‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 109 sur 228 · CHAPITRE LXin · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXin

Preinlères campagnes. An 3 de la solxante-dooiième olympiade K — 1792. Portrait de Miltlade. ^ Portrait de Dumourlez. Bataille de Marathon. — Bataille de Jemmapes. Accusation de MilUade, — de Dumouriez.

Les Perses , ainsi que les Autrichiens , se déterminèrent à tirer de leurs ennemis une vengeance éclatante. Les premiers firent partir Datis à la tête decentdix mille hommes, ayantsous lui le prince athénien Hippias ^. — Les seconds s'avancèrent sous le roi de Prusse conduisant les frères deLouis XYL L'armée asiatique , après s'être emparée de quelques lies voisines dei'Attique, descendit victorieusement à Marathon 7. — Les troupes coalisées contre la France , s'étant saisies de plusieurs places frontières, se déployèrentdans les plaines de Champagne.

La plus extréme.confùsion se répandit alors en Grèce ', — en France. Les uns, partisans de la royauté , se réjouissoient en secret de l'approche des légions étrangères 9; d'autres, dont les opinions varient avec les événements , commençoient de s'excuser de leur patriotisme passé '**; enfin , les amants de la liberté, exaltés par le danger

* Herod , llb. T, cap. xcTi.

> Je connience la guerre Médique au moment où les Athéniens prirent une part acUve dans la révolte des Ioniens. Il n*y eut alors aucune déclaration formelle de guerre; elle n*eut lieu que lors de rinvasion de Xerxès.

' HERon. , llb. ▼ , oap. en.

< /tf., ihid,, cap. au.

* Il faut bien me laisser fau« des tableaux, puisque mon système le veut ainsi. Mais je dois remarquer, pour la vérité liistorique, que je torture ici quelques passages d'Hérodote, et que je ne suis pas même exact dans le récit des premières hostilités des Françoia en 1792. (N. En.)

* Quatre cent quatre-vingt-dix ans avant!. C.

* HERon., Ifb. vi, cap. xcnr-cii; Plat., de Leg., Ub. m; C0R?r. Nep., m MilL^ cap. ▼.

' HERon., lib. Yi , cap. ci ; G. Nbp., in Miii»

" Plat., de leg., lib. lu.

' Herod., lib. vi.

** Jd.t t'^Ml., cap. xuii.

KÉVOLUTIONS ANCIENNES.

des droonstaneet > sentolent leur ooarage s'augmenter en proportion des malheurs de la patrie ', et Je ne sais qtioi dé sublime qui tourmentoit leurs âmes*.

Au nom de Miltiade , on frissonne d'un saint respect , non que l'éclat de ses victoires nous éblouisse y mais parce qu'il arracha son pays à la servitude K Les qualités guerrières de cet homme fameux furent l'activité et le jugement *. Ck>nnoissant le caractère de ses compatriotes, il ne balança pas à les précipiter sur les Porses , à Marathon^ certainque laréilexion étoit dangereuse à ces bouillants courages. Les traits du général athénien brilloient de ses vertus , dirçîl-Je de ses vices? Un front large, un nez un peu aquilin, une bouche ferme et compressée, une vigueur de génie répandue sur tout son visage , montroien t le redoutable ennemi des tyrans, mais peut-être l'homme un peu enclin lui-même à la tyrannie ^^. Le poignard d'un Brutuspeut être aisémentforgé dans le sceptre de fer d'un César; et les âmes énergiques, comme les volcans, jettent de grandes lumières et de grandes ténèbres*

De petites formes , de petits traits, un ahr remuant et pertinent, cachent cependant dans M. Dumouriez des talents peu ordinaires. On loi a fait un crime de la versatilité^ de ses principes;

* Berod., Ilb. VT, cap. iuii.

* Si l'on me demandoit ce que j*aî voulu dire par celte phrase , je ne saurais trop que répondre ; mais telle qn'elle est» cette ptiraae, elle ne me déplali pas» et Je crois, sinon la comprendre, du moins la sentir. (N. £d.)

^ C'est un émigré qui écrit cela. (N. En.)

> HERon., Ub. VI , cap. cxTi-cxx ; C Mep., in MUt,; Plut., tfi Arist,

3 HBROii., lib. ¥J, cap. ai; Plut.» m ArUU, pag. asi; On». IfEP., in MUt., cap. Y.

* Voyes In différentes tèles de Miltiade en gemme, Ta! dessiné celle dont Je me sers d*aprèB une excellente eoUectkm d'estampes antiques « gravées à Rome, en 1600, sur les originaux, et que le Rév. B. S. a bien voulu me communiquer.

^ Portrait à ta manière d*une mauvaise école. Je me montre plus rigoureux ici que les Athéniens , car à la seule inspection des traits d*un grand liomme, plus ou moins bien reproduits par la gravure, je déclare Miltiade un peu enclin à la tyrannie. Cela prouve que j'aurois fait pendre les tyrans sur la mine. (N. En.)

* Cette fiieilité de ooafironter les honmies d'un Jour avec les honmies des siècles, de comparer des personnages ▼!• vaots, dont le nom est à peine oonmi , à des persooMgei

qui reposent depuis des milliers d'années dans la tomhe , et dont le temps a sanctionné la gloire; cette tacilité est un prodigieux exemple de la folie de Te^prit de système. Qu il y a déjà loin dn jugement que Ton prononçoit snr Dumouriez en 1794, k celui que Ton porte de ce général aujourd'hui! (N.Én.)

supposé que oe rqpiociie ttt vrsi) awol^U éli plus coopable qne le reste de son siècle? Nowaih très Romains de eet âgede ycrtn^ tous tant qiM nous sommes, nous tenons en réierve nos eot* tûmes politiques pour le moment de la i^èee; et, moyennant un demi-éeu qn'on donne à la porte, diacun peut se procurer le plaisir de nous folie Jouer avec la toge ou la livrée, tour à tour, uo Gassius ou un valet ■.

Rassurés par la noble eonfiance de Miltiade, les Athéniens volèrent au combat. — Les François, conduits par Dnmouries, cherchèrent Vw* mée combinée. Les Perses et les Prussiens, par la plus incroyable des inactions , semblotent ps^ ralysés dans leurs camps '. Bientôt les demias Airait contraints de se replier, en abandonoant leurs conquêtes , et les républicains marchèreflt aussitôt en Flandre. Marathon et Gemmapes * oH appris au monde que Thomme qui défoid m foyers, et l'enthousiaste qui se bat au nom de la liberté , sont des ennemis formidables.

Un calme de peu de durée succéda à oes pre* mières tempêtes. Les Athéniens et les Françoiila remplirent de leur ingratitude. Miltiade et Di<

« La satire historique n'est paa rhlstoira ; la salîR Us* torique juge la société générale par les eiceptions; oa sacrifle une vérité à une phrase brillante. H arrive cependant qne des hommes reoipUs d'indulgeoee et de phitantiMi* ont quelquefois du penchant à la salira , mats alors eUs n'est chez eux qu*une arme défenslTe , taindis que cette a^ me est offensive entre les mains des véritables satiriques.

Si je nem*éloiafiût une loi de ae rien changer ao lests de Y Essai, j'aurois elbûé dans ces passages les incorreetlons d'un écrivain jeune et peu exercé. Par exemple, il thlloft écrire ici : « Pour on peu d'argent qn'on donoeih « porte, chacun peut se procorer le plaisir de noas tûtè * jouer en toge ou en livrée le rOle d'un Cassios on cdoi « d'un valet. » (N. En.)

■ 11 y avoit dix généraux dans Tannée athénienne qui é^ volent commander chacun à leur tour, mais Us cédèrent cet honneur à MUttadc. Gelufr^ cependant attendit qw Is /oar où il commandoit de droit fût arrivé pour donner la bsUilii' D'id II résulte qne la petite poignée de Grecs, se asootaitt 1 dix mille Athéniens et mille Platéens, restèrent plosleun Jours en présence des cent dix mille Pênes, sans qne eeai<l songeassent à les attaquer. Quant au roi de Prusse, Il se donna le piaislr pieux de réinstaller Tévèqne de Yerdan dans isa siège épiscopal , et dVntendre les chanoines chanter la nMaeti la grande satisfaction de tous les assistants.

* Ocadeox bataillas, si seoBblabka dans tmrsenMflpoar

la Grèce et pour la FrMice, diffèvcnt toUdamant qnaaisai circonstances. Dix milie AUiéalena déllrani eeat dta bIM Perses , et cinquante mille Français eurent bien de la psini A forcer dix mille Autrichiens. La retraite de Ckrfayt, spria la bataille, a passé pour un chef-d'ceuvre d*art militaire. Ui Perses perdirent six mille quatre cents hommes, les Greei cent quatre-vingt-douze. Tal vu deuxprisonntefspatiMasqoi s*éU>ient trouvéi à Gemmapes, et qui m*ont assoie que ta François y laissèrent de douze à quinze mille toés. » La kstaiile de Marathon se donna le 29 septembre^ 19a avant i* C* — Celle de Gemmapes, le 8 novembre l79i*

AVANT J. C. 490. = 0L. 7a. = l792.

;, ayant éprouTé quelques rêveras fùnUittiiiégde royaUsme % et de a'ètre laiafié oo^ napn par l'or de la Perae^ et de l'Autriehe. Le INaioraifira daoa lea fera, dea bleMurea qu'il mitreçncsà la déimae de la patrie^; leaeeond l'UrlMHi à la mort que par la fulte^

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