CHAPITRE XXIV
Depuis
Suite, jusqu'aux encydopédlstei.
Le clianeelier lord Bacon % un de ces hommes dont le genre humain s'honore, a laissé plusieurs ouvrages. C'est à son Traité On the advaneemeni qfleaming et à celui du Novum Organum Sciera tiarum^ qu'il doit particulièrement son immortalité.
Dans le premier, il examine en son entier le cercle des sciences, classant chaque chose sous sa fiiculté, facultés dont il reconnoll quatre : l'Ame, la mémoire, l'imagination , l'entendement Les sciences s'y trouvent réduites à trois : la poésie, rhistoire, la philosophie. Dans le.second ouvrage, il rejette la méthode de raisonner par syllogismes; il propose seulement la physique expérimentale pour seul guide dans la nature. Cest ainsi que ce grand homme ouvrit à ceux qui l'ont suivi le vrai chemin de la philosophie ; et que chacun, écoutant son génie, sut désormais où se placer ^.
Tandis que Bacon brilloit en Angleterre, Campanella ^ florissoit en Italie. Cet homme extraordinaire attaqua vigoureusement les pr^ugés de son siècle, et tomba lui-même dans le vague des sysièmes. Plongé vingt-sept ans dans les cachots ^, il y vécut, comme une salamandre, au milieu du feu de son génie , n'ayant ni plume ni papier pour lui ouvrir une issue au dehors. Ses écrits étinceilent ^ , mais on y remarque une tête déréglée. Au reste, il admettoit l'Ame du monde de Platon, etc.
Hobbes 7 , contemporain de Bacon , publia plusieurs ouvrages : son livre de la Nature humaine, son Traité de Corpore PoHtieo j mm Leviathan et sa Dissertation sur V Homme, sont les plus
* SonutoiB, de FiL Gmt. Prttf. SgnL PhU. Bph.ghk\tA
* Né en i66o, mort en I63S.
3 Voyez les ouvrages cités.
* Né en 1608, mort en 1039.
* Pour une prétendue conspiration contre le roi d'Espagne.
* fcntre autres les ouvrages intitulés : Philosophiarationa' Ut; de libris Propriù; Civiiai Sotis,
' Né en 16S8, mort en I079.
lai
BÉYOLUnONS ANCIENNES.
considérables. En politique, il trouva à peu près les principes du Contrat Social de J. J. Rousseau ; mais il soutient les opinions les plus destructives de la société. Il avance que Tautorité , mm la vérité , doit faire le principe de la loi ; que le magistrat suprême, qui punit Tinnocent, pèche contre Dieu , mais non contre la justice ; qu*il n'y a point de propriétés^ etc. En morale, il dit que l*état de nature est un état de guerre , que la félicité consiste en un continuel passage de désir en désir '.
Descartes * fit revivre le pyrrhonisme, et ouvrit les sources du déluge de la philosophie moderne. La seule vérité , selon lui , consistoit en son fameux argument ,70 pense j donc f existe. Il admettoit les idées innées , l'existence de la matière. Il expliquoit l'action de l*âme sur le corps d'après les principes de Platon K On connott ses tourbillons en physique,
Leibnitz publia son système des Monades , par lesquelles il entendoit une simple substance sans parties. Mais cette substance varie en propriétés et relations , et c'est de ces diverses modifications apparentes que résultent plusieurs dans l'unité. Cela rentre dans les Nombres ie Pythagore et les Idées de Platon. Leibnitz ^ est l'auteur du Calcul différentiel *.
Spinosa^ rappelle l'athée par excellence. Il admettoit une substance universelle , laquelle substance a en elle-même tous les principes de modification : elle est Dieu. Tout vient ainsi de Dieu : le mort et le mourant , le riche et le pauvre , l'homme qui sourit et celui qui pleure, la terre, les astres, tout cela se passe et est en Dieu ?.
Locke ' a laissé dans son Traité On human tinderstanding un des plus beaux monuments du génie de l'homme. On sait qu'il y détruit la doctrine des idées innées; qu'il explique la nature de ces idées, les dérivant de deux sources : la sensation et la réflexion '.
* Voya les OQvragct cités, parUcaUérement U Leviathan, > Né m l&M, mort en 1660.
s Vkl. Prineip. PhU. ; Médit PhU, ; de Prima PhiL ' Néen I64«, mort en 1701.
* Vbl. Theooiœa, CalcHlwi diJferentiaHê , ete.
Vu monument littéraire, bien plus précieux que la eorres* pondance des encyclopédistes, est celle de Newton, Clarkt et Leibnitz; par exempte, Leibnitz faisant part à Newton de sa découverte de son Calcul différentiel, et Newton lui demandant son avis sur sa Théorie de$ maréee,
* Né en 1633, mort en 1677.
T Tractai. Theolog, Polilie.; Onpro Chr., Bayl. SpIK.
* Né en 1638, mort en 1704.
* JFttoy on hum. Hitdersl,
Grotios * après Madifaivel , Hariana,Bodln % fut un des premiers à faire revivre en Europe la politique. Son livre de Jure BeliietPacis man* que de méthode, et s'étend au delà de son titre. Il part d'ailleurs d'une majeure douteuse : la sociabilité de l'homme \ Au reste, on y trouve du génie et de l'érudition.
Puffendorf ' a déployé motais de génie que Grotius dans son Traité de Jure Naturœ et Gen' tium; maison y apprend davantage, par l'excellent plan de I ou vrage. Il y part de la morale pour remonter à la politique ( le seul chemin par où on puisse arrive à la vérité), considérant rbomme dans ses rapports avec Dieu lui-même et ses semblables \
L'universel scepticisme de fiayle ^ se fait ape^ cevoir dans ses écrits. Il y détruit tous les systèmes des'autres, sans en élever un lui-même ^ Il passe avec raison pour le plus grand dialectideo qui ait existé.
Malebranche ^ a laissé van nom célèbre. Lei deux opUiions les plus extraordinaires qui aient peut-être été Jamais avancées par aucun philo* sophe, se trouvent dans sa Recherche de la Yi* rite. Il y afiQrme que la pensée ne se produit pat de l*enteudement , mais découle immédiatement de Dieu, et que l'esprit humain commmiiqM directement avec la Divinité , et voit tout ea elle 7.
Rappeler ces grands hommes qui travailloieDl jen même temps à V Histoire naturelle seroit trop long et hors du sujet de cet ouvrage. Gopenie, qui rendit à l'univers son vrai système ', perde depuis Pythagore ; Galilée, qui inventa le télescope, découvrit les satellites de Jupiter, l'anœao de Saturne , etc. 9 ; enfin l'immortel Newton , ffi traça le chemin aux comètes , vit se mouvoir toitf les mondes, pénétra dans le principe des coO' leurs , et vola pour ainsi dire à Dieu le secret d«
* Né en IS83, mort en 1646.
* Sidney écrivit quelque temps après. H ne faut pas OB' fondre ce Sidney, écrivain d*an excellent Traité surit 9^ vememeHt , avec le Sidney , aateur de VArcadie. ^
* Eh bien! vais-je nier aussi la sodabUilé de l'bomMi
(N. En.)
* Jfé en 1631 , mort en 1694.
^ J'avois do moins étadié quélqoe chose de mon Bié(i0 avant d'être aml>a8sadeur. (N. En.)
< Né en 1647 , mort en 1706.
^ DicL Re»p. ad Provincial. Quend.
< Né en I6S8, mort en 1716.
' Reekerchee de la Férité.
I ■ De Orbium Ceeleet, Revol.
\ • ViTum , ni. Gai, ; Act. Phil. ; Sjfêtewut
RÉVOLUTIONS ANCIENNES
k nature > ; toos ces hommes illustres précédèrent les encyiopédistes dont il me reste à parler.