CHAPITRE XVIL
M. de tt aleshffbes. Exécution de Louis Xtl.
La monarchie françoise n*existott plus. Le dei cendant de Henri IV attendoit à chaque iostan que les régicides consommassent le crime , et I crime fut résolu^
De tous les serviteurs de Louis XVlunseuléto resté à Paris. Ce digne vieiilai^ , le plus hoonèl homme de la France , de l'aveu même des rén lutionnaires , s*étoit tenu éloigné de la oourdi raut la prospérité du monarque. Ce fut sans dool un beau spectacle que de voir M. de Malcsherbe honoré de soixtinte-douie années de probité,! rendre , non ad palais de Versailles, mais dan les prisons du Temple pou r défendre seul soB MN verain infortuné, lorsque les flatteurs et les gardi a voient disparu. De quel front les prétendos H publicains osoient-ils regarder à leur barrt l'an de Jean-Jacques? celui qui , dans tout le oooi d'une longue vie , s'étoit fait un devoir de prendi la défense de l*opprimé contre l'oppresMf, i qui , de même qui! avoit protégé le dernier iod
* Les teçips dans lesquels nous vi%*ons et la Siltirè de ■ éltodes in*ont fait désirer de voir reodrolt où Gharici 1* I e&écuté. Je demeurois alors dans le Striiflid.rarri?al aeréil* des passages déserts, par des derrtèrve de maisons et ocisllé obseures, Jusqu'au lieu ou Ton a értsétrès-ImpirflliqwiaMl •latue de Cliarles II, montrant du doigt le paré arrusédatii de son père. A la vue des fraftrre mofées de vmiltbilt, at< etnpiaeement qui nVst plus une rue , meli qui flàrme stccI bâtiments environnants une espèce de eotir, Je M mlk cceur serré et oppressé de oiiTie sentlneoii. le ne figerali i échafaud oocupant le terrain de la statue , les gafSM aagloa formant un bataillon carré , et la to)ile se presnnt sa Ib derrière. Il me sembloit voir tous ees visages, la omaiil par une Joie féroce, les autres par le sourire ds rambilioe, plus grand nombre par la terreur et la pitié; et nainteai ce lieu si calme, si solitaire, ou il n*y avoit que Mil rt <|et ques manouTres qui équarrissolent des pierres enstfflaatav
ilnsoutlanœ. Que sont devenus oei iMMiiines èélèbrsi, c hommes qui remplirent la terre da Imll de leur ■oaH* leurs crimes, qui se lourmentotent comme slb eusieot i exister tot^ours? rélois sur le Ueu tnème où t^étolt pssée si des scènes les plus mémorables dé Viiiytolre : qorilcf it» en resloit-il *7 C'est ainsi que Tétranger, dans qoelqua ii nées, demandera le lieu ou péflt Louta XVI, et à |«toe é (^néraUons Indifférentes pourront le lai dlre^. le n^P mon appartement plein de philosophie et de tristeMe.etpii que Jamais convaincu |lar mon pèlerinage de la vanité w vie, et du peu, du Urès-peu d^lmportaoce de ses plot gn" événements. ...
* Quelque chose de ces seutiments a pstsé dans htk dé iteni^.yoyeswt épisode. • (H^És^)
** Noa pas, ear le lieu où s péri Louis XVl ert eesno aux fêles publiqueft : hi joie perpétuera la mémoiie de douleur ; et quand on Ira daflser aux CtAmptrÙJté^ qtfSDd OB Urera des pétaids sur la place arrosée ànoa do Juste» il ftudra biea se soutenir de l^éeliafiuid da n BMntpr. (N. tm.)
RÉVOLUTIONS ANÛENNES.
S 7 If
Tidn du peuplé eontfe ta tyrannie des grands , Te- Boità présent plaider la cause d*un roi innocent contre tes despotes plébéiens du faubourg Saint- AstoiM? Ah I il étoit donné à notre siècle de contenplef le Yéùérable magistrat revéto de la che- ■lie roQge j monté sur un tombereau sanglant y et woé à la guillotine entre sa fille , sa petite-fille et m petit-fils y aux acclamations d'un peuple ingrat, dont il avoit tant de fois pleuré la misère* Qu'on me pardonne ce moment defoiblesse : Yer- IHU Malesherbesl s'il est vrai qu*il existe quelfK part une denoeure préparée pour les bieniaiteon des hommes, tos mânes illustres , réunis à wuL de Fauteur de V Emile *. habitent mainte- HDt ce séjour de paix. D'autres ^y plus heuçeux fie UMy ont mêlé leur sang au vôtre ' : c*étoit
* Je ne ?eux point déshériter Roasseau dn ciel que je lai idootté dan« ma jeunesse , mais je duis dire que l*âme de LdeMalesheihes ne ressembloit en rien à celle du citoyen èGcnèrf. Le doute misérable exprimé dans cette plirase ÙA qa*ane eôniradicllon de plus dans cet amas de contraiaioBS que j'ai appelé £Msaé historique. ( N. En. }
l'Jiaa frère. (N. Ed.)
' Oque Too sent trop n*nl pas tonjonn ce qu^oo exprime kaksi, et )f ne pois parler aassi diisnemenl que je Taurols iiW d« déiHMeof de Louis X V i. L*aiUaooe qui uoissoil ma iHlie àls sieDoe me procuroit souvent le booiieur d*appro* derdeloi. Il me semblolt que Je devenois plus fort et plUk arc n présence de cet homme tertucux qui , au milieu aheorrapUon des cours, avotl su oonservef dans no rang iKi riBl^té du cour et le courage du patriote. Je me nppilliiai longtemps la dernière entrevue que jVus avec lui. ClM oa flssthi ; Je le trooTal par hasard seul chez sa petltei^ U is bH à ow parler de Rousseau avec une émotion que Ist psrtagFOii que tiop. le D*ooi>lieral Jamais le vénérable *irillard voulant bien eondesoendre à me donner des conseils, (iwdhSBl : « rai tort de vous entretenir de ces choses-là; llfcvfolt pluiei vous engager à modérer cette chaleur d^Ame fit Ut tant de mal à votre ami ( I. J. ). J*al été comme vous ; ■hlntici BM févoltoit ; fal fait autant de Uen que J*al pu , aM eooipter sur la reconooissaoce des liommes. Vous êtes te. voos verres bien di^ choses; moiJ*ai bien peu de te* vivre. « Je SQpprlme ee que répnnchemeot d\ine ***«iiatlQo inlimc et iindulgence de son caractère lui falteUlors i^ter. De toutes ses prédictions , une seule s*est ^BOBipOe : Je ne suis rien, et il n'est plus. Le déchirement de tey» jVprtNival en le quittant me sembla dès lors on temilMnl que Je ne le reverrois Jamais. V-étlUlfshcrbes aonj^ été grand, si sa taille épaisse ne ^dl empêché de le parollre. Ce qu*ll y avoit de très-ston- ■McfllQi, e*étoU l'énergie avec laquelle il sVxprimoit dans ^ firillciK avancée. SI vous le voyleK assis sans parler, ^M yens un peu enfoncés , sra gros sourcils grisonnants a unilr de iMMité, vous réussies pris pour un de ces augus- ^FtMonagPs peints de la main de le Sueur. Mais si on ve- ■■• teoeher la corde sensible, il se levolt comme Téclalr, *| ^Mi k |*lBsl«Qt s*oavroient et s*agf«odlssoèent : aux paro- *di«Hli«qiii sorloiciit de sa bouche , à son air exprciaif et *g*<llvom aoroit semblé voir un Jeune homme dans toute ^vfienee de rage : mais à sa tète chenue , h ses mots un ^l'Jpte, Cuite de dents pour les prononoer, voos rroon* |°w le septua^énatie. Ce contraste icdoubloU les charmes W Ton ifouvolt dans sa conversation , comme on aime ces ""^ Vd brûlent au miilea des neiges et des glaces de Thi-
JL Î^J^'^^hcs a rempli l'Europe do bmitde%on nom ;
"«> le OAlcnseur de LouU XVI n*a pas été moins admirable
T.^^'^jMues de M vie que dans les derniers instants qui
^ ■ pc^rtmàfoMit cooronnée. Patron des gens de lettres ,
ma destinée de traîner après tons sur la terre nne vie désormais sans iiinsions et pleine de regrets.
Mais pourquoi parleroiajedu Jugementde Lonis XYI ? qui en ignore les circonstances? Qui ne sait que tout fût inutile contre nn torrent de crimes et de factions? Agis, Ciiarles et Louis j^rirent avee tout Tappareil et toute la moquerie dç la Justice. Laissons d'Orléans observer son roi et son parent la lorgnette à la main, et prononçant la mori, à Teffroi même des scélérats. Fions-nous-en à la postérité, dont la voix tonnante gronde déjà dana l'avenir; à la postérité qn^. Juge incorruptible des âges écoulés, s^appréte é traîner au supplice la mémoire pâlissante des bonunesde mon siècle*.
Le ilital 2 1 de Janvier 1 798 se leva pour le deuil étemel de la France. Le monarque, arerti qu'il ftdloit mourir , se prépara avec sérénité à ee grand acte de la vie : sa conscience étoit pure et la te* tiglon lui ouvroit les cieux. Mais que de liens il avoit eu auj^ravant à rompre sur la terre ! Louis avoit vu son épouse, il avoit vu aussi sa fille et son jeune fils qui couroit parmi les gardes en demandant la grâce de son père : tant d'angoisses ne déchirèrent Jamais le cœur d'un homme.
L'heure étoit venue. Le carrosse attendoit à la porte. Louis descendit avec son confesseur. Il ne put s'empêcher, dans la cour, de Jeter un regard vers les fenêtres de la reine où il ne vit personne : ee regard-là dut peindre bien de la douleur. Ge> pendant le roi étoit monté dans la voiture qui rouloit lentement au milieu d*un morne silence; Louis, répétant avec son confe^ur les prières des agonisants , savouroit à longs traits la mort.
le monde lui doit V Emile, et Ton sait que c*est le seul homme de cour, le maréchal de Luxembourg excepté , que Jean-Jaeqiiea aU slneèrement aimé. Plus d*une fob II brisa tes portca des iMstillcs; loi seul refiisa de piler son earactéra aux vtoea des grands, et sortit pur des places où tant d*autres avoleot laissé leur vertu. Quelques-uns lui ont reproché de donner dans ce qu'on appelle le$prmcipei eu Jour. SI par prlndpea du Jour on entend haine des alms, M. dt Malesherbes fnt certainement coupable. Quant à mol , J^avouerai que s*U n*eùt été qu'un bon et franc gentilhomme , prêt à se sacrifier pour le roi son maître, et à en appeler à son épée plutôt qu*à sa raison , je Teusse slooèretnent estimé ^ mais J'aurols laissé à d'autres le soin de faire son éloge.
Je me propose d't^rire la vie de M. de Maiesbert)es , pour laquelle je rassemble depuis longtemps des matériaux. Cet ouvrage embrassera oe qu*il y a de plus totéreiiant dans -le régne de Louis XV et de Louis XVI. Je montivrai ruiustra ma{;istrat mêlé dans toutes les affaires des temps. On le verra patriote à la cour, naturaliste à Malesherbes, philosophe à Paris. On le suivra an oonseil des rois et dans la retraite dn sage. On la verra écrivant d'un e6lé aux ministres snr des ma- Uères d'Étal, de l'autre entretenant une oorrespoodaooa da coeur avec Rousseau sur la botanique. Enfin Je le ferai voir disgracié par la oour pour son intégrité, tt voalant porter sa tétt sor Mehaiiad avee ans souvaraln.
^ Qu*en disent les accusateurs de T Essai? est-ce là le févoMionmire ? ( N. Éd. )
JtÉVOLCTIONS ANQENNES.
Il arrive enfin à la place où rinstmment de destmction étoit élevé à la vue du palais de Henri IV. Louis, descendu de la vofture, voulut au mdns protester de son innocence : « Vous n'êtes pas ici pour parler, mais pour mourir, » lui dit un barbare. Ce fut alors que Ton vit un des meilleurs rois qui aient jamais régné sur la France, lié sar une planché ensanglantée , comme le plus Yil des scélérats , la tête passée de force dans un croissant de fer et attendant le coup qui devolt le délivrer de la vie : et comme s'il ne fut pas resté un seul François attaché à son souverain , ce fut un étranger qui assista le monarque à sa dernière heure, au milieu de tout son peuple. Il se fait un grand silence : « Fils de saint Louis I vous montez aux cieux, » s'écrie le pieux ecclésiasti* que en se penciiant à l'oreille du monarque. On entend le bruit du coutelas qui se précipite*.
* Ceai qni aiment les libertés publiques en sodIpUs moins attachés à leurs princes et moins fidèles au malheur?
n reste un étrange monument du courage de Loub XYI ; monument'» pour ainsi dire» aussi infernal que le leslament de ce monarque est divin : le ciel et Tenfer se sont entendus pour louer la victime. Je veux parler de la lettre de Sanson , bourreau de Paris. L'original même de cette lettre m'a été confié par mon digne et liouorable ami, M. le baron Hyde de Neufille , Thomme des sacrifices à la royauté, si bien traité par les ministres du roi. J'ai tenu , je tiens encore dans ce moment même ce. papier sur lequel s'est traînée la main sanglante de Sanson , cette main qui a osé toucher à la tète de mon roi , qui a fait tomber cette télé sacrée et l'a présentée au peuple épouvanté.
La lettre de Sanson a été donnée par celui qui en étoit propriélaire à M. Tastu, imprimeur, qui a très-noblement relùsé de la fendre à des étrangers , quelque prix qu'ils en aient offert. C'est un monument de remords, de douleur, de gloire et de vertu , qui appartient à la France : c'est un papier de famille qui doit rester au trésor des chartes dans les archives de la maison de Bourbon. Peu de jours avant la clôture de la dernière session, M. Aimé Martin, secrélaire-rédacteur de la Chambre des députés , homme aussi connu par ses talents comme écrivain que par ses senUments comme royaliste, parla de la lettre de M. Sanson à M. le baron Hyde de NeuviUe. Celui-ci fut d'abord saisi d'horreur; mais bientôt, en lisant la lettre, il n'y vit plus que le dernier rayon mis à la couronne du roi martyr.
M. Hyde de Neuville avoit plus qu'un autre des droits à devenir l'un des instruments de la Providence pour la plus grande manifestation de cette lettre. On sait à quels dangers il fut exposé pendant le procès du roi. Ce fut appuyé sur le bras de ce fidèle sujet que M. de Maleslierbes quitta la barre de la Convention , après être venu pour la dernière fois implorer les bourreaux de Louis XVI. Vingt années de péril ont succédé à cet acte de courage. Et où étoient ceux qui frappent aujourd'hui mon honorable ami ?
Aucun doute ne |ieut s'élever sur l'authenticité de la