‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 107 sur 228 · CHAPITRE LXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXL

Influence de la révolution républicaine de la Grèce sur la Perse — et de la révolution républicaine de la France sur l'Allemagne. Causes immédiates de la guerre Modique, ^ de la guerre républicaine. Llonle * . Le BrabanL

Les différentes colonies que les Grecs avoient fondées sur les côres de l'Asie-Mineure étoient tom])ées peu à peu sous la puissance des rois de Lydie *. Celle-ci ayant été à son tour renversée par Gyrus, les villes d'Ionie passèrent alors sous le joug de la Perse ^.

Elles ne connurent cependant que le nom de l'esclavage. Leurs maîtres leur laissèrent leur ancien gouvernement populaire, etn'exîgeoient d'elles qu'un léger tribut ^ ; mais les habitants de ces cités, incapables de modération, ne connoissoient pas de plus grand tourment que le repos. Amollis dans le luxe et les voluptés, ils n'avoient conservé de la pureté de leurs mœurs primitives qu'une inquiétude toujours prête à les plonger

^ Me voilà à la fin de oe qui forme dans cette édition (celle de 1S26) le premier volume de l'Essai. Jamais coupable ne s'est imposé ])énitence plus rude. Il ne faut pas oroire que Je n*aie pas souffert en me traitant comme je viens de le faire. Je défie la critique la plus malveillante d'aller au delà de la mienne 7 car je n'ai pas plus ménagf^ mon amour-propre que mes principe/; Je m'épargnerai encore moins dans les notes du second volume.

néanmoins qu'il me soit permis à présent de demander au lecteur ce qu'il pense de ce qu'il vient de lire? Est-ce là ce livre qui devoit révéler en moi un homme tout anlra que l'homme connu du public? Que voit-on dansi'jïMai? est-ce un impie» un révolutionnaire, un factieux ou un jeune homme accessible à tous les sentiments honnêtes, impartial avec ses ennemis, juste oontre lui-même, et auquel, dans le cours d'un long ouvrage , il n'échappe pas un seul mot qui décèle une bassesse de cœur? V Essai est certes un trés-méchant livre ; mais si l'on ne veut , si l'on ne doit accorder aucune louange à l'aoteur, peut-on^lui refuser de l'estime?

Littérairement parlant, Y Essai touche à tout, attaque tous les sujets, soulève une multitude de questions , remue un monde d'idées, et mêle toutes les formes de style. J'ignore si mon nom parviendra à l'avenir; je ne sais si la postérité entendra parler de mes ouvrages ; mais si V Essai échappoit à l'oubli , tel qu'il est en lui-mémé cet Essai , et tel qu'il est surtout avec les JS'oies critiques, ce serolt un des plus singuliers monuments de jbm vie.

(N. ÉD

' Je comprends sous le nom général de Vlonie, l'Ionie prp* prement dite, l*£olid€ et la Doride.

> HEBon. , lib. I , cap. vi.

* Jd,, ikid,, cap. cxu ; Ttracm., IIIk f , eap. zvr.

* HgBOD., lib. VI, eap. iui,xuii.

RÉVOLUTIONS ANCIENNES

dans les malheurs des révolutions, sans qu'ils fussent Jamais assez vertueux pour en recueillir les fruits '.

Les colonies grecques-asiatiques formoient un corps de républiques qui se gouvemoient par leurs propres lois, sous la protection de la cour de Suze * , de même que les États fédératifs des Pays-Bas sous la puissance des empereurs d'Allemagne. Plusieurs fois les premières avolent cherché à se soustraire à la domination de la Perse ^ sans avoir pu y parvenir. Dans la dix-neuvième année du règne de Darius, les peuples de l'Ionie se soulevèrent à la fois ^. Le motif général de l'insurrection étoit ces plaintes vagues de tyrannie , le grand texte des factieux , et qui ne veut dire autre chose, sinon qu'on a besoin d'expressions figurées pour éviter d'employer au sens propre, haine, envie, vengeance, et tous ces mots qui composent le vrai dictionnaire des révolutions.

— Le Brabant, autrefois partie du duché de Bourgogne , étant passé , après plusieurs successions, à la maison d'Autriche, demeura en possession de ses privilèges politiques, formant une espèce de république soumise à un grand empire.

Le caractère des Flamands, considéré au civil, présentoit encore des analogies frappantes avec celui des Grecs-Asiatiques. Indomptables dans leur humeur, les habitants des Pays-Bas tendoient sans cesse à s'insurger, sans autre raison qu'une impossibilité d'être paisibles. La république du brasseur Artavelle^, le bannissement de plusieurs de leurs comtes ^ , les révoltes sous Charles le Téméraire?, les grands troubles sous Philippe II ^, ne prouvent que trop cette vérité. Les innovations de Joseph étoient plus que suffisantes pour soulever un peuple impatient et superstitieux. Dans un instant les Pays-Bas furent en armes; et l'empereur germanique s'aperçut trop tard qu'il avoit méconnu le génie des hommes 9 «.

> Atheic., lib. x»,pag. 5S0; Herod., Itb. ix, cap. civ; THUCYD.,lib. Yi, cap. lxvii, lxxtii; Xknopd., IfutiL Cyr„ pag. 156; Dioo. , lib. Xîy ; PàUSAii., lib. m.

' Herod., Ub. i, cap. cxuti; Strab., Ub. viii, cap.

CCCLXXXIT.

3 Herod. , lib. i , cap. ti.

* /d., lib. V, cap. xcnii.

^ FRoi88ARD,chap. XXXIV ; DAN.,tom. m, pag. 418, etc.

* FROI88ARD, chap. xxiT ; HVMB's Hiêt, o/EngL, t. il, p. 895. "> Phiupp. de Commin.

« Bestiv., Guer. di Fiaiitf., Hb. I , pag. 10, elc; Ub. n; Camden , tfi Elizab,

* TftU PoU de Joseph.

" Je n'ai aucune remarque à faire sur oe diapitre : c'est toujours la suite de ces eooipanisons dont J'ai montré ai

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