‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 11 sur 228 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

DE CONSXAMXITi A VALENTINIEN ET VALEMS.

* En entrant dans cette seconde Étode, vous rentrez avec moi dans l'unité du sujet. Je ne me trouve plus obligé de séparer les trois fstits des nations païennes , chrétiennes et barbares : ces dernières , ou fixées dans le monde romain , ou préparant au dehors la décisive invasion, se ^nt déjà inclinées aux mœurs et à la nouvelle religion de l'empire.

> Mille quarante-sept ans.

* CONSTANTm, emp. MiUlCELLllS, ECSÈBfi, tCELCtflAfiS, SIL*

vsmv f M ASOt AoJB I", pspn. aa ds I. c. asi7-ai7.

ÉTUDES

D'un antre cAté , le christianisme s'assied sar la pourpre; ses affaires ne sont plus celles d'une secte en dehors des masses populaires; son histoire est maintenant l'histoire de l'État. Bien que la majorité des populations soumises à la domination de Rome est et demeure encore longtemps païenne, le pouvoir et la loi deviennent chrétiens.

Des intérêts nouveaux , des personnages d'une nature jusqu'alors inconnue , sa révèlent. Depuis le règne de Néron jusqu'à celui de Constantin , les dissentiments religieux n'avoient guère été , parmi les fidèles, que des démêlés domestiques méprisés ou contenus par l'autorité ; mais aussitôt que le fUs de sainte Hélène eut levé l'étendard de le croix , les schismes se changèrent en querelles puUiques : quand les persécutions du paganisme finirent, celles. des hérésies commencèrent. A peine Constantin avoit-il pris les rênes du gouvernement, qu'Anus divisa l'Église.

Avec Arius parurent ces grands évêques nourris aux écoles d'Antioche , d'Alexandrie et d'Athènes, les Alexandre, les Athanase, les Grégoire, les Basile, les Chrysostême, lesquels, renouvelant la philosophie, l'éloquence et les lettres, poussèrent l'esprit humain hors des vieilles règles , le firent sortir des routines où il avoit si longtemps marché sous la domination des anciens génies et d'une religion tombée. Les Pères de l'Église latine, saint Paulin, saint Hilaire, saint Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin, conduisirent l'Occident à la même rénovation.

Les discours et les actions de ces prêtres. attiroient l'attention principale du gouvernement; ê les généraux et les ministres furent relégués dans une classe secondaire d'intérêt et de renommée. Les conciles prirent la place des conseils , ou plutêt furent les véritables conseils du souverain , qui se passionna pour des vérités ou des erreurs que souvent ilnecomprenoitpas. Le monde païen essayoit de lutter avec ses fables surannées et les systèmes discrédités de ses sages, contre un siècle qui rentrhinoit.

Le christianisme avoit eu à supporter les persécutions du paganisme : les rôles changent; le christianisme va proscrireàsontourlepaganisme. Mais étudiez la différence des principes et des hommes.

Les païens, comme les chi-étiens , ne tinrent point obstinément à leur culte, ne coururent point au martyre : pourquoi? parce que le polythéisme étolt à la foU l'idée fausse et l'idée décrépite,

succombant sous lldée vraie et rtijennle de l'nnité d'un Dieu. L'ancienne société ne trouva donc pas ponr se défendre l'énergie que la société nouvelle eut pour attaquer.

Jusqu'alors les mouvements du monde civilisé avoient été produits par les impulsions d'un culte corporel , les réclamations de la liberté , les uswi* pations du pouvoir, enfin par les passions poli« tiques ou guerrières : un autre ordre de fiiiti commence ; on s'arme pour les vérités ou les erreurs du pur esprit. Ces subtilités métaphysiques, obscures , qui le seront toujours, qui firent couler tant de sang, n'en sont pas moins la preuve d'on immense progrès de l'espèce humaine. Plus l'homme s'éloigne de l'homme matériel pour se concentrer dans l'homme intelligent, plus il se rapproche du but de son existence; s'il ne pe^ doit pas quelquefois le courage physique et la vertu morale, en développant sa nature divine, il atteindroit avec mohis de 1 enteur le perfectionnement auquel il est appelé.

Avec Constantin se forme VÉgUse proprement dite. Alors prit naissance cette monarchie reli* gieuse qui , tendant à se resserrer sous un seol chef, eut ses lois particulières et générales, ses conciles œcuméniques et provinciaux , sa hlérar' chie , ses dignités , ses deux grandes divisions du clergé régulier et séculier, ses propriétés régies en vertu d'un droit différent du droit commun, tandis que, honorés des princes et chéris des peuples , les évêques , élevés aux plus hauts emplois politiques, remplaçoient encore les magistrats inférieurs dans les fonctions municipales et administratives, s'emparoient par les sacrements, des principaux actes de la vie civile, et devenoient les législateurs et les conducteurs des nations.

Remarquez deux choses peu observées, qui vous expliqueront la manière dont le christianisme parvint à dominer la société tout entière, peuples et rois.

L'Église se constitua en monarchie (élective et représentative ] , et là communauté chrétienne en république : tout étoit obéissance et distin^ tion de rangs dans l'une , bien que le chef suprême fût presque toujours choisi dans les rangs populaires : tout étoit liberté et égalité dans l'autre. De là cette double Influence du clergé, qui f d'un côté , convenoit aux grands par ses doctrines de pouvoir et de subordination, et de Tautre, satisfoisoit les petits par ses principes d'in-

HISTORIQUES

IffSÉDce et de nivellement évangélique ; de hasi ce langage contradictoire, sans cesser iëKÛDcm : le prêtre étoît auprès des souvem le triban de la république chrétienne , leur iifpehttt les droits égaux des enfants d'Adam, dk préférence que le Rédempteur de tous acende aax pauvres et aux Infortunés sur les ridies et les heureux ; et ce même prêtre étoit auprès da peuple le mandataire de la monarchie de rÉglise, prêchant la soumission, et ordonnant de rendre à César ce qui appartient à Césan Jamais la société religieuse ne s'altère que la idété politique ne change : je vous ai déjà dit cfluaentl élection de l'empereur passadescamps a pdais. Les révolutions se concentrèrent au fa^ impérial ; les guerres civiles n'arrivèrent fln(|ie rarement par les insurrections et les amttmi militaires; elles sortirent des divisions deiiluiilie régnante, comme il advient dans iaenpires despotiques de l'Orient.

SoQs Constantin on voit parottre , avec l'éta- MoemeDt de l'Église , cette espèce d'aristocrafieàlft façon moderne , qui ne remplaça jamais fas fempirele patriciat auquel Rome dut sa preiBièRlilxTté. Constantin multiplia , s'il n'inventa |tt, les titres de nobilissime, de clarissime, d'iito, de duc , de comte ( dans le sens honorifl- ^ de ces deux derniers mots ] . Ces titres , avec MB de bamn et de marquis, d'origine pure- Bot baihare, ont passé à la noblesse de nos tapt^Âiosi, à l'époque dont nous discourons, lie transfusion d'éléments se prépare : au pre- ■ieraotel de Constantinople , autel qui fut chré- ^1 se rattache un des premiers anneaux de iteUnede la nouvelle société. Si les créations FilitiqQes de Constantin ne furent point l'effet ^■Bédiatdu christianisme , elles en furent l'effet l'^diaL Tout tend à se mettre de niveau dans la ^'•i^aiioer sur un point, et rester en arrière ftimititre, ne se peut : les idées d'une société *tt analogiques, ou la société se dissout.

Ia institutions de la vieille patrie mouroient "•cafec le vieux culte. Le paganisme, depuis **fcparitioQde l'âge religieux et de l'âge héroï- 9^)i^êtoit rarement mêlé à la politique ; il sanc- ^ <IQelques actes de la vie du citoyen ; il P|^%oit les tombeaux ; il présidoit à la dénon- ^"fiûD du serment; il consultoit le ciel touchant i^soeoès d'une entreprise; il honorait l'empereur '^W, loi offipoit des libations, lui immoloit des ^^'^ûDtt, eteouronnoit ses statuea; il l'admettolt,

^lUimuAIlD. — TOME I.

après sa mort , au rang des dieux : là se Iximoit à peu près l'action du paganisme. Les devins, astrologues et magiciens, venus d'Orient, ajoutèrent quelques fourberies aux mensonges des ora* clés réguliers.

Mais avec le ministre chrétien s'introduisit la sorte de puissance nationale que les brahmanes de l'Inde, les mages de la Perse, les druides des Gaules, les prêtres chaidéens, juifs, égyptiens, tous serviteurs d'une religion plus ou moins allé*' gorique et mystique, avoient jadis exercée. Le sanctuaire réagit sur les idées du pouvoir en raison du plus ou moins d'immatérialité du dieu , et de son plus grand rapprochement de la vérité religieuse. L'idolâtrie auroit mal servi et n'auroit jamais enfanté l'espèce d'aristocratie qu'impatronisa Constantin. Aussi, lorsque Julien essaya de revenir au polythéisme, il dédaigna les titres et le régime nouveau de la cour. Il n'y eut , après le règne de ce prince , que l'aristocratie de fraîche invention qui se pût soutenir, parce que l'ordre ecclésiastique dont elle dérivoit s'établit : ce qui retraçoit l'ancienne aristocratie disparut ; les souvenirs ne surmontent pokit les mœurs; en voici la preuve.

Constantin avoit formé , dans son autre Rome, un patriciat à l'instar du corps fameux qu'immortalisèrent tant de grands citoyens. Cette noblesse ressuscitée acquit si peu de considération , qu'on rougissoit presque d'en faire partie. On proposa vainement de soutenir sa pauvreté par des pensions ' , de masquer par un langage , par des habits, des us et coutumes d'autrefois, une naissance d'hier : les privilèges ne sont pas des ancêtres ; l'homme ne se peut ôter les jours qu'il a , ni se donner ceux qu'il n'a pas. Les sénateurs de Constantin demeurèrent écrasés sous le nom antique et éclatant de Patres conscripti, dont on outrageoit leur récente obscurité.

£n embrassant le christianisme et fondant l'Église, en fixant les Rarbares dans l'empire , en établissant une noblesse titrée et hiérarchique , Constantin a vMltblement engendré ce moyen âge * dont on place la naissance , je l'ai d^'à dit , cinq siècles trop tard.

Ce prince ne monta point au Capitole après sa

I Nec a stultitia uUa re hooor iste videretar ko

taoc quidem et tatifandioram et pecaniaram auctoramento UlecU , munera hsc escam quamdam esse putabant , qaa ad illic flgeodam domicilium atlrahebanlor. (Tu£Misth Oral, m , pag. 48. ParisiiSf 1634. )

' Il laut entendre cette expression dans le sens général : le moyen âge proprement dit n*a guère commencé qu*& Robert , liia de Hugues Capet, et U a fiai à Louis IX.

ÉTUDES

victoire sur Maxeace, et sembla répudier avec les dieux la gloire de la ville étemelle. 11 publia un édit favorable aux cbrétlens, et plus tard un second édit pour les confesseurs et martyrs. Il accorda des immunités et des revenus aux églises, et des privilèges aux prêtres. Il ne fit point aux papes la donation inventée au buitième siècle par Isidore , mais il leur céda le palais de Latran , palais de l'impératrice Fausta, et il y bâtit l'édifice connu sous le nom de Basilique de Constantin '. Le supplice de la croix fut probibé * ; la vacation du dimancbe ^ et peut-être la sanctification du samedi ou du vendredi^ ^ devinrent coutumières. L'idolâtrie fut condamnée, et toutefois la liberté du culte laissée aux idolâtres; nonobstant quoi divers temples furent dépouillés et quelquesuns démolis K Hélène renversa , à Jérusalem , le simulacre de Vénus, découvrit le saint sépulcre et la vraie croix , bâtit l'église de la Résurrection , oelle de l'Ascension , sur le mont des Olives , celle de la Crècbe, à Betbléem. Eutropia, mère de rimpératrice Fausta, remplaça par un watoire cbrétien , au cbêne de Mambré , un autel profane. Gonstantine , Malum , écbelle ou port de Gaza , d'autres villes ou d'autres villages , embrassèrent

s On cfoll que Goattantin fit encore Mtir à Rome ilx antres églises : Saint-Pierre au Vatican, Saint-Paul hors des nurs, Salnie-Crolx de lérasalem, Sainte-Agnès, Saint-Lantent hors des muri, Salnt-Bfarœlin et SalnlrPlerre, martyis. 0es domaines en Kalie, en Afrique et dans la Grèce, formoient à TégUse de Latran un revenu de 13,934 sous d*or. pautm églises, à OsUe, à AIIm, à Capoue, à Naples, possédoient un revenu de 17,717 sous d'or. Ces égli&es avoient enoore une redevance en aromates dans l*figypte et l'Orient. L'égalise de Saint-Pierre étoit propriétaire déniaisons et de terres à Antioclie, à Ttiarse, à Tyr, à Alexandrie, et à Gyr, dans la province de l'Euphrate. Ces terres fournlssotent du nard , du iMiume, du storax , de la cannelle et du safran , pour les lampes et les encensoirs. Toutes ces dotaUons se composoient des immeubles confisqués sur les maKyrt, et dont il ne se trouvoit point d'tiérltiers, du revenu des temples détruits et des jeux abolis. Anastase, le bibliothécaire, des compilations duquel noua Uroos ces détails, donne un catalogue des vases d'or et d'argent employés au service de ces églises ; le voici:

Hic feclt in urbe Roma eoclesiam in pr«dio qui cognominabatur Equitius. Patenam argenteam pensantem llbras vi« giati, ex donc Aog. Gonstantini. Dooavit autem scyphos argentées duos, qui pensaveniot ainguli libres denas; calicem aureum pensantem libres duas , calices ministerlales quinque pensantes stogoU libras binas; amas argentées binns pensantes singuls libres denas ; patenam argenteam; chrismatem auroctusum pensantem Ubras quinque; phara ooronala decem pensanlia singula libras octonat; phara lerea vigInU pensantiasingola lU>ras denas; canihara cerostrata duodedm créa pensanUa libras tricenas. ( Anast. Bihliothec. , de Fit. Pantîficiim tovMn, , pag. 13, )

» AUREL. ViCT. , pag. &26.

» Cod. JusL , 11b. ut , de Fer.

* E18., HL CotuL, lib. IV, cap. xyin; Soiom., Ub. i, cap. XVIII.

* En particulier, les temples d'Apbaque sur le mont Liban , d*Héliopolls en Phéoicie, et les temples d'Eeculape et d'Apol-

la religion du Christ \ Ne flemble-^01l pas en dans le monde moderne, en reconnoissant lieux et les noms familiers à nos yeux et à ik mémoire ?

Des lois de Constantin rendent la liberté &c qui étojent retenuscontre leur droit en esclava| permettent l'affranchissement dans les églises vaut le peuple, sur la simple attestation d évéque 3; les clercs même avoient le pou voit donner la liberté à leurs esclaves , par testan ou par concession verbale , ce qui , sans les dé dres des temps, auroit affranchi tout d'un a une nombreuse partie de Fespèce humaine. D' très lois défendent les concubines aux person mariées^, ordonnent la salubrité des prisai interdisent les cachots ^ , exceptent de la euiii cation ce qui a été donné aux femmes et aux < fants avant le délit des maris et des pères , pn crivent des choses infâmes et les combats de g diateurs «. Ces divers règlements n'eurent 1 d'abord leur plein effet, naais ils signalent premiers moments de l'étalilissement légal christianisme , par la condamnation de FidoJ trie, de l'esclavage, de la prostitution et < meurtre.

Constantin eut à s'occuper des hérésies : dai rOcddent , celle des donatistes fut anathématis à Arles; dans l'Orient, la doctrine d'Arius ezigi la convocation du premier concile œcuméniqQ La question théologique intéresse peu aujoui d'hui 7 ; mais le concile de Nlcée est resté uo évi nement considérable dans l'histoire de Tespèt humaine. On eut alors la première idée, et l'c vit le premier exemple d'une société existant e divers climats, parmi les lois locales et privées et néanmoins indépendante des princes et d( sociétés sous lesquels et dans lesquelles elle éto placée ; peuple formant partie des autres peuples et cependant isolé d'eux , mandant ses députa de tous les coins de l'univers à traiter des affaire qui ne concernoient que sa vie morale et ses k lations avec Diea. Que de droits tacitement re connus par ce bris des scellés du pouvoir sur 1 volonté et sur la pensée I

» SocBJkf. , lib. I , cap. XVII ; Sozov. , lib. n , cap. 1, nr; Ec 8BB., Fit, CoftsL, lib. iT, cap. xxxvii.

* Cod, Theod. , tom. i , peg. 447.

5 Cod. Just., tom, XIII, lib. 1; Cod. Thtoâ,, tom. 1, P*« 864; Sonm., lU». 1, cap. ix.

4 Cod, Jusl., lom. xxvi, pag. 464.

* Cod, Theod, , tom. m , pag. 33. ^ ^

* Cod, Tkeod., tom. y, pag. 8»7; BusSB., f'it €on$t., 1»"' cap. XXV ; Socrat. , Hb. i, cap. xtiii.

f Py Mvlendial dana le tableau d« béréeiei.

HISTOaiQUES.

la pfanière fob encore, depuis les jours àMoise, émaocipateor de rbommenu milieu as DstioDs esclaves de l'ignorance et de la force , m moQWia la manifestation divine du Sinai; comnie aotiHir du eamp des Hébreux , les idoles étoint debout autour du concile de Nicée, lorsfw les interprètes de la nouvelle loi proclamémt la taprême vérité du monde : l'existence et raoitéâeDieii. Les fables des prêtres, qui avoient eKbé le principe vivant , les mjrstères dans lesquels les philosophes l'avoient enveloppé, s'évaiNlrent : le voite du sanctuaire fut déchiré avec Il fnrfx du Christ ; l'homme vit Dieu face à face. Alors fut composé ce symbole que les Chrétiens ftpètent, après quinze siècles, sur toute la surface do globe; symbole qui expliquoit celui dont ksipAtres et leurs disciples se servoient comme ée mot d'ordre pour se reconnoitre : en les comfanat, on remarque les progrès du temps et riiilrodoction de la haute métaphysique rellgleose dans la simplicité de la foi.

■ Noos croyons en un seul Dieu, père tout-puis* « saut, créateur de toutes choses visibles et invi- * sibles , et en an seul Seigneur Jésus-Christ , fils « BDiqiie de Dieu , engendré du Père , c'est-à-dire « de la substance du Père , Dieu de Dieu , lumière t de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu , engendré « et MO fhit , consubstantiel au Père , par qui tou- •tn choses ont été faites au ciel et sur la terre.... « Nous croyons au Saint-Esprit '. »

Le concile de NIcée a fait ces choses immenses; 11 a proclamé l'unité de Dieu et fixé ce qu'il y atolt de probable dans la doctrine de Platon. Constantin , dans une harangue aux Pères du cofidle , déclare et approuve ce que ce philosophe admet : un premier Dieu suprême, source d'an second; deux essences égales en perfections, ttais l'une tirant son existence de l'autre , et la Meoode exécutant les ordres de la première. Les ârax essences n'eu font qu'une; l'une est la raison de l'autre , et cette raison étant Dieu , est aussi flbdeDieu*.

Et quels étoient les membres de cette conven- Umuniverselle féunie pour reconnoltre le mo- Mqœ étemel et son étemelle dté? Des héros du martyre, de doctes génies, ou des hommes encore plus savants par l'ignorance du cœur et la simplicité de la vertu. Spyridlon , évéque de Trinithoute, gardolt les moutons et avoit le don des

■ Flecit, ffisL ecclêi.y liv. Il, pag. 1S2. * Cmr. Maio. m OmU mmcUir. cat,, cap. ix.

mirades '; Jacques, évéque de Nisibe, VivoiC sur les hautes montagnes, passoit l'hiver dans une caverne, se nourrissoit de fruits sauvages, portoit une timique de poil de chèvre et prédisoit l'avenir \ Parmi ces trois cent dix-huit évéques, accompagnés des prêtres, des diacres et des acolytes, on remarquoit des vétérans mutilés À la dernière persécution : Paphnuce, de la haute Thébaîde, et disciple de saint Antoine, avoit l'œil droit crevé et lejarret gauche coupé ^ ; Paul de Néocésarée, les deux mains brûlées ^ ; Léonce de Césarée, Thomas de Cyzique, Marin de Troade, Eutychus de Smyrne, s'efforçoient de cacher leurs blessures, sans en réclamer la gloire. Tous ces soldats d'une immense et même armée ne s'étoient jamais vus ; ils avoient combattu sans se connoitre, sous tous les points du ciel, dans l'action générale, pour la même foi« * Entre les hérésiarques se distinguolent Eu<* sèbe de Nicomédie , Théognis de Mlcée , Maris de Calcédoine, et Arius lui-même, appelé à rendre compte de sa doctrine devant Athanase, qui n'étoit alors qu'un simple diacre attaché à Alexan* dre, évéque d'Alexandrie.

Des philosophes païens étoient accourus à ce grand assaut de llntelligence. Vous venez de voir que Constantin même , dans une harangue , s'ex* pliqua sur la doctrine de Platon. Un vieillard laïque, ignorant et confesseur, attaqua l'un de ces philosophes fastueux , et lui dit tout le christianisme en peu de mots : « Philosophe, au nom dé « Jésus-Christ, écoute : 11 n*y a qu'un Dieu qui a « tout fait par son Verbe, tout affermi par son « Esprit. Ce Verbe est le fils de Dieu ; lia pris pi** « tié de notre vie grossière, il a voulu naître d'une ft femme, visiter les hommes et mourir pour « eux. Il reviendra nousjuger selon nos œuvres ^. »

Constantin ouvrit en personne le concile le 19

■ Hic iwsloroviani , ellam in episoopaln posltos p(*rmansit Quadam vero nocle cum ad causas Tures venissentf et manua improbas quo aditum educendii ovibus faœrent extendlssent, invisibilibas qulbasdam yincalia restrtcU, asque ad lucem velut tradlU tortoribus permabseniot. (Rurr., lib. i, cap. V.)

* Jacobus eBim episcopus Antiocliix Mygdoni», quam Syrl ▼ulgo et Assyri Nbibim appelant, plurima fecil miracuia. (TuEoDOR., lib. 1, cap. m, pag. 24.)

> Paphnulius, homo Dei, episcopus ex ^fi^pU partibua oonresfior, ex iUis quos Maximiaaus dextcris oculis ef fossis et sinistro poplile suociso, per metalla damoaverat (Ruff., lib If

cap. r?. )

* Paulus vero, episcopus Neocœsare, ambalms manibus fuerat debiiilatas, caudente ferro eis admoto.(TBEODOR., Iil>. i, cap. VII , pag. 25- }

5 Diaiectici quibusdam sermonum prolusionlbus... sesa exercebant.... Lalcus quidam, ex conresaorum numéro, recto ac siinplici prœditus sensu , cum dialecticis congn>ditur, bisque illos verbls compellavlt. — Cbriatu« et apostoli non artem

ËTUDES

Juin, ranS25. Il étoit yftad'anepoiirpreornée de pierreries : il parut sans gardes et seulement accompagné de quelques chrétiens. Il ne s*assit sur un petit trône d*or au fond de la salle, qu'après avoir ordonné aux Pères , qui s'étoient levés à son entrée, de reprendre leurssiéges. Il prononça une harangue en latin, sa langue naturelle et celle de l'empire; on Texpliquoit en grec. Le concile condamna la doctrine d'Arius malgré une vive opposition, promulgua vingt canons de discipline, et termina sa séance le vingt-cinquième d'août de cette même année 325.

Transportez-vous en pensée dans l'anden monde pour vous faire une idée de ce qu'il dut éprouver, lorsqu'au milieu des hymnes obscènes , enfantines ou absurdes à Vénus, à Bacchus, à Mercure, à Cybèle, il entendit des voix graves chantant au pied d'un autel nouveau : « 0 Dieu, « nous te louons I ô Seigneur, nous te confessons! « 6 Père étemel, toute la terre te révère! » La prière latine composée pour les soldats n'étoit pas moinsexpiiciteque l'hymne de saint Ambroise et de saint Augustin \

L'esprit humain se dégagea de ses langes : la haute civilisation, la civilisation intellectuelle, sortie du concile de Nicée , n'est plus retombée au-dessous de ce point de lumière. Le simple ca- ' téchisme de nos enfants renferme une philosophie plus savante et plus sublime que celle de Platon. L'unité d'un Dieu est devenue une croyance populaire : de cette seule vérité reconnue date une révolution radicale dans la législation européenne, longtemps faussée par le polythéisme, qui posoit un mensonge pour fondement de l'édiOce social.

Cependant (telle est la difflculté de se tenir dans les régions de la pure intelligence ! ) tandis que le polythéisme et la religion corporelle tendoient à sortir des nations , ils y rentroient par une double voie : les philosophes , pour se rendre accessibles au vulgaire, inventoient les génies;

Dobis dialecticam , nec Inanem venuUam tradiderant, sed opertam ac simplicem senteDUam , qus fide boDiaque actibuf custoditar. Qas cam dixissel, omoes qui aderant, admira- UoDe percalsi, ei assenseroot. (Socrat., Hist, eccUt,, lib. i, cap. Yiii, pag. 10.)

* Te solum agnosclmas Deam , te regem profitemar ; te ad- Jutoreoi invocamos. Tui manerts est qaod victorias retulimtu, quod hostes superavimus : tibi ob prsterila Jam bona gralias agimus, et fqlura a te speraimis. Tibi omoes supplieamus, utque imperatorem nostrum Coostantinam , una cum piittimls fjiu liberU iacolttmem et violorem dinlfssime DobU •erves, rogamus.

Hoc die solls a militaribus Dumeris fleri , et bœc verl>a inlerprecaDdum ab ils proferrl prscipit. ( EusEB. Pampd , de TiL CotuLt Ub. If, pag. 143.)

et les dirétiens , pour envelopper dans des signes sensibles la haute spiritualité, honoroient les scùnts et les reliques.

On a conservé le catalogue des prélats qui portèrent les décrets du concile aux diverses Églises '. Les Germains et les Goths oonnoissoient la foi; Frumence l'avoit semée en Ethiopie , une femme esclave l'avoit donnée aux Ibériens, et des marchands de FOsroëme à la Perse. Tiridate, roi d'Arménie, professa le christianisme avant les empereurs romains.

Au surplus, Constantin se mêla trop des qoerelies religieuses où l'entraînèrent quelques femmes de sa famille, et les obsessions des évéques des deux partis. Après avoir exilé Arias, il le rappela, et bannit Athanase, qui remplaça Alexandre sur le siège d'Alexandrie. Arios expira tout à coup à Constantinople en rendant sei entrailles, lorsque Eusèbe de Nicomédie s'efforçoit de le ramener triomphant'. Le vieil évéqoe Alexandre a voit demandé à Dieu sa propre mort ou celle de l'hérésiarque , selon qu'il étoit plus utile à la manifestation de la vérité '.

Constantin défit successivement les Sarmates et les Goths , et reçut des députatious des Blemmyes, des Indiens, des Éthiopiens et |des Perses. Il se déclara l'auxiliaire des Sarmates dans une guerre que ceux-ci eurent à soutenir contre les Goths; puis il contracta une nouvelle alliance avec les derniers, qui s'engagèrent à lui fournir quarante mille soldats a^^^ïés/œderati, alliés <. Les Sarmates avoient armé leurs esclaves ; chassés par ces mêmes esclaves , ils sollicitèrent et obtinrent des terres dans l'empire K

Sapor II, alors assis sur le trône de la Perse,

* Hosiiu, eplscopui CordolB, saoctia D«i EoelcsUs q» Rom» sont, et in Italia et HUpania tota, et in reUquisoIl^ rias natioaibus usque ad Ooeaoam coromoraotibos, P^^|" qui cam ipso eraot, romanes presbytères Vilooem « »»• oenUum. ( Gelasii Cyziceki, yict, Concil. NicœH., Ub. m, m 807, m Concii. gêner. Ecelet. eath., tom. i. Rom«, »«••/

^ EusebUois satellitam instar eam sUpanUbus pef roaua dvitatem magnifioe inoedebat. (Socrat. , HUtor, eccUtiaiU, lU). i,cap.xxxTni,pag.630 .

* Cam orasset Aiexander ac rogasset Domioom, w aui ipsam auferrel.... Votam sanctl impletum est... nam Aritts.« crepuit. ( Epiphak. , epûc, Contlantm, opui contm oelogwiM hœreges , lib. il , pag. 321 . Parislls , 1 66^) ^

PetIUo Alcxandri erat hc^usmodi : ut si qaldem rects w» Aril sentenlia, ipse diem disoeptioni pr»Hluluai niMflOw videret; sin vera esset fides quam ipse proûteretur, «*^"": impietaUs pœnas laeret. (Socrat., lib..i, cap. xxxvii,p««-o«j/

* Nam et dum famosissimam et Roma «malam in JJ*^ JT mine conderet civiUtem, Gothorum «nterfult operatlo, qw, fodert liilto cam imperatore, xl saoram miUla im ^J^^ contra génies varias obtulere; qaorum et °"'°*"^V^^tl. asque ad praîseos In repulilica nomlnantar, id w ^v*!!/ ' ( Amh., pag. 648 ; AuR. Vicr. , pag. 627 ; Jo«N. ,dereo.9 •» pag. MO, cap. 221. } ^%,

* &;»*> ru. OmH., p. 529; An. , p, i7«;loai»'f F^ ••

HISTORIQUES

fM un nom lital aux empereurs romains. Son pcHormisdas II , laissa en mourant sa femme «Bote. Les mages déclarèrent qu'elle accoachejiid*un flb ; ils mirent la tiare sar le ventre de cBtte fdue , et l'embryon rm , Sapor, fut couronné ta les entrailles de sa mère'. Ce fut à ce prince fK Constantin écrivit une lettre en faveur des diRKieos, lui rappelant la catastrophe de Yaiémpooi pour les avoir persécutés. Sapor se put iNTenlr de cette lettre lorsque Julien marcha antre Im. Le numarque des Perses avoit un Kre atoé eiilé , Hormisdas , que vous retrouveniBome.

Goostantin , heureux comme monarque , n'éifa^t pas au malheur comme homme. Les ohoités qui désolèrent la famille du premier ■psle païen semblèrent se reproduire dans la Me du premier auguste chrétien.

JklfiDervine, sa première femme, Constantin iiatt en Crispos , prince de valeur et de beauté , <bé par Lactanœ. Soit que le ûis de Miner vine iupirAt une passion à Fausta , sa marâtre ; soit 9K Fausta fût jalouse pour ses propres enfants fa grandes qualités de Crispus , elle l'accusa au- FèsdesoQ mari * , et renouvela la tragique aventore de Phèdre. Constantin fit mourir son fils, ÛBâqiie le Jeune Licinius son neveu, âgé de we ans : Cdspu» eut la tète tranchée à P6le , en teie^ Bientôt instruit par ^sa mère Hélène de rauMeencede Crispus, et des mœurs dépravées de Fausta, Constantin ordonna la mort de cette taune,<iaifùtétoufféedansun bainchaud^.Les dirétietts et les gentils Jugèrent diversement ces Ktioos : saint Chrysostôme en conclut qu'il ne fait ni désirer la puissance, ni chercher d'autre ttoté qoe celle de la vertu et du ciel ^ ; le phi- Ivophe Sopâtre , consulté par Constantin, selon Zonae, déclara que la religion des Grecs n'a- ^ point d'expiation pour de pareils* crimes^.

'Qri, cam mponderfDt maflcolam prolem paritaram, ■ttottn morati sunt , sed , cidari utero Imposlta , embryum Veai pnoanUanmt {jigathia icholasL, lib. iv, pag. I35. '*i»,i«70.)

^ Crtipom ftllam Caesaris ornatam titalo qaod in suspiclo- ^^CBiMt quasi com Fausta noverca ooosuesoeret, nalla "inr Jnris nataratts habita sualalit ( Zomh., ttistor.^ lib. u,

^Si.SasIlea!.)

'te., Ckr, Entr, , pag. 688; Ami. , lib. xiv, pag. 29. Raa eoa balneam aoooidl sapra modum Jussisset , dqae 2^*^ toclolissct, roortoam inde extraxit (Zosm. , Hi»U , * «1 P^. II. Basile». )

Aùti( & 6 vùv xfdxtsy oOx^ 2^ oS t6 8idâT]|M( irepUtero "ïttwiç.... *AUà oOx ^ P«aC>iia Toton/o) tc3v ovpavcov. ^Nttvcroqol Danc reram potltar, nonne ex qao dladema J^i perpetiio Tmatur in laboribus , molestils , calamita- ■*«?•■. il BOQ ln]4iumodi cœlonim regnam. ( S. J. Chry- "?*•» ai P*aij». , homeL xy, tom. XI , pag. 319. ) M liaiiiH.1 aoeedam, admiiaoniiD lusuattonea posM'

Cependant ridolAtrie avoit trouvé des dieux indulgents pour Néron et Tibère.

Est-il vrai que Constantin se repentit, qu'il passa quarante Jours dans les larmes, qu'il éleva à Crispus une statue d'argent à tête d'or, avec cette inscription : « A mon fils malheureux, « mais innocent ' ? » L'autorité sur laquelle repose ce fait est suspecte. Dieu ne demandoit point à Constantin une statue de Crispus; il lui demanda le reste de sa famille.

Constantin ne reçut le baptême que peu d'ins* tants avant samort , à Achiron , près de Nicomédie. Il avoit témoigné le désir d'être baptisé dans les eaux du JoùrdtJn, comme le Christ ; le temps lui manqua. Dépouillé de la )robe de pourpre pour quitter les royaumes de la terre , et revêtu dé la robe blanche pour solliciter les grandeurs du ciel , le premier empereur chrétien expira à midi, le jour de la Pentecôte. Trois cent trente-sept ans s'étoient écoulés depuis que la religion chrétienne étoit née parmi des bergers dans une étable : Constantin la laissoit sur ce trône du monde dont elle n'avoit pas besoin.

* Constantin avoit eu trois frères de père , par Théodora, belle-flUe de Maximien Hercule ; savoir : Dalmatius, Jules Constance, Annibalien.

Dalmatius mourut et laissa un iils de son nom , fait césar, et un autre fils , Claudius Annibalien, nommé roi du Pont et de l'Arménie.

Jules Constance eut de Galla, sa première femme, Gallus, et de Basiline , sa seconde femme , Julien. On ignore la postérité d'Annibalien, ou l'on n'en sait rien de précis.

Les frères, les neveux et les principaux officiers de Constantin furent massacrés après sa mort, à l'exception des deux fils de Jules Constance. Les causes de cette conspiration spontanée de Tarmée et du palais, que rien n'avoit semblé présager, ne sont pas clairement expliquées : Tauthenticité de l'écrit posthome de Constantin, et dans lequel il déclaroit à ses trois fils avoir été empoisonné par ses deux frères, est à b<»i

bat : illls respondenllhus non esse tradltom InstraUonis modnm quKam fœda piacala posset duere. (Zosih., HisL, lib. il, pag. 31. BasUes. )

I Tandem perrootas pœnitentla iniegros qaadragInU dies illum luxit, tanta animl sgritudine , ut nunquam iavaret oorpui, nec lecto recumberet. Prsterea statuam el posait ex argento puro et ex parte Inauratam prêter caput , qaod ex paro auro confectam erat : inscriptis in fronte bis versibos : Pilitu meus injuria ajftciut ( 6 ^ôixif}ttr^ Oiàc (jloO). Georo. CoDW., de AnUquitoHbuê ConsUinUttopoiitanii, pag. 3t. Partflfis, l«M>. ^ ^ ,

* CoMSTAMCB, emp. IULE8 1**» LiBEBii», papcB. ÀB de J. G.

ass-aai.

ÉTUDES

droit suspecte. Constance ironiola«t*il à la seule fureur de son ambition ses deux oncles, sept de ses cousins, le patricien Optatus et le préfet Ablavius? Mais il restoit à Constance des frères qui n'étoient pas alors en sa puissance. Julien, saint Athanase, saint Jér6me, Zosime, Socrate, autorités si contraires, se réunissent néanmoins pour cliarger sa mémoire '. Il est probable que ces meurtres furent le fruit des diverses passions combinées avec la politique du despote, qui enseigne à chercher le repos dans le crime. Le paganisme, l'hérésie, la turbulence militaire, trouvèrent des satisfactions et des vengeances dans cette extermination de la fomille impériale.

L'empire demeura partagé entre les trois fils de Constantin : Constantin , Constance et Constant. Constantin et Constant prirent les armes Vxxu contre l'autre; Constantin périt auprès d'Aquilée * , dès la première campagne ; Constant , seul maître de l'Occident , fut attaqué par. les Franks ; et Libanius nous a laissé , à l'occasion de cette guerre , quelques détails sur les mœurs et le caractère de nos ancêtres '.

Magnence , Barbare d'origine et chef des Joviens et des herculéens , salué auguste par ses amis, obligea Constant à prendre la ftiite, et le fit assassiner au pied des F^rénées. Ce prince ne trouva qu'un seul homme qui voulût s'associer à sa mauvaise fortune : c'étoit un Frank nommé Laniogaise^ , plus fidèle au malheur des rois qu'à leur autorité.

L'unique fils de Constantin qui restât alors. Constance , après avoir mal combattu les Perses , après avoir dépouillé Yétranion , usurpateur de la pourpre en Illyne; après avoir refusé de traiter avec Magnence , vtdnquit celui-ci à Mursa ^ : bientôt après il le réduisit à se tuer.

Avant d'obtenir ce succès , une faute avoit été commise ; elle montre le degré de faiblesse et de misère auquel l'empire étoit déjà descendu : retenu en Orient par des affaires graves-, Constance, lorsqu'il apprit la révolte des Gaules, invita les Allamans à passer le Rhin , afin d'ar-

■ JULIAN. t ad Athen. , A th. ad SoUt. , Fil. Agent , tom. i , |»ag. 850; Hier., Chr.; Zog., HùL, pag. 692;SoCR., HUL eccl., fib. m, cap. i, pag. 165.

* KUTR. , AUREL. VlGT. , EpU.

' Liban. , oral, m, pag. 138.

« Zo«., Ilb. n , pag. 093 ; Vict., Epit, ; ECTR. ; HiEROif . Chr, ; IDAC, Chr,, BU. 350; Ahh., Uh. xv, cap. v. Laniogaiso... lolum adruiaie moriluco CoDstauU supra roluUmus.

^ 11 resta cinquante mille hommes sur le champ de bataille , atloa Victor, el U pcétewl que ks RomaUii m «e r«levèrent JamalA de celte perle.

réter les forées de Magnence. Les Allamans obéti rent, et , depuis la source du Rhin Jusqu'à soq embouchure , ils occupèrent trente lieues de payi en largeur, sans compter celui qu'ils ravageoient.

Les panégyristes affirment que Constance , hé< ritler de tous les États de son père , usa bien de sa victoire ; les historiens assurent qu'il ne pat porter sa fortune. Durant ces discordes, on voit des capitaines franks et des corps franks servir différents partis , des évéques aller d'un camp à l'autre en qualité d'ambassadeurs ; à la bataille d« Murza, l'eropereur se retire dans une égllae pour prier; il eût mieux fait de combattre : ce n'est déjà plus le monde antique.

On fixe au règne de Constance le règne dei eunuques. Jusqu'alors abtmés sous le poids des édits. Ces hommes (excepté trois ou quatre, doués du génie militaire ) , en butte au mépris public, se réfugièrent dans les sentines do palais : trop dégradés pour les affaires publiqnes, ils s'enfoncèrent aux intrigaes de la cour, et se dédommagèrent par la virilité de leurs viœsdi l'impuissance de leurs vertus. Eusèbe, eannqoe, chambellan et favori de Constance, dansson triple état de bassesse, fit prononcer la sentence de mort de Gallus.

Gallus et Julien , neveux de Constantin et coqsins de Constance, avolent, le premier douze ans, et le second six , quand arriva le massacre de la fkmiile impériale. Mare, évèque d'Aréthuse, avoit sauvé Julien, qui f^i caché dans le sanetuaire d'une église ' : Gallus , épargné oonme malade et près de mourir, ne sembla pas vak>ir la peine d'être tué.

L'enfknoe de ces deux princes fot environnée de soupçons et de périls ; Us deroeurèrent six ans enfermés dans la forteresse de Marcelium, ancien palais des rois de Cappadoce. Gallus à vingtcinq ans , honoré du titre de césar par Constance , épousa la princesse Constantina , fille de Constantin le Grand , et veuve d'Annihalien , roi du Pont et de l'Arménie. Il établit sa résidence à Antioche , d'où il gouverna ce qu'on appekut alors les cinq djocèses de la préfecture orientale.

Passé de la solitude à la puissance, Gailos transporta l'inquiétude et l'àpreté de la première dans la placidité et la modération nécessaires à la seconde : il devint un tyran bas et cruel , livré aux espions, espion lui-même. Il s'en alkût déguisé dans les lieux publics : son travestisserootk

HISTORIQUES

lot

«rapfehott pas d'être reooDna , car Antloehe àlMiirée la Doit d'une si grande quantité de Macs, qu'on j voyolt comme en plein Jonr % ff fà rappelle la police des villes moderoes. CMurtlna, femme de Gallns, étoit encore plus fM loi altérée de sang et de rapine : on Taccu-» nu de prendre en secret le titre d*augusta \ km nntention de donner publiquement celui fkignste à son mari.

Ibndé à la cour de Milan après le massacre èdeox ministres que lui avoit envoyés l'empenv, Gallas eut l'imprudence d'obéir \ La lettre qui Tappeloit étoit pleine de protestations iniôé et de services. Il fbt arrêté à Pettau, MàiiftàPlone en Istrie , dépouillé de la chausmt de césars , interrogé par l'eunuque Eusèbe , oiàBioé A mort, et exécuté non loin de Pôle , «vh^-hoît ans auparavant Crispus avoit été 'iGfilé^Que de tètes , l'effroi des peuples, funHitattoes par le bourreau ^ I Lesbaom et les Sarrasins désoloient TAste^; ks Pnnks et les autres Germains continuoient km courses transrfaénanes; Rome sesoulevoit pov do Tin au milieu de ses débauches et de ses spectacles ', Constantin et Constance singulière- Mt attachés aux Barbares , et les ayant promus ipnaqoetontes les charges de l'État , il se trouva 9^ SilYahi, fils de Bonit , chef frank , commente IWanterie romaine dans les Gaules : c'étoit ti homme doux et de mœurs polies, quoique né '« père baijÏNire ; tV savait même souffrir, dît notoire en parlant de lui. On l'accusa d'aspirer i h poorpre , et il étoit fidèle ; la calomnie en fit •traître : il prit l'empirecorame un abri. Vingttejoors après son usurpation, obligé de chérît 00 pins sûr asile , il n'eut pas le temps d'y ^'^ : il fut tué par ses compagnons lorsqu'il •Wolt de se réfhgier dans une église ■.

^J^fnwtoiiliifm luminum claritudo dierum solei imigyij^w. (An. , Hb. xiT , cap. i. ) De qaelte fflanière An- ■•xtoiMte idaârée? Le texte de lliislorien ne llnxpliqae >g»A— lifpMarcelHo, qai décrit mlnuUeuaement les ma- ■■B * 9Kn«, «'a pM cm devoir entrer dans le détail d'an T^JnnaUer. CcMnine U est sujet à renflore du style, il tau '" Pendre trop à la lettre la grande clarté dont II yy<*op- Saimi Jéràme (epM. xiv) parle des knx qu'on "■JUJlMr les plaon publiques , à la lueur desquels on se ?■***» H tV» dhpatolt sur les Intérêts du moment. •"■•■*««<«* ei drculnm luminajam in plateis accefuu *^^. rt ineoHditam dùputationem no» interrumpertt.

j JBWWBK. , Hist. ecc!e$. , Hb. m , cap. ccxxii. GoniUBtittt moanit en nwte à Cène, rUIage de BiUiynie.

j^»W».xnr,cap. XI. ^j^M ««jule, fiitf horruerv genta^ funetti eamiftces

%^J^1' •??• V f "*• y**»» '^'•y Ephi. ; Ho». Chf,

Alors les Franks, les Allamans, les Saxons, se précipitèrent de nouveau sur les Gaules , dé« vastèrent quarante villes le long du Rbin, sesai* sirent de Cologne , et la ruinèrent '. Les Quadee et lesSarmatespilloient la Pannonie et la Haute- Mœsie *; les généraux de Sapor troubloient I» Mésopotamie et l'Arménie : ee ftit l'époque de l'élévation de Julien.

Jusqu'à l'âge de quinze ans , Julien reçut sa première éducation d'Eusèbe, évéque de Nicomédle , qui menoit à la cour i*intrigue arienne , et de l'eunuque Mardonius , personnage grave , Scytbe de nation , grand admirateur d'Hésiode et d'Ho* mère. Le futur apostat fût ensuite réqnl à Gallus dans la forteresse de Marcelium : il apprit de bonne beure à se contraindre , et parut se plaire aux vérités de la foi. LorsqueGalbisentéténoomié césar , Julien obtint la permission de suivre ses études à Gonstantinople , sons la sorveillanoe d'Hérébole , dabord cbrÂlen , pois infidèle avec son élève , puis cbrétien encore après la mort de celui-ci ^. Julien visita les écoles de l'Ionie : Gona* tanoe même fiivorisoit lesexerdoesdeson eonsin, dans l'espc^r que les livres lui feraient oublier l'empire ; mais bientôt la supériorité de TécoUer, même dans les lettres, l'alarma.

Après la mort de Gallus , Julien , conduit à Milan , étroitement gardé pendant sept mois, fut enfin rdégué^ à Atbènes. Il y rencontra, avee saint Basile et saint Grégoire de Naaianze, une foule de rhéteurs qui adievèrent de le gagner à leurs doctrines : il prit toutes les allures du philo* sq^. Univer8elIementin8tniit,samémoireégaloit son intelligenoe : il pensoit et il écrivoit en grec , mais il se servoit aussi du latin ^. Les Gaules étant désolées par les Franks et les Allaroans, l'impératrice Eusébie décida Constance à créer Julien césar, afin de l'opposer aux Barbares. Le disciple de Platon reçut la lettre qui l'appelolt an rang suprême comme un arrêt de mort : il leva les mains vers ce temple dont les admirables ruines ne semblent avoir été conservées qu'afiu d'attester la beauté de l'ancienne liberté grecque à cette liberté renaissante. Julien monte à la citadélie, embrasse les colonnes du Parthénon, les

pelle chrétienne; on Ten arracha tout tremblant pour le massacrer. Silwinttm extraetitm ttdienln , 9110 exanimatm wnfmgerait ad eoHventiculum rUnt ehrUUani Undênttm, demis gladiorutn ictibMs trucidarunL • Zos., lib. III, pag. ''Oâ; Ahm., lib.ZT.

> ZosiM., lib. iiif pag. 702.

> Ahm., Mb. XT, cap. xii.

^ Epist. IX, Lvi, or.; m; Einmop.|libw xv, Ei).iap.| f^it. Max, \ LuiaiCm or* x ; Socn., Ub. M.

ÉTUDES

mouille de ses lannes, implore la protection de la déesse. Il s*éloigne ensuite de l'immortelle cité, où des déclamateurs et des sophistes fouloient les cendres de Démosthènes et de Socrate , mais où Minerve régnoit encore par le génie de Phidias et de Périclès,

Arrivé à Milan y il traça ces mots pour Timpératrice : « Puisses-tu avoir des enfants ! cpie Dieu «1 t'accorde ce bonheur et d'autres prospérités 1 «mais, Je t'en conjure, laisse-moi retournera • mes foyers '• » C'étoit ainsi que Julien appeloit la Grèce. Le billet écrit, il n'osa l'envoyer, arrêté qu'il fût, dit-il, par les menaces des dieux : l'Apostat prit la voix de l'édition pour l'ordre du ciel.

Les officiers du palais s'emparèrent de l'étudiant d'Athènes , le dépouillèrent du manteau et de la barbe du philosophe, et le revêtirent de l'habit du soldat. Il a peint lui-même sa gaucherie dans ce nouvel accoutrement, son embarras à la cour et les railleries des eunuques *. La dernière partie de l'éducation de Julien avoit été populaire; il asslstoit aux cours des rhéteurs à Gonstantinople, comme les autres élèves : en se plongeant dans les moeurs publiques , il y puisa des enseignements qui manquent à l'éducation privée des princes.

Constance , le sixième Jour de novembre, l'an de Jésus-Christ 835 , ayant assemblé à Milan les légions, proclama Julien césar. L'orphelin dans la pourpre, au milieu des meurtriers de sa famille, répétoit tout bas un vers d'Homère : « La « mort pourprée et son invincible destin l'enlevé- « rent. »

Après avoir épousé Hélène, sœur de l'empereur, Julien partit pour son gouvernement des Gaules, auquel on avoit ajouté la Grande-Bretagne , et peut-être l'Espagne ^. Eusébie lui donna des livres , ses conseillers ; Constance, des valets, ses maîtres ^. Tenu dans une tutelle Jalouse, il ne pouvoit ni prendre seul une résolution , ni intimer un ordre, ni changer un domestique : tout étoit réglé dans son intérieur par les ordres de Constance, Jusqu'aux mets de sa table; aucune lettre ne lui parvenoit qu'elle n'eût été lue : il sesevroit de la compagnie de ses amis dans la crainte de les compromettre et de s'exposer lui-même à sa perte. A peine mit-on à sa disposition quelques

■ JuTJAN., ad Atb.

» M-, ibid,

* Ahm., Ub. XI ; Zosn., Ub. m.

< JVLUif . , ad Athr, of . ui.

soldats * . Sa seule consolation , en entrant dans l pays ravagé que l'on coniioit à son inexpérience fut de rencontrer une vieille femme aveugle, qo le salua du nom de restaurateur des temples'. , Durant les cinq années que Julien gouvem les Gaules , il courut d'une ville à l'autre, d'An tun à Auxerre, d'Auxerre à Troyes, de Troyc à Cologne , de Cologne à Trêves , de Trêves Lyon : on le voit assiégé dans la ville de Sens; oi le voit passant le Rhin cinq fois, gagnant la bi taille de Strasbouj^ sur les Allamans, faisan prisonnier Chrodomaire, le plus puissant de leuf rois; rétablissant les cités, punissant lesexae teurs, diminuant les impAts, et enfin, ceqii nous intéresse par les liens du sang, spumetUui les Camaves et les Franks Saliens : onoommeno À vivre avec les Franks au milieu de la lator France. Julien avoit écrit ses guerres des Gaules cet ouvrage , que l'on mettoit auprès des €om mentairesde César, est malheureusement perdu il auroit Jeté une vive lumière sur l'histoire obs cure de nos aïeux au quatrième siècle.

Julien passa au moins à Lutèce les deux hiver de 358 et de 359. Il aimoit cette bourgade, qui appeloit sa chère Lutèce ^ , et où il avoit rassem blé , autant qu'il avoit pu au milieu de ses entre prises militaires, des savants et des philosophes Oribase le médecin , dont il nous reste quelque travaux, y rédigea son abrégé de Galien : c'e ie premier ouvrage publié dans une ville qui di voit enrichir les lettres de tant de che£s-d*œii vre.

On se plait à rechercher l'origine des grande cités, comme à remonter à la source des grand fleuves : vous serez bien aise de relire le propi texte de Julien :

« Je me trouvois, pendant un hiver, à ma cher « Lutèce ^ (c'est ainsi qu*on appelle dans les Gat « les la ville des Parisii). Elle occupe une lie a « milieu d'une rivière; des ponts de bois iaja « gnent aux deux bords. Rarement la rivièt « croit ou diminue ; telle elle est en été, telle ell « demeure en hiver : on eu boit volontiers Tea « très-pure et très-riante à la vue ^. Comme h

» Amb., Ub. XVII, XX» XXI, xui; Zosib., Ub. ai; L»àS or, XII ; JuLiAif., ad Jth,

• Tune aous quxdam orba lumlnibos, cum , percontiw qainam esset ingressas, Julianum Cosarem oomperw* exclamavii, haoc deorum templa reparaluruin.

^ ^ilrïv AEuxe-riov : carom Lutcliam,

* MIZOnorON H ANTIOXIKOS. JUUAN. 0/».,ja8'^

D. LipsUe,I69G.

I 5 Tout cela s*aooorde peu avec ce ipie nooi voyons èx^ d'hOl , excepté oe qui oonceraa la salubrité de Teau. MW répoqae dont parle XoUen, les débordeomU de la seu

HISTORIQUES

iùâ

hibitent Que lie, il lenr seroit difficile èse procQrer d'autre eau. La température de rkivef est peu rigoureuse, à cause , disent les poda pays, de la chaleur de TOcéan, qui, n*é* tet éloigné que de neuf cents stades , envoie OQ air tiède jusqu'à Lutèce : l'eau de mer est co eflîBt moins fW>ide que l'eau douce. Par cette nisoo, ou par une autre que j*ignore , les choses lOBt ainsi '. L'hiver est donc fort doux aux habitants de cette terre ; le sol porte de bonnes Tignes; les Padsii ont même l'art d'éiever des fi^ien' en les enveloppant de paille de blé eQmmed'un vêtement, et en employant les autre moyoïs dont on se sert pour mettre les arkro à l'abri de l'intempérie des saisons. •Or, Il arriva que l'hiver que Je passois à Lufoiut d*une violence inaccoutumée : la rivière àmkÂi des glaçons comme des carreaux de aatre : vous ccmnoissez les pierres de Phrygie ? tebétoient, par leur blancheur, ces glaçons Iwts, larges, se pressant les uns les autres, jvqo'à ce que, venant à s'agglomérer, ils fornasseot un pont\ Plus dur à moi-même, et plus rustique que jamais, je ne voulus point Muffrir que l'on échauffât à la manière du pays , Mc des fourneaux, la chambre où je cou-

JolieD raconte quUI permit enfin de porter dans ttehambre quelques charbons dont la vapeur UlUtrétouOer.

^Mmt assn fréquents. Si Jolien éloit né à Rome, oa même il cil luniU va le Hbre, U Seioe aurolK pu lui paroUre Itafide en comparaisoo de ce fleuve (flavu* Tiberintu). Il <it vni que, dans lloole , Julien n*avoit reuoontré que THerm {tm-pédm» Htrmuê) ; il n*avoit trouvé à Athènes que deux niHeaux ; et l'Eridan , dans la Lombard!^, laissoit encore NiaoUfge à la Seine pour la clarté de Teau. Mais enfin Julien n«t iuibilé les lives du lac de Goeme ; 11 avoit vu les autres icBici de la Gaule, les rivières de la Cappadooe; il écrivolt k ^nopagon aux bords de TOronte, et blenlét ses cendres ^B^wint reposer sur «ui du Cydnus : comment donc la Moelui paroissoit-elle si limpide? La Marne, comme on Ta ot.eoQMt-eUe au-dessous de Paris?

* L*olKen-alion des Gaulois-Romains étoit juste : les hivers ■■Ipios humides, mais moins froids, aux bords de la mer ^ àmk notérieur des terres.

* Oa voit que le cUmat de Paris n*a guère changé, n y a ^teps que Ton culUve la vigne à Surèoe. Julien ne se iNiûil pas de se oonnoltre en bon vin; 11 préféroit, dit-il, ^Hympbcs à Baccbus. Quant aux figuiers, on les enterre ^^ les empaille encore à ArgenteuU.

IsHen peint très-bien ce que nous avons vu ces derniers ■vtti. Ln glaçons que la Seine laisse sur ses bords, après hdébMe, pooiToient être pris pour des blocs de marbre. JCn fourneaux étoient apparemment des poêles. Il faunoU autai coocluredu charbon que Julien fit porter dans sa ^JlfBlMe, que Ton u*écfaauffoit pas les appartements avec du ■^1 ioU qu'il fût rare dans les environs de Paris , ou qu*on pnfértt rasage dès fourneaux. Les Romains, comme on peut ^csanornr par ce qui nous reste de leurs constructions do- ]J2||j«^ avoient porté Tart d*échaafrer iean maisons au i^Mttili|ié de offiMaMoU

Il y avoit à Lutèce des thermes construits sur le modèle de ceux de Dioclétien à Rome : on croit que Julien et Valentinien I*" y demeurèrent; Âmmien en parle assez souvent. Il est probable que ces thermes étoient bâtis avant Farrivée de JuUea dans les Gaules , peut^re du temps de Constan* tin ou de Constance Chlore. D'autres ont pensé , mal à propos, que Julien occupoit dans i*lle un palais élevé sur le terrain où fut construit depuis le palais de nos rois. On voyoit encore à Lutèce un champ de Mars et des arènes : celles-ci de* voient se trouver du côté de la porte Saint- Victor ; c'est ce qui résulte de quelques titres du treizième siècle ^ La flotte chargée de garder la Seine étoit stationnée chez les Parisii ; elle avoit vraisemblablement pour bassin l'espace que couvre aujourd'hui la nef gothique de Notre-Dame '••

Tandis que Julien habitoit la petite et naissante Lutèce, Constance visitoit la grande et mourante Rome , que n'avoit Jamais vue cet empereur de» Romains.

Il existoit sans doute à Rome quelque vieV« lard à qui , dans son enfance , son aieul avoit raconté l'entrée d'un prêtre de Syrie, Élagabale, sautant avec la pourpre au milieu des eunuques et des danseuses , devant une pierre triangulaire consacrée au soleil : voici venir dans une pompe triomphale pour un succès obtenu sur des Ro« mains ^, voici venir une espèce d'idole chré« tienne, Constance, pareillement environné d'eunuques, mais immobile sur un haut char éclatant de pierreries, les yeux fixes, ne se remuant ni pour cracher, ni pour se moucher, ni pour s'es^ suyer le front ; baissant seulement quelquefois sa courte stature afin de passer sous de hautes portes ^. Autour de lui flottoient , au bout de longues piques dorées, des étendards de pourpre découpés en forme de dragons , dont les queues effilées siffloient dans les vents. Des gardes superbement armés, des cavaliers couverts de fer, ressemblant,

' D. T. DO Ples., Kouv. Jnn, de Paru; Brecl-, Jni, de Paris.

' Pr^eciut clauis Anderlcianormn Paritii». Ilotit. Imper. Mézeray , dont la lecture et la critique doivent être suivies avec précaution , conjecture que cette flotte se tenolt à Andresy, vers le confluent de TOlse et de la Seine , parce que les matelots qui montoient celte flotte sont nommés dans la notice Andèricieni. On jugera de la force de Targumcot {Histoire de France avant Clovit, liy* lU.) Tai suivi Topinion de Tabbé Dubos.

* La défaite de Magnence.

4 Corpus perhumile eurvahat portas ingrediens celsas, et velut collo munito rectam aciem luminum tendens, nec dextra vultum, nec Iteva flectebat, tanquam JIgmentum hominis : non cum rota conculeret nutans, nec spuens, aut osaut nasum tergens vel fricans, manumve agitans vUuê I esf nunpiam. ( Ami.» Ub. xvi« cap. x.)

ÉTUDES

non à des hommes, mais à des statues polies par la main de Praxitèle % l^environnoient. En approehant de Rome, Constance rencontra les patri* ciens, le sénat, qu'il ne prit pas comme Giuéas poar une assemblée de rois, mais pour le conseil du monde*; il crut, en voyant les flots de la foule, que le genre humain étoit accouru à Rome \

Lorsqu'il eut pénétré Jusqu'aux Rostres, il demeura stupéfiiit au souvenir de l'ancienne puissance du Forum 4. De là l'auguste oriental «Ha descendre à l'ancien palais d*Octave , qui n'avoit ni marbre ni colonne, et dans lequel le fondateur de l'empire, l'ami d'Horace, habita quarante ans la même chambre, hiver et été ^.

Ammieu Marcellin , dont ces détails sont empruntés, nous peint ensuite deux choses considérables : une partie des édifices de Rome, tels qu'ils existolent de son temps , et l'étonnement de Constance à la vue de ces édifices. Que d'événements étoient survenus, que de Jours s'étoient écoulés, pour que le maître de l'empire romain ne fût qu'un étranger dans la capitale de cet empire I pour qu'il demeurât muet d'admiration au milieu des ouvrages de tant de génies , de tant de fortu • nés , de tant de siècles , de tant de Uberté et d'eselavagç , comme un voyagieur qui rencontreroit aujourd'hui Rome tout entière dans un désert! Mais ces monuments des mœurs vivantes d'un peuple ne vivent point eux-mêmes; leurs masses Insensibles ne purent s'émerveiller de la petitesse de Constance, comme il s'ébahissoit de leur grandeur.

Il est un certain travail du temps qui donne aux choses humaines le principe d'existence qu'elles n'ont point en soi ; les hommes cessent , et ne sont rien par eux*mémes, mais leurs vies mises bout à bout, leurs tombeaux rangés à la file , fonnent une chaîne dont la force augmente en raison de la

^ Lhnbiiferreu e'tneH , vi Praxftelis mantt poHta ertâen» gimutacra, non vin», ( Ahh., lib. xvi, cap. x.)

* non ut Cineas ilUf Pyrrhi iegatua, m unum coact'tm muUitudinem regum, sed asylum mundi totius adcsse existimahat. (Id.fibid.)

3 Stupcbat qua ceteritaie omne qvod ubique âst hominum genuB confluxerit Romatn. (Id. , Ibid.)

* Proinde Romam ingreuuSf impirnvirtuiumque omnium larcm, cum venisset ad RostrOf perspectitsimum prisca potentiœ Forum obttupuit. (Id. , ibid.)

' Ammien a seulement rn palatium receptut. Je me range à Topinion de Gibbon, qui veut que ce soit l'ancien palais d*AuKUste, dont Suêlooe dit :

^AlilNis modicls neque laxitiite neqne cuKu eonspicuis , ut in quibus porticus brèves essent, albanarum oolumnanun, el sinemarmore u1l«, aut Inslgni pavimento conriavia, ac per annos awpNus quadraginta eodem cubiculo hieme et mtate rnansit. (C. $UST09« TiURQ. Octov.» pag. 100. Adtoeipic.)

longueur. De ces néants réunis se compose Timmortalité des empires. Le nom de Rome étoit la seule puissance qui restât à vaincre aux Barbares. Rome, quoique liabitée d'une foule innombrable, n'étoit plus réellement défendue que par les souvenirs de quelques vieux morts. Constance visita curieusement cette cité, dont il empruntoit l'autorité qu'on vouloit bien encore passer à sa ponr* pre. Il harangua le sénat et le peuple. Qu'eàf répondu Marins, s'il eût mis ki tête hors de sa tomlie?

En parcourant les sept collines couvertes de monuments sur leurs pentes et sommets , Tempe* reur se flguroit àchaque pas que l'objet qu'il venoit de voir étoit inférieur à celui qu'il voyoit \ Le temple de Jupiter Tarpéien ; les bains , pareils i des villes de province ; la masse de l'ampliithéétre , bâti de pierres tiburtines , et dont les regards se fàtiguoient à mesurer la hauteur; la voûte du Panthéon, suspendue comme le ciel; les colonnes couronnées des statues des empereurs, et dans lesquelles on montoit par des degrés; la place et le temple de la Paix , le théâtre de Pompée» 1*0déon , le Stade , magnifiques ornements de la ville éternelle *, Mais au forum de Trnjan , ConslaDce s'arrêta confondu, promenant ses regards snr ces constructions gigantesques que , dans leur inneffable beauté, l'historien déclare ne pouvoir décrire ^

Le grand roi, le monarque légitime de la Perse, le frère atné de ce Sapor II , si funeste à Julien et à l'empire romain, Hormisdas étoit réfugié dans cet empire. Il aocompagnoit Constance dans sa visite de Rome. L'empereur, se tournant vers son hôte , lui dit : « Si Je ne puis reproduire en entier « ce forum , j'espère du moins faire imiter le « cheval de la statue équestre du prinee. — To « le peux, dit Hormisdas; mais bâtis d'abord « une semblable écurie, afin que ton cheval y soit « à l'aise comme celui que nous voyons^. »

i Deifulé intm mpèem mmUum euhnimm , per aetlMiatet pUtnitiemque poiila urbi» memhm eothuÉrantei sukurèênêt quidquid viderai primum, id eminere itttercuiuUsperabâL

(Amm. ) ..j

» Jovis Tarpeii deluhra , qwtnium ierrenia divine p»«w-

lunt : lavarm in modum provineietrum exHmcia : •iwf»*»'

tKeatrimolem aolidatam lapidi» tiburimi eomptige, ûé rvjin

nummitaicm œgreviaio hnmana conseendit : Paniheum vern^

rrgionem terelem, tpecioa eelMîtudinefurHietttam; ^^*^

verticeê qui êransili suggestu eofteurguni , yrforiwi^F*^

pum imitamenta portantes, et urhit temptum M^**

Pacte , et Pompei theatrum , et Odeum . et Stadium, altaqM

inter h(tc décora urbis œterna, { Id. , Ifb. XTl , eif . x.) ^^

• VtopÎHomur... nec refatn imeffabiles, neerursut m0r-

talibus appeteftdoÊ. (Id., Ibid.) .-^w

« JhU, imperatar, stabuhm tefe ew«>»M»i ••••*'»

HlSTOHIQtJES.

ttmkat exilé , interrogé sur ce qn*il pensoit jilMie : « Ce qui m'y plaît, répondit-ii, c'est ifM les iHNiinies y meurent comme ailleurs \ »

Bomisdas suivit Julien dans son expédition Mtra les Perses , et s'entendit appeler traître par ■offieicr de Sapor, lequel Sapor oecupoit, contn le droit, le trône de son frère. Hormisdas vit Boorir Julien; il avolt vu passer Constantin et CflBstaoce : il laissa un Hls, que Théodose I*' dnrges de conduire une troupe de Gotbs en Égrpte. Le dernier successeur du héros macédom qDl renversa l'ancien empire de Cyrus , Per- SKfdétrtoé, vint mourir greffier parmi ses vainfoms; l*héritter du nouvel empire des Perses, RdMisor les ruines de celui d'Alexandre, vint dotheran abri dans les palais croulants des ce- «s. Ad lieu d'assister à l'histoire de son propre pm^ Hormisdas fut un témoin des Parthes , enmippwr assister à Tinventaire des monuments nmios mis à l'encan des nations, et pour certifier véritable la chute de Borne. Vous ne savez pu trot : Hormisdas , nourri par les mages , étoit chrétien. Ainsi vont les choses et les hommes to l'enchaînement des conseils éternels ^

Constance déclara que la renommée, coutumièrede mensonge, de malignité, et to^fQu^s feugération, étoit restée, dans ce qu'elle raeootolt de Rome , fort au-dessous de la vérité ^. Il jvoohit laisser quelques traces de son passage; Bail, sentant sa propre impuissance, il empnmtaà la terre des tombeaux une parure funèbre poQr la reine expirante du monde. L'obélisque du temple d'Héliopolis, que Constantin avoit projeté fr transporter à Gonstantinople , fut envoyé du M an Tibre, et élevé à Rome dans le grand cirfie. Depuis , Sixte-Quint en décora la place de Saint-Jean de Latran. Ou peut voir encore aujour^ ^l^Qi debout ce monument d'un pharaon, d'un «pereur et d'un pape également tombés ^.

f^^W^fabricare diêponit, ita late syocwhU, ut itte >^« tidemut. ( Ami. , Ub. xvi , cap. x. ) M knium sibi pUtcuiite qtuxi didicmei ibi ouoquê ho-

J^sohi parUcultèrement Zosimc pour rhistoire d*Hor- ""■^inafei ZoDara, Agsthias et Albufarage {ex arabico ^néiiia Uistoria) diffèrent de Zo&ime en plusieurs

j«j»ff1iM- ^/laM quertbaturiU mvalida vel maiigHa , •■•• «n^fM omnia aemper in maju$ , erga hœe explicamda ^J!l!!y''^'»^»oUiciL ( Amh., Ub. XVI , cap. x. )

^waaee avoit voulu fain traïuporler à ConalanUiiople ■>*Bl«e obélisque; ioUeo reprit ce projet : il eu écrivik aux ^^'"drtoi, leur propœant « en éciiaoge de TobélUque, une J'^lfÇ^loiiile qui veooit d*étre aebevée , ei qui vraiiemyr***^ ^^t la «ieune. Julka i^oule que des solitaires se

T"^ "V la poiole de cet obÂIsque^ que d'autres pcr- ""^ 7 wnDoteDt au milieu da imiDOiidiQeSt ^

ÏGOBIfliaÉ*

Constance, auquel il maiiquoll, selon liba* nius , le cœur d'un prinoe et la tète d'un eapiialne; ee souverain , qui passa bùù règne dans les transes des discordes civiles et d'une guerre peureuse contré Sapor , se donnait encore l'embarras des querelles ecclésiastiques. Sa cour était arienne : dans les conciles de Séleuoie et de Riroini , il ein« brassa lui-même le parti des Ariens. A la sollicl** tation de Constant, son frère, il avoit d'abord rap« pelé Athanase de son premier exil ; ii le nwiotint encore sur son siège, après la déposition pronoo^ eée au concile arien d'Antioehe ; mais 11 l'abandonna au troisième oondie de Milan. Il y eut des évéques bannis, intrus, catholiques, ariens, semi* ariens. Le premier concile de Paris ou de Lu<* tèce se tint alors ' ,'et se déclara catholique sous la protection de Julien , qui méditoit au même lieu le rétablissement du paganlsnie. Saint Hilaire de Poitiers, exilé en Orient, trouva les mêmes désordres en rentrant dans son église. Il écrivit contre l'empereur Constance : » Vous saluez les R évéques du baiser par lequel Jésus-Christ ftal « trahi ;.vous courbei la tète pour recevoir leur hb* « nédiction, et vous foulez aux pieds leur foi. « Luciferde Ca^iari, plus hardi enoore, menacedu glaive de Matathias et de Phinées Constanee in<« Hdèie. Saint Martin , qui commençoit à parottre , servit d'alx)rd comme soldat dans les troupes de l'Apostat, et donna naissance au premier monas* tère des Gaules, Lugugiacum ou Ligugé, à deux lieues de Poitiers. Paoème, Hilarion, Macnire, avoient succédé à saint Antoine et à saint Paul , et saint Basile méditoit déjà la r^le qui devolt gouverner dans l'Orient un peuple de solitaires,

La turbulence et la légweté de Constance rai* noient l'empire en convocations de coneileS} transports d'évèques par les voitures et les dievaux des postes impériales ^ Ses profusions aug« mentoient sa convoitise; il portolt des soitences injustes , et la torture arraehoit des mensonges qu'il transfmsioit en vérités ^ Au lieu d'employer

toient des infamies, n veut donc, dit-il, détruire à la fois cette superstiiloD et celte honte : Il prétend que les Alexan* drins auront uu grand plaisir à reconnoitre de loin, en arrivant à ConstanUnopie, le présent dont ils auront embelli la ville natale de r Apostat. On croit que cet obélisque, transporté à Con&tanUoople par Julien ou par Valens, fui élevé par Tbéodose dans mippodrome. L'édition allemande dont Je me sers u'a point la fin de cette lettre aux Alexandrins sous le n" 68. Celte lin , retrouvée par Muratorl , a été transportée des AHCcdoie» grecques dans la HiblioUièque grecque de Fabricius.

> Hier. , de Scriptor. eccles. ; RuFUf. , pro Orig, ; HiLASU Fragmenta a Pitk^o éd.

> Amm. MUkcsblu , Ub. vdf cap. i^vi.

i Id., ibid.

lod

son autorité à éteindre lei» disputes reUgieoses, il les enflammoit par sa manie d'argumenter et par les rêveries mystiques des femmes et des eunuques.

Les papes Jules et Libère s'étoient déclarés successivement à Rome pour saint Athanase, bien que Libère eût d'alxH^ été foible, et que saint Hilaire l*eût anathématisé. Libère, persécuté , se cacha dans lesdmetières autour de la ville, fut enlevé, conduit à Milan, oà l'empereur Tlnterrogea. Il défendit Athanase, et répondit à Constance qui Taccusoit de soutenir seul un impie : « Quand Je « serois seul , la foi ne succomberoit pas ■. » Exilé à Bérée, dans la Thrace, il reftisa l'argent que Tempereur , l'impératrice et l'eunuque Eusèbe lui offroient. « Tu as rendu désertes les églises du tt monde, dit*il au dernier, et tu m'offres une « aumAne comme à un criminel ' I » Félix , archidiacre de l'Église romaine, devint l'antipape arien.

Le séjour de Constance À Rome eut lieu à l'é* poque de la plus grande chaleur des'pJEirtis attacha à Félix et à Libère. Les matrones romaines catholiques se présentèrent à l'empereur dans la magnificence accoutumée de leur parure, le suppliant de rendre au troupeau leur pasteur absent. L'empereur consentit à rappeler Libère, pourvu qu'il gouvernât rÉglise en commun avec Félix. Cette résolution fut lue dans le Cirque au peuple assemblé : les deux factions païennes, qui se distinguoient par leurs couleurs , dirent, en se moquant, qu'elles auroient chacune leur pasteur; puis la foule chrétienne fit entendre cette acclamation : Un Dieu 1 un Christ ! un évéque ^ ! Naguère cette même firale s'écrioit : Les chrétiens aux bêtes!

. Au milieu de cette confusion , Constance , retourné en Orient ^, et devenu Jaloux des triomphes de Julien, songea à l'affoiblir en lui demandant la plus grande partie de son armée, sous le prétexte de continuer la guerre contre Sapor. Julien pressa ses troupes, ou feignit de les presser de partir. C'est la première grande scène militaire dont Paris ait été témoin.

■ Imperator Uberfo dixit : Qaota para es orbli terraram , ut tu lolus bomini impio suCTragaii vells?... LIberias dlxlt : EtfamM solua slm , Odeicansanon idciroo mlnaitar. (Paritiis, I8S3; Theodob. , Hi»t, ecclM, , lib. ii ,cap. XTi, pag. M.)

* Ecclesias orbls terranxm vacuas ac désertas fecisti , et mlhi tanquam noxio eleemosynam adfera! {Id. , pag. 95. )

^ Unas Deus, unus Chrlstus, anus Episoopus. ( TDi-x>DORET., lib. II , pag. 06. )

< Je ne parie point de Paatel de la Victoire qne Constance lit ôler da sénat, et qui y fût replacé ▼raisembiableraent par luUcD. U eo Mra quefUoo loua Tliéodoee I*'.

Assis sur un tribunal élevé aux portes de Latèce , Julien invite les soldats à obéir aux ordres d'auguste : les soldats gardent un silence morne et se retirent à leur camp. Julien caresse les officiers, leur témoigne le regret de se s^[mrerds ses compagnons d'armes sans les pouvoir réeompenser dignement. A minuit les légions se soulèvent, sortent en tumulte du banquet donné pour leur départ , environnent le palais , et , tirant leon épées à la lueur des flambeaux , s'écrient : Julies auguste'.

Il a voit ordonné de barricader les portes; elles furent forcées au point du Jour. Les soldats se saisissent du césar, le portent à son tribunal aax cris mille fois répétés de Julien auguste! Jolies prioit, conjurait, menaçoit ses violents amiS) qui , à leur tour, lui déclarèrent qu'il s agissoit de la mort ou de l'empire : il céda., Une acclamation le salua maître ou compétiteur du monde. Il fut élevé sur un bouclier ' comme un roi frank, et couronné comme un despote asiatique : le col" lier militaire d'un hastaire 3 lui servit de diadème, car il refusa d'user à cette fin (étant chose de mauvais augure) d'un collier de femme ^ ood*UB ; ornement de cheval que lui présentoient les soldats.

Afin qu'il ne manquât rien d'extraordinaire à ravénement du restaurateur de ridoiâtrie , Julien écrivit au peuple et au sénat athénien (Ad. 5. P* ^ Q. A(h.) la relation de ce qui s'étoit passé à Latèce. Il adressa des lettres explicatives à Constance , lui demanda la confirmation du titre d'anguste. Pour trouver un second exemple d'oo empereur proclamé à Paris , il faut passer de Julien à Napoléon. Après des négociations inutiles, Constance rejeta les prières de son rival; il lui enjoignit de quitter la pourpre, non sans le traiter d'ingrat : « Rappelle-toi que Je t'ai protégéalors « que tu étois orphelin. — Orphelin! dit Julien « dans sa réponse à Constance; le meurtrier de •« ma famille me reproche d'avoir été orphelin M/

Julien rassemble à Lutèce le peuple et Tannée, leur commimique les messages venus d'Orient, et leur demande s'il doit abdiquer le titre d'auguste. Un grand bruit s'élève avec ces paroles: « Sans

* jittffustumJulianHmhcmnditclamoribmt eoMerfp»^^

(Ami., lib. XX, cap. iT.) u^m^.

> Impositasqae scato podestH. ( Id,, ibid, ) Ubaohu iWK. Ofetix scutum^ in quo êolemni» inau§unUMi» w» t^ actui est, omni tibi tribunali convenientim!

s 11 se nommoit Mauruê. ^

4 Le texte parle aossl en parUcnlier d'ane parora de kv de «a femme : Vxori» colH vel capitis. __, ,

» JuuAH. , Onu. ad 5. P. <?. Al/Um.; LmiW.i OndP^'^» ZoiUR.,llb.xiA.

BISTOftlQUES.

auguste, la puissance est perdue pour

■ les provinces, les soldats et la république '. »

Le questeur Léonas fut chargé de porter la

KftÊÊt publique à son maître, avec une lettre

firticalîère remplie de la colère et du mépris de

Décidé à marcher sur TOrient , Julien part avec tm mille soldats ; il étoit à peine suivi de trente ■tUe autres. Tout s'épouvante : Taurus, préfet dltalie, s*enfnit; Florent, préfet de rillyrie, s*eafalt; Nébridius, préfet du prétoire en Occikaïj demeure seul fidèle à Constance; il perd ne main d'un coup d'épée, et Julien refuse de ■Rtr la Doble main qui reste à Nébridius '.

Le nouvel auguste descend le Danube , tantôt cétayant ses bords , tantôt 8*abandonnant à son «MD9;Sîmiium , capitale de Hllyrie occidentale , krceoit ; Il se saisit du pas de Suques , entrée de blliace , et s'arrête pour attendre son armée ^.

Il tourne alors le visage au passé et le dos à flivvoir, çt , se préparant la triste gloire d'avoir et le premier prince apostat, il abjure pubiiquenent le christianisme; il déclare qu'il confie sa fie et sa cause aux dieux immortels , fait rouvrir à grand bruit les portes des temples , efface l'eau do baptême par la cérémonie du taurobole : une seule des divinités évoquées apparut un moment ib famée des sacrifices de Julien, la Victoire.

Les soldats qui l'accompagnoient , brandissant kors épées au-dessus de leurs têtes, ou tournant b pointe de ces épées contre leurs poitrines, tvoîent juré de mourir pour lui : cependant plurieurs d'entre eux étoient chrétiens; mais Julien Ici avoit trompés. Avant de quitter les Gaules, i étoit entré le jour de l'Epiphanie dans TégHsc k Vienne, et y avdt fait sa prière. Ammien Varcellin affirme qu'en ce moment même il profanit secrètement le paganisme ^. Qu'est>ce donc ^ le parjure avoit dit à Vienne au Dieu des diréticns?

Coostanœ se préparoit à repousser l'invasion : Inciirt àMopsucrène , en Ciiicie , après avoir été kifUié par &izolos, de la communion arienne :

* Le sénat de la nouvelle capitale se range du eftéde la fortune ; Julien entre dans sa ville natale, fie Constance 9 dit-il, aimoit comme sa sœur,

* Jhifuïïlie JmUane vi pfnvincialh , et milei, et reip. dèonit mMetoriiaê, ( ÀHV. , Ub. XX, cap. xi. )

* Avi., lib. \\t; LlBAlf., Oraf. parent, ' Makkt. , Paneg. ; Lraii. , Orot

* Jék^rere eutlui chrittiano ftngehat a QUoJampridem •««rffc<laci«mi/.(LU).xx.)

* Ion ,»!>. Dumas, pape. Aa de J. C. 860^360;

et que lui Julien aimoit comdie sa mère '. Cons-^ tantinople chrétienne reçoit l'idolâtrie ainsi que Rome païenne avoit reçu rÉvabgile.

Une commission établie a Calcédoine jugea^les ministres de Constance : Paul , Apodème et l'eu* nuque Eusèiie, furent justement punis; d'autres subirent injustement la mort et l'exil.

La cour éprouva une réforme totale : on congédia des milliers de cuisiniers et de l)arbiers. Un de ces derniers se présente snperl)ement vêtu pour couper les cheveux au successeur de Constance. « Je n'ai pas demandé un trésorier, » dit Julien , « mais un l)arbier *, » Les agents, au nombre de plus de dix mille , furent réduits à dixsept; les curieux, et autres espions, al)olis.

Maintenant il convient de connottre plus intimement l'homme qui a pris dans l'histoire une place tout à part, en opposant son génie et sa puissance à la transformation sociale dont les peuples modernes sont sortis.

SECONDE PARTIE

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