CHAPITRE XLIll
La secte philosophique sous Louis XV.
Cet esprit d'innovation et de doute qui prit naissance sous le Régent fit en peu de temps du progrès rapides. On vit enfin sous Louis XY ac former une société des plus beaux génies que ii France ait produits : les Diderot , les d'Alen^rt , les Voltaire *. Deux grands hommes seulement, et les deux plus grands , refusèrent d*en ttre, Jean-Jacques Rousseau et Montesquieu ^ : de làj la haine de Voltaire contre eux , et surtout coutn le premier, Tapôtre de Dieu et de la morale. Gettt société disoit avoir pour fin la diffusion des lu* mières et le renversement de la tyrannie : ria de plus noble sans doute; mats le vrai espri des encyclopédistes étoit une fureur persécutanU de systèmes, une intolérance d'opinions qui tou ioit détruire dans les autres jusqu'à la liherté i penser; enfin, une rage contre ce qu'ils appe loientr/n/iime^ ou la religion chrétienne, qu'il avoient résolu d'exterminer "*.
Ce qu'il y à de bien étonnant dans Thistoiit du cœur humain , c'est que le despote FrédérI étoit de cette coalition qui sapoit la base du pœ voir des princes. Le monument le plus extraor dinaire de littérature qui existe est' peut-être ii correspondance entre Diderot, Voltaire, d'A leml)ert et le roi de Prusse. C'est là qu'A chaqs page on s'étonne de voir les philosophes jetas le maqteau dont ils se revêtoient pour la fouie le monarque, déposant le masque royal, traite de fable la morale de la terre , parler hardimei
* Diderot et d'Alembert placés au nombre des plos beu génies que la France ait produits est aoe chose psiftH meut ridicule. (M. Éo.)
* Non, Voltaire les vaut» et Buffon se place, coma ëcriTain , auprès de ces grands hommes. (If. Éd.)
^ Bieo jug^, très-bien jugé, selon mon Age mûr : I encyclopédistes étoient les plus iotolérants des hommfl et c'est pour cela que je ne les puis souffrir. Je les regai^ comme des hypocrites de liberté, comme de fiiox spMn de philosophie , quiprenoient l*honneur de leur TanlÛf bfc sée pour un sentiment d'indépendance, leurs maorsia mœurs pour un retour au droit naturel, et leur fureor I religieuse pour de la sagesse. Ce ne sont point leurs à» trines qui ont produit ce qu'il y a de bon au fond de ooli révolution ; nous ne leur devons dans cette réTolotioa 41 le massacre des prêtres, les déporlalions à la G«iaoe;( les éthafauds. ( N. Éb. )
BÉVOLttlONS ANCIENNES.
de liberté entre eux , ai réservant J*esclavage pour le peuple stupide; ae Jouer de ce qu'il y a de plus aéré, et se Jeter les mis aux autres, ballotter fuDemain criminelle et puissante les hommes d lesrs opinions comme de vains Jouets.
Telle étirit cette fameuse secte , qui , sous Louis XV, commenea à s'étendre et à détruire la morale ai Fraoee ; ses progrès Airent étonnants. L'infotipble Voltaire ne cessoit de répéter : « Frappons,
• écrasons Tinfâme. » Une foule de petitsauteurs, foor être regardés du grand homme , se mirent à ieriTailler à l'exemple de leur maître. Le bon ton ht bientôt d'être incrédule. Jean- Jacques avoit hesQ crier d'une voix sainte : < Peuple, on vous ■ (fut ; il est un Dieu vengeur des crimes , et ré-
• Bonérateur des vertus ; » les efforts du sublime ihlète furent vains contre le torrent des philo- ■phes et des prêtres , ennemis mortels réunis |Nr persécuter le grand homme *.
Tandis que les principes religieux étoient comhttnipar une troupe de philosophes, d'autres MMpioient la politique ; car il est remarquable fM la accte athée déralsonnoit pitoyablement en Mtière d'État. Montesquieu'', J. J. Rousseau, Hibly,Raynal% vinrent malheureusement éclainrdes homn\^ qui avoient perdu cette force et •ttepureté d'âme, nécessaires pour faire un bon' ttiSede la vérité.Depuis la révolution, chaque fiio» hiadéchiréees illustres citoyens : les Jacobins, Vntesquieu; les royalistes, Jean« Jacques : cela Aoipéchera pas que l'immortel Esprit des Lois^ ^knJûlimeÉmiUf si peu entendu, nepassentà h dernière postérité. Quant au Contrai Social , ttouneon en retrouve une pai*tie dans V Emile , 9^ et n'est d'ailleursqu'un extrait d'un grand *vnige, qu'il rejette tout et ne conclut rien, ]i crois que, dans son état actuel d'imperfec- Hod) il a fait peu de bien et lieaucoup de mal * : j> nia seulement étonné que les républicains du Nr l'aient pris pour leur règle ; il n'y a pas de li- ^qnt les condamne davantage.
'Ai.jedans le Génie du Christianisme rien déplus ■rt, lieu de plus énergique contre le pliilosopliisme anti- [^icn? l'oppoM très^bien Ici Rousseau ani autres phi- «*M. . (N, En.)
■CeUest Trai : Falhéisme n'est bon à rien; il n'est TOpreoTe de lafbiblessc de l'esprit et de la médiocrité •^^te. (N. En.)
itiWy et Raynal , avec Montesquieu et Rousseau , ce
*<M<>iece8 associations que l'on fait dans lajeunesse,Iors-
f* le ^9nnent n'est pas forme , et que le goût est Incer-
, , . (N.Én.)
^ej«se bien le Contrat Social, et très-mal V Emile.
(N.Én.)
Ainsi , au moment que le peuple commença à lire , il ouvrit les yeux sur des écrits qui ne pré-» choient que politique et religion : l'effet en fvX plrodigieux. Tandis qu'il perdoit rapidement ses mœurs et son ignorance, la cour, sourde au bruit d'une vaste monarchie qui commençoit à rouler en bas vers i'abime où nous venons de la voir disparoitre , se plongeoit plus que Jamais dans les vices et le despotisme. Au lieu d'élargir ses plans, d'élever ses pensées, d'épurer sa morale, en progression relative à l'accroissement des lumières , elle rétrécissoit ses petits préjugés , ne savoit ni se soumettre à la force des choses ni s'y opposer avec vigueur. Cette misérable politique, qui fiait qu'un gouvernement se resserre quand l'esprit public s'étend, est remarquable dans toutes les révolutions : c'est vouloir inscrire un grand cercle dans une petite circonférence ; le résultat en est certain. La tolérance s'accroît, et les prêtres font Juger à mort un Jeune homme qui, dans une orgie , avoit insulté un crucifix : le peuple se montre incliné à la résistance , et tantôt on lui cède mai à propos, tantôt on le contraint imprudemment : l'esprit de liberté commence à parottre,et on multiplie les lettres de cachet. Je sais que les lettres ont fait plus de bruit que de mal; mais, après tout, une pareille institution détruit radicalement les principes. Ce qui n'est pas loi est hors de l'essence du gouvernement, est criminel. Qui voudroit se tenir sous un glaive suspendu par un cheveu sur sa tête, sous prétexte qu'il ne tombera pas? A voir ainsi le monarque endormi dans la volupté, des courtisans corrompus, des ministres méchants ou imbéciles, le peuple perdant ses mœurs ; les philosophes , les uns sapant la religion, les autres l'État ; des nobles, ou ignorants , ou atteints des vices du Jour ; des ecclésiastiquei , à Paris la honte de leur ordre, dans les provinces pleins de préjugés, on eût dit d'une foule de manoeuvres s'empressant à l'envi de démolir un grand édifice *.
Depuis le règne de Louis XV , la religion ne fit plus que décliner en France ; et elle s'est enfin évanouie ^ avec la monarchie dans le gouffre de la révolution.
Pour compléter l'histoire du christianisme , Je vais maintenant montrer les armes avec lesquel-
* Courageusement jugé , et aussi bien écrit que je puisse écrire. (M. ÉD.)
^ La religioD, encore une fois, ne s'est pas évanouie. Quand la monarchie paaseroit, la religion resteroil*
(N. En.)
BÉVOLUnONS ANCIENNES,
les les philosophes modernes sont parvenus à le renverser, de même que j*ai expliqué les systèmes par lesquels les sophistes grecs ébranlèrent le polythéisme. Il y a cependant entre eux cette différence , que les Platon et les Aristote se contentèrent de publier des dogmes nouveaux, sans attaquer directement la religion de leur pays; tandis que les Voltaire et les d*Aiembert, sans énoncer d'autres opinions , se déchaînèrent contre le culte de leur patrie : en cela , bien plus immoraux que les sectaires d'Athènes*.
J'avertis que , dans les chapitres qui vont suivre , Je n'y suis plus pour rien. Simple narrateur des faits, Je rapporte, comme mon sv^et m'y oblige , les raisonnements des autres sans les admettre ^ Il est nécessaire de faire connottre les causes qui nous ont plongés dans la révolution actuelle ; or oelles-d sont d'entre les plus considérables.