CHAPITRE XVm
Triple parallèle : Agis, Charles et Louis.
Ainsi les Grecs virent tomber Agis , roi de Sparte; ainsi nos aïeux furent témoins de la ca*
lettue é& Sanson : récriture et la signature de cet homm sont trop connus; il a certifié coitforme U plupart de nu crimes et de nos malheurs. D'ailleurs cette letUe a ëé imprimée dans un journal révolutionnaire du temps,s|)pdé le Thermomètre du jour; et, autant qu'il m'en scovienl, elle fut répétée dans le journal de Peltler à Loodrei.
Void l'article du Thermomètre; il est du 13 lévrier 1793, n« 410, page 3à6. Cette dernière pvtie de l'Iiistorique de la lettre de Sanson a été fournie par M. Aimé Martio.
L'article du Thermomètre a pour titre : Anecdote trh' exacte sur l'exécution de Louis Capet, et on Ut ce ipii suit:
n Au moment ofc le condamné monta sur réchsfiuid» (c'est Sanson l'exécuteur des liantes oeuvres crimineUes qui a raconté cette circonstance, et qui s'est servi do mot condamné)^ « je fus surpris de son assurance et de a <i fermeté ; mais au roulement des tambours qui ioleiTo» « pit sa harangue, et au mouvement simultané que firait « mes garçons pour saisir le condamné, sur-le-duunp « sa figure se décomposa ; il s'écria trois fois de suite trèf^ « précipitamment : Je suis perdu» Cette clreonstaDoe, « réunie à une autre que Sanson a également racontée, « savoir, que le condamné avoit oopiettsement soopé h « veille et fortement déjeuné le matin , nous apprend ^ue « Louis Capet avoit été dans rillusion jusqu'à Tinstaot pré- « cis de sa mort, et qu'il avoit compté sur sagrAoe. Oen « qui revoient maintenu dans cette illusion avoieot es a sans doute pour objet de lui donner une contenanoe istn- « rée qui pourroit en imposer aux spectateurs et à Is poilé* « rite ; mais le roulement des tambours a dissipé le chaîne « de cette fausse fermeté, et les contemporains, ainsi que « la postérité , sauront actuellement à quoi s'en tenir sur a les derniers moments du tyran condamné. » • « Le bourreau ayant lu cette note (c'est M. Aimé lfa^ tb qui parle), crut devoir réclamer contre tous les faits qu'elle renfemie; et le lundi IS février 1793, le Tktrm^ mètre du jour contenoit un article ainsi conçu :
« Le citoyen Sanson, exécuteur des jugements crimtoels, « m'a écrit (disoit le rédacteur du Thermomètre) |MHir ré- « clamer contre un article inséré dans le n* 4IOdtt Tkf^ n momètrcp dans lequel on lui tut raconter les denùèiei « paroles de Louis Capet. // déclare que ce récit est ds « toute fausseté. «
« Je ne suis pas l'auteur de cet article (continue le réda» . « teur) ; il a été tiré des Annales patriotiques par Cknai R qui en annonce le contenu conune certain. Je l'iaviteèse > riétracler. J'invite aussi le citoyen Sanson à me fidrepar* « Tenir, comme il me le promet , le récit exact de ce qu'il « sait sur un événement qui doit occuper une grande plaoe « dans rUistoire. 11 est intéressant pour le philosophe d*ap- II prendre comment les rois savent mourir. »
« Cette leçon terrible (c'est encore M. Aimé Martin qui « parle} , que des assassins osoient demander au nom de la « philosé^iie, ne leur fut point reftiséeT An mlliea de la « multitude frappée d'épouvante, un seul témoignage éloit « possilile, un seul étoit irrécusable! La ProvUenoe pcr*
RÉVOLUTIONS ANGIBNiNES.
M^ de Charles Stuart, roi d'Angleterre; ilBsi a péri 8008 DOS yeux Loats de Bourbon , roi
■ màqae celui qui «toU i&asé le saog devlnl riiislCN'ien de i 11 Tîdiiiie; et la main du bourreau , puisqu'il font le nom-
• «r, tracicette page aanglante, qui pénètre à la fois d'iiop
• ifv et de respect*. » Le jeudi 21 féTrier 1793» un mois jHte après la mort de la rictime , le Thermomètre publia il lettre soif anie. On la donne a?ec toutes ses fautes d*oriopipbe : c'est un original auquel il n'est pos permis de
CnoTBic»
■ Un Toyage d'an instant a été la cause que je n'ais pas
• ca DioQoear de répcwdre à l'inf ilation que Vous me faite
• dw Totie Journal au sujet de Louis Capet. Voici suivant
• n promesse Texacte véritée de ce qui c'est passé. Des-
• codant de la Toltore pour l'exécution , on lui a dit qu'il ■UoilMer son habit. 11 at quelques diflîcultés en disant •^^QBpoavoit l'exécuter comme il étoit. Sur la représen-
• latioQ que la chose étoit impossible , il a lui même aidé à •Ner son habit. H fit encore la même diflicultée lorsqu'il I ost agit de lui lier les mains , qu'il donna lui même lors-
• ^ la penonne qui lacompagnoit lui eût dit ( que c'étoit tadonier sacrifice. Alors.' il s'informa sy les temboors •hlkroit toujour. 11 lui fut répondu que l'on n'en savoit
• ria.et c'étoit la Tentée. 11 monta à l'echaffaud et tou-
• M fcocer sur le devant comme voulant parler. Mais ? on que la chose étoit impossible enoore » il se
condoire à rendrait où on rdtUchat et où il
• l'otécrié trés-baut : Peuple je meurs innocent. Ensuitte •ie retournant vers nous, il nous dit : Messieurs, je suis «nioccBt de tout ce dont on m'inculpe. Je souhaite que •noiaogpuisae cimenterie bonlieur des François, Voilà
> dtojfcn ses dernières et ses véritables paroles.
• L'eipèce de petit débat qui se fit au pied de l'ecliaffiiud
• nilbit sur ce qu'il necroyoitpas néœssaue qu'il oUt son
> habit et qu'on lui liât les mains. 11 fit aussi la proposition
• k 9t couper lui même les cheveux.
• £t pour rendre liomage à la vérilée, il a soutenu tout
•eda sfee un sang froid et une fermeté qui nous a tous •étonaés. Je reste très-convaincu qu'il avoit puisé cette
> knaelée dans les prmcipes de la religion dont personne •Ihiqaehii ne piraissoil pénétrée ny persuadé.
• Tous pouvez ^tre assuré » citoyen , que voila la vérités
• tel sQo plus grand jour;
■ J'iy DionDeiir destre , citoyen ,
«Votre concitoyen,
« St^lt^SARSOK.
« Pifii « oe io révrierl793 , ran S" de Il itpnbUqoe irançoise. »
Oi est presque généralement étonné , en lisant cette let- ' ^» éerangélique douceur de la victUne ei de la naïveté ^ eet iMNnnie de sang, qui parie de ce qui s'est passé **aae oa ouvrier parleroit de son ouvrage.
l^iriiXYI déclare qu*on pouvoit l'exécuter comme il ^<>Sir la représentation que la chose étoit impossible , ^ >(de lui-même à âter son habit. Môme difiiculté quand ^^*8Hde Qer les mains à cet autre Girist, qui donne en-
• ki iaille léeU de M. Aimé Martin.
de France. Je n*ai rapporté en détail I exécution du second que pour montrer Jusqu'à quel point les Jacobins ont porté riroitation dans Tassassinatdu dernier. J'ose dire plus : si Charles n'avoit pas été décapité à Londres, Louis n'eût vraisem- Idablement pas été guillotiné à Paris \
Si nous comparons ces trois princes, la balance, quant à Tinnocence, penche évidemment en faveur d'Agis et de Louis. L*un et l'autre furent pleins d'amour pour leurs peuples ;run et l'autre succombèrent en voulant ramener leurs sujets à la liberté et à la vertu ; tous les deux méconnurent les mœurs de leur siècle. Le premier dit aux Spartiates corrompus : Redevenez les citoyens de Lycorgue; et les Spartiates le sacrifièrent. JLe second donna aux François àgoùter le fruitdéfendu : « Tout ou rien, » Ait le cri.
Charles , dans une monarehie limitée , avoit
suite lui-même ses mafais royales , lorsque la personne ( le confesseur que le bourreau n'ose nommer) qui l'accompagnoit lui eut dit que c'étoit un dernier sacrifice, Louis XVI déclare qu'il meurt InDocent , et souhaite que son sang puisse ci$nenter le bonheur des François. Cest le bourreau qui a enlendu ces paroles testamentaires, et qui les redit à ki France! Voilà, citoyen, dit-il, «es dernières et ses véritables paroles!
Le bourreau rend compte du jpetit débat qui se fit au pied de l'échafaud entre lui et la victime : il ne s'agitsoil qne d'ôter l'habit au roi , de toi lier les maina et de lui couper les cheveux ! Tel étoit le petit débat entre Sanson et le fils de saint Louis !
Mais que dire des deraièfes paroles du bourreau lui-même, paroles qui diffèrent telleinent du reste de la lettre, qu'on hésiterait à croira qu'ellea sont de l'auteur de œlte lettra » s'il ne s'y trouvoit la faute de langue la plus grosaièro, el si ce document n'étoit tout entier de la main de Sanson. Je reste très-convaincu qu'il avoit puisé cette fermeté (Louis XVl) dans les principes de la religion, dont personne i^us que lui ne paroissaii pénétré ni per* suadé.
Ne croil-on pas entendre le centenier chargé de garder Jésus glorifier Dieu malgré lui au moment où le Juste expire, en disant : Certe hic homojustus est! Cet aven de Sanson est peut-être un des plus grands triomphes que jamais la reÛgiou ait obtenue.
S'il étoit permis de mêler des réflexions étrangères à un sujet aussi sacré, je ferois remarquer qu'à l'époque de la mort de Louis XVI la presse étoit libre : on massacroit , il est vrai, les écrivains royalistes, mais4xla ne les dégoûtoit pas; et ils anrpiettt enfin ramoné le roi légitime, si Robespierre et ensuite le Directoire n'avoient eu reeoara à te censure des geêUers et des bourreaux. Cest doue h te^ liberté de U presse, le 21 janvier 1793, que nous devons' te Testament de Louis XVI et la lettre de Sanson. U y a pourtant ai^nrd'hui des prétendus hommes d'Étet qui pensent, comme le pensoit Robespierre, qu'on ne (eat gouverner sans la censure. (N. Éd.)
* Je le croie encore aujonrd'hdt* (N. En.)
IKVOLUTIONS AMCIBNNB&
envahi les droits d'une natk» libre : Loui» , dans une mooarcbie absolae, a^étoit continoeUeinent dépouillé des siens en feveur de son peuple.
Les trois monarques, bons, compatissants, moraux, religieux, eurent toutes les vertus sociales. Le premier étoit plus piiilosophe ; le second» plus roi ; le troisième , plus homme privé : la destinée se servit de défauts diamétralement oppo* ses dans leurs caractères , pour leur faire commettre les mêmes erreurs et les conduire à la même catastrophe : l'esprit de système dans Agis, Tobstlnation dans Charles, et le manque de vouloir dans Louis. Tous les trois, modérés et sincères , se firent accuser tous les trois de despotisme et de duplicité; le roi de Lacédémone en s'attachent avec trop d'ardeur à ses notions exaltées , le roi d* Angleterre en n*écoutant que sa volonté, le roi de France en ne suivant que celle des autres K
Quant aux souffrances, Louis, au premier coup d'œil , semble avoir laissé loin derrière lai Agis et Charles *. Mais qui nous transportera à Laeédémone? Qui nous fera voir le digne imita* teur de Lycurgue obligé de se tenir caché dans un temple pour prix de sa vertu, et, en attendant la mort , méditant au pied 4<» autels dur l'ingratitude des hommes? Qui nous introduira auprès du malheureux Charles, abandonné de Puni vers entier? Qui nous le montrera à Carisbraok avec sa barbe négligée, sa tête vénérable blanchie par les chagrins, aidant le matin au pauvre vieillard, sa seule compagnie», à allumer 6i>n ftu ; le reste du Jour livré à une vaste solitude, et veillant dans les longues nuits sur sa triste couche, pour entendre retentir les pas des aiÉassins dans les corridors de la prison ' 7 Enfin qui nous ouvrira les portes du Temple? Qui nous Introduira auprès du rot de France , à peine vêtu, livré à des barbares qui l'obsédoient sans cesse ,
« Gda me semble écrit avec impsittalité. ( V, éd. )
* U ne faut pas oublier qu^Agfs, Charles et Louis fureni tous les trois condamnés, au mépris des lois de la plas oommaoe jculin , et d*après one manifrtte violation de toutes les formes iegalet*.£Q sorte que s*ii étoit poeslble d'admettre la principe que le peuple a le droit de Juger ses chefs, principe qui détruirolt toute société humaine, Il n*en resterolt pas moins eertaln encore qu'Agis, Charles et Louis furent assassinés. Néfon , tout Jostemeot oondamoé qu'on puisse le penser, ne le fut cependant que par contumace. Conrad fut indignement massacré à Naples. Elisabeth n'avoit pas plus de droit sur Marie Stuart que Charles d*Anjou sur Conrad. La reine de France ne fol pas même écoutée. Cet observaliotts sont de la plus liattte importance, et prouvent beaucoup daus l'histoire des peuples et des hommes.
^ Charles t'attcndolt à être ftecrètement assassiné.
* Très*jir8te.
et le eoBur fendu de douleur an sptctadeto ni» sères de son épouse et de ses entants iacessimment sou^ ses yeux? Voyons Agis trahi par ses amis , traîné à travers les rues de Sparte au tribunal du crime; le tendre Charles day Whitehail , tenant wa fils sur ses genoux , et domiant à l'enfant attentif un dernier conseil et an àsh nier baiser ; Louis, dans le Temple , disant le btal adieu à sa famille : le roi de Lacédémona
étranglé ignominieusement dans le cachot des scélérats, et bientôt suivi au tombeau par sa mère et son aïeule auguste ; le roi d'Angleterre sor Técha&ud , se dépouillant & la vue de son peuple, et se préparant à la mort; le roi de France aç pied de la guillotine , les cheveux coupés , lacbo» mise, ouverte , et les mains liées derrière le dos. Terminons ce parallèle affligeant pour rhumaoité. Monarque ou esclave, guerrier oii philosophe, riche ou pauvre, souffrir et mourir, c'est toute If vie. Entre les malheurs du roi et ceux du sujet, il n'y a , pour la postérité, que cette différence qui se trouve entre deux tombeaux , dont l'un ehargi d'un marbre douloureux , se fait voir durant quelques années, tandis que l'autre, couvert d's^ peu d'herbe, ne forme qu'un petit sillon que lei enfants du voisinage , en se Jouant , ont bleatM effacé sous leurs pas * ' .
a Voici de la pbiloeopbie Ibrt ntsl è proiwe CertiiM ment pour Tboimne quk meurt , qu'il soU roi ou s^jet, 1 mort est absolument la même choee; mais pooi' les M , mes qui vivent, la mort d'un roi puissant est d'onetool antre importance que la mort d'un sujet obscur. U téie A Louis XVI en tombant a fait tomber la tète de plmieitf millions d*homnies. £t qu'importe à la France que Is lél de mon (Irère ait roolé sur l'échafeud , on que cefle de nm cousin, Armand de Cliateaubriand, ait été peieés it» bdle à la plaine de Grenelle? (N. En.)
• Je D*alme point k éerire Phlstolft de mon tifl|is> Oai beau tâcher de faire Jostiee, on doit toiUoufs eraiodie ^ quelque passion cachée ne conduise votre plume. l/)nqaej me trouve donc obligé de parler d*un tiomme de mon liéde Je me fais ces questions : L*ai>Je connu? STa-t-ii '■K<''i'||^ M*a-t-il fait du mal ? Ne m*a4-on point pié^-cmi pour oo cpou lui? Al-Je entendu discuter les deux côtés de la qoesUoe Quelle est ma passion favorite? Ne suis-Je point sujet à fn thousiasroe , à la trop grande pitié , à la haine , etc. ? Et isil gré tout cela , J'écris encore en tremblant J'avouerai dooe qa J'ai approché de Loub XVI, qu'il avolt accordé dfs gri« ma famille et à moi-même, quoique leur objet n*aft jsfliaiia rempli. Cependant mon caractère étoit al antipathique sveel cour ; J'avois un tel mépris pour certaines gens , et je le eadw si peu; je me souclots si peu encore de ce quVm appelolt ptfP nir, que J*étois comme lesconSdents dans les tfagédic|,qei « trent, sortent, regardeotet se taisent*. Aussi & !<• "^"^ elle jamais parlé que deux fois dans ma vie, la prrmière. Ion que j'eus l'honneur de loi être présenté ; la seconde, à Is «a» Il me semble donc que Je n'ai eu aucun moUf d'lotérMwtf<
* Je me peignois il y a U^nle ans comme Je me ni peint dans la préface générale de cette édition. On trooTCf peut-être qu'il y a de l'ingénuité dans ces aveux.
(H. En.)
BéVOiUTlONS ANCISMNES.