CHAPITRE m
Grondear de la Maison de France.
Quand il n'y auroit dans la France que cette Maison de France dont la majesté étonne , encore pourrions- nous, en fait de gloire, en remontrer à toutes les nations , et porter un défi à Thistoire. Les Capets régnoient lorsque tous les autres souverains de TEurope étoient encore sujets. Les vassaux de nos rois sont devenus rois : les uns ont conquis TAngleterre, les autres ont régné en Ecosse; ceux-ci ont chassé les Sarrasins de TËspagne et de l'Italie, ceux-là ont formé les États de Portugal , de Naples et de Sicile. La Navarre et la Castille, les troues de Léon et d^Aragon, les royaumes d'Arménie, de Constantinople et de Jérusalem ont été occupés par des princes du sang capétien. En 1 380 , plus de quinze branches composoient la Maison de France, et cinq monarques de cette Maison régnoient ensemble dans six monarchies diverses, sans compter un duc de Bretagne et un duc de Bourgogne. En tout , une seule famille a produit cent quatorze souverains : trente-six rois de France depuis Eudes jusqu'à Louis XVÏII; vingt-deux rois de Portugal , onze rois de Naples et de Sicile , quatre rois de toutes les Espagnes et des Indes , trois rois de Hongrie , trois empereurs de Constantinople, trois rois de Navarre de la branche d'Évreux, et Antoine de la maison de Bourbon; dix-sept ducs de Bourgogne de la première et de la seconde maison , douze ducs de Bretagne, deux ducs de Lorraine et de Bar. H fant se représenter dans cette nation, plutôt que dans cette famille de rois, une foule de grands hommes : ces souverains nous ont transmis leurs noms avec des titres que la postérité a reconnus authentiques : les uns sont appelés au* gustey saint y pieux j grand y courtois y hardi y sage y victorieux y bien-aimé ; \es nuire», pire du peuple y père des lettres. « Comme il est écrit « par blasme, dit un vieil historien', que tous les « bons roys seroient aisément pourtralts en un « anneau, les mauvais roys de France y pour- « roient mieux, tant le nombre en est petit I » Sous la famille royale , les ténèbres de la barbarie se dissipent, la langue se forme, les lettres et les arts produisent leurs chefs-d'œuvre, nos villes s'embellissent, nos monuments s'élèvent, nos chemins s'ouvrent, nos ports se creusent, nos armées étonnent l'Europe et l'Asie, et nos
* Du TiLLET , Reeueii des roit de F>rance,
MEMOIRES
flottes couvrent les deax mers. Ajoutez plus de mille ans d^antiquité à cette race : hé bien ! la révolution a livré tout cela au couteau de Louvel 1