ANALYSE RAISONNÉE DE L'HISTOIRE DE FRANGE
Qsin;maitaiiprèsdQ gouYernementdes Franks «tioinroit une institution qui le faisoit différer è Pntiqaité romaine : des conseils , composés féréques et de chefs militaires, déddoient les aftÊM avec le roi ; des assemblées générales , ou fkrtdt les grandes revues des mois de mars et de ■d, recevolent une communication assez légère è la besogne traitée dans ces assemblées parti- «Hères : celles-ci étoient nées de la tradition des iMsdes Gaules rétablis un moment par Arcade
tHonorius; mab elles s'étoient surtout modeisQf l'organisation des conciles. Si Ton veut rmie idée Juste de ces temps, sans y chercher iDooveautés qui n'y sont pas, il faut reconqoe la société entière prit la forme ecclélae : tout se gouverna pour rÉglite et par !, depuis les nations jusqu'aux rois, dont téUrit purement le sacre d'un évèqne. Que I ItfqQes ftissent admis à siéger avec le clergé , n'éloit pas coutume insolite : dans plusieurs religieuses, les empereurs romains it , et les grai|4s officiers de la couronne it Nous avons vu des philosophes et païens même assister au concile de Nicée. ^la seconde observation sur cette époque his« ! est relative aux maires du palais. Le pre^ maire dont il soit fait mention est Goggon , i ht envoyé à Athanaghildede la part de Si- ;, pour lui demander la main de Brune-
^Beuxorlginesdolventétreassignées àla mairie, I romaine , Tautre franke on germanique. Le 'rpreprésentoit le ma^t>/eroj^dortim; celuiit dans le palais des empereurs la puissance le maire obtint dans la maison du roi f ranli. Icrée dans son origine romaine , la charge iDaire du palais fut temporaire sous Sighebert ^ses devanciers, viagère sous Khlother, hérédisoos Khlovigh II : elle étoit incompatible ^ la qualité de prêtre et d'évêque. Elle porte "V les auteurs le nom de magister paiatiiy
t^feehuaulœy rectoraulœ, gubematorpaiadi, WdomuSj rectorpalatii, tnoderatorpalaiiiy r^potth» pa/o/tï, provisoraulœ regiœ, pro- ^rpalaUi.
Pris dans son origine franke ou germanique, ^ maire du palais étoit ce due ou chef de guerre, ^ Télection appartenoit à la nation tout aussi fe» <iue l'élection du roi : Reges ex nobililate, ^s ex virtute sumunL J'ai déjà indiqué ce V\\ y avoit d'extraordinaire dans cette institu*
tion, qui créoit chez un même peuple deux pou* voirs suprêmes indépendants. Il devoit arriver, et il arriva , que l'un de ces deux pouvoirs prévalut. Les maires, s'étant trouvés de plus grands hommes que les souverains , les supplantèrent. Après avoir commencé par abolir les assemblées générales, ils confisquèrent la royauté à leur profit, s'emparant à la fois du pouvoir et de la liiierté. Les maires n'étoient point des rebelles; ils avoient le droit de conquérir, parce que leur autorité éma<> noit du peuple ou de ce qui étoit censé le repré* senter, et non du monarque : leur élection nationale, comme chefs de l'armée, leur donnoit une puissance légitime. Il faut donc réformer ces vieilles idées de sujets oppresseurs de leurs maîtres et détenteurs de leur couronne. Un roi , un général d'armée , également souverains par une élection séparée (reges ei duces sumunt) s'attaquent; l'un triomphe de Tautre, voilà tout. Une des dignités périt, et la mairie se confondit avee la royauté par une seule et même élection. On n'auroit pas perdu tant de lecture et de rechcN ches à blâmer ou à justifier l'usurpation des maires du palais ; on se serait épargné de profon* des considérations sur les dangers d'une charge trop prépondérante, si l'on eût fait attention à la double origine de cette charge, si l'on n'eût pas toujours voulu voir un grand maitre de la maêson du roi, là ou il falloit aussi reconnoitre un chef militaire librement choisi par ses compagnons : « Omnes Austrasii, eutn eligerent Ckrch • dinum majorem domus, »
J'ai déjà fait observer qu'il ne serait pas rigoureusement exact de comparer les nations ger^ maniques et slaves aux hordes sauvages de l'Amérique. Dans le tableau général que j*ai tracé des mœurs des Barbares, celles des Franks occupent une place considérable; j'ai donc peu de chose à i^outer ici. Cependant Je dois remarquer que les Franks passoient encore pour le peuple le moins grossier de tous ces peuples; le témoignage d'Agathias est formel : « Les Franks , dit- « il, ne ressemblent point aux autres BarlNures, « qui ne veulent vivre qu'aux champs et ont hor-
« reur du séjour des villes
« Ils sont très-soumis aux lois , très-polis ; ils ne « diffèrent guère de nous que par le langage et le « vêtement : nihiioque a nobis dijfferre quam « solum modo barbarico vestiiu ei Hng^ pro» « prieiaie» » Longtemps avant le sixième siècle, leurs relations avee les Romains av<rîent uri>anisé
ANALYSE RA1S0NNÉK
kvn QontoflMS ^ fliiMiD hmsaiiisé leor cBradère. Salvien dit qalls étolent h&spiialiersj ce qui signifie ici sociables. Dans le tomiieaa de KhildéricP%décooverten I6j»3 àToiiniay,setrouve one pierre gravée : l'empreinte représeoUnt lia homnie fort beau, portant les cheveux kmgs, séparés sur le fhmt et rejetés en arrière, tenant un Javelot de la main droite ; autour de la figure étoit éerit le nom de Khikiéric en lettres romaines ; un globede cristal, signe de la puissance, unstyieavecdes tablettes, des anneaux, des médaillesde plusieursempereursydes lambeauxd'une étoffe de poarpre, étoient mêlés à des ossements : Il n*y a rien dans tout ôela de trop barbare. On lift aux hîsti^res que les Germains adoueissoftent leur rudesse au delà du Rhin par le voisinage des Franks. Sekw Constantin Porphyn^énète, Constantin le Grand fat l'auteur d'une loi qui permettoit aux empereurs de s'allier au sang des Fraaks, tant ce sang paroisioit noble.
Mais, quel que fût le degré de sodabiUté des Franks , il me semble qu'il n'en faut fiiire ni un peuple civilisé ni un peuple sauvage, et qu'il tet bii laisser surtout sa perfidie, sa légèreté, sa cruauté, sa fureur militaire, attestées par les aalews contemporains. Vopiscus, ^ après lui Proeope, accusent les Franks de se faire un jeu de violer leur foi , et Salvien leur reprocbe le peu d'importance qu'ils attachent au parjure. .« Les Franks , dit Nazaire , surpasssent toutes les ji nations barbares en férocité. » Un pauégyriste anonyme prétend qu'ils se nourrissolent de la clialr des bétes féroces , et libanius assure que la paix étoit pour eux une horrible ealamlté.
L'opinion domiaaiite fait des Franks ua« ligue de quelques tribus germaolques associées pour la défense de leur liberté : c'est encore une de ces «binions sans preuve, qu'aucun document historifoe n'aiH^. Les Franks étoient tout simplement des Germains, comase fe témoignent satat Jérôme, Proeope et Agatfaias. Que nos ancêtres aient reçu leur nom de la Itiierté, ou qu'ils le lui a&evt ctfmaunâqué, nobe orgueil national n'a rien à souffrir de l^e ou de l'autre hypothèse. Libanius 9 altérant le nom de FnmA? pour lui trouver une étgrmologle grecque, le Mt dériver de f pdbctot, hMles à se fortifier y- d'Mïes veulent quil signifie indomptable dans une langue nommée Umgna atUca ou hatUeay sans nous dire ce que c'est que cette Imgue. Le savant et Judicieux «nnerdnTlllet,frèredU8avantévèqnedeMeaux,
avance que le nom de Fmni vient de deux Ml teutons Freien ansen , libm Jeunes homma, s libres compagnies, prononeés par synérèse Fim sen; il remarque qu'un privilège de mardiiDd octroyé par Louis le Gras a retenu le mot a«« société. Une grande autorité (II. Tl|ierry)«q pose au mot tudesque Frank ou Frak^ la poil sanee du mot latin /enMt .- nous en restons ta Jours à la chanson des soldats de Probes poi aatorité première. Francus étoit-U un sobrip Bdlitaire.donné par les soidats dePnriMsàalJ poignée de Germains qu'ils vainquirent éissii envifUBS de Mayoïee? Que voulait dire eeMU quet? Un savant « l'expUqne du mot Frssi i Framée, comme si les soldats de ProbussiMi entendu les Barbares crier : A la ianee U Is Isiflf aux armes! aux |Mwsl Mais alors let Gémi se seraient tous appelés FraiAs,puisqa'yifn toieot tous la linamée : Frameas fcnmt s»§si ei breviferroj dtt Tadte.
Quai qu'ii en aoit, les FnaiDS bdutoiest^ i'nntre ^sôté dn Rlitai, à pou prts an Uen Al piaee la earte ëe.Paattnecr, dnas es nfsg compiend ai^oQid'bmlaFranosnfe,la1kiHBli| la Hesse et la WestphaUe. Us ravagerai I Gaules sous Gatten , et pénétrèrent jusfn^ca I pagne; Ils reparurent sous Probus^ sons Cm tance et sous ConstaniiH, Constance trsaipM une de ^eurs eolonies dans le pays mkmm de Beau vais, de Langres, de Troyes , et eondi un traité avec le reste. .Après cette éfsfi des Franks entrèrent au service des eaipenoi On voit suooesalvement Syivanus, Melldnll Mérobald, Baiton, Rikbom«r,Gariettoa,iik| gaste , revêtus des grandes diai^ jailitaimi l'enapire. Mais d'autres Franks Ipd^waMI Genobalde , Markhomer et Sunnon, rsstèieut^ nemls, et firent, du temps de Maxime» une iB^ tion dans les Gaules ; ils paroissoient s'y i^ fixés pendant le règne d'Honorius, vers Tsa 41 et on leur donne pour conducteur le roiPtal
mond. Comprenons tODy^u^ ^^^ 9^^ ^ "^^ roi ne signifie que rA^/ militaire [koning] dedl férents degrés : sur-roi, sous-roi, deml'^ ober^ undery halfkoning, (Thierry.)
Il n'est pas du tout sûr qu'il ait existé un Fh ramond, et que ce Pharamond fttt le père< Khlodion; mais il est certain que Kbiodioo, c plutût Khlogion le Chevelu, étoit roidesPraid occidentaux en 427 , et qu'il s'eiupara de T<«
* ChfJSBST.
DE rmsTomE î>e France.
4fit
Hfiiàt Cambrai en 446. Aëtius le ehaasa de iBconqtiéles en deçà du Rhin. Khlodion mourut
LesQM loi donnent denx fils, les antres trois, fvmi lesiinels se troaverolt Auberon , dont on Irait descendre Ansbert , tige de la famille de ■Kcowle race.
On ignore qnd M, le père de Méro%'ée ou Méniigli, soeoessenrde Khlodion : étolt-ll son flis? iToit-â vn frère atné, lequel implora le secours ff AKSa , tandis que Mérevigh se Jeta sous la ^fratection des Romains? H est prouvé que Méroligfa n'étoit pas ce beau Jeune Frank qui portoit Ée kmgne dievelure Monde, qu*Aétius ad<^ta 4Hs, et que Priscus avoit vu à Rome. Les sasDt fort disserté sur tout cela, sans réfléchir lirsyauté, on phitAt la eheftainerie étant veebeE les Franks, il n'y avoft rien de plus que de trouver deseheftsuceessifisquin^é- Ifeit pas ilfc les ms des antres. Ricoron ditqu'aliBortdeKIitodlon, Mérovigh fut élu roi des Frédégher raconte que la femme de , se baignant un Jour dans la mer, nffrise pnr «n monstre dont elle eut Méro- : &Me mêlée de mytiiologie grecque et
YC.
« Selsn mi certain poëte, appelé Virgile y dit le anienr, Priam fut le premier roi des iks, et Friga M le auccesseur de Priam. éMt prise, les Franks se séparèrent en taiteBies ; Tune commandée par le roi Fran« H^s^vança en Europe, et s'établitsar les bords il RMr, » L*aiiteur des Gestes des rois franks y Maere, Rarioon, Almoin, Sigbel)ert de font le même rédt. Annins de Yiencbériwant sor ces chroniques, compose généalogie des rois gantois et des rois franks ; toae vingt-deux rois aux Gantois avant la de Troie. Sons Rémus, le dernier de ces M, anîva la prise de Troie; et Francus, fils , vint épouser dans les Gaules la fille un vent que les Franks qui combattent dans Tarmée romaine, aux champs cata- ^à|nes, ftnsent cemBiandés par Mérovigh.
IHravigh entpoor successeur, l'an 456 , KhiliMi^^ sonlUs.lChildérik, enlevé encore en- ^■tfar un parti de l'armée des Huns, fàt délivré I» an Frank nommé Viomade. Khildérik étoit ^ <M diflwln que les Franks chassèrent. Il se ><Ahi en Thnringe, auprès d'un roi nommé Bi- '^.LesPrenkasedoMèrent poorchef Égidius,
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commandant les armées romaines. An bout de huit ans, Khildérik fut rappelé ; Viomodelui renvoya la moitié d'une pièce d'or qu'ils avoient rompue, et qui devoit être le signe d'une réconciliation avec son pays. Le vrai de tout cela, c'est que Khildérik étoit allé à Constantinople, d'où l'empereur le dépêcha en Gaule pour contre-balancer l'autorité suspecte d'Égidius.
Bazine, femme du roi de Thuringe, accourut auprès de son hôte Khildérik , et lui dit : « Je « vienshabiter avec toi; sijesavofsqu'ily eûtontre- « mer quekfu'un qui me fût plus utile que toi , Je « l'eusse été chercher pour dormir avec loi. » Khildérik se r^uit, et la prit à femme. La première nuit de leur mariage, Bazine dit à Khildérik : « At)stenons-nons; lève-toi, et ce que tu « ^^crras dans la cour du logis, tu le viendras « dire à ta servante. » Khildérik se leva , et vit passer des I)êtes qui ressembloient à des lions, à des licomes et à des léopards. Il revint vers ^ femme , et lui dit ce qu'il avoit vu , et sa femme lui dit : « Maître, va ^rechef , et ce que tu verras, « tu le raconteras à ta servante. • Khildérik sorti t de nouveau , et vit passer des bêtes semblables à des ours et à des loups. Ayant raconté cela à sa femme, elle le fit sortir une troisième fois, et il vit des l)êtes d'une race inférieure. Là-dessus Bazine explique à Khildérik toute sapostérîté , et elle engendra un fîis nommé Khiovigh : celui-ci ftit grand, guerrier illustre, et semblalHe à un lion parmi les rois. Voici déjà poindre llmagination du moyen âge ; elle se retrouve dans l'histoire du mariage de Khiothilde, ouKhrotechilde, fille de Khilpérik et nièce de Gondebald , roi de Bourgogne.
Le Gaulois Aurélien , déguisé en mendiant , portant sur son dos une l>esace au bout d'un bâton , est chargé du message : il devoit remettre à Khiothilde un anneau que lui envoyolt Khiovigh, afin qu'elle eût fd dans les paroles du messager. Aurélien , arrivé à la porte de la ville (Genève), y trouva Khiothilde assise avec sa sœur Seedehlenba : les deux sœurs exerçoient l'hospitattté envers les voyageurs, car elles étolent chrS tiennes. Khiothilde s'empresse de laver les pieds d' Aurélien. Gelui-cl se penche vers elle , et fui dit tout l>as : « Maîtresse , J'ai une grande nouvelle « à t'annonoer, si tu me veux conduire dans un « lieu où je te puisse parler en secret. — Parle , » lui répond Khiothilde. Aurélien dit : <> Khiovigh, n roi des Franks, m'envoie ven toi; al c'eat'la
ANALYSE BAISONNÉE
« volonté de Dieu , il désire vivement t'éponser, « et, pour que tu me croies, voiià son anneau. » Khlothilde Taccepte^et une grande Joie reluit sur sou visage; elle dit au voyageur : « Prepds ces « cent sous d'or pour récompense de ta peine « avec mon anneau. Retourne vers ton maître; « dis-lui que sUlme veut épouser, il envoie promp- « teroent des ambassadeurs à mon oncle Gon* « debaid. " C*est une scène de WOdyssée.
Aurélien part; il s'endort sur le chemin; un mendiant lui vole sa besace, dans laquelle étdt ranneaudeKhlothilde;lemendiantest pris, battu de verges, et l'anneau retrouvé. Khiovigh dépêche des][ambassadeurs à Gondebald, qui n'ose refuser Khlothilde. Les ambassadeurs présentent un sou et un denier, selon l'usage , flancent Khlothilde au nom de Khiovigh, et l'emmènent dans une basteme. Khlothilde trouve qu'on ne va pas assez vite; elle craint d'être poursuivie par Aridius, son ennemi, qui peut &ire changer Gondebald de résolution. Elle saute sur un cheval, et la troupe franchit les collines et les vallées.
Aridius, sur ces entraites, étant revenu de Marseille à Genève, remontre à Gondebald qu'il a égorgé son frère Khilpérik, père de Khlothilde ; qu'il a fait attacher une pierre au cou de la mère de sa nièce, et l'a précipitée dans un puits; qu'il a fait jeter dans le même puits les têtes des deux frères de Khlothilde ; que Khlothilde ne manquera pas d'accourir se venger, secondée de toute la puissance des Franks. Gondebald, effrayé, envoie à la poursuite de Khlothilde ; mais celle-ci, prévoyant ce qui devoit arriver, avoit ordonné d'incendier et de ravager douze lieues de pays derrière elle. Khlothilde sauvée s'écrie : « Je te rends gré- « ces, Dieu tout-puissant, de voir le commence- « ment de la vengeance que Je devois à mes parents « et à mes frères * 1 » Véritables mœurs barbares, qui n'excluent pas la mansuétude des mœurs chrétiennes mêlées dans Khlothilde aux passions de sa nature sauvage.
Avant son mariage, Khiovigh, âgé de vingt ans, avoit attaqué là Gaule. Les monuments historiques prou vent que son invasion fut favorisée , surtout dans le midi de la France, par les évêques catholiques, en haine des Yisigoths ariens. Khiovigh battit les Romains à Soissons , et les Allemands à Tolbiak. Il se fit ensuite chrétien : saint Rémi lui conféra le baptême le jour de Noël, l'an 496.
I HM, Franc, epit
Les Bourguignons et les Yisigoths suUrent tour à tour les armes de Khiovigh. Les Annoriques (la Bretagne), depuis longtemps scostraita à l'autorité des Romains, consentirent à reconnottre celle du fils de Mérovigh. Anasta8e,empereur d*Orient, envoya à Khiovigh le titre et kl insignes de patrice, de consul et d'auguste.
Ce fut à peu près à cette époque que Khiovigh vint à Paris : Khildérik, son père, avoit occupé cette ville quand il pénétra dans les Gaules.
Khiovigh tua ou fit tuer tous ses parents , petiU rois de Cologne, de Saint-Omer, de Cambrai d du Mans.
Le premier concile de l'Église gallicane se tint sous Khiovigh à Orléans , l'an 61 1 . Oa y trosTC les principes du droit de régale , droit qui HiiMtt rentrer au fisc les revenus d'un bénéfice luisît sans maître pendant la vacance du bénéfice. Khto* vigh ne comprit sans doute ce droit que cooii un imp^ que les prêtres lui accordolent sur leon biens : quelques legs testamentaires du chef da Franks me font présumer qu'il ne parloit pu latin. Il suffit de mentionner ce droit de rég^ pour entrevoir les abîmes qui nous séparent dl passé : étrangers à notre propre histoire , ne dm semble-t-il pas qu'il s'agisse de quelque coataDM de la Perse ou dès Indes? On fixe à cette oiéffli année 51 1 la rédaction de la loi salique, la moil de sainte Genôvefe (Geneviève ) et celle de KbI» vigh. La bergère gauloise et le roi fjrankferenl inhumés dans l'église de Saint-Pierre et de Sairt Paul , qui prit dans la suite le nom de la patimm de Paris ; on célébroit encore au commencemesl de la révolution une messe pour le repos è rame du Sicambre , dans l'église mteie où i avoit été enterré. La vérité religieuse a une vli que la vérité philosophique et la vérité politiqo n'ont pas : combien de fois les générations s^é toient-elles renouvelées I combien de fols la soeiA
avoit-el le changé de mœurs, d'opinions et de lois dans l'espace de 1280 ans ! Qui s'étolt sooveoi de Khiovigh à travers tant de ruines et de sièeles' un prêtre sur un tombeau.
Khiovigh laissa quatre fils : Thleny, fllsd'iM concubine; Khiodomir, Khildebert, Khlothefi fils de Khlothilde. Le royaume M partagé seM la loi saliqùe comme un bien de fiunille; od cl fit quatre lots qui furent tirés au sort : il n) avoit point de droit d'atnesse; nous avons vi que les lois des Barbares f avorlsoicnt le cadet U France s'étendoit akMrs du Rhin aux Fyrteées ei
DE L'HISTOIllE DE FRANCE.
le rOeéan aox Alpes; elle possédoit de plus la terre natale des Franks, aa delà du Rhin , Jnsqs'àla Westphalie : mais ces limites chaDgeoient atout moment. Une section géographique plus iizeafoit lieu; le Toyaume de ce c6té-ci de la Loire se divlsoit en oriental et occidental , Oster- RilLe et Neoster-Rike : l'Austrasie comprenoit le pays entre le Rhin , la Meuse et la Moselle ; hNeosbrie embrassoit le territoire entre la Meuse, ioLoireet rOcéan. Au delà de la Saône et de la Loire étoit la Gaule conquise sur les Burgondes OQ Bourguignons et les Yisigoths. Les chroniqoeon et les haglographes disent souvent la fmnee et la 6ati/è, distinguant Tune de Tautre.
Les quatre rois, pour succéder à la couronne, Muent le* consentement des Franks. Les quatre royaumes étoient fédératifs sous une même U politique ; il y avoit une assemblée commune Ifidéllbéroit sur les affaires communes aux quafeeÉtats. '
Leiflls de Khiovigh eurent à soutenir la guerre MreThéodoric, roid*ltalie; contre Amalaric, M des Yisigoths d'Espagne ; contre Balric, roi de Anringe ; contre Sighismond et Gondemar, rois ie Bourgogne. La Bourgogne fut subjuguée et léniieà la France : ce royaume des Burgondes ivoit subsisté cent vingt ans. Khiodomir, roi 'Orléaos, ftittué à la bataille de Véseronce, près devienne.
Il laissa trois fils : Théodebert , Gonther et tUodoald, élevés par Khiothilde, veuve de KUo?lgh. Khildebert et Khiother, pour s'empaftr de ces Jeunes enfants , députent Arcade à Clothilde : c'étoit un sénateur de la ville de Qeraiont, homme choisi parmi ces vaincus qui ^ reAisent aucune condition de l'esclave, et qu'on attache au crime comme à la glèbe. Il portoit à ttiothilde des ciseaux et une épée nue, et il lui dH: « 0 glorieuse reine , tes fils, nos seigneurs,
* désirent connoitre ta volonté concernant tes
* petits-enfants : ordonnes-tu qu'on leur coupe
* les cheveux , ou qu'on les égorge? » A ce message, Khlothilde, saisie de terreur, regardant te à tour l'épée nue et les ciseaux , répondit : "Si mes peUts-enfants ne doivent pas régner, je
* ks aime mieux voir morts que tondus. » Arcade, ^ laissant pas à l'aïeule le temps de s'explifwr plos clairement, revint trouver lesdeux rois, ^ W dit : • Accomplissez votre dessein ; la reine ' «tant favorable se veut bien rendre à votre
* conseil. » Paroles ambiguës qu'on pouvolt ex-
pliquer dans un sens divers, selon ^événement. Khiother saisit le plus Agé des, enfonts, le jette contre terre , et lui enfonce son couteau sous l'aisselle. A ses cris son frère se prosterne aux pieds de Khildebert, embrasse ses genoux , et lui dit tout en larmes : « Secours-moi , mon très-cher « père, afin qu'il ne soit pas fait à mol comme « à mon frère. « Alors Khildebert se prit à pfeurer, et dit : « Je t'en prie , mon très-doux frère, « que ta générosité m'accorde la vie de celui-ci. «Ce que tu me démanderas, je te l'accorderai, « pourvu qu'il ne meure point. » Khiother obs* tiné au meurtre dit : « Rejette l'enfant loin de « toi, ou meurs pour lui : tu as été l'instigateur « de la chose, et maintenant tu me veux fausser « lafoi ! » Khildebert entendant ceci repoussa l'en* faut, et Khiother lui perça le côté avec son couteau, comme il avoit fait à son frère; enstaite Khiother et Khildebert tuèrent les nourriciers et les enfisnts compagnons de leurs neveux : l'un étoit Agé de dix ans, l'autre, de ^pt. Khiodoald, le troisième fils de Khiodomir, ftit sauvé par le secours d'hommes puissants '. Khlodoald, devenu grand , abandonna le royaume de la terre , passa à Dieu , coupa ses ebeveux , et, persistant dans les bonnes œuvres, sortit prêtre de cette vie ( 7 septembre 560 ). Il bAtit un monastère au bourg de Noventium, qui changea son nom pour prendre celui du petit-fils de Khiovigh. Et Saint-Cloud vient de voir partir pour un dernier exil le dernier successeur du premier de nos rois!
Dans ces crimes de Khiother et de Khildebert, distinguez ce qui appartient à la civilisation de ce qui tient à la barbarie. Le massacre par les propres mains de Khiother est du Sauvage ; le désir d'envahir un trône et d'accrottre un État est de l'homme civilisé. Tous les frères de Khiother étant morts, il hérite d'eux : il livre bataille à son fils Khramn, qui s'étoit déjà révolté ; il le défait , et le brûle avec toute sa famille dans une chaumière. Khiotiier meurt à Compiègne ( 562 )•
Ses quatre fils partagèrent de nouveau ses États, toujours avec l'assentiment des Franks; mais les quatre royaumes n'eurent pas les mêmes limites.
Sighebert épousa Brunehilde, fille putnée d'A.« thanaghilde, roi des Yisigoths : elle étoit arienne^ et se fit catholique. Khilpérik I'' eut pour mai''
> Viros fortM pdlaU suDt
qal pofttea vulgo baroaes ap-
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ANALYSE EAISONNÉE
tresse Frédégonde, qu'il éppusa lorsque Galswinte, sa femme, sœur aluée de BininehMe, fut morte.
Les démêlés et les fureurs de ces deux belles femmes amènent des guerres civiles , des empoisonnements, des meurtres, et occupeut les règnes confus de Karibert , de Contran, de Sighel)ert 1", de Kliilpérik T', de Kbildel>ert II, de Khlother II, de Ttiieri^ I", de Théodebert IL Khlother II se trouve enfin seul maître du royaume desFranks en 613.
Les Lombards s*étoient établis en Italie ( 563 ) seize ans après Textinction du royaume des Ostrogotbs. L'exarchat de Eavenne avoit commencé sous le patrice Longin, envoyé de l'empereur Justin. Les maires du palais firent sentir leur autorité croissante dans TAustrasie et la Bour-*
gogne.
Les Gascons ou Waseons, vers l'an 693, descendirent des Pyrénées et s'établirent dans la Novempopulapie , à laquelle ils donnèrent leur nom; ils s'étendirent peu à peu Jusqu'à la Garonne. Il y eut guerro avec ces peuples : Théodebert II) après les avoir défaits, leur donna pour chef Genialis, qui fut le premier duc de
Gascogne.
Il ne ftiut croire ni tout le bien que Fortunat , Grégoire de Tours et saint Grégoire, pape, imt dit de Bruuehilde, ni tout le mal qu'en ont raconté Frédégher, Aimoin et Adon , qui d'ailleurs n'étolent pas contemporains de cette princesse : c'étoit à tout prendre une femme de génie , et dont les monuments sont restés. Si elle fut mise à la torture pendant trois Jours , promenée sur un chameau au milieu d'un camp , attachée a la queued'un cheval , déchirée et mise en pièces par la course de cet animal fougueux , ce ne fut pas pour la punir de ses adultères, puisqu'elle avolt près de quatre-vingts aus. Si elle avoit fait mourir dix rois (ce qui est prouvé faux), il eût été plus Juste de lui faire un crime des princes qu'elle avoit mis au monde , que de cepx dont elle avoit délivré la France.
Khlother décéda l'an 628. Il eut deux fils : Dagobert et Karibert. Karibert mourut vite, et Dagobert donna du poison à Khildérik, fils aîné de Karibert. Un autre fils de ce prince , Bogghis, se contenta de TAquitaine à Utre de duché héréditaire.
Le roi Dagobert menoit tousjours avec lui grande tourbe de concubines^ c'est-à-dire des
meschines guipas H^esioieni ses épouses ^ sùns auUresqu il avoit auUrepart^ qui avaient etnom etaomement de roynes, (Mer des Hist et chron.) Grégoire de Tours cite trois reines : KanthUdC) Vulfgunde et Berthiide; il se dispense de nommer les concubines, parce qu'elles sont , dit-il, en trop grand nombre. Les tréso^ de Dagobert et de saint Eloi sont demeurés fameux. £» chasses le roi se desportoit acouslumémént, (Mer des Hist.) Il y a une belle et poétique histoire d'un cerf qui se réfugia dans une petite chapelle bâtie à CaiîUliac par sainte Genovefe , sur les corps de saint Denis et de ses compaguoi». Ce fut là que Dagobert jeta les fondements de ce Cftpitoie des François où se conservoient leurs chroniques avec les cendres royales , comme les pièces à l'appui des faits. Buonaparte fit reconstruire les souterrains dévastés , et leur promit sa poos* sière en indemnité des vieilles gloires spoliées : il a déçu sa tombe. Louis XV III occupe à peioc un coin obscur des caveaux vides , avec les restes plus ou moins retrouvés de Marie-Antoinette, de Louis XVI , et quelques ossements rapportés de l'exil. Puis s'est venu cacher auprès de son pèrS} le dernier des Condé, devant le cercueil duqud Bossuet fût demeuré muet. Enfin le duc de Berry attend inutilement son père , son frère el son fils dans ces sépulcres d'espérance. Que sert* il de préparer d'avance un asile au néant, quand l'homme est chose si vaine qu*il n'est pas méDM sûr de naître 7 f f •
Les deux fils de Dagobert , Sighebert II m IIÏ , roi d' Austrasie ; Khlovigh II , roi de Bourgogne et de Neustrie , gouvernèrent Fempire dâ Franks. Peppin le Vieux avoit été maire du pi' lais sous Dagobert; il continua de l'être sou) Sighebert.
Suit l'histoire confuse de Dagobert II et m de Khlother III , de Khildérik II , de Thierry lU La puissanoo royale avoit passé aux maires di palais après les sanglants démêlés de GrimoaU d'Arkembald, de l'évoque Léger, et d'Ébioîn
Ébroln est assassiné; plusieurs maires du pa lais sont élus : Berther est le dernier^ Peppin à Hérislal, duc d' Austrasie, peUlrfils de Peppin l Vieux , père de Kar le le Martel , aïeul de Peppîi le Bref,ettrisaieul deCharlemagna, fait lagueir à Thierry , auquel il donnoit toi^ours le nom d roL Thierry est battu, et Pej^in, au lieu del détrôner, règneà c6té de lui sous le nom de main du palais. Peppin fait rentrer dans Tobéissanc^
m vjamotKà m niANCE.
Itt peiplii «ni s'éMeDl ioastraiti à l'autorité des
A Thierry III commence Sa série des rois sur* MBfliés/atii^afi£f. L'âpre sève de la première nce l'affiulit pitHoptemeot y et les fils de Khlo- Yigh tombèrent vite du pavois dans un fourgon tntsé par des bœufs»
. Peppin continua de régner sous Khlovigh III ^ tUiildebert III j fils de Tiilerry , et sous une partie du règne de Dagobert III, fils de Khildebert III (de 693 à 7 1 4.) Peppin meurt et parott , avant de nwurir, ou méeonnottre les grandes qualités de un fils Karle (Martel), ou n*oser le faire élire à n place , parce que Karle n'étoit quête fils d*une concubine , Alpalde : il lui substitua son petit- SbTheadoald. Un enfant devint maire du palais 1008 la tatelle de Plectrude , son aïeule , comme iV eût été un n^ héréditaire. Karle , qui ne porloU pas encore son surnom, est emprisonné au désir de Plectrude. Les Franks se soulèvent : thnidoald fuit ; Karle se sauve de sa prison ; les Austrasiens le reeonnoissent pour leur duc.
Les Sarrasins, appelés par le comte Julien, ckosooient alors les Visigoths et eovahissoient fEspagiie. Les peuples du Nord se ruoient sur la fnnce.
Dagobert meurt et laisse un fils noipmé Ibierry; mais les Franks choisirent Daniel, fils liliiildiérik II , qui régna sous le nom de Khil* iMitU.
Il combattit Karle , due d'Austrasie , qui le ninqiiit« Celui-ci fit nommer roi Khlother lY . Ce tUother mourut tAt , et Khilpérlk II , retiré en Aquitaine, fut rappelé par Karle, qui se contenta d'être son maire du palais.
Thierry IV , dit de Chelles , fils de Dagobert 01, succède à Kbilpérik II ( 730 ). C'est sous ce ii|ae que Karle le Martel déploya ces talents de vidDirequi lui valurent son surnom. Les Sarrasins Mitnl déjà traversé l*Espafme, passé les Pyré- •to, et inondé la France Jusqu'à la Loire. Karle h Martel les écrasa entre Tours et Poitiers, et leur tua plus de trois eent mille hommes (789.) C'est un doi plus grands événements de Tbistoire : les Sarrasins victorieux , Je monde étoit mahmnétan. Karle abattit encore les Frisons, les fit catboli- <pMs, bon gré mal gré, et réunit leur pays à la Fnact.
Karle vainquit Eudes , duc d'Aquitaine , et biçi Herald , fib d*Eudes , à lui faire hommage 'es domaines de son père.
Thierry étant décédé , Karle régna seul sur toute la France comme doc des Franks, depuis 787 Jusqu'à 74 i. Il contint les Saxons soulevés de nouveau , chassa les Sarrasins de la Provence^ Grégoire III lui proposa de se soustraire, lui pape, à la domination de l'empereur Léon , et de le proclamer, lui Karle, consul de Rome : commencement de l'autorité temporelle des papes.
Karle meurt (741). Karloman et PepfHO, ses fils, se partagent l'autorité royale. Peppin, élu chef de la Neustrie, de la Bourgogne et de la Provence, proclame roi KhilJérik III, fils de Khildérik II, dans cette partie du royaume ; Kar* loman reste gouverneur de i'Austrasie, puis se retire à Borné et embrasse la vie monastique»
Quand le voyageur français regarde leSoraete à l'horizon de la campagne romaine, se souvientil qu'on Frank , fils de Karle le Martel , frère de Peppin le Bref, et oncle de Charlemagne , hàbi* toit une cellule au haut de cette montagne ?
Khildérik III est détrôné, tondu et enfermé dans le monastère de Sithin (Saint-Bertin*) Il mourut en 754. Son fils Thierry passa sa vie à l'om-* bre des cloîtres dans le couvent de Fontenellcs , en Normandie. Les Mérovingiens avaient régné deux cent soixante-dix ans.
Si les Etudes qui précèdent sont fondées sur des faits incontestables, le lecteur ne s'est point trouvé en un pays nouveau dans le royaume des Franks ; c'est toujours Vempirebarbarê^romain^ tel qu'il existoit plus d'un siècle avant l'invasion de Khlovigh. Seulennent le peuple vainqueur, qui s'est substitué à la souveraineté des Césars , parle sa langue maternelle , et se distingue par quelques coutumes de ses forêts; le fond de la société est demeuré le même. Au lieu de généraux romains , on voit des ehe& germaniques qui se font gloire de jeter sur leur casaque étroite et bigarrée la pourpre consulaire qu'en leur envoie de Constantinople, maisà laquelle ilsn'étoient pas étrangers. Tout étoit romain, religion, lois, administration: les Gaules , et surtout le Lyonnois ; l'Auvergne , la Provence, le Languedoc, la Guienrie, éioient couverts de temples, d'amphithéâtres, d'aqueducs, d'arcs de triomphe, et de villes ornées de ca* pitbles; les voies militaires existaient partout; Brunehilde les fit réparer. Il est vraiquelesroisde la première race et les maires du palais les plus fameux , entre autres Karle le Martel , saeeagè<> xent des cités qu'avdent épargnées les précédents Barbares. Avignon fut détruit de fcmd en comble ;
ANALYSE RAISONNES
Agde et Bézieirs éprouvèrent le même sort. C'est encore Karle le Martel qui renversa Ntmes (788) ; il y ensevelit ces ruines que nous essayons d'exhumer.
La nature des propriétés ne changea pas davantage sous la domination des Franks; l'esclavage étoit de droit commun chez les Barbares comme chez les Romains, bien qu'il fût plus doux chez les premiers. Ainsi la servitude que l'on remarque en Gaule devenue franke n'étoit point le résultat de la conquête; c'étoit tout simplement ce qui exis* toit parmi le peuple vainqueur et parmi le peuple vaincu , l'effet de ces lois grossières nées de la rude liberté germanique et de ces lois élaborées, écloses du despotisme raffiné de la civilisation romaine. Les Gaulois , que la conquête franke trouva libres, restèrent libres; ceux qui ne l'étolent pas portèrent le Joug auquel les condamnoit le Gode romain, les lois salique, ripuairf , saxonne ; gombetteet visigothe. La propriété moyenne continuoit à se perdre dans la grande propriété, par les raisons qu*en donne Salvien : De Gub. Voyez V Élude cinquième j troisième partie.)
Quant à l'état des personnes , le tarif des cornpositions annonce bien la dégradation morale de ces personnes , mais ne prouve pas le changement de leur état. Les noms seuls suffisent pour indiquer la position des hommes : presque tous les noms des évêques et des chefs des emplois civils sont latins de ce c6té-ci de la Loire , dans les premiers siècles de la monarchie , et presque tous les noms de l'armée sont franks; mais en Provence , en Auvergne, et de l'autre côté de la Loire Jusqu'aux Pyrénées , presque tous les noms sont d'origine latine ou gothique dans l'armée, l'Égliseet l'administration. Lorsque les chefs franks commencèrent à entrer eux-mêmes dans le clergé , et que le soldat devint moine, l'évêque et|le moine se firent à leur tour soldats. On voit , dès la première race , l'évêque d'Auxerre , Haincmar, combattre avec Karle le Martel contre les Sarrasins, et contribuer puissamment à la victoire. (Hist, épis. AuHs.)
Les sciences et les lettres furent, à cette époque, dans les Gaules , ce qu'elles étoient dans le monde romain, selon le degré d'instruction et le plus ou moins de tranquillité des diverses provinces de l'empire. Fortunat, Frédégher, Grégoire de Tours , Marculfe , saint Rémi , une foule d'ecclésiastiques et quelques laïques lettrés éerivdent alo».
Soos le rapport poKtiqiie, nous voyims le dernier des Mérovingiens tondu et renfmné dans m cloitre : ce n'est point encore là une noaveauté; l'usage vemontoit plus haut ; on rasoit les demleis empereurs d'Occident pour en faire des prêtres et des évêques.
Mais il ne me semble pas certain que Khilpérik devint moine , bien qu'on lui oonpflt les cheveux et qu'on le confinât dans un monastère. Couper les cheveux à un Mérovingien, c'étott tout simplement le déposer et le rdéguer dans la classe populaire. On dépouilloit un roi frank de sa chevelure comme un empereur de son diadème. Les Germains, dans leur simplieité, avoleot attaché le signe de la puissance à la courooiie naturelle de l'homme.
Il arriva que l'inégalité des rangs se glissa, par cette coutume^ dans la nation. Pour que Ice chefs fussent distingués des soldats, il fallut Uco que ceux-ci se coupassent les cheveux : le simple Frank portoit les cheveux courts par derrière et longs par devant ( Sidoine ). Khiovigh et ses premiers compagnons , en revenant de la cooqoète du royaume des Visigoths, offrirent quelques cheveux de leur tête à des évêques. Ces Samsoos leur laissoient ce gage comme un signe de force et de protection. Un pêcheur trouva le corps d'oa Jeune homme dans la Marne ; il le reconnut pour être le corps de Khiovigh II , à la longue chevelure dont la tête étoit ornée , et dont i'eau n'a* voit pas encore déroulé les tresses. ( Gbeo. Tob., lib. VIII. ) Les Rourguignons, à la bataille de Vé* seronce, reconnurent au même signe qu'un chrf frank, Khiodomir, avoit été tué. « Ces cheft) « dit Agathias, portent une chevelure longue; ib « la partagent sur le firont et la laissent tomber « sur leurs épaules; ils la font friser; ils i'atre- « tiennent avec de l'huile ; elle n*est point sale, « comme celle de quelques peuples, ni tressée tt. M petites nattes , comme celle des Goths. Les siia» « pies Franks ont les cheveux coupés en rood,4 « il ne leur est pas permis de les laisser crottin*
On prêtoit serment sur ses cheveux.
A douze ans on ooupolt pour la première M>j la chevelure aux enfants de la classe commaoea cela donnoit lieu éLune fête de famille appelée «M pitoUUoria.
Les clercs étoient tondus comme serfc de Di«i! la tonsure a la même origine.
On condamnoit les conspirateurs à s'iodstf mutuellement les cheveux.
DE L'HISTOIRE DE FRANCE
Les Visigolhsparoissent avoir attaché aux chelenx la même puissance que les Franks : un ca- BOfi du concile de Tolède, de l'an 628, déclare qu'on ne pourra prendre à roi celui qui se sera Ût couper les cheveux.
Quand les cheveux repoussoient, le pouvoir re- Tooit. Thierry III recouvra la dignité royale, qo*il avoit perdue en perdant ses cheveux. ( Quam niÊper tonsoratus amiserat, recepU dignita' tem. ) Khiovigh avoit fait couper les cheveux au ni Khararik et à son fils. Khararik pleuroit de n hùaie ; son fils lui dit : « Les feuilles tondues t sur le bois vert ne se sont pas séchées ; elles re- ■ naissent promptement. » ( /n viridi ligna hœ frondes succisœ sunt, nec omnino arescuni; ted velociier e mergunU )
La couronne même de Charlemagne n'usurpa point sur la chevelure du Frank l'autorité sou veniae. Lotherse vouloit saisir de Karie, son frère, pour le tondre et le rendre incapable de la royauté ; la nature avoit devancé l'inimitié fraternelle , et Il tète de Karle le Chauve offroit l'imagé de son impuissance à porter le sceptre.
Mais, vers la fin du sixième siècle, il y avdt d^ des Gaulois-Romains qui laissoient croître kar barl)e et leurs cheveux : les Franks toléraient cette imitation , pour cacher peut-être leur petit nombre. « Grégoire de Tours remarque que
• le bienheureux Léobard n'étoit pas de ceux qui
• cherchent à plaire aux Rarluires en laissant flot- « ter épars les anneaux de leurs cheveux. » ( />»• missis capiliorum flageliis Barbarum plaudeta/.De Vit. Patrum. ) Le précepteur de Dagobert, Saudreghesil , avoit une longue barbe , puisque Dagobert la lui coupa. Enfin , dans le douzième tiède , les rois abrogèrent la loi qui défendoit aux lerfsdeporterlescheveux longs. Cette abn^ation ht obtenue à la sollicitation de Pierre Lombard , éréque de Paris, et de plusieurs autres prélats. Les ecclésiastiques, en envoyantleursserfsàla guerre, et les donnant pour champions, exigèrent qu'ils enssent l'extérieur des ingénus contre lesquels ils eombattoient. Voilà comment la longue chevelure a marqué parmi nous une grande époque histo« riqoe, comment elle a servi à marquer le passage de Todavage à la liberté, et la transformation du Frank en François. Il faut toutefois remarquer 9'il y avoit des Gaulois appelés Capillaii , Cri» nosi, une Gaule chevelue , Gallia comala; que les Bretons portoient les cheveux longs comme les Franks (FaBOBCHEa); que dans les viesdeplu-
sieurs saints gaulois, on voit ces saints arranger leur chevelure. Est-il probable que les Franks, en se fixant au milieu de leurs conquêtes , aient forcé tous les peuples qui reconnoissoient leur domination à quitter leurs usages ? Cest donc particulièrement de la nation victorieuse qu'il faut entendre tout ce qui est dit concernant les cheveux dans notre histoire.
Je ne m'arrêterai point à l'examen de cette seconde invasion des Franks, qu'on place à l'avénement des maires de la race karlovingienne, laquelle invasion auroit donné la couronne à cette race : qu'il y eut des guerres civiles continuelles entre les Franks de l'Austrasie et les Franks de la Neustrie, rien n'est plus vrai ; (pie ces guerres conférèrent la puissance à ceux qui avoient le génie, et qu'elles mirent les Karlovingiens à la place des Mérovingiens, rien n'est encore plus exact; mais, dans tout cela, il le faut dire, il n'y a pas trace d'invasion nouvelle. En attendant des preuves qui jusqu'ici ne se trouvent point , Je ne puis penser comme des hommes habiles, dont Je me plais, d'ailleurs, à reconnoftre tout le mérite '.
Il y eut sous la première race , et Jusque sous la seconde, dans les familles souveraines Imrlmres, un désordre qui n'exista point dans les familles souveraines romaines. Les princes franks avoient plusieurs femmes et plusieurs concubines, et les partages avoient lieu entre les enfants de ces femmes sans distinction de droit d'afnesse, sans égard à la bâtardise et à la légitimité.
' En résumé, la société, dans sa décomposition et sa recomposition , lente et graduelle , fut presque immobile sous les Mérovingiens : une transformation sensible ne se manifesta que vers la fin de la seconde race. Il n'y a donc rien d'important à examiner dans les cinq cents premières années de la monarchie , si ce n'est la marche ascendante . de l'Église vers le pfus haut point de sa domination. Les hoA siècles furent tout entiers le règne et l'ouvrage de l'Église : Je montrerai bien}êt sa position, quand nous serons arrivés à l'entrée même de cette autre espèce de barbarie qu'on appelle le moyen âge ; barbarie d'où sont sorties , parlafùsion complète des peuples paien,chrétlenet barbare , les nations modernes.
> Voyez la Préftee aa oommenoement de œ volume.
ANALYSE RAISONNÉË
SECONDE RACaS.
TrQitçr d*usurpation ravénement dç Peppin à la couronne, cVst un de ces vieux mensonges historiques qui deviennent des vérités à force d'être redits. Il n'y a point d'usurpation là où la monarchie est élective, on l'a déjà remarqué; c'est l'hérédité qui dans ce cas est une usurpation. « Peppin fut élu de l'avis et du consentement de tous les Franks ; » ce sont les paroles du premier continuateur de Frédégher. (Cap. %u,) Le pape Zacharie, consulté par Peppin , eut raison de répondre : « Il me paroft hon et utile que celui-là « soit roi qui , sans en avoir le nom , en 9 la puis* c< sançe y de préférence à celui qui , portant le nom « de roi , n'en garde pas l'autorité. »
Les pi^pes , d'ailleurs , pères communs des fidèles , ne peuvent entrer dans ces questions de droit : ils ne doivent reconnottre que le fait : sinon la cour de Rome se trouveroit 'enveloppée dans toutes l€;s révolutions des cours chrétiennes ; la chute du plui petit trâne au bout de la terre ébranleroit le Vatican. 1 Le prince , dit Éghinard , se contçntoit ft d'avoir les cheveux flottants et la barbe longue; « i( étoit réduit à une pension alimentaire , réglée 9 par le maire du palais; il ne possédoit qu'une « maison de campagne d*un revenu modique; et << quand il voyageoit , c'étoit sur un chariottrainé « par des bœufs , et qu'un bouvier oonduisoit à la « manière des paysans. »
Les intérêts, sans doute , vinrent A Tappui des réalités politiques. Il avoit ei(isté de grandes liaisons entre les papes Grégoire II , Grégoire III et le maire du palais Karle le Martel. Peppin désiroit être roi des Franks, comme Zacbarie dési* roit se soustraire au joug des empereurs de Cons^r tantinople, protecteurs des iconoclastes, et à l'oppression des Lombards. Saint Boniface, évêquedeMayence, ayant besolti de l'entremisedes Franks pour étendre ses missions en Germanie, tjàX le négociateur qui mena toute cette affaire entre Zaoharie et Peppin. Et pourtant Peppin crut devoir demander r«d)soltttion de son infidé* Uté env€ri Khildérik III , au pape Etienne , bien 9is0 qu'étoit eelui-ei qu'on lui reeunnût le droit de condamner ou d'absoudre.
D'un autre côté, les ducsd' Aquitaine refusèrent assez longtemps de se soumettre à Peppin; nous les voyons, jusque sous la troisième race, renier Hugues Capet et dater les actes publics : Rege terreno déficiente, Christo régnante. Guillaume le \
Grand, duc d'Aquitaine à cette époque , nerèèonnut d'une manière authentique que Robert , flts de Hugues : Régnante Roberto , rege theosopho. On eût ignoré les causes secrètes des rudes guerres que Peppin d'HérIstal , Karle le Martel , Peppin le Bref et Charlemagne firent aux Aquitains, si la charte d'Alaon ,* imprimée dans les oondlà d'Espagne , commentée et éelalrcie par dom Vaissette , ne prou voit que les ducs d'Aquitaine descendoient d'Haribert par Bogghis, famille illustre qui s'est perpétuée jusqu'à Louis d'Armagnac, duc de Nemours, tué à la bataille de Cérignoles, en 1503. Ainsi les ducs d'Aquitaine venoient en directe ligne de Khiovigh ; la force seule les pot réduire à n'être que les vassaux d'une couronne dont leurs pères avoient été les maîtres. Il est curieux de remarquer aujourd'hui rignorance ou II mauvaise foi d'Éghinard; après avoir dit tf» Karle et Karloman succédèrent à Peppin leor père , il ajoute : V Aquitaine ne put demeurer « longtemps tranquille , par suite des guerres dont « elle avoit été le théâtre. Vn certain Hunolâ^ « aspirant au pouvoir, excitâtes habitants, ete.» Or, ce certain Hunold étoit fils d'Eudes, duc d'Aquitaine et père de Waiffer, également dne d'Aquitaine et héritier de la maison des Mérovingiens. Je me suis arrêté à ces guerres d'Aquitaine, dont aucun historien. Gaillard et la Bruère ex« ceptés , n'a touché la vraie cause : c'étoit tout simplement une lutte entre un ancien fUt et ni fhit nouveau, entre la première et la seconde race.
Peppin, élu roi à Soissons (751], débit les Saxons; il passe en Italie à la prière du pape Etienne III, pour combattre Astolphe, roi dâ Lombards, qui menaçoit Rome après s'être emparé de l'exarchat de Ravenne. Peppin reprend l'exarchat, le donne au pape , et Jette les fbndements de la royauté temporelle des pontifes.
Après Peppin vient son fils , qui ressuscité l'empire d'Occident. Charlemagne continue contre fes Saxons cette guerre qui dura trentc-troii années ; il détruit en Italie la monarchie des Lombards, et refoule les Sarrasins en Espagne. La défaite de son arrière-garde à Roncevaux engendré pour lui une gloire romanesque qui marche de pair avec sa gloire historique.
On compte cinquante-trois expéditions militaires de Charlemagne ; un historien moderne en a donné le tableau. M. Guizot remarque judicieusement que la plupart de ces expéditions eurent
DE L'HISTOIRE DE FRANCE
pour motifs d'arrêter et de terminer les deux grandes inyasions des Barbares du Nord et du Midi.
Gharlemagne est couronné em pereur d'Occident i Rome par le pape Léon III (800). Après un intnralte de trois cent vingt-quatre années , Ait rétabli cet empire dont Tombre et le nom restent e&core après la disparition du corps et de la puisstiooe.
Une sensibilité naturelle pour l'bonneur d'un grand homme a porté presque tous les écrivains à se taire sur la destinée des cousins de^ Gharlemagne : Peppin le Bref avoit laissé deux fils , Karloman et Karle ; Karloman eut à son tour deux iUs, PeppinetSiaghre.Le premier a disparu dans rUstoire ; pendant près de neuf siècles on a ignoré k sort du second. Un manuscrit de l'abbaye de Saint- Pons de Nice , envoyé à l'évêquede Meaux, I fait retrouver Siaghre dans un moine de cette abbaye. Siaghre, devenu évéque de Nice , a été mis au rang des saints ; et il étoit réservé à Bos* met de laver d*un crime la mémoire de Gharlemagne.
Ce prince, qui étoit allé chercher les Barbares Jusque chez eux pour en épuiser la source , vit les premières voiles des Normands : ils s'éloignèrent en toute bâte de la côte que Tempereur protégeoit de sa présence. Gharlemagne se leva de table, se mit à une fenêtre qui regardoit l'Orient , et y demeura longtemps immobile : des larmes couloient h long de ses joues ; personne a*osoit l'interroger. •Mes fidèles, » dit-il aux grands qui Fenvironnoient, » savez- vous^ pourquoi je pleure? Je ne
< crains pas pour moi ces pirates, mais je m'af- «illgç que, mol vivant, ils aient osé insulter ce « rivage. Je prévois les maux qu'ils feront souf- « frir à mes descendants et à leurs peuples. » (M(Hne de Saint-GalL)
Ce même prince, associant son (ils, Hlovigh le Débonnaire , à Terapire, lui dit ; « Fils cher à
* Dieu» à ton père , et à ce peup'e ; toi que Dieu
< m'a laissé pour ma consolation ; tu le vois, mon
* igese hâte ; ma vieillesse même m'échappe : le
« temps de ma mort approche»
« U pays des Franks m'a vu naître, Ghrist m'a ■aooordé cet honneur v Ghrist me permit de pos- " séder les royaumes paternels : je les ai gaidés
* Qoa moins florissanta que je ne les ai reçus. Le
* premier d'entre les Franks j'ai obtenu le nom de « César, et transporté a la race des Franks l'em- " pire de laracede Romulus. Reçois ma couronne,
« ô mon fils, Christ consentant, et avec elle les
« marques de la puissance »
« Karle embrasse tendrement son fils, et lui dit « le dernier adieu. » [Emtold, NigeL)
Le vieux chrétien Gharlemagne pleurant à la vue de la mer, par le pressentiment des mau^ qu'éprouveroit sa patrie quand il ne seroit plus; puis associant à l'empire, avec un cœur tout pa* ternel , ce fils qui devoit être si malheureux père ; racontant à ce fils sa propre histoire, lui disant qu'il étoit né dans le pays des Franks, qu'il avoit transporté à la race des Franks l'empire de la race de Romulus; Gharlemagne annonçant que son temps est fini, que la vieillesse même lui échappe ; ce sont de belles scènes qui attendent le peintre futur de notre histoire. Les dernières parolesd'uii père de fomilie au milieu de ses enfants ont quelque chose de triste et cte solennel : le genre hu« main est la famille d'un grand hooune, et e'esl elle quir l'entoure à son lit de mort.
Le poète de Hlovigh fait venir son nom Hindou vicus du mot latin Ludwi, ou, ce qui est beau<« coup plus vrai, des deux mots teutons, Sluii fameux , et Wigh, dieu à la guerre, Hlovigh lé Débonnaire étoit malheureusement trop bon éco« lier ; il savoit le grec et le latin ; l'éducation lit-» téraire donnée aux enfants de Gharlemagne fiit une des causes de la prompte dégénération de sa race« Hlovigh hérita du titre d'empereur et à$ roi des Franks; Peppin, autre fils de Char*r lemagne, avoit eu en partage le royaume. d'I* talie.
Hlovigh le Débonnaire associa wa fils Lothe? à l'empire (817), créa son autre fils Peppin due d'Aquitaine , et son autre fils H k) vigh roi de France. Son quatrième fils , Karle II , dit le Ghauve , qu'il avoit eu de Judith, sa seconde femme , n'eut d*abord aucun partage.
Les démêlés de Hlovigh lé Débonnaire et de ses fils eurent pour résultat deux dépositions et deux restaurations de ce prince, qui expira en 840 d'inanition et de chagrin.
Karle le Ghauve n'avoit que dix-sept ans k)r9» que son père décéda : il étoit roi de France , de Bourgogne et d'Aquitaine. 11 a'unit à Hlovigh, roi de Bavière y son frère de père , contre Lother, empereur et roi d'Italie et de Rome. La bataille de Fontenai , en Bourgogne, fut livrée le as juIdl 841. Karle le Ghauve et Hlovigh de Bavière de«meurèrent vainqueurs de Lother et du jeune Peppin , fils de Peppin , roi d'Aquitaine , dont la
ANALYSE RAISOMNÉE
dépouille avoK été donnée par HIéYigh le Débonnaire à Karie le Chaave.
On a porté Jusqu*à cent mille le nombre des morts restés sur la place : exagération manifeste. ( Yo'r la savante Dissertation de Cabbé Le» b(Buf. ) Mais ces affaires entre les Franks étoient extrêmement cruelles , et Tordre profond qu'ils affectoient dans leur infanterie amenoit des résultats extraordinaires. Thierry remporta, en 612 , une Yîctoire sur son frère Théodebert à Tolbiac , Heu déjà célèbre. « Le meurtre fut tel des deux « côtés, dit la Chronique de Frédégher, que les • corps des tués , n*ayant pas assez de place pour « tomber, restèrent debout serrés les uns contre « les autres, comme s'ils eussent été vivants.» {Stabant mortui inter cœterorum cadavera strictij quasi viventes, cap. xxxviii. )
Un des premiers historiens des temps modernes, M. Thierry , a fixé avec une rare perspicacité à la bataille de Fontenai le commencement de la transformation du peuple frank en nation fhinçoise. La plus grande perte étant tombée sur les tribus qui se servoient encore de la langue germanique, les vainqueurs firent graduellement prévaloir les mœurs et la langue romanes. Cette bataille prépara encore une révolution par un autre effet : la plupart des anciens chefs franks y périrent, comme les anciens nobles françois restèrent au champ de Crécy ; ce qui amena au rang supérieur de la société les chefs d'un rang secondaire, de même encore que la seconde noblesse Drançoise surgit après les déroutes de Crécy et de Poitiers. Ces seconds Franks , fixés dans leurs fiefs, devinrent, sous la troisième race, la tige de la haute noblesse firançoise.
L'empereur Lother, retiré k Aix la Chapelle , leva une nouvelle armée de Saxons et de Neustriens. Advint alors le traité et le serment entre Karie et Hlovigh, écrits et prononcés dans les deux langues de l'empire, la langue romane et la langue tudesque. Je ferai néanmoins obsei'ver qu'il y avoit une troisième langue, le celtique pur, que l'on distinguoit de la langue gantoise oû' romane, comme le prouve ce passage de Sulpice Sévère : Parlez celtique ou gaulois , si vous aimez mieux : In vero celtice, vel si mavis, gallice loquere. Au milieu de ces troubles parurent les Normands , qui dévoient achever de composer, avec les Gaulois-Romains, les Burgondes ou Bourguignons , les Vlsigoths, les Bretons, les Wascons ou Gascons, et les Franks,
la nation françoise : Robert le Fort, bisaïeul de H u gués Capet , et qui possédoit le duché de Paris , fut tué d'un coup de flèche , en combattant contre les Normands des environs du Mans.
L^empereur Lother meurt en habit de moine ( 855 ) : prince turbulent , persécuteur de son père et de ses frères.
Karie le Chauve est empoisonné par le Juif Sedécias , dans un village au pied du Mont-Géols, en revenant en France ( 3 octobre 877 ).
Hlovigh le Bègue succède au royaume des Franks, et est couronné empereur par le pape Jean VIIL Karloman , fUs de Hlovigh le Germanique, lui disputa l'empire, et fut peut-être empereur ; mais , après la mort de Karloman , Karie le Gros, son frère, obtint l'empire.
Karie le Gros , empereur, devint encore roi de France à l'exclusion de Karie, fils de Hlovigli le B^e. il posséda presque tous les États de Charlemagne. Siège de Paris par les Normands, qui dure deux ans et que Karie le Gros M lèvera l'aide d'un traité honteux. Il avoit recueilli aQ< tant de mépris que de grandeurs; on Tavoit dé> pouillé de la dignité impériale avant sa mort, arrivée en 888.
Karie , fils de Hlovigh le Bègue , fut proposé pour empereur; on n'en voulut pas plus qa*oii n'en avoit voulu pour roi de France. Amoul , bâtard de l'empereur Karloman , succède à l'empire de Karie le Gros; Eudes , comte de Paris et (Us de Robert le Fort, est proclamé roi des Franlu dans l'assemblée de Compiègne : Eudes avoit défendu Paris contre les Normands. En 893, Karie III est enfin proclamé roi dans la ville de Laoïu Il y eut partage entre Eudes et Karie : Eudes eut le pays entre la Seine et les Pyrénées, et Karie, les provinces depuis la Seine Jusqu'à la Meuse.
Après la mort d'Eudes ( 898 ) , Karie III, dit le Simple, recueillit la monarchie entière. Alors commençoient les guerres particulières entre les chefs devenus souverains des provinces dont ils avoient été les commandants. A Sahit-Clair sur Epte fut conclu ( 91 2 ) le traité en vertu duquel Karie le Simple donne sa fille Ghisèle en mariage à Rollon, et cède àson gendre cette partie de la Neustrie que les conquérants appeloient déjà de leur nom. Rollon la posséda à titre de duché, sotf la réserve d'en faire hommage à Karie et d'embrasser la religion clirétienne; il demanda et obtint encore la seigneurie directe et immidiatè de
DE LBISTOIRE DE FBAKCE.
la Bietagne : grand homme de Justice et d'épée , 8 ftit le chef de ce peuple qui renferraoit en lui ^qeique chose de vital et de créateur propre à former d*autreft peuples.
L'empereur Hlovigb IV étant mort , Karle y reslenré dans un étroit domaine par les seigneuries mrpées, ne put intervenir, et Tempire sortit de la France. Conrad, duc de Franconie, et ensuite Benric r% tige de la maison impériale de Saxe, hrent élus empereurs. Le fils d'Henric, Otbon , dit le Grand, couronné à Rome (962) , réunit le iqraame d'Italie au royaume de Germanie.
Bobert , frère du roi Eudes , est proclamé roi et acre a Reims (922). Karie le Simple lui livre balillle, le défait et le tue. Tout épouvanté de sa vic- , il s'enfuit auprès de Henric, roi de Ger- , et lui cède une partie de la Lotbingarie. là il s'enfuit chez Herbert , comte de Verman- , d'où il s^enfuit enfin dans sa tombe (929). ine, fille d'Edouard 1*^', roi des Anglois, se idire à Londres auprès d'Adelstan , son frère ; emmène avec elle son flis Hlovigb , qui prit le
m d'Outre-mer,
En 923 on veut décerner la couronne à Hugues,
la fait donner à son beau-frère Raoul, duc et
te de Bourgogne : Raoul ne fut jamais reconnu
i dans les provinces méridionales de la France.
meurt à Autun, en 936. Hugues, dit le Grand,
l'Abbé , dit le Blanc , ne veut point encore de
eomonne , et fait revenir Hlovigb d'Outre-mer,
de Charles le Simple. Celui-ci, âgé de seize
, monte au trône.
En 954 , il meurt d'une cbute de cheval , et deux fils , Lother et Karle , duc de Lotbinprie.
Lotber est élu roi, sous le patronage de Hugues k Grand; le royaume, devenu trop petit, ne se lurtagea point entre les deux frères. Hugues décède (956). Lotber voit ses États presque réduits, pur renvaîhissement des grands vassaux, à la ville fcLaon; ainsi s'étoit rétréci le large héritage de Charlemagne. Cbaries VU fut aussi roi de BourfiSy mais il sortit de cette ville pour reconquérir M royaume, et Lother ne reprit pft& le sien. Il Mrarut à Reims , en 986, du poison que lui donna I a femme, fille de Lother, roi dltalie. Son fils, Louis V,, surnommé mal À propos le Fainéant, ht le dernier roi de la race karlovingienne. Il ne régna qu'un an , et partagea le destin de son père : n femme. Blanche d'Aquitaine, l'empoisonna; I Q ne laissa point de postérité. Karle , son cmcle ,
avdt des prétentions à la couronne; mais l'élection se fit en faveur de Hugues Capet , duc des François. Hugues commença la race de ces rois dont le dernier vient de descendre du tr6ne : force est de reconnottre cette grandeur du passé par le vide et le mouvement qu'elle creuse et qu'elle cause dans le monde en se retirant.
Les soixante premières années de la seconde race n'offrent aucun changement remarquable dans les mœurs et dans le gouvernement; c'est toujours la société romaine dominée par quelques conquérants. Le rétablissement de l'empire d'Occident donne même à cette époque un plus grand air de ressemblance avec les temps antérieurs. Sous le rapportmilitaire, Cbariemagnenefaitque ce que beaucoup d'empereurs avoient fait avant lui ; il se transporte en diverses provinces de l'Europe pour repousser les Barbares, comme Probus, Aurélien, Dioctétien, Constantin, Julien, avoient couru d'un bout du monde à l'autre dans la même nécessité. Sous le rapport de la législation et des études, Charlemagne avolt encore eu des modèles ; les empereurs , même les plus ignorés et les plus foibles , s'étoient distingués par la promulgation des lois et l'établissement des écoles; mais il faut convenir que ces nobles entreprises de Charlemagne amenèrent d'autres résultats; elles étoient aussi plus méritoires dans le soldat teuton qui fit recueillir les chansons des anciens Germains ; « Qui mist noms aux douze « mois selonc la langue toyse, et noms propres « aux douze vents ; car avant ce n'estoient nomé « que li quatre vent cardinal; dans un soldat qui « se vestoit à la manière de France^ vestoU en « yver un garnement forré de piaus de loutre ou « de martre; dans un soldat qui levoitun cheva^ « lier armé sur sa paum.Cj et de Joyeuse^ son « espée,coupoit un chevalier tout armé, » (Chron. Saint-Denis.)
On retrouve à la' cour des rois des deux premières races les charges et les dignités de la cour des Césars, ducs, comtes, chanceliers, référendaires, camériers, domestiques, connétables, grands-maitresdu palais : Cbarlemagneseul garda le première simplicité des Franks ; ses devanciers et ses successeurs affectèrent la magnificence romaine. On voitauprèsde Hlovigb le Débonnaire, Héroid le Danois portant une cblamyde de pourpre , ornée de pierres précieuses et d'une broderie d'or ; sa femme , par les soins de la reine Judith , revêtune tunique également brodée d'or et de pier-
ANALYSE RAISOMNÉE
reries; un diadème œuvre son front, et un long collier descend sur son sein. La reine danoise, il est \rai, a aussi descuissards de mailles d'or et de perles ; un capuchon d'or retombe sur ses épaules : ce iont des Sauvages se parant à leur fentaisle dans le vestiaire d'un palais. Dans une chasse brillante lenfant Karle (Karle le Chauve)/fYip/7e de sespe^ Htes afmes une biche que lui ont ramenée ses jeunes compagnons : Virgile ne disoit pas mieux d'Aseagne.
Les capitulaires de Charlemaghe, relatif h la législation dvile et religieuse, reproduisent à peu près ce qu^ Ton trouve dans les lois romaines et dans les canons des conciles ; mais ceux qui con« eement la législation domestique sont curieux par le détail des moeurs.
Le oapitulaire de Villis ftsci se compose de solxante<dix articles, vraisemblablement recueillis de plutteurs autres capitulaires.
Les intendants du domaine sont tenus d'amener au palais où Charlemagne se trouvera le Jour de la Saint-Martin d'hiver tous les poulains, de quelque âge qu'ils s(^ent, afin que l'emp^^ur, après avoir entendu la messe , les passe en revue.
On doit au moins élever dans les basses-cours des principales métairies cent poules et trente oies.
U y aura toujours dans ces métairies des moutons et des cochons gras , et au moins deux bosuf^ gras » pour être oonduits , si besoin est , au palais.
Ijee Intendants feront saler le lard ; ils veilleront à la eonfeeHon des cervelas, des andouilles, du vin, du vhkaigre, du sirop de>mâres, de la moutarde, du fromage^ du beurre, de la bière, de riQFdromel , du miel et de la cire.
Il faut, pour la dignité des maisons royales, que les intendants y élèvent des laies , des paons , des fhlsans, des sarcelles, des pigeons, des perdrix et des tourterelles.
Les colons des métairies Ibûmlront aux manufactures de l'empereur du lin et de la laine, du pastel et de la garance, du vermillon, des instruments à earder, de l'huile et du savon.
Les iutendantsdéfendront de fouler la vendange a\'ec les pieds : Charlemagne et la reine , qui commandent également dans tous ces détails , veulent que ta vendange soit très-propre.
il est ordonné , par les articles 39 et 65 , de vendre au marché , au profit.de l'empereur, les œufs surabondants des métairies et les poissons des viviers.
Les chariots destinés \ l'armée doivent être tenus en bon état , les litières doivent être couvertes de bon cuir et si bien cousues, qu'on poisse s'es servir au besoin comme de bateaux pour passer une rivière.
On cultivera dans les Jardins de rempereurd de l'impératrice toutes sortes de plantes, de iég» mes et de fleurs : des roses , du baume , de la sauf des concombres, des haricots, de hi laitue, cresson alénois, de la menthe romaine, ordli et sauvage, de l'herbe aux chats, des choux, i ognons, de l'ail et dû cerfeuil.
C'étoît le restaurateur de l'empire d'Occîdeût. le fondateur des nouvelles études, l'homme qol] du milieu de la France , en étendant ses deux bi arrétoit au nord et au midi les dernières armi d'une invasion de six siècles ;c'étoit Charlemaj enfin qui faisolt vendre au marché les œufs dei métairies, et régloit ainsi avec sa femme ses al res de ménage.
Quand je parlerai de la chevalerie , Je mont qu'on en doit rattacher l'origine à la seconde rac et que les romanciers du onzièrne siècle , en formant Charlemagne jsn chevalier, ont été pli fidèles qu'on ne l'a cru à la vérité historique.
Les capitulaires des rois franks Jouirent de plus grande autorité : les papes les observoi< comme des lois; les Germains s'y soumirent ji qu'au règne des Othons, époque à laquelle peuples au delà du Rhin rejetèrent le nom Franks qu'ils s'étoient glorifiés de porter. Ki le Chauve, dans l'édit de Pitres (chap. vi), apprend comment se dressoit le capitulaire. « loi, dit ce prince, devient irréfragable par le < « sentement de la nation et la constitution du roL La publication des capitulaires, rédigés du sentement des assemblées nationales, étoltj dans les provinces par les évéques et par les voyés royaux, »ni5^t dominici.
Les capitulaires furent obligatoires jusqu'à»^ temps de Philippe le Bel : alors les ordonnan( les remplacèrent. Rhenanus les tira de Tool en 1 58 1 : ils avoient été recueillis incompléter en deux livres par Angesise, abbé de Fontenell (et non pas de Lobes), vers Tan 827. Benoît, l'Église de Mayence , augmenta cette collection e< 845. La première édition imprimée des Capita*i laires est de Vitus; elle parut en 1545.
Les assemblées générales où se traitoteot les affaires de la nation avoient Heu deux to\s !*««) partout où le rot ou Pempereur les convoquolt. U
DE L'HISTOIRE DE FRANCE
ni proposoit Tobjet du capitalaire : lorsque le tenps étoSt beau, la délibération avoit lieu en j/ltàù air; sinon , on se retirait dans des salles préparées exprès. Les é véques , les abbés et les clercs d'un rang élevé se réunissoient à part ; les comtes t les prinelpaux cheb militaires de même. ^Basd les évé^ues et les comtes le Jugeoient à pro> |N, ib siégeoient ensemble , et le roi se rendoit milien d'eux; le peuple étoit forclos; mais, h loi faite, on l'appeloit à la sanction. lixciiAB. Hunold. ) La liberté individuelle da seehangeolt peu à peu en liberté politique, ee genre représentatif inconnu des anciens, assemblées du huitième et du neuvième siècle it de véritables états tels, qu'ils reparurent saint Louis et Philippe le Bel ; mais les états Karlovingiens avolent une base plus large , qu'on étoit plus près de l'indépendance priedes Barbares : Ie/>eifp/eexistoitencoresou8 deux premières races ; il avoit disparu sous la , pour renaître par les serfs et les bouP'
[Cette liberté politique karlovingienne perdit it6t ce qui lui restoit de populaire : elle deparement aristocratique , quand la division mte du royaume priva de toute force la
Justice, dans la monarchie franke, étoit
trée de la manière établie par les Romains;
les rois chevelus , afin d'arrêter la corrup-
de cette Justice, instituèrent les missi do-
(} sorte de commissaires ambulants qui te-
des assises , rendoient des arrêts au nom
tiouferain, et sévissoient contre les magistrats
iricateurs. Quand il s'agira de la féodalité et
ipariements, Je montrerai comment la source
^Justice , chez les peuples modernes , fut au-
tfie la souroe de la Justice chez les Grecs et les
^ les successeurs de Charlemagne se déclare
e révolution sociale qui changea le monde
6 dans le monde féodal : second pas de la
i générale des hommes , ou passage de res-
H^au servage, J*expliquerai en son lieu
mémorable transformation.
^wleinagne, comme tous les grands hommes, t'attniictioanaturelledu génie, concentra Tadtion et le gouvernement social en sa per- ) à sa mort Tunlté disparut : ses contempo- *^i qui avoient vu se former son empire, en *l***rent la division.
Alexandre , n'ayant point de famille, livra & ses capitaines , comme à ses enfants , les débris de sa conquête : en quittant la Macédoine II ne s'étoit réservé que l'espérance; en quittant la vie il ne garda que la gloire. Charlemfigne n'étoit point dans la même position : il commençoit un monde ; Alexandre en flnissoit on. Charlemagne partagea son empire entre ses trois fils ; ses fils le morcelèrent entre les leurs. Eu 888 , ji la mort de Karle le Gros, il y avoit déjà sept royaumes dans la monarchie du fils de Karle le Martel : le royaume de France , le royaume de Navarre , le royaume de Bourgogne clsjurane, le royaume de Bourgogne trânsjurane, le royaume de Lorraine, le royaume d'Allemagne , le royaume d'Italie. Karle le Chauve établit l'hérédité des bénéfices. « Si , après notre mort , dit-il , quelqu'un « de nos fidèles a un fils ou tel autre parent ... « qu'il soit libre de lui transmettre^ses bénéfices « et honneurs comme II lui plaira. » Ce n'étoft que changer le fait en droit ; c%r les ducs , comtes et vicomtes , retenoient déjà les châteaux , villes et provinces dont ils avoient reçu le commandement. Ala fin du neuvième siècle, vingt-neuf fiefs ou souverainetés aristocratiques se trouvoient établis. Un siècle après , à la chute de la^nce karlovingienne, le nombre s'en étoit accru Jusqu'à cinquante-cinq. A mesure que ces petits États féodaux se multiplioient , les grands États mona'r* chiques diminuolent : les sept royaumes existants du temps de K arle le Gros étoient réduits à quatre lorsque Hugues Capet reçut la couronne.
Les fiefs usurpés donnèrent naissance aux malsons aristocratiques que Ton voit s'élever à cett<e époque : alora les Barbares substituèrent à leurs noms germaniques , et ajoutèrent à leurs prénoms chrétiens les noms des domaines dans lesquels ils s'étoient impatronisés. Les noms propres de Heux ont précédé les noms propres d'individus. Le Sauvage donne à sa terre une dénomination tirée de ses accidents, de ses qualités, de ses produits, avant de prendre lui-même une appellation particulière dans la famille commune des hommes. Un globe pourroît avoir une géographie et n'avoir pas un seul habitant.
Le gentilhomme proprement dit , dans le sens où nous entendousce mot aujourd'hui , commença de paroltre vers la fin de la seconde race, La noblesse titrée , que Constantin mit à la place du patriciat , s'infiltra chez les Franks par leur mélange avec les générations romaines, par les
ANALYSE RAISCmiSÉE
emplois qu'ils occupèrent daos l'empire, par l'iDfluence que les vaincus civilisés exercèrent dans l'intimité du foyer sur leurs vainqueurs agrestes.
Dans le; autres parties de l'Europe , la même cause agit, les mêmes faits s'accomplissent : le monarque n'est plus que le chef de nom d'une aristocratie religieuse et politique dont les cercles concentriques se vont resserrant autourde la couronne. Dans chacun de ces cercles s'inscrivent d'autres cercles qui ont des centres propres à leur mouvement : la royauté est l'axe autour duquel tourne cette sphère compliquée, république de tyrannies diverses.
L'Église eut la principale part à la création de ce système; elle avoit atteint le complément de ses institutions dans la période que les deux premières races mirent à s'écouler; elle avoit saisi l'homme dans toutes ses facultés : aujourd'hui même on ne peut Jeter les regards autour de soi sans s'apercevoir que le monde extraordinaire d*où nous sommes sortis étoit presque entièrement l'ouvrage de la religion et de ses ministres.
Les précédentes Études nous ont montré le christianisme avançant à travers les siècles, changeant non de principe , mais de moyen d'âge en âge, se modifiant pour s*adapter aux mpdifications successives de la société , s*accroissant par les persécutions et s'élevant quand tout s abaissoit. L'Église (qu'il faut toujours bien distinguer de la communauté chrétienne, mais qui étoit la forme visible de la foi et la constitution politique du christianisme), l'Église s'oi^anisoit de plus en plus : ses milices s'étoient portées d'Orient en Occident; Benoit avoit fondé au mont Cassin son ordre célèbre.
Le long usage des conciles avoit rendu ceux-ci plus réguliers; on les savoit mieux tenir, onconnoissoit mieux leur puissance. Sur les conciles se modelèrent les corps délibérants des deux premières races; et les prélats , qui , dans la société religieuse , représentoient les grands , furent admis au même rang dans la société politique. Les évêques se trouvèrent tout naturellement le premier ordre de l'État , par la raison qu'ils étoient à la tête de la civilisation par rintelligence. Les preuves de la considération et de l'autorité des évêques sous les races mérovingienne et karlovingienne sont partout.
La composition pour le meurtre d'un évéque
dans la loi salique est de neuf cents tous d'c tandis que celle du meurtre d'un Frank n'est q de deux cents sous; on peut tuer un Romain co vive du roi pour trois cents sous , et un antnislii pour six cents.
Un des premiers actes de Khiovigh est adra aux évêques et abbés, aux' hommes illustres 1 magnifiques ducs , etc. , omnibus episcopis , û batibus , etc. Khlother fait la même chose en i\
Guntran et Khilpérik s'en remettent de lei différends au jugementdeset;^giie« et desancie du peuple : ut quidquid sacerdotes vel senm populijudicarcnt. Guntran et Khildebertsetf mettent à la médiation des prêtres : mediaxi bus sacerdotibus ( 588). Khlother II assemUel évêques de Bourgogne pour délibérer sur ies^ faires de l'État et le salut de la patrie : û^ ponlifices et universi proccres regni sm,^ pro utititate regia et soluté patriœ conjwm^ sent (627).
Les évêques sont toijûours nommés les j dans les diplômes; aucune assemblée où roB{ les voit paroitre : ils Jugent avec les rois les plaids , et leur nom est placé au bas de l'ai^ immédiatement après celui du roi; ils sont si| verains de leurs villes épiscopales; ils ontlajf tice; ils battent monnoie ; ils lèvent desiaipt et des soldats : Savarik , évêque d'Auxerre, iek para de TOrléanois , du Nivernois , des territol^ de Tonnerre , d'Avalon et de Troyes, et la i^ à ses domaines. Le prêtre, dans le camp,s'i| peloit XAbbé des armées.
L'unité de l'Église, qui s'étoit établie pirl doctrine , prît une nouvelle force par la créatî du temporel de la cour de Rome. Une fois la p pauté portant couronne, son influence politi(| augmenta; elle traita d'égal à égal avec lesnM très des peuples. Aussi voit-on les pontifes sigs! au testament des rois , approuver ou désapproa* le partage des royaumes, parvenir enfin à a excès d'autorité, qu'ils disposoient dessceptresi forcoient les empereurs à leur venir baiser fc pieds. Et cependant cçtte puissance sansexefli pie sur la terre n'êtoit qu'une puissance d'opini* puisque les papes qui imposoient leur tiare I monde étoient à peine obéis dans la ville i Rome.
Les successeurs de saint Pierre étant mw au rang des souverains , il en ftit de même * évoques ; la plupart des prélats en Alleroïg» étoient des princes : par une rencontre natureil'
DE L'HISTOIRE DE FRANCE
BibtiDgiilière, lorsque l'empire devint électif, Indignités devinrent héréditaires; Télu fut HDOvible, rélecteur, inamovible.
Le grand nom^de Rome , de Rome tombée aux Bains des papes, ajouta I*autorité à lecr supréaatieen i*eovironnantderillusion des souvenirs : lome, reconnue des Rarbares eux-mêmes pour hodenne source de la domination , parut recomtneer son existence , ou continuer la ville éter-
lle.
La ooar théocratique donnoit le mouvement à société universelle : de même que les fidèles I partout, rÉglise étoit en tous lieux. Sa hie , qui commençoit à Tévèque , et remonao souverain pontife, descendoit au dernier de paroisse , à travers le prêtre , le diacre , soQs-diacre, le curé et le vicaire. En dehors du é séculier étoit le clergé régulier ; milice imqui, par ses constitutions , embrassoit tous accidents et tous les besoins de la société la!- : il y avoit des ecclésiastiques et des moines toutes les espèces d'enseignements ou de Dces. Le prêtre célibataire de l'unité cathone se refusa point , comme le mtoistre marié de cette communion , aux calamités popu- ; il devoit mourir dans un temps de peste secourant les pestiférés; Il devoit mourir dans temps de guerre en défendant les villes et en ant à cheval, malgré Finterdiction canoni- ; il devoit mourir en se portant aux incen- ; il devoit mourir pour le rachat des captifs : ki étoient confiés le berceau et la tombe ; Tenilquli élevoit ne pouvoit , lorsqu'il étoit devenu , prendre une épouse que de sa main. Des lunautésde femmes rempiissoient envers les ioes les mêmes devoirs; puis venoit la solides cloîtres pour les grandes études et les les passions. On conçoit qu'un système reliainsl lié à l'humanité devoit être l'ordre soméme.
I^ richesses du clei^é , déjà* si considérables la empereurs romains qu'on avoit été obligé owttre des bornes , continuèrent ds s'accrofluqu'au douzième siècle , bien qu'elles fussent ▼«ni attaquées , saisies et vendues dans lés ■Wns urgents de l'État. Le monastère de Saint- , ^'«'tin d'Autun possédoit , sous les Mérovin- I^Qv, cent mille manses. La manse étoit un fonds *l«nre dont un colon se pouvoit nourrir avec sa *"^fc, et payer le cens au propriétaire. L'ab- ^yc de Saint-Riquier , plus riche encore , nous
montre ce que c'étoit qu'une ville de France an neuvième siècle.
Hérik , en 83 1 , présenta à Hlovigh leDébonnaire l'état des biens de la susdite abbaye. Dans la ville de Saint-Riquier, propriété des moines , il y avoit deux mil le cinq cents manses de sécu liers; chaque manse payoit douze deniers, trois setiers de froment , d'avoine et de fèves, quatre poulets et trente œufs. Quatre moulins dévoient six cents muids de grain mêlé, huit porcs et douze vaches. Le marché, chaque semaine, foumlssoit quarante sous d'or, et le péage, vingt sous d'or. Treize fours produisoient chacun , par an, dix sous d'or, trois cents pains et trente gâteaux dans le temps des Litanies. La cure de Saint-Michel donnoit un revenu de cinq cents sous d'or, distribués en aumônes par les frères de l'abbaye. Le casuel des enterrements des pauvres et des étrangers étoit évalué , année courante, à cent sous d'or, égale-^ ment distribués en aumônes. L'abbé partageoit chaque Jour aux mendiants cinq sous d'or ; il nourrissoit trois cents pauvres, cent cinquante veuves et soixante clercs. Les mariages rapportoient annuellement vingt livres d'argent pesant, et le jugement des procès, soixante-huit livres.
La rue des Marchands ( dans la ville de Saint- Riquier ) devoit à l'abbaye, chaque année, une pièce de tapisserie de la valeur de cent sous d'or, et la rue des Ouvriers en fer, tout le ferrement nécessaire à l'abbaye. La rue des Fabricants de boucliers étoit chargée de fournir les couvertures de livres; elle relioit ces livres et les cousoit, ce qu'on estimoit trente sous d'or. La rue des Selliers procuroit des selles à l'abbé et aux frères; la rue des Roulangers délivroit cent pains hebdomadaires ; la rue des Écuyers étoit exempte de toute charge (viens Servientiutnper omnia liber €st)j la rue des Cordonniers munissoit de souliers les valets et les cuisiniers de l'abbaye; la rue des Rouchers étoit taxée , chaque année , à quinze setiers de graisse ; la rue des Foulons confectionnoit les sommiers de laine pour les moines, et la rue des Pelletiers, les peaux qui leur étoient nécessaires'; la rue des Vignerons donnoit par semaine seize setiersde vin etun d'huile ; larue desCabaretiers, trente setiers de cervoise (bière) par Jour; la rue des Cent dix Milites (Chevaliers) devoit entretenir pour chacun d'eux un cheval^ un bouclier, une épée, une lance , et les autres armes.
La chapelle des nobles octroyoit chaque année douze livres d'encens et de parfums; les quatre
' ANAJLYSB BAISONNSB
chapelles du commun peuple ( pqp»/t valgaris ) payolent cent livres de cire et trois d^encens. Les oblations présentées au sépulcre de Saint-Riquier valoient par semaine deux cents marcs ou trois cents livres d^argent.
Suit le bordereau des vases d*or et d'argent des tçois églisekde Saint-Riquier, et le catalogue des livres de la bibliothèque. Vient la liste des villages de Saiut-Riquier, au nombre de vingt : Buniac, Vallès , Drusiac , Neuville , Gaspanne , Guibrantium, Hagarde, Cruticelle, Croix, Civinocurtis, Haidulflcurtis, Maris, Nialla, La&gradus, Alteica, iKocbonismons, Sidrunls, Ck)ncilio, Buxudis, Ingoaldicurtis. Dans ces villages se trou voient quelques vassaux de Saint-Riquier, qui possédoient des terres à titre de bénéfices militaires. On voit de plus treize autres villages sans méhingede fief ; et ces villages , dit la notice , sont moins des villages que des villes et des cités.
Le dénombrement des églises, des villes ^ villages et terres dépendants de Saint-Riquier, présente les noms de cent chevaliers attachés au monastère , lesquels chevaliers composent à Tabbé, au X fêtes de Noël , de Pâques et de la Pentecôte, une cour presque royale» En résumé, le mon^tère possédoit la ville de Saint-Riquier, tre.ize autres villes, trente villages. Un nombre infini de métairies , ce qui produisoit un revenu immense. Les offrandes en argent , faites au tombeau de Saint- Riquier, s'élevoieut Seules par an à quinze mille six cents livres de poids , près de deux millions numériques de la monnoie d*auJourd'hul.
Khlovigh gratifia Téglise de Reims de terres dans la Belgique, la Thuringe, TAustrasie, la Septimanie et l'Aquitaine; il donna de plus à Té- Véque qui Tavoit baptisé tout l'espace de terre qu'il pourroitparcounrpendantqueiui,KhIovigh, dormlroit après son diner. L'église de Besançon étoit une souveraineté : l'archevêque de cette église avoit pour homroes-)iges le vicomte de Besançon , les seigneurs de Salins, de Montfaucon, de Montferrand, de Dûmes, de Montbeliard , de Saint-Seine ; le comte de Bourgogne relevoit même, pour la seigneurie de Gray, de Vesoul et de Choyé , de 1 archevéclié de Besançon.
Charlemagne ordonna , en 805 , le renouvellement du testament d'Abbon en faveur du monastère de la Novalaise ; cette charte contient la nomenclature des lieux donnés : M* Lancelut en a recherché la situation ; on peut voir ce document curieux.
Il serolt Impossible de cakaler la quantité d'or et d'argent, soit monnoyés, soit employés gd objets d'arts, qui existoit dans les bas siècles; elle devoit être considérable, àen juger par lopiilaia des églises , par l'abondance incroyable des aamônes et des offrandes, et par la multitude infinie des impôts. Les Barbares avoient dépouillé le monde, et leurs rapines étoient restées dans la lieux où ils s'étoient établis; on sait aujourd'hui qu'une armée féconde les champs qu'elle ravap.
La seule chose à remarquer maintenant sur les richesses du clergé , c'est comment elles servirent & la société, et de quelle autre propriété elles le composèrent.
Sous les races mérovingienneetkariovingieniii le droit de conquêtes dominoit ; les terres aeb- • ^ent point enlevées au propriétaire par loi poii» tive, mais le fait se dut mettre et se mit souvot en contradiction avec ledroît. Quand un Fraokil vouloit emparer du champ d'un Gaulois-Romain, qui l'en pouvoit empêcher ? Lorsque Khlovi|^ donne à saint Rémi l'espace que le saint poon|l parcourir tandis que le roi dormira *, 11 est ùài que le saint dut passer surdesterres déjà poofei dées, qui n'appartenoient pluA à leur ancien prt»^ priétaire lorsque le roi se réyeilta. Mais ees ternli qui changèrent de possesseurs ne changèrent^ point de régime , et c'est sur ce point que toutd! les notions historiques ont été faussées.
L'imagination s'est représenté les posseasionl d'un monastère comme une chose sansauconni* port avec ce qui existoit auparavant : erreur es* pitale*
Une abbaye n'étoit autre chose que la deoMOit d'un riche patricien romain , avec les divenH i classes d'esclaves et d'ouvriers attachés an 8i^ \ vice de la propriété et du propriétaire , avee hi i villes et les villages de leur dépendance. Le pètf abbé étoît le maître ; les moliias , comme les if* franchis de ce maître , cuitivoioit les sciences, Ici lettres et les arts. Les yeux même n'étoient drap* pés d'aucune différence dans Textérieur ieïêh baye et de ses habitants \ un monastère étoit vue ■ maison romaine pour ^'architecture : le portiqM ou le clottre au milieu, avec les petites cbamM ; au pourtour du clottre. Et ^ comme sous les et niers Césars il avoit été permis , et même ordssi^ aux particuliersde fortifier leurs dsmeures^miM'
' Karle le Martel fil une eoncession de la même natare : 0 dédomniageoU le elergé, aux dépens des toisiss, deikio" qu*il lai avait pris.
DE L'HISTOIRE DE FBANCE
eneeiat demonilleserâielées ressembloit à tottteslethabitatioiisuii peu considérable. L'hablileneDt des moines étoit oelui de tout le monde : kl Romains ^ depuis longtemps , a voient quitté le aanteaa et la toge ; on avoit été obligé de porter «ne loi pour leur défendre de se vétîr à la gothi' fv»; les braies des Gaulois et la robe longue des ftnesétoientdeveooesd'an usage commun. Les rdigienx ne nous paroissent aujourd'hui si extra- «dînairesdans leur aceoçtrement) que parce qu'il dite de l'époque de leur institution*
L'abbaye ^ pour le répéter, n'étoit donc qu'une ■aismi romaine ; mais cette maison devint bien de mainiDorte par la loi ecclésiastique, et acquit fsr la loi Ctodale uue sorte de souveraineté : elle ma sa Justice , ses chevaliers et ses soldats, petit Ihat eomplet dans toutes ses parties , et en même ferme expérimentale, manufacture (on y IsDlt de la toile et des draps ) et école. On ne peot rien imaginer de plus favorableaux ivam de Tesprit et À l'indépendance iudividMlle, que la vie cénobitique. Une communauté représentoit une famille artificielle toudans sa virilité , et qui n'avoit pas, comme Il iamille naturelle , à ti'averser l'imbécillité de et de la vieillesse : elle ignoroit les de tutelle et de minorité, et tous les inconents attachés à Tinfirmité de la femme. Cette àmiile, qui ne mouroit point, accroissoit ses biens ffm les pouvoir perdre , et , dégagée des soins du jMMie, exerçoit sur lui un prodigieux empire. A^fourd'hui que la société n*a plus à souffrir de Fsceaparement d'une propriété immobile , du cé- Ibat 9 nuisible à la population, et de l'abus de la llBssaiice monacale, elle Juge avec impartialité dis Institutions qui furent , sous plusieurs rapjorls 9 utiles à l'espèce humaine à Tépoque de sa Imation.
Les couvents devinrent des espèces de forteoù la civilisation se mit à Tabri sous la bande quelque saint : la culture de la haute imelligeiice s'y conserva avec la vérité philosofhique qui renaquit de la vérité religieuse. La lérité politique , ou la liberté , trouva un inter- |vète et un complice dansi'indépendancedu moine fBl recherchoit tout , disoit tout et ne craignoit lien. Ces grandes découvertes dont l'Europe se vante n'auroient pu avoir lieu dans la société barbare ; sans l'inviolabilité et le loisir du cloître , les livres et les langues de l'antiquité ne nous auroient point été transmis , et la chaîne qui lie le
passé au présent ett été brisée. L'astronomie, l'arithmétique, la géométrie, le droit civil, la, physique et la médecine , l'étude des auteurs profanes , la grammaire et les humanités , tous les arts eurent une suite de maîtres non interrompue, depuis les premiers temps de Khlovigh jusqu'au siècleoù les uoiversités, elles-mêmes religieuses, firent sortir la science des monastères. Il suffira, pour constater ce fait , ^e nommer Alcuin , An» ghilbert , Éghinard , Téghan , Loup de Fenrières , Éric d'Auxerre, Hincmar, Odon de Glnny, Gherbert , Abbon , Fulbert ; ce qui nous conduit au règne de Robert, second roi de la troisième race. Alors naissent de nouveaux ordres religieux , et celui de Gluny n'eut plus le beau privilège d'être à peu près l'unique dépôt derinstruction.
On sait tout ce qui avoit lieu relativement aux livres : tantôt les moines en muUiplioientles exemplaires par zèle ou par ordre , tantôt ils en faisoient des copies par pénitence : on transcrivoit Tite» Llve pendant le carême par esprit de mortifloa» tion. Il est malheureusement vrai qu'on gratta des manuscrits pour substituer àun texte précieux l'acte d'une donation ou quelque élucubration scolastique. On voit dans le Catalogue de la bi» bliothèquede l'abbaye de Saint-Riquier, an 881^ des exemplaires de Cicéron, d'Homère et de Virgile. On trouve au dixième siècle, dans la biblio* thèque de Reims, les œuvres de Jules César, de Tite-Live , de Virgile et de Lucaio . Saint -Rénigne de Dijon possédoit un Horace. A Saint-Renolt sur Ix>ire, chaque écolier (ils étoient cinq mille) donnoit à ses mattres deux volumes pour honoraires; à Montierender, on montroit, en 900, la Rhétorique de Cicéron et deux Térence. Loup de Ferrtères fit corriger un Pline mal transcrit ;. il envoya à Rome des Suétone et des Quinte-Curce. Dans l'abbaye de Fleury, on avoit le traité de Cicéron de la République, qui n'a été retrouvé que^e nos jours , encore non en entier. Je ne me souviens pas d'avoir vu mentionné dans les catalogues de ces anciennes bibliothèques de France un seul Tacite.
La musique , la peinture , la gravure , et surtout rarchitecture , ont des obligations infinies aux gens d'Église. Charlemagne montroit pour la musique le goût naturel que conserve encore aujourd'hui in race germanique : il avoit fait venir des chantres de Rome; ilindiquoit lui-même dans sa chapelle , avec le doigt ou avec une baguette , le tour du clerc qui devoit chanter ; U
ANALYSE RAISONNÉE
marqttolt la fin du motet par un son guttural qui devenoit le diapason de la phrase recommençante. . Le moine de Saint-Gall raconte qu*un clerc, ignorant les règles établies, et obligé de figurer dans . un chœur, agitoit la tète circulairement, et ouvroit une énorme bouche pour imiter les chantres quirenvironnoient. Chariemagne garda son sangfroid , et fit donner à ce clerc de bonne Volonté une livre d'argent pour sa peine.
Il y avoit des écoles de musique : les moines connpissoient i*orgue et les instruments à cordes et à vent Les séquences de la messe étoient fameuses au dixième siècle ; on y poussoit le son à toute l'étendue de la voix; elles produisoient des effets si extraordinaires qu'une femme eh mourut 4e ravissement et de surprise. Les séquences, d'origine barbare, portoientlenomdeFri^doni.
L'art de graver sur pierres précieuses n'étoit pas perdu au huitième et au neuvième siècle : deux clianoines de Sens , Bemelift et Bemuin , construisirent une table d'or ornée de pierreries et d'inscriptions ; Heidric , abbé de Saint-Germain d'Auxerre , peignoit; Tutilon, moine de Saint-Gall , exerçoit à Metz l'art de graveur et de sculpteur. L'architecture dite lombarde se rattache à l'époque religieuse de Chariemagne : le moine de Gozze étoit un habile architecte du dixième siècle. Plus tard , l'architecture que nous appelons mal à propos gothique dut en majeure partie sa gloire, dans le douzième et le treizième siècle , à des clercs , des abbés , des moines et des hommes affiliés aux établissements ecclésiastiques. Hugues Libergieret Robert de Coucy, mattre de Notre-Dame et de Saint-Nicaise de Reims, Bvoient fourni les plans et dirigé la construction de l'église métropole de cette ville, ainsi que de l'église de Saint-Nieaise, admirable édifice détruit par les Barbares du dix-huitième siècle. Aroun al Raschild , ami et contemporain de Chariemagne , aimoit et protégeoit , comme loi , les sciences et les arts; mais les lettres ont péri dans le moyen âge du mahométisme , et elles se sont ra- ^ Jeunies et renouvelées dans le moyen âge du christianisme*
Le corps du clergé étoit constitué de manière à favoriser le mouvement progresseur : la loi romaine , qu'il opposoit aux coutumes alisurdes et arbitraires , les affranchissements qu'il ne cesi|oit de commander, les immunités dont ses vassaux Jouissoient, les excommunications locales dont il frappoit certains usages et certains tyrans, étoient
en harmonie avec les besoins de la foule. 11 d vrai qu'en ce faisant, les prêtres avoient pon objet principal l'augmentation de learpoissaneei mais cette puissance étoit elle-même plébéienDe) ces libertés , réclamées au nom des peuj^les, H leur étoient pas incessamment données, maiselkl répandoient dans la société des Idées qui s*y (to voient développer, et tourner au profit deVespM humaine.
Le clergé régulier étoit encore plus démocn* tique que le clergé séculier. Les ordres mendlafitt avoient des relations de sympathie et de fiimilk avec les classes inférieures ; vous les trouvez fm tout à la tête des insurrections populaires : l croix à la main, ils menoient des bandes de |mi ioureaux dans les champs, comme kBjnneep sions de la Ligue dans les murs de Paris. El chaire ils exaltoient les petits devant les grudi) et rabaissoient les grands devant les petits ;pl«ii les siècles étoient superstitieux , plus il y aiol de cérémonies, plus le moine avott d'oocasioBi d'expliquer ces vérités de la nature déposées dai l'Évangile : il étoit impossible qu'à la longue eita ne descendissent pas de l*ôrdre religieux dafl l'ordre politique. La mHiœ de saint François i multiplia , parce que le peuple s'y enrôla en foale| il tiroqua sa chaîne contre une corde, et reçut à celle-ci l'indépendance que celle-là lui êtoit; I put braver les puissants de la terre , aller avee li bâton , une t>arbe sale , des pieds crottés et M\ faire à ces terribles châtelains d'outrageantes le> çons. Le maître , intérieurement indigné, étd obligé de subir la réprimande de son homme à pœste transformé en ingénu par cela seul qui ayoit changé de rol)e. Le capuchon affrancbisMl plus vite encore que le heaume, et la liberté re» troit dans la société par des voies inatteodoei A cette époque le peuple sefit prêtre , et c'estsotf ce déguisement qu'il le faut chercher.
Enfin , on s'est élevé avec raison contre les rf chesses de l'Église qui possédoit la moitié dei propriétés de la France; mais, pour rester éxm la vérité historique , il eût été juste de remanpKi que les deux tiers au moins de ces immenses ft chesses étoient entre les mains de la partie p béienne du clergé. J'insiste sur ce mot plébéien parce qu'en développant tout ce qu'il rcnfen*i on arrive à une nouvelle vue, et une vue tr» exacte, d'un siyet jusqu'ici mal compris et toi représenté.
L'esprit d'égaUté et de Uberté de la répubu^
DE LBISTOIAE DE FRANCE
fue ehréiieiuie avoit passé dans la monarchie de relise. Cette monarchie étoit élective et reprélentative ; tons les chrétiens , même laïques , quel qne fût leur rang, pou voient arriver, en vertu de l'élection, à la première dignité. La papauté n'étoit qu'une souveraineté viagère; en certains os même les conciles généraux pouvoient dépoter le souverain et en choisir un autre ; il en étoit ainsi des évêques élus primitivement par la communauté diocésaine.
Il arriva donc que le suprême pontife étoit trèfrsouvent un homme sorti de la dernière classe sociale; tribun dictateur que le peuple envoyoit pour mettre le pied sur le cou de ces rois et de ces BoUes, oppresseurs de la liberté. Grégoire VU, qui réduisit en pratique la théorie de cette souvenineté, et qui exerça dans toute sa rigueur son ■andat populaire , étoit un moine de néant ; Boai&ce YIII, qui déclaroit les papes compétents à itvir et à donner les couronnes, étoit un obscur légiste; Sixte Y, qui approuvoit le régicide, avoit |udé les pourceaux. Aujourd'hui même, après lut de siècles ) cet esprit d'égalité n'est point idtéré : il est rare que le souverain pontife soit tiré des grandes familles italiennes : un prêtre fanient au cardinalat ; son frère , petit marchand , iDunioe sa boutique, à Rome , en réjouissance de f élévation de son frère. Le pape futur, né dans le lein de T^lité , entroit dans le cloître , où il retnmvoit une autre sorte d'égalité mêlée à la théolie et à la pratique de l'obéissance passive : il sortait de cette école avec l'amour du nivellement et Il ioif de la domination.
Pour expliquer la puissance temporelle du saint- Éégdj OQ estalléchercherdes raisons dlgnorance et de religion, qui, sans doute, contribuèrent à Ftogmenter, mais qui n'en étoient pas Tunique source. Les papes la tenoient, cette puissance, de h Kberté républicaine ; ils représentoient , en Europe , la vérité politique détruite presque partout : b furent , dans le monde gothique , les défenseurs des franchises populaires. La querelle du sacerdoce et de l'empire est la lutte des deux principes sociaux au moyen âge, le pouvoir et la liberté : ks Guelfes étoient les démocrates du temps ; les Gibelins les aristocrates. Ces tr6nes , déclarés vacants et livrés au premleroccupant ; cesempereurs qui venoient, à genoux, implorer le pardon d'un pontife; ces royaumes mis en interdit; ces églises fermées, et une nation entière privée de culte par on mot magique; ces souverains frappés d'ana-
CNATC%UMII\i<ID. — TOWf. I.
thème , abandonnésn^Mi-ieulemetitde leurssujets, mais encore de leurs serviteurs et de leurs proches ; ces princes, évités comme des lépreux , séparés de la race mortelle en attendant leur retranchement de l'étemelle race; les aliments dont ils avoient goûté, les objets qu'ils avoient touchés, passés à travers les flammes , ainsi que choses souillées; tout cela n'étoit que les effets énergiques de la souveraineté populaire déléguée à la religion , et par elle exercée.
La papauté marchoit alors à la tête de la civilisation , et s'avanooit vers le but de la société générale. Et comment ces monarques sans styets, sans armées, fugitifs même, et persécutés lorsqu'ils lançoient leurs foudres; comment ces souverains, trop souvent sans mœurs, quelques-uns couverts de crime^, quelques autres ne croyant pas au Dieu qu'ils servoient; comment auroientils pu détrôner les roisavec un mot, une parole, une idée , s'ils n'eussent été les chefs de l'opinion? Comment, dans toutes les régions du globe, les hommes chrétiens auroient-ils obéi à un prêtre dont le nom leur étoit à peine connu , si ce prêtre n'eût été la personnification dequelque vérité fondamentale? Aussi les papes onMls été maîtres de tout , tant qu'ils sont restés Guelfes ou démocra* tes; leur puissance s'est affoiblie lorsqu'ils sont devenus Gibelins ou aristocrates. L'ambition des Médicis fiit la cause de cette révolution : pour obtenir la tiare, ils favorisèrent, en Italie, les armés impériales, et trahirent le parti populaire; dès ce moment l'autorité papale déclina, parce qu'elle avoit mentiàsa propre nature, abandonné son principe de vie. Le génie desarts masqua d'abord aux yeux de la foule cette défaillance intérieure; mais les chef-d'œuvre de Raphaël et de Michel-Ai^, qui s'effacent sur les murs du Vatican, n'ont point remplacé le pouvoir dont les papes se dépouillèrent en déchirant leur contrat primitif. C'est la même tendance à un faux pouvoir qui perdit la royauté sous Louis XIV : cette royauté , qui , jusqu'au règne de Louis XIII, s'étoitmélangée des libertés publiques, crutaugmenter sa puissance en les étouffant, et elle se frappa au cœur. Les arts vinrent aussi embellir l'envahissement de nos franchises nationales : le Louvre du grand roi est encore debout comme le Vatican ; mais par quels soldats a-t-il été pris et estil gardé? «
ANALYSE MAISONNÉE