‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 122 sur 228 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

AecusaUoD de Tbéramènes ; son discours et celai de CriUas. AccusaUon de Robespierre.

En abolissant les autorités constituées à Athènes, les Trente avoient laissé subsister le sénat, qui, subjugué par la terreur, ne pouvoit leur faire d'ombrage. Ce ftit devant ce tribunal que Critias dénonça Tbéramènes. Le peuple , dans un morne silence, assistoit en tremblant au jugement de son dernier défenseur, tandis que les émissaires des tyrans , cachant des poignards sous leurs robes, occupoient les avenues et entouroient les juges \

Les parties étant arrivées, Critias prit ainsi la parole:

« Sénateurs , on accuse notre gouvernement de sévérité) et on ne considère pas que c'est une malheureuse nécessité qui suit la réforme de tout État. Mais Tbéramènes , lui , membre de ce gon*

1 Xenoph., ffiât. Grœc, lib. ii; Dioo., Ub. ziv.

> XKffOPH., HUL Gntc, lib. II.

* Ami des libertés publiques , ennemi des révolutions» Toilà comme je me montre partout et à toutes les époques de ma vie. Je suis convaincu qu*a?ec de la constance et de la raison on peut produire , dans Tordre politique, les réformes nécessaires , sans bouleverser la société , sans adie* ter la liberté par dics injustices ou des aimes. (N. Éd.)

> XENora., Ub. II.

HÉVOLCnOlHS ANCIENNES.

Ternenient , n'est-tl pos , en noot fkiiant oe re- 'proche, plus coupable qu'un autre? Ahl il D*a pas appris aujourd'hui à conspirer I Se disant l'ami du peuple, il établit le pouvoir des Quatre- Cents. Jugeant que ceux-ci flniroient par succomber, il les abandonna bientôt et se rangea du parti contraire , d'où ii en acquit le surnom de Cothurne* Sénateurs, celui qui trahit sa foi par intérêt seroit-ILdigne de vivre ? Otez, par sa mort, un chef aux fectieux , dont il entretient les espérances par son audace '. »

Alors Théramènes :

' n Qui de Critias ou de moi, sénateurs, est réellement votre ennemi? Je vous ^n fois Juges. J*ai été de son avis lorsqu'il fit punir les délateurs; mais Je m^ois opposé à ce qu'on proscrivit les honnêtes g^hs : un Léon de Salamine , un Nicias , dont la mort épouvante les propriétaires ; un Antlphon" , dont la^ndamnation fait encore frémir tous ceux qui ont bien mérité de la patrie. J!ai réprouvé la Confiscation des biens comme Injuste , le désarmement des citoyens comme tendant à affoiblir l'État ; J'ai opiné contre les gardes étrangères comme tyranuiques, contre le bannissement des Athéniens comme dangereux à la sûreté de TËtat. Ceux qui s'emparent de la fortune des autres, condamnent les innocents au supplice, ne ruinent-ils pas en effet votre autorité, sénateurs ? On m'accuse de versatilité. Est-ce à Critias à me faire ce reproche ? Ennemi du peu* pie dans la démocratie , ennemi des hommes vertueux dans le gouvernement du petit nombre , il ne veut de la constitution populaire qu'avec la eanaille , de la constitution aristocratique qu'avec la tyrannie ^. »

Critias i s'apercevant que ce discours fàisoit impression sur le sénat , appela ses satellites : • Voilà , dit-il , des patriotes qui ne sont pas disposés à laisser échapper le coupable. En vertu de ma souveraineté , J'efface Théramènes du rôle des citoyens et le condamne à mort. r~ Et moi, décrie celui-ci , s'élançant sur l'autel , Je demande que mon procès me soit fait selon la loi. Ne voyex* vous pas, Atiiéniens, qu'il est aussi aisé d'effacer votre nom du rôle des citoyens que celui de Théramènes *7^ Critias ordonne aux assassins de

* XENora., HiêL Gr^c, , lib. II.

> Antiphon, proscrit par les Trente, avolt entretenu à tel frais deux galères au service de la patrie durant la guerre du Péioponèse. ( VId. Xenoph., loc, cit. ) ,

* XRNoiii., Sist, Gretc., Ub. II.

* Id., tbid.

s*avancer ; on arrache Théramènes de l'autel ' ; || sénat, sous le coup du polpard,estoblf^|| garder le silence * ; Socrate seul s'oppose coaià geusement, mais en vain , à rinMme décret M| malheureux collègue de Critias, entraîné fil les gardes, cherchoit, en passant à travers | Ibule , à attendrir le peuple^ ; mais le peuple i souvient-il des bienfiiits^? Arrivé aux cac^ des Trente, Théramènes but avec intrépidité l| dguê, et en Jetant en l'air les dernières puM comme à un festfai : « Voilà, dit-il , pour le bed « Critias ^ »

N'est-ce fês là la Convention? N'est-ce (I ainsi que ses membres se sont tant de iWs tii nés dans la Ixrae , qu'ils se sont couverts d'asel sations infâmes , tandis que l'opinion étolt al chaînée par des tribunes pleine d'assassIaiTU philosophe y volt plus : il y remarque qao pir tout où les révolutions ont été durables, Jamd de pareilles scènes ne les déshonorèrent Ql conclut-il de cette observation ?

Une des époques les plus mémorables âe txkt révolution est sans doute celle de la chute de II bespierre. Ce tyran, auquel il ne restoit ph qu'un degré à franchir pour s'asseoir sur le tr5M résolut d'abattre la tète du modéré Tatiien,! même que Critias s'étoit défait de Thénunèoa U reparut à là Invention après une longue il sence. On aurdij dit que le froid de la tombe co

■ Xenoph., UîmL, Grtee., Ub. n.

« Jd., ihid, '

I DiOD. Sic, Ub. u?; Xbnopo., Mêm&t»

* Xrnoph., Hist. GréBc,, lib. ii.

* Cela me rappelle la réflexion touchante de Vellciat f ttfûulus sur Pompée, qui, croyant trouver un asile dmi rolcoml)lé de «rs bien rails n*y trouva que la mort. —4 quii, dit rhisiorlen, benejlciormm tervat memoriam? A qui» uliam eaiamUom dekeri pmtut graiitm? JiUf^tm fortuna non mutatjldem ? Les fastueuses pyramides d*£grpl bâties par les efforts réunis de tout an peuple ; rhambW M beau desaMe du grand Pompée, éiavé furtlTemeot fV même rivage par la piété d*un vieux soldat, durent offrij César deux monuments bien extraordinaires de la vaallé^ choses humaines. Les peintres devroient cliêrcherdâmn tolre des sujets de tableaux qui réuniroient a la fois la m^ àt la morale et la grandeur de la nature. Le tombeau éa ito de César pourroit offrir cette double pompe. Une mer s|Hi les ruines de Carthage à molUéenseveliet dans le sableitii le Jonc marin , Marius contemplant l*orage , appuyé dansa altitude pensive sur le tronçon d*ane ootoone , ou Ton dM gue peut-être, en caractères puniques, les premièirs ifltti brisées du nom é\4Hmbal : voilà le sujet d*un second table non moins sublime que le premier. L'histoire des Sai:iirt fournit un troisième. Le peintre représenteroit les trois grai libérateurs de rHelvétie, vêtus de leurs simples habiU de V* sans, assemblés seorètement, dans an lieu désert, au bc d*un lac solitaire, et délibérant de la lil>ertë de leur patrie, milieu des montagnes, des torrents, des forêts; le sUa de la nature les environne, et lis n'ont pour lémoia daoc sainte union que le Ditu qui entassa œs Alpn glacées, et < roula ce (irmament sur leurs têtes^

' Xenoph., Hiit. Grac, Ub. il.

AVANT J. C. 4ll.=rOt. ai. !•* AÎVNÉE,

M déjà la langue da misérable à son palais: obicor, efflbarrassé, confus, il sembla parler du M d*on sépulcre. Une autre circonstance non Boibs remarquable , c'est que son discours , dont «aroitordonnnérimpressionpar la plus indigne faflatteries, n*étoit pas encore sorti de la presse , qw àtjk i*bomme tout*puissant qui Tavoit pro- HMéavoit péri du dernier, supplice. O AiHteb/

Eofia le Jour des vengeances arriva. On conflit à peine comment Robespierre, qui devoit an&oitre le cœur humain , fit dénoncer aux JaaAios les députés qu'il vouloit perdre ; c'étoit la ndoire au désespoir, et les rendre par cela ■tee formidables. Ils allèrent donc à la Cou- «BlibB , résolus de périr ou de renverser le desiMe. G^Hd exerçoit encore un tel empire sur miches collègues, qu'ils n'osèrtfnt d'abord l'atiisef en hce; mais, s*encourageant peu à peu kiQns les autres, l'accusation prit enfin un ca- Mxt menaçant. Robespien*e veut parier, les 9/ài*àbas k tyran retentissent de toutes parts. IMeu , sautant à la tribune : « Voici , dit-il , un P^juiri pour wfonœr dans le sein du tyran , i le décret d'aocasation est rejeté. > Il ne le ftit PL Rarrère , abandonnant son ami , et se portant hMne pour délateur , fit pencher la balance Mre te malheureux Robespierre. On l'arrête. Mirré par les Jacobins, il se réfugie à l'hôtel ie ville, où il essaye vainement d'assembler un ptl Mis hors de la loi par un décret de la Gon- ^lioD , déserté de toute la terre , il ne put même ^I^fer à ses ennemis par ce moyen qui nous *>iinit à la persécution des hommes, et la ^rtone le trahit Jusqu'à lui refuser un suicide. Ivnché par les gardes de derrière une table , où lnoit foulu attenter à ses Jours , il fut porté , ^né dans son sang, à la guillotine. Robespierre, te doQte , n'offroit , par sa mort , qu'une foible Qpiation de ses forfaits ; mais, quand un scélétt marche à l'échafàud , la pitié alors compte ItSBUSranfceS) et non les crimes du coupable *.

^ n bot encore que je fiisse reinarqnef pour la centième ■^r^tioi est rooTraged'un émigré. On voit que cet ^9é ne savoit rien ou presque rien de» hommes aux- ^UFrance alors éioit assujeltie ; il prend pour des per- "y* de Tnlgaires des factieox d^à rentrés dans leur ^|Mé attoreUe. Mais les comparaisons sont ici moins y'Mtes, parce qne Critias et Thëramènes sont eux- *^ des aelaors eomoMma et sans non. Ce n'éloient ^l^pooilant des esprits f ioleats que ces exilés qui éprou* ^«rt ée ta piUé même pour Robespierre. (N. Éd.)

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