‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 162 sur 228 · CHAPITRE XUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUI

Le Régent La ehote du cbrietUnliiiie ft*aoQ<lère.

Enfin le Régent parut, et de cette époque il faut dater presque la chute totale du christianisme '. Leduc d'Orléans brilloit de génie, de grâces, d*url)anité;mais il étoit Thomme le plus'immoral de son siècle , et le moins fait pour gouTemer une nation volage , sur laquelle les vices de ses chefs avoient tant d'influence, lorsqu'ils étoient «imablés. C^ fut alors qu'on vit naître la secte philosophique , cause première b et finale de la révolution présente. Lorsque les nations se corrompent, il s'élève des hommes qui leur apprennent qu'il n'y a point de vengeance céleste.

Le bouleversement que Law ' opéra dans TÉtat par son papier ne contribua pas peu à ébranler la morale du peuple. Iptérét et cœur humain sont deux mots semblables \ Changer les mœurs d'un État , ce n*est qu'en changer les fortunes. Dans les accès du désespoir, et dans le délire des suecès, tout sentiment de l'honnête s'éteint, avec cette différence que le parvenu conserve ses vices, et l'homme tombé perd ses vertus.

La presse, cette invention céleste et diabolique ^, commençoit à vomir leâ chansons, les pamphlets, les livres philosophiques. Chaque poste annpnçoit au citoyen, tantôt l'inceste d'un père, l'exécrable mort d'un cardinal , des débauches quelaplumed'un Suétone rougiroit dedécrire; et, en payant les taxes , il soldoit à la fois et les vils «ourtisans « et les troupes qui le forçoient à leur obéir. Le mépris, puis la rage, étoient les sentiments qui dévoient s'emparer du cœur de ce citoyen ^. Que le peuple alors apprenne le secret de pa, force , et TÉtat n'est plus.

' Toujours la chute du christianisme! Le christianisme ne tomboit point ; les mœurs seulement se corrompolent. Et quand la religion chrétienne se seroil afToibiie en France, cela Youdrolt-il dire qu*eUe s'éteint également dans le reste du monde ? (N. Éd.)

^ Il fidioit mettre an lieu de causé première ^ canse seconde. (N. En.)

* 0ans les projets de cet étranger, on retrouve le plan Itt- Ural exécuté de nos jours par Mirabeau Palné : le payement de la dette nationale en papier, la vente des biens du clergé, etc.

^ Cela n*est pas vrai en France. (N. Éd.)

' La presse n*est djal>oUque que lorsqu'elle n'est pas réglée par des lois. SI vous l'encbalnez par Tarbitraire , ^*est"à-dlre par la censure, eUe perd ce qu'eiie a de céleste, et ne conserve que ce qu'elle a de diabolique. Personne s'approuve les abos de la presse; mais c'est aux lois seolts à iM^veoir et à punir les abus. . (N. Éd.)

Tai raison dans mon Indignation contre la régence. La régence et le règne de Loals XV sont deov époques de notre histoire qu*on ne sauroit assez maltraiter. (N. Éd.)

Ce fut sous le règne suivant qu^éclata la secte encyclopédique, dont j'ai déjà touché quelque chose. Je vais , comme je l'ai promis , la considérer à présent dans ses rapports religieux et politiques avec les institutions de la France.

Page 1