‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 12 sur 228 · DE JULIEN A THÉODOSE I · texte numérisé non relu

DE JULIEN A THÉODOSE I

Lorsque Julien fut relégué à Athènes par Constance, saint Basile et saint Grégoire de Nazianze s*y trouvoient. Le dernier nous a laissé un portrait de l'apostat où se reconnott l'inimitié du peintre. « Il étoit de médiocre taille, le cou épais, « les épaules larges , qu'il haussoit et remuoit «t souvent, aussi bien que la tête. Ses pieds n'é- « toient point fermes , ni sa démarche assurte. « Ses yeux étoient vife, mais égarés et tour- « noyants; le regard, ftirieux ; le nez, dédaigneux « et insolent ; la bouche, grande ; la lèvre d'en hàSj m pendante ; la barbe, hérissée et pointue : il faisoit « des grimaces ridicules, et des signes de tète sans « sujet; rioit sans mesure, et avec de grands « éclats ; s'arrétoit en parlant , et reprenoit ha- « leine; faisoit des questions hnpertinentes, et des « réponses embarrassées l'une dans l'autre qui « n'avoient rien de ferme et de méthodique K »

Ammien Marcellin , qui voyoit Julien en beaU|

■ *0 {Uv yàç oM[* &^ iZÙJ^ iyà 8è &ç |<>i1tipa fcXA.

(JuuAlv,epûf. 68.)

> Ego non rationalem juni, êed ttmiorem aceirL

s CHt« tradoction n*eit pas tout à fait exacte, el n*a pas

surtout râpreté de l'original ; mab il y a quelque chose de

si simple , de si naturel , de si grave dans te style de Fleury »

^ que Je n*ai pat eu U témèriié d'entreproidre de re£Uce œ qu'U

ÉTUDES

eoQsdrve pourtant , dans le portrait de oe prince, quelques traits de celai de Grégoire de Nasianze '; et Julien iai-mème, dans le Misopogon, semble attester la fidélité malveillante du pinceau chrétien.

« La nature, commeje le présume, n*a pas donné « beaucoup d'agréments À mon visage; et mol, K morose et bizarre , Je lui ai ajouté cette longue « barbe pour lui infliger une peine , à cause de son « air disgracieux. Dans cette barbe Je laisse errer « des insectes ', comme d'autres bétes dans une « forêt. Je ne puis boire ni manger à mon aise , h car Je craindrois de brouter imprudemment « mes poils avec mon pain. Il est heureux que et Je ne me soucie ni de donner ni de recevoir des « baisers

« Vous dites qu'on pourroit tresser des cordes il avec ma barbe : Je consens de tout mon cœur « que vous en arrachiez les brins; prenez garde « seulement que leur rudesse n'écorche vos mains « molles et délicates.

« N'allez pas vous figurer que vos moqueries « me désolent; elles me plaisent; car enfin, si « mon menton est comme celui d'un bouc , Je « pourrais, en le rasant, le rendre semblable à « celui d'un beau garçon ou d'une Jeune fille sur « qui la nature a répandu sa grâce et sa beauté. « Mais vous autres, de vie efféminée et de mœurs « puériles, vous voulez , Jusque dans la vieillesse, « ressembler à vos enfants : ce n'est pas comme « chez mol , aux Joues , mais à votre front ridé , « que l'homme se fait reconnoître.

A Cette barbe démesurée ne me suffit pas : ma « tête est sale ; rarement je la fais tondre ; Je coupe

A hit Fleory et TWeiAont sont deux hommes qui ne permelteul pas qu'on retouche ce qu'ils ont touché. Le dernier a eu génie à foroede savoir^ de oonucieDce et d*exaeUtade. Il est en présence des faits et des hommes, comme un chrétien des premiers siècles en présence de la vérité : Il aimeroit mieux Mourir que de faire an mensonge. Son style Incorrect, sauvage et nu, est mêlé de choses qui étonnent. Cest ainsi que , peignant les derniers moments de Julien , il dit, dans le langage des Pères de l*Êgllse : « n mourut dans la disgrâce de « Dieu et des hommes. »

' Mediocris erat itatunSf capiltU tanquam pexisxet mol- Ubu», hhtuia barba in acvium detinente wUtuê, veniaiate 9culorum micantium flagrant, qui mentis ejia anguêtias tndkabantf iupercilià decoris et naso rectiasimo, orepauto majore, labro inferiort demi9$o, opima et incurva eerviee, humeris vastis et UiliSf/ib ipso capite unque unguium summitâtes îineamentomm recta compagine , unde viribuê valebat et cursu. ( Amm. , lib. XXY , cap. IT. ) D'après ce portrait, lullen atolt les cheveux doux , les sourcils charmants , le nez tout à fait grec; la beauté de ses yeux éUnoelanIs annonçait que son âme étoit mal à Taise dans l*étroite prison de son corps. Si on lit argutias au lieu d*angtutitu dans le texte, on ntrouveroit les yeui vUs , mais égarés et Umrnoffantt, qu'at* trUme à Julien saint Grégoire de Nazlauft

* J>è$emrrtiit€g m tapedkuloÊ*

mes ongles rarement, et j'ai les doigts noireis par ma plume.

ff Voulez- vous connoitre mes imperfectioDssecrètes ? Ma poitrine est horrible et velue eomme celle du lion , roi des animaux. Je n*ai jamais voulu la peler, tant mes habitudes sont bratei et abjectes. Je n'ai jamais poli aucune partiede mon corps : franchement, je vous dirais tout, quand j'aurois même nn poireau comme Ci* mon'.»

Et c'est le mattre du monde qui parle de lai d« cette façon 1 Mais cette brutale humilité est Toh gueil de la puissance.

Julien avoit des vertus, de l'esprit et une grande imagination : on a rarement écrit et porté une couronne comme lui. Il détestoit les jeux, lesthéâ* très , les spectacles ; il étoit sobre , laborieux, in* trépide, éclairé, Juste, grand administrateur, ennemi de la calomnie et des délateurs. Il almoit la liberté et l'égalité autant que prince le peat; il dédaignait le titre de seigneur ou de maître. Il pardonna dans les Gaules à un eunuque chargé da l'assassiner.

Un Jour on lui signala nu citoyen qui, disûit* on, aspiroit à l'empire, parce qu'il faisoit préférer

' Spanheim a traduit le Misopogon ; la Bletterie en a doooé une autre traducUon avec celle des Césars et de quelque! id» Ires choisies; le marquis d*Argens a traduit, sous le nom de Défense du paganisme, ce que saint Cyrille d*AIexaodris nous a conser\ é de Touvrage de Julien contre les cbrélieDs; enlio, M. Tourlet a publié une traduction complète des envres de cet empereur. Je me suis aidé des excellents trartof de mes devanciers, sans adopter tout à fait leur venk». li traduction du Misopogon de la Bletterie, que Bf. Toarlela conservée en la corrigeant, est élégante; mais elle ne dit pas tout l*origiaaI. La BieUcrte, d'ailleurs homme d*esprit, de raison, d'instruction et de talent, est resté dans Pirooiquei U n'a pas osé alwrder le sardouique; il a eu peur de rsffrooterie des mots : Je ne parle pas du coliccUf messieurs sdnsié aux habiUnts d'Antloclie, p<*tile politesse de noti* boMS compagnie, qu'il étoit aisé de faire disparoltre. La Bi^M» croit que Julien calomnie sa barlie ; Je le pense aussi; U w probable qu'il répéloit les railleries des Antiochieos, M qu'enchérissant lui-même sur ces railleries. Il exagétoitM défaut} pour tomber de plus haut sur les vices conlraira de ses détracteurs. Nous voyons Julien se baigner dans OM maison de campagne , se faire couper les cheveux en «fj^^"* à Ck)nstantinople ; cela n'annonce pas un homme si iDdinéreot au soin de sa personne. Saint Augustin , dont la pbilosopue n'étoit pas , il est vrai , celle de Julien , pense que la propR" est une demi-vertu.

M. Tourlet a réuni plusieurs fragments de loUen qoA oe " trouvent pas dans les ancietmes éditions de ses œuvres, n » rendu ainsi un véritable service aux lettres; mais la granj* découverte à faire serott celle de VHiaUrirt de$ guerres ëeJtih lien dans les Gaules. Cet ouvrage est perdu, tandis qued« discours assez insignifiants se sont conservés. Cela JlJ"'" partie de l'esprit du siècle où vivolt Julien : on altacholt uw extrême importance aux écrits dogmaUques de 1*^P<*^*£|'^ les admirer ou les combattre, et i*on se souctoit P*" r JJ qui étoit en dehors des controverses religieuses. Cest «o*» que Cyrille d'Alexandrie, dans ses dix livres '^ .*■**" chrislianorum religions advenus Ubros athei Juliant, nw a transmis une grande partie de Toarrage d« cet empcNH contre la leUgioo ehiéUenne.

HISTORIQUES

mwaH 006 cUamyde de ponq^re. Jollea charproffideux ami da prince légitime de porter i/lbiirpateor une paire de brodequins ornés de fMrpre, afin quli ne manquât rien au vêtement mfétràL\ La loi défendoit, sous peine de mort, k bbriqaer pour les particuliers une étoffe de ponpre ; an usurpateur étoit réduit , dans le pre* ■ier moment de son élection , à voler la pourpre des enseignes "militaires et des statues des ieu.

Naiis, évèque] arien de Calcédoine, insultolt hfienqoi aacrifloit dans un temple de la Fortune. Mes loi dit : « Vieillard , le Galiléen ne te renlèapas la vue. » Maris étoit aveugle. — « Je le I nnercie, répondit Févèque , de m'épargner la t dnleor de vdr un apostat comme toi *• » L'emincir supporta cet accablant reproche.

Mphidius, célèbre avocat de Bordeaux, plaidait devant Julien contre Numérins, accusé de memoà dans le gouvernement de la Gaule iUoQDoise; Nomériusnioit les faits. i Qui ne •miimocent , s'écria l'avocat, s'il suffit de nier? - « Qui sera innocent , repartit Julien , s'il suffit •fitre accusé ^7 «

D'tQtres avocats louoient Julien : « Je me ré- •jwnioisde vos éloges, leur dit-il, si vous aviez < ieooorage de me blâmer ^. »

Cn csrtain Tbalassius étoit dénoncé par le inpie d'Antioche , comme exacteur et comme ttcien ennemi de Gallus et de Julien. « Je recon- •Mis, dit l'empereur, qu'il m'a offensé; c'est ce * toi doit suspendre vos poursuites jusqu'à ce que "j'aie tiré raison de mon ennemi. » Il pardonna àfaccosé*.

Ud homme vint se prosterner à ses pieds dans tn temple, criant merci pour sa vie. « C'est Théo- •dote, lui dit-on, chef du conseil d'Hiéraple, 'Vii jadis demandoit votre tête à Constance, -fc savois cela depuis longtemps, répondît *l'aapereur. Retourne en paix à tes foyers,

j^PtrieuioiQ farrUori pedum têgmina dari ptÊrpana " •"•"^•w ptrftrtnda. ( Am» )

("«B (ivliaiiiuB ) graviter ol^argAvil , impiani et apo8l»> 2^ «pQM et nligioato expeftum. At Ule ooovidit reddens ^ma eoeoin mm appeUevit : Neque vero, inqcUt , Deus ê^b^'^ te iioquaiD saDatums est. Grutiaty liiqaitMarU , ^w», «ai Me immémibUÊ orbavii ne viderem vuUum tumn ^ te«in» proiapÊmt et( impietaêem. (SocSAT., hiêt. ^tUK.ii,cap.xji,pas. I60.)

^^^iMMoe€^^$9$iepoigrii, êiaccuiassetHfflciet^iKnt.) *««><rtam pUme prm meqme/enbam , ti ab Mb Uiudarer

^«}Mtw ^n^M dieiUê qffendiêae mtjuata de causa; et ^"« Mlrr<M;p0natiilaji#aMi est, dum'jniki inimiGopotiori

• Théodote. J'ai & cœur de diminner le nombre « de mes ennemis et d'augmenter celui de mes i« amis \ »

Une femme plaidoit contre un domestique militaire renvoyé du palais ; elle n'avoit osé l'assigner tant qu'il avoit été en faveur. Celui-ci se présente à l'audience impériale avec la ceinture . de son emploi ; la femme se croit perdue, présumant que son adversaire est rentré en grice : « Femme, dit Julien , soutiens ton accusation; le « défendeur n'a mis sa ceinture que pour mar* « cher plus vite dans la boue; elle ne peut rien « contre ton droit *. »

La publication du Misopogdn tient à la même élévation de nature : à part Torgueil cynique de cet ouvrage, un homme investi du pouvoir ab* solu, environné d'une armée de Barbares dévoués à ses ordres, un prince qui pouvoit d'un seul signe faire exterminer ses insolents détracteurs , et qui se contente de tirer raison d'un libelle par un pamphlet , est un exemple unique dans l'histoire des peuples et des rois. César, dans VAnti'Caton, n'eut à se venger que de la vertu, et il ne la put vaincre, même en joignant les armes à la satire.

Les Césars sont encore plus extraordinaires que le Misopogon, Quel souverain a jamais jugé ses prédécesseurs avec autant de rigueur et de supériorité? Jules César entre le premier au banquet des dieux : Silène avertit Jupiter que ce convive pourroit bien songer à le détrôner, et Jupiter trouve que la tête de ce mortel ne ressemble pas mal à la sienne. Vient Auguste, dont les couleurs du visage changent comme celles du caméléon ; Tibère , à la mine flère et terrible , et au dos couvert de lèpre; Caligula, monstre sur-le-champ précipité dans le Tartare ; Claude, pauvre prince qui n'est rien sans Pallas , Narcisse et Messaline; Néron, une couronne de laurier sur la tête , une lyre à la main, et qu'Apollon jette dans le Cocyte ; ensuite des gens de toutes sortes, les Galba, les Othon , les Vitellius; Vespasien , qui accourt pour éteindre le feu mis aux temples^; Titus, qu'on envoie à la Vénus publique; Domitien, qu'on enchaîne auprès du taureau de Phalaris ;

. I AH eeeuruê ad tarée, exutm omni metu, etewtetftM principis, qui ut prudens di^nivit, inimicorum minuere numerum augereque amicorum eponte eua con tendit ac li' bene, (Ami.)

» Pruaequere , mulier, « quid te Uteam existimae : hte enim sic cinctus est vt expeditius per Itttum incedat : at parum nocere tuis partibus potesL (Id.)

> Aliiuioo à riQcendie du temple de Jénualem et du Capllola.

Il»

ÉTUDES

Nerva, à propos daqael Silène s*écrle : « Voas « autres dieax , vous laissez quinze années un « monstre sur le trône, et ce vieillard affable et > juste n*a pas régné un an entier ! » Jupiter apaise Silène en loi annonçant que des princes vertueux vont suivre Nerva.

Trajan parott : aussitôt Silène recommande à Jupiter de veiller sur celui qui verse À boire aux immortels. Que cherche Adrien? son Antinous? 11 n*est peint dans l'Olympe. Antonln, modéré, excq^té en amour, s'arréterolt à couper en portions égales un grain de cumin. A la vue de Marc- Aurèle, Silène déclare qu'il n'a rien à lui reprocher

Survient un débat entre Alexandre et César, Jouteurs de gloire. César affirme qu'il a effacé les grands hommes ses contemporains et les grands hommes de tous les siècles et de tous les pays. Que prétend Alexandre avec sa conquête de la Perse? Peut-il opposer quelque chose à la Journée de Pharsale? Quel étoit le capitaine le plus habile de Pompée ou de Darius? Où étoient les meilleurs soldats?* Toi , Alexandre, tu as égorgé « les citoyens de Thèbes, incendié les villes des « malheureux Grecs; moi. César, J'ai conquis «. les Gaules , passé le Rhin , franchi l'Océan , « sauté sur le rivage des Bretons. Tu as vaincu « dix mille Grecs : J'ai défiiit cent cinquante 4k mille Romains. •

Alexandre, qui commeoçoit à entrer en fureur, apostrophe Jupiter et lui demande quand enfin ce babillard romain cessera de se donner des éloges. Il a triomphé de Pompée I Pompée, pauvre homme qui profita des triomphes de Lucullusl on lui donna le nom de grand par flatterie; mais pouvoit-on le comparer à Marius , aux deux Scipion , à Camille? « Tu as battu Pompée , César? Pompée, si amoureux de sa coiffure qu'il n'osoit se gratter la tête que du bout du doigt I Tu ne soumis les Gaulois et les Germains que pour asservir ta patrie : fut-il Jamais rien de plus impie et de plus détestable 1 Ne traite pas avec tant de dédain les dix mille Grecs que Je me vis forcé d'accabler. Vous, Romains , qui à peine avez pu vous rendre maîtres de la Grèce dans sa décadence ; vous qui vous êtes épuisés à soumettre un petit État presque ignoré aux beaux Jours de rHellénie, que seriez- vous devenus s'il vous eût fallu combattre les Grecs unis et florissants? Il vous sied bien de parler avec mépris de m^ conquête de la

«( Perse , fkmeux conquérants qui, après troissiè* « clés de guerre, êtes parvenus, à la sueur ds « votre front, à vous emparer de quelques villa* « ges au delà du Tigre ! Moins de dix ans ont sofll « à Alexandre pour domptet la Perse et les In* « des. » La satire continue de cette manière im« pitoyable, haute et Juste, Jusqu'à Constantin, outrageusement traité par le restaurateur de YU dolâtrie : il le livre à la déesse de la mollesse qui Tembrasse, le revêt d'une robe de femme de di« verses couleurs, et le conduit par la main à la Luxure. Auprès d elle Constantin trouve an ds ses fils (Crispus) qui crioit incessamment : « Go^ « rupteurs de femmes, homicides, sacrilèges, soé^ « lérats, vous tous qui avez besoin d'cxpiatioB, « approchez I avec un peu d'eau Je vous rendrai « purs. Si vous retombez dans vos fautes, frap- « pez-vous la poitrine, battez-vous la tête ftoot « vous sera remis \ »

Ici il y a triple calomnie et haine atroce : OB ne reconnoit plus le souverain supérieur qui oon* damne les mauvais princes, et le grand homme qui Juge ses pairs.

Julien étoit musicien et poète de talent : noo avons de lui deux épigrammes élégantes, Tuoe contre la bière , l'autre où l'orgue est décrit à peu près tel que nous leconnoissons '. Ses lettres sont

' "OoTi; fOopeOc, ivnç (uatfévoc, Son; ivocr^ xw pScXvpiCt Xxtù 6ap^v dciro^avcô yàp ocOriv TOUTC|>i t^ (Hoen Xwnit oc«/Ttxa xa0ap6v. Kàv icdXtv Ivoxoc toïç aànofz yéviiTW , W«* Tè OTvjOoc icXviCavtt , xai ti^ xeçoXi^v mcraiCavn **'"f*J'J' véorai. Quisquls mulicrum oorniptor, qufsquis bomlddi ett , (piisquis pfaculo aut extecrando soelere m obstrioiif t tidenter bac adito. Etenim slmul atquc bifi aqaa ablutin fuerit, flllco ego eum panim reddam. Quod si Usdemnvsus se nagitiiioontamiDarU, enidam nU, tonso pectocen capite percQsso, expielur. {In Cœsar. , pag. 386. B.)

> Il exi&te en manuscril , dit-on , un poème de Jttiieo sotm soleil, et quelques harangues non publiées. n*UP«,l^^ quantité de lettres sorties de la plume féconde de JalMO* os n'en counolt guère plus de soixante-quatre. Vossliu a»[jw que les Cétan étoieni tnUlulés , dans les anciens manuscms< les S(4iumalc9 et le Banquet; mais Suidas distingue les (^ San des Saturuates , ei cite de ce dernier ouvrage des cnoio qui ne se trouvent point dans les Cé$an. Suidas indk|(K ^ oore deux ouvrages perdus de Julien , l'un sur le» ^'^•^^ ' f»#, l'autre mr l'origine dumalwntre leMignorontâ.mBA^^ dans set Vies des sophistes « parle souvent de '°>*^*'l,^ avoit écrit Tblstoire; peut-être faisoit-elle partie de son ^ ioire det empertun depuit Alexandft Sévère. Oo <^ «1» celles se retrouve en parUe dans les deux livres de ^^ qui se seroit contenté de retoucher le trtvaU <''w'"îf\;^ liste, au rapport de Socrote , avoit mis en vers la ▼[^?rv, lien. On présumolt, dans le dix-septième s<^>«* 1"Î;.Xlb poliUque d'Eunape étoit dans Im biblloUièques dWmonde littéraire doit au savant M. Bolssonade uj» tw grecque d'Eunape, dont M. Cousin, Juge «*'P*'T: j„|en : ainsi; son suffrage sera d'un tout antre poids 4^"^ ^ « Personne, en effet, n'éloll mieux préparé * <*^"ÎYdflà ^ n tion critique d'Kunape que M. Boissonade , q*v ' k|jtot « bien mérité de la philosophie néoplatonlcieno« «" 1^^ ^i « une nouvelle édition de la Vie de Proclus P^,"^Ltfa0 « le oommealaire inédit d« Produi sur le Ov^'^* '^

HISTORIQUES

IIS

iiÉKliv«9qiioiqoed*Qii slykpeQ natorel ' ; en

iidiiDe oà i] y a trop de Néréides , de Grâces,

è5jnpba, de lieux communs de mythologie ,

dfs ressemble assez à ces épftres toutes fleuries

à itsetde roses , que le grand Frédéric écri voit à

iesgensde lettres la veille d'une bataille; mais

le njet en est touchant et les descriptions agréa-

Hs; elle nous apprend quelque chose d'intime

à h vie et de la jeunesse de Julien.

i L'afenle maternelle de Julien lui avoit laissé

m petite terre en Bithynie : l'empereur écrit à

■imi dont on ignore le nom , pour lui en faire

(itot Quel est le roi d'une province de l'empire

qui ne cnriroit aujourd'hui déroger à sa

», démembrer le domaine de sacouronne,

AcHuproiiiettre la dignité deson sang, en offrant

C«ii bonne grâce l'héritage de sa grand'mère

isiBi?

'Iiaiaison n*est pas à plus de vingt stades de •hner, mais on n'y est point étourdi par le •ttrehuid , ou par le matelot criard ou querel-

• kv. Cependant on y jouit des présents des Mé* •Rides, et Ton peut y avoir le poisson frais et « psliAint Si tu montes sur un tertre peu éloigné •de la maison, tu verras la Propontide, ses ties

• et h Tille qui porte le noble nom d'un empereur. •UtQ ne seras point au milieu des algues, des ■iMweset des antres plantes désagréables et •iMoimiies que la mer Jette sur ses grèves, mais •ttmilieQ des saules, parmi le thym et les her-

• Iies|isr1uniées. Couché , un livre à himain , après <ne lecture attentive, tu pourras reposer tes ' }aa fitignés : la mer et les vaisseaux te seront <«i donnant qpectacie. Dans mon enfance, ce

'^M^oprcsiesioaroes ne lai lafllsoient polot,8anM>-

* ^^ « tut OD devoir dé se procurer Umu les matériaux •aiiaés ptr an devaocien. Le ipecimen de Carpzow le ' "'JJoit en poiMssion des noies de Fabricius , et par Tinter-

* ■mUr de SdKffer, Erfiirt , entre tes mains duquel étoieni •h«ba Ici travaux inédits de Wagner, let a obligeamment '«MttQDlqaéià M. Boissonade, avec des notes de Reine- '^^^(«▼ladeLU>aniu8,il a eu les notes inédites de *^*^;(tdeux exemplaires d*£uoape, qui avoieot appar^ *m k Waickenaer, lui ont fourni quelques corrections •{?"■"• ««posées lur les marges par Waldienaer, ou par

'^"'Killia vn l>xemplaire de Vossius conservé à Ja |J5JjJ*>*«ine de Leyde; sans compter les ooujectures de ,'■■*'• <véque d'Avranches, Huet, que contient un des ' OttplaiRs de la bibliothèque de Paris , et d*autres secoun

J™««wlt trop long d*énumérf r, et qui tous disparolssent

,!?* ^^••tecoliecUon de remarques de toute eapèce dont ^ ^jnoilMch a enrichi i*ou vrage de notre sa vant compatriote :

««ortsqœ les deux volumes dont se compose cette édition ^■«Mpe présentent les travaux des maîtres de différente

WJi d de dinérvnto siècles , habilement employés par un

î^ ?**««» du siècle présent.

y^^^ prétend avoir atteint la perfection du style épis- 2?î' *ÎJÎ *»orde la seconde place à Julien. Pline le Jeune

jjreieatoMedece bd «prltélégantetrechciché.lmitépar "^1 « Ml Grées de son tempe.

«aUTUMlAHIk — TONS r.

« lieu me plaisoit , parce que J*y trou vois des fon* « taines qui n*étoient pas à mépriser, des bains « assez propres , un potager et des arbres. Lorsque «Je devins homme, Je désirai ardemment de re- « voir ce lieu; J*y suis maintes fois retourné en « compagnie de quelques amis. Je m'y suis même « assez occupé d'agriculturepour y laisser, comme « un monument, une petite vigne qui donne un ^ vin suave et parfumé. Tu verras dans mon dos « Bacchus et les Grâces : la grappe pendante au « cep, ou portée au pressoir, exhaie l'odeur des • roses; la liqueur dans le tonneau est déjà da « nectar, si nous en croyons Homère. Tu mede- « manderas peut-être, puisque les vignes vien* « nent si bien dans ce sol, pourquoi Je n'en al « pas planté davantage? Mais d'abord Je ne suis « pas un cultivateur bien habile ; ensuite les Nym-* « phes tempèrent pour moi la coupe de fiacchus : « Je ne voulois de vin qu'autant ^'il en falloit « pour moi et mes convives, dont tu sais que le « nombre n'est pas grand. Accepte donc ce pré* « sent, 6 tète chérie ' I II est petit, sans doute ; « mais ce qui va d'un ami a un ami, de la maison « à la maison , est très-doux, comme le dit le sage n poète Pindare '. »

Les discours de Julien ont les défauts de la lit* térature de son temps ; mais celui qu'il adresse aux Athéniens, en partie purgé de ces défauts, mon* tre avec quelle gravité il avoit pu écrire l'histoire des guerres des Gaules et de la Germanie. Il est fâcheux que l'Apostat, dans deux panégyriques | ait si bien loué Constance, son persécuteur, et qu'il ait été si froid dans l*éloge d'Eusébie, sa bienfaitrice , et peut-être quelque chose de plus \

Grand admirateur du passé, Julien a voulu faire remonter le vocabulaire dont il s'est servi aux Jours classiques de la Grèce : assez souvent il habille à l'antique des idées modernes ; on peut se faire une idée de ce contraste par un exemple

* 4>iXt) xcfoXi^! 0 earum eaput! Horace a transporté ce tour dans le latin , et Racine dans le françois*

> S/riêL XLTI.

* Cette princesse, aussi belle qu*humal ne, dit Julien, {Paneg». Bu$») , est représentée comme aimant les lettres , et pleine ds compassion pour les malheureux : in culmine tam eeûo Am* maua. On la voit protéger Julien , le défendre contre ses ennemis, lui fournir des lifres, prendre pour lui tous les soins de la puissance et de la tendresse; ensuite on la volt donner un breuvage à Hélène pour la faire délivrer de son fruit avant terme. Gomment Kusébie, qui avoit élevé Julien à la pourpre, et qui conséquemment ne sembloit pas craindre son ambition, ▼ouloit-elle le priver de postérité? Eusébie étoit stérile; Hélène n*étolt pas Jeune, mais elle étoit féconde. Ces contradictions 8*expliqueroient par la folie d*une passion. Dans cette hypothèse, Eusébie auroit désiré placer Julien sur le trône du monde, mais elle n*auroit pu souflrir qu*une feoune, plut beorsiue «pi^elle , tax tk mère des enlànli de Julien.

ÉTUDES

en leos oppwé. Vmtsar des Vieê des grands hommes a écrit en grec dfins on idiome complet et vieilli^ et il a été traduit en françois dans un idiome incomplet et naissant, d'où il est arrivé une chose assez extraordinaire : le génie de Plntarque étoit naïf, et sa langue ne i'étoit plus; Amyot est venu , et il a donné à Plutarque la langue qui manquoit à son génie. Hais Amyot échoue dans les Morales : le gaulois, qui s'étoit si bien prêté aux récits du biographe, n'a pu rendre les idées complexes et les expressions métaphysiques du philosophe.

De grandes imperfeetlons balançoient dans Julien ses iminentes qualités : il gétoit son earaotèi*e original en copiant d'autres grands hommes , et sembloit n'avoir de naturel que sa perpétuelle imitation. Il s'étoit surtout donné pour modèles Alexandre et Marc-Aurèle; sa mémoire envahissoit ses actions ; il avolt fait entrer son érudition dans sa vie. Lorsqu'il renvoya aux évéqnes le traité de DIodore de Tarse, en fiiveur du christianisme , avec ces trois mots : anegnôn , egnén y caiegnôn : *Av<yvwv, f^vuiv, xoit^y^ùiv : Toi lu y fai compris y fai condamné ; il rappeloit mal le vetiiy vidiy viciy de César. Ses actes de clémence étoient peu méritoires, le dédain y ayant plus de part que la générosité. Léger, railleur, pétulant, questionneur sans dignité , d'une loquacité intarissable , il eût été cruel s'il se fût laissé aller à son penchant '. Dans des emportements involontaires , il s'almissoit jusqu'à frapper de la main et du pied les gens du peuple qui se présentoient à ses audiences*. On pourrait soupçonner sa pudicité : bien que Mamertin assure que son lit étoit plus chaste que celui d'une vestale, il est probable, s*il n'est certain, qu'il eut des enfants naturels. ' Telle est la puissance d'un mot : le nom d'Apostat , donné à Julien , suffit pour flétrir sa mémoire, même aujourd'hui que nous sommes séparés de ce prince par quatorze siècles, et que tombent les institutions qu'il proscrivoit.

L'antipathie de Julien pour le culte des chrétiens se fortifia de la haine que lui inspira le prince qui massacra son père , livra son frère au bourreau , et menaça longtemps sa vie : les anciens autels étant devenus les autels persécutés , Julien s'y attaclia comme un caractère généreitx s'attache à la patrie, à la foiblesse et au malheur ; il

* SocRAT. , nb. m, cap. xu,

* N AZ. , pag. 121.

> IvuAK. , epUt, XL Bducator mcorum Uhwonm*

voulut eroire & de4 absurdités que sa raison eondamnoit ; il employa son génie , comme les phi* losophes de son temps, à expliquer par des allé* gories le cuite de ces divinités , persoDnifiisatioQi desol^ets delà nature , ou passions matérialiséei, La i>eauté des cérémonies du paganisme enchaih toit son iaaagination poétique nourrie des soDgH de la Grèce : à la renaissance des lettres, auiei* zième siècle, quelques écrivains de la France et de l'Italie , ravis des belles fables , devinnsit de véritables païens , et firent at^juration entre la mains d'Homère et de Virgile. Julien attrilMutt son salut à sa piété envers les dieux qui rayoient excepté seul de la juste condamnation praoïmcée contre la maison impie de Constantin.

Son aversion pour le diristianisme se put «ig* menter encore du spectacle qù'offroit la loeiéli . lorsqu'il parvint à l'empire. L'hérésie d'iriv avoit tout divisé et subdivisé; ce n'étoient qu'a- . nathèmes lancés et reçus; les catholiques ménM ■ ne s'entendoient plus; les évéques se disputoient des sièges , et le schisme ajoutoit ses désordres à ceux de Thérésie. Julien avoit remarqué qae iei chrétiens sont plus cruels entre eux que les b^ tes ne le sont aux hommes * ( c'est un auteur pales qui l'affirme ). Athanase &it la même remah que sur les ariens *. Ces querelles dans toates iei villes, dans tous les villages, dans tons lei liameaux, affolblissoient l'empire an dehen^ paralysoieot le pouvoir au d^ans, rendoieDt l'administration périlleuse et difficile. Les jag^ et les gouverneurs n'étoient occupés qu'à répri* mer les délits et les séditions des chrétiens. I^ fameux Georges , évéque arien d'Alexandrie, persécuteur des païens et des catholiques, avoit désolé l'Egypte par ses rapines et ses cruautés. Diodore , un de ses adhérents , eoupoit de sa propre autorité la chevelure des enfants ; cheveiore que l'idolétrie maternelle laissoit croître en Thonoeur de quelque divinité protectrice. Le peapb lassé se souleva , massacra Georges , pilla sa Ubliotbèque dont Julien recommanda au préfet d'Egypte de rassembler soigneusement les débris. La folie des Galiléens , dit le même priooe dans sa lettre à Artablus , a presque tout pc'rdn .

Julien, qui n'aurait pu reoonnottre la vérité chrétienne parmi des hommes qui ne s'enten-

* !ftil1as InfesUi hominlbas besttas, nt saot libl fecato pleriqoe christiaDonira expertus. (Amm. , tib. xii, cap* î- J

« ArlanI Scythis ipsis crudeUores, ( Ath. , tti9L Jrtan^)

* Elenim GalUœorum amenlia, prvpmodëm ««»*« V JUzlt ac perdldiL ( JuLun. , epUt^ TU.}

HISTORIQUES

tl4

ytts sur la nalore du GhrMi put donc qu'il supprimeroît à la (bia tons les maux alétoallant toates les sectes sous l'aocieD culte : mor d'un Juge préoccupé qui prit les effets foor la cause ; qui ne vit que TeKiérieur des trouilles; qui ae fut frappé que du mouvement à la ■rfiiee, et n'aperçut pas l'idée immobile repottot an fond de ces troubles. Une révolution étoit iea>m|jlia, un changement opéré dans l'espèce

Cependant rédocation d'enfoncé du grand enû de la croix avoit été toute chrétienne; il ivoit disputé de dévotion à Marcellum avec son tee Gallus; il parolt même qu'après avoir été ktieur dans l'église de Nieomédie, il s'étoit lait tfiidR pour se faire moine ' ; intuition qu'on a iwta altjril>oer à l'hypocrisie, et qu'il est plus i(HtaUe de regarder comme le mouvement d'une êmt oaltée. Julien ne pouvoit être ni chrétien , lifiitlQsophe à demi ; la nature ne lui avoit laissé fK le diolx du fenatisme.

Quoi qull en soit, aussitôt que ce prince Ait lifavé de Gallns , il s'abandonna à la passion de rétade, que Ini avoit inspirée Mardonius, son premier maître. Il visita à Pergame Éd^us, èmt récole Jetoit un grand éclat.

Chef du néoplatonisme dont Plotin étoit le foniit»r, É«)ésiiis, disciple éi successeur de Jam- Uique, étoit un vieillard dont l'esprit vigoureux l'ékvoit vers le del à mesure que son corps se poAaat vers la terre. Julien vouioit en tirer Me la science, mais le vieillard lui dit : « Ait maille poursuivant de la sagesse , mon corps est «an édifice en raine prêt à tomber : interrogez • oicsenfiuits'. »

Co enfanta d'Édésius étoient ses disciples :

Vaxloie , Priacus , Ëusèbe et Ghrysanthe. Julien

l'adressa d'abord aux deux derniers. Eusèbe ne

croyoît point à la tbéurgie, et parloit à Julien

ttatoe les opérateurs dej^rodiges; il lui raconta

fM Maxime «voit fait sourire devant lui, au

attjrad'on grain d'encens purifié, et d'un hymne

<toé à voix basse, la statue de la déesse au

Icaple d'Hécate ; qu'ensuite les flambeaux s'é-

Mat allâmes d'eux-mêmes'. Aussitôt Julien,

tattporté de cnriosité , ne voulut plus écouter les

nîManeaients d'Eusèbe, et s'empressa d'aller

cfaereher Maxime à Ëphèse.

• Btwécmtem utque kmsut monasticam vitam timulaviU TSocaAT.)

" toa., ru, JamH, , FiU Max.

Maxime , d*un êge approchant de la vldlleisaf portoit une longue barbe blanche; son éloquence étoit entraînante ; le son de sa voix se marioit si bien avec l'expression de ses regards, qu'on ne lui pouvoit résister'. Pressé par Julien, il fit venir Ghrysanthe , et tous les deux l'instruisirent» Maxime conduisit le jeune prince dans le souterrain d'un temple : après les évocations on entendit un grand bruit, et des spectres de &u apparurent. Julien, saisi de frayeur, fit involon* tairement et par habitude le signe de la croix : tout s^évanouit. Julien ne se pouvoit empôciier d'admirer la puissance du signe des chrétiens , lorsque le philosoplie lui dit d'une voix sévère : « Croyez-vous avoir fait peur aux dieux? ils se « sont retirés, parce qu'ils ne veulent pasavoir de « relations avec des profanes tels que vous*. »

On ignore le reste de cette initiation; mais on assure que Maxime prédit l'empire à Julien , s'il Juroit d'abolir le christianisme et de rétablir l'ancien culte.

Au surplus , quels que fussent les nuages dont le néoplatonisme environnoit sa doctrine, on sait qu'il admettoit des puissances subordonnées aveo lesquelles on oommerçoit par la science de la càr baie. Comme les philosophes ne pouvoient Jusli*fier les folies du polytliéisme pris dans le sens absolu, ils composoient un système d'allégories dans lesquelles ils renfermoient les vérités de la physique , de la morale et de la théologie. Ils admettoieat un Dieu-Principe dont les attiibuts devenoient des divinités inférieures. Les astres, la terre, la mer, les royaumes , les villes, les maisens , de même que les vertus et les arts , avoient leurs génies : ceux qui tout à la fois rougissoient etse glorifioient desanciennes superstitions, chargeolent ainsi l'imagination d'inventer, pour les justifier, un système digne d'elles.

Le fond de l'ancienne doctrine platonicienne subsistoit : l'intervalle inconunensurable qui sépare l'homme de Dieu , étant rempli par des êtres plus ou moins sublimes à mesure qu'ils sont plus voisins de Dieu ou de l^homme , notre âme , selon le degré de sa vertu, remonte cette longue ehaioe de héros, de génies et de dieux , et va s'abîmer dans le sein du grand Être , beauté, vérité, sou^ verain bien, science complète.

Plutôt alléché aux mystères que rassasié de secrets, Julien alla chercher jusqu*au fond de la Grèce un vieux prêtre d*Éieusis, qui passoit pour

« £uM\p., Fit. Jambl. FiL Max.; Liban., Paneg., 175. ' Theooor. , Ub. m , cap. m ; Grec. Naz., or, m » pag. 71.

fl«

ËTU&ËS

ne rien Ignorer. Si nous en croyons Eunape , seule autorité pour ce récit , Julien, au moment de rompre avec Constance y appela ce prêtre dans les Gaules , et lui fit part du projet qu*ii n'avoit révélé qu'à Oribase , son médecin , et ÀÉvhémère , son bibliothécaire.

Julien étoit versé dans la théurgte et les deux divinations : ses croyances se composoient d'un mélange de néoplatonisme et de quelcpie souvenir de sa première éducation chrétienne, le tout enveloppé dans l'hellénisme, ou les mythes homériques.

Le néoplatonisme Joignoit à la doctrine de Platon des idées empruntées aux écoles pythagoricienne, stoïcienne et péripatéticienne. En vertu de la loi de la métempsycose , Julien pensoit avoir hérité de l'âme d'Alexandre : superstition naturelle du courage , du génie et de la gloire.

libanius compare la vérité rentrant dans l'esprit de Julien , purifiée du christianisme , à la statue des dieux replacée dans un temple autrefois profané. Selon le même Libanius, des divinités amies éveilloient le disciple impérial en touchant doucement ses mains et ses cheveux'; il distinguoit la voix de Jupiter de cellede Minerve , et ne se trompoit point sur la forme d'Hercule ou d'Apollon : platonicien par l'esprit , stoïcien par le caractère , cynique par quelques habitudes extérieures , Julien prioit et Jeûnoit en l'honneur d'Isis, de Pan ou d'Hécate , comme les Pères du désert ses contemporains Jeûnoient et prioient aux Jours de vigiles et d'abstinence. Si, à cette époque , la philosophie affectoit des austérités et prétendoit opérer [des prodiges , c'est qu'elle avoit été conduite à opposer quelque chose aux vertus et aux merveilles des chrétiens»

En effet , peu de temps après le règne de Ju* lien, une persécution s'éleva contre les hommes accusés de magie ; cette magie n'étoit que la réaction et la contre-partie des miracles. Le christianisme avoit forcé l'hellénisme & l'imitation pour maintenir sa puissance. La cérémonie du taurobole ou du criobole , qui se rattachoit dans son principe à la plus haute antiquité, étoit devenue une simple parodie du baptême. Au bord d'une fosse couverte d'une pierre percée, le sacrificateur égorgeoit un taureau ou un bélier; le sang de la victime couloit au travers des trous, sur le prosélyte placé au fond de la fosse , et les taches de ce pécheur se trouvoient effacées au moins pour

vingt ans. Les philosophes étoient les sotiMm de la religion de Jupiter ; comme les ermites da christianisme, ils s'attribuoient un pouvoir sur* naturel. Plotin évoquoit,à l*aided'un ÉgyptieOf son propre démon ; quand il mourut , un dragon sortit de dessous son lit et traversa une muraille, Jambiique s'élevoit en l'air, et tout son corps paroissoit resplendissant : au son d'une parole il fil un Jour sortir les génies de l'amour, Éros et Ad< téros , du fond d'un bain. Édésius forçoit les dieux à descendre , et il en recevoit des oracles ea ven hexamètres*. Vous venez de voir les Jongleries de Maxime et Chry santhe. Simon le magicien , Apol* lonius de Tyane , avoient eu les mêmes préteo' tions aux vertus théurgiqnes. Gelse avoit opposé aux miracles de Jésus-Christ les prestiges d'&co* lape, d'Apollon, d'Aristes , et d'Abaris. Les pli!< losophes affectolent un tel air de ressemblanee avec les ascètes, que Julien, dans un moment d'humeur contre les cyniques, les compare atH moines galiléens ' : vous ailes bientêt voir 06 prince essayant de régler la police des templei d'après la discipline des églises. Enfin , les iddâtrès réformés avoient placé ane Trinité à la tète de leurs dieux : vaincu de toutes parts, le paga« nisme étoit , pour ainsi dhre , obligé |de se fiiirt chrétien.

Toutefois, dans cette transfusion du sang so* dal , dans l'accomplissement de la phis grandi révolution de l'intelligence , on doit aussi remar quer , afin d'être Juste et sincère , ce que le chriS' tianisme pou volt avoir admis de la pUiosophied du paganisme.

Le christianisme a-t-ii reçu de la philosophie les dogmes de la Trinité , du Logos ou du Verbal

J'ai déjà eu l'occasion de traiter ailleurs cettt matière : J'ai fait observer ^ que la Trinité poif vdt avoir été connue des Éggrptiens, comme l( prou voit l'inscription grecque du grand obélisque du Cirque Majeur, à Rome; J'ai cité un oracle de Sérapb , rapporté par Héraclides de Font el Porphyre^, lequel oracle exprime nettement h dogme de la Trinité ^

* EONAP. • yiL Soph. ; BMXn. , BiiL pkUoêi^*; '0UAI.I apud s. Cyril. , lib. vi.

* Ji7UAi«. , oontra Imperftof canes. 9r. vt.

> Génie du Chriêiianitme, tom. iil, Uv. I, cil•^^l.

* Porphyre appartient au néoplatonisme, poetérkiir à » prédication de I*£>-angUe > KNtt ce rapport i aon ténolgoafli est «aspect. ^

» U Mie découverte de la lecture des h^*^y^Jj^ Jeter de nouvelles lumières sur le système religieux ^JJST Uens. Je dois à M. Charies le Normant, qui a suivi M. caa^ polilon en Egypte, la note savante qu*on va lire. !'>"*!"!; «o tnitant de la triade égypUemie, dU màLqfàqim»^

HISTORIQUES

ta

bmagei AToleDt une espèce de Trinité dans

hvHétris, Oromasis et Arimanis, ou Mitra,

et Ariinane. PioUm semble indiquer la

le Timée, rÉpinomis; et dans une

U&eà Denis le Jeune , il énonce le Verbe .de la

mikt la plus claire. Selon lui 1 1er Verbe très*

Il iHioInle. (Voyct là Pré&ee de «• Études hisUniquet,) tUtriideégypUaiDe, identiquement 8eml>1ab1eà la triade btadooe, lepote sur ane croyance pa&ttiéisttque : les deux priDdya foodamentaiix ( Aromon-Ra et Mouth, la grande MR,daDs la forme la plos élevée) représentent l'esprit et kmttRi Ib ne sont pas même corrélaUfs , car il est dit fifAMMm est le wtari de ta mère*^ ce qui veut dire que taprit Qt ooe émanation de la maUère préexistante, du An. DsM le RUuel funéraire**, la pièce caplUle et le Énéde la théologie égyptienne, Ammon dit à Mouth : Jtukrtsprit; toi, tu es ta matière. Plus loin, dans la IDÉEsdicaée à Mtmth , soos la forme secondaire de Neith, «ace mots : Ammou eU Veeprit divin, et toi, tu eê le rnimpe, Neith, qui préêide dans SaU. De leur union imini CkoM, la plus liaute maniffestation de Tesprit, la MAm personne de la triade- tbébaine. Cbons est telle- ■BikBésM que le Logo» de llnde, et même de la Perse, drMoD et de saint Jean , qu*à Thèbes , dans le temple qui hiot dédié***, il est nommé Chona Toth, c'est-à-dire jnè. Ortie triple uniié de Dieu se retrouvealnsl dans touiBbdégrid^ious du théisme égypUen , Jusqu'à la triple ■■iftiliUuii oorporrtle de Dieu dans les personnes d*Oslife, iVk et d'Horas. Pois vient un personnage oomplé- ■otaiR, mi résumé des formes multiples de la Divinité, dmmM-Borusoa Poruê-Jmmon , qui réunit les deux an- ■nu opposés de cette chaîne immense , et renferme Tunité pmhéhttque du monde concentré dans les trois personnes detaprit, de la matière et du verbe. AmmoD-Horus est it ?•• dei Grecs.

I Litriailé riirétienne est fondée sur rexisteoce d'un Dieu frtoirtsotà la matièfo , qui a tiré le monde du néant; ce Uee K msoifcste Incessamment dans son fils ; l'esprit est Hstmédisire de cette manifestation, qui, dans la triplicié, fiootfitae Funité de Dieu. On volt donc que , pour éla- UroB npport de cette trinité à la triade égyptienne, il hidrottrapposer dans cette dernière PabstracUon du prin* dpefWniD et la division de Tesprit en principe générateur acBoprit proprement dit. La différence fondamentale des dnx dodiioes a pour base l'opinion différente que les pan« ftârta et les chréUens professent sur l'origine du mal : ropUnliBe pantbéisUque le plus exalté ne peut détruire HiWsmoedu mal à la matière étemeUe , et par conséquent h néensilé du mal; Nepbtis, la sœur d'Isis, partage sa flBsdM entre Osiris et Tjrphon.

• lApraniers apologistes ont aussi attribué au désir de (oilre4islaQcer llnfluenoe des cérémonies chrétiennes Tun^ttéqncDl des sacrifices tauroboUques, à compter de la èoièR Boilié du second siècle de notre été. Mais il est Itaqne probable que.ces sacrifices avolent une autre source pt nattation des rites du baptême, ou même que l'idée

*i»ien1oM dn tevpie de CPoiu à prask» appelé le grand tapir «I Std , daiM le grand ouvrage d'Egypte. 'TreUtae psrtie , iecttoo ni, tradoetlOB commmilqQée par M.

■•»; W dmiicr tHigm , ^atrihli.Hikaya.

««kM.

la

p«r M. OunpoltioB.)

divin a arrangé Tunlvers et Ta rendu TisSde '« Platon avoit emprunté le dogme de la Trinité de Timée de Locres, qui le tenoit de l'école italique. Les pythagoridens aYOuoient rexeellence du ternaire : le tbois n*est point engendré et engendre toutes les autres fractions, d'où il pre« noit, dans l'école pythagoricienne, la qualifica^ tlon de nombre sans mère. Les stoleiens profes* soient la même théologie, ainsi que le témoigna Tertullien qui cite Zenon et Gléantbes *.

Aux Indes et au Tbibet proprement dit, les livres sacrés mentionnent le Verbe et la Trinité. . Enfin , les missionnaires anglois croient avoir re« trouvé la Trinité Jusque dans la religion dej sau* vages d*Otaiti \

Les prûicipaux Pères de r%lise , presque tous sortis de F école platonicienne , ont avoué que leur ancien mattre s'étoit quelquefois approché de la • pure doctrine : c'est ce qu'on voit dims Origène, dans Tertullien , dans saint Justin , saint Atha* nase ^ , et dans saint Augustin. Ce dernier raconte qu'ayant lu les traités des platoniciens, il y dé«

« de rébabllltation d'où la cérémonie baptismale est dérivée. « La purification expiatoire par le sang est universelle dans a les cultes de l'Orient; on en retrouve la trace Jusque dans « le Lévitique : Ettanguinem qui erat in altaft oipenit «v- « per Jaron et vettimenta ejut, et tuperfitiot illiut de vetieg tceoTMi» (vni, 30). Tous les témoignages anciens s'accordent « à rattacher les taufoboles an culte phrygien de Cybèle. Or, « ce culte, bien qu'Introduit à Rome deux cent septans avant « Jésus-Christ, ne fût longtemps que toléré, et ne passa tout « à fait dans la chose publique que sous le règne d^Antonln. « M. de Boze * a très-bien rappelé les causes de la TàDératkm • superstitieuse de cet empereur pour les mystères de Cy- « bêle : il a montré en même tem|» que Faustine la mère étolt « la première impératrice qui eût pris sur les médailles Is « nom de tnère det dieux. Or, le plus ancien teurobole que m nous trouvions constaté par une inscription se rapporte à a l'an 160 de Jésus-Christ, et a été célébré pour la conserva- « tion des Jours d'Antonin et de sa famille ** ; la plupart det m monuments de ce genre ont, comme le précédent, unecou* R leur politique. Que les idées de régénéraUon répandues par « le christianisme dans tout le monde aient contribué à étena dre rusage des sacrifices tauroboliques , c*est ce qu*il est dlf- « fldle de nier; ma(s les apologistes eux-mêmes montzoient « la dirrérence de principe, et par conséquent d*origine, qui « existoit entre le baptême et le tauroboie :. le sang du teu« « reau, dlsoit Flrmicus ***, ne rachète pas; il souille. C*est « qu'effectivement Tidée de réhabilitation purifiante et celle « d*expiation sanglante sppartiennent à deux systèmes 0|v* « posés , dont le second a éte aboli par le sacrifice de la grande « victime du christianisme. SHl étolt permis d*assigner une a origine encore plus ancienne que les mvsteres de Cyhiie an « sacrifice Unrobollque, nous en retrouverions la trace dans a le mythe persan de Mithra et dans fimmolatlon du tao- « reau, qui en est le symbole principal; or, on sait que U ■ religion de la mère des dieux n*est, en grande parUe , qa*cint « émanaUon des doctrines persanes. »

> Plat. , tom. u , pag. MS, in Epinomld.

» Tertcll. , ApologeU

s Génie du Christianimne , tom. m, hv. i, diap. m.

* S. JvSTlif, Apolog,; Omoen. contr. Celi»; TnmJLL.^ Apolog, ; àTBAM., àe Ineam, verhi Dei, pag. 8S.

* Tom. II des Mémoire» de fAeê^. da huerlpt, ** Mémoire précité.

♦** Cttéparll.deBonse,

ÉTUDES

couvrît les véHtés de là fol, relatlires ati Verbe de Dieu, telles qu'elles sont énoncées dans le premier chapitre de l'ÉTangfle de saint Jean. Il fait observer que plusieurs platoniciens ayant entendu parler du christianisme, convinrent que le Messie étoit THorome-Dieu , en qui la Vérité pe^ manente, l'immuable Sagesse, s'étoit incarnée '. Platon avoit déclaré que , si le Juste venoit sur la terre , il seroit rqéconnu et crucifié. Une tradition confuse des incarnations du dieu indien 8*étoit répandue à travers la Perse Jusqu*au fond de rOecident.

Constantin , dans la harangue que J*ai rappelée , signale Platon comme le premier philosophe qui attira les hommes à la contemplation des choses divines *•

Qu'un homme du génie de Platon ait approché de la vérité révélée par la force de sa pénétration , rien de plus naturel : les vérités de l'intelligence , comme toutes les autres vérités , nous sont plus ou moins accessibles, selon le plus ou le moins de supériorité de notre esprit. Mais la philosophie de Platon est mêlée de tant d'obscurités, de contradictions et d'erreurs , qu'il est difficile d'en tirer le système des chrétiens. Ensuite Aristobule, Joseph , saint Justin , Origène , Eusèbe de Césarée ', ont avancé et prouvé que Platon avoit eu counoissance des livres hébreux , qu'il y avoit puisé cette partie de sa philosophie si peu ressemblante à ce qui lui appartient en propre , ou plutôt à Pythagore : les exemplaires des idées et de l'harmonie des sphères.

Mais aucune induction raisonnable ne peut être tirée des doctrines qui ont eu cours après l'avénement du Christ : le néoplatonisme, au lieu d'avoir donné aux chrétiens la Trinité, la lui aurolt plutôt dérobée : Plotiii et Porphyre ont rajusté leur système confus de triade sur le système positif et clair de la nouvelle religion. Alors parut le dogme trinitaire païen plus nettement énoncé, les trois dieux, les trois entendements,

» AuG. , ConfeM. , llb. vn ; 1(1. , epUî. cxviii.

■ Co?ifiTAifT. Mac, m Orat. Snnctor. cœf. , cap. ix. ' 3 AftiSTOBti.. , àfiud Euseb.f lib. xrti; Prœp, Evang^ cap. kii; JOSKPU., llb. Il, conlra Appion.; S. Just. , Apologet,; Orig. , lib. XII f cont. Cet». ; EcsEB. , lib. xi ^ Ptvp. Evang. in prottmio. La version des Septante est postérieure au voyage de Platon en Egypte : mais il est prouvé par Aristobuie ( ipud Eu$eb.\'\\b. xui, PftBp, Evang.f cap. xii) etpar Démélrlus ( inepiâi. ad PUn^m. Eg. Reg, apud Joseph. Ariat. et Etiseb. ) que des parties considérables des livres hébreux étoient traduites en grec longtemps avant la version complète des Septante. (Voyez Défenbc des SS. Pères accusés de platonisme^f liv. iT, pag. 618 et suiv. ) Baltus sur œ poiot â complètement raison contre Luther.

les trois rois réunis dans Tunltë dumlorgique. Ces philosophes avoient une grande admiration pour ces premières paroles de rÉyângile selon saint Jean : « Au commencement étoit te Verbe, et te Vei'be étoit en Dieu y et te Verbe était Dieu^ ils disoient qu*il falloit les écrire en lettres d'or au frontispice des temples ' ; saint Basile * assure qu'ils étoient allés Jusqu'à s'emparer de ces pa* l'oies et à les insérer, comme leur appartenant, dans leurs ouvrages. Améiius, disciple de Piotin , est atteint et convaincu par Eusèbe de Césarée, Théodoret et saint Cyrille d'Alexandrie, d'être un plagiaire de l'Évangile de saint Jean, de cet apôtre qu'Amélius appelle dédaigneuse* ment un Barbare ^. Théodoret compare les néoplatoniciens , imitateurs des fidèles ( et en particulier Porphyre ) , à des singes et à la concilie . d'Ésope K

Je ne puis que vous indiquer, dans ces Étudest \ des sujets qui demanderoient un développement \ considérable. Il conviendroit d'examiner si, avant le christianisme révélé, il n'y a pas eu un cbristianisme obscur, universel, répandu dans toute* les religions et dans tous les systèmes philosophie ques de la terre ; si Ton ne retrouve pas partout une idée confuse de la Trinité , du Verbe , de l'Incarnation , de la Rédemption , de la ehate primitive de l'homme; si le christianisme ne Ût pas sortir du fond du sanctuaire les doctri- ^ nés mystérieuses qui ne se transmettoient qw ^ par l'initiation ; si , portant en lui sa propre lumière , il n'a pas recueilli toutes les lumières (jui pou volent s'unir à son essence; s'il n'apaséte ^ une sorte d*éclectisme supérieur, un choix exquis des plus pures vérités.

Il y a longtemps qu'on s'est enquis du degré d'inOuence que la philosophie a pu exercer sur la doctrine des Pères de l'Église : d'un côté, on a soutenu qu'ils avoient transformé le chrislîanisnie moral des apôtres dans le christianisme métaphysique du concile de Nicée; de Tautre , on a combattu cette assertion ^.

' Solebamus audîre aureu lUieru eonscribendme^-** locis emineniissimU proponendum esse dicebat. (Ato-» , Civit, Dci , lib. X, cap. xxix.) r.jhm '

3 EusEB., Prœp. Evang., lib. xi , Cap. xix ; TOEODO»» "^ XI, ad Grec.; Cyrill. Alex., llb. vm, inJwtàn, * TnEODOR. serm. vu , ad Gnec. ii fand oftta

» Les lecteurs qui seroleiit curieux decoonoltwaro^^^ controverse peuvent lire la IHfeme ***"**! ^ii- M<»* dé platonisme, par Baltus, I vol. In 4\ ^P»"*»laJ-tt., HEM. , de turbata per Platonicos EccUsiat «P* <^^ Syileia. inteil. , tom. n. Log4. Batar. , iis»>

HIStOAIQtES.

lit

fins qui Tonlolent défendre les Père§ ftecusés

Apiatonisiiie aoroient pa faire valoir l'autoHté

■Éne de Julien , qui prétend prouver la fausseté il système des chrétiens en lui opposant eelui èÊ diff de TAcadémie : dans un passage d^une pande beauté de style et d*une grande élévation ds pensée , il compare la création racontée par Vkâx à la création telle que Ta supposée Platon. Le dieu de Moïse , dit-il , n'a créé, ou plutôt n*a Êrmngé que la nature matérielle , le monde des corpg; il n'avolt aucune puissance pour engendrer k nature spirituelle, le monde animé f tandis q« le dieu de Platon enfante d'abord les êtres IMIIgents, les Puissances, les Anges, les Génies, hsqnels créent ensuite, par délégation da Dieu sofffême, les formes ou la nature visible qui les icpésentent , les cieux, le soleil et les sphères

qv ait les yétements ou les images des Puissanes, des Anges et des Génies.

Le principe essentiel de l'âme est un des mystèm sur lesquels on s'est fixé le plus tard ; les Fères hésitent et présentent différentes opinions : tes les neuvième, dixième et onsième siècles, k champ des discussions étoit encore resté ouvert sar ce point aux écrivains ecclésiastiques.

Teot ced ne fait rien à la question fondamenlile : fiit-il possible de prouver que les doctrines èi diriatianisme ont été plus ou moins connues Mérleurement à son ère, il n'auroit rien à perdre à cette preuve. Je vous l'ai déjà dit : des esprits piriasants ont pu atteindre à des vérités mères, «tant que ees véritéseussent été acquises au genre hmaln par une révélation directe. Loin de dé* Mre la fol, ce seroit un nouvel et merveilleux argument en sa llaveur ; car alors il seroit démontrt qu'elle est eonfiorme à la religion naturelle des |itt hautes Intelligences.

Telles sont les relations qui existolent entre la philosophie et le chiistianisme. Quant au pagaliMiie, le christianisme en prit quelques formules ippReables à toute religion , quelques rites , quel- ^ prières, quelques pompes qui n'avoient be- Ida que de changer d'objet pour être véritable-

SKat saintes : l'encens, les fleurs , les vases d'or et d'argient , les lampes , les couronnes , les lumiaaireB, le lin, la soie, les chants, les proces- #Mis, ks époques de certaines fêtes, passèrent des autels vaincus à l'autel triomphant. Le paghcssaya d*empruoter au christianisme ses et sa morale; le christianisme enleva au psgamsme ses ornements : le premier étoit iaoa-

pable de garder ee qu'il dérobolt; te aeeonA sanctifloit ce qu'il avoit ravi.

L'apostasie du cousin de Constance, d'abord soigneusement cachée à la foule , fut donc connuef d'an petit nombre de philosophes et de prêtres qui attendoient la réhabilitation des anciens jours, comme des hommes, étrangers au monde où ils vivent, révent parmi nous l'impossible retour du passé. Cependant, le secret du changement de Julien ne put être si bien gardé qu'il n'en transpirât quelque chose au dehors. Il nous reste une lettre de Gallus, de l'an 351 ou 353, dans laquelle le césar fait mention des bruits répandus dans Antioche. « On prétendolt, écrit-il à Julien alors en lonie, que vous aviez abandontié la religion de nos ancêtres pour embrasser Thellénisme ; mais J'ai été promptement détrompé. Œtius m'a dit que vous étiez au contraire plein de zèle pour bâtir des oratoires , et que vous vous plaisiez aux tombeaux des martyrs. » Gallus appelle le christianisme la religion de ses ancêtres : saint Grégoire de Plazlanze le nomme Vaneienne religion. Que le monde romain étoit changé I combien avoit été rapide la conquête de l'Évangile !

Mais si le christianisme avoit fait de pareils progrès extérieurs, le développement de sa puissance intérieure n'étoit pas moins étonnant. Déjà fou pouvoit reeonnoltre son caractère universel, nonseulement dans le sens de sa diffusion parmi les peuples , mais dans le sens de sa convenance avec les diverses facultés de l'homme : le voilà expliquant, à l'aide du plus beau langage, les idées les plus sublimes , ce christianisme qui fut prêché par des esprits obtus , de grossiers compagnons sans éducation et sans lettres. Comment Pierre le pêcheur avoit-il produit Grégoire le poète , Basile le philosophe, Jean bouche d'or l'orateur? C'est que Jésus le Christ étoit derrière Pierre l'apôtre , et que le Verbe incréé contenoit la vertu de la parole humaine : fils de Dieu, source de toutes lumières et de tous biens, il les distribuoit à ses serviteurs en proportion des besoins sueeessifis de la société , donnant à propos la simplicité et i'é^ loquence , la force des mœurs ou les clartés de l'esprit. De cette croix si rude, de ce bois qui ne présenta d'abord à i*adoration de l'univers qu'un gibet et un condamné, découlèrent graduellement les perfections de l'essence divine.

Julien, parvenu à l'empire, publia un édit de tolérance universelle. Les évêques et les prêtres , àqnelque communion qullsappartinssent, «rieui^

ÉTUDES

donatistefl , novatiens , eùnomieiis , macédoniens, catholiques , furent également protégés par celui gui les méprisoit tous , et qui espéroit les affoiblir en les divisant. Néanmoins, il fait lui-même observer qull rappela les cvéques exilés à leurs foyers y non à leurs sièges. Il assembloit les che£s des sectes, et, quand ils s'emportoient, il leur crioit : « Écoutez-moi ! les Franks et les Allamans « m'ont bien écouté '• » Dans ses lettres, il recommande la modération envers les chrétiens; mais c*est en grimaçant qu'il conserve l'impartialité philosophique : sa haine perce à travers sa tolérance affectée , et lui arrache des mots sanglants.

Athanase, par une préférence méritée, fut excepté de l'amnistie de Julien. « Il seroit dange- « reux , » dit TApostat dans sa lettre aux habitants d'Alexandrie, « de laisser à la tête du « peuple un intriguant, non pas un homme , mais « un petit avorton sans valeur, qui s'estime d'au- « tant plus grand qu'il appelle plus de dangers « sur sa tête '. » Et dans une lettre à Ecdlcius , préfet d'Egypte , Julien 8\joute : « Les dieux sont % méprisés. Chassez le scélérat Athanase; il a osé, « sous mon règne , conférer le baptême à des « femmes grecques d'une naissance illustre '. »

Eunape ne nous laisse aucun doute sur la sincérité religieuse de Julien : il sufQt d'ailleurs de lire ce qui nous reste des ouvrages de cet empereur, aussi singulier comme homme qu'extraordinaire comme prince, pour se convaincre qu'il étoit païen de bonne foi. Il avoit pris dans les initiations et les sociétés secrètes un degré d'enthousiasme qui alloit Jusqu'à Interpréter les songes et à croire aux apparitions.

Au lever et au coucher du soleil, il Immoloit une victime à Apollon, sa divinité favorite : il croyoit à la trinité des platoniciens ; le soleil étoit pour lui le Logos, le fils du Père souverain , le Verbe brûlant qui inspire la vie à l'univers. La nuit, Julien honoroit la lune et les étoiles auxquelles s'unissent les âmes des héros. Dans les grandes solennités , il aimoit à Jouer le rdie de sacrificateur et d'aruspice.

« Le beau spectacle que de voir l'empereur des « Romains fendre le bois , égorger les victimes , « consulter leurs entrailles , souffler le feu des « autels en présence de quelques vieilles femmes, « les Joues bouffies , excitant la risée de ceux-là

* Nudité me, quem Marnant audierunt et Franci, ( Amm. )

> *AXX* &v6p<Mc(tfxoç eOreX^. Quod <i ne itU quidem vit €9t, ied contemptus komuucio. ( JuuAN. , epàt. vi.)

> Quis aosas est In meo regno feminas Grecorom Uliutni pâ bspUsiiHiin ImpeUece. (Ivuaii., «jiifl. vi.)

« même dont il désirolt s'attirer les louanges I • Aux fêtes de Vénus , il marchoit entre deux trou* pes de prostitués de l'un et de l'autre sexe, affectant la gravité au milieu des éclats de rire de la débauche, élargissant ses épaules, portant ea avant sa barbe pointue, allongeant de petits pas pour imiter la marche d'un géant. Saint Ghrysostome ' doute que la postérité veuille croire à boq récit ; il adjure de la vérité de ses paroles les vieillards qui i'éooutoient, et qui pouvoient avoir été témoins de ces indignités.

L'empereur ilEûsoit toutes ces choses comme souverain pontife , dignité attachée chez les Romains à la souveraineté politique. Il épuisoit l'Etat pour les frais d'un culte que rien ne pouvoit rétablir. 11 offroit en holocauste des oiseaux rares ; cent bœufs étoient quelquefois assommés à un seul autel dans un seul Jour. Les peuples disoient que , s'il revenoit vainqueur des Perses, il détruiroit la race des taureaux. Il ressembloit en cela , selon la remarque d' Ammien Marceiiin , au césar Marcus à qui les 1k£u£s blancs avoient écrit ce billet : « Les bœufs blancs au césar Marcos, « salut : c'est fiiit de nous si vous triomphez ^ »

De magnifiques présents étoient prodigués par Julien aux sanctuaires célèbres , à Dodone, à Delphes , à Délos. En arrivant à Antioche , soo premier soin fut de sacrifier sur la cime du moot Gassius. Il apprit avec une sainte Joie que le goavemeur de TËgypte avoit retrouvé le bœuf Apis, Il fit déboucher, à Daphné , la fontaine Castalie; mais , en visitant ce lieu renonmié par sa beauté, il eut un grand sujet de douleur : le bois de lau* riers et de cyprès n'étoit plus qu'un cimetière chrétien ; GaUus y avoit déposé le corps de saint Babylas. « Je me figurois d'avance, dit Julien , « une pompe magnifique : Je ne revois que victi* « mes , libations , parfums , chœurs de beaux enci fants , dont l'âme étoit aussi pure que leur robe « étoit blanche. J'entre dans le temple, je n'y « trouve ni encens , ni gâteaux ,.ni victimes.».». « J'interroge le prêtre. Je demande ce que la ville « sacrifiera aux dieux dans cette fête solennelle. — Voici une oie que J'apporte de ma maison, » « me répondit-il '. »

Les temples détruits par le temps ou par les chrétiens furent réparés. Julien fut le Luther

^ Cest à AnUoche que Chryioslôme parloit ainsi. Amakn lui-même dit à peu près la même chose, Ub. xxii , cap. xiT>

« Le lexle de cette plaisanterie est en grec dans Ammien* (Voir la note des savanls éditeurs, Amm., in-fol. U^ Batav. , 1693. ) On a appliqué cette épigramme à lfarO'Aam&

* Mitopogon.

HISTORIQUES. 131

|gta de son siècle ; il entreprit la réformation de ; un chevalier de la croisade baisant la manche de

rjÉtttrie sur le modèle de la discipline des chré- | Pierre TErmite?

Plein d*admiration pour la fraternité évan- Mais Julien ne fut pas plus heureux avec les

philosophes qu*avec les prêtres : ils se corrompis rent à la cour. Maxime et quelques autres sophistes acquirent des fortunes scandaleuses; ils démentirent par leurs mœurs la rigidité de leurs doctrines : Cbrysanthe, Libanius et Aristomène se tinrent seuls dans une louable réserve. Julien avoit eu saint Basile pour compagnon d^études à Athènes; il essaya de l'attirer auprès de lui : le philosophe chrétien, dans sa solitude , repoussa l'amitié du philosophe païen sur le tr6ne.

« Aussitôt, dit saint €hrysostôme (rudement « traduit par Tillemont) , aussitôt que Julien eut « publié son édit pour le rétablissement de l'ido- 'i latrie, on vit accourir, de toutes les parties du « monde , les magiciens , les enchanteurs , les de- « vins , les augures , et tous ceux qui faisoient mé- « tier d'imposture et d'illusion : de sorte que tout « le palais se trouvoit plein de gens sans honneur « et de vagabonds. Ceux qui depuis longtemps « étoient réduite à la dernière misère ; ceux qui « pour leurs sorcelleries et maléfices avoient lan- « gui dans les prisons et dans les minières ; ceux A qui tralnoient à peine une misérable vie dans « les emplois les plus bas et les plus honteux ; 1 tous ces gens, érigés en prêtres et en pontifes, « se trouvoient en un instant comblés dlion- « néiirs. L*empereur, laissant là les généraux « et les magistrats , et ne daignant pas seulement « leur parler, menoit avec lui, par toute la ville, « des Jeunes gens perdus de débauches, et « des courtisanes qui ne faisoient que sortir « des lieux infâmes de leurs prostitutions. Le « cheval de l'empereur et ses gardes ne le sui- « volent que de fort loin, pendant que cette troupe « infâme environnoit sa personne et paroissoit « avec le premier rang d'honneur, au milieu des « places publiques , disant et faisant tout ce qu'on « peut attendre de gens de cette profession. ^

L'apostasie conduisit Julien au fanatisme , et du fanatisme à la persécution : quand l'homme a commis une faute qu'il suppose irréparable , l'orgueil lui fait chercher un abri dans cette faute même. Julien essaya deux choses difficiles : ré* chauffer le zèle des idolâtres pour un culte éteint; provoquer des chutes parmi les chrétiens. Embaucheur de la cupidité et de la foiblesse , il offroit de l'or etdeshonneursà l'apostasie : il échoua

gËpe y il désiroit que les païens se liassent ainsi im bout de la terre à l'autre ; il vouloit que les fétns de rbellénisme eussent la vertu des prélits de la croix ; qu'ils fussent comme eux irrépcochables; qœ, comme eux, ils prêchassent la pitié, la charité, l'hospitalité. Il ordonna des prières graves et régulières à heures fixes , chantées à deux chœurs dans les temples ; enfin il se inpoeoit de fonder des monastères d'hommes et ^ femmes et des hôpitaux. « Ne devons-nous t ftt itN^ que les Galiléens , ces impies , après • aToir Doarri leurs pauvres , nourrissent encore «ks nôtres laissés dans un dénûment absolu ' ? » Sût Grégoire de Nazianze remarque que ces loitalCQrs des chrétiens ne se pouvoient appuyer iefeiemple de leurs dieux , et qu'il y avoit condidietioa entre leur morale et leur foi.

Le zte que Julien avoit pour le paganisme , il rsToit pour la philosophie : il aimoit un rhéteur de la même tendresse qu'il chéri&soit un augure. Lors de sa rupture avec Constance, il s'étoit flatté qM Maxime accourroit dans les Gaules. 11 reveaoit de sa dernière expédition d'outre-Rhin ; il teandoit partout , chemin faisant , si quelque pyiosophe n'étoit point arrivé : il avise de loin ncyniqoe; il le prend pour Maxime; il est ravi de joie ; ce n'étoit qu'un autre philosophe , ami de Jatteo *. Ne croit-on pas voir un empereur chrétien haniliant sa pourpre devant un anachorète , ou

* Sed quid eai causm, eur in hitce, perinde ac si nihil u opm* émet, conquieêcamus , ae non poUu$ conver- . oeulm ad ea, quibuê impia ehrUlianorum religio rU,id€ti, ad benigniialem in peregrinot, ad curam ÂiUi» M morUù» sepetiendis potitam, et ad sanctimoniam

nte qmem simttlant Nam iurpe profecto

ctf, cm nemo ex Judmu mendicet, et impii GulUœi non mm modo, sed nostns quoque alant, ut nostri auxilio, qttia mMêfeni iptis debeat, dntituti videantur, ( Jçuan. , 9nCXLn.)

' Gb détail ie trouve dans une IcUre au philosophe Maxime. Ma BOUS fait ooDDoltre Besançon dans cette lettre , comme ftrii dans le MUopogon.

A4 Caiioê revertent , chrurnspiciebam et pereontahar de

mâkmqmi iilme vernirent, num qui» philoiophui, num qui»

ukdatiicuê, aut pallio penulave indutttê, eo appu[i6»et.

(tmeuiem fe9ontioRem(BvKt>nua^ Besançon ) appropin-

m (egt autem oppidulum nunc rtfectum, magnum

olim, et magnifieis templis ornatum, manibutjlr-

ÛM, et Utci natura munitum, propterea quot cingitur

Mt( AavcûSi^, DooJh) : eetque, ut in mari, rupeeexceUa, pnpemodmmipeisavibui inacceêta, nitiquafiumenambient tOfMM Utiora qmtdam habet projecta) : cum, inquam, prope abemem ab hac urbe , vir quidam cynicus eum pera et hecÊto mihi oceurrit. Bum ego cum eminus aspexiuem, tetfMfli esse putavi : eum accessit propius , a te omnino illum vnin ntpifatuf 9um, Est autem mihi quidem itle amicus ,

i^fira êxpectati9têem «nom. (Jcluw., epiU. | ^^^ j^ j^j f^^^i^ ç| çQ^tre la foi tiède. Lul*

même se plaint de ne trouver presque personne disposé à sacrifier; il avoue que son discours hellénique au sénat chrétien de Berée , loué pour la forme , n'eut aucun succès pour le fond ; il gourmande les habitants d* Alexandrie d'abandonner les dieux d'Alexandre pour un Verbe que ni eux, ni leurs pèrcs,n*ont Jamais vu '. Ghrysanthe usa de modération envers les chrétiens, prévoyant que leur culte ne tarderolt pas à triompher. L'ancien monde et le monde nouveau repoussèrent Julien : Tun , dans sa décrépitude , eût vainement essayé de se redresser comme un Jeune homme; l'autre , adolescent vigoureux | ne se put rabougrir en vieillard.

La mission du césar-apôtre auprès des soldats eut le sort qu'elle devoit avoir dans les camps. Il ordonna aux officiers de quitter la foi ou l'épée : Yalentinien déposa la dernière, qui lui laissa la main libre pour saisir la couronne. Quant aux légions , celles de l'Occident , composées de Gaulois et de Germains,s'accommodèrentfort du vin, des hécatombes et des bœufls gras * ; on laissa aux légions de lOrient le Labarum ; mais on effaça le monogramme du Christ : l'idolâtrie se trouva cachée dans une confusion lâche et habile des emblèmes de la guerre et de la royauté»

L'empereur résolut de rebâtir le temple de Jérusalem, afin de confondre une prophétie sur laquelle les chrétiens s'appuyoient. Des globes de feu , s'élançant du seiu de la terre, dispersèrent les ouvriers. L'entreprise fut abandonnée ^ ; elle

> Hano yen qaem neqae vos, nequê patres Ttttri videra, Jesiim Deum esse Verbum credUls oportere. (Juu an., epùL u.)

* Peiulftnles ante omnes et Celts.... Aagebantur oeremontemm ritus Immodioe cam impensarum amplltiidiDe ante bac inusitata et gravi. ( Amh. )

* Le texte d*Aminien Marcellin que Je rais citer a fort embarrassé Gibbon, et avant lui Voltaire : un miracle aflirmé par un païen étoit en effet une chose fâcheuse ; il a donc fallu avoir recours à la physique. ■ Julien , dit Judicieusement « l'abbé 4e la Bletierie , et les pliUosophes de sa oour mirent « sans doute en œuvre ce quMls savoient de phy&ique pour « dérober à la Uivinité un prodige si éclalant. La nature « sert la religion si à propos qu'on devroit au moins la soup- « çooner de collusion. » M. Goizot, dans son excellente édition françoise de l*ouvrage de Gibbon, indique aussi quelques lois de la physique par lesquelles on pourrait expliquer, jusqu'à un certain point , TapparlUon des feux qui chassôrent les ouvriers de lulieo. M. Toarlet , par un calcul chronologique , établit que le phénomène arrivé à Jérusalem ne fut que le même tremblement de terre qui menaça (>>nstanUnopie , et dévasta NIcéc et Nioomédie pendant le troisième consulat de Julien, en 363. Je suis trop ignorant pour disputer rien aux faits, et n*ai pas asset d'autorité pour les Interpréter ou les combattre; Je les rapporte comme Je les trouve. Sozomène, Rufin, Socrate, Théodoret, Philostorge, saint Grégoire de Naxianze, saint Chrysostôme et saint Ambroise, confirment le rédt d'Amraien Marcellin. Julien lui-même avoue qu'il avoit voulu rétablir le temple : Ttnnplum itlud tanto intervaU» a ruimù estcUare voluerim. En creusant les fondements du temple nouveau , on acheva de détruire les fondements de J râtuden temple, et Vtm confirma tes oracles de Daidei et de '

étoit peu digne d'un esprit philosophique. l)er nier témoin de l'accomplissement des paroles dt maître, j*ai vu Jérusalem : Non relinquetur lapis super lapidem.

Enfin Julien défendit aux fidèles d'enselgnei les belles-lettres; c'étoit sortent par les enfaiib que l'Évangile s'emparoit des pères : « Laissez les « petits venir à moi I » — « Ou n'expliquez point, <« disoit l'empereur dans son édit , les écrivains « proihnes, si vous condamnes leurs doctrines; « ou , si vous les expliquez , approuvez leurs seQ« « tiraents. Vous croyez qo*Homère, Hésiode et « leurs semblables, sont dans Terreur : allez ex' t pliquer Matthieu et Luc dans les églises dsi R Galiléens'. »

Les maîtres chrétiens, privés des ehaires tféloquenee et de belles-lettres, eurent recoars à un moyen ingénieux pour prouver qu*ib n'é* toient point des rustres, obligés de se tenir dans la barbarie de leur origine, comme disoit Jniien. Ils composèrent (et Tusage en fut continué), sor des thèmes de morale et de théologie , et-snr des sujets tirés de Thistoire sainte, des hymnes, des idylles, des élégies, des odes , des tragédies, ^ même des comédies. Il nous reste bon nombre de ces poèmes qui ouvrent des routes nouvelles au talent, appliquent Tart des vers aux aspérités de la haute métaphysique, et plient la langue des Muses aux formes des idées, conmw elle Tavoit été de tout temps à oeUes des images*.

Jéam-Christ |>ar la «boae mAne (|tt*oo Maolt pour Im t»t

vaincre d'imposture. Au rapport de Pbilostorge (liv* VU cap. ti), un ouvrier traTaillant aux fondements da tenpfe troura, sous une voûte, au haut d*itiie cokmne envIroQoée d>au, I*£vangtle de saint Jean. Rien de plus poattif qd^," texte d*Âmmien ; le voici : AmbUUmwm quànâam apui Hit' rosolymam templum, qwd poH muUa et initrneciva ttrl^ mima , ohwidtmte Fespasiano poHeaque Tito , €ttfft ett espH' gnatum, tnêtûurare sumptibw eegiUtbat immodieis : nt^f tiumqtte matumndum Mgpio déferai Aniiochemi , quieU* Britanniatcnrttvfrtttpropnpfeeiiê. CumiUtqne ^**^^^^^, 1er instartt Alypiu», juvartlque provinciœ rector meinewi fflobi Jlammarum prope/nndamenia cfebri$ a$snliibmeni» paniêt , fecere locum, exusHé aiiquotie$ <^terantilnn, «***• cttsum; hocque modo elemento deëUiuUiui repeUenHf <**' savit inceptum. (Aua., lib. iiiti, cap« 1.)

I Sin In Deos sancUssImos patent ab iills auctorilNM peecatum esse, eant in Galiiaoram ecdeslas, U)i<pie MalIMO* et Lucam Interpretentur. ( Julian. , êptit XMi. ) .,__t^

* Saint Grégoire de Natianze seul a emnposé phff de tm» mille vers. Trois de ses poèmes sont sur la ^^**\]^ sieurs sur m vie et sur let mmix qu'il a êovffef^i «pi»!'^ uns accusent les menirs du etergé et le luxe des *•"•?; d'autres font reloge des moines. Les pommes MM*»^^ lamitée de mon âme, de la Grandeur et de te ^JJ^j! V homme , let Secrète de eainl Grégoire, sont admlraW» P" la hauteur du sujet et la beauté de l'expression s " / * î^ beaucoup de vers sur le respect dû aux tombeaux- ^^^^^ Apoillnalres , le père et le flis , se signalèreot par IfOf «"^f poétkfue eonire rédtt de JiilleD. La premier mU «■ T^ril rolques rbistoiie sainte Jusqu'au lègue de Saûl ; U pni P*

HISTORIQUES

isa^

b foop fat poartaot rade aux chrétiens : les ton génies qui combattoient alors pour la foi «Bîent mieux aimé subir nne persécution san- |We: ils ne s*en peuvent taire, ils reviennent flHi cesse sur cette iniquité; et comme le siècle m DilieQ des Barbares armés étoit philosophique ctifttéraire, les païens même n'applaudirent pas àfordrede Julien; Amraien le traite d*lnjuste'. Les controverses religieuses ou politiques comnencent ordinairement par les écrits, et finis- «t par les armes; il en fut autrement lors de krèvoliitio& qui a fait voir le premier et l'unlfm eiemple d*un changement complet dans la refigion Batlonale d'un grand peuple civilisé. On taiTabord les chrétiens dans dix batailles rangtct, les dix persécutions générales, et les chré* feuDvrèrent leur tête sans essayer de se défen- At par la force; mais ils sentirent de bonne heure itaéecssité d*écrlre, pour aflirmer leur innocence H tsrarer leur fbi. C'est au christianisme que roodoit la liberté de la pensée écrite; elle coûta cber i ceux qui en firent la conquête : on dédaifna d*alx>rd de leur répondre autrement qu'avec te grillés de fer et les ongles des lions. Quand nSvangile eut gagné la foule, le polythéisme, obligé de renoncer à la guerre de Tépée, accepta crilede la plume : TidolAtrie se réfugia aux deux Atrémités opposées de la société, les ignorants et les gens de lettres. Les philosophes, les rhé- Ims, les poètes, les grammairiens, tinrent ferme au paganisme avec les hommes rastiques ; ks premiers par orgueil de la science , les autres pir la privation de tout savoir. Depuis le troiliènie siècle de i*ère chrétienne Jusqu'à l'abolition fomplcte de l'idolâtrie , vous n'ouvrez pas un lim de philosophie, de religion, de science, d'histoire, d'éloquence, de poésie, où vous ne trouviez le eomlmt des deux religions. Sous Julien VQQB rencontrez Libanius, Édésius, Priscus, Maxime, Sopâtre, orateurs et sophistes; Andronic (t Deiphide, poètes; Ammien Marcellin et Auittw Victor, historiens;Mamertin, panégyriste; Oribttse, médecin; et Julien lui-même orate, poète et historien; tous combattant contre Af&anase, Basile, les deux Grégoire de Nysse et k Na^anze, Diodore de Tarse, orateurs, phiioso-

■odHes de tes oomédiM, de s« tragédies et de ses odes pieu- Ki,lfénandre, Eoripide et PIndare : le second expliqua, tes en éMopan à la wumkèn et Plaloa, Im évaoRilfli et ii Atcbine dea apôtres.

*Lft.xxtt,eip. X.

phes, poètes, historiens; Césarlus, rfiédecln et frère de Grégoire de Nazianze; Prohérésius, rhéteur,* lequel aima mieux abandonner sa chaire à Athènes que d'être excepté de l'édit qui défendolt aux chrétiens d'enseigner.

Julien préluda aux persécutions qu'il médltoit par une espèce d'apologie du paganisme : en iu" nocentant ses dieux et en condamnant le Dieu* qu'il avoit quitté. Il Justifloit indirectement son apostasie. Au milieu des soins qu'exigeoit de lui son empire , il trouva le temps de dicter l'ouvrage * dont saint Cyrille nous a conservé une partie dans la réfutation qu'il en a faite.

Julien remonte Jusqu'à Moïse, compare son système sur la création du monde à celui de Pla-« ton , et donne la préférence au dernier.

Dieu , après avoir fait l'homme, dit : « Il n'est* « pas bon que l'homme soit seul : > et 11 crée la femme qui perd l'homme.

Que penser du serpent qui parle? dans quelle langue parloit-il? comment se moquer après cela des fables populaires de la Grèce?

Dieu interdit à nos premiers parents la cou-' noissance du bien et du mal ; il leur défend de toucher à l'arbre de vie dans la crainte qu'ils viennent à vivre toujours : blasphèmes contre' Dieu, ou allégories. Alors pourquoi rejeter les mythes philosophiques?

Dieu clioislt pour sou peuple les Hébreux. Comment un Dieu Juste a-t-ii abandonné toutei^ les autres nations? chez les Grecs, le Dieu créateur est le roi et le père commun des hommes.

Julien remarque qu'il y a peu de nations dans rOccident propres à l'étude de la philosophie et de la géométrie : les temps sont bien changés.

Vous vouiez que nous croyions à la tour de Babel , et vous ne voulez pas croire aux géants d'Homère, qui entassèrent trois montagnes les unes sur les autres pour escalader le ciel«

Le Décalogue ne contient que des précepte^ vulgaires; le Dieu des Hébreux est un Dieu Jaloux qui n*en souffre point d*autre. Galiléens, vous donnez un prétendu fils à ce Dieu qui ne le connut Jamais.

Quel est ce Dieu toujours en courroux qui, voulant punir quelques hommes ooupal>le8, fait périr cent mille innocents ' ? Comparez le légis« iateur des Hébreux aux législateurs de la Grèce

> n est curieux de trouver daui tes arguments de ialien tOQâ les argumenta de Tollaite.

tu

et de Rome , aox grands hommes de TÉgypte et de la Babylonie.

Qa*est-oe qae ce Jésus suborneur des plus vils d'entre les Jui£s , et qui n*est connu que depuis trois cents ans ; ce Jésus qui n*a rien fait dans le cours 4e sa vie , si ce n'est de guérir quelques boiteux et quelques démoniaques? Esculape est un tout autre sauveur de Thumanité.

L'inspiration divine envoyée par les dieux n'a qu'un temps; les oracles fameux cessent dans la révolution des âges.

Les Galiléens n'ont pris des Hébreux que leur fureur et leur haine contre l'espèce humaine : ils ont renoncé au culte d'un seul Dieu pour adorer des honmies misérables ; comme la sangsue, ils ont sucé le sang le plus corrompu des Juifs, et leur ont laissé le plus pur,

Jésus et Paul n'ont pu prévoir les chimères que se formeroient un jour les Galiléens; ils ne pouvoient deviner le d^ré de puissance où ceux-ci parviendroieut un Jour. Tromper quelques servantes, quelques esclaves ignorants, Paul et Jésus n'avoient pas d'autre prétention.

Peut-on citer sous le règne de Tibère et de Claude des chrétiens distingués par leur naissance ou leur mérite?

L'eau du baptême n'ôte point lalèpre et les dartres, ne guérit ni la goutte ni la dyssenterle; mais elle efface l'adultère, la rapine, et nettoie l'âme de tous les vices.

Si le Verbe est Dieu, venant de Dieu, comment Marie , femme mortelle , a-t-elle enûinté un Dieu?

Ni Paul , ni Matthieu , ni Luc , ni Marie , n'ont osé dire que Jésus fût un Dieu ; mais quand dans la Grèce et dans l'Italie un grand nombre de personnes l'eurent reconnu pour tel, qu'elles eurent commencé à honorer les tombeaux de Pierre et de Paul , alors Jean déclara que le Verbe s'étoit fait chair, et qu'il avoit habité parmi nous. Cependant quand il nomme Dieu et le Verbe, il ne nomme ni Jésus ni Christ. Jean doit être regardé comme la source de tout le mal.

Viennent après ceci quelques considérations sur le sacrifice d'Abraham.

Plusieurs choses vous auront frappé dans cet ouvrage tronqué de Julien. Les miracles de Jésus- Christ y sont avoués , les hommages rendus aux tombeaux de saint Pierre et de saint Paul reconnus, le silence des oraclesattesté. Saint Jean,y estil dit , a/ait tout le mal. Celasignifle qu'il a énoncé la doctrine du Verbe, et qu'il n'y a pas moyen

de soutenir que cette'doctrine , établie par le iJàA pie bien-aimé, a été empruntée deux siècles ploi tard à l'école d'Alexandrie : du reste l'attaqoe est foible. Julien ne veut voir ni ce qu'il y a d« sublime dans les livres de Moise, ni d'ineffable dans l'Évangile; ses raisonnements tournent à la gloire de ce qu'il prétend ravaler. Comment h fait-il que sous Claude et sous Tibère , à lanais* sance même de l'ère chrétienne , le christiaolsoM comptât à peine pour néophytes quelques servantes et quelques esclaves , et qu'immédiatemenl après, l'ap6tre Jean voie la Grèce et l'Italie ooavertes de chrétiens et honorant les tombeaux de Pierre et de Paul? Julien ne s'aperçoit pas qo'il prête, par ce rapprochement, une nouvelle force au miracle de l'établissement du christianisme. Lacause humaine de la propagation étonnantedela foi , c'est que la première de toutes les vérités, la vé* rite qui enfante toutes les autres , la vérité de Ta* nité d'un Dieu , étoit venue détrôner le premier de tous les mensonges, le mensonge qui engendre toutes les erreurs, le mensonge de la pluralité des dieux. Une fois cette vérité répandue dans b foule après une absence de plusieurs milliers d'an« nées, elle agit sur les esprits avec son essentielle et négative énergie,

Juiien, persécuteui:d'une nouvelle sorte, affecta de substituer au nom de chrétien celui de Gall< léen, dont s'étoient déjà servis Épictète et quel* ques hérésiarques. Joignant la moquerie à Tin* justice , il dépouilloit les disciples de l'Évangile en disant : « Leur admirable loi leur eiyoint de « renoncer aux biens de la terre afin d'arriver aa « royaume des deux ; et nous , voulant gracieo^ «sèment leur faciliter le voyage, ordonnoM « qu'ils soient soulagés du poids de tous les biens. » Quand les chrétiens s'osoient plaindre, il r** pondoit : « La vocation d'un chrétien n'est-elle « pas de souffrir?»

Beaucoup d'édifices païens avoient été détruitl sous le règne de Constance , d'autres changes m églises. Julien força le clergé de rendre les uds et de relever les autres : les intérêts acquis, se trou* vaut attaqués , produisirent des désordres. MarCj évêque d'Aréthuse, à la tête de son troupeau, avoit renversé un temple : trop pauvre pour en restituer la valeur, on saisit le prélat, en vertu de la loi romaine qui livre aux créanciers la pcr* sonne du débiteur insolvable. Battu de verg«> la barbe arrachée, le corps nu et frotté de mW j le vieillard , suspendu dans un filet , M ^^t^>

«les nyoDS d*ini soleil ardent , à la piqûre ded Mées. Marc avolt dérobé Julien enfant aux jiRVsdeGonstancre , comme Joad avoit soustrait Jbsaox mains d*Athalie : il fat traité de même (K Joad par le prince ingrat envers le pontife et iotdèJe ao Dieu qui Tavoient sauvé.

Décidé à rendre an temple et au bois de Daphné DDaDdeDDc pompe, Julien fit enlever les reli- |KS de saint Babylas du cimetière chrétien ; le fnpiese mutina; le temple d* Apollon fût brûlé. Uanpemir, irrité, ordonna à son oncle Julien, «rate d'Orient, et apostat comme lui, de fermer k otbédrale d'Antioche , et de confisquer ses ftimsL Le eomte mit en interdit les autres égliiBjSOQilia les vases sacrés , et condamna à mort BlBt Théodoret. Gaza, Ascalon, Césarée, Hé- ^oEs, la plupart des villes de Syrie, se soûletirateontre les chrétiens, non par ardeur reli- ^, mais par cupidité, haine et envie. Après iToir déterré les morts, on tua les vivants; on Mb dans les rues des corps déchirés : les cuisioin pergoient les victimes avec leurs broches , kl femmes avec leurs quenouilles : les entrailles des prêtres et des recluses furent dévorées par des cannibales , ou Jetées mêlées d*orge aux pourvu. Quelques serviteurs du Christ périrent égorgés sur les autels des dieux '. Mais il est une te difficile à croire, même sur le témoignage iedenx saints et de deux hommes illustres* : le k de rOronte , des puits , des caves , des fossés , les étangs demeurèrent encombrés, disent-ils, (•ries corps des martyrs nuitamment exécutés , Q par ceux des nouveau-nés et des vierges que ronpereur immoloit dans ses opérations magifKs. Les premiers chrétiens avoient été accusés iBsaeriûerdes enfants: la calomnie étoit renvoyée iJatien.

Théodoret raconte que Julien , marchant sur ^hm^ vint à Carrhes où Diane avoit un tem^ fl^; il se renferma dans ce temple avec quelques* ^ de ses confidents les plus Intimes; lorsqu'il ^SKtit , il en fit sceller les portes , y mit des gar- ^ct défendit de laisser pénétrer personne dans '^Weur de l'édifice Jusqu'à son retour : il ne '•'h point On rouvrit le temple ; qu'y trouva-t- ^^Dne femme pendue par les cheveux, les mains *P^yées, et le ventre fendu. Julien, en cher- *«ût Favenir dans le sein de celte victime , y ^^ fcit entrer la mort : elle y resta pour lui ^.

I Î2Ï51' ^* ^» T"»»oa. » lib. ix; Grec. Naz. , or. n. S lï!?**'*' *"*• 9^*- » ^aWî. Nai., ibid.; TH£OD.t ibid, *T"w».,UlMu,eap.xxi.

HISTORIQUES. 1)5

Le sincère fanatisme de ce prince et la fami« liarité des Romains avec le meurtre qu'autorisoit l'ancien droit paternel, le droit de l'esclavage, le pouvoir du glaive , et celui du juge souverain dans le chef aûtolu de l'empire , donnent de la vraisemblance au récit de Théodoret : Ammien , admirateur de Julien, Taccuse d'avoir été plus superstitieux que religieux. Auguste et Claude avoient défendu les sacrifices humains; mais, dans la législation du despotisme , ce qui est in* terdit au peuple est permis au tyran : le prince qui crée le crime , qui fait la loi et l'applique , est au-dessus de l'un et de l'autre.

Julien méditoit contre les chrétiens un plan de persécution digne d'un sophiste ; il en avoit remis l'exécution à son retour de la guerre des Perses : il lui falloit un triomphe pour faire de l'injustice avec de la gloire. Exclusion des Galiléens de tous les emplois , interdiction des tribunaux , nécessité d'offrir de l'encens aux idoles afin de conserver le droit de plaider ou même d'acheter du pain ' : tel étoit le dessein que la haine philosophique, la Jalousie littéraire et l'amour-propre blessé avoient inspiré à l'Apostat. Un trait caractérisa tique de l'histoire du peuple qui nous occupe, est cette priva'ivm de Injustice, toujours ordonnée comme la plus grande peine qu*on pût infliger à un citoyen. La société, chez cette nation magistrale , étoit pénétrée de la loi, et incorporée avec elle : les fastes de l'empire étoient un grand re** cueil de Jurisprudence, le monde ronuiin un grand tribunal.

Julien régna vingt mois seize ou vingt-trois Jours depuis la mort de Constance. Enflé de seft succès contre les Franks, fier des ambassadeurs qu'il recevoit des peuples les plus éloignés , tels que ceux de la Taprobane , il refusa la paix que lui offroit Sapor. Ce roi des rois que la tiare avoit coiffé Jusque dans la nuit du sein maternel , ce frère du soleil et de la lune ', poursuivoit avec acharnement les chrétiens, peutrétrepar animosité contre le firère atné dont il avoit usurpé le tr6ne , Hormisdas l'exilé et le chrétien : on a évalué à deux cent quatre-vingt-dix mille le nombre des victimes immolées dans les États de Sapor. Celui qui vouloit détruire les disciples de l'Évangile par la loi , et celui qui les li vroit à l'épée , alioient en venir aux mains : la Providence armoit l'apostat contre le persécuteur. Julien se croyoit si

< Tbbodoh., lib. ui, cap. xxni; Sosom., lib. iv; GiiG. Naz. , or, m, ■ Pratefêùliêtitunété

lis

liTUOES

sûr de la victoire qu'il refusa rallianee des Sarrasins : il traita avec hauteur Arsace, roi d'Arménie , dont il réclamoit néanmoins Tassistance; Arsace professoit le christianisme. Une grande fiimine, augmentée encore par use fausse mesure sur ies blés, avoit régné à Antioebe; le rassemblement d'une nombreuse armée accrut le fléau. Quelque chose semblolt pousser Julien ; et , dans une entreprise militaire d*une si haute importance, pn ne reconnoissoit plus ses talents accoutumés. II avoit dédaigné d'attaquer les Goths; c'étoit la Perse qu'il se flattoit de conquérir comme Alexandre; il n'eut que la gloire d'y mourir comme Soprate : toijyours en présence de ses souvenirs , ses actions les plus nobles ne paroissoient que de hautes imitations. Il lioit de grands projets pour Tempire , et surtout contre la croix , à cette conquête espérée : l'homme, dans ses desseins, oublie de ' compter l'heure qu'il ne verra pas.

Julien s'avança dans le pays ennemi, et, comme s'il eût craint que sa philosophie n'eût fait soupçonner son courage, Il s'ezposoit sans ménagement. 11 se laissa tromper par des transfuges I brûla sa flotte sur le Tigre , hésita sur le chemin qu'il avoit à prendre, car il vouloit voir la plaine d'Arbelles : bientôt manquant de vivres, harcelé par la cavalerie des Perses, Il est obligé de commencer la retraite. Près de succomber avec son armée, il donnoit encore à l'étude et à la contemplation les heures les plus silencieuses de la nuit : dans une de ces heures solitaires, comme il lisoit ou écrivoit sous la tente, le génie de l'empire, qu'il avoit déjà vu àLutèce avant d'avoir été salué auguste , se montra à lui : il étolt pile, défiguré, et s'éloigna tristement en couvrant d'un voile sa tête et sa corne d'abondance '. Julien se lève, s'empresse d'offrir une libation aux dieux : il apei'çoit une étoile qui traverse le ciel et s'évanouit ' ; le pieux serviteur de rOlyrape croit reconnoltre dans ce météore l'as- .tre m^iaçant du dieu Mars. Le lendemain , lorsqu'il combattoit sans cuirasse à la tête de ses soldats, une javeline lui rase le bras, lui perce le côté droit et pénètre dans la partie inférieure du foie : il tombe de cheval , défaille, et, quand il

lam Genii putlici, gumm cum ad auguttum suryerei culmem conëpexit in Gallii», velata cum capile cornucopia per atf kta trittimM dùcedemiem. ( ▲■■. , Kb; uv, oip. n. )

' Flagranlisëimam facem cadenti similem visam, atris •pÊrte gMieutm OMmuéue esiêtimavit : h^rrmeqae peffustu eit, * Medio nocUs l ne iia apetrU mimax Martit apparuerU 9idu9, ( ïd. , U)ld. ) lU). \\y , cap. m.)

rouvre les yeux , il juge » Bmlgré les soins de l'bi bile Oribase, que sa blessure est mortelle.

Un général atteint au champ de bataille expir sur des drapeaux, noble lit , mais que l'hoanei] accorde souvent à ses fidèles. Ici se présente ui spectacle sans exemple : Julien , étendu sur mi natte recouverte d'une peau , sa couche ordi naire, est entouré de soldats et de sophistes; s mort est la mort d'un héros, ses paroles sont eei les d'un sage. « Amis , dit-il , le temps est venu d « quitter la vie : ce que la nature me redemaQde « débiteur de bonne foi, je le lui rends allégremenl « Toutes les maximes des philosophes m'ont an « pris combien l'âme est d'une substance plus for « tqnée que le corps. Je sais aussi que les immortelf « ont souvent envoyé la mort à ceux qui lefirétè- « rent , comme la plus grande récompense. La « douleurs insultent aux lâches, et cèdent aQi « courageux. J'espère avoir conservé sans tacb < la puissance que j'ai reçue du ciel et qui en dé « coule par émanation. Je remercie le Dieu éter « nel de m*enlever du monde au milieu d'un « course glorieuse. Celui qui désh*e la mort Ion « que le temps n'en est pas venu , ou qui la re « doute lorsqu'elle est opportune, manque égali «^ment de cœur....

« Je n'ai plus la force de parler. Je m'abstia « de désigner un empereur , dans la crainte d « me tromper sur le plus digne, ou d'exposer oeti « que j'aurois jugé le plus capable, si mon cbot « n'étoit pas suivi : en fils tendre et en honuu « de bien, je souhaite que la république tioof « après moi un chef intègre '. »

Après avoir ainsi parlé d'une voix tranquille il disposa de ses biens de famille en faveur de se intimes, et s'enquit d'Anatolins, maître des oS ces. Le préfet Salluste répondit qu'Anatoliosétoi heureux * : Julien comprit qu'il avoit été tué , ( il déplora la mort d'un ami , lui si indifférent à I sienne ! Ceux qui l'entouroient fondoient oi Ui mes. Julien les réprimanda , disant qu'il ne ooi venoit pas de pleurer une âme prête à se réun au ciel et aux astres. On fit silence , et il contimi de discourir de l'excellence de l'âme avec ies ph losophes Maxime et Priscus. Sa blessure se rM vrit; il demanda un peu d'eau froide, et expii sans efforts au milieu de la nuit '. Il n'étoit <(

' Ami. , lib. xxT, cap. m.

> Bealum fuisse... lolellexit oodsam. (Amm., Ub. U cap. III.) 3 Medio HocUthomnvita/aciUui eH aft«9M«f«(i>'

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