AVANT 1 C. 609.=±OL. 108. 1** ANNÉE
prinees Âo monde ancien et du monde moderne , é'étoit un bon et aimable jeune homme , qui savoit caresMr une femme, boire du^Gliio, rire agréablement, et qui eroyoit qu'il sufOsoit de l'appeler Denys et de ne faire de mal à personne, pour être à la tète d'une nation '.
Deays eût trouvé très-doux de Jouer ainsi le roi à Syracuse ; et peut-être les peuples TauiBient-ils souffert : car, après tout, il importe peu qui nous gouverne*. Malheureusement le MQîeaa prince avoit un oncle philosophe ^
lib. m, pcg. 410; Plut., in Dion,, in TimoL; Jnn^liti. 1, pag. 436; Plat., Epitt. ?u.
' Je veox dire que tout goufemeinent dans ce bas-monde m ne clKMe déleetetiie, ei que las perfection seroit de mit péle-meiey aana aocane feNine de gouverneuientf Ces Ai|iilres sont bien plus difliciies à comiiaUre et à réfuter ^ les chapitres de la première partie, et ils sont bien |tBS dangereux que toutes les niaiseries antireligieuses de fiisai. Me croyant près de mourir, ayant pris les liomnie» aliorreur par les crimes révolutionnaires , n'estimant point «qui SToil précédé la révolution , n'aimant point ce qui finit suivie , mes opinions intérieures alloient tout droit èraartliie et à la destruction de la société. Dans ma verve itfiHqne, Je n'épargnols pas plus les morts que les vivants, tsaocleos que les modernes, et je vais troubler les cen* dm de Pompée et de César, de Cicéron et de Brutus.
(N. En.)
> U (sut bien se dooner de garde, en lisant rhlstolre anteoe^de lomb«r dans Tenthousiasme. 11 y a toii^ours beaucnp à rabattre des idées exaltées que nous nous faisons 4tt Grecs t\ des Romains. Dion étoit sans doute un grand ItaDune; mais , au rapport de Platon même , il avoit l)eau- «np d< défauts. Voici comme Clcérou parle de Pompée dans Wk tetlfit â AtUcus : « Tuus autem llle amlcus , nos , ut osten* fil, klmodum dUigit, amplectltur, amat, perte laudat; ocollc.ied ita ut perspicuum sit, invidet uihil corne, nibil te^x, Dihil iv Tot; icoXttixotc honestum (in reb. qus &unt . Rip.)nihU illustre, nUiil forte, nibil liberum. » Et c'est ce ntee homme pour lequel le même Cicéron a écrit Toraison fn Uge Mamlia ! Et ce Tameux Brutus, ce vertueux r^icide , vaimiblablement assassin de son père , dont Plularque et JiBt d'autres nous ont lai»sé de si magnifiques éloges ! Brutus iToit prêté de Targent aux habltanb de Salamine , et 11 veut ^Cieéfon force ces roalbeureux citoyens de payer Tintérét de cdle somme à quatre pour cent par mois , tandis que les ploi grands usuriers , dit Porateur romain ,'qui est Justement lÉnUé de la propos! lion, se contentent dHin pour cent? Brutal mtt dans ses sollicltalions, au sujet de celte affaire, toute hdialear cl faigrcur d'un malbonuéte homme, Jusque-là 4b1I cherche à faire nommer à la préfecture un misérable VÂavoit tenu assiégés pour dettes, avec un parti de cavalc- Â, ks sénateurs de Salamine, dont trois cents étoicnt morts delsim; pt Brotus espère qu'une seconde exécution milltatre ta fées obtenir son argent n Je suis fSché, ajoute Cicéron , de Inmver votre ami (Brutus) si différent de ce que Je le CMfota. » Cest dans ces mêmes tettres de Cicéron à Âlticus ^9^ Ut cette anecdote fort peu connue, et qui mérite bien de Nice. Le trait est d'autant plus odieux , que Brutus réclamoit ttl argent au nom de deux de ses amis, quoiqu'il lui apparttst réellement.
()Qant an bon Cicéron lui-même , ses propres ,ou vniges , et o^ieéerltepar Plutarque , nous font asseï oonnoltre ses foikhwi. Il est amusant de voir de quel air César lui écrivolt w adcl des guerres civiles : « Mon cher Doéron , lui mande It tyras, restez tranquille ; un bon citoyen comme yous ne doUie mêler de rien. » Et le pauvre Cicéron se désole, a Eh I 9K dtTiendrols-Je , mon cher Alttcus, si j*allofs èlre arrêté >*R IMS licteurs ! Ah I grands Dieux t on débite les plus mau- '
Dion commit une grande errénr : il méeonnut le génie de Denys. Amant de la philosophie, il s'i^ magina que chacun devolt en avoir le goût oooMne lui. En voulant forcer le tyran de Sicile à s*élever au-dessus des bornes que la nature lui avoit près* crites , il ne fit que lui mettre mille Idées indigestes dans la tête, et peut-être lui donner des vices dont les semences n'étoient pas dans son cœur. Savoir bien juger d'un homme , du langage qu'il faut lui parler, est un art extrêmement difficile. Un esprit d'un ordre supérieur est trop porté à supposer dans les autres les qualités qu'il se trouve, et va se communiquant sans cesse, sans s'apercevoir qu'il n'est pas entendu. C'est une nécessité absolue pour l'homme de génie de sacrifier à la sottise; quelqu'un me disoit qu'il se voyoit prodigieusement recherché de la société, parce qu'il étoit toujours plus nul que son voisin*.
La réputation de Platon s'étendoit alors dans toute la Grèce. Dion persuada à Denj's d*(ittirer le philosophe en Sicile *. Celui-ci, après quelques difficultés, consentit à venir donner des leçons au Jeune prince*. Bientôt la cour se transforma en une académie ; Denys , du soh^au matin , argumentoit du meilleur et du pire des gouvernements^; mais il se lassa enfin de déraisonner sur ce qu'il ne comprenoit pas. Les courtisans murmurèrent; les soldats ne se soudoient pas beaucoup diê monde d'idées ^^ et la vertu philosophique étoit trop cliaste j^ur le tyran. Dion fut exilé ,
valses nouvelles ! SI J*étois à ma maison de TUsculnm ! Mais Je veux me retirer dans une (te de la Grèce. Antoine ne le voudra pas. Que faire? etc. » Et il écrit unel)elle lettre à Antoine, qui arrive dans une litière avec trois comédiennes ; ensuite il prononce les Phllippiques , et Antoine montre la malheureuse lettre. Four ce qui est de Gésar^ il ne se cachoit peint de ses vlops. La proclamation ds son collègue Bibulus : « Bir thynlcam reglnam,eiqup regem antea fuisse cordi, nuncesse regnum ; m et les vers des soldats :
Gatllas Cssar tnbegtt , Nlcomedec Ccflarem : Ecce Ccitar nunc trlamphat qui sulïcgil GaUias ; Nicomedes non Uiuinpliat, qu« subegit CiiJsarein ,
apprennent assez les désordres de la reine de B} thtnle. Auguste, après avoir proscrit ses concitoyens dans sa Jeunesse, et obligé le père et le fils à mourir de la main Tun de l'autre , se fiiisoit amener dans sa vieillesse les Jeunes vierges de ses États. Voilà les grands hommes de Rome. Je ne parie ni des Néron; ni des Tilire. Il paroit cependant singulier que Suétone n'ait pas rapporté ce que Tacite nous apprend du commerce Incestueux d'Agrippine et de son liis, lui qui étoit si curieux de pareilles anecdotes.
* Je (ralte le public comme mon camarade; je le prenda par le bras; Je lui raconte familièrement ce que quelqu'un m'a dit ou no m'a pas dit. 11 e^t impossible d*étre plua à Taise. (N. Éd.)
' Plot., in Dion.
* Id,, Ibid.
* Plat., EpuL vu, tom. tu.
4 Pi.iT., f» Tim,, pag.29
RÉVOLUTIONS ANCIENNES
et Platon le rejoignit peu de temps après en Grèce».
Le moraliste eut à peine quitté Syracuse, que Denys'brûladu désir de le revoira Dans les rois les désirs sont des besoins. Cette fois-ci il fallut que les philosophes de la Grande-Grèce engageassent, pour sûreté, leur parole au vieillard de TAcadémie. II y a je ne sais quoi d*aimablc et de touchant dans cet intérêt de tout le corps des sages en un de leurs membres : lorsque Jean-Jacques fuyoit de pays en pays*, peu importoit aux savants de la France, *de l'Angleterre ' et de Tltalie.
Platon, de retour auprès du tyran, voulut obtenir de lui le rappel de Dion ^ Non-seulement Denys se montra inexorable , mais , sous un prétexte frivole , conOsqua les biens de celui-ci , que Jusqu'alors il avoit respectés^. Le philosophe, piqué de rinjustice qu'on faisoit à son ami, demanda la permission de se retirer ; il l'obtint avec beaucoup de peine ^. Le prince , demeuré seul avec ses vices et ses courtisans, se replongea dans les excès du despotismeetdeladcbauche. La mesure des maux du peuple monta à son comble, et l'heure de la vengeance approchoit.