‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 164 sur 228 · CHAPITRE XUV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUV

(M^eeUons des philosophes contra le chrisUaniniie. ObJecUons philosophiques.

On peut diviser les différentes objections des philosophes contre le christianisme en quatre sortes : t* objections philosophiques proprement dites ; 2* (éjections historiques et critiques ; 3^ objections contre le dogme ; 4* objections contre la discipline. Voyons les premières.

Objections philosophiques *. La création est

* On ne peut être ni plus hnpartial ni plus sévère. Si je auis un philosophe dans Y Essai, Il faut convenir que les philosophes n*ont jamais eu un confrère d'une humeur plus aigre et plus désagréable. (N. Éd.)

^ Passage bien remarquable dans Y Essai! Il sufiiroit seul pour me laver des reproches que Ton a voulu ne faire comme antichréUen. On ne peut prétendre que ces paroles soient une précaution de Técrivain ; car il n'y a pas de trace dMiypocrisie ou de frayeur dans Y Essai : rien n*y est cadié ; je ne capitule ni avec les choses ni avec les hommes , j'écris tout avec Toutrecuidance d'un jeune homme. Je ne cherchois donc point par ces paroles à me mettre à l'abri de l'avenir. Je disois simplement la vérité; je disois que j'allois rapporter les raisonnements des autres sans les admettre; que je n'étois pour rien dans les chapitres qui alloient suivre : ce sont pourtant ces cliapitres qui ont servi principalement d'acte d'accusation contre moi. En vérité, plus on lit Y Essai 9 plus on Texamine, et moins on me trouve coupable. Cependant je ne prétends point me faire un bouclier du passage qui donne lieu à cette note ; j'ai eu tort, très-grand tort, de rapporter les objections des philosophes contre le christianisme; d'autant plus tort qu'il est évident que je m'y complais , que tout en disant qu'elles ne sont pas de moi , ce qui est vrai , j'ai pourtant l'air d'y applaudir. (N. éd.)

< n serolt impossible de dter à chaque ligne les auteurs dont ces raisonnements sont erafiruntés , parce qu'ils se trou- Tent répétés d'un bout à l'autre de leurs livns, et qu'il fau- I

absurde. Quelle volonté peut tirer une parcelle de matière du néant ? Toutes les raisons imaginables ne renverseront Jamais cet axiome corn* mun : Rien ne se fait de rien. Mais les Ecriturei mêmes ne l'admettent pas , le néant : et Y Esprit de Dieu reposoU sur les eaux. Voilà donc la matière coexistante avec l'esprit; voilà doue qd chaos.

Dieu, dites-vous, a été l'architecte? Ce n'eit plus le système chrétien. Mais voyons si cela même peut être admis.

Si Dieu a arrangé la matière , c'est un être loh puissant et borné. Le chaos étoit la premièn forme , et de nécessité la meilleure , puisqo*elk est la forme naturelle; puisque les vices, les souffrances, les chagrins y dorment pasnà Qu'a fait Dieu ? Il a tout séparé , tout divisé , et, en classant les maux , il n'a fait qu'un monde vol* nérable dans toutes ses parties, d'un univers en* gourdi et tranquille ; il a donné une âme à 11 douleur, et rendu les pefaies sensibles*. Il s'est donc mépris, et son préteddu ordre est on affreux désordre.

Mais nous vous abandonnons la nu\{eure. Noos supposons , pour un moment , que tout est émané de Dieu. Ce Dieu , en créant l'homme , lui a dit: Tu ne pécheras point , ou tu mourras, et il aToi prévu qu'il pécherait et qu*il mourroit : Tu son bon , vertueux , ou Je te condamnerai aux peines de l'enfer ; et Dieu savoit qu'il ne serolt ni boo ai vertueux , et c*étoit lui qui Tavoit créé ! Diea répondez-vous, vous a fisût libre ? ^Ge n'est pas là la question. A-t-ii prévu que Je tomberois, qaeje serois à Jamais malheureux ? Oui, indubitablement. Eh bien I votre Dieu n*est plus qu'un tyru horrible et absurde. Il donne aux hommes dci passions plus fortes que leur raison , et il s'écrie : Je t'ai donné la raison ! — Sans doute , et les pas> sions aussi; et tu savois que celles-ci rempoite< roient ; et tu prévis, des millions de sièclesavaol ma naissance , que Je serois vicieux , que Je seroii condamné à ton tribunal aux étemelles doaleoiSi Qui t'obiîgeoit à me tirer du néant? Qui te forçoit , Être tout-puissant , à faire un misérabtel Ne pouvois-tu me rendre fort et vertueux au di gré nécessaire pour me rendre heureux ? Ta H crées des victimes et tu les insultes au milieu du

droit pour ainsi dire noter toutes les pagn. Je I doue en commun à la Un de chaque cbapitre.

■ Voyez , pour la réftiUtion de toutes ces belles chos^ les Notes et ÉctaircissemenUduGémeduChrisiianisM

RÉVOLUTIONS ANCIENNES

iNiOMnts, en leur parlant d*un fmnc arbitre, ardes chofles que ta prescience t'avoit fait eonooftrede toute éternité, et qui, par la raison même foe tu les avois prévues, dévoient nécessairement arriver!

Dieu ne pouvoit vous empêcher de naître dané kdudne des êtres où votre place se trou voit marfiée : -^ d'accord ; mais ceci n*est plus le Dieu des Juifs, c'est la destinée, autre système qui a m inconvénients. Vous vous retranchez dans le gnnd argument , et vous dites que nous ne pouloos pss plus comprendre le grand Être qu'un ciron ne sauroit comprendre un homme : cette raihd , excellente en elle-même , ne prouve rien pour ks Écritures. Je m'en tiens à ce que je ne puis

I comprendre Dieu ; et là-dessus Je n'ai pas plus de ■otifs d'en croire Moïse que Platon, excepté que ttlui-ci raisonne mieux que celui-là.

Je passe une multitude d'autres raisons philolophiques, telles que celles tirées de diverses espèces de l'homme , de l'ancienneté du glohe , ete; et Je viens aux raisons historiques et critifoes*.

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