‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 185 sur 228 · LOUIS VL · texte numérisé non relu

LOUIS VL

BB nos A 1137.

Louis VI, dit le Gros, successeur de son père Philippe , avoit pour tout royaume le duché de France et une trentaine de seigneuries. Il se battoit contre ses vassaux à Corbeil, à Mantes, à Montlhéry, à Montfort, au Puysaye dont le château lui coûta trois années de siège : c'étoit plus qu'il n'en avoit fallu aux François pour ravager l'Asie et prendre Jérusalem.

. Cest ici l'occasion de remarquer que les noms les plus répétésdans notre histoire n'ont pas pour cela une origine plus ancienne que les autres noms . Les nobles dont les terres se trouvoient dans le

duché de ParlS| étoient gtr cette raison witffi mentionnés aux chroniques i^ petit domsiof royal } ces chroniques racontèrent les guerre que ces vassaux a voient eues avec la couroDoe, ou les honneurs qu'ils avuient obtenus du mooarque. Les autres nobles, cantonnés au loindsi)i leurs châteaux , restèrent ignorés ; on ne parti d'eux qu'à l'occasion de quelques batailles où il| avoient été appelés en veitu des services da M, Il est arrivé de là qu*une centaine de noms oui rempli les Castes nationaux dans la monarchii féodale; au lieu des annales de France, vous m Usez réellement que celles du duché de Fnuw, el pour ainsi dire des voisins du roL

Sous la monarchie absolue, Versailles et Idooor envahirent à leur tour notre histoire , comneli duché de France l'avoit Jadis usurpée : c'est to» Jours une centaine d'hommes de la baolieve d« Paris qui , tantôt chevaliers , tantôt valets dto« rés , deviennent les personnages de la oiti«{ héros domestiques dont la gloire avoit je vul di chapon autour des antichambres de leur seigoeoTt Si l'on veut connoitre enfin notre ancienne pii trie , il en faut reeomposer le tableau g^oénl avec les tableaux particuliers des proviaeesi seul moyen de rétablir le caractère aristocratie que que notre histoire doit avoir, au lieu du ci» ractère monarchique qu'on lui amensongèremcs) donné.

Au tempe de Louis le Gros, les quatre M* res Guerlande et l'abbé Suger firent fsire m pi||i à la poissanoe ro)'aie, en diminuant Tsalst rite des Justices particulières , en affraoehiBiaiit les serfs, en établissant les communes : cet éts< blissement, dont on a iUt tant de bruit, dût dm entendu avec restriction.

La France , au eomnienoemeBt da enslM siècle, loin d'être homogène, étolt composée di trois ou quatre peuples différents de morars, de lois , de langage ; Il ne faut pas prendre ce qui « passolt dans te duché de Paris , en Picardie , eo Champagne, le long du cours de la Mans et de rOise, de la Seine et de T Yonne, pour eeqsiii passent au delà de la Loire et du Rkône, a» diH de rOme, de la Sarthe et de la Vlllalae, M rois n'ont pas pu af fi'aaehir «e qui n'^t psidi leur dépendance.

Mais rhtotoire, qui n'admet que les ùâ^f» vés, en refusant à Louis le Gros llionuewrdl* voir fait nattre la classe intermédiaire «t nbre de la bourgeoisie , ne peut pas n(Hi plo$ reoeioir

DE L'BISTOIRE DE FRANCE

iS5

tmme une vérité-incontestable cet esprit général de liberté dont on pense que les villes fureot simultanément saisies an douzième siècle : cette coïncidence n'existe pas. Presque toutes les commîmes du midi de la France étoient libres et demeurées libres depuis radministration ronaîDe et visigothe; quelques privilèges, ajoutés àleor liberté primitive, ne constituent pas des cbartes communales de la date du douzième siècle.

D'une autre part, on ne peut dire que Louis k Gros , en donnant des chartes à sept ou buit communes, n*ait fait que suivre l'impulsion d'un mouvement qu'il n*auroit pu arrêter. Nous voyons les lois étouffer avec la plus grande facilité les Ibertés municipales renaissantes , tirer tour à IMT de l'argent de la commune qui avoit secoué kjoQgde.son seigneur, et du seigneur qui, à l'aide k la force royale , avoit remis sa commune sous

Je ne pais me refuser au plaisir de citer un |IK^ de la dix-neuvième lettre sur V Histoire t France, L'auteur (M. A. Thierry), après avoir cM les noms de trelaie bourgeois bannis de la commune de Laon , termine son récit par pes liroles d*une gravité pathétique : <« Je ne sais si vvNis partagerez l'impression que J'éprouve en transcrivant ici les noms obscurs de ces proserits du douzième siècle. Je ne puis m'empé* cher de les relire et de les prononcer plusieurs lois comme s'ils dévoient me révéler le secret de ce qu'ont senti et voulu les hommes qui les portotent il y a sept cents ans. Une passion ardente pour la justice, et la conviction qu'ils valoient mieux que leur fortune, a voient arraché pes hommes à leurs métiers , à leur commeree , à la vie paisible , mais sans dignité , que des sarîb dociles pouvoient mener sous la protection de leurs seigneurs. Jetés , sans lumières et sans expérience, au milieu des troubles politiques, ils y portèrent eet instinct d'énerg'e qui est le même dans tous les temps , généreux dans son principe, mais irritable à l'excès , et SDjet à (tousser les hommes hors des voies de l'humanité. Peut-être ces treize bannis, exclus à jamais dejeur ville natale, au moment où elle deyeooit libre , s'étoieot-ils signalés , entre tous les bourgeois de Laon , par leur opposition cou* tre le pouvoir seigneurial : peut-être avoientils souillé par des violences cette opposition patiiotiqQe; peut-être enfin furent-ils pris au

« hasard pour être seuls chargés du crime de leurs « concitoyens. Quoi qu'il en soit, je ne puis re- « garder avec indifférence ce peu de noms et « cette courte histoire , seul monument d'une ré- « volu tion'qui est loin de nous, il est vrai, mais qui n fit battre de nobles cœurs et excita ^es grandes <^ émotions que nous avons tous, depuis quarante a ans, ressenties ou partagées. »

Le bourgeois du moyen âge, qui reconstruisit la moyenne propriété dans les cités, n'étoit pas du tout le bourgeois de la monarchie absolue :c'étoit un personnage important, souvent appelé à délibérer sur les plus graves affaires de la patrie. Il y avoit de grands , de petits, et de firancs bourgeois : le bourgeois pou voit posséder certains fiefs. Le nom de bourgeois signifiait quelquefois homme (le guerre; il ne dérogeoit point à la noblesse. Noble homme y damoiseau et bourgeois y sont des qualités données à une même personne dans des titres du quinzième siècle. Les nobles qui étoient bourgeoisie certaines villes se trou voient dispensés de Tarrière-ban. Les bourgeois de Paris s'appeloient les bourgeois du roi. « Au regard <« des non-nobles, ils sont en deux manières : « dont les aucuns sont franches personnes , bour- « geois du roi ou des seigneuries sur lesquelles ils < demeurent , et les autres sont serfs et de serve « condition. » ( Coutum, gén. )

Cette classe intermédiaire entre le noble et le serf a donné naissance à une portion du peuple, Charles Y accorda des lettres de noblesse à tons les bourgeois de Paris ; Charles VI , Louis XI , François V' et Henri II confirmèrent ces lettres de noblesse. Paris ne fut jamais une commune, parce qu'il étoit franc par la seule présence du roi.

Page 1