle des députés (quoiqu'il n'ait pas la majorité dans cette Chambre) , d'une autre part il est pressé par l'ordonnance du 5 mars , laquelle ordonnance, en augmentant de soixante membres la Chambre des pairs, rend nécessaire l'accroissement de la Ciiambre des députés pour rétablir l'équilibre. Toiiyours occupé de ses petits Intel éts du jour, il regarderoit comme un point capital de faire voter sur le champ un second budget , afin d'être libre pendant quinte ou seiie mois , et de regagner ahisi ce qu'il a perdu par le rejet de l'année financière !
Mais comment l'idée du doublement du cinquième actuel , et de la dissolution subséquente de la Clmmbre , se rencontre-t-elle avec la flrayeur d'une élection démocratique? Demandez tout cela aux tètes qui rêvent tant de choses contradictoires. Savons-nous si ces projets seront exécutés , si l'on n'a pas d^à changé de desseins? Bien habile qui prévoirait aiiy^urd'hui ce qu'enfanteront demain la légèreté et i'impéritie !
Les moyens des ministres sont nuls ; leur système est Insensé : ils n'échapperont point à cette double cause de ruine. On prétend qu'ils sont désolés de la liberté de la presse : ils éloient peu eflrayés lorsque l'opinion démocratique parloit seule. Attaquer la religion , ébranler les principes de la royauté, calomnier les hommes mouarchiques, tout cela n'étoit rien; mais aujourd'hui que l'opinion royaliste se défend , qu'elle ose soutenir le trône et l'autel , le ministère seit>it-il alarmé? Jadis le Directoire le fut aussi lorsque la presse devint libre : les plus fiers républicains demandèrent la suppression de la liberté de la presse ; car c'est une chose bien remarquable , une chose que nous avions dite, et qu'on n'a voit point voulu croire, que toutes les fois que la presse est devenue vraiment libre , l'opinion royaliste a triomplié. Le royalisme est une plante naturelle au sol de la France : ses racines sont enfoncées si avant dans notre religion et dans nos m<Eurs, qu'on ne peut parvenir à l'arracber. Depuis trente ans on la fauche , et elle repousse sans cesse; aussitôt qu'on la cultive, elle abonde, et couvre tout.
Écoutez ces lameux constitutionnels qui accusent les royalistes de ne rien vouloir de libéral ; ils s'écrient que le gouvernement ne peut marcher sous le feu croisé des journaux ! Et comment fait-on en Angleterre? Sans doute il seroit plus commode pour un miuistère, k la fois piteux et violent, de régner avec la censure, de lâcher les jacobins sur les royalistes , sans permettre à ceux-ci de se défendre , sans laisser ceux-U attaquer les combinaisons ministérielles. Il aeroit fort agréablie de pouvoir rétablir les institu tions impériales. Noti« administration , composée des préfets et des créatures de Buonaparte, aimcroit beaucoiip à nous donner un budget par ordonnance : on y mettroit autant de millions que l'on voudroit ; on évalueroit les recettes et les dépenses selon le bon plaisir de MM. les directeurs. Personne ne seroit là pour examiner les comptes : point de ces importuns réviseurs d'additions ; point de ces chicaneurs de chiOres; pas une voix qui pût 8*élever contre les 1
rapports infldèlet, contre la ciloniiiie on fhMipidié rien seroit tranquille; on n'entendrait point de discuMioa; « perdrait la France tout à son aise. Cette maudite lilxrté de la presse gâte tout; avec cette Ubeiié il n'y a pis a petit grand homme qui puisse être certain de n'être ^ un sot , ni un mmistre qui soit sûr de coucher au nintliA Les ministres veulent-ils conserver leurs pUres, il ftà d'abord qu'ils soient habiles ; ensuite il faut qu'ib embi» sent une opinion, et qu'ils marchent franchemot ira cette opinion. S'ils sont Ubéraux, ils suivront une raile périlleuse pour la monarebie , mais dn moins la preflieHié> raie viendra à leur secoure; s'ils sont rayalisles, iitpitidront le chemin du salut pour le trône, et ils seraal an* tenus par la presse royaliste. Mais que piélendent-ili » jourd'hui? Dans quelle opmion les renoontre-t-oa? Qm veulent-ils et à qui en veulent-ils , quand ils vont aecad» dans le Journal de Paris ? Peut-on afhcber plus lidieriement sa misère, et le néant de toutes oonoeptieM ^m ques? Les deux principales opiniona de la France temri de près les ministres , et finiront par les étooffèr. Oa coiçoit que Boonaparte, qu'un géant doué de foree, poanil tenir dans cette position, et écarter en se déballant fw et l'autre armée ; mais où est le géant? '
Ce n'est pas non plus avec des deatHatlons que le M* nistère parviendra à se créer un public : il aun beia pb> cer ses créatures, les salariés du gouvernement, liao» breux qu'ils soient , ne formeront jamais que l*ini|Wfee|4î' ble mmorité de la France. D'ailleurs le système des d» titutions est usé , et en horreur à tous les partis. PwrfH cela? C'est que les injustices tropsiMive&t renouvdéei inissent par causer une alarme générale, et par rérolv ceux même qui en profitent. Ofoserra encore que tt M sont pas les royalistes de 1815 que l'on destitue, car la^ en a presque plus à destituer. Sur qui tombent doaciajourd'hui les destitutions ? Sur des hommes qui mardmat naguère avec le ministère , mais qui ne iieuvent piqs se 4 soudre à le suivre. Ce ministère est si inconcevable, il s*é> carte tellement de toutes les notions connues, qnein agents sont forcés de se mettre en opposition avec ha :1 crée plus de royalistes par sa déraison qu'il n'endétraH par sa violence. C'est ainsi que le centre de la ChanÉRdtf députés l'abandonne, et qu'il se réunit maintenant, daai les trois quarts des votes , au côté droit. La plapart te anciens ministériels sont devenus royalistes : qaicoiiBe ne veut pas de révolutions est forcé de s'éloigner da m» tère. Nous sommes intimement convaincus qu'il a'aori pas Tannée prochaine la majorité dans la Chanriire des piin : les nouveaux (lairs prendront fesprit de leur tostitattao; ils ne voudront pas plus que les anciens pairs de bis démocratiques , de principes , d'opinions et d'hoones lév^ lotionnaires.
Il n'y a plus qu'une chose qui fasse encore iOasioB à oettains espriU sur le système aotud , c'est le repos de h France. Ce repos n'est point l'ouvrage do minisIèR; I vient de deux causes : 1** de la lassitude du peuple; t k la nature de nos institutions.
Quant à la lassitude du peuple, eHe est palenle. ladiflifrent à tout , le peuple ne prendra part à rien; mais aanii laissera tout faire.
Quant à la nature de nos institutions, Toid oeaMe 4 les produisent la paix :
La Charte a créé une espèce de despoUsne des W», semblable par sa force au despotisme des hommes; lMl^ fois avec cette différence que le des pottsme des lois âi> blit la liberté, et que le despotisme des Hommes )kfk truit.
A l'abri de ce despotisme des lois , le peqde jooit ^ plus profond repos ; on ne peut ni loi enlever ses eaftali par une mesure arbitrah-e, ni lui faire payer un éco ijai œ soit pas porté au budget. Aucune vexation n'eat pofiîNe :
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wlD'iîedroîtd'entrercheion citoyen, de le molester, dcle déponiller, de rarréter, de le mettre en prison. Le dernier de DOS paysans peut aller partout où U veut, et quand il Teul; il ne dépend de qui que ce soii; il ne doit compte à personne de sa conduite, de ses actions, de ses sentiments ; et pour peu qu'il se renferme dans le cercle tracé par la Charte , il est aussi libre que le roi.
n y i là dedans un bien immense i ce bien est le principe da repos dont nous jouissons; mais ce bien-là on ne le doit qu'au roi , uniquement au roi. Les opinions monarchifies ayant enfin conquis la liberté, Tiennent ajouter leurs fixtes à cette prospérité constitutionnelle avec laquelle elles sont en pleine harmonie. Ministres qui causez nos iJarmes, combien il vous seroit facile de nous rendre heureux , et d'attirer des bénédictions sur vos têtes ! Arrêtez le coors de vos destitutions insensées ; faites des lois roooarchiques ; ne vous obstinez pas à tout sacrifier à un fan- Wmeréfolationnaire, qui n'existe que par votre propre Toknté; soutenez la religion, embrassez franchement la Charte , et nous marcherons sans effort , dans le calme le pfos complet, vers le plus haut point de piospérité où an peuple puisse atteindre.
Nous le Téterons éternellement : il y avoit, après la resUurttion, deux routes étroites et tortueuses pour parvenir à notre perte , une route large et droite pour arriver à notre salut. On anroit également renversé la orraDarchie kigitiine, ou en essayant de rétablir purement rancien récime, ou en voulant régner avec les principes et les partisans de la révolution. 11 fallolt donc prendre dans les insiilitkns sociales , à l'époque de la restauration , ce que le lemps y avoit introduit d'inévitable , et choisir parmi les hommes œnx qui avoient conservé les principes moraux' de l'ancieoiie société ; autrement , il falloit confier la poliliqne à la morale , faire exécuter la Charte par les honnêtes gens; et , par cette expression A* honnêtes gens , nous n'entendons point désigner une classe exclusive de citoyens : ies liooni>te8 gêna sont partout, dans toutes les espèces d'qpiniobs; seulement ou ne les trouve point parmi les as- Sttsms , les persécuteurs et les traîtres.
Nous osons dire que jamais on n'établira rien , que jamais on ne sortira des embarras politiqoesoù l'on se trouve, li Ton ne revient au plan simple et raisonnable que nous avons proposé, lïos ministres , aveuglés par la haine , irrités parle mauvafa succès, ont mieux aimé crier contre les royalistes , et se jeter tête baissée dans les intérêts moraux tévolutionnalres. Lerésultet de cette conduites été d'éta- Mir le trouble au sein du repos, la crainte de l'avenir an milieu de la sécaHté du pn^nt. La France, tranquille par la force de ses institutions, est inquiète par la foiblesse de ses ministres. Dans l'espace de quatre années on a vu pa»er onze ministres ; on a changé deux ou trois Ibis de système sur la Chambre des députés, et augmente la Chambre des pairs d'une façon disproportionnée; on adonné force de loi à des ordonnances, et Ton s'est servi des ordonnances pour violer des lois ; on a chassé et rappelé les régicides , transformé des conspirations buonapartistes en ronspiratloDS royalistes , épuré et réépuré les administrations. Si la France existe encore, c'est que ses institutions l'ont sauvée, c'est que les royalistes sont sans cesse occupés à rqdacer les pierres de l'édifice que les ministres dé- BioUssent sans cesse.
De tant de variations il ne peut résulter pour nous qu'un ^rand et dangereux état de foiblesse. Le moindre clioc , le plus petit éTénement meltroit en péril cette société qui [Nuiolt extérieurement si solide , mais dont on n'a pas affermi les bases. Les ministres ont blessé toutes les opilions, fVoissé tous les mtérêts, outragé tons les hommes, exaspéré tous les partis ; et , ce faisant , ils ont tout pré- MTé pour une catastrophe. Que si , par exemple , une fac-
tion nous poussoit à la guerre ; que si une politique passionnée ou perverse ne sentoit pas ou feignoit de ne pas sentir combien la paix , si utile à la France , est nécessaire à la légitimité, on seroit averti, mais trop terd, par des calamités sans (in , combien le système suivi étoit funeste. Cest pour cela que la Chambre des députes a mille fois raison de réduire le budget au plus strict nécessaire. D'inutiles millions entassés dans notre trésor ne serviraient qu'à favoriser les plans de quelques esprits bornés, qu'à faciliter à des hommes imprudents les moyens de se précipiter dans des mesures ûréparables.
Une question se présente. Des hommes de caractères différents ont tenu depuis quatre années le Umon des affaires : ils ont éte forcés de l'abandonner, après avoir essayé de se diriger vers le port. Faut-il en conclure que nos mi' nisières plutêt que nos ministres ont été travaillés d'un mal secret, mal qui les a tous également attaqués et détruits.' Nous prendrions volontiers pour ce mal l'esprit même qui s'est manifesté d'une manière uniforme dans ces divers ministeres. Cet e^rit promet et ne tient point, caresse et repousse. Il ne crée rien : sa qualité propre est de dissoudre; aucune ms^orité, soit dans les ministères, soit dans les Chambres , ne peut se former avec lui. Il se précipite dans les difficultés sans savoir comment il en pourra sortir, frappe un grand coup pour vaincre un petit obstacle , tue une institution pour atteindre un homme. Veut-il le crime ou la vertu , la liberté ou Tesdavage ? Qui nous le dira?
Paris, ce s Juillet I8I9.
Depuis longtemps on ne llsoit plus le JourntU de Paris ; mais la liberté de la presse ayant mis chaque chose à sa place , et toutes les opinions s'étant séparées du ministère i l'opinion purement ministérielle n'a trouvé de refuge qnt dans le seul JùHrnal de Paris, Alors on s'est vu forcé de lire cette pauvre feuille ; car, dans un gouveraement repré* sentatif , on est bien obligé de savoir ce que pensent les ministres. Cette feuille nous accuse de n'avoir pas prononcé le plus petit mot de réconciliation; elle s'indigne contre nous', pai'oe que nous nous contentons d'êtro victimes , et que nous ne voulons pas être dupes. A l'entendre , le Caucase nous auroit portés dans ses flancs ; nous aurions été nourris du lait d'une tigresse.
EM Caucasogelalo, E le mamme allatar di tigre Ircana.
Le journal ministériel se trompe : nous avons pour lui un grand sentiment de pitié. Il prétend qu'il nous survivra. Eh! sans doute, comme VÀlmanach de Lièges les Prophéties de Matthieu Laensberg, les Étrennes mignonnes; ces ouvrages-là ne meurent point
Mais pourquoi les ministériels attaquent-ils toujours les royalistes , et jamais les révolutionnaires ? Il y a dans ce moment même des feuilles périodiques qui portent l'audace jusqu'à la folle contre la religion et la Intimité. Ne seroitce pas au fils unique du ministère, au Journal de Paris, à réfuter ces abominations? 11 nous en laisse le soin : nous l'en remercions; mais la rengion et la légitimité ne sontelles rien pour le ministère, et ne voit-il d'ennemis dans l'Eut que les royalistes ?
Quoi qu'il en soit, le Conservateur ne cessera d'encourager les ministres; chaque jour il les oblige à déployer de nouveaux telents. Nous avions admiré, par exemple , la supériorité de caractère qui rendoit muet un ministre au commencement de la session. Cette observation l'a fait sortir de son silence ; il a pris la parole pour déclarer qu'il changerait une proposition royale : on n'attendoit rien moins de la hache de l'éloquence de ce nouveau Phocion. I Nous avions avoué que nous ne pouvions nous défendre
POLÉMIQUE
d*uDe sorte d'attendrissemeDt k Taspect de ces ministres iKkttttS , si tristement assis sur leur banc à la Chambre des députés. Ce mot a réveillé le courage d'un autre ministre , qui s'élançantàla tribune, a vîTemenl interpellé un membre de l'opposition ; celui-ci, imitant ia première partie de la conduite constitutionnelle du ministre d'uboid silencieux , s'est retranché dans latacitumité , et il a eu raison. 11 y a des interpellations embarrassantes , sur lesquelles ou juge plus convenable de se taire. Et , par exemple , lorsque nous avons repoussé les calomnies de la correspon' dance privée du Times; lorsque nous avons déclaré que ni nous ni nos amis ue sommes pour rien dans la correspondance privée du KeW'Times; lorsque nous avons désiré qu'on s'expiimât avec autant de franchise sur la correspondance privée ^m Time^, pourquoi n'a-l-on pas répondu ? Pourquoi les écrits ministériels n'ontils jamais flétri cette correspondance diffamatoire.' Pourquoi tous les journaux royalistes se sont-ils tussurla correspondance privée du Times aussi longtemps qu'ils ont été soumis à la censure, tandis qu'ils l'ont attaquée vigoureusement et victorieusement aussitôt qu'ils ont été rendus à la liberté.' Enfin , par quel noble hasard la correspondance privée ne prend-elle jamais un ministre à guignon , qu'il ne soit chancelant ou tombé.' Cela prouve au moins que cette co^ respondance n'est faite ni par les indépendants , ni \^r ics royalistes. Encore une fois , est-elle du mmistère? le public en est persuadé.
La correspondance privée fait entrevoir la 'possibilité du coup d'État que nous avons annonce les premiers. Que sera-ce, s'il a lieu , que ce coup d'Étal ministériel.' Rien sans doute qu'u/i homme de sens puisse imaginer. Mais enfin il est vrai qu^vcc une loi démocratique des élections , un renouvellement par cinquième, deux minorités , des sessions de six mois, un système d'administration qui crée des partis et qui tend à tout diviser, il est vrai qu'on ne sauroit gouverner. Il y a quatre ans que nous répétons ces choses-là aux ministres : les voient-ils maintenant.' Ils auroient deux moyens sûrs et prompts de se tirer d'embarras : le premier seroit de s'en aller, le second de se faire royalistes. Ces coups d*Élat sauveraient inévitablement la Fi^mce.
La correspondance privée parle encore de la séance du 19 juin , mais très-modérément , et en ménageant , comme les ministres, le propre parti qu'ils prétendent attaquer. On ne peut trop revenir sur celle séaûce; il en est résulté pour le public ciuq faits précieux :
1^ 11 n'y a point de secret;
2® 11 y a des comités révolutionnaires que les autorités ne poursuivent point ;
3° Les mdépendants attendent la Chambre que doit amener la loi des élections ; loi qui , selon l'expression du journal ministériel, a mis la minorité de droite, c'est-à-dire les royalistes , en coupe réglée; ce qui est très-avantageux pour la monarchie légitime ;
4<* Les ministres ont eu des conférences avec la minorité de gauche; ils ont pris des engagements avec elle ; ils lui ont donné des espérances que chacun peut Interpréter ;
S"" Les régicides, contre lesquels les ministres font de si beaux discours, sont l'objet de la sollicitude de ces mêmes ministres.
De nouvelles pétitions, demandant le retour des bannis , n'ont pas ramené la même scène dans la séance du 25 juin. Les indépendants ont senti qu'ils seraient battus , et qu'ils ne dévoient pas forcer leurs amis les ministres à parler une seconde fois contra eux. De leur cdté , les ministres , assez fâchés d'avoir été contraints de faire une première algarade , ont évité de se compromettre derechef avec les partisans de leur système. Le public s'attendoit à quelques nouvelles révélations : il a été trompé. La paix s'est faite
en vertu d'un ordre du jour, ou convenu d'avance , oo volé spontanément par cet instinct de conservation que les |wti( ont comme les imlividus. Cette paix sera cimeotée par le retour de plusieurs régicides, dont on assure que la liste est déjà dressée. Ils reviendront tous. Pourquoi pas'Tioai ferons quelques remarques.
Première remarque : elle s'applique aux régicides tt laps.
En rappelant cenx-d, on viole manifestement une ki pv^ tée par les trois branches de la législature. Ri le awyca évasif du sursis indéfini, ni le droit de faire grke,Be peuvent s'appliquer également au cas dont il s'agit JViui, les régicides rentrés restent toujours sous le coup delà U, tant que cette loi n'est pas rapportée, on que rinstaMe n'est pas périmée. Au premier changemait de système» nistériel, ils pourroient être frappés de déporlatioo, saoi qu'ils eussent aucun moyen de s'en garantir. Qu'annneal» ils gagné à leur rappel illégal?
Seconde remarque : elle concerne les indépendants.
Des hommes poussent aujourd'hui à la^i^re adimn&trative favorable au retour des ex-conventionnels relipi. Ils trouvent bon que l'on > îole une loi par une ordoooance. Hé bien ! nous leur prédisons qu'ils porteront la peine de cette dérogation inconstitutionnelle. Ce précédent t^am' bera sur eux. Si une ordoraianoe peut détraire ime ki quelconque, une ordonnance pourra modifier la loi ds élections et la loi du recrutement Indépendants, libénn, doctrinaires, vous vous recrierez alors, vous fereide grands discours, vous parlerez Charte et principes. Oi vous dira qu'il y a un précédent, un précédent qw fw avez sollicité, approuvé, béni. Que répondrez-voas?ABrez-voos deux poids et deux mesures? Soutiendra-fois que le roi et les Chambres n'avoient pas le droit de déa^ ter nne loi d'ostracisme, comme le parlement d'Angletem a le droit de porter un bill d*attainder? Prenez-y prde: ' si vous contestez un droit aux trois pouvoirs légisUtift, vous contestez toute l'existence constitutioniielle, tosi contestez tout ce que vous réclamez vous-mêmes de bfévolulion.
D'ailleurs ce n'est pas là la question : les régiddei relaps ne sont point bannis en vertu d'un /v^exiai/; ils k sont en vertu d'une loi d'amnl</te , dans les eJxefliM de laquelle ils se trouvent compris. Or, les indépodarti ne nieront pas , s'ils sont conséquents dans leur profR système, qu 'un acte d'amnistie est de la compétence directe de l'autorité législative : c'est ce que prauTeal def milliersd'exemples tirés des gouvernements r^blicsinsea monarchiques, dans tous les temps et de tous les pi^ Les indépendants savent aussi qu'une loi d'amnistie 9t peut s'étendre à tous les cas possibles, et qu'il estdeii nature d'une règle d'avoir des exceptions. Ainsi portent i faux ces grands raisonnements de principe qu'on ^vùà faire sur le prétendu Ju^t^n^n^ prononcé par lestrobpoivoirs législatifs contre les régicÛies relaps. Voilà de h logique , de la saine logique : mais l'esprit de parti se Rsdil à l'évidence de la raison?
Les révolutionnaires, les partisans de la Conventiont les professeurs du gouvernement de fait voodroiesl4is soutenir que le régicide n'est pas en lui-même oo crime? Écoutons ce que dit à ce sujet un fameux Juriscoosolie :
R Ahisi, quiconque oseroit aiteoterài^
« personne sacrée du légitime souverain commettroitcdn « de tous les crimes qui a le plus d'étendue dans ses et R fets, et qui par conséquent doit être le plus sévèremat (c puni. D'un côté , comme le coupable jette le trouble àat R l'Eut, U est juste que jamais l'État ne lui serve d^ask. n C'est un monstre qui n'a plus de patrie, contre qoi tes* « les souverains doivent s'armer, et pour qui l'oaiveric*' « tier ne doit plus être qu'un précipice. D'unaotreoMét « comme le souverain, en tant que souverain , œ nflvt
«]aB*n,el^'l)B')riiMii]t dapTMcripIfcnicoatrelui, il
■ est Mlard qiM les coôpablM de« ctUdm de \tu-ma]etté
■ tnMTCBt en lui nu Aetnd TcngMir. Ce ROot U lei CBUBM
> de l'bnpceMriptibfUté de ce crJnke.... > Quel eit le jnrisooiMitlIe qui t ëcril od publld nue opinion
Msti IrancbuilePC'esIM. Merlin de Douai, lerégieldel Dam !• Kcoode édition du Séperloirt de Jurisprudence, publiée en I7M, H. Merlin, alors tttxM au parlentent le Flandre I et ucrélaire du roi, itablll l'Imprewriplibiyé du crinM de Itee-mijeslé seolement en cea tenue* : • SaiTant qoelqne* aolears, ta crime .de lèee-nuiieslé eat 1 encore excepté de toute prMcriptiuD. ■ HaiadanalalHdlitaieéditiaD.fiitepar M. Merlin en ISOS, etdansUipia- Titme en IBI3, oa troare à l'arliele PrtstrIpCton le pav iage Bogmeoté, et tel que nous t'avou» dû plus haut. Ihiai , c'éloll aprèt s'être rendu coupable du meurtre de ^iiù XVI, el MUS ce qu'on appeloit la qualrième djoaa- ■e , que M. Merlin piiblioit celle terrible doctrine cwilre te ëgicide! Ainsi, l'o&uuin du roi légitime se condainnoit Dt-méme eomme le dernier de» boniuies pour assurer les Irais, calmer les craintes et flatter les pasuinuti de l'usurlaleur ! Nous ne mvoqs s'il existe un autre exemple de «Ue nature : cela eet <Ugne des tonps peints par Tacite , le c«t temp« oà Tibère s'écrioit ; 0 /uMinu,aitttrvUU' emparaloi!
Trotsihne remarque : elle regarde les ministres.
Tandis que les ministres entreigneat la loi qui bannit M régiddes penseot-ils avoir détruit la doctrine du r^idr par deediseoura sur des pétillons? PrélentioDridknlel
> sont le* faits qui persuadent les iMHnmes , et non pas es déclarations de* principes. Empécherea-Tous de comnellreunerlnupar laTrajeurd'un raiiollnemen'j*Que rous ptannandiei tes régicides, ils tous feront ta queslit» la oodier btdmi par le parlement de Puis. Si l'on peut Bger et condamner on monarque, sans qu'il en résulte ien de flcbeuipourleprétendu juge; si non-seulement ce oge Tit en paixdans&apaUie, mais s'il ganle encore ses KHiDenractsee pensions; si pour chaque lete de roi qu'où «eut abattre, on gagne 30 ou I4,ooo liv. de rente, on trourer« ladlement des Sradshaw et des Harrisson. Peu im- ■ortc qu'on foudroie la {AéoHe du régicide, si la/>rafi?ue le ce crime a de si heureux réaulUts.
Qoatrième remarque : elle est relatire aux rojalistes.
Le* ministre* ont bien l'esprit auei élevé pour avoir ati tonrmctiter les royaliites par le rappd de* régidde* ; :*est une petite joie qu'il est utile de leur dter.
Les rovalisles détestent le crime sans balr le crifflinelj I ; a plus, sons le rapport de la question personnelle; ils réardent aujourd'hui le bannisseinenldes régicides comme ■ne véritable dérision. Lorsque' les plus grands coupables les CentJoursocctipent des place* supérieures dsnsi'Ëtat, l'eal-ce pas une injustice relative que d'exiler des hommes wur les mêmes tnbisoos qui valent i d'autres lionunes les honneurs et des richesses? Les' rojalistes n'ont eu laiK tout ceci que la voie de la représentation ; Us ont dé- 'mda les principes, et montré le péril oii l'on couroiL On le les écoule pas : ils gémissent sur le sort de la monarrliie, mais ils sont tnnquillea sur le leur. En cas denourelies révolutions , ils sont bien Résolus à ne plus se laisser '^rffx; ils ont pour eux le nomlve, l'habileté, les talenL^, tinniKur, une vieianscriraeaetaaiu remords ;quepaurtMcnt lia craiiidn? Quand <mi aura replacé dans les ranp le lenrs entMOiis une douzaine de vieillards souillés du langilD juste couronné, l'année révolutionnaire en seia-1. •Ile pins liirte P Les préirea gaulois qui sacrilioient des rie tl mes hamaines à la léle des bataillons ne décidoieni pat le la vicloire.
Cependant le ministère compte tirer araotage de son paadcombaleoulreles pétitions. Il espère se servir, pour
POLÉMIQUE. 83
Influer BOT les élections, de ta thèse qu'il a soutenue cor tre la théorie du régicide. Les préfets, maires et adjoints diront aux directeurs ; i Ne vous en rapporlei^ pas aux.
■ mauvais propos des royalistes; lee ministres ne sont
■ point les amis des révolutionuaire*. N'ontils pas ana-
■ Ihématisé le régicide , proclamé la légitimité, rompu des
■ lances pour la digulté de la couronne ? Les ministres sont
■ de très-bons royalistes, mais des royalistes modérés, et • qui ne veulent pas mettre le feu k b maiMD. Nommri
■ donceosùretédeconsdeDce les candidats que ces grands •> homniesd'ÉtatTousdésiguent. >
Et nous, nous dirons aux huooétes gens qu'ils ne doivent donner lenrs voix i aucun candidat porté par le ministère; nous leur dirons que ce ministère prouve trop qu'il n'a point changé de système, puisque sa conduite est en opposition directe avec ses discours, puisqu'il déclame contre les régicides et les rappelle, puisqu'il ne cesse de soutenir les lois anti monarchiques, de calumiiier les liommes monarchiques, et de les chasser de toutes tes places.
Des aveux précieux , échappés dans la chaleur de la discussion, rooutrent encore qu'il existe de» relations particulières en tre les gouteruants et les libéraux. Ces derfaler» n'ODi-lls pas reproché aux premiers des espérances trompées? Lise* les journaux, écoutée les discours; que de tendres plaintes adressées par les iudépendanls aux ministres! On leur dit à peu près : n Vous nous attaquei, in-
■ gratsl TOUS repoussez les régicides ! Mais voyei qui vous « servez par cette couduite?poiirîuie( pour fuoi vous - combattez? » Traduit en langue vulgaire, le qui c'est tes royalistes , et te çuoi c'est la monarchie. Dans ces attaques et ces défenses des libéraux , il y a toujours une porte ouverte au repentir des ministres. Les minislrcs à leur tour ménagent un cher ennemi. Doux commerce de reproches et de caresses : C'est lloracectLydie;c'estle0onec'^ii' ha eram fiai ,- laissons le miuisière et l'hidépendaDCC vivre et mourir l'un pour l'autre.
Voulons-nous connaître nos véritables défenseur», nos véritables amis; cherchons dans les deux Chambres ces hommes qui composent les anciennes minorités royalistes , ce* hommes auxquels sont réunis tous ceux des p.iir* et des députés de la majorité qu'clfrayent les doctrines renaissantes de l'anarchie. Ces m inoritès renpectablespourauivent leur noble carrière au milieu de tous les dégoQts; etiea n'ont pris part k des discussions déplorahles que pour rétablir des principes ti-op méconnus. On les accuse de vouloir l'oppression , el elles ne cessent de défendra le* [rancliises et l'aigent du peuple. Depuis trois ans elles combattent pour ta liberté de la presse , et le succès a couromié leurs efforis. Celte année , elles ont demandé des réductions sur te budget , el volé pour loutesles économie*.
François , les hommes de bien que vous devez choisir pour vous représenter, ce sont ces royalistes qui ont déjà mérité vos suffrages. Cea hommes n'intriguent point; ils ne sont point portés par les ministres ; ils se présentent devant vous avec leurs rotes et leurs discours, avec leura services et leur coiiecieace. Ils n'ont point trafiqué de leur beau nom de dépulé ; ils n'ont point détourné au proOt de leur ambition pariiculiére l'honorable puissance qu'ils avoienl refue de vous : tels ils vous ont quittés, tels ils vous reviennent. Ils peuvent vous dire : « Vos ioléréts nous ont tenus longtemps éloignés de nos familles; nous avons dérangé notre modique fortune ; nous avons été caltHiiniés ; mais nous vous rapportons notre honneur sans tache : trop heureux d'avoir obtenu , au prix de quelques sacrifices, la diminution des impAts qui pesoient sur la France ; trop heureux d'avoir défendu la rellfion , )e roi , et le* libertés de notre pays '. »
POLEMIQUE
^arb,oe7aoAt lti9.
Lorsque le cardinal de Richelien alloit passer quelques Jours à Ruel , on se dcmandoit : A qui va-i-il déclarer la guerre? quelle alliance Ta-til former? quelle tète élevée Tatil abattre? » Nos ministres ont dtné deniièrement à Mont-Huchet. La gazette nous a appris cette importante nouvelle. Des personnes très-bien instruites prétendent que les ministres ont renvoyé leurs gens, afin de garder un plus parfait incognito; et elles ajoutent qu'un second dtner a dû avoir lieu h Madrid. Que de vastes desseins auront été agités! que de maires et dé sous-préfets foudroyés!
Ne cherchons polht à pénétrer des mystères interdits aux profanes ; il suffit que la partie vulgaire de ces dîners nous soit connue. Les ministres vont assez habituellement travailler à Madrid chez le ministre principal ; celui-ci a bien voulu dîner à Mont'Huchet : on reconnolt là cette politesse de l'homme supérieur qui fait disparollre les distances, console Tamour-propre , accoutume au joug celui qui seroil tenté de le secouer. La seconde cause vulgaire de ces congrès champêtres est le rapatriage des ministres. En vain on aura montré à M. le ministre des finances qu'il accusoil un déficit de 52 millions, lequel n'existoit pas; en vain on lui aura prouvé qu'il demandoit au moins 21 millions de trop , puisqu'on a fait sur son budget une économie de 21 millions : cette petite erreur de 73 millions auroit coûté à un ministre anglois un peu plus que sa place; mais, en France, le cœur l'emporte sur la Charte; nous sommes bonnes gens , et nous garderons M. le ministre des finances.
Nous savons bien que les partisans de M. le ministre des finances retendent que les erreurs du budget n*étoient que des erreurs apparentes, provenantes d'une certaine manière de compter; qu'en déclarant un déficit aujourd'hui, ce déficit auroit été comblé demain : demam, c'est un peu prompt; mais il est certahi que le déficit eût été rempli au bout d'un certain temps, puisqu'on auroit tût ou tard été obligé de rendre compte des recettes. En attendant, les fonds seroient restés dans la caisse de M. le ministre des finances. Les auroit-il laissés dormh-, ou les auroit-il fidt valoir? Dans le dernier cas, que seroient devenus les intérêts d'une somme énorme et disponible ? Conviendroit-il qu'un ministre des finances fit en grand ce que fait en petit uii receveur général? 11 n'est rien de tel iwur les contribuables que de leur présenter un budget franc et net; toute obscurité en finances expose les plus honnêtes gens aux impertinents propos d'une foule oisive : alors le peuple parle de boni, de lots, de parUges. Heureusement, s'il en étoit besoin, l'honorable médiocrité de nos ministres répondroil victorieusement à la calomnie.
Mais il est bien question des finances , à présent que la session est finie ; les ministres ont bien autre chose à penser ! Il faut que la correspondance privée aille son Irain.
Il est triste d'être né dans ces temps où les gens les plus communs deviennent tout à coup des espèces de personnages Et que de belles choses ces personnagea nous expliqueront! Nous auronsdes chaires d'histoire plùlosophique du droit ! Jusqu'ici on avoit donné des leçons de science , parce que la science est une chose positive; aujourd'hui c'est la philosophie de la science qu'on apprendra, c'est-à-dire que le maître montrera à ses disciples comment on a des idées , ai lui>mêroe par hasard a des idées ; personne ne saura les lois, mais cliacun pourra faire V Esprit des Lois.
Enseigner la philosophie des lois, c'est enseigner Tincrédulité des lois. Quand , à travers les déclamations accoutumées, vous aurez remonté jusqu'au droit naturel, vous trouverez que l'homme, en sortant du sein de sa mère, n'est ni riche, ni pauvre, ni roturier, ni noble, ni serviteur, ni malUe , ni roi , nt sujet : grand secret éloquemmeot commenté par Marat, Danton et Robespierre. Que conclura
la jeamsae de oea leçons sifr l'élat Bâtard, «t atileidata l'état social? Que tout gouvemement est une tyramie; qu'il faut en revenir à la loi agraire , à l'égalité prinûtiTe ,ct bouleverser les constitutions établies , pour \» rendre |éu conformes aux doctrines phUosophiqœs de BL le pnii»> seur.
Les hommes supérieurs r^nment soovent à la reSigisi par Ifncrédulité : leur pensée vigoureoie, arrivées néant , ne s'arrête pas au bord de œ vide immense ; elle»') plonge , le traverse , et va trouver Dieu de l'autre oMé ie l'abtme. Ces mftles esprits concluent rexistenoe d'un Être suprême, de la difficulté même de la preuve rigoureuse; ils sentent que l'univers doit avoir un principe , d que, li ce principe est inexplicable , il faut s'en tenir aox mystèiti de la religion. Ainsi Newton, LeibniU, Ckuie, Puait Bossuet , descendent des hauteurs de leur génie à la fbi da charbonnier. Mais de petits philosophes , tout embamué» dans les .ob}ections communes, regardent tes diflicalWs qu'ils ont apprises comme le plus haut point de la raiioB; et, trop foibles qu'ils sont pour reoonnottre rinsafSsam de la science dans l'excès même de la science, ils mlal pitoyablement atliées.
Pareille chose vous arrivera pour le Code , an moyenta chaires philosophiques : les Cujas , les Barthole, lesPothier, les Domat , les Daguesseau , croiront à Tordre sociil , apii en avoir touché le néant dans l'état de nature; oonoiele vulgaire. Us s'Inclineront devant le mystère des lois. Bi» des milliers d'écolieA, frappés des imperfections qulb mront entendues professer par un docteur idéologue, fomk les athées des lois, en attendant qu'ils en devienoeatla sanglants réformateurs.
Mais voici bien un autre mécompte : on a déterré aae brochure ultra royaliste, que l'on soupçonne être Foi. vrage d'un proffesseur qui vient d'être jugé. Messieorsdi la révolution, en croyant voler au secours d'on Kbéni, n'auroient-ils sauvé qu'un ultra? Quelle effroyable mystiication! Depuis trois semaines nous connoission cdte brochure, que le Drapeau blanc vient d'exhumer; aoei y avions lu les conseils pour épwer avec hardiesse, dm un sens peu agréable à la révolution , les injores i la s» jorité de l'ancien sénat qui auroit voulu chasser à jamais le roi légitime; les anathèmea contre lejary,qBl,A l'auteur, ne pourra >amai4 s'atcli mater parmi nws;^ les raisonnementecontrelesmachinesà rouages, c'est«liR contre le gouvemement constitutionnel. Nous y Èvkn b ce passage et plusieurs autres : « Croiton «tue si Alena- « dré, Guillaume, François et le gouvernement tf.Mïgte- « terre n'eussent pas eu, à un très^aut degré, l'affeditd A et l'attadiement de leur nation, ils eussent pu oUoir « tous les grands- el st^ utiles- résulUts dont nous vcasas « d'être les témoms?»
Maintenant, si la brochure est du professeur, àqneOe ophilon appartient-il ? Les libéraux ne doivent plos fi^ mettre dans leurs rangs; nous autres royatistes, nottsfc repoussons également, et pour sa première brocliare,^ pour ses derniers discours : quant à la brochure, noos» clarons que nons avons horreur du despotisme, qaesooa voulons le gouvemement constitutionnel , etleiugeowt par jurés ; nous déclarons que nous respectons les bootcrains étrangers , mais que nous ne nous r^jooissonâipi'iwe mesure des grandes choses qu'ils ont/aites, lorsqwctt grandes clioses les ont ansenés deux fols dans la coar « Louvre ; quant aux discours de M. le prolësseor, ib seai sont odieux , car nous détestons la démocntie m1«*J le despotisme. Il nTy a donc que les ministériels qn ^ sent maintenant s'arranger de lui.
Les pédants autrefois avoient an moins de *'*'*jj"**? Vadîus savait du grec autant qu'homme de Ftutaaujourd'hui les pédagogues ne savent fi«0| et m» «•■
POLËMlQCEi
«s moins lourds. Soyez nn Jeune ou xm vieux commis ; yez barbouillé quelques pages que personne n*a lues ; mêlez sor TOtre tète on bonnet de docteur ; amiez^Tous d'une knle 9 et prononcez un galimatias mélaphysico-politique :
0 Tollà assez pour mépriser le genre humain , et pour dailier gouTemer œ petit royaume de saint Louis. Le reste les hommes s'abîme derant yoqs : à peine , du sommet de olre œrreaa , aperceyes-Tous le stupide vulgaire qui se ratne dans les routes de la vieilie sagesse.
La doctrine de la nation nouvelle, en supposant qu'elle ignifie quelque chose, veut apparemment dire ceci : Que es siècles ne retrograident point ; que chaque génération mène des changements dans la société ; qo'aujourd'liui, ttr exemple, Pancien gouvernement est détruit sans retour ; [a'on ne peut plus Imposer par le rang et la naissance , si es Tertos ou les talents n'ajoutent leurs avantages naturels
1 ees STsntages politiques ; que l'éducation, descendue dans es classes Inférieures de la société , établit ootre les hom- MS une sorte d*égalité qu'aucune puissance ne peut démire; que ce nouvel ordre de choses a produit une na- Um noutelie qui, loin de renoncer aux droits acquis, MMileveraeroii le monde si on loi ref usoit ce qu'elle est faite
Toot cela est Juste » très-Juste; nous Tavons dit nous- Bêmes cent fols , et nous sommes loin de le contester : nous ivoos prêché la Cliarte , expliqué la Charte avant tous les fwçoM philosophes qui la recommandent aujourd'hui. Nous tTODS voqIo en tout temps Tégalité des droits , la liberté, e goovemement constitutionnel. Il est probable que sur DUS ees points nous sommes de meilleure foi que nos adrersaires libéraux et ministériels. N'importe ; ils diront tooiMirs que uous voulons l'esclavage, la féodalité, l'extinction les lumières : quoiqu'on dise le contraire k chaque page et MNir ainsi dire à ch«|ue ligne de nos écrits» ils n'auront pas me seule fois la sincérité d'en convenir.
On voit donc que la doctrine de la nation nouvelle se éduit à la vérité exprimée dans cette phrase banale : Nous Mnnies enfiuits de notre siècle. Si l'on se contentoit de poter en foit qu'il existe une nation nouvelle qui a besoin V%ak nouvel ordre poétique , il n'y auroit rien de plus simile, et nous serions tous d'aoc4Mtl. Mais l'on conclut de 'existence de oetle nation nouvelle , qu'il fout mettre à l'éart toatee qui a tenu à l'ancienne société, pour introduire isrtoot, on de vieux jacobins on des philosophes imberbes ; fmt les vertus , les talents , les services des royalistes doircnl être soigneusement écartés; que l'incapacité parjure >st préftrable à la capacité fidèle , par cela seul qu'elle est isrjoro; en un mol , que le présent doit être absolument léCacbédn passé. Quant à ce pauvre passé, on parle de le nelCreà l'hôpital on aux Invalides, de lui faire une pension limentaire, et de le laisser radoter dans un corn Jusqu'à » qu'il soit mort, tout à fait mort.
La grande et misérable erreur de ce système est tantôt le séparer l'ordre moral de l'ordre politique, tantôt de ■pposer que le ^premier est variable comme le second, jorsqu'on ndsonne d'après la première Idée , on dit qu'il •si indifférent qu'un homme ait gardé ou violé ses sernents ; qu'il ait été, dans le cours de la révolution, innocent m criminel ; qu'il suffit k cet homme de comprendre et de outenir les nouveaux intérêts politiques pour être utile à a société /laquelle n'a besoin ni de vertus morales , ni de rertus religieuses.
Lorsqu'on argumente d'après la seconde Idée , c'est-à- Kre lorsqu'on suppose que l'ordre moral varie comme l'or- Ire politique , on soutient qu'il y a des temps où ce qui iloit vice devient vertu , où ce qui étoit injustice devient nstice. De là, les révolutionnaires n'ont fait que suivre la narche des siècles ; de là, les hommes des Cent-Jours n'ont iomi été des higraU, des parjures, des traîtres; As ont j
servi leur patrie, qui est autre chose que le roî s'il est malheureux y que le gouvernement s'il tombe : de là , ceux qui coinbattent depuis trente ans pour le trOne n'ont aucun mérite, parce que la morale n'est plus ce qu'elle étoit jadis,et que le devoir a changé.
Si l'on disoit aux inventeurs de ce système qu'ils dégradent la nature humaine en substituant, sans s'en douter, la société physique à la société morale ; si on leur disoit que le présent ne peut sortir que du passé, qui est sa racine ; que la liberté politique ne se peut établir que sur la morale, qui en est la base (comme la religion est le fondement de la morale) ; que toujours l'ingratitude .sera ingratitude , la trahison trahison , l'injustice iQJustice , et que des liommes pervers ne feront jamais de bons citoyens ; ces vérités reconnues du genre humain feroient sourire de pitié les doc^ leurs de la nouvelle science : mais nous ne riions pas, nous , quand la Frauce aura été replongée dans Fablme par quelques révolutionnaires , aidés de six tètes peiLsantes , de trois hommes forts , et d'un ou deux génies spéciaux. '
Et pourtant qu'il seroit aisé de faire justice ! Renvoyez ces grands hommes sans lesquels la France ne peut marcher, et dans huit jours on ne saura pas qu'ils existent On peut ménager des talents qui , abandonnés à eux-mêmes ; sont encore une puissance redoutable , gouvernent une partie de l'opinion , et créent des centres de résistance en deliors du cercle tracé par le gouvernement ; mais que de petites créatures dont le nom ne passe pas la barrière de Paris ou la porte d'un lycée vous fassent peur, c'est véritablement pitoyable. Livrez à Toubli ces enfants de l'oubli, et ils vous demanderont grflce , et ils se jetteront à vos pieds pour vous supplier de tes rétablir dans leurs emplois , vous promettant d'être plus sages à l'avenir. La cupidité est tout^ce qui distingue ces hommes. Sont-ils menacés de perdre une pension , ils pâlissent. Il ue faut pas même leur faire l'honneur de croire qu'ils nous perdent par un vaste calcul, afin de moissonner sur des ruines : ceci supposerait une oombfaiaison , et ils n'ont pas les facultés nécessaires pour combhier un certain nombre d'idées : ils ont tout simplement l'avidité des commis sans fortune , et l'orgueil des hommes de lettres sans talents. Et ce sont là pourtant les conseillers de nos ministres !
Voilà le danger des systèmes qui s'éloignent de la raison et de la vérité : pour les soutenir, il faut appeler au secours la double phalange des pervers et des sophistes. Buonaparte avoit lutté contre la révolution comme un géant contre un autre géant ; Il l'avolt terrassée, mais elle respirolt encore. C'est dans cet état que les ministres du roi légitime l'ont trouvée : au lieu d'achever de l'étouffer, ils l'ont relevée, soignée , ménagée ; ils l'ont entourée de ses enfants. Elle s'est peu à peu ranimée à l'espérance de l'anarchie ; bientêt ses forces s'étant accrues , elle s'est emparée du pouvoir administratif par les hommes, du pouvoir armé et du pouvoir politique par les lois. Alors elle a donné le signal à l'Europe , et l'Europe , qui n'a pas encore essayé de nos erreurs , semble vonloh- s'y précipiter : fasse le ciel qu'elle n'imite pas nos crimes!
Il (aut voir le mal où il est : ce mal n'est point dans les gouvernements constitutionnels; il est dans les doctrines et les hommes révolutionnaires, que le système ministériel françois a su le malheur de rappeler et de maintenir. Écoutez la correspondance privée et les feuilles libérales et ministérielles : ceux qui les rédigent sentent bien que les événements les accusent : pour se disculper, ils opposent le tableau de la tranquillité de la France à celui de l'agitation de l'Europe; ils en concluent que le système suivi est excellent, et que ce système n*entre pour rien dans les troubles manifestés chez les puissances voisines.
Faut*il répéter ce que nous avons souvent dit des causes qui maintiennent la paix en France? Ces causes sont la lassitude du peuple, l'action naturelle de la Charte, qui dé<
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POLÉMIQUE
fend, contre l'arbitraire, U liberté, l'argent et Feuftoit da | peuple. Mais à ces éléments de repos se trouvent mêlés mille pi'incipes de désordres que le plus petit événement peut foire éclaler.
Nous ne conspirons pas, disent les révolutionnaires; la France est tranquille ! £t pourquoi conspireriez- vous quand on vous sacrifie les principes monarchiques et les hoomieB monarchiques ; quaîid on vous abandonne religion et lé- Kitimité; quand on vous rend à discrétion tous les postes ie TÉtat; quand on vous livre l'argent, les places et les honneurs ; quand vous conunandez en maîtres, quand vous dictez d'avance les choix que vous voulez que Ton fasse, •es partis que vous désirez que Ton premie ; quand les ministres tiemblants obéissent à vos ordres, et satisfont à vos moindres caprices ! A-t-on jamais conspiré contre ses esclaves? La France est tranquille ! £h \ sans doute : toutes les fois qu'une faction obtient on triomphe complet, il y a calme dans l'État , parce que les résistances s'évanouissent. Mais qu'est-ce que cela prouve, sinon que les principes de destruction établis pendant ce triomphe n'en produiront que plus sûrement leurs conséquences funestes? L'homme condamné à mort est en paiz dans sa prison , tandis qu'on prépare son échafaud.
Notre système n'entre pour rien dans les mouvements populaires des nations voisines , disent à leur tour nos minibtres; et nous, nous leur répondons : Votre système en est la première cause ; car c'est vous qui avez rendu la vie à la révolution , c'est vous qui avez donné une nouvelle puissance à des doctrines , à des hommes qui n'en avoient plus. D'un autre côté , en écartant tous les serviteurs fidèles , en vous faisant une loi et comme un triomphe de phicer les hommes des Cent-Jonrs, en punissant les services par l'oubli et la misère , en récompensant les outrages par la fortune et les honneurs, vous enseignez la trahison aux peuples, vous rendez la rÀellion profitable » et vousa(Toi« blissez partout l'estime, le respect, la vénération et l'amour que l'on doit avoir pour le gouvernement royal.
La preuve la plus évidente que le système ministériel est la grande cause de la renaissance de ces principes révolutionnaires par qui les États voisins sont menacés , c'est que le calme renaltroit à l'histant si l'onabandonnoitcesystèiike. Faites des lois monarchiques ; rapprochez-vous des hommes monarchiques; laissez retomber dans leur obscurité quelques misérables jacobins et^une douzaine de petits sophistes : les obstacles que vous avez créés vous*mèmes s'évanouiront , et vous marcherez en paix et en sttreté au milieu de la bénédiction des peuples.
On réttssiroit d'autant plus facilement, que le parti qu'on a la foiblesse de craindre parolt décidément divisé en deux factions, la faction républicaine et la faction militaire, et que la dernière se subdivise encore , à en juger par les généraux qui écrivent aujourd'hui les uns contre les autres.
D'un autre côté les royalistes grandissent tous les jours dans l'opmion publique , et ils offriroient au gouvernement un appui aussi solide que naturel. On se demande comment il se fait que des hommes qui vouloient , dit-on , rétablir les institutions du dixième siècle prêchent uniformément des doctrines si sages ; comment il arrive que parmi les journaux royalistes il ne s'en trouve pas un seul qui s'éloigne de la ligne constitutionnelle , et que trahisse une arrière-pensée. Tant de raison dans l'esprit, de noodération dans la conduite , de patience dans le malheur, ont enfin produit un effet sensible. La France attentive commence à écouter ces bons citoyens, ces sujets fidèles si lâchement calomniés; elle reconnoft qu'eux seuls avoient aperçu et signalé le danger, qu'eux seuls avoient vu les choses sous leur véritable jour. H est vrai que la faction révolutionnaire redouble de rage contre eux, parce qu'elle est intérieurement persuadée que les afTaires pourroient marcher sous leur direction , et que, si une^fois on leur avoit laissé prouver leur capacité
politique, le règne des intrlguiU, des démocnles décs buonapartistes seroit passé. ,
Les ministres reviendront^ am royalistes? seroitib Uwyoon obligés d'avoir de honteuses condesoendancespov on parti auiisi foiUe qu'insolent, qui leur reprodiecBMile de n'avov pas tenu les traités secrets? auroot-Os toqon pour amis des hommes dont ils sont obligés de déMver eux-mêmes les comités, les intrigues el les eomplols, m des hommes qui n'ont à leur offrir qne la force de hf» blesse , qu'une obéissance dégoAtante , qn'uoe de eei «► lontés paiBsi ves , viles prostituées qui se vendait à ton lu pou voûrs ? Abandonnera-t-on enfin un système dont tout 61 voir maintenant l'insuffisance et le péril? On ne peitgiètt Tespérer : l'amour-propre farrité ne cédera pas. Si fon ot trop embarrassé, on en viendra plutôt à un coup dtù. On parle aujourd'hui défaire sentir aux poissauesélf» gères la nécessité de ce coup d'État pour la Flrant. Ci homme puissant seroit chargé d'aller faire à l'extérievra' pologie du ministère , et d'adoucir l'humeur des csfaiHii européens.
Cette homeur parolt grande, a'il flut en jogrr pv h correspondance privée : cette eorrespoodanee se pbirt que nous seuls excitons les cUarmes des dipkmatttm' ropéens; « nous sommes, dit-elle, le peuple qu*il$éé- • nonceni à leurs souverains; iû adressent à woln « égard des circulaires p portent des plaintes et réà' « gent des tnémoires. » Les miniaires se soovieucsfrft du temps où il se glorifioient de l'approbation des diplia» tes? Qui défendoit alors la dignité et l'indépendance deb France? Éloient-ce les libéraux, les ministériels, os b royalistes? Ouvrez la Monarchie selon la CAariir,a chapitre lxxxti , tous y lirez ces paroles :
« Comment pailerai-je du dernier appui que eherckai « les intérêts révolutionnaires? Qui auroit jamais 'mfà « que des François , pour conserver de misérablei ph», « pour faire triompher les principes de la révotetioa^ par « amener la destructioa de la légitimilé, iroieBt jiii|^ « s'appuyer sur des autorités autres que celles de b piiii^ « jusqu'à menaoer ceux qui ne pensent pas coameesiét « forces qui, grâcesau ciel, ne sont pus entre lewsflHÎsk'^ « Hommes qui vous dites si fiers', ai sensibles k nNOBOv, « c'est vous-mêmes qui cherchez aujourd'hui à me pensf « der qu'on vous pebhbt tels sentiments, ou qa'sa fM « ooHHAiiinE tdle opinion. Vous ne mouria pas de Mt « lorsque vous proclamiez , pendant la session , qa'da i» « bassadeur vouloit absolument que le projet éa nisiitoi « passât, quela proposition des Chambres fût rqeiée. V«i « voulez que je vous croie quand voua venez ne dit » « jourd'hui (c« qui n'est sûrement qu'une odienenle « nie) qu'un ministre françois a passé trois heures tma Il ministre étranger, pour aviser au oaoyeu de dinssàeb « Chambre des députés. Vous racontez coafidenuMilqs'n ic a communiqué une ordonnance à un agent diptamlivi^ « et qu'il l'a fort approuvée. Et ce sont là des sojetsd'ôé « tation et de triomphe pour vous! Quel est le plas M* « çois de nous deux ? de vous qui m'entretenez des étna* « gers quand vous me parlez des lois de ma pairie, de ad , « qui ai dità la Chambre des pairs les paroles qae je lépiH « ici : « Je dois sans doute au sang françois qui cooledui « mes veines cette impatience que j'éprcNive qniad, pf « déterminer mon suffrage , on me parie^d'ophiioai phcés « hors de ma patrie; et si l'Europe civilisée voddtu'i» « poser la Charte , j'irais vivra à Constantinople. . . • • '
« Et comment les mauvais François, qui toatiasal « leurs sentiments par une si lâche ressource, ae s*ip(r| « çoivent-ils pas qu'ils vont directement contre kv W« « Ils connoissent bien peu l'esprit de la nation. S'iM « vrai qu'il y eût du danger dans les opinions fojfifc*»! « vous verriez, par cette raison mêmeytootelaFmc*':
polémique;
1 piédpiff : im François passe toiûoiin da cMé do p^ I paite qo'il est sûr d*y trouTer la gloire. »
Sied-il bieD anx ministres de se plaindre aojonrd'hui d« 'ktflfience étrangère? Us l'ont troufée parfiiite pour soote* lif SD système déplorable ; et lorsque le corps diplomati- |Be, enfin éclairé, voit le danger de ce système, ils se ré* rieot contre les alarmei du dipiomaUsI
Les cabinets de TEun^ semblent être maintenant con* siacos de la justesse de nos opinions : nous pourrions donc riompherànotre tour, mais nous ne savons pas, nous an» m royali&les, démentir notre langage : il ne dépend pas è Boos de forter nos ennemis à nous aimer, mais nous sau*
DBS conquérir leur estime. De même que nous demandons I lelision, la monarchie légitime, la liberté constitutiondie, la Charte arec toutes ses conséquences, nous voulons
iod^iendanoe de notre pays : nous sommes trop François «ir approuver l'intervention des étrangers dans nos affai- H iatériflures lors même que cette intervention serait &* «ible à nos intéréto. Nous aimons mieux encore être idas de toutes les places, être méconnus, persécutés, ilomaiés, que de devoir nos succès à des influences qui lenenûent \sl dignité de notre patrie. Nous les attendons , «uMxès, de la sainteté de notre cause. Nous croyons que '£arope périra si elle ne se rattache à nos plndpes; mais e a'est pas à r£urope que nous nous adressons , c'est à la ^lance; c'est de cette clière et belle France que nous atten- Isas toute justice. Ehl que nous Importeraient les Ikniaors, les dignités, la fortune et la vie;, si nous avions eue d'être François?
Paris, le 13 août 1819.
Des troubles ont éclaté en Allemagne, en Espagne et en iogleterre : une grande foction démocratique s'est formée mn différents noms et en différents pays ; et comme cette ÎKliûoapris naissance dans la révolution françoise, il st impouible que la politique de la France ne soit pas 'olijet de la sollicitude générale.
Mais comment connoltroii-on cette politique ? le sysèaie ministériel doit naturellement se défendre, et par Ks agents, et par les moyens que le pouvoir, tout mal- Mbile qu'on le suppose, sait toujours trouver pour ses Dtérèls. Nous voyons peut-être, ^ là Correspondance wi9ée, un échantillon de la diplomatie de notre cabinet, i, tout ce que la France renferme de plus respectable est ioostamment calomnié; là, les royalistes sont présentés nus les couleurs les plus odieuses; là, on cherche à romper perpétuellement l'Europe sur l'esprit et la nature les partis qui divisent la France. Les ministres françois, lso$ leurs journaux , et jusqu*à la tribune de nos Cbam- Kes législatives, se sont laits les accusateurs publics des oyalistes. Longtemps opprimés par la censure , nous n'arens pu élever la voix en faveur de notre cause; mais NBsqne nous pouvons parler maintenant , nous allons nous nettre en garde contre les nouvelles accusations qui pourtiient être portées contre nous. Toutefois, en clierchant à Idairer le public, si grossièrement trompé par la corres' iondance privée; en indiquant à l'Europe les erreurs lans lesquelles elle noi|s semble être tombée , en loi ap- ^Knant à mieux connoltre les royalistes , nous déclarons lue nous ne prenons point l'Europe pour juge : notre roi !t notre patrie , voilà Ids seules autorités dont nous vou- ^dépendre. Qu'on ait cru devoir souffrir rinierveotiop les puissances étrangères dans notre régime intérieur (par les articles mêmes d'un traité); qu'on ait pu solliciter ou tœvoir des notes diplomatiques dans lesquelles on loue lotre système , où l'on dédare que Ton est content de hi narcbe de notre gouvernement, cela peut convenir à des MHmnes qui ventent garder leurs places, mais non *è des
royalistes qui ne demandent point de places , et qui ne voudroient pas en conserver à ce prix. Les royalistes ont une idée plus noble de rhonoeur françois et de l'indépendance de leur patrie. Ce langage ne donne pas le succès , mais il procure Testime.
Les gouvernements de l'Europe n'ont jamais connu la révolution : les uns la regardèrent, dans le principe, comme une de ces rébellions faciles à réprimer par la force des armes; les autres la considérèrent comme l'effort généreux d'une nation opprimée qui cherche à recouvrer son indépendance. Les absurdités débitées par nos philosophes et nos révolutionnaires, sur la tyrannie des nobles et le fanatisme des prêtres', ont été crues plus ou moins sur le continent, et même dans la Grande-Bretagne. Par quelle ignorance inexplicable l'Europe vouloit-elle trouver en France, en 1789, les mœurs et les institutions du treizième siècle? Autant vaudroit soutenir que l'Angleterre est féodale, parce qu'aucun acte législatif n'a aboli ses vieilles coutumes ou ses anciennes lois.
Il advint de cette étrange méprise que l'Europe vit commencer la révolution françoise avec une sorte de bienveillance, comme l'émancipation légitime d'un grand peuple. L'Europe crut qu'on ne demandoit que la suppression de quelques privilèges abandonnés d'avance par le clergé et ta noblesse , que l'exécution de quelques réformes religieuses qui sembloient nécessaves même à la cour de Rome; elle crut qu'on n'en vooloit qu'à des branches, et la hache étoit à la racine : c'étoit du renversement total du christianisme et de la monarehie qo'il s'agissoit.
De petites envies, des jalousies trop communes entre les nations rendirent ces premières erreurs plus difficiles à détruire. On étolt assez content de nous voir nous déchirer et nous affoiblir : nos derniers combats sur le oonti* nent n'avoient pas été heureux , et Ton affectoit de mépriser nos armes; on espéroit que nous serions une proie facile , en cas que le mal s'augmentât parmi nous. On opposoit l'ancienne politique à des hommes qui attaquoient la société avec des doctrines nouvelles; on corrompoit les peuples de l'Europe en les envahissant, et l'Eurore prenoit cette corruption démocratique pour la diffusion des lumières : elle se pereuadoit encore que la révolution vouloit la liberté, lorsque cette révolution se plongeoit dans tous leslcrimes, et rampoit sous tous les maîtres. Nous verrons plus bas si le principe de la révolution a jamais été la liberté.
La tête de Louis XVI abattue, les souverains s'épouvantent, et ne s'éclairent point. La crainte, la politique, les ambitions particulières divisent les cours. Des coalitions sont formées et brisées : les nations, au lieu de marcher ensemble au combat , se présentent tour à tour sur le cliamp de bataille, et tombent séparément vaincues. On ne fait rien pour la Vendée, seul point d'où le salut pouvoit venir; soit que, par une suite de ses premières erreurs, l'Europe crût que les royalistes de France n'étoient qu'un petit troupeau d'hommes gotliiques sans force et sans capacité; soit qu'elle eût une secrète jalousie contre tous succès non dus à ses armes , et qu'elle espérât toujours , même au milieu de ses défaites , obtenir de fructueux triomphes. Ce fut de cette sorte que l'on roula de faute en faute jusqu'au fond de Tablme. On se vit forcé par la dure nécessité de rechercher l'alliance des maîtres de la fortune ; on prêta des soldats étrangers à la viaoire françoise : il fut un moment où l'ennemi, poussé de poste en poste, ne trouva d'abri que dans nôtre gloire. Enfin, quand l'étendard tricolore eut éte arboré sur les mure de Se ville et de Moscou , de Naples et de Beriin , de Vienne et de Raguse, l'Europe se réveilla , et vint retrouver dans Paris sa liberté, son honneur et ses drapeaux.
Ainsi le résultet de cette révolution si vantée fut d'amener au Louvre les nations du Caucase, et de livrer aux
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étrangère le vieux Capitule 4es Francs. A U vue de tout un peuple qui agitoit le drai)eau blanc, TEurope parut enfin se souvenir des Bourbons. Les tombes de Saint- Denys rappelèrent aux rois Tantique race dont la plupart d'entre eux étoient descendus. La fille aînée de la chrétienté fut remise sur le trône : TËurope jugea , avec raison , que Ton ne pouvoit rebâtir la société {wlitique que sur la légitimité. Elle adopta donc ce grand principe fondamental ; mais après avoir posé la véritable base de l'édifice, elle éleva sur cette base l'échafaudage de ses anciennes erreurs.
Sous les rap|)orts constitutionnels, r£arope commit une faute en traitant avec le sénat; le sénat n'étoit point une autorité légale ; le Corps législatif seul représentoit la nation ; et , bien que dépouillé d'une partie de ses droits , il éloit cependant l'héritier direct des anciennes assembléea législatives de la France.
On fut ensuite étonné de voir avec quel respect les étrangers trailoient des choses et des hommes pour lesquels la France n'avoit que de l'horreur ou du mépris. Cet aveuglement est pourtant facile à expliquer : ce fut une pure illusion d'aoMurpropre.
La France révolutionnaire n'a produit qu'une domaine d'honuues supérieurs dans les armes et la politique ; le reste a été d'une extrême infériorité, car nous ne comptons pas les monstres de 1793 : 14 où Ton voit de grandes vertus on doit supposer de grandes âmes, parce que la vertu est un principe élevé et sublime ; mais le crime est, par lui-même, d'une nature si basse], que plus U est extraordinaire , plus il est à la portée des âmes communes.
Nos étonnants succès n'ont donc point été l'ouvrage de quelques mdividus, mais le résultat général de l'énergie de la nation, du génie et du courage des François. Les alliés n'avoient pu connoltre cette vérité : la France s'étoit comme i:ioIée des autres peuples par son état liabituel de guerre ; et la grandeur du camp cachoit la peti tesse de la cité. Les étrangers prirent de loin pour des personnages tous ces hommes qui figuraient dans le Moniteur : lorsqu'ils les virent de plus près , il eût été trop dur de reconnoltre l'illusion. L'Europe voulut justifier è ses propres yeux ses anciens revers : son orgueil créa des géants, pour ne pas convenir qu'elle avoit cédé à des pygmées.
Cet orgueil, fort naturel, se joignant à une grande générosité et à quelques combinaisons politiques, explique Terreur des alliés en 1814. Ils reconnurent la légitimité, mais ils ne détrônèrent point la révolution : à cela près, leur conduite fut admirable. L'empereur Alexandre voulut se mettre à la tète de toutes les libertés, comme Buonaparte 8*étoit fait le chef de toutes les tyrannies. C'étoit marcher d'une autre manière à l'empire du monde : on ne pouvoit prendre un plus uoble chemin.
Le 20 mars vint punir tant de magnanimité) il apprit aux alliés quelle faute ils avoient commise en confiant la légitimité à la garde de toutes les illégitimités. La journée de Waterloo tua le despotisme militaire dans la personne de Buonaparte, et laissa malheureusement subsister la démocratie révolutionnaire , que ce despostisme avoit appelée à son secours.
Ici se présente un des phénomènes les plus étranges de l'histoire. Les Cent Jours avoient tout appris, avoient montré le fond de tous les cœurs , avoient fait tomber tous les masques : d'un côté étoient les amis, de Tdutre les ennemis. Plus de confusion, plus de mélange; la main de la Providence avoit séparé elle-même l'ivraie du bon grain. Les maîtres du champ moissonné n'avoient plus qu'à choisir, et ils choisirent l'ivraie.
Qui Jerma les yeux de tant de souverain^? Puisque la France leur étoit livrée une seconde fois par les révolutionnaires ; puisque nous devions être assez malheureux J pour subir le joug , pour recevoir des conditions , conmient 1
l'Eimpe M ■MÉQfi't^eite qa*à iloas nw—Mr eei foranlies physiques, lorsque ce n'éloit, pour ainsi dire, que des garaniies morales qu'elle aurait dû exiger de nous? Conmient des ambassadeurs qui appuyèrait fdévi. tion de M. le duc d'Otrante pensèrent^ls qu'il pouvoit élii le ministre de la légitiniité ? Ce désordre dans les idéa » nonçoitles erreun qui dévoient suivre.
La Providence , pour sauver la France et l'Europe, epén son dernier miracle; elle fit sortir des coUénes éleâmn de l'usurpateur la Chambre royaliste de 1815. Pour la pr^ mière fois , après trente annéesde trioœplies etdecrâm, la révokition fut enfin attaquée corps k corps. On eatadH parler de religion, de morale et de justice : la Chanlit de 1815 vouloit rétablir sur ces fondements élemeU de h mciété la monarchie légitime et les libertés pobliqees. h révolution vit le péril; elle rappela ses forces, sédni le mmislère, le rendit lavorable à sa cause : tant i'um pour briser le dernier instrument de salut; et, cbonàp* mais déplorable, l'Europe monarchique apptaadilir» donnance du à septembre !
Mais quelle révolution s'étoit donc opérée dans loosseils? Les gouvernements étoieot-ils devenus plot iaieeei' sibles à la contagion révolutionnaire? ne metloieelpili pl« aucun intérêt à la tranquillité intérieure de la France? Ui jugent sans doute mieux aujourd'hui la mesure miaislérielle , dont ils ne sentirent pas d'abord la conséquesee; is ne virent qu'un acte de fenneté dans un actede deslmcte. C'est de ce moment que les doctrines antisociales se «■! ranUnées : c'est de ce moment que les révolutionnaires mH sortis de leur retraite pour s'emparer des pouvoirs; c'est de ce moment que les principes monarchiques et les défi» seurs de ces prmcipes ont été proscrits ; c'est de ce monori que des lois démocratiques ont reporté dans la poissuce politique et dans la puissance mib'taire les homôes et b systèmes qui ont bouleversé PEurope et la France.
Pendant quelque temps une espèce de vertige senUi troubler la poUtique générale ; onr n'eut pas asses d'Mln* ges et de moqueries à prodiguer aux victimes qui s'éleieit dévouées pour la cause des i-ois : correspondances prirèes, notes diplomatiques , gaaettes officielles , se joignoinl an journaux révolutionnaires pour accabler le seul parti fû eût raison dans la cause des monarchies , le seul parti qii, n'attendant rien des monarques dans leur prospérité, kar étoit resté fidèle dans leur malheur.
La constance des royalistes a vaincu la plupart des obstacles. Il faut que ce parti soit puissant en vertus d es vérités pour être sorti d'une position qui sembloit lehi^iff sans ressources. Le système ministériel est si daDgeremel si perfide , qu'il a séparé le nom du roi de la cause dâiof» listes , et que ceux-ci ont été obligés de combattre, Uadii qu'on employoit contre eux jusqu'à l'auguste nom qii bi leur gloire , et dont ils tirent leur puissance. * Aussitôt que les royalistes ont eu un organe poar » faire entendre , on a commencé k les écouta* ; on les a cm d'autant plus volontiers, que les périls qu'ils avoieit» nonces se manifestoient de toutes parts. Le congrts d'Ail la Chapelle montra des inquiétudes. On pense géoêral^ ment qu'il exigea des négociateurs françois la prooMS^ d'une modification politique..Quoi qu'il en soit,^- 1^ ^ de Richelieu échoua dans le dessein qu'il avoit pu fcfV pour le repos de la France. Bientôt il abandoooe le tiafl des affaires ; le système ministériel augmente de vtkatt; les révolutionnaires françois donnent le signal asx rMtt^onnaires de l'Europe , et la paix des Étato voisins est ti**
blée. -
' Il ne nous appartient point de régler ici ces Élals, di multiplier: les 'inconvenantes leçons que les opieioBS wt nistérielles et révolutionnaires se permettent tous k» fi"^ d'adi-ésser ttix nations et aux souverains. Noos crovoat miet» ooBDOltre l'Europe par nos liaison», nos étsdesil
POLÉMIQUE
MA vojagMy que ces prédicateurs politiqves ; mais noaa ttTOB» D0U8 renfamer dans notre oompétenoe; nous ne devoosnous occuper des aCTaires de r£urope que dans leurs rapports avec celles de notre pays. Nous avons dit que Tétot de la France n'étoit connu de TEurope que par nos vinistres; qu*il impoi-toit aux royalistes de tracer un tableau plus lidèle » aiin de n'être pas exposés aux nouvelles calomnies de noa inlatigabies accusateurs : c'est ce que nous liions faire.
Trois opinions, trais systèmes ou trois partis (peu importe le nom) divisent la France : le système ministériel, le système royaliste, et le système révolutionnaire : nous négligerons les subdivisions du parti ministériel et du parti tévolutionnalre. Il est bon de remarquer seulement que laos le parti royaliate, s'il existe quelques nuances d'opiuons, elles sont si foibles, qu'on peut à peine les aper- Devoir, et qu'elles ne lomtienl sous aucune dénomination MiDoe.
Pour bien comprendre.ee que c'est que le parti royaliste i le parti réroluttonnaire, il iaut remonter à une époque eeulée.
Dès l'origine de nos malheurs, TËurope, singulièrement ibusée, sa ligura que le parti de la révolution éloit le fu^ de la liberté , que ceux qui s'opposoient à cette révokition étoient une petite classe de privilégiés attacliés à un iégioie oppresseur. Depuis la restauration, les révoloiioiuiaires n'ont pas manqué d« répéter qu'ils vouloient la iberléyCt que les royalistes vouloient l'ancien régime, la iêodalilé ou l'esclavage. Les ministériels, pour justicier leur ijslème et leurs ii^ustices, ont joint leur voix k celle des léToloUonnaires ; et l'Europe, que l'immortel Burke u'avoil pu détromper, a bien voulu croire sur parole les révololionnaires et les ministériels , c'est-à-dire la démocratie et la domesticité. Voilà l'erreur.
Yoiei la vérité : ce n'est point la liberté, c'est l'égalité absolue qui a été le principe réel et qui forme encore le rrai caractère de la révolution françoise. Pour s'en convaincre, il sufiil de remarquer que la liberté a toiyours Hiccombé dans nos troubles, qu'elle a subi le joug de Robespierre , du Directoire et de Buonaparte , tandis que l'égalité absolue s'est constamment maintenue. Les révolulioDuaires ont conseivé celte égalité sous la démocratie de la Ckxiveulion comme sous le despotisme de l'empire. Les ^sUaclions de Buonaparte n'établissoient pas de véritables raags, vu qu'il n'avoit fondé ni pairie, ni noblesse ayant ^ droits politiques : c'étoit toijours l'égalité masquée eu ittroD, comte, eu duc.
Ce principe de l'éflalité absolue existe encore aujouri'bui, et c'est le plus grand obstacle à l'établissement du gouvernement constittttipnnel, car l'égalité absolue s'accom- DM)de du despotisme qui nivelle tout, mais ne peut s'arranger d'une monarchie qui établit une distinction de pouroirs.
La liberté est le sentiment des âmes élevées : elle produit Itt grandes actions , crée les grandes patries , et fonde les institutions durables ; elle se plaît dans l'ordre et la ma- ^; elle s'allie avec tous les gouvernements , hors avec le despotisme.
L'alité absolue est la passion des petites Ames : elle prend sa source dans l'amour-proprc et l'envie, elle enfante Its basses résolutions , et tend sans cesse au désordre et au booleversement.
^ Principe naturel de la ^démocratie et du despotisme, ''^ité absolue est d'autant plus dangereuse quand son ^rit domine chez un peuple , qu'elle ne peut être sa- Ixfaite qu'en régnant sur des tombeaux. Ce qu'elle ^t- Nue est une chose qu'on peut détruire, mdis qu'on ne B^ufoil vaincre. Persécutez tant qu'il vous plaira la no- Uçsse, vous 1)0 l'empêcherez pas d'exister ; vous abolirez l^.draits, voua n'effacerez pas les noms : pour anéantir
la noblesse , il fout tuer tous lea IndîTidas QoUea. h' éffL lité absolue est donc un principe /de mort ; elle ne peut rien fonder, parce que rien ne peut s'élever auprès d'elle, pas même la liberté, qui est une supériorité réelle, comme la vertu. Aussi remarquez que les révolutions les plus sanglantes et les moins durables sont celles où l'égalité absolue a dominé. Rome étabUt la liberté avec la distinction des rangs; sa révolution, dans le premier moment, ne coûta la vie qu'à Lucrèce; six cents ans de vertus et l'empire du monde furent le prix de cette modération répuldicaine.
Ce principe posé, vous allez sur-le-champ découvrir le véritable esprit du parti royaliste et du parti révolu* tionnaire.
Les royalistes sont en France les bonunes qui veulent la liberté, avec l'égalité devant la loi, avec l'^le admission aux, places et aux honneurs, avec la faculté d'atteindre à tous les rangs ; mais ils repoussent l'égalité absolue, incompatible avec une monarchie constitution* nelle.
Les révolutionnaires veulent l'égalité absolue, et n'ont aucun amour sincère de la liberté.
Ouvrez les écrits des révolutioi^naires et des royalistes, vous y remarquerez ces nuances d'opinion fortement prononcées.
Dans les écrits des révolutionnaires, vous distingueres une haine violente du clergé et de la noblesse , comme de toute supériorité sociale; vous y trouverez le vk*u bien formel de la division des propriétés , ce qui conduit à la loi agraire , par la loi agraire à la dénoocratie , et par la démocratie au despotisme. Mais en même temps ces écrits ne présentent qu'une très-moUe défense de la liberté : leurs auteurs ont une tendance naturelle à flatter le pouvoir*: tantôt, selon leurs intérêts du moment, ils prêchent la tyrannie ministérielle; tantôt ils attaquent les tribunaux , sollicitent des mesures arbitraires , invitent à proscrire une classe d'hommes, et proposent libéralement de faire des ilotes.
Les écrits des royalistes expriment au contraire un vif et sincère amour de la liberté : on y remarque une extrême indé|)endance d'opinion et de caractère, une franche horreur de l'arbitraire; mais aussi une haine bien prononcée de l'égalité démocratique, un penchant bien décidé aux hiérarchies sociales, sans lesquelles aucune monarchie ne peut exister, un désir bien sincère de voir s'accroître la grande propriété, qui seule fonde les familles, et donne à la fois des défenseurs aux rois et aux peuples.
Tels sont réellement et dans leur esprit les deux partis révolutionnaire et royaliste. Nous les montrons sous leur véritable jour, et ce jour paraîtra peut-être nouveau : tant sur ce point les erreurs étoient étranges I
Les royalistes sont donc les défenseurs de la liberté, sans l'égalité absolue; les révolutionnaires sont les soutiens de l'égalité absolue, sans la liberté.
Les rayalistes ont toigours soumis au rai leur cœur et leur épée , mais ils n'ont jamais abandonné à personne leurs droits légaux et leur liberté acquise ; les révolutionnaires s'arrangeroient de Constantiuople pourvu qu'il y eût égalité d'esclavage..
Révolution» dans la bouche des révolutionnaires, ne veut pas dire liberté, mais égalité absolue.
Révolution t dans la bouche des royalistes, veut dire absence de liberté, égalité absolues nivellement conh plet, ou démocratie.
Les seuls hommes qui veulent véritablement la Charte sont les royalistes, parce qu'elle proclame la légitimité dans le roi qui a donné cette Charte , parce qu'elle fonde la libeitéavec la distinction des rangs; toutes choses reconnues de tous temps des royalistes.
POLEMIQUE
Les réTolutionnaireâ ne veulent point la Charte , parce qu'elle établit une monarchie légitime , une noblesse , un pouvoir qui n*est poûil le desiiotisme, une liberté qui ii*e8t4)oint la démocratie, une égalité de droit devant la loi , qui n*est point une égalité absolue.
Les royalistes ne sont donc point les soutiens d*un arbitraire gothique; les révolutionnaires ne sont donc >oint les défenseurs d'une liberté constitutionnelle.
Ainsi s'évanouissent, par cette explication de l'esprit du parti royaliste et du parti révolutionnaire , toutes les idées fausses que l'on pou voit en avoir conçues. Mettons maintenant en lumière le troisième parti, et voyons ce que c'est que le système ministériel.
Ce système a son langage, ses prétentions et ses ac* tions : il ne peut pas toujours déraisonner; mais quand il fait entendre quelque ctiose de bon sens, il ne fait que répéter la doctrine des royalistes, car (remarque essentielle ) toutes les fois que les ministériels et les révolutionnaires veulent en imposer sur leurs vrais sentiments, ils n*ont d'autre ressource que de dire ce que nous avons dit longtemps avant eux.
Cent fois nous avons déclaré que le rétablissement de l'ancien régioie étoit impossible, que les éléments de ce régime étoient à jamais détruits ; qu'il falloit donc suivre le mouvement politique du siècle; que la Charte satisfaisoit à tous les besoins nouveaux. Nous avons fait un million de fois l'éloge du gouvernement constitutionnel ; et si ce gouvernement est maintenant connu et entendu de la France, nous osons dire que c'est nous qui l'avons rendu populaire, par les explications que nons en avons données.
Or donc, quand le système ministériel parle constitution, qu*avance4-il que nous n'ayons avancé? Mais les ministériels ne sont que des écoliers ignorants qui répètent mal nos leçons; car au fond, ils aiment peu les institutions libres. Élevés sous la férule du despotisme, ils violent à chaque moment cette Charte qu'ils n'entendent pas; ils n'ont d'autre but que de garder leurs places, d'autre système que d'établir l'arbitraire. Tous ces hommes de police et d'antichambre à qui l'on a donné la Charte à exécuter en font entre eux des espèces de répétitions, comme des musiciens que l'on forceroit à jouer sur des instruments dont ils n'auroient aucune pratique : c'est une cacophonie effroyable.
Mais quittons la théorie du système ministériel, et voyons comment il agit dans la pratique. La prétention de ce système est de ne verser ni dans le sens des royalistes, ni dans le sens des révolutionnaires; d'observer tm juste milieu : on va juger si cette prétention a quelque chose de raisonnable.
En premier lieu : on peut maintenir l'équilibre entre deux opiuions politiques quand ces deux opinions, différentes sous plusieurs rapports, n'attaquent cependant pas le fond de la chose établie. Biais, si, dans une mo' îiarchie, deux opinions s'élèvent; si l'une de ces deux opinions, tout erronée qu'on la suppose, est néanmoins monarchique, et si l'autre est démocratique ou républicaine, doit-on tenir la balance égale?
En second lieu : on peut essayer de maintenir l'équilibre entre les deux opinions hostiles; mais pour les faits et pour les hommes il n'y a point d'équilibre possible : la ti-ahison et la fidélité, le vice et l'innocence, ne sont point matières semblables que Ton puisse mettre dans la balance. Combien faut-il de vertus pour peser autant qu'un crime? ou combien faut-il de crimes pour égaler le poids d'une vertu?
Que Ton eAt pour s>'stèmc de confier les places à des hommes nouveaux qui n'auroient commis aucun excès, qui n'auroient appartenu à aucune époque de la révolution, (^ui n'auroient trahi ni la république , ni Buonaparte, '
ni le roi ; qui n'auroient point servi Posirpateiir peadvi les Cent<Jours, ni suivi à Gand le fooverain légitiw, on poorroit comprendre en poKtiqoe cette (roide im|ar. tialité. Mais pbicer également an royaliste et m janÂii, celui qui a rempli tous ses devoirs et œhii qui les a vUà tons, celui qui a fait le bien et ceini qui a fait le ni) ce n'est plus an éqaiUbre, c'est tout simpiemeot m moDstniosité morale, un véritable crime poUtiqoe qâ tât oa tard amèneroit la destriictioa d'oo État.
Hé bien ! le système ministériel n'en est pas néfoe à ce point d'impartialité : tout en prétendant qa'il mùaHai l'équilibre entre les opinions et les hommes, il lejeUi entièrement du côté dénoocratâque. Toutes les ooaonàesi sont faites à la révélation; tontes les lois, da ami les lois principales, sont conçues dans le sens de Tofi* nion démocratique ; les royalistes sont chassés de l'idni* niatratlon, des tribanaax , de l'armée : on service radii la monarchie légitime est une cause sûre d^exchuioa. Na^ heur à celai qui a donné le scandale de la fidâilé! Ptai la félonie est récente , plus elle est recherchée : oa k choisit fraîche et nouvelle, pour qu'elle soit vive ftdi< rable. L'ancienne félonie de 1793 est si vieille, qu'elle ot presque de la fidélité : on demande surtout pour dépoléi les députés des Cent-Jours , pour juges et pour préfeli b juges et les préfets des Cent-Joars.. L'obscurité de h !»• bison ne met pas à l'abri des bienfaits du ministète : à quelque adjoint d'une mairie de campagne a prêtée Te* surpateur un serment inconnu , les ministres vont délemr ce mérite caché , chercher la vertu antimooardâque k k charrue; la trahison a ses Cincinnatus.
Pour justifier cette indigne partie du système, oa dit qu'il faut rattacher les ennemis de la légitimité à la )ifi6^ mité.
Mais , en employant ces lionMnes , qui vous oblige à ch» ser les royalistes? L'admission des premiers esl-elle de ié> ccssité l'exclusion des seconds?
Dans tous les temps on a été obligé de capitoler avec quelques chefs de factieux ; dans tous les temps oo a né* gligé quelques serviteurs , oublié quelques services. VoA fâlloitil des victimes choisies? vous pouviex les preadre: les plus fidèles étoient les plus résignées. Mais a>t-oo jaoni poussé l'absurdité au point d'écarter tous ses aoiis ponr ne s'environner que de ses ennemis ? Ce spectacle dlo^ tilude est pour le peuple la plus violente des tentatioBS,el la plus profonde des corruptions morales et politiques. Qai servira , si on ne récompense jamais ?<)ui ne veradia In* hir, si les honneurs et la fortune sont le prix de la foi Ti»> lée? Quelle démence de confier la monarchie à ht démoa» tie , la paix du monde à ceux qui n'ont cessé de la troaUer! Le vieux billon de la Convention nationale, frappé m cm ministériel, ne change pas pour cela de valeur et de sature : cette prétendue monnoie royale garde toujours fcnpreinte des faisceaux révolutionnaires et du bonnet n/^*
Croyez-vous gagner les ennemis du roi eu leur lifmil toutes les places? Au 20 mars n'étoient-ik pastomUésde faveurs; et qu'elle reconnoissanoe en ont-ils raonlrée? Aojourd'hui ils seroient encore bien plus pronspts à vwtfln* hir : vous leur avez fait de leur défection une verta patriotique. Pleins de la bonne oonscienoe de leur mufaiff foi , ils marchent la tète haute , et le front paré de vos ooaronnes. Vos bienfaits ne leur prouvent que votre crtiate ou votre sottise. Le mépris que vous inspirez^ pour fosf un asile peu sûr : ces ministres de l'empire romain, ^, au moment de la catastrophe , se cachoient dans lei lien infects , y tronvoient-ils un abri ?
€e système ministériel , dont les eonséqueflort ml fl les hommes funestes , n'a pour appui que les plus bb^ cres , et ces agents du pouvoir qui reçoivent de leorséa» luments leur conscience et leur pensée. Ce système »«* qu'une machine révolutionnaire oii l'on restaure iei Tiiai
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JteobiDS , el où l'on en febrique de nonvetni. Se raseorcr «r b pûx qui wéffuè en France seroit bien mal comprendre les chMM. Cette paix fient , pour le répéter encore une fois, de la laaaitodedes peoplea : die vient;du triomphe complet qoe la ftction réfolnlionnaire a obtenu aa moyen du système ministériel : on ne s'agite pas lorsqu'on triomj^e. En France, nous i'aTons déià dit, si nous étions jamais assez malbeureo y poor éproufer une révolution noofeUe, cette révolution n'arrÎTeroit point par le peuple : quand la loi des élections anra produit une Chambre tout à fait démocratique ; quand la loi do recrutement aura corrompu l'esprit de Tarmée ; quand le système ministériel aura cliassé tous les officiers royalistes , tous les magistrats royalistes, tous les administnitenrs royalistes, une révolution pourroit être l'affaire 4*une proclamation. Voilà ce qu'il faut voir si l'on est bomme d'État : tel seroit le résultat certain du système aûnbtéfîel , si ce système étoit encore de longue durée.
Il est temps que la monarcliie européenne songe à son •afait : non-seulement elle a k lutter contre la révolution firançoise ranimée par notre système ministériel , mais encore eontre l'esprit général do siècle , et C4>ntre un obstacle aé d'an changement arrivé dans Tordre politique.
Avant rémancipation des États-Unis , on ne connoissoit et répobliqiies, dans les temps modernes, que celles de ritalie , de la Suisse et de la Hollande : les premières n'éloient que des rendez- vous de plaisirs; les dernières, que des pépinières de soldats et de matelots. L'homme qui revoit constitution populaire n'avoit d'autre ressource que l'histoire : exilé dans le passé , et citoyen des ruines de Rome , il ne troubloit point la paix du nionde. 11 pouvoit , •n milien des tombeaux , s'entliousiasmer pour les maximes républicaines , comme cet Athénien qui , s'asseyent au théâtre vide, applaudissoit aux acteurs absents, aux pièces qu'on ne donnoit pas.
Aujourd'hui vous avez devant vous une vaste république de phis en plus florissante : sa population augmente chaque yoar ; déjà elle s'avance vers l'océan Pacifique , et va chercher b Russie sous les glaces du pôle. Là règne le principe de la souveraineté du peuple. L'esprit démocratique de i'Eorope ne puise-t-il pas à cette source toujours ouverte? Si les rois favorisent encore cet esprit, s'ils appuient les systèmes qui le propagent , s'ils proscrivent les principes et les hommes qui le combattent, comment conserverontils leurs couronnes? Que les colonies espagnoles passent à Pétnt républicain , le principe monarcliique en Europe n'en lera-t-il pas de plus en plus attaqué?
Les anciens peuples vivoient dans une espèce d'isolement les uns des autres : chaque nation, confinée à son territoire, et poor amsi dire renfermée dans le cercle de les lois , n'entendoit parler des nations voisines que quand \e oommerce on la guerre amenoit à ses ports ou à ses [hNitières des marchands ou des soldats.
La croix changea le monde : sur les ruines de l'ancienne weiëté s'établit la grande famille chrétienne, qui reçut dès ta naissanoe tous les germes de la civilisation par la morale érangéliqne. Dans cette vaste communauté, 'aucun tM ne peut sTébranler sans menacer d'entraîner les autres lans sa rome.
Le lien maternel qui unissoit toutes les monarchies en* npéennes étoit donc la religion. A mesure que ce lien (*est relâché, la société s'est disjointe; et quand la révonlioB est vei^ le briser, les empires croulants ont sem- M rentrer dans le chaos.
Yeot-oB renouer ce lien salutabie ? VerronsHoons fonder les Institotions politiques sur des bases religieuses? Réablira-tron cette justice étemelle qui est elle seule toute me constitution? Un souverain qui auroit conçu un pareil Nvjet mériteroit les bénédictions de la terre.
Quoi qu'il en soit, il faut qu'on apprenne une dernière rérité : si la France a été le foyer des doctrmes qui ont
troublé l'ordre social , la France néanmoins est plus près de Tordre et du repos qu'aucune autre nation de l'Europe. La maladie est passée pour nous ; elle commence pour nos voisins. A Tabri de toute entreprise militaire par notre force et notre courage, nous ferions encore la loi, si on avoit la prétention de nous la donner : ainsi , tranquilles sur notre position extérieure , notre position intérieure est telle que, si nous pouvons être fàicilement perdus, nous pouvons être encore plus facilement sauvés. Que le système ministériel tombe, avec lui dtsparoltra une centaine de jacobins , de petits administrateurs , de petits sophistes qui font seuls tous nos maux. On corrigera les mauvaises lois , on en fera de bonnes; on fondera les institutions aristocratiques qui manquent à nos libertés ; on ne persécutera personne ; mais on n'éloignera plus les honnêtes gens : avec la paix de la France renaîtra la paix de l'Europe. Comment se fait-il que le bien soit si près du mal , et qu'on ne puisse l'atteindre? Aurions-nous mérité que Dieu exerçât sur nous quelques-uns de ces conseils de justice qui échappent à notre vue? La Providence punit les nations obstinées. Alore elle rend impossible la diose la plus facile; elle fait que la folie triomplie de la raison, la stupidité , du génie : si les Uinooents périssent par ses décrets avec les coupables , elle leur donne une récompense dans le ciel ; mais les gén^tions passent, et sa volonté s'accomplit.
Paris, le 31 août I8I9.
On n'est plus occupé à Paris que des élections. Les journaux mdépendanis présentent leura listes de députés ; les journaux mhiistériels font Téloge de ces députés désignés; c'est une merveilleuse concorde : à cette différence près toutefois que les indépendants traitent fort mal les ministériels, et que les ministériels se plaignent tendrement de ki cruauté des miiépendants.
La faction militaire voudroit nommer des généraux; la faction démocratique voudroit élire de bons jacobms ; la faction ministérielie acceptera avec reconnoissance ce que ces fiera alliés consentiront à lui donner.
La position des royalistes est cruelle, nous en convenons. Objets de toutes les calomnies , de toutes les iigustices, de toutes les ingratitudes, nous sonmies offerts en sacrifice à la révolution , en dérision à fai terre. Dans un mouvement de dépit, trop justifié par nos soufihuices, nous poumons être tentés de dire : « Hé bien ! notre rôle « est fini ; nous ne nous ferons plus mettre en coupe réglée : « que la monarchie se tire de ses lois ministérielles , de ses « systèmes ministériels, de ses honunes ministériels, de « ses amis de 1793 et deiCent-Jours, comme elle pourra : « cela ne nous regarde plus. Contents de cultivef' notre R champ à Técart, nous échapperons individuellement à « la catastrophe. Nous avons déjà vécu sous Buonaparte; « un autre usurpateur ne nous traitera pas plus mal. On « nous renie? Nous nous éloignons en pleurant, mais nous « nous éloignons. Nous n'adinettrons jamais en principe le « gouvernement de fait, mais nous nous y soumettrons, n Nous cesserons d'immoler nos familles, no» biens etnoti« « repos à une fidélité qui importune. »
Un mouvement de dépit peut faire tenir ce langage; mais, après tout, ce ne peut être qu'un mouvement bientôt reprimé. Quoi ! vous seriez découragés parce que vos sacrifices sont méconnus! Mais s'ils étoient payés, ces sacrifices , que series-vous ? Ocenperiez-vous ce haut rang que la vertu vous donne , que la postérité vous conservera ? Lorsque dans les champs de la Vendée et de la Bretagne vos pères, vos frères, vos fils tomboient en criant vive le roi ! quand ils mouroient dans les prisons , quand ils versoient leur sang sur Téchafoud , songooient-ils à la récompense que méritoit leur fidélité? Qui de vous n'aime encore mieux êtreun royaliste pauvre, dépouillé, msulté, oublié,
que tel homme dont la lortoM ertai^ourdMioi le mépris et ie scandale da monde? S'il en est ainsi , de quoi tous plaignez-vous? Vous avez donc en Tous-roémeune récompense supérieure à tous les biens que l'on pourroit vous offrir; vous occupez donc la meilleure de toutes les places , puisque vous ne la voudriez pas clianger contre celle qui vous procureroit richesses et honneurs? Royalistes, vous avez pour vous la force de la justice éternelle , et la paix de la bonne conscience : vous êtes donc puissants et heureux.
Mais souvenez-vous de la maxime Aide-toi, le ciel t'aidera. Les royalistes peuvent s'apercevoir que nous nous appliquons cette maxime nous-roème, que nous donnons à leur service (en accumulant sur notre tête une foule de haines et de vengeance) des moments qu'il nous seroit plus doux de consacrer au repos. >iais, quand il s'agit du salut de la monarchie , est-il permis de rester tranquille spectateur d'un combat où le plus petit secours peut décider la plus grande victoire? Que les royalistes aillent donc votera leurs collèges électoraux ;qu'ilsnese laissent diviser par aucun intérêt de localités, de liaisons ou de famille, c'est là le point capital ; qu'ils se fassent entre eux tous les sacrifices d'amour-propre; qu'ils fixent leur choix sur des candidats capables de soutenir la cause royale ; et qu'ils ne composent jamais avec cette espèce d'hommes qui , par une double lâcheté, se prosternent devant le crime, et reculent devant la vertu.
Paris , le 2| septembre isid.
Deux choses font les révolutions des empires , à savoir, quand les événements sont grands et les hommes petits, ou quand les événements sont conmiuns et les hommes extraordinaires. Dans le premier cas, les événements sont trop ,forts pour les hommes; ils les entrahient , et tout est détruit. Dans le second cas , les hommes sont trop puissants pour les événements ; ils les accroissent , mais ils les maîtrisent, et tout est fondé.
Nous avons vu des catastrophes étonnantes : une antique religion ensevelie sous la pierre de ses autels, une monarcliie de>{uatorze siècles renversée , un roi assassiné juridiquement par ses sujets, une république de quelques jours, un empire de quelques années. Des armées s'avancent et se retirent comme le flux et le reflux de la mer; le drapeau françois flotte sur les murs du Kremhn , et les peuples du Caucase campent dans la cour du Louvre ; Ul légitimité chasse l'usurpation , et Tusuipation, la légitinûté ; Tune et l'autre abandonnent tour à tour l'exilet le trOne ; la première se fixe enfin sur les fleurs de Uk, la seconde est enclialnée sur un roclier à l'extrémité de la terre : tout rentre dans le silence , tout disparolt, tout s'évanouit; aucun personnage remarquable ne reste sur la scène, et , au milieu des débris entassés , on n'aperçoit plus que la main de Dieu.
Pourquoi les hommes 'O'ont-ils rien établi dans le oours de ces changements qui présentoient sans cesse^ Toccasion de finir une antique société , et d'en commencer une nouvelle? Pourquoi? Parce que leshoounes étoient inférieurs aux événements, parce queleur génie raccourci-n'étint pas de taille à se mesurer avec la fortune; Chaque personnage de cette révolution croyoit devenir imoMMlel à Finstant même où il tomboit dans l'oubK, comme cet empereur romain qui se faisoit appeler Voire Éternité la veille de sa mort : c'était preqdre ee titre un jour trop t6t
Les petits hommes d'État qui ont succédé à ces premiers révolutionnaires , et qui nous gouvernent aujourd'hui , ont aussi la prétention de travailler pour Tavenir, et , comme leurs prédécesseurs , ils ne sont pas do niveau avec les alTdiresdu siècJe. Il s'agissoit de reconstruire l'ordre social tout entier : se sont-ils même doaté dé la nature du travail confié à leur inexpérience?
Lésons., jadis attachée à la police, soitCMiiaRa et madrés comme des esclaves ; mais ils ne peuvent oondoire les affiUres , parce qu'ils ne savent rien par eux-inèaies , ci qu'ils ne possèdent que le secret d'autrui. Tout leurinsfiset consiste à donner des chaînes, parce qu'ils en poricot; i inventer des conspirations , pour multiplier les inAmesd les malheureux ; mais , déjoués sans cesse par le gMi» nement constitutionnel qu'ils n'enteiideot pas, learrw est aujourd'hui misérable, et leur arbitraire absurde. Ln autres sont de petits littérateurs sans talents, qui s'apportent dans la politique que les méoontentemeitt de bir vanité blessée : ils ont (ait de raécliaotsoovragei;iliK peuvent nous pardonner nos souvenirs.
L'abhne appelle l'abtme : le mal qu'on a tùX obligit ûûre un nouveau mal ; on soutient par amoar-propff ks ignorances où l'on est tombé par défaut de lumière. Ctfl ainsi que le ministère, pour justifier la folie de son sytlèsH, s'est créé un fontOme menaçant , une France répoblicaiM et impériale à laquelle il sacrifie tout. A force de coostiM dans l'erreur, il veut réaliser la cliimère de sa foibleae; plus il fait croître la révolution autour de lui , phn il i fifonce dans cette révolution pour trouver un abri daasdft ruines : il n'est aucun moyen de l'éclairer, car il est ifcigle. Do toutes les nécessités à subir, celle de l'ioespaciié est la plus insupportable ; mais elle n'«n est pas moiai om invincible nécessité , et elle renverse les empires tout aiiaa sûrement que la violence.
Si les royalistes séparoient leur cause de celle de ii monardiie , ils pourroient triompher plus justement qse les ministres. Leur amour-propre et leurs intérêts perfos* nels ont été parfaitement satisfaits par le résultat d» dernières élections : et quant à leur opinion toudnsl ii k)i , elle est aujourd'hui pleinement justifiée.
Sous le premier rapport, ils ont perdu quelques dépslis il est vrai : mais comment? parce que la loi est toataot>monarchique et anti-populaire; parce qu'elle a oûb royalistes en coupe réglée, eonune Ta révélé caadideiaei| le journal ministériel ; parce que le ■ûnistère , to^joufs à puissant en France quand il est armé du nom sacré daroi, s'est jeté du côté démocratique , et que les royalisles ont eu contre eux le pouvoir exécutif et leiMovoir )éQsiàii le gouvernement et la loi.
Enfin , une cause non moins poiaaante s'est oppoeéev succès dies royalistes : il est maintenant démontré qse cette loi si populaire , que cette élection directe qui d^ voit attirer la foule, laisse plusieurs collèges ëeiàemi à moitié vides. Un tiers des électeurs a manqué pVeMpM partout.
Les électeurs manquants sont pour U plopsrtdeibÉi' tanti des campagnes, dans la classe desquels se trosveit les royalistes. Les choix ont été livrés à la miaorilé ia électeurs , minorité qui sort des petites villes et ds dn^ lieu' des départements.
Parmi les royalistes qui ne se rendent point i Vsn collèges, les uns sont des hommes ardents qni» ^fi^ de tant d'injustices et d'outrages, renoncent à ioé, jusqu:au moment où il Amdra tirer ré|iée pour le ni; 1» autres sont des hommes froids ou timides que is pûiili' que laisse indifférents , ou qui craigneot les penécafioe^
Non-seulement les demièreB électiooa ^'^V^'f'^^ la foiblesse du parti royaliste, mais elles en iweaw invinciblement la force *. Rassembles les bits, voya le royalistes obligés de lutter à la fou contre la loi» €«!>* le ministère , contre les a^nts de ce ministèie, càÊ^^ les pouvoirM|u'un gouvernement peut toujours ea^|l^t voyez-les lutter encore contre une foction rendue pai**'!'
» Le journal la Renommée dit très-juslewent: mU%(«^ « titutionnel» ont au;;menté leur armée; l« uHtû ooI fl^ « serve leurs positions ; et les minittiéruU?... i^*9^ mpauca. »
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pir la protwlioii qa*oii loi accorde ; oootre Taisent, let méfiées , les intrigues réYolutioiuiaires ; contre le comité directeur et lesaftiliations libérales ; Yoyei le parti monarchique calomnié, découragé, sacrifié, sans moyen de s'entendre et de se réunir ; voyei-le s'éloigner des élections, on par dégodt , ou par la crainte d'attirer sur lui de nouveaux orages , de nouvelles persécutions ministérielles et libérales : hé bien ! malgré tous ces obstacles (sous lesquels il n*y a presque point de parti qui ne succombât), les royalistes ont encore formé le tiers des électeurs présents dans les diflerents collèges. Comptez les chiffres : c'est iei de l'arithmétique ; il n'y a point d'illusion dans les nom-
orea»
Maintenant supposez un ministère impartial , qui , sans flivoriser les royalistes , ne les repoussât cependant pas, et B*encoorageàt pas la faction révolutionnaire; un ministère qui ne mit pas tons ses soins à écarter les liommes monarchiques : nous demandons si les royalistes qui composent de feit les deux cinquièmes des électeurs ne viendroient pas tous à leurs collèges , et ne balanceroient pas puissamment les choix révolutionnaires.
Jusqu'ici on a vécu dans un état contre nature. Est-il rien de plus étrange qu'un ministère royal favorisant la démocratie , cherchant des appuis là où il ne peut en trouver, prétendant faire une population monarchique d'un petit nombre de révolutionnaires, tandis qu'il a à sa disposition une nation tout entière de royalistes? C'est vouloir amener péniblement quelques gouttes d'eau sur une montagne aride, tandis que des fleuves abondants coulent et passent à vos pieds.
Les royalistes , toujours justes , toujours conséquents , tout en étant bien persuad4^ qu'avec un bon ministère ils triompheroient aux élections, n'en concluent rien néanmoins en faveur de la loi. Ils rejettent une loi qui ne porte pas en elle-même sa propre vertu; une loi qui, au lien de représenter des masses , n'appelle que des individualités , qni ne classe aucun intérêt général, et qui par cette raison est essentiellement destructive du gouvernement royal.
Nous savons que ceux qui parlent aujourd'hui des royafistes comme on en parloit à la Convention n'ont pas commis les excès de nos anciens révolutionnaires. Non , sans doute : il y a des hommes qui sont restés purs aux yeux de la justice humaine, parce qu'ils ont été trop lâches pour exécuter les forfaits dont ils nourrissoient le désir ; mais la jostiœ divine les verra d'un antre œil ; le crime du cœur de ces hommes , posé dans la balance éternelle , s'augmentera de tout le poids de leur infâme innocence.
C'est grand'pitié , en de si grandes circonstances , d'enlendre de prétendus politiques, qui craignent d'avoir peur ^e leur peur, vous dire pour se rassurer : « Je vous proteste m que ces députés ne sont pas tels qu'on se l'imagine : ce- « lui-ci a des idées monarchiques; celui-là est facile à raie mener. » Grand Dieu ! et c'est une loi que vous pouviez corriger l'année dernière sans trouble, sans effort, en adoptant la proposition d'un noble et respectable pair ; c'est une pareille loi qui vous oblige de calculer en tremblant si un homme est meilleur ou pii-e que sa renommée ! Vous vous suspendez à la moindre espérance; et, pour peu que vos dédaigneux amis vous permettent de vivre un ou deux jours de plus, vous êtes prêts à leur dire : Ave, morituri te salutani !
Tons ces hommes des Cent-Jours qui vont se trouver dans la Chambre des députés peuvent être individuellement des gens de talent, dés citoyens estimables; mais vous ne prétendez pas sans doute qu'ils soient bri)lés du zèle de la légitimité. Qu'ils inclinent à la république ou à la monarchie, ils n'en ont pas moins proscrit le ûls de saint Louis. Le gouvernement de fait est leur doctrine avérée. Amai, admettons qu^ls servent la race royale tant que cette auguste race possédera l'empire; mais n'esMl pas à
craindre qu'ils ne Tabandonnent le jour où d'antres maîtres se trouveroient momentanément investis de la puissance?
Des ministériels se réjouissent au bruit assez répandu qu'un juge de Louis XVl, satisfait de son triomphe, renonce à sa nomination. D'autres prétendent qu'on a écrit à ce député la Tettre la plus polie, pour l'inviter à donner sa démission , lui promettant la récompense du sacrifice. Il ne manqueroil plus aux ministres que de devoir la prolongation de leur existence politique au mépris et à la pitié d'un prêtre régicide.
Ce député prêta serment à Louis XYI. Â-t-il tenu ce serment ? Tiendratil celui qu'il fera à Louis XVIII? Comment selèvera-t-il dans la Chambre des députés? comment prononcera-t-il entre les mains royales ces trois mots : Je le jure? Le premier, il a provoqué la mise en accusation du juste couronné; il a sollicité le premier l'abolition de la monarchie. Penl-il, sans manquer à ses principes, reconnoltre pour roi le frère de celui dont il demanda et obtint la tête ?
Mais n'actïosons point le député : accusons le ministère et sa loi ; accusons cet esprit de vertige et d'erreur qui IK>ussa des hommes mfluents à donner à Louis XYIU Fouché pour ministre. C'est l'ordre de choses établi qui ramène le dépoté de la Convention dans sa sphère naturelle. Si l'on n'eût pas reproduit ses opinions, il fût resté isolé dans le monde, jouissant des qualités privés ou des talents que le ciel a pu lui départir. Vous n'étiez plus son juge depuis que la Charte lui a pardonné. En le laissant à Técart, en ne le tirant pas de son obscurité par la force et le résultat inévitable de vos systèmes , il eût passé en paix le reste de ses jours, si la paix peut être dans sa conscience : nul n'auroil eu le droit de scruter et tourmenter sa vie. On prétend que ce député , revêtu d'un caractère sacré , offre chaque matin l'hostie sans tache de la même main dont il immola son roi : puisse-t-il être racheté par le double sacrifice, par le mérite de ce sang répandu sur la croix et sur l'échafand !
Ce qui s'est passé au renouvellement de la troisième série a pleinement justifié les royalistes et condamné sans retour la loi des élections. Dans le cours de trois années , celte loi a conduit à la Chambre des députés les hommes qui ont amené Louis XVI prisonnier à Paris , et les hommes qui ont mis à mort ce roi-martyr. Elle a de plus choisi avec affectation les signataires de l'acte qui condamnoit au bannissement perpétuel le monarque régnant et son auguste famille. De sorte qu'elle s'est trouvé des affinités singulières avec la Convention et la Chambre des Cent-Jours, avec la vieille et la nouvelle félonie, avec nos deux espèces de régicides, ceux qui ont tué Louis XVI et ceux qui ont proscrit Louis XVIII : elle nous a rapprochés de la république et de l'empire; elle nous a donné des conventionnels et les serviteurs de Buonaparte. Voilà la loi telle que les ministres nous l'ont faite.
Certes , les royalistes ne réclament aucune part dans ces succès du système. Que les ministres se réjouisent, nous leur prédisons que leur joie sera courte.
Quant à nous , nous ne craignons rien. Nos principes sont ceux de la religion , de l'ordre et de la justice : tût ou ^d nous triompherons avec ces principes. La vérité renversera toujours l'édifice de l'erreur et du mensonge. Partout où le paganisme avoit placé ses faux dieux , le ciel envoya un destructeur ; chaque temple païen vit un Barbare armé à ses portes. La Providence n'arrêta la torche et le levier que quand la lace infidèle fut changée : alors une croix s'éleva sur les monuments, et tout fut dit. Cette Providence, espérons-le, ne laissera pas périr le trûne de saint Louis. Les lis , enracinés dans leur sol natal , viennent de porter un nouveau rejeton : Louise-Marie-Thérèse d'Artois, Mademoiselle, précède ses frères ; elle vient, sous un nom chéri , nous annoncer des rois. La France est aujourd'hui
POLEMIQUE
fière de sm prince&iM , et montre a?ec orgueil à TEarof e rhéroïue du Temple.
Paris, ce 15 octobre I810.
Il est certain que M. le ministre de rintérieur s*cst fait présenter un rapiM)!*! sur l'état de la liberté de la presse en France ; et il est encore certain que la conclusion du rapport est peu favorable à cette liberté.
Les mesures que Ton vient de prendre en Allemagne raniment Tespérance de ceux qui voudroient nous ramener à la censure. Que les journaux ministériels disent aujourd'hui qu'on ne la rétablira pas, cela ne prouve rien : dans le langage de nos hommes d'État , on sait ce que signifie jamais. D'ailleurs, le ministère est obsédé par les anciens agents de police. Ces ennemis du gouvernement représentatif ne cessent de regretter le bon temps de l'arbitraire impérial ; Us craignent toujours qu'on aille déterrer quelquesunes de leurs lâchetés. La Char te leur est odieuse ; la liberté de la presse leur semble un véritable fléau, puis(]u*elie peut tôt ou tard les chasser des affaires : or, ils ont beau être flétris dans l'opinion , ils n'en tiennent pas moins aux emplois ; il y a des hommes publics pour lesquels le mépris est une espèce d'aimant (jui les attache à leurs places. Posons quelques principes, rappelons quelques faits, pour nous mettre en garde contre toute surprise.
Point de gouvernement constitutionnel sans liberté de la presse : nous l'avons dit et répété dans tous nos écrits; nous croyons l'avoir prouvé ' . '
Qu'on s'explique : si l'on compte briller la Charte, rien de plus conséquent que de supprimer la liberté de la presse ; mais si l'on prétend nous laisser Tune et nous ravir l'autre , c'est une absurdité.
On a vu la censure en France avec la Charte. Comment les choses ont-elles été? tout de travers. En 1815, nous avons eu le 20 mars; en ISIO, l'ordonnance du 5 septembre , et le i-este.
Ce qu'il y avoit de pis sous la censure, c'est que la liberté de la presse n'étoit pas supprimée de fait ; elle étoit en régie entre les mains d'un mmistre qui la refusoit aux royalistes par haine, l'accordoit aux révolutionnaires par peur, et raflermoil aux ministériels moyennant certain servage , peines de corps , corvées et autres travaux domestiques.
Tous les amis du gouvernement constitutionnel, tous les hommes opprimés par le système du moment, ont une grande obligation au Conservateur : c'est à cet ouvrage qu'ils doivent en partie Tabolition de la censure. Tant que le ministère put enchaîner l'opmion royaliste, il ne s'embarrassa guère des attaques de h. Bibliothèque historl' que, des Lettres Aorniandes^ etc. Les insultes à la monarchie légitime , les blasphèmes contre la religion , lui sembioient apparemment des bagatelles : mais quand le Conservateur parut , quand il nous fut possible de défendre le trône et l'autel , de repousser les calonmies , de dénoncer la correspondance privée, de démasquer certains hommes , alors le ministère s'alarma. Ne pouvant étendre la censure jusqu'aux feuilles semi-périodiques, il abandonna l'empire des feuilles quotidiennes; en désespoir de cause , il se précipita dans la liberté de la presse : il crut s'y cacher, il s*y noya.
La vérité est que la multitude des journaux lui parut un moyen de salut; il compta sur des écarts : trompé par ses passions et par ses flatteurs, il s'imagina que l'opinion royaliste alloit justifier les accusations révolutionnaires. 11
' Riflexionê politiques ; Monarchie selon la Charte ; Rap* port sur Vitai de la France ( H mal 1815); Opinion sur le prrtjct de loi relatif à la liberté de la presse (Chambre des pairs).
en est airifé toot autrement : les Jonniiax monrckifiMS oot montré plus de lèle pour la Charte, plus de cbite pour les libertés publiques, que les guettes ipdépendaates; leur effet sur l'opinion « été prompt et sensible. Or, réunir les sentiments généreux au bon droit, c'est tnf fort : si l'on permet plus longtemps la liberté de la presse, toute la France voudra la religion, le roi, la Charte et ki iKHmétes gens. Vite un remède contre cette peste d'opi* nion royaliste ! La France chrétienne ! la France libre! Que deviendroit le ministère.' Il n'est qu'un seul moyen de toat sauver : c'est de rétablir la censure.
N'en doutons point, les rapports secrets sur l'état de li liberté de la presse ne peuvent avoir été ordonnés qoe.dasi des vues hostiles contre Topénion monarchique, carlei journaux d'une autre opinion ne sont aujourd'hoi ai plu impies, ni plus antilégitimistes, ni plus calomoittesn qu'ils ne l'étoient sous le régime de la censure : oa peut s'en convaincre par les extraits de ces journaux , eilraits que M. le cardinal de la Luzerne recueillit et publia m commencement de la dernière session. Ainsi , les royalistes doivent tenir pour certain que tout projet oootre h liberté de la presse les menace particulièrement.
La censure rétablie nous remeltroit dans la position oÉ nous nous trouvions l'année dernière : licence pour ki feuilles révolutionnaires, esclavage pour les journaux bd* narchiqiies.
En obtenant la liberté de la presse , les royalistes oot tout obtenu. Tant que cette liberté subsistera , le triompl» leur est assuré. Depuis trente ans, c'est-à-dire dqMiisk conunencement de la révolution, toutes les fois que U presse a été véritablement libre, U France est deveDM royaliste; et toutes les fois qu'on a voulu maintenir on la* mener la révolution , il a fallu supprimer la liberté de li presse : la révolution n'a pu se sauver que par des oospi d'État contre cette liberté.
Ceci est un lait sans réplique. On se souvient encore dei succès de Mallet du Pan en 1789, 1790 et 1791 ; et po» tant à cette époque il avoit à lutter contre toute UDenalioi en délire. Les révolutionnaires alarmés eurent reoom à une mesure libérale qui fit taire l'opposition : ils établirez pour loi répressive la proscrip^, et pour censeur le boir reau. Mallet du Pan fut obligé de fuir ; Duroso) pays tes écrits de sa tète.
Après la Terreur, il y eut liberté de la presse. Quel a fut le résultat? La France devint tellement royaliste, qie le Dvectoire ne put prévenir le rétablissement do trdse que par le 1 S fructidor : les écrivains monarchiqaes forçât condamnés en masse à U déportation ■. On vit ce qu'os 1 toujours vu dans hi France révolutionnaire : les plus ioi républicains, les plus ardents prédicateurs de l'égalité et de la [ïberié , crièrent contre la liberté de la presse. Il dmi reste des discours de ces temps d'indépendance, diicavt dans lesquels des ministres déaH>cratiques posent ea priacipe qu'il faut établir la censure, et qu'il est impossible de gouverner avec la liberté de la presse! Enfin, FoiJclié,peadanl les Cent*Jours , déclara que , si Buonaparte acconloit la liberté aux journaux , la France ailoit devenir royaliste.
La preuve nouvelle que nous avons sous les yeoi rietl ajouter sa force à ces anciennes preuves. Oseroit<oB en que depuis l'établissement du Conservateur et faboliliia de la censure , l'opinion royaliste n'a pas fait d'imoieoses progrès? Les journaux monarchiques comptent au moiai un tiers de plus d'abonpés que les journaux rcvolotioa' natres et ministérîpls réunis. 11 y a deux ans quel'iippoa' tion de droite n'obtient aucun député dans les clectioBS par sa propre force; cette année, elle en a obteou ph*
' J'ai développé tout cela dans le discours que je dm* prononcpr à la session dernière ( IS37 ) à la Cluaibie es pairs. On voit dono que j'avois ,cn écrivant le Conaerssktr, les mêmes opinions que je manifeste aujourd'hui.
POLÉMIQUE
•îean; et si les électeurs «ttachés à. l'ordre légitime s'é- l toieoi Unis reodas k lears ooUéges , ils aiiroieut , malgré le ?ioe radical de la loi, balancé les choix révolutionnaires* A quoi faut-il attribuer ces succès? Aux journaux royalistes. Qui a tué la fameuse correspondance privée du Times? les journaux royalistes. Qui a changé Topinion de TEurope? les journaux royalistes. Quel seroit donc leur soooès, si» au lieu d'être obligés de combattre les minis* très du roi , ils soutenoient ces ministres et en étoient soutenus à leur tour?
Mais pourquoi les ministres soot-ils si fatigués par la liberté de la presse? parce qu'ils se sont mis dans la position la plus étrange. Ils n'appartiennent à aucune opinion ; aucune opinion ne les porte. Qu'ils se rangent du côté du Conservateur^ on du c6té de la Minerve, à l'instant ils auront pour eux un des deux partis qui divisent la France. Us ne /seront plus obligés de payer deux pauvres feuilles publiques que leurs infirmités retiennent dans l'état le plus languissant , et qui meurent avant qu'on sache qu'elles ont vécu. On ne connolt point en Angleterre de journaux purement ministériels. Les ministres sont soutenus tout simplement par Topinion dans laquelle ils se placent : cela coûte moins, et est plus sûr.
Soyons justes : il se peut que les ministres aient eu à se piaiodre de quelques attaques personnelles trop violentes; mais, s'ils sont justes à leur tour, ils conviendront qu'en abusant de la censure de la manière la plus odieuse, ils SToient préparé ces inévitables récriminations. Comment ODt été traitées les plus lionnétes gens de la France dans les journaux censurés? Quels services n'ont point été méconnus, quels talents n'ont pomt été insultés,, si ces services, si ces talents se trou voient dans une opposition que le gouvernement représentatif fait naître? Qui ne se rappelle le déplorable article apporté, au nom d'un ministre{, par un gendarme, au Journal desDébals, article où Ton Otttrageoit un prisonnier qui n'étoit pas même en état de prévcntiou? et ce prisonnier étoit le sauveur de Lyon , r« général Canuel , que les tribunaux ont vengé de la plus itupide comme de la plus noire des calomnies. Les ministres ontils oublié cette prétendue conspiration, dans laquelle ils ont voulu nous envelopper? ont-ils oublié les interrogatoires étranges dont nous avons été l'objet? ont-ils oublié h correspondanee privée , qui , pendant trois ans , a vomi contre nous les plus lâches calomnies? Les ministres, par ces attaques, qu'aggravoient les journaux sous leurs ordres , ne se contentoient pas de marquer une simple dissidence politique; ils ne prétendoient à rien moins qu'à faire tomber nos tètes; et aujourd'hui ils s'étonnent qu'un peu de cludeur reste encore au fond de lopinion de ces bommes qu'ils ont si indignement persécutés!
Mais , après tout , faut-il renoncer au gouvernement constitutionnel , abandonner nos Ubertés , parce que la liberté de la presse moleste et fotigue quelques honuncs en place? Faites- vous un bouclier de votre mérite, et les traits que vous lance l'ennemi tomberont à vos pieds. Sans doute , si vous mettez au pouvoir un homme sans capacité, ou un homme que la morale réprouve, il sera vulnérable de toutes parts; il souiTrira beaucoup des attaques personnelles. Mais ces attaques ont-elles jamais nui à un homme qui valoit quelque chose par lui-même?. Les iijures du Morning-Chronicle ont-elles jamais détermmé M. Pitl à demander au parlement un hill de censure? Un homme public/dans un gouvernement constitutionnel, ne doil|Ni8 èlresi chatouilleux. Qu1l nous soit permis d'en appeler à notre propre expérience. S'il y a quelqu'un dans le monde qui ait droit de ae plaindre des outrages des journaux , c'est nous. Objet d'une double attaque littéraire et politique, que ne nous a-t-on point dit depuis viugt ans! Qu'en est-il résulté? Les personnes qui nous accordoient leur estime ne .nous l'ont pas retirée , et l'on a lait lire im peu plus les ou-
vrages qu'on Toulôit proscrire. Nous pouvons donc assurer que les coups portés à un honnête homme ne font aucim mal : Pœt^^ non dolet.
Si , d'ailleurs , les ministres prétendoient nous enlerer la liberté de la presse , de quel moyen se ser\iroient-ils? D'une loi ? etle ne passeroit pas aux Chambres. 11 seroit aussi trop fort de venir, après une courte ex(»érienoe de huit mois, nous demander de nous contredire honteusement, nous prier de sacrifier à rinsuffisance ministérielle la plus nécessaire de nos libertés. Emploieroiton une ordonnance ? Mais une ordonnance ne peut détruire une loi , une loi si récemment, si solennellement portée. 11 sulfiroit d'un seul journaliste , d'un seul écrivain qui refusAt d'obéir, pour déterminer une violente explosion de l'opinion publique. Nous pensons, et nous l'avons dit, que certains hommes d'État voudroient confisquer la Charte au profit de l'article 14; mais nous n'en sommes pas encore là. Ceux qui se figurent qu'on pourroit impuuémeut suspendre la constitution , tor^ turer les mots de la Charte pour en tirer l'arbitraire, conunissent bien peu la force des choses qui nous entraîne, et la capacité des hommes qui croient nous diriger.
Nous le répéterons : si les ministres veulent se soustraire aux petites tribulations que leur cause la liberté de ht presse, ils n'ont qu'à se placer dans une des deux opinions dominantes : c'est à eux de choisir Tune ou l'autre. Ne cherchentils que la plus forte? il leur est, dans ce moment, facile de la distinguer. Les révolutionnaires, pour la vingtième fois , laissent écliapper le secret de leur foihiesse : ce parti ne peut marcher, ne peut se soutenir, ne peut être quelques chose que par la faveur des ministres. Au second retour du roi , il fut abattu ; il ne releva la tête qu'après l'ordonnance du 5 septembre; il se crut perdu de nouveau lorsqu'il fut questiou du second ministère Richelieu; une seule phrase d'un discours royal le fit rentrer en terre ; la proposition de M. Barthélémy le consterna ; aujourd'hui U est dans les plus mortelles inquiétudes. Il n'y a pomt d'ofl'res, de promesses qu'il ne fosse au pouvoir : les comités directeurs sont assemblés; délibérations sur déUbérations, messages sur messages au ministère : tantôt on propose de suspendre toute attaque contre M. le ministre de l'intérieur, tantôt on fulmine contre la résolution de la diète de Francfort; puis, la peur revenant, on déclare qu'on restera neutre. Quand on est si fort , perd-on la tête à ce point ? fait-on dépendre sa destinée d'une politique étrangère, d'une i^volulion de cabinet? Voyez les royalistes : s'agitent-ils pour un changement de ministère? sont-ils atterrés par la peite de la faveur? Ils verroient demain s'établir un ministère libéral, que, loin de croire la partie perdue, ils la tiendroieot pour gagnée. Ils sont revenus de plus loin : leur force est dans leurs prmcipes, et cette force ne se détruit jamais.
Ils ne s'effrayent donc point , ils n'intriguent donc point : l'Europe lésa méconnus pendant trois années, et ils n'ont point été abattus; l'Europe leur rend justice aujourd'hui, et ils ne sont point exaltés par ce succès; ils ne cherchent point, dans ce triomphe général de la bonne cause, leur victoire particulière : comme ils ne demandent jamais grâce dans l'adversité, ils ne réclament, dans la prospérité, au«> cune faveur. Toutes les intrigues consistent à dire hautement et publiquement aux mmislres : « Nous sommes prêts « à vous seconder si vous abandonnez un système destrucn leur, si vous cessez de persécuter les hommes monar- (I chiques , si vous nous donnez des lois monarchiques. A « ce prix, nous vous servirons de tout notre pouvoir : de- « main nous passons dans vos rangs; nous écrirons pour « vous, nous parlerons pour vous, nous voterons pour « vous, nous oublierons tout ce que vous avez fait contre « nous. Nous ne vous demandons ni vos places ni vos hon- « neurs ; gardez-les, et sauvez la France. »
Le phénomène de l'mfluence des jouroaox royalistes
^POLÉMIQUE
parmi noas (phénomèm qui pourtant n*en est pas un) ne cesse de confondre les hommes démocratiques. Ces liommes veulent en théorie la liberté de la presse; mais aussitôt qu'elle est accordée, ils reculent devant la pratique; ils s'épouvantent des effets qu'ils n'attendoient pas ; ils s'étonnent que la liberté de la presse abandonne la révolution, que cette liberté se range du côté de ceux si injustement désignés comme les ennemis de toute idée généreuse. KéanmoinH ces nommes, avec un peu d'impartialité, ne devuient-ils pas conclure que les mœurs naturelles de la France sont les mœurs où la foule est le plus facilement ramenée? Si, dans le combat des doctrines, il en est une qui obtienne toujours la victoire, n'est-li pas évident que cette doctrine est la plus forte? Or, nulle doctrine ne triomphe à la longue qu'elle ne soit fondée en raison et en justice. Donc l'opinion royaliste , qui domine parmi nous lorsqu'elle est libre, est l'opinion françoise, comme die est l'opinion juste et raisonnable.
Tout considéré, nous ne voyons que le crime , la bassesse et la médiocrité qui doivent craindre la liberté de la presse ; le crime la redoute comme un éclufaud ; la bassesse, comme une flétrissure; la médiocrité, comme une lumière. Tout ce qui est sans talent recherche Tabri de la censur^ : les tempéraments foibles aiment l'ombre.
Paris, le 30 novembre I8I0.
Un grand système inventé par les hommes forts a rassuré le niinislèiv. Ce ministère paraît décidé à l'ester tel qu'il est; mais il prendra notre position et nos principes. Il va, dit-on, mettre les royalistes dans la situation la plus critique : il leur préseiftera des lois monarchiques ! S'ils r^ettent ces lois, ils prouveront qu'ils ne veulent que les places et qu'ils n'ont pas les principes qu'ils professent; s ils approuvent ces lois, ils seront furcés de voter pour le ministère.
Que les ministres ne nous ont-ils toujours tendu de pareils pièges ! Oui , s'ils se conduisent ainsi, ils sont assurés de nous faire tomber dans leurs filets ; nous parlerons pour leurs lois, nous voterons pour leurs lois. Us pourront rire, s'ils veulent, en nous voyant marcher derrière eux. Qu'ils prennent notre drapeau ; qu'ils se mettent à notre tète : sous l'étendard des lis nous combattrons , quel que soit le général qui nous mène à l'ennemi. Nous ne demandons pas même que le ministèf e avoue qu'il s'est trompé ; il faudroit, pour faire cet aveu , une force d'esprit ou un^ générosité d'àme que nous n'exigeons pas du ministère. Il ^soutiendra , si bon lui semble, que tout ce qu'il a fait jusqu'à4)résent est adorable; qu'il étoit absolument nécessaire de conduire la monarchie à la démocratie , pour tomber ensuite plus fortement sur la démocratie, et la repousser à grands coups Ters la monarchie. Nous conviendrons que tout a été fait à point et dans son temps ; que la France n'auroit jamais été smvée si Ton n'eût amené un juge de Louis XVt dans la Chambre des députés , afin d'avoir la gloire de l'en chasser. Nous n'abuserons point de ce que ietninisière a dK autrefois ; nous ne le comparerons point à lui-même ; nous serons sérieux et sincères ; tout nous sera bon pour la prospérité du roi et de la France. Mais expliquons-nous.
Le ministère n'auroit-il'en pensée que de prononcer.de grands discours royalistes, que de couvrir de pompeuse paroles des lois vagues et astucieuses ? Ne voudroit-il pas céder un peu à l'opinion , pour se maintenir aux affaires? Ne voudroit-il qu'étouffer le cri public , que répondre à I attente européenne ? On pourroit le soupçonner, en voyant continuer, dans ce moment môme, la proscription des hommes, tandis qu'on parle de revenir sur les choses. Dans ce cas, nous amionçons au ministère que sa nouvelle tromperie ne réussira pas; que l'on est trop averti pour •e liÀsser tnrprendre; que les royalistes ne se croiront
obligés de voter pour les lois qu'ântant qne ces kîs leraÉt franchement, clairement, incontestablement monardûqnet. Si les ministres appellent loi monarchique toute loi qui tendroit seulement à augmenter leur pouvoir, Us doifoit s'attendre à ne pas nous trouver de cet avis; tUnonsori forcés à distinguer le roi du ministère.
Nous verrons en peu de temps quel sera le soœès k nouveau plan , et comment on parviendra à faire dei Ml monarchiques sans employer des hommes monarcbiqoei Ce qu'il y a de certain , c'est que tout ce qœ nous vnxm prédit est arrivé; c'est que le système ministériel noosa conduits à l'abîme, et que la loi des élections, araeent régulièrement ses séries, marque avec exactitude le umncat de notre politique. La conspiratiou des intérêts moraus de la révolution a parfiutement rénssL Quelques penossci prétendent qu'il y a trahison dans certains hommes; ims croyons qu'il y a incapadlé ; cela revioit an mena imùHL de gouvernement, l'incapacité est ose trahison.
A l'appui de ce sentiment , remarqœi jusqu'à qad paiflt tout le ministère a perdu sa considération , tant cliei !■ étrangers que parmi nous. Chez les étrangers, sa diptomalie ne se compose plus que d'excuses et d'apologin. Nous avons vu ia copie d'une circulaire adressée à an ambassadeurs. Si cette circulaire est authentique, et si U copie en est exacte , comme tout nous porte à le croiR, jamais document plus déplorable ne serait sorti et et et binet illustré par le génie des Sully et des Richeliea. H s'agit, dans ce document, d'expliquer le résultat des der nières élections. On déclare qu'elles ne sont point su» mauvaises qu'on le dit; que, si quelques choix ont sIBigé le ministère , la minorité des choix a réalisé les espérancei du gouvernement. On fait entendre qu'on est sOr do volt de certains hommes , lesquels , après tout , ont des vertm privées, et qui, dans rhitérét de leur fortune, se rttbcheront à la monarchie légitime. Il est question des ultnt royalistes, qui continuent à s'isoler de la nation; Hffà pourtant ont des talents et de Cesprit, Singulier avni! 0 n'y a pas longtemps que tous les royalistes^^étoieot dei stupides. Ou parle aussi du parti libéral : ce parti, dfth circulaire^ ne tient à rien , mais il est lié à hi masse de b nation par la consanguinité des intérêts. Si œ parti le tient à rien ,^conmient est-il lié à la nuisse de la natioo? lli fallu la révolution pour justifier cette manière d'émre, pour nous apprendre qu'il y avoit des liaisons de saiq entre les intérêts. A cette apologie sans vérité, sans ëgnité «'misérable de raison , pitoyable de style, les éu-angen 4lnt fait, dit-on, une réponse froide et sèche , et Ton a été obligé de répliquer d'une manière moins triomphante.
L'altitude si peu noble que nos guides politiques pnanent avec les étrangers est-elle plus relevée en Frûeef Qui ne se rit du* ministère ? Jamais l'autorité a-tdie été plus dégradée que depuis qu'elle repose entre les rnaisf de ce ministère? Les fonctionnaires publics ont pcrda toute influence. A force de voir déplacci^es préfets et les sous-préfets , le peuple a fini par les considérer comme des hommes engagés dans la domesticité ministérielle; serviteurs plus on moins industrieux , que leurs maîtres net* (ént à la porte quand ils ne sont pas contents de kon services.
Dans l'armée , le découragement est à son comble. Ascun oflicier n'est sur de garder la place qu'il occupe : malheur au militaire, dans quelque grade que ce sojl.qoi a défendu la cause royale ! Un travail sourd se f^ de toutes parts : tel corps dont l'esprit étoit excdleotil u six mois, n'est plus aujourd'hui rcconnoissable. Tott s'altère , se détériore ; tout tombe en dissolution. Si Topinion publique n'avoit soutenu ia France, il n'edtpasélé nécessaire d'attendre jusqu'aux élections prochaines pour arriver à de grands malheurs.