‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 93 sur 279 · CAPTIVITÉ DU ROL · texte numérisé non relu

CAPTIVITÉ DU ROL

qMte-troîs par des retraites irolontaires : trois cnt quarante notants avoient été présents à la dédbéiatkHi relative aux négociations avec le roi. La poignée de séditieux conservée par la dérision dessoldats retint le nom de parlement >le mépris polaire y ajouta le surnom de rump qui lui est

Rilé.

Urmp rejeta tout projet d'acconunodement ifcc Charles; il parla aussi de forger un de ces plaude république qui ébaudissent les dupes, et èot les fripons profitent. Le bili pour mettre Oaries en jugement, et pour ériger à cet effet une eoiur de justice , fut proposé et voté dans la pretodoe chambre des communes. La chambre liaste, dont il n'existoit plus que Tombre , et qui aecomptoit que seize pairs dans son sein , rejeta àruDaainmté le double bill. Le rump rendit aus- ■lot eel arrêt : « Attendu que les membres des tcommiiaes sont les véritables représentants du •people, de qui après Dieu émane tout pouvoir, t laid naît des communes, et n*a besoin pour être • obligatoire ni du concours des pairs , ni de celui tdoroi. »

Ud acte ftit passé , autorisant cent quaranteciaq joges nommés dans cet acte , ou trente seulement parmi eux , à se former en haute cour, afin de faire le procès à Charles Stuart , roi d'Angletme. Coke fut Tavocat général et Bradshaw eut k présidence de cette cour dont Cromwel faisoit partie. Il ne se trouva , à Touverture de la procédBre,qaesoixante-six membres, et soixante seulement an prononcé de la sentence.

Le roi fut conduit de Windsor au palais de Saiot-James , et de là à la barre de la cour qui sié- ^t an bout de la grande salle de Westminster. Le président Bradshaw ctoit assis dans un fautedlde velours cramoisi , et les soixante-six com- ^ssajres, rangés des deux côtés du président , nr des banquettes recouvertes d*écarlate : un autre finuteuil, en face du président, avoit été Préparé pour Yaccusé. Lorsqu'on annonça l'arrivée dn roi, Cromwell se précipita à une fenêtre pour le voir, et s'en retira tout aussi vite , pâle toounelamort.

Charles entra d'un pas ferme , le chapeau sur la tèle, une canne à la main; il s'assit d'abord, pois se leva et promena sur ses juges un regard Âré; c'étoit le 20 janvier 1649, jour qui déçoit avoir son anniversaire : le 20 janvier 1793, Ait lue à Louis XYI, prisonnier au Temple , la Kstence de mort.

Amené quatre fois devant ses meurtriers, Char« les montra une noblesse , une patience , un sangfroid , un courage qui effacèrent le souvenir de ses foiblesses. Il déclhia la compétence de la cour, et, la tête couverte, parla en roi.

Bradshav^ opposa à Charles la souveraineté du peuple; il accusa le prince d'avoir violé la loi, opprimé les libertés publiques et versé le sang anglois. Cette controverse politique n'étoit qu'une plaidoirie dérisoire devant la mort séant au tribunal. On entendit des témoins qui prouvèrent que le roi avoit commandé ses troupes dans divers ses affaires : en France, on n'auroit pas tué un roi pour s'être battu.

Lady Fairfax montra la généreuse audace particulière aux femmes : de la tribune où elle assis* toit au procès elle osa contredire les commissaires* On la menaça de faire tirer les soldats sur les tribunes.

Les juges, se reconnoissant bourreaux, avoient déposé une épée sur la table à laquelle étoient assis les deux secrétaires du tribunal. Charles, passant devant cette table , toucha le glaive du bout de la canne qu'il tenoit à la mahi, et dit : < Il ne me fait pas peur. >» li disoit vrai.

11 avoit pareillement touché avec cette canne l'épaule de l'avocat général Coke en lui adressant le cri parlementaire Aear/ hear! (écoutez! écou«tez I ) lorsque Coke commença la pladioirie. La pomme d'argent de la canne tomtm. Amis et en* nemis en conclurent que le roi seroit décapité.

Charles , entendant autour de lui les exclamations : « Justice ! justice! Exécution ! exécution ! » sourit de pitié.

Un misérable , peut-être un des juges, lui crache au visage : il s'essuie tranquillement. Les pauvres soldats , dit-il ensuite à Herbert ( le Cléry du devancier de Louis XVI ) , » les pauvres sol- « dats ne m'en veulent pas ; ils sont excités à ces « insultes par leurs chefs, qu'ils traiteroient de « la même manière pour un peu d'argent. » Un de ces soldats, qui lui témoignoit quelque commisération , fut rudement frappé par un ofQcier. <( La punition me semble passer l'offense, » dit Charles.

La religion soutenoit le monarque : il pensoit partager ses ignominies avec le Roi des rois , et cette comparaison élevoit son âme au-dessus des misères de la vie. Il ne s'attendrit qu'en entendant le peuple s'écrier derrière les gardes : « Que « Dieu préserve Votre Majesté !» Ce ne sont pas

ft«

LES QUATRE 8TUARTS.

tes outrages^ ce wnt les marques de bonté qui briamt le coeur des malheureux.

Dans les intervalles des séances , les oommissahrEs se retiroient pour délibérer entre eux dans la chambre peinte. C'est ce qui arrlTa surtout le troisième Jour du Jugement , lorsque le roi proposa de s'expliquer devant un comité composé de lords et démembres des communes, ayant à fiiire, dlsoit-il , une proposition propre à rendre la paix à son peuple. Biad^w repoussa la demande du foi : le eolonel Downes ^ un des Juges , réclama ; la cour alla délibérer dans la chambre yolsine ; Qromwell remporta sur le colonel : il fut décidé qu'on n'admettoit point la proposition du roi. Chartes avoit dessein , du moins on Ta cru , de déclarer qu'il abdiquoit la couronne en faveur du prince de Galles»

Avant et pendant Tinstruction du procès, on essaya, par toutes sortes de Jongleries , d'échauffer l'esprit du peuple.

Un prédicateur annonça en chaire « qu*il ve* « noit d'avoir une révélation ; que pour assurer « le bonheur du peuple , il étott urgent d*abolir • la monarchie ; que le roi étoit visiblement Bar- « rabas , et l'armée le Christ ; qu'il ne fiilloit pas « hniter les Juifs, délivrer le voleur au lieu du « Juste; que plus de cinq mille tùintê étoient « dans l'armée , et des saints tels qu'il n'y en ft a voit pas déplus grands dans le paradis ; qu'ainsi « Justice devoit être ftiite du grand Barrabas de « Windsor. » Ce prédieant, venu de la Noovelle- Angieteite , s'appeloit Peters ; singulière ressemblaucede nom avec cet autre Peters qui contribua à la perte de Jacques second.

On vit dans ce moment critique ce que Ton a vu trop souvent : la probité commune, suffi* santé dans le temps de calme , insuffisante au moment du péril. Cette espèce d*honnétes gens qui avoient voulu la révolution de bonne fol , manquèrent d'énergie pour la retenhr dans de Justes bornes. Whitelocke , de ce troupeau des ibibles, déclare qu'on rejetoit la sale besogne du procès fait au roi sur l'armée ; chose naturelie, selon lui, puisque l'armée avolt demandé l'accusation. Whitelocke avoit raison ; mais l'armée n>ntendoit pas la chose comme cela : elle prétendoit rendre les parlementaires exécuteurs de ses hautes oeuvres. Whitelocke, commissaire du sceau, s'aDa cadier à la campagne avec son oollègue Weddrington; Elsing, clerc du parle-maot, résigna sa charge.

John Cromwell , alors au service de Hollandef vint en Angleterre de la part du prince de Galta et du prince d'Orange pour tâcher de sauver II roi. Introduit, avec beaucoup de peine, anprei d'Olivier son cousin, il chercha à refnrayerdi rénormité du crime prêt à se commettre; Iliri représenta, à lui Olivier Cromwell , qu'il l'avoft vu Jadis à Hamptoncourt dans des opinions plos toyales. Olivier répliqua que les temps étoleot changés, qu'il avoit JeAné et prié pour Charles, mais que le ciel n'avolt point encore donné de réponse. John s'emporta , et alla fermer la porte; Olivier crut que son cousin le vouloit poignfl^ der : « Retournes à votre auberge, lui dit-il, et M « vous couchez qu'après avoir entendu parler de « mol. » A une heure du matin , on messager d'Oïl* vier vint dire à John que le conseil des officiers avoit cherché le Seigneur, et que le Sefgneor vouloit que le roi mourût. Dans uneaotreoceasioa on avoit entendu Cromwell s'écrier : « 11 s'agit dfi • ma tête ou de celle du roi ; mon choix est feit »

L'ordre pour l'exécution de l'arrêt de mort fiit signé dans la salle peinte , par une soixantaine de membres qui le scellèrent de leurs sceaux ; l'original de cet ordre existe : plusieurs noms del signataires sont écrits de manière à ce qu'on ne les puisse lire ; d'autres sont effacés et rempiacél par des noms en interiigne. La lâcheté du présent et la crainte de l'avenir avoient commandé ces yI» les précautions d'une conscience épouvantée.

Cromwell apposa son nom à Tordre d'exécutiofl avec ces bouffonneries qu'il avolt coutume de mi- 1er aux actions les plus sérieuses; soit qu'li fât ou qu'il voulût avoir l'air d'être au-dessus de c« actions, soit que son caractère se composât du burlesque et du grand , l'un servant de délassement à l'autre.

On avoit vu Cromwell dans sa première Jcanesse si mauvais sujet , que les maîtres des tavernes fermoient leur porte lorsqu'il passoil dans le§ rues d'Huntîngdon. Une fois , chez un de ses oncles, Il obligea les assistants à fuir d'un bal par le choix d'un parfum dont il avoit fifolté ses ganl» et ses habits. Plus tard, s'occupant d'une constitution pour l'Angleterre , il jeta un conssin à ia tête de Ludiow , qui lui lança un autre coussin dans les Jambes comme il s'enfuyoît. Des soi^ le surprirent un Jour occupé à boire. « Ite crt^ent, dît-il à ses Joyeux amis , « que nous cherehwi^ « Seigneur, et nous cherchons un tire-bouchon. » Le tire-bou<Aon étoit tombé

CAFnVITÉ DU AOt

fit

QmniMlldoiie, an sigimiit rardre d« l'exécntioi de Charles I^, barbouilla d'encre le visage leHcari Martyn, gui slgnolt après lui ; le régicide HirtyB rendit Jea pour Jeu à son camarade de Mut : cette encre étoit dn sang; elle leur laissa Il WÊîifÊe qu'on Toyoit au front de Ga!n.

Ucolonel Ingoldsby , parent d'Olivier, nommé Muriaalre à la hante cour, où il ne siégea pas , «kl par hasard dans la chambre peinte an rno* MOI de la signature ; Gromwell le presse de Joln- Éem nom ans noms d^à inscrits; le colonel tjntûtt. Les commissaires se saisissent d'Ingriâilgr; Gromwell lui met de force la plume M« les doigts avec de grands éclats de rire , c(, loi eonduisant la main , le contraint de tracer kmdthgoidsby.

Av suiflus, cette nargue abominable se re* tmne souvent dans rhistoire. Les plus grands fMiitioDnaires de France étoient bavards, in« invti, et affectoient de verser le sang avec la ■àae indifféreiiee que Tenu. Une oonsclence pa-» niysée et une conscience vertueuse produisent la ■iBKpaix; elles portent légèrement la vie, avec telle dlfiffirence : l'une ne sent pas le fardeau du RnordÉ, l'autre le poids de l'adversité.

Cramwell Joua auprès de Fairfax une autre •»édie : celui-ci vouloit, avec son régiment, tehr de délivrer le roi. Gromwell , secondé d'I* <ta, s'eflbrça de persuader à Fairfax que le tf^fum avoit rejeté Gbarles. Ils l'engagèrent à ^■ptorer le ciel pour en obtenir un oracle, cachant Mefcis à leur honorable dupe qu'ils avoient déjà ^ Tordre de Pexécution.

le eokm^ Harrison , aussi simple que Fairfax, Ms dans d'autres idées que lui , fut laissé par le gendre et le beau-père auprès de Fairfox : il ft durer les prières Jusqu'au moment où la nou<> vtHe arriva que la tête du roi étoit tombée.

Les tards Richmond , LIndsay, Southampton , Boftrth , Jadis ministres de Oiarles , demandé- «■l à luirfr la mort pour leur mattre, comme w* responsables, selon l'esprit de la constitottoi, des actes de la couronne. Les factions ne iManorent poiùX cette noble responsabilité : le erfaae donna un ÏAÏI d'indemnité aux ministres. L'IÈDoaie menaça; la France et TEspagne firent fa représentations, assez fhroides à la vérité; la ■•Bande agit phis vivement, en vain.

Q»rhs avoit éconté sa sentence sans donner faatre signe d'émotion qu'une contraction dédai- 9fm da lèvres kuaqu'U s'entasUl déclarer

tyran, traître, meurtrier, ennemi de la républU que , et condamné comme tel à avoir la tète tranchée. Les soixante- treize commissaires restant des cent quarante-quatre nommés, se levèrent tous en signe d'adhésion à l'arrêt, qui Ait lu à haute voix. Gharles témoigna le d^lr de parler après la lecture ; on lui interdit la parole : Il n'éloit plus vivant aux yeux de la loi.

Pendant les trois Jours accordés au prisonnier pour se préparer à la mort, le seul bruit de la terre qui lui parvint dans sa solitude , ftit celui des ouvriers quLdressoient l'écliafaud. Deux enfants de Charles restoient entre les mains des républicains, la princesse Elisabeth et le due de Olocester, âgé de trois ans ; on les lui amena. Il prit ce dernier sur ses genoux et lui dit : « Ils « vont couper la tête a ton père ; peut-être te vou* « droiit-ils faire roi ; mais tu ne peux pas être rof « tant que tes firères aînés, Gharles et Jacques, « seront vivants. » L'enfimt répondit : « Je mo « laisserai plutôt mettre en pièces. » Le père em* brassa bientôt l'orphelin , en répandant des larmes de tendresse* Cromvrell, qui se réservoll la couronne , vouloit faire du duc de Glocester un marchand de boutons. Le Jeune roi Louis XVII , et sa sainte et noble sœur, reçurent depuis , dans le Temple, les bénédictions de Louis XVI.

Un comité nommé par la haute cour avoit choisi le lieu de l'exécution ; l'échafaud fut bâti devant le palais de Whitehall , et élevé au niveau de la salle des banquets. En conséquence de cette disposition, Gharles se devoit trouver de plain-pied avec son trône nouveau, lorsqu'il sortiroit par les fenêtres. La main de Dieu avoit écrit sur la muraille de cette salle des festins la ruine de Tempire des Stuarts'*

Le roi avoit demandé l'assistance de l'évêque Juxon , vertueux défenseur de Strafford ; elle lui flit accordée à la sollicitation de Peters, ceprédicant fanatique qui ressembloit assez aux curés de Paris sous la Ugue. Herbert , qui ne quittoil point son maître, couchoit sur un grabat auprès de son lit.

Dans la nuit do 29 au SO Janvier, le roi. dormit profondément Jusqu'à quatre heures du matin. Alors il réveilla Herbert et lui dit : « Le Jour « de mon second mariage est arrivé; il me fiml ft des vêtements dignes de la pompe. » Il Indiqua les habits qu'il vouMt porter; il mit deux Âe-

Quelques Mémoirei disent qa*0B avoit pnUiqué une oave^ tmt 4nu le nior.

LES QUATRE STUARTS

mises à caase de la rigueur de la saison : « Si je « tremblois, dit-il, mes emiemis i*attribueroient « à la peur. «»

Charles s'étoit aperçu qu'Herbert avoit eu uo sommeil agité ; il lui en demanda la eause : « J'ai « rêvé, dit le serviteur, que je voyois entrer l'ar^ « clievéque Laud dans votre chambre; vous lui « avez ordonné de s'approcher de vous, et vous « lui avez parlé d'un air triste. L'archevêque a « poussé un profond soupir, et s'est retiré en se n prosternant. » Charles, frappé de ce songe, répliqua : « L'archevêque est mort: s'il étoit vivant, «je lui aurois dit quelque chose qui l'auroit fait « soupirer. »

Le monarque passa quelques heures en prières avec l'évéque, et reçut la communion de la main de ce véritable ami de Dieu. Le républicain Lud* iow travestit cette scène pathétique : il raconte que Juxon, appelé par Charles, mit en hâte son attirail épiscopa^, et que le prélat, n'ayant rien de préparé sur la matière, lut à son pénitent un de ses vieux sermons. Les Mémoires de Cléry falsifiés par ordre des intéressés altèrent les paroles du roi martyr, et tournent en moquerie les actions de la vertu et du malheur.

Hcrl>ert rentra dans la chambre du roi , et bientôt le colonel Haclîer vint annoncer qu'il étoit temps de partir pour Whitehall.

Charles vêtu de deuil , le collier de Saûit-Georges sur ja poitrine, un chapeau orné d'un panache noir sur la tête (ainsi Faikland s'étoit paré pour mourir ) , sortit à pied du palais de Saint- James , le 30 janvier 1649 (vieux style), vers les huit heui'es du matin. Il traversa le parc entre deux détachements de soldats : ses serviteurs et ses geôliers, le colonel Thomlinson lui-même, chef de sa garde funèbre , l'accompagnoient tête nue ; le respect étoit égal à la grandeur de la victime.

Le roi entra dans son palais de Wlûtehall : on lui avoit préparé un diner ; il ne prit qu'un peu de pain et de vin , encore par le conseil de Juxon. Deux heures s'écoulèrent avant qu'il fût appelé au supplice : on n'a pu que former des conjectures sur ce délai mystérieux.

Les ambassadeurs de Hollande n'étoient arrivés à Londres que le 25 janvier ; ils n'eurent audience des communes que ie 29 au soir, la veille même de la catastrophe.

Seymour étoit avec eux; il apportoit deux lettres du prince de Galles , l'une adressée au roi ; l'autre à Fairfax , et de plus un blanc-seing du

prince : Seynurar avoit ordre de déclarer 401 les parlementaires pouvoient écrire sur ce h\mi seing toutes les conditions qu'ils jugeroient & popos d'imposer pour le rachat de la vie du pri^ sonnier , le nom de l'héritier de la couronne qJ se trouveroit au bas de ces conditions deviendrai | ie garant de leur acceptation pleine et entière»' Cet incident put jeter de llncertitude dans lei esprits ; et s'il fût arrivé quelques jours pli» tât^ il auroit peut-être sauvé ie roi. Quoi qu'il en soit| il est certaio qu'on delii)éra au pied de l'échir faud; le sacrifice fut suspendu deux heures pir une raison qu'on ignore. On trouve une preoif singulière de l'hésitation des conjurés jusqu'à dernier moment.

Fairfax étoit à Whitehall pendant i'eiécntiOD; il avoit refusé d'être du nombre des juges; il se* toit opposé à l'arrêt, et lady Fairfax encore plus que lui; il avoit menacé de soulever les soldats de son régiment; il ne fut trompé, comme do« l'avons vu , que par les jongleries de CromwelL Herbert le renccmtra entouré de quelques officiel! dans un corridor de Whitehall ; Fairfax Tapercevant , lui dit aussitôt : « Comment se porte le « roi ? » I^ question parut étonnante à Herbert. Fairfax croyoit donc qu'on négocioit? il ignorait donc où en étoient les choses? I^ droiture sans les lumières a les résultats de la méchanceté :d elle n'accomplit pas les faits , elle les laisse a^ complir, et sa conscience même lui est un piég^

Peut-être aussi le retard provint-il de la diffi* culte de trouver des bourreaux et de leshabillff pour la scène. Le jugement des régicides fait voir qu'on ne se servit pasde l'exécuteur ordinaire;qae tous les soldats d*un régiment , appelés sous ser* ment secret à cette œuvre , dénièrent leurs bras, et que Hulet (officier accusé au procès d'aToir été le l)ourreau} soutint, dans sa défense, qn on l'avoit retenu prisonnier à Whitehall pour avoir refusé la hache d'honneur des régicides.

Le colonel Thomlinson eut l'humanité de pe^ mettre à Seymour de donner à Charles la lettre de son fils. Seymour reçut les dernières instroe* tions du roi pour ie prince de Galles. A peine s'étoit-il retiré que ie colonel Hacker entra : il ^^ coit annoncer au monarque le dernier moment.

Charles suivit sans hésiter le colonel. Il tmversa , accompagné de Juxon , une longue ^^ bordée de soldats : ceux-ci étoient bien changés; leur contenance annonçoit la part qu'ils prennent enfin à une^si liaute infortune. Le roi sortit ptf

MOBT DE ROI.

lis

rextiAnité de la galerie , et se tfouTa SGDdaiD sar réchtfaiid : dix heures et demie sonnoient.

L'édbafliQd éloit tapissé de noir. Deux IxHir* \jfmx masqués, mystérieux fimt6mes qui augtneatoient ia terreur de ia catastrophe, se tenoient iUwot auprès du biilot sur lequel on voyoit bril- ■ kr h haehe : tous les deux étoient uniformément tétn d'un habit de boucher, espèce de sarrau éM de laine blanche ; l*un , à cheveux et à barl)e ttin, porti^t un chapeau retroussé ; Tautre avoit ise loogue barbe grise; sa tète étoit couverte (Ame perruque également grise, dont les poils ['dépars pendoient sur son masque. Quatre anneaux de fer étoient scellés dans Féchafaud ; on y devoit des cordes pour forcer le roi à poser la r^éle sur le billot , en cas qu'il eût fait résistance * , les anciens sacrificateurs attachoient le n à l'autel. Des régiments de cavalerie et iterie, en casaques rouges, environnoient 'êcliafiiud : un peuple innombrable , placé hors la portée de la voix de son souverain , se prèseo silmce au delà des troupes.

Gharies, du haut du monument ftmèbre, doit ce formidable spectacle : il y avoit dans regards quelque chose d'intrépide et de serein, se pouvant faire entendre de la foule y il parla toQtes sortes d'affaires aux personnes qui l'ent. Il ne se montrott ni effrayé ni pressé mourir; on l'eût pris pour un homme occupé sa chambre de l'action la plus commune , que ses serviteurs préparent le lit de son npos.

On vendit le soir, dans les mes de Londres , vue relation populaire des derniers moments du ni : dlealxmdeen ces petits détails oàse plaisent I» Anglols. Dans ces portraits faits sur le modèle lisant, il y a une naïveté , une nature que toutes I» copies du monde ne peuvent reproduire. Voici cette relation : on y remarquera la liberté d'esprit de Charles, les discours de ce prince mêlés ée controverse religieuse et politique : le royal orateur sembloit oublier qu'il étoit là pour mourir ; lenlement ses parenthèses relatives à la hache montraient qu'il se souvenoit de tout. On sera eacore frappé, dans ce récit, de la douleur des assistants et du respect même du bourreau : Hulet, le masque à la barbe grise, ne porta le coup ^ par Tordre de celui qui seul avoit le droit de le eommander.

Nous nous servons de la traduction francoise

' Kegkidn triai

ai4TtiCmi9IO. ->< TOMU n.

de cette pièce, fiiite en I64d, et qui es! aussi naive que l'original.

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