‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 99 sur 279 · I.E PROTECTORAT · texte numérisé non relu

I.E PROTECTORAT

DE 1653 k 1058.

Il étoit fadle à Cromwell de eoavoqoer un .parlement libre ; U ne le voulut pas : il ofaereboit le pouvoir, non la liberté. L'Angleterre d'ailleurB éUÂi lasse de parlem^its; après Fanarebie on itspirmt pour le despotisme. Le conseil des olOeiers qui avoit présenté la pétition décisive s'arrogea le droit d'éleetion ; il choisit (toi(iours à la jEBggestioD de CrOmweli) dans le parii milléuaire les hommes les plus obscurs, les plus ignorants, les plus fanatiques s cent quarante^iuatre personnages, ainsi triés, furent revêtus du pouvoir . souverain. Le mi^r général Lambert , qui se disoit républicain et qui n'étoit que servile ; Uarprison, sincère démocrate et d'un esprit borné, prêtoient les maiqs à toutes ces violences. Harriaon , sectaire de la cinquième manurekie, demandoit seulenaent que le nouveau conseil fâft composé de soixante-dix membres, pour mieux resseaftWer au sanhédrin des Jui&. Dans le dub .législatif des cent quarante saints , il falloit avoir de longs noms composés et tirés de rÉcritore, comme dans nos clubs on s*«ppelolt Seœvola et Brulus. Des deux frères Barebone, l'un, le oorroyeur, s appeloit I/me-Dieui l'autre, jii Christ n' étoit pas mort pour vous, vous seriez damné, Barebone, Ce Barebone, dont le nom signifie en françois décharné, donna son nom aux cent qu» ra^te^quatre : au parlement croupion succéda le parlement damné Barebone^ ou le damué décharnée

Sur une liste de jurés du comté de Sussex on voit les noms de White d'Emer, combats pour la bonne cause de la foi; de Pimple de Wbitam, Mêe le péché; de Harding de Lewes, j^^iii de h ^rdce. Lorsque les saints entroieni en séance à .Westnoinster, ils récitoient des prières, cherchoient le Seigneur des Journées entières , et expliquoient l'Écriture : cela fait^ ils s'occupoient des affaires , dont Us se croyoient saisis. Creiavvell ouvrit la session dea décharnés par un ditcours qa*il accompagna de pieuses larmes, remerciant le del d'avoir assez vécu pour assister au oommencemeni du règne des saints sur la terre. Au fond de toutes ces folies, les nouvelles mœurs se formoient, et les institutions prenoient racine. Ces caractères u'étoient si ridicules que parce qu'ils étoient originaux ; or tout ce qui est fortetment constitué a un principe de vie. Les courti-

sans de Ouirlei scMod purent rite, miAs en fanatiques de bonne fol lalasèraot une wflènpostérité qui a fisit raison descoovtlsans.

Whltelocke prétend que quelques hommes éclairés et d'un rang élevé se tronvolent daas k parlement Barebone. Ludlow représente les êéclamés comme un troupeau d'honnêtes niait, ressemblant ass^ea à nos théof^tonthropes. Wl» teloeke étolt un parlementaire timide, quiafoH fW de peur de condamner Charles 1^, el qaise rangeoit toujours du parti do ptas fort; Ludlow étolt un parlementaire décidé , meurtrier du roi et ennemi de CromwelU

Cinq mois s'étoient à peine écoulés lorsque In cent quarante-quatre saints, ne pouvant plu gouverner an milieu ée la risée puMîque, dmy gèrent Rouse, leur orateur, créature de Orom* vrell , de remettre l'autorité entre les mains de ceiQi qui les en avoit revêtus. Gromwell l'avoit prévu : il accepta en gémissant le poids de Tmiterité souveraine.

Quelques pamvres d'eaprit qui n'étolent pss d» la fiiction militaire s'obstinèrent à siéger, malgré la désertioB de l'orateur et du sergent qulavail emporté la masse. Leci^staine White entra dam la eliambre, et demanda à ces saints enlétésoe qu'ils ûdsoieiA là (12 décembre t6M). «1^ « cherchons le Seigneur, » répoadireol'ils. « Alki « donc ailleurs, s'écria White; lo Seignear a'a « pas fréquenté ce lieu depuis longues années; > et U les fit chasser par aea «btren. Le véritaUe principe républicain existoit pourtant alors dass l'armée angloiae plus que dana les autorttos dti* les; mms il ne peut y avoir d'aHianee durable entre le pouvoir coasiitutîonnel el l'aulortté lâlttaire : quand la liberté se réfugie à l'watel delà victoire, elley est bientôt immolée; on laaaenr fie pour obtenir le vent de la fortune»

Tous les différenu pifrtis, excepté tdm i» saints et celui des républicams véritables, le parti du roi, le parti de l'épiseopat t le parti a^* taire^ le parti dea gcais de loi ^i avaient craW la réforme des coutumes et la simplilcatiea d9 code de procédure^ tous les intéréta, toutes kl ambltiona, toutes les corn;qplions, toutes ksi*^ situdes applaudissoient aux entreprises de Cromwell : U fut complimenté par l'armée, la A)ttCi les autorités civiles* On attendoît avec aaxiél^ et curiosité ce qu'il alloit faire du pouvoir •' ^ fabrique étoit toute prête et see ouvrirra i l'œuvre.

LE PROTEGTOBAT.

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LecooseU des ùBkkm est CMYoqué. Le ma* Jor léoM LaiBbert Ut na écarit intitulé : Instrument de fempemement, CéUnt une oonstitutioû fHpiafait la poisauioe législative dans un parkawl et dans un protecteur. 11 y étoit statué qieks membre! de ce pariement seroient eboiiifir le peuple ; ipiHto siégeroieDt tous les ans d^iBoisselaiLie bon plaisir du protecteur; que kfteteeêeur&noii le veto suspeoMf ; qu'il nommmàX à tous ks emplois civils et militaires ; que tes llDtervalle des sessions, la nation seroit (osicmée par le protecteur et par un conseil coupon de Tingt et UA membres au plus, de Mm su moins.

Od rappHa Cromwell â'aoeepter le protectom : il se rendit gradeusement aux vœux de ses peuples. Le maire et les alderroen de Londres fu- NBl requis de se trouver à une parade d*lnstûlirtiou à la salle de Westminster. Le Protecteur prêta serment à Vinstrument de gouvernement ^ étoit son OBuvre. Le général Lambert, un ge> an ta terre, lui présenta une épée dans le fourmm; les eommlssaires loi remirent les sceaux; le naire de Londres lui donna une épée nue, cCleii^dcs Sluarts alla, monarque absolu des tnit royaumes, oeacber dans le palais du roi qa'y avoit assassiné.

Le premier parlement convoqué par Gromwell ae répondit pas à son attente : il s'y manifesta un eipritde bberté que l'oppression militaire a*avoit paélQoOer. En vân le Protecteur, à Touverture 4e ee parlement, parla des exeès de cette lll>erté , iéclaoïa contre ce qui lui avoit donné la puisiBDee,lcsagilatears, lesnlveleurs, les millénaires files diverse» autres sectes; en vain il s*éleva Mie une égalité cbimériqne , et loua la division éekbsass en iM^bles, gentiishemmes et bourgeob : MU diMours éloît raisonnable au fond, d'aocord ■(ne avec Topinion nalionale, encore arrêtée •Qx priacipes de randenne société; mais ce B*é« WH pas là la question pour les communes. Elles Bas*occ«pèreiit que du pouvoir du Protecteur, et éb laoauvalaeoriginede oe pouvoir. Le pariement as voyait pas qu'il étoit tout auesi illégitime que Ib pioteelatat; Tua et l'autre n'existoient q«*en vertu d'une prétendue oonstitutton Mte par qui a'avoit pas eu droit de la Caire.

CnxaweU en pérU n'hésita pas : violer la repré* seotation nationale étoit devenu, depuis l'épura* liDuduIsng parieneut, mieaofte de jiurisprudence ItliUVie. LspnateelMr pinça desgsôdesà la porte

de Westminster; ils avoienit ùtàtt de ne laisser entier que les députés oonsentaut à souscrire un. engagement en vertu duquel Us reconnoltreîent l'autorité du parlement et d'un eeui. Cent trente membres signèrent tout d'abord; plusieurs autres meminres s^empresaèrcnt ensuite d'imiter la turpitude de leurs collègues. Rien n'est plus rempli d'émulation que la bassesse : il y a des espèces ds vils béros que les succès de la lîeheté enqpécbeat de dormir.

Cromvrell , devenu Protecteur, prit le titre d'Altesse. Des médailles furent frappées en son honneur ; Tune le représentoit en buste avec cette inscription : Oliverius Dei graHUy Reipubliecf AngtiWy Scotiœ et Hibemiœ Proiector; au re^ vers étoit Técusson d'Angleterre ; autour on lisoit ces mots, gravésdepuissur lesmonnoiesdu teBaps^ Pax quœritur betlo. D'autres médailles eClrent un grand olivier, à i*omlNre duquel s'élèvent deux, petits oliviers, symboles du Protecteur et de ses deux fils. L'inscription porte : Non déficient oU^ variL La flatterie ne parloit pas aussi iilen lalia qu'au temps de Tii)ère.

Lorsque les officiers vinrent eompitmeater CromweH sur sa modestie à n'avoir accepté que le titre de Pn>^«foirr, il porta la main à son épée 7 < Elle m'a élevé, leur dit-il; si Je veux monter • plus haut, elle me maintieaâra an rang qu'il me *« plaira d'occuper. »

Quelles que soient néanmoins la pusillanimité des hommes et la craii^ du pouv<rfr, il est fn^ possible d'éteindre, dans une assemblée déférante , tout priadpe vitaL Les membres des comr' nnnes, malgré leur engagement signé, tout en examinant avec modération 1 ^instrument de gcf^ vemementy se réservèrent la nomination du sue« cesseur de Gromwell ; ils rejetèrent le prbacipe du protectorat héréditaire, à la majorité de dcmc cents voix contre soixante.

Les cinq mois de la session expirés , Cran welt rassembla le parlement (M janvier I6S5) dans 1» chambre peinte. Il serépandit en outrages , traHê les députés de parricides pour lui avdr contesté son autorité, à lui régicide; H leur déi^ra que^ si la république devbtt souffrir, meilleur éleil qu'elle fût dépendante des riches que des pau-^ vres , qui , selon Salomon , torsqu'ils oppriment , ne laissent rien après eux. Cromwelt av<rit été blessé de la discussion relative à rhérédHé du protectorat : il vouloit dissimuler sur ce point; mais entraîné^ osmsse le sqat tous tet bonuass y

LES QUATRE STUARTS

à parler de la chose même où il se sentolt foihie , il déclama lui-même contre le protectorat héréditaire, laissant par là aux principaux officiers, et particulièrement au major général Lambert, l'espoir de lui succéder.

Le parlement dissous, Gromwell en convoqua un autre pour lever, disoit-il, l'argent nécessaire au service de l'armée et de la flotte , pour confirmer l'instrument de gùuvemementy et enfin pour légaliser Tautorité des majors généraux» Ces majors étoient des commissaires militaires , chargés de lever sur les biens des royalistes, à eause de quelques mouvements insurrectionnels, une contribution arbitraire d*un dixième de la valeur de ces biens. Gromwell corrompit autant qu'il le put les élections, et cassa celles qui lui étoient le moins favorables.

De tout cela sortit enfin un parlement qui , sous le nom &* humble pétition et avis, Invitoit le Protecteur à prendre le titre de roi et à former une autre chambre, c'est-à-dire une espèce de chambre des pairs, composée de soixante-dix membres à la nomination de CromwcU.

Gromwell se crut obligé de refuser la couronne par un long et obscur discours, où Ton découvroit à la fois ses l'cgrets de repousser le diadème , et sa satisfaction de remettre au théâtre la parade de Gésar. Il avoit plusieurs fois fait traiter devant lui la question du meilleur gouvemetnent; c etoit à peu près à la même époque que le grand Goraeille écrivoit la scène de Ginna.

Buonaparte n'hésita pas à se couronner, soit qu'ayant plus de gloire il eût plus d'audace , soit que la France, plus malheureuse dans sa révolution que l'Angleterre ne l'avoit été dans la sienne , craignit moins de perdre la liberté.

Le nouveau parlement confirma et conféra de nouveau à Gromwell le titre de Protecteur avec la faculté de nommer son successeur, ce qui , par le jhit, rendoit le protectorat héréditaire. Ge parlement fut encore renvoyé à cause des alarmes qu'il inspira à son maître ; peut-être Gromwell en vouloit-il secrètement à ces députés trop naïfs, de ne lui avoir pas mis de force la couronne sur la tête. L'usurpation se livroitainsiàcesfréquentcs dissolutions qui avoient pei*du la légitimité; mais le bras de Gromwell étoit autrement puissant que celui de Gharles ; ce bras pouvoit soutenir debout des ruines qu'une force ordinaire n'auroit pu empêcher de tomber.

Mettez à pari l'illégalité des mesures de Grom-

well , illégalité dont , après tout , il iUxà peut-être obligé d'user pour mamtenir son illégale puissance, lusurpation de ce grand homme fut glo« rieuse. Au dedans il fit régner l'ordre : comme beaucoup de despotes , il étoit ami de la justice en tout ce qui ne touchoit pas à sa personne, et la Justice sert à consoler les peuples de la perte de la liberté. Le fanatique, le régicide Gromwell, parvenu au pouvoir, fut tolérant en religion et en politique ; il fit passer le 1^11 de la liberté de culte et de conscience ; il employades royalistesavoaés: Haie , magistrat int^re, zélé partisan desStuarts, fut placé à la tête de la magistrature; MoDk,(im commanda les armées et les flottes du Protecteur,, étoit un royalistefaitjadisprisonnier sur le champ de bataille par les parlementaires : il s*ea souvin lors de la restauration.

Gromwell aimoit et protégeoit la noblesse an* gloise. Gette noblesse ne périt point, comme de nos jours la noblesse françoise, parce qu'elle ne sépara pas tout à fait sa cause de la cause géoéraie , et qu'en même temps la révolution de 1640, entreprise en faveur de la liberté, et non de l'égalité, n*étoit point dirigée contre l*aristocratie. LesFalkland, lesStrafford, les Glarendon a voient été membres de l'opposition dans ces fameux pa^ lements qui contribuèrent à restreindre les privilèges excessifs de la couronne : il y eut une chambre des pairs Jusqu'à la mort de Gharles P'. Essex, DenMgh, Manchester, Fairfax, et tant d autres, se distinguèrent dans le service parlementaire de terre et de mer; une foule de lords entrèrent dans Tadministration, se firent élire membres des communes aux parlements de la république et du protectorat, parurent dans les conseils, et Jusqu'à la cour de Gromwell. 11 dY eut point d'émigration systématique; quelques individus nobles périrent, mais le corps patricien, ayant suivi et même devancé le mouvement de la nation , resta tout entier dans cette natioD.

L'administration de Gromwell fut active, vi* gilante, vigoureuse , mais trop fondée sur la cor* ruption de la police, pour qui Gromwell avoit un penchant décidé, et à laquelle il sacrifioit des sommes considérables. Tous les services étoieot payés régulièrement un mois d'avance; de gros* ses pensions , accordées à des hommes omsidërables , créoient des intérêts, si elles ne pouvoient créer des devoirs*

Au dehors, Gromwell acheva d'humilier Ia Hollande et de faire reconn<rftre la supériorité du

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