CHAPITRE VI
Guerre des émigrés. ExécaUons à Ëleusine. Ma&sacres
do 2 septembre.
Après l'exécution de Tbéramènes, aucun citoyen , hors le seul Socrate, n'osa s'opposer aux mesures des Trente. Cependant les émigrés ^ chassés au dehors par la tyrannie, n'avoient pu trouver un lieu où reposer leur tête. Lacédémone menaçoit de sa puissance quiconque recevroit ces infortunés '. C'est ainsi que la Convention a poursuivi les François expatriés, et que plusieurs États ont eu la lâcheté d'obéir. Thèbes ' et Mégare seules donnèrent le courageux exemple que l'Angleterre a renouvelé de nos Jours , et se firent un devoir d'acéueillir l'humanité souffrante.
Bientôt les fiigitifs se réunirent sous Thrasybule, citoyen distingué par ses vertus. Leur petite troupe, grosse seulement de soixante-dix héros, s'empara du fort Phylé. Les Trente y accoururent avec leur cavalerie, furent repoussés avec perte ; et, craignant un soulèvement dans Athènes | se retirèrent à Éleusine K
La manière dont ils en usèrent avec les habitants de cette ville (apparemment soupçonnés d'attachement au parti contraire) rappelle une des scènes les plus tragiques de la révolution françoise. Ayant fait ériger leur tribunal sur la place publique, on publia que chaque citoyen eût à venir inscrire son nom , sous prétexte d'un enrôlement. Lorsque la victime s'étoi^ présentée, on la faisoit passer par une petite porte qui donnoit sur la mer, derrière laquelle la cavalerie se trouvoit rangée sur deux haies. Le malheureux étoit à l'instant saisi et livré au Juge criminel pour être exécuté 4. A quelques différences près, on croit voir les massacres du 2 septembre.
■ Elle ordonna itaéme qo*on les llvr&t aux Trente, et condamna a cinq talents d*amende quicouqoe leur dooneroit un asile.
> Thèbes poussa la générotlté JU8qo*& faire un édit contre ceux qui reCuserolent de prêter main-forte à un émigré atliénien.
' Xenoph., Hisi, Grœc., lib. ii.
* Ceci demande une expUcaUon. Xéoophon , qui rapporte ce fait dans le second livre de son Histoire, ne dit pas expressément pour être exécuté i il dit que le général de la ca- . Valérie livra les citoyens au Juge criminel ; que le lendemain les Trente assemltlèrent les troupes , et leur déclarèrent qu'elles dévoient prendre part à la anfdatnnation des habitants d*Ëteusine , puisqu'elles partageolent avec eux (les Trente) la même fortune. N'est-ce pas là un langage assez clair? Quel* qoes auteurs que J*ai d<|a cités ont porté le nombre dea suppliciés à Athènes à environ quinze cents; mats Xénophon fait dire à Cléocrite, dans un discours, que les Trente ont fait périr plus de citoyens en quelques mois de paix que la guerre du Péloponèse en vingt-sept années de combats. S*il y a id de TexagéraUon, il faut aussi qu'il v ail quelque chose de vrai. D'ailleurs II seroit peut-être posatMe démontrer querexpres-
AËVOLUnONS ANCIENNES.
Thrasybule ayant augmenté son parti , s'avança Jusqu'au Pirée, dont il se saisit '. L'opinion commençoit à se tourner vers lui, et l'on se sentoit attendrir en voyant cette poignée d*iionnétes citoyens lutter contre une tyrannie puissante. Il n'y eut pas jusqu'à l'orateur Lysias qui n'envoyât cinq cents iiommes * aux émigrés d'Athènes. Les Trente, avec leur armée, se hâtèrent de v^ir déloger Thrasybule. Celui-ci rangea aussitôt en bataille ses soldats , infiniment inférieurs en nombre à ceux de Critias, et posant à terre son bouclier : « Allons, mes amis, s'écriat-il en se montrant à ses compagnons d'infortune; allons, combattons pour arracher par la victoire nos biens , notre famille , notre pays des mains des tyrans. Heureux qui Jouira de sa gloire, ou recouvrera la liberté par la mort I Rien de si doux que de mourir pour la patrie ^ I »
Les fugitifs à ces mots se précipitèrent sur les troupes ennemies. Le combat étoit trop inégal pour que le succès fût longtemps douteux. D'un c6té, la vengeance et la vertu; de l'autre, le crime et sa conscience. Les tyrans furent renversés : Critias y perdit la vie , et te reste des Trente, épouvanté, se renferma dans Athènes K
Après l'action, lessoldats desdeux partis se parlèrent ; ceux qui combattirent sous Critias étoient du nombre des cinq mille habitants qui , comme je l'ai dit, avolent seuls conservé le droit de citoyens. Cléocrite , attaché au parti de Thrasybule, leur fit sentir la folie de se déchirer pour les maîtres. Les Trois-MilIe^,mécontents de leurs anciens tyrans, en élurent dix autres qui ne se conduisirent pas moins criminellement que tes premiers. Les Trente et leur faction s'enfuirent à Éleusine ^.
CHAPITHE VIL
AboUtioo de la tyranle. Kétablissemeal de Tancienne
ooDsUtuUoa.
C'étoit une maxime du peuple libre de Sparte, de soutenir partout la tyrannie. Si le principe n'est pas généreux, du moins est-il naturel. Nous
sion grecque renferme le sens que Je lui donne, si Je voulais ennuyer le lecteur par une dissertation grammaUcale. Il est donc, après tout, trés-ralsonnable de conclure qu*U y eut un maasacM A Êleuslne.
■ Xetioph., HUt. Gntc, lib. n.
* JosT., lib. v,cap. iz.
* Xenopu., HitL GnK„ lib. U.
4 Jd., ibid.
* Lisez les Cinq-Mille. (N. Éd .)
* Xbnoph., Hiêt, Grmc,, Ub. U.
cherchons à être heorenx, mais nous ne pouvoDs souffrir Je bonheur dans nos voisins. Les hommes ressemblent à ces enfants avides qui, noo contents de leurs propres liochets, veal^t en oore saisir ceux des autres*. Les Lacédémoaiens volèrent au secours des Trente, Lysanderblocpa le Pirée ' ; c'en étoit fait des émigrés athéniens, lorsque les passions humaines vinrent les sauver et rendre la paix à leur patrie.
Pausanias , roi de Sparte , Jaloux de la gloire de Lysander, eut l'adresse de se faire envoyer à Athènes avec une armée. U livra un eombat pour la forme à Thrasybule , et en même l'invita so» main à députer à Sparte quelques-uns de 89 amis.
Ceux-ci y conclurent un traité par lequel latyrannie fut abolie, et l'ancien gouvernement rétabli dans sa première forme. Cette heoreon nouvelle étant apportée à Athènes , les parties » réconcilièrent; et Thrasybule, après avoir offoi un sacriiice à Minerve, termina ainsi le diKooii qu'il adresaoit à l'ancienne faction des Trente A des Dix : « Pourquoi voulez-vous nous commaih der, citoyens? Valez-vous mieux quenous? Avons^ nous, quoique pauvres, convoité vos bieos7et ne commîtes- vous pas mille crimes pour nous d»^ pouiller des nôtres?... Je ne veux point rappeler le passé , mais apprenez de nous que souvent l'opprimé a plus.de foi et de vertu que ropprei* seur. »
Les Trente et les Dix , retirés à Éleoslne, vo» lurent encore lever des troupes pour se rétablir. Un tyran dans l'impuissance est un tigre muselé qui n'en devient que plus féroce. On marebal ces misérables. Ils furent massacrés dans une co* trevue. Ceux qui les avolent suivis firent an 9» commodément avec les vainqueurs, et une sage amnistie ferma toutes les plaies de l'État \