ROBERT
Robert , héritier du trâne de Hngues , étoit un prince pieux et savant pour son siècle; il étoit poète : l'Église chante encore des répons et des séquences composés par ce flis aîné de TÉglise : 0 constantia martyrum! Veni, Sancle Spiri- (us! Il craignoit beaucoup sa femme, et se lais-
solt voler par les pauvres. Son règne M kmg; c'est ce qu'il falloit alors pour un monde au bâceau.
HENRI r^
Le règne de Henri , qui vînt après celui de Robert, fut encore un règne nourricier et tout rempli de petites guerres féodales.
Robert Guiscard paroissoit en Kalie lonqne Guillaume le Bâtard occupoit la seigneurie de son père, Robert le Diable. Ces deux Normands dévoient jouer un rôle important à l'occident et À l'orient de l'Europe; et lorsque Henri moarat, Grégoire Vil n'étoit plus qu'à quelques amiées de distance.
Le petit-fils de Hngues Capet fut un homme d'une valeur héroïque : il porta le premier m nom peu répété sur le trône de France , et ftmeste à tous les rois marqués de ce nom.
PHILIPPE r'.
Les quatre-vingt et une années qui s'écoulènDl de Hugues Capet à Philippe I" furent des vê^ nées de conception , de travail , d*éducatiOD première ; mais au règne de Philippe I^ , la nuit (fà couvroit une enfance sociale lalmrieuse se H^ sipe : le moyen âge parott dans l'énergie de il Jeunesse, l'âme toute religieuse, le corps toQt barbare , et Tesprit aussi vigoureux que le bm*
Guillaume le Bâtard convoque les aventorieff de l'Europe pour aller subjuguer l'Angleterre; H triomphe à la bataille d'Hastings, et le roi de France se trouve avoir un vassal-roi plos poissant que lui.
Cet événement , qui fut bientôt suivi des croisades, donne un nouveau mouvement aux populations. On avoit vu des invasions fortuilxs, des peuples marchant en avant et an hasard , saos savoir où ils s'arréteroient , allant plutôt à des découvertes qu'à des conquêtes, comme cesn^ vigateurs qui cherchent des terres incoonnes; en est tout autrement de Guillaume et de bandes. Pour la première fois un peuple est thodiquement subjugué ; le sol envahi reçoit nouvelles formes; les anciennes propriétés soi cada^rées afin d'être imposées on prises; la I gue et les lois des vaincus sont changées par tème ; des espèces de moines armés bâtissent toutes parts des châteaux moitié forteresses, m» tié églises , et chaque soir le peuple conquis si
D£ LtiiSTOlRE DE FRAiNCË.
foudie aa son d'une cloehe , comme dans un cou tCDt : grand tableau qui n'est plus à faire depuis qn'ti a été peint de la main de M. Thierry. Gildas aroit dit que les Angles ( Anglois) n'étoient ni poissants dans la guerre , ni fidèles dans la paix : ÀngH née in belio fortes, nec in pace fidèles; les historiens des Siciliens et des Normands font observer que la Grande-Bretagne et la Sicile changèrent de face et devinrent des pays renommés aussitôt qu'ils eurent reçu la race normande: Jam inde Anglia non minus belii glotia fuam hutnanitatis cuitu inter fiorentissimas wrbis ehristiani gentes inprimisfloruit. (M al- MESB. ) Stm/t quod inpairio solosunt, quod /tteri sunty quod omnes hodie ehristiani sunt fugenio Normannis acceptum ferunÙ ( Pbosp. Fasel. <i de Reb. sic. )
fin Italie, un mauvais petit garçon de chétive iilne devient d'abord moine de Gluny , ensuite cardinal, et enfin pape, sous le nom de Grégoire TII. Hildibrand dépose Boleslas, roi de Pologne , CDiève le titre de royaume à la Pologne même, crÉMune à l'empereur victorieux de Coustantino- |fe d'abdiquer, rend les aventuriers normands de h Fouille feudataires du saint-siége , écrit à l'archevéque de Reims que le roi de France est ■I tyran indigne du sceptre , mande aux princes (hrétiens de l*E$pagne que saint Pierre est seigaeur suzerain de leurs petits États, et que la Boogrie est un domaine de l'Église de Rome. Buis une lettre au roi Démétrius , Grégoire VU M dit : « Votre fils nous n déclaré qu'il vouloit • recevoir la couronne de nos mains ; cette de- « mande nous a paru Juste, et nous lui avons « dooné votre royaume de lapart desaintPierre. ^
Oa sait comment l'empereur Henri IV fut déiQié par Hildibrand , comment il fut obligé , pour obtenir son pardon, de se présenter au bas des Buurailles de la forteresse de Canosse, sans gardes, dépouillé des habits impériaux , nu-pieds et (ouvert d*un cilice. Après trois jours de jeûne et de lannes, il fut admis à baiser humblement la mie du pontife : un retour de fortune rendit l'em* Ike à Jieori IV. Après diverses entreprises guerlieras où l'on voit paroftre Godefroi de Bouillon «tonsaecagementde Rome , Hildibrand va mourir fugitif, non vaincu, à Saleme, laissant après hi «n grand nom mêlé à ceux de la comtesse Maihilde et de Taventurier Guiscard. Une plume habile ■ nous prépare Thistoire de ce fameux pon>
• M. VUkaaifi.
tiflcat. La querelle des Investitures ne finit pas avec Henri IV et Grégoire VII ; l'esprit de domination populaire et religieuse se perpétua dans les successeurs d*Hildibrand. Mathilde légua ses États au saint-siége.
Philippe P'', peu de chose par lui-même, étoit un de ces hommes qui vivent seulement afin que tout s'arrange autour d'eux : il aimoit les femmes, et répudia la reine Berthe sous prétexte de parenté. Il enleva Bertrade de Montfort, femme de Foulque le Recheiu , comte d'Anjou. De là des excommunications et des guerres dont Philippe triompha par sa fermeté dans le mal. Destiné aux grands spectacles sans y prendre part , Philippe vit la première croisade délibérée et résolue dans son royaume, au concile de Clermont que présida Urbain II ( 1 098 ). En ce même concile le nom de pape fut attribué exclusivement au souverain pontife.
Les flots des Barbares s'étoient calmés dans le bassin de la France où Dieu les avoit versés, et où la main de Karle lé Martel et celle de son fils les avoient contenus ; mais, après deux siècles de stagnation, gonflés paY des générations nouvelles, ils se débordèrent. Les croisades furent comme un souvenir ou comme une prolongation de cette invasion générale qui avoit ravagé le monde; elles furent en outre des guerres de représailles. Les Sarrasins avoient menacé l'Europe de leur joug trois siècles avant que TEurope eût pris les armes contre eux : leur migration , sortant de l'Arabie, conquit la Syrie et l'Egypte, s'avança le long de l'Afrique d'Orient en Occident jusqu'au détroit de Gade, passa ce détroit, inonda l'Espagne , surmonta les Pyrénées, et ne s'arrêta qu'au milieu des Gaules contre Fépée de Karle le Martel.
Trop occupées alors, les populations chrétiennes remirent à un autre temps la vengeance; mais, quand ce temps fut venu, eUes s'ébranlèrent à leur tour, se portèrent d'Occident en Orient par l'Europe, traversèrent le Bosphore, allèrent attaquer les enfants du prophète aux lieux mêmes d'où ils étoient partis. Je ne sache pas de plus grand spectacle que ces invasions des peuples de l'Asie et des peuples de l'Europe marchant en sens opposé , les uns sous l'étendard de Mahomet, les autres sous l'étendard du Christ, autour de cette mer qu'avoit bordée la civilisation grecque et romaine. Les Portugais et les Espagnols ont seuls reproduit ces merveilles, lorsque les
ANjO^YSS BAlSONftéK
ip^emiers à travers les mers de TOrlent ^ les s^ opnds À travers les mers de l'Occident retrouvoient un monde perdu et découvroient un monde nouveau.
Des mœu» pleines de splendeur et de naïveté, des crimes et des vertuSi des croyances ardentes, des faits héroïques , des souvenirs merveilleux j d*immenses résultats matériels et moraux, scientifiques et politiques, voilà ce que présentent les croisades. Les rudes et simples expressions des chroniqueurs relèvent l'éclat des actions \ les ermites sont les historiens des chevaliers ; des moines racontent, avec Thumilité de la religion et la simplicité du langage, l'orgueil de la conquête et la grandeur des exploits guerriers, ces pèlerinages, commencés avec le bourdon et continués avecTépée. On doit aux croisades la recomposition des armées nationales, décomposées par les petits cantonnements militaires de la féodalité ; tant de cbeftains éparpillés sur le sol , et étrangers les uns aux autres, apprirent à se connottre à la tête de leurs vassaux ; les serfs recommencèrent le peuple françols dans les camps, comme les bourgeois dans les villes. La chrétienté parut aussi pour la première fols sous la forme d'une Immense nation, agissant par l'impulsion d*un seul chef. Et qu'alloit-elle conquérir ? un tombeau .
Les derniers croisés, embarqués dans le dessein de reprendre Jérusalem sur un soudan ismaélite, prirent Constantinople sur un empereur chrétien ; fin extraordinaire d'une aventure de quatre siècles, d*une chevalerie romanesque ranimée à Rhodes devant Mahomet, évanouie à Malte devant l'homme historique qui devoit luimême aller toucher la cité sainte , pour y puiser une autre sorte de merveilleux.