‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 124 sur 228 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

Un mot sar leB émigrés.

Je me sub fait une question en écrivant le rè* gne des Trente. Pourquoi élève-t-on Thrasyln* aux nues? et pourquoi ravale-t-on les éroigréi françois au plus bas degré? Le cas est rigoaren sèment le même. Les fugitif des deux pays, for ces à s'exiler par la persécution , prirent les ar

* Qui aT<rft pâme donner nne idée aossIaboiiiiBable 4 la natore humaine ? (N. Éo.)

■ XENOPn., \

• M., ibid.

AVANT J. C, 405.s=Ot. 94. = t7M.

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Miiiir dfls terres étrangiree en faveur de l'aneieflae eonstitation de lear patrie. Les mots ne ooroient dénaturer les choses : que les premiers RJiittissentpoQr la démocratie, les seconds, pour h monarcliie, le Ait reste le même en soi. Ces diSiéreoces d'opinions sur des objets semblables Miaent de nos passions : nons Jugeons le passé leiaQ la justice, le présent sel(m nos intérêts.

Les émigrés françois, comme toute chose en tosps de résolution , ont de violents détracteurs el de chauds partisans. Pour les uns, ce sont des nêlérats, le rebut et la honte de leur nation : foer les autres , des hommes vertueux et braves, Il fleor et llumneur du peuple françois. Gela rapide le portrait des Chinois et des Nègres : tout boos, ou tout méchants. Si l'on convient qu'un pind seigneur peut être un fripon , qu'un roya- ISe peut être un malhonnête homme, cela ne afltt pasactuellement : und-devantgentilhomme fâ de nécessité un seélénit. Et pourquoi? Parce li'iB de ses ancêtres, qui vivoit du temps du roi Dugobert, pou voit obliger ses vassaux à faire taire b gienottilles de l'étang voi^ lorsque sa femme fMt en couche.

Un bon étranger, au coin de son feu, dans un iqrs bien tranquille, sûr de se lever le matin MDme il s'est couché le soir, en possession de sa fatone, la porte bien fermée, des amis au deios et lasûreté au dehors , prononce , en buvant tt ferre de vin , que les émigrés françois ont M, et qu'on ne ddt jamais quitter sa patrie : iteehonétranger raisonne conséquemment. Il est im aise, personne ne le persécute; il peut se pnneiier où il veut sans crainte d'être insulté, ■éme assassiné: on n'incendie point sa demeure, «1 œ le chasse point comme une bête féroce, le M parce qu'il s'appelle Jacques et non pas Pierre, et que son grand-père, qui mourut il y I quarante ans, avoit le droit de s'asseoir dans tel banc d'une église, avec dèhx ou trois arle- Vins en livrée derrière lui ^. Certes, dis-je , cet ctnager pense qu'on a tort de quitter son pays.

Cest au malheur à Juger du malheur. Le cœur i^ossier de la prospérité ne peut comprendre les Miments délicats de l'infortune. Noos nous c^ons forts au jour de la félicité; nous nous ^crkms : « Si nous étions dans cette position, nous irions comme ceci, nous agirions de cette isanière. > L'adversité vient-elle, nous sentons

* ^ ne sais si ceUe manière de défendre mes oompad^infiHlone leur pUisoit beauconp. (N. I^o.)

ciVTucimiAïai. — tone i.

blentêt notre foiblesse, et, avec des larmes amères, nous nous rappelons les vaines forfanteries et les paroles frivoles du temps du bonheur.

Si l'on considère sans passion ce que les émi-* grés ont souffert en France, quel est rhomme, maintenant heureux, qui, mettant la main sut son cœur, ose dire: « Je n'eusse pas fait commQ eux?»

La persécution commença en même temps dans toutes les parties de la France ; et qu'on ne croie pas que l'opinion en fût là cause. Eussiez-vous été le meilleur patriote, le démocrate le plus ex« travagant, il sufflsoit que vous portassiez un nom connu pour être noble, pour être persécuté^ brûlé, lanterné : témoin les Lameth et tant d'au-* très, dont les propriétés furent dévastées, quoique révolutionnaires et de la majorité de i'as« semblée constituante.

Des troupes de sauvages, excitées par d'autres sauvages, sortirent de leur antre. Un malheureux gentilhomme, dans sa maison de campagne, voyoit tour à tour accourir les paysans effrayés ; « Monsieur, on sonne le tocsin; monsieur, les voici; monsieur, ils ont résolu de vous tuer; monsieur, fuyez, fuyez, ou vous êtes perdu!... » Au milieu de la nuit , réveillés par des cris de feu et de meurtre , si ces infortmiés, échappés à * travers mille périls de leurs châteaux réduits en cendres, vouloient, avec leurs épouses et leurs en£Emts à demi nus, se retirer dans les villes voisines, ils étoient reçps avec les cris de mort : « A la lanterne, l'aristocrate 1 » Aussitôt la municipalité en ruban rouge ^ et à la tête de la populace, venoit, dans une visite solennelle, examiner s'ils n'avoient point d'armes. Que malheu? reusement un vieux couteau de chasse rouillé, un pistolet sans batterie, se trouvassent en leur ' possession, les vociférations de traUres, de cons* pirateurs y de scéléraU^ retentissoient de toutes parts. Ici on les traînoit à la Maison commune j pour rendre compte de prétendus discours contre le peuple; là , pour avoir entendu la messe, selon la foi de leurs pères; ailleurs, on les surchargeoit de taxes arbitraires, par d'infâmes décrets qui les obligeoient.de payer sur le pied de leurs anciennes rentes, tandis que d'autres décrets, en abolissant ces rentes mêmes, ne leur . avoient quelquefois rien laissé : taxes qui souvent surpassoient le revenu de la terre entière % tant ils étoient absurdes et méchants I

* Ceci est arrivé à la mère de Tauleor. Pour payer les Uauû

HÉVOLtmôNS ÀNCîÉN^ÉS.

' 4)an8 ralmndoii général et la persécution atta* ehée à leurs pas, il restoit anx genUlshommes une ressource : la capitale. Là, perdus dans la foule , ils espéroieut écliapper par leur petitesse , edntents de dévorer en paix , dans quelque coin dbscur, le triste morceau de pain qui leur restoit : fi n'en fut pas ainsi.

Il semble que l'on fit tout ce que l'on put pour les forcer à s'expatrier, et plusieurs pensent que e*étdt un plan de l'assemblée pour s'emparer de leurs biens. Ces victimes dévouées étoient obli« gées de quitter Paris dans un certain temps don« né. Le matin ils voyoient leur hôtel marqué de rouge ou de noir, signc4e meurtre ou d'incendie. Ce fut alora qu'ils se trouvèrent dans une position si horrible , que J'essayerois en vain de la peindre. Où aller? oà fuir? où se cacher? Réduits à la plus profonde misère , encore pleins de l'amour de Ja patrie , on les vit à pied , sur les grands chemins, retourner dans les villes de province, oè , plus connus , ils éprouvèrent tout ce qu'une haine rafdnée peut faire souffirir. D'autres rentrèrent dans les ruines de leurs châteaux dévastée par la flamme* Ils y furent saisis et assassinés; qœl*ques-uns , rMs , comme sous le roi Jean , à la vue de leur famille; plusieurs y virent leurs épouses violées avec la plus inhumaine barbarie. En vain les malheureux gentilshommes qui survécurent criolent : Nous sommes patriotes, nous vous ce-dons nos biens , notre vêtement , notre demeure ; oujnsultoit à leurs cris^ on redoubloit de rage : le désespoir les prit , et i Is émigrèrent .

Yoilà une partie des raisons sans réplique de l'émigration. Qui seroit assez absurde pour se laisser prendre aux déclamations des révolutionnaires , qui Joignent la moquerie à la férocité , en condamnant des naisérabies sur un principe qu'ils ne leur ont pas permisde suivre ? Vous m'assassinez , et vous m'appelcE un traître si Je crie ! Vous mettez le feu à ma maison , et vous me condamnez à mort parce que Je me sauve par la fenêtre? Et quel droit avez-vous de me punir comme déserteur? Laissant un moment à part voire barbarie , ne m'avez-vous pas , par des décrets multipliés, rendu incapable de toutes fonctions? Ne m'avez-vous pas condamné à la plus parfaite inactivité sous les peines les plus sévères? Et vous osez dire que la patrie avoit l>esoln de moi ! Grand Dieu , quand la pudeur est perdue

de 1791 , elle fat obligée d*2\jouter au revenu de la terre taxée ■IK mille ilvfft de M poehe.

Jusqu'à cet excès , tout raisonnement sst intittle. Comme le philosophe dont parle Jean-Jàoqoes , nous nous bouchons les oreilles de peur d'entendre le cri de l'humanité , et nous argnmentons.

Mais c'est dans cette conduite même que je dé^ couvre la vraie raison qui nous force à calomnier les émigrés. Nous avons été cruels envers em ; ili sont malheureux , et leur mtière aousMt à diftrge. Quand les hommes mit commis, on veulent commettre une injustice , ils commencent par seeiH ser la victtroe : lorsqu'on Jetoit des cnfÉnts dam Ie1)ûeher à Garthage, oo fkdsott battre les tasH bours et sonner les trompettes. Lorsqu'on m'a dit : Tel se plaint violemment de vous, J'en al toujours conclu que ce tel médttoit de me (Mis quelque mal , où que Je loi avols ùdt du htKsa\

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