‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 19 sur 228 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

MŒURS DES païens.

Un long paganisme et des institutions contraires à la vérité humaine avoient poi-té la gangrène dans le cœur du monde romain. L'Évangile pouvoit faire des saints isolés, des familles pieuses, charitables, héroïques; mais il ne pou-

voit extirper subitement un mal enraciné jMir une civilisation antinaturelle. Le christianisme réforma les mœurs publiques avant d'épurer les mœurs privées ; il corrigea les lois , posa les dog-^ mes de la morale universelle , avant d'agir efficacement sur la généralité des individus. Aloii vous avez vu l'esclavage , la prostitution, Texpo^ sition des enfants, les combats des gladialeun, attaqués légalement par Constantin et ses sucoe» seurs (glorieux effet du christianisme au pouvoir); mais vous avez retrouvé aussi le même fuodà corruption sur le trône. Les empereurs, il ai vrai , ne se rendoient pas coupables de ces infamies effrontées dont s'étoient souillés, à lalkc du soleil , Tibère , Caligula , Néron , Domitini Ckmimode, Éiagabaie; mais les crimes iotérieBi du palais , une dépravation secrète , une vie dlfr trigues, quelque chose qui ressembloit dav'S» tage aux cours modernes, commença : tout « que le christianisme put faire d'abord, tutdeeoi traindre les vices à se cacher.

La pourriture de l'empire romain vintdetroi causes principales : du culte, des lois et des mœun Et comme cet empire renfermoit dans son sel une foule de nations placées dans divers climatt à différents degrés de civilisation , toutes oes di tions méloient leurs corruptions particulières èi corruption du peuple dominateur : ainiû rÉgyfl donna à Rome ses superstitiims, l'Asie sa md lesse , l'occident et le nord de l'Europe son mi pris de l'bumanité.

La société romaine parloit deux langues, étoi composée de deux génies : la langue latine et I langue grecque, le génie grec et le génie latii La langue latine se renfermoit dans une parti de l'Italie, dans quelques colonies africaine! illyriennes, daciques, gauloises, germaniques bretonnes, tandis qu'Alexandre avoit porté f langue maternelle Jusqu'aux confins de TÉthic pie et des Indes : elle servoit d'idiome internM diaire entre les peuples qui ne s'entendoient pas elle étoit parlée à Rome , même parjesescla^i et les marchandes d'herbes. Le génie grec coB muniqua aux Romams lacorruption intellectuel les subtilités , le mensonge , la vaine pbilosopb» tout ce qui détériore la simplicité naturelle; génie latin voua ces mêmes Romains à lacorru{ tion matérielle , aux excès des sens, à la débai che, à la cruauté.

De ces généralités , si nous passons à l'exame particulier de la religion, des lois et des mœuR

HISTORIQUES

trouTODs ridoUtrie merveHIeasement caleriée pour aatoriser les Yices : Thomme ne fai- «I qu'imiter les actions du dien >. Jupiter a sé- M une femme en se changeant en pluie d'or; fNrqooi moi , ehétif mortel , n'en ferois-Je pas ■tut *? Ovide (et l'autorité est singalière) ne intptt que les jeunes filles aillent dans les tem- |b, puce qu'elles y verroient combien Jupiter a feitde mères \ Les femmes se prostitaoient pu- Kqsementdans le temple de Vénus à Babylone 4. Bbs rAnnénie, les familles les plus illustres contcnieDt lenrsfilles viergesencore àcette déesse ^. lu femmes de Biblis, qui ne consentoicnt pas à «per leurs cheveox au deuil d'Adonis , étoient nMiil», pour se laver de cette impiété , de se imrim jour entier anx étrangers. L'argent qui piBoit de cette sainte souillure étoit consacré tkiéeaae \ Les filles, dans l'tle de Chypre , se nÉient au bord de la mer avant de se marier, ê pgiiolent avec le premier venu l'argent de kir dot 7.

limdeplas cétèbre^iue le temple de Gorhithe ; I rafeniKHt mille ou douze cents prostituées Artcs à la mère des amours. Ces courtisanes tant consultées et employées dans les affaires fchrépubliqae comme des vestales *.

Lodeo , dans les Dialogues des dieux, flagelle •riiDt les turpitudes de la mythologie. Junon se Ihlnt à Jupiter qu'il ne la caresse plus depuis fiHaedevé Ganimède ; Mercure se moque avec ipollonde l'aventure de Mars enchaîné par Yulaik dans les bras de Vénus ; Vénus invite Pâ ris à Mittère : « Hélène n*est pas noire , puisqu'elle «OlBéed'QQ cygne ; elle n'est pas grossière, puis- «fi'cUe est éclose dans la coquille d'un œuf. J'ai •don fils : l'un rend aimable , l'autre amoureux ; •je mettrai le premier dans tes yeux , le second *te le coeur d'Hélène, et Je t'amènerai les <Mea pour compagnes , avec le Désir. » Mer* ««è dit à Pan : « Tu caresses donc les chè-

Ia voleurs , les homicides , et le reste , avoient ^protecteurs dans le ciel : « Belle Laveme,

'fenr., ap, Juêt,

^ EgoboflMBciOilioenonfiuerem?

(Tbr., Eun., aet m.)

^ QMBMilUiBatrcsiecerItUledeai.

|lawior.,ilb.i.

JlUl.,tib.Xfi.

^■Uleoi peoaoiain quasltanis... pro raUqoa pudiciUa U- ■••*•» Veneritolateiras. (Jvsr., lib. xvui.) Ams.,ub.un.

« donne*moi l'art de tromper , et qu'en me croie «Juste et saint'.»

Les mystères d'Adonis , de Cybèle , de Priape , de Flore , étoient représentés dans les temples et dans les Jeux consacrés à ces divinités. On voyoit à la lundère du soleil ce que Ton cache dans les ténèbres , et la sueur de la honte glaçoit quelquefois l'infâme courage des acteurs *.

L'ordre légal , conforme à l'ordre religieux , faisoit de ces dérèglements des moeurs approu« vées. La loi Sfcantinie pensoit sans doute être ri* goureuse , en n'exceptant de la prostitution pu* blique que les garçons de condition. On versolt au trésor le tribut que payoient les prostituées. Alexandre Sévère appliqua cet argent à la réparation du cirque et des théâtres \

Dans une société où moins de dix millions d'hommes disposoient de la liberté de plus de cent vingt millions de leurs semblables, on con* çoit la facilité que les diverses cupidités avoient à se satisfaire. L'esclavage étoit une source inépuisable de corruption ; la seule définition léghle de l'esclave disoit tout : Non tam vilis quam nullus; moins vil que nul. Le maître avoit le droit de vie et de mort sur l'esclave , et l'esclave ne pouvoit acquérir qu'au profit du maître. Vous lisez au livre vingt et unième du titre premier de i'édit Ediles, au sujet de la vente des esclaves : « Ceux qui vendent des esclaves doivent déclarer « aux acheteurs leurs maladies et défauts; s'ils « sont sujets à la Aiite ou^u vagabondage ; s'ils « n'ont point commis quelques délits ou dom*

« mages.

« Si, depuis la vente, Tesclave a perdu de sa « valeur ; si , au contraire , il a acquis quelquQ « chose , comme une femme qui auroit eu un en-

«faut; si l'esclave s'est rendu coupable

a d'un délit qui mérite la peine capitale ; s'il a « voulu se donner la mort ; s'il a été employé k « combattre contre les bétes dans l'arène , etc. »

Immédiatement après ce titre vient un article sur la vente des chevaux et autre bétail , commen-

I Pulchra LaTerai,

Da mUii fallere, da Justum sanctamque viderl.

( UoaAT. , <rp. ITI , lU». I. )

* Exauntar etiam vestibus popalo flagUaote merefrioes, quœ tuDc mimonim fangv^ntar offido, et in oonspecta popuU usqae ad salivtatpm impudicorum luininam cum padendis motibus detlnentur. ( Lactant. , dejalta Beligione, lib. i.pag. 61. BasUe».)

3 LeDonum vectigal et meretrlcam et exoletoram in sacrom srarium inferrl vetuit, sed sumptlbus pablicto ad inslaaraUonem ihealri, circi, ampbitliealxi et »rarii depuUviL (Lampbid., tu Alc9, Sev. )

k9tk

çant de la nKtme mimlàre que eelot sur la vente des esclaves : « Ceux qui vendent des chevaux « doivent déclarer leurs défauts , leurs vioes ou « leurs maladies, etc. »

Toutes les misères humaines sont renfermée^ dans ces textes que les légistes romain^ énon* çoient , sans se douter de raboroination d*un tel ordre social.

Les cruautés exercées sur les esclaves font frémir : un vase étoit»il brisé , ordre aussitôt de jeter dans les viviers le servitebr maladroit, dont le corps alloit engraisser les murènes favorites ornées d'anneaux et de colliers. Un maître fait tuer un esclave pour avoir percé un sanglier avec un épieu, sorte d'armes défendues à la servi* tude*. Les esclaves malades étoieut abandonnés ou assommés; les esclaves laboureurs passoient la nuit enchaînés dans des souterrains : on leur distribuoit un peu de sel , et ils ne recevoient l'air que par une étroite lucarne. Le possesseur d'un serf le pcHivoit condamner aux bétes, le vendre hiik gladiateurs , le forcer â des actions infâmes. Les Bomains livroient aux traitements les plus cruels , pour la faute la plus légère , les femmes attadiées à leur personne. Si un esclave tuoit son maître , on falsoit périr avec le coupable tous ses compagnons innocents. La loi Pefroniùj Tédit de l'empereur Claude, les efforts d'Antonin le Pieux , d'Adrien et de Constantin , furent sans succès pour remédier à ces abus que le christianisme extirpa.

L'instinct de la cruauté romaine se retrouvoit dans les peines applicables aux crimes et aux délits. La loi prescrivoit la croix (à laquelle fut substituée la potence >) , le feu , la décollation , la précipitation , l'étranglement dans la prison , la fustigation Jusqu'à la mort, la livraison aux bétes, la condamnation aux mines, la déportation dans une lie et la perte de la liberté.

Dans les premiers temps on pendoit le coupable, la tête enveloppée d'un voile, à des arbres np^lés malheureux y et maudits par la religion, tels que le peuplier^, l'aune et l'orme, réputés stériles. On ne pouvoit faire mourir qu'avec le glaive, non avec la hache, l'épée, le poignard

' CiCER. in yttrr, v, cap. m.

> Cftllislnitasscriptfratcrttoein; THboiiaiilas furcam fubsUiuit, quia Cooslantinus supplicium oracis abrogaverat. ( PaHdect, llb. XLViii, Ut. IX, depœn, )

3 Erant autem it{fetse*ê arborée, damnaUeqtie religlone, qoie noo serantar neo fractum ferunt : qual«8 populus, alDus, 1 ulmus. ( l^iN., HUt, nai, , IU>. XX vi; Pand$ct., toc. dU ) {

et le bâton. La mort parle poison ou par la pi* vation d'aliments, d'abord permise, fût ensuit» prohibée.

Étoient exemptés de la question tes militairei, les personnes illustres ou distinguées par leor vertu : celles-ci transmettoient ce privilège i krat postérité jusqu'à la troisième génération. ÉloieDt encore soustraits à la question les hommes libm de race non plébéienne , excepté le cas d'aecusa^* tion de crime de lèse-majesté au premier dief] or, la frayeur des tyrans et la bassesse desju^ faisoient survenir cette aceosation dans toutes ta causes.

Les supplices de la question étotent : le ohevslet, lequel étendoit les membres et détachottÉf os du corps; les lames de fer rouge, les oroal traîner ' , les griffes à déchirer. LemémehomiDi pouvoit être mis plusieurs fols à la torture. SI nombre de gens étoient prévenus du méoie erime, on commençoit la question par le plus timide oi le plus jeune*.

Ces épouvantables iavmitlons de Ttaihiimanift ne suffisoient pas , et les bornes des toarmeoll étoient laissées à la discrétion du juge ^ De làeel arbitraire des supplices dont je vous ai parié.

Avant de mettre les esclaves à la question , l'ai cusateur en déposoit ie prix : le gouvememenl confisquoit les esclaves qui survivoient, kMrsqo'ill avoient déposé contre leurs maîtres K

De ce récit succinct de la corruption de Bons païenne par la religion et les lois, passons à H peinture de la corruption dans les mœurs*

Le seul peuple qui ait jamais fait unspectadl de l'homicide est le peuple romain : tantôt e^ toient des gladiateurs , et même des glaâkMitê de famille noble ^ , qui s'entre-tuoient peur le cK* vertissementdelapopulacela plus abjecte, oomne pour le plaisir de la société la plus ranfaiée ; taotêl c'étoieut des prisonniers de guerre que Ton armoil les uns contre les autres , et qui se massacroiset au milieu des fêtes, la nuit, aux flambeaux, fit présence de courtisanes toutf« hues : on ibrcoit ia

' Unco trahebantur. ( Pun. ; Senec. )

> Ut ab eo primam {ncipiatur qui timidior est, vei teM» statis videtur. ( Pandect. , lib. xltiii , Ut. xviit. )

3 Quâ^stionis modum magii et jttdtoei arbUrad oporuic ( Id. , ibid. ) .

« Voyez tout l'effroyable Uti« de QunêtimiibuL L*cspm de ceite dernière loi est logique dans sa craaiité.

* Per id tempos faclum est mulierodi oertAiii»— ^^ crudele pugoavissent , esseDtqae ob eam caosam 0»**'*°^ bllissimas feminas convidis cooseetat», ^"^°^^'!ll£h mulier usqoam in retlquam tempos iHiMribas |l«oi«nni fungeretur. (Dion., Hiêi. iUm,, Ub. txiYl» pag-W* "^

DOTiœ, 1800. )

HISKAIQÏÏES.

IM

|to, dM flb'i des Mm , de s'é^drger mutuel to« ■acafin de désennuyer ^n Néroo , et ndem en* m m Vespeiien et un Titus.

Lvinttièrae , les tigres , les our» , éMent ap* fàa à ces jeux des hommes par une ju^te égalité itMarnité. La mort se voulut montrer un Jour anilieaderarènedanstottte son opulence; elle ylt paraître à la fois une multitude de lions : tant ètosehesa£Eunéesauroient manqué de'pAture , i ks martyrs ne s'étoieut heureusement trouvés fm kmrnr du sang et de la chair à ces armées lidcwrt Onie mille animaux de différentes sp^ tHftusDt immolés après le triomphe de Tri\|an laifliOBoes, et dix mille gladiateurs suocombèi«l tais les jeux qui durèrent cent yin^«trois

. Il M rmaioe étendolt ses soins maternels sur ktt» de meurtre ; elle défendoit de les tuer en iHfse, ooomie on défend de tuer les brehis, aimées troupeaux. Le retentissement des glaim, les rugissements des animaux , les gémisse- Boti des victimes dont les entrailles étoient trains iir qq sable parfumé d'essence de safran ou Aaude senteur • , ravissoient la foule : au sortir il runpUthéàtre elle couroit se plonger dans les hh», su dans lee lieux dont les enseignes bril* hintiMs les voAtes qui ont donné leur nom à lltiaoïgreaston de la chasteté. Ces impitoyables VHtaleors de la mort , qui la regardoient sans infoir apprendre à mourir^ aeoordoient rare- Mtla vie : si le gladiateur crioit merci ^ les Dell, b Lesbie , les Gynthie , les Lydie , toutes ces hnes des Tibulle , des Catulle , des Properce , Inflofsce, donnoient le signe du trépas de la ataie main dont les muses avoie^i^t chanté les

art» caiesses %

! L» fattns particttliersétoient rehansaés par ce ikiârdosang :qaandon s'étoit bien repu et qu'on iRndttit de Tivresse, on appeloit des gladia- Itni; la salle retentissolt d'applaudissements, is^s'uk des deux assaillants étoit tué. Un Ro- Mlsaifoit ordonné, par testament, de faire corn* ^ ainsi de belles femmes qu'il avoit achetées ; ^naotre, déjeunes esclaves qu'il avoit aimés ^.

' ÛDoodilato aat allia rragrantihus liqooribaa. ( MàBiuL.,

Mtteen TertobaoL ( Jdvkol., ««I. lii» V. as.)

Qiii acMll? Td «Bis BOH Hdlt Tulnêra pallP

<Ni» etvat MridBta smlllHW. aenlMiae lacetult.

M^ oaaes tnpleC nunerot . dlgnlsalma pronua

"OrtO nitrona toba ; niii >l quid In lllo ,

'"tlore plu aglUC , verstque paratitr arcnar.

Qw* prastare poteat maHa gatcata pudorem .

^ tagtt a acxu ? ( Ju V. , taL vi , t. atr et aeq. )

* <Mn iMlaiagato fonook^ioas muUercs quaiamarat*

Le luxe des édifices à B<imé passe ee qu'on enl saurait dire : la maison d'un riche étoit une villa entière ; on y trou voit des forum , des drques , des portiques, des bains publics, des bibliothèques* Les maîtres y vi voient , pendant le jour, dans des salles ornées de peintures que la lumière du soIeH n'éolalroit point : on ne les peut encore voir qu'à la lueur des torches , anjourd'hui que la nuit des siècles et les ténèbres des mines ont ajouté leuv obscurité à celle de ces voûtes. Un ouvrage, fiiust sèment attribué à Lucien , fiait l'éloge d'un appariemeni ; cette demeure est représentée comme une iémme modeste dont la parure est à ses char; mes ce que la pourpre e$t à un vêtement Et ce« pendant l'habitation qui paroissoit si simple à l'auteur de cette pièce de rhétorique ^ a des murs peints à fresque , des plafouds encadrés d'or, el tout ce qui en ferait pour nous un palais de la plus grande magnifieenee.

Descendant de la cruauté à hi débauche, qui ne sait la epinihriœ de Tibère et les Incestes de Caligula? Qui n'a entendu parler de Messallne et du lit où elle rapportoit l'odeur de ses souillures I Néron se marioit publiquement à des hommes u Par la blessure qu'il iltàSporus, il inventa uns femme nouvelle. Je ne redirai plus rien des Vitek lius et des Domitien.

Le luxe des repas et des fêtes épuisoit les tré» sors de l'État et la fortune des familles; il falloil aller chercher les oiseaux et les poissons les plus rares , dans 1^ pays et sur les c6tes les plus éloi-? gnés. On engraissoit toutes sortes de bètes pour la table, jusqu'à des rats. Des truies on ne man^^ geoit que les mamelles; le reste éloit livré aux

esclaves.

Athénée consacre 9nie livres de son Bianq^t^ à décrire tous les poissons, tous les coquillages, tous les quadrupèdes , tous les oiseaux , tous les insectes , tous les fruits , tous les végétaux , toua les vins dont les anciens usoient dans leurs repas. Il se donne la peine d'instruire la postérité que les cuisiniers étoient des personnages importants, familiarisés avec la langue d'Homère, et i qui Ton faisoit apprendre par cœur les dialogues de Platon. Ils mettoient les plats sur la table, oomp-

eo pago» gentre ooDQigere intor ae; allaa , impuberea pueroa quoa vivua in delicUa habebat. ( Athen. , lib. iv, pag. 154,

«dit. 16M. ) .... »

1 Nero taoto Sablo» dealderlo teneri cœptt ut paerom Hbertum (Sporiia nominabatar ) exaecari juaierit quod Sa« bios almiUlmus cral, eoque In castiris reboa pro uxore usas ait, qoio etiam progredienle iampoie «ara ko luoreoi diuit , quanquam ipac nuptua Pythagonp liberlo. ( Dion. • lib. un,

pas* f^^ >

toa

ÉTUDES

tant : Vn, deux, iroi$ * ,et répétant ainsi le eommencementdu TlrW^Jbavoient trouvé le moyen de servir un cochon entier, rôti d*un cMé , et boailli de l'antre *. Us piloient ensemble des cervelles de volailles et de porcs, des jannes d*œntis, des feuilles de rose , et formoient du tout une pâte edoriférante, cuiteàunfeudoux , avec de lliuilei du garum , du poivre et du vin ^. Avant le repas on mangeoit des cigales pour se donner de Tappétit K

Je vous al parlé de cet Élagabale à qui ses compagnons avoient donné le surnom de Varius, parce qu'ils le disoient fils d'une femme publique et de plusieurs pères. Il nourrissoit les officiers de son palais d'entrailles de barbot , de cervelles de fiiisans et de grives, d'œufs de perdrix et de tètes de perroquets ^, Il donnoit à ses chiens des foies de canards , à ses chevaux des raisins d'Apamène , à ses lions des perroquets et des faisans^ U avoit , lui , pour sa part , des talons de chameau, des crêtes arrachées à des coqs vivants, des tétines et des vulves de laies , des langues de paons et de rossignols , des pois brouillés avec des grains d'or, des lentilles avec des pierresde foudre, des fèves fricassées avec des morceaux d'ambre, et du riz mêlé avec des perles ? : c'étoit encore avec des perles au lieu de poivre blanc , qu'il saupou* droit les truffes et les poissons. Fabricateur de mets et de breuvages, 11 méloit le mastic au vin de rose. Un Jour il avoit promis à ses parasites un j^énix, ou, à son défiiut, mille livres d'or*.

En été il donnoit des repas dont les ornements ehangeofent chaque jour de couleur : sur les rédiauds, les marmites, les vases d'argent du poids de cent livres, étoient ciselées des figures du dessin le plus impudique '. De vieux sycophan-

> Atrkn., lib. n, cap. m.

* M,t lib. IX, cap. Ti, ad fia.

* Fragranttssiinis rwis In nortario irllii, addo galUnarnm et poroorum elixa cerebra , deinde oleum , gamin , piper, vi- Dum, omnia carloae trita in ollam novain eflùndeDi, sab- Jccio Igni blando et continuo. (Atbkn., Deipnowph,, lib. ix, pag. 406.)

* Lib. IV, cap. VI.

^ Exhibait palatinis ingrates dapet extismallonim refertai, et oerebellb pbomloopteniin , et perdicam ovis , et œiehellls tnrdoram, et capitlbiu paltlaconim et phaaiaoonim et pa- ▼onum. (£iM Lamprid. WtL. jéug., vit. Heliogab., p. 108. ParisUa, IC20.)

* Canea jednoribat anseram pa?lt. Mislt et QTas apamenas Inpnesepla eqniBsuis. Et paittada atque phasianb leooes pavât, (/d., ibié,) "^

f Gomcdlt calcanea cameloram et cristas vlTii gallinaceii demptas; llngoas pavonum et lasclniaram, pisum cam auleb, lenleoi cam cmaniis, fabam com elcetris et orizam com aibb. {U., îbid.)

* Fertar et promisiaae phœnieeni eonvivib, Tel pn> ea libres aarl mille. (M., pag. 109.)

* OdndecstliraeoiivlTlacolocibas exhibait.. ScnperTtrto

tes, assis auprès du maître du banquet, kea* ressolent en mangeant.

Les lits de table , d'argent massif, étoient pov semés de roses, de violettes, d'hyacinthes et de narcisses. Des lambris tournants lançoient des fleurs avec une telle profusion, que les coDvIfes en étoient presque étouffés *. Le nard et des psi^ ftims précieux alimentoient les lampes de ees festins qui comptoient quelquefois vingt-deux seN vices. Entre chaque service on se lavoit , et Foo passoit dans les bras d'une nouvelle femme \

Jamais Élagabale ne mangeoit de poisson an* près de la mer ; mais , lorsqu'il en étoit très-éMgné , il faisoit distribuer à ses gens des laitanoef de lamproies et de loups marins. On jetoit au p» pie des pierres fines avec des fruits et desflean; on l'envoyoit boire aux pisdnes et aux bidos remplis de vfai de rose et d'absinthe '.

J'ai déjà touché quelque chose des imporetà et des noces d'Élagabale. Il aimoit partieolièR" ment à représenter l'histoire do Péris : ses yë» ments tomboient tout à coup; il paroissoitmi, tenant d'une main une de ses mamelles, de Fastre, se voilantcomme la VénusdePraxitèle;ils'»' genoulUoit et se présentoit aux ministres de ses voluptés ^. Il avoit quitté Zoticas le cocher, et s'^ toit donnéen mariage à Hiéroclès ; il portais passion pour celui-ci à un tel degré d'obscénité, qu'on ne le sauroit dire; il prétendolt célébrer ainsi les jeux sacrés de Flore ^. En bon Romain, il méloit l'immolation des victimes humaioesl la débauche ; 11 les choisissoit parmi les enteitt des meilleures familles, prenant soin qu'ibem* sent père et mère vivants, afin qu'il y eftt plv de douleur ^.

Élagabale étoit vêtu de robes de soie brodées de perles. Il ne portolt jamais deux fois la même

perdlea onuMi osUroa... Vasa centenaite argeotca senipla, 4 nonnalla tcbematlbus libidinosto iuqulnata. ( JEui luotB» Hiit. Jug,f vit. Hetiogah., pag. 107.)

» Oppresalt in tridlBiia TeraaUlibas parasiloi tooa vioUi «t floribas, sic ut animam allqui efflaveriot, qaam crepen ad aammom non poasenl. </tf., pag. los.)

' Idem in iuoenla balaamam exhibait. ExhlboitclaliqoaD^ taie oonvivium ut haberet vigenti et doo fercala ingeoUaM epdlaram, aed per lingala lavant, et mulierilNis otcreolar ipae et amid cum Jurejaraodo quod votuptatem elBoa«nt. (/d., pag. III.)

' Ad mare plaeem nuoqoam coroedit : lo kmgiisba" • mari loda omnIa marina aemper exibait : maRoaroD lacti* b«s et luporam In locla meditcrraneia pavit , et roili plidfl» exhibait, et bibil cum omnibus suis ealdaria , mlscnU g«amas pomis ae floribus; jecit et per fenestram dbos. (Mt ibid,)

< PosterlorUMU emlnenUbus in aobactorem r^|ecUs et oppoaiUs. (/d., pag. io9.)

* Ut eidem Ingoina oscalaietar. (/d., tfrtd.)

• Oredo Ht major caaetatriqiwpaicDtldolor. (M., tW)

HISTORIQUES

la même bague, la même tunique * ; lieeonnot Jamais deux fois la même femme *• bi esttKiu sur lesquels il se couchoit étoieut olés d'un duvet cueilli sous les ailes des perèix '. A des chars d*or incrustés de pierres prédnsn (Élagabaie dédaignoit les chars d'ai^ent tf d'ivoire) il enchafnoit deux, trois et quatre kks femmes, le sein découvert, et il se faisoit tnteer sur le quadrige. Quelquefois il étoit nu iulqaesoD élégant attelage, et ii rouloit sous es portiques semés de paillettes d*or ^, comme bSelell conduit par les Heures.

Si ces iniquités et ces folies n'appartenoient filon seul homme, il n'en faudroit rien concile des mœurs d'un peuple; mais Élagabaie Anefit ûdt que réunir dans sa personne ce qu'on m avant lui, depuis Auguste Jusqu'à Gom- Se faut-il étonner qu'il y eût alors dans les de Bome , dans les sables de la Thé- , un autre peuple qui , par des austérités Il des larmes, appelât la création d*un autre ■ims? Ces cochers du cirque, ces prostituées fa temples de Gybèlc, qui faisoient rougir la kas ^ de leurs affreux débordements, ces pour- ■Ivants de testaments, ces empoisonneurs, ces ttmalclons, toute cette engeance de ramphitbéélie, toute cette race Jugée et condamnée devoit iipuoltre de la terre.

L'impureté n'étoit pas le fruit particulier de Kdneation des tyrans , un privilège de palais , me bonne grâce de cour ; elle étoit le vice domilut de la terre païenne , grecque et latine. La psieurcomme vertu, non comme instinct , est née h christianisme : si quelque chose pouvoit ex- Mer les anciens, c'est que, ne remontant pas fin haut que le penchant animal, ils n'avoient (H de la chasteté l'idée que nous en avons.

Des savants, dans Athénée', examinent doc- Iment quand l'amour pour les Jeunes garçons eoomença. Les uns le font remonter à Jupiter,

' cyemMDUiin Donqnam lleravit; anoiikM eUam negatur Inw, fRliouf vfstes s»pe oonscfclit. (Lammiio., vit. Ht-

' HcB moUerem nnnquam Ueravit prêter uxorem. (/d.,

'ht odImiU ta aecuMIis làcUe, nlsi Ib qui pHam leporinam lièrent, aat plomas perdiccam , sub alarei caldtras , s«pe fpméam. {id,, p^^ los.)

* lilNiK eC gemmata véhicula et aurata, contempsit aryilBlii et eboratis et sratto. Janxit et quaternas mulieres pjMwriiiiim et Muas ad papittam, vel teniai et amplius, et |ie veelabii eiA : led pleruiiK|tieniulas, ouoi nadum illœ

(itf^ pa({. 111.) Soobe auri porticom stavit

at fltde aorosa arena. (/tf., pag. lia.) .

eqolCaBt, ac , lona teste , moTeatnr.

(JVT.,«Ot.TI.)

et les autres à Minos , qui devint amoureux de Thésée ; les autres à Laius, qui enleva Chry sippe, fils de Pélops son h6te. Hiéronyme , le péripatéticien , loue cet amour, et fait l'éloge de la légion de Thèbes; Agnon, l'académicien, rapporte que chez les Spartiates il étoit licite à la Jeunesse des deux sexes de se prostituer légalement avant le mariage.

Dans le dialogue des Amours y qui n'est vrai« semblablement pas de Lucien, l'auteur introduit sur la scène deux parsounages, Ghariclès et Callicratidas; ils plaident dans un bois du temple de Gnide, l'un l'amour des femmes, l'autre l'amour des garçons : Lycinus et Théomneste sont Juges du débat. Ghariclès, attaquant son adversaire après avoir fait l'éloge des femmes , lui dit : « Ta victime souffre, et pleure dans tes odieu- « ses caresses ' ; si l'on permet de tels désordres « parmi les hommes, il faut laisser aux Lesbien- • nés leur stérile volupté *. »

Gallicratidas prend la parole ; il repousse quelques-uns des arguments de Ghariclès : « Les lions « n'épousent pas les lions, dis-tu? c'est que les « lions ne philosophent pas^. » Gallicratidas fait ensuite une peinture satirique de la femme : le matin, au sortir du lit, la femme ressemble à un singe; des vieilles et des servantes , rangées à la file comme dans une procession , lui apportent les instruments et les drogues de sa toilette , un bassin d'argent , une aiguière, un miroir, des fers à friser, des fards, des pots remplis d'opiats et d'onguents pour nettoyer les dents, noircir les sourcils , teindre et parfumer les cheveux ; on croiroit voir le laboratoire d'un pharmacien. Elle couvre à moitié son front sous les anneaux de sa chevelure, tandis qu'une autre partie de cette chevelure flotte sur ses épaules. Les bandelettes de sa chaussure sont si serrées qu'elles entrent dans sa chair ; elle est moins vêtue qu'enfermée sous un tissu transparent qui laisse voir ce qu'il est censé cacher. Elle attache des perles précieuses à ses oreilles, des bracelets en forme de serpents d'or à ses poignets et à ses bras ; une couronne de diamants et de pierreries des Indes repose sur sa tête ; de longs colliers pendent à son

' PrlDCipio qaideni dolores ae lacryms oborluntor, nbi per tempos dolor aliquld remMt, nihll quloquam, at alunt, modeste feceris, volaptas autem ne alla qaldem. (LuaAm Amore», pag. b72. Lutette Paristonim , an. lois.)

* Congrediantur et ill« Inler se motuo. Trlbadam obeoœnltaUsistiuspassim ac Ulwre vagetar. (/rf., ibid.) 3 Non amant sese Icooet, nec enlm phikMophanlar. Oux ipd9t Xfovnc, oOSà toj^ ^Xoooçovcrtv.

(Lucum Amoretf pag. 670.) '

ixmu

eou ; des taloiii d'or oiwtit M okaiHMra de i^rpre;eUfi nxi^t ses Joues J^vudent^afio de disaimnler sa pâleur. Aiosi parée , elle sort pour adorer dea déesies iooonoues et ûitales À sou mari. Ces adorattoDS sont suivies d^initiatious mal fa« mées et de mystères suspects'. Elle rentre , et passe d*uu bain prolongé à une table somptueuse ; elle se gorge d*aliments , elle goûte à tous les mets du bout du doigt. Un lit voluptueux l'attend ; elle s*y livre à un sommeil inexplicable, si c'est un sommeil ; et quand on sort de cette couche moelleuse, il faut vite courir aux thermes vol* sins '. >

De cette satire , Callicratidas passe à l'éloge du jeune homme : « Il se lève avant l'aurore, se plonge dans une eau pure , étudie les maximes de la sagesse , Joue de la lyre , dompte'.sa vigueur sur des coursiers de Thessalie, et lance le Javelot; c'est Mercure, Apollon, Castor. Qui ne seroit l'ami d'un pareil jeune homme ^? L'amour étoit le médiateur de l'amitié entre Oreste et Pylade ; ils voguoient ensemble sur le même vaisseau de la vie ^ : il est beau de s'exciter aux actions héroïques par une triple communauté de plaisirs , de périls et de gloire. L'Ame de ceux qui aiment de cet amour céleste habite les régions divines, et deux amants de cetie sorte reçoivent, après la vie, le prix immortel de la vertu^. wCallicra* tidas exprime ici l'opinion de Platon et de So« crate, déclaré le plus sage des hommes 1

Lioiniusjuge le procès : il laisse les femmes aux hommes vulgaires , et les petits garçons aux philosophes. Théomneste rit de la prétendue pureté de l'amour philosophique , et finit par la peinture d'une séduction dont les nudités sont à peine sup-

> Eliam ooroDa caput clrcomcirca «mbit, lapfllis fndicis itellata, pntiosa autem de cenridlMis mont lia dépendent. Im-

pudeolea etlam geoaa rubeCaciant ilUlic fueto

nempe statim e domo egress», sacriUcia faciunt arcana et abaqae vfrii tospecta mytteria. (Ldciani Amom, pag. 57».)

* Doml statim prollia l)aloea ac suroptuoia quidem ac lauta mensa. Posteaquam enim nimis quam replets fuerini aua ipsaram gulmitate, •aminli digitis velat Inaeribeotes ap> positorum anomquodque dégustant. Et diversorum corporum somnos et muliebritate lectum refertam, ex quo sur^ens sUUm lavaero opoi babet (/rf., im.) Ce latin ne rend oas le texte grec. '^

3 Bfane surgens ex lecto, poatqnam residentem In oculls lomnom raliqMum aqua aimpllci abstenlt. Illi apla ataue lonora lyra. Thessall equi illi cura sunt, ac brevlter Juventatem doma^ ae nUiitiigaiit, in paea mediutur ne bellleas

evibrandoJacuU. Quornodovero^nonamarellllum

inpalaatrisquidem Mefcarium, inter lyras autem ApoUlnem equitatorem veroGaatorem? '

« Anior Onttem et Pyladem coi^unxit : atqw U nno e«demque vil» navigio slmul navigarunt

» EUam sUier poet terfam exdpit cna qui taae lectantor • nu antem melioci foto morientes, TlrtuUa prsmioiB boe inoomipUbile coiuequuatur. (i(f. , pag. 686. )

portables sous le vblle de la' bligae gne^n c latine.

Les plus grands personnages de la Gièeeetk

plus hantes renommées passèrent sous le joiigd

ces dégradantes passions. Alexandre fit rotigi

ses soldats de sa familiarité avec l'eunuque b

goas. Périclès vivoit publiquementavee la îam

de son fils' ; il défendit devant les tribunauxQ

mon accusé d'inoeste avec sa sœur Ëlpiniœ, i

Elpinice devint le prix de l'éloquence tarée d

triomphant orateur'. Sophocle sort d'Athèas

avec un Jeune garçon qui lui dérobe son meateas

Euripide se raille de Sophocle , et lui déclare qol

a possédé pour rien la môme créature^. Sophoch

lui répond en vers : « Euripide , ce fut le aoWl4

« non un jeune garçon qui me dépouilh sbm

« faisant éprouver sa ehaleur ; pour toi , c^est Bei

« rée qui t'a glacé dans les bras d'une fenuM

« adultère 4. >» Le sale DIogène dans<Htaveeri

légante Lais qui se livroit à lui ; et le voluptam

Aristippe , amant de Lais , aj[q^u voit le partags

Sur le tombeau de Dioclès, de jeunes garpuiieé

lébroient chaque année la fête des baisers : le plm

lascif obtenoit la couronne ^ : Dioclès avoit été w

infâme. Athénée nous apprend encore le rôle que

jouoient les courtisanes , et Lucien , les lefasi

qu'elles se donnoient entre elles : Aspasie , Pfary**

née, Laîs , Glycère , Flora, Gnathèœ, Goalbé*

nion , Manie et tant d'autres , sont devenaes des

personnages mêlés aux plus graves comme» m

plus beaux souvenirs de Thi^toire , des ails et d«i

génie.

Un trait particulier distingue le dialogue des Courtisanes dans Luden. L'ai|teur met soovest en scène une mère et une fille : c'est la mère p corrompt la fille ; qui cherche i lui enlever to»t remords, toute pudeur; qui llnstrait au liberli* nage , au mensonge, au vol ; qui lui conseille de se prostituer au plus rustre i au plus laid^ ss

' Atokn. , lib. XIII , cap. v.

>/rf., ihtd,

* Sophoeirai venostam pueraa extra ncmla eM)a& duxisse ut corn eo coirK, eumque Soplioelte penula (Hrtpta dicessisse. Euripides cadiinnans per ludibrian diiit llto M aliqoando pucfo osiim fttlsM, veram albl furtonlIiUtfi^'''' ( Athen. , pag. eoi. )

« Hee ubi Sopiioelei radltt, In EorlpidcBi «plgnaM SQilpiitlraJiiaiiiodi!

Sol quldem , o Baripi4cs , non puer, eom me taRefsficrit Veste nudavlt : llbl vcro alienam axoreia oacolsnti ln*«sUBoreas,etc.

"HXioc 4v, o6 «Ole , EOpimSii , Se fU x3^u><v^' ^^, ( AmEN. , Ite^piMMvA. , pas- ^ '

* Qtilqiie labra Ubris dulcios appUcaverlt , IscpraiisoMraUMadHttaiBfltitMirmrtlliir. .

(THEOC.Wf '/•»'•'

HISTORIQUES

fhiMliiM, p0onti <iu*i) paye bien et qii*(m le |ri0idé|MNittler. Quant aux Jeunes courtisanes ^ Aiépraafcot presque toujours une passiopsinlire et iial?e ; elles ont recours à des enchante- ■Mti, commB la magiciewiff de Tliéaegtte , pour np^dcs amants Totaigas; en les valtoeeq^ Haamefaer non-^senlcaient à leurs rivales, sibe&emà leurs maux, les philosophes. Ghé» iitelMi propose à Droséd'écrlre avec du charbon m la muraille da Céramique : Aristenei corfwpi Œnias. Get Aristenet étoît un philosophe fiavott enlevé GIlBias à Droeé. Enfin Ton trouve pmi las Kalogœs de Lucien , celui de Cloua-» na et de Lésoa , consacré à la peinture des ûé^ priiaaefllre les feenmes ; ils y sont peints comme kidéGardres entre les hommes, Lésna est aimée taeiiehe femme de Lesbas, Mégille, déjà liée isi Démonasse , femme de Gorinthe. Ces deux ^ilnnes invitent Léaena à partager leur comane couche. Mégilie jette au loin sa feusse che- KJVf , parait nue , et la tète rase comme un ath« fib'. Lésna entre dans des détails aasea étendus i^ Cladarion , et refuse do hii donner les der-

VoBs anriei mie fausse idée de ces ouvrages , imsvous les représentiez comme ces mauvais htsdesthiés parmi nous à la dépravation de la )noeKe,Diaisqal ne peignent point Tétat gênéni de la sodété. Les Pères de l'Église s*expri- KBt comme Luelen, et comme Atliénée : Cléattt d'Alexandrie indique des choses de la même a*tnre que celles rappelées aux dialogues des Amnmy et il cite ailleurs des faits racontés par laden loi-même 3; il parle de la Vénus de Cnide Mlée dans son temple , et de Philœnis , « à qui , «*t Henry, on attribuoit un écrit touchant les «inpodidtésies plus criminelles dont les femmes •MiieBt capables. » Saint-Justin , dans son Apo- ^ie, assure que Touvrage de Philœnis étoit te les mains de tout le monde ^.

Chez plusieurs nations, un prix étoit décerné

' VqiilU eonMn ut Utom fleUtiam hai>ebat a eapite riyeeit , waotnD Jacdbat omnino similis atque xquîparanda gladia- MfilicQi vetienMDter virill alque robusto ad vivam osque

' H( qasre accoraUns omnta , tarpia eniro sunt. 'Uiaïaidialogimeretricii Clonariutn et Lcœna, ad fineio,

h fmia^,, Hb. ri, cap. x; in Prvtreptieo, pag. 84 et 38. ^niQteQr ilalfen trop féièbre a reprodolt l'ouvragé de jy'fa» Avtot loi , on grave el kH gleux savant da onzième a^ivoit écrit on livre de même nature ; Brant<Sme a renoa- ^^Isnteci histoires; mais le véritable auteur de Touvrage gg»*êwt point la oourUsane Philœnis, c'étoit un lopbiste ^ Mycrate, oomme nous l'tfpNild AthMe*

au plus impudique ". Il y avott des villes entières consacrées à la prostitution : des inscriptions écrites à la porte des lieux de libertinage, et la multitude des simulacres obscènes trouvés à Pompéi ont fait penser que cette vitte Jooiisottde ee prtvlUge. Bes philsei^piieimédUisieiit poortaot sur la nature de Dieu et de rhosme dans cette Sodome ; leurs livres déterrés ont mdns résisté aux cendres du Vésuve que les images d*airain du musée secret de Portici. Caton le Censeur louoit les Jeunes gens abandonnés au viee que ehantoient les poètes». Après les repas , on voyoit sur les lits du festin de malheureux enfants qui attendoient les outrages ^

Âmmien Marcellin a peint les descendants des Qocinnatuset des Pobiicola au quatrième siècle4. <« lis se distinguent par de hauts chars; ih suent « sous le poids de leur manteau, si léger pour* « tant que le moindre vent le soulève. Us le se» « couent Aréquemment du cMé gauche pour en « étaler les franges et laisser voir leur tunique où « sont brodées diverses figures d'animaux. Étran« « gers, allez les voir, ils vous accableront de ca* « resses et de questions. Retournez-y , il semble « qu'ils ne vous aient jamais vus. lis parcourent « les rues avec leurs esclaves et leurs bouffons.... « Devant ces familles oisives , marchent d'abord « des cuisiniers enfumés, ensuite des esclaves « avec les parasites. Le cortège est fermé par des « eunuques, vieux et jeunes, pâles, livides, af- « freux.

« Enyoie-t-on savoir des nouvelles d'un ma«^ « lade , le serviteur n'oseroit rentrer au logis avant « de s'être lavé de la tète aux pieds. La populace « n'a d'autre abri pendant la nuit que les taver« « nés ou les toiles tendues sur les théâtres : elle « joue aux dés avec fureur, ou s*amuse à faire un « bruit ignoble avec les narines ^

« Ceux qui s'enorgueillissent de porter les noms « des Beburrl, des Faburri, des Pâgooi, des n Geri , des Dali , des Tarrasci , des Perrasi , vont

I Imploft Infamla turpissima. •

( PuiLO. Depramiis el pœnis, pag. 680 , io-fol. Parlsiis , I&52.)

* HoRAT. , saiir. , lib. I.

* Transeo puerorum inMielom grcges quoa post tranMOla. oonvivia aliâe cublcuU contumell» exspeclaut. (Senec, epitt. 05.)

4 Les Romains , sous le règne de Trajan, d*Antonln le Pieux et de M aro-Auréle, ressembloieot d^à beaucoup aux Romains dont parle Ammien Maroellhi. Lucien , qui vivoit sous ces empereurs , nous a laissé dans le Nigrinut un tableau des mœurs romaines dont Thislorien semble avoir emprunté plusieurs trails : le premier s*étend seulement davantage sur le goût pour les chevaux, sur U luxe, le^ funérailles, les testaments, etc.

^ AMM. MARCEIX. , lib. XLV.

ao4

ÉTUDES

« aux bains , couverts de soie et accompagnés de « cinquante esclaves. A peine entrés dans la pis- « cine , ils s*écrient : « Où sont mes serviteurs ? » « S'il se trouve quelque créature Jadis usée au seiv « vice du public , quelque vieille qui a trafiqué de a son corps , ils courent à elle et lui prodiguent de « sales caresses. Et voilà les hommes dont les an- « cétres admonestoient un sénateur pour avoir « donné un baiser à sa femme devant sa fille I Les « prétendez*vous saluer, tels que des taureaux « qui vont frapper de la corne , ils baissent ia tête t de côté , et ne laissent que leur genou ou leur

ft main au baiser de l'humble client

« Au milieu des festins , on fait apporter des « balances pour peser les poissons , les loirs et les a oiseaux. Trente secrétaires , les tablettes à la « main\ font l'énumération des services. Si un es- « clave apporte trop tard de Feau tiède , on lui « administre trois cents coups de fouet. Mais si un « vil favori a commis un meurtre : « Que voulez- « vous? dit le mattre ; c'est un misérable ! Je pu- « nirai le premier de mes gens qui se conduira

« ainsi.

« Ces illustres patiices vont-ils voir une maison * de campagne ou une chasse que les autres exé- « cutent devant eux ; se font-ils transporter dans « des barques peintes , par un temps un peu « chaud, de Putéoles à Gajète, ils comparent leurs « voyages à ceux de César et d'Alexandre. Une m mouche qui se pose sur les franges de leur évenû tail dore , un rayon de soleil qui passe à travers « quelque trou de leur parasol , les désolent ; ils « voudroient être nés parmi les Gimmériens '.

« Gincinnatus eût perdu la gloire de la pau- « vreté si , après sa dictature , il eût cultivé des « champs aussi vastes.que l'espace occupé par un « seul des palais de ses descendants '. Le peuple ne « vaut pas mieux que les sénateurs ; il n*a pas de « sandales aux pieds , et il se fait donner des noms « retentissants; il boit. Joue et se plonge dans la « débauche; le grand cirque est son temple, sa « demeure , son forum. Les plus vieux Jurent par « leurs rides et leurs cheveux gris, que la répu- « blique est perdue, si tel cocher ne part le pre- « mier et ne rase habilement la borne. Attirés

* Ubi si inter anrata flabella locintU serlds inaederint muscs, vel per foramen umbraculi pensilis radiolus îrruperit Bolls , qucrunlur quod non sunt apud Cimroerios na(f . ( Ahm. Marcbll., Ub. xxviii, cap. iv, pag. 4 il. Lugdani Balavorum, 1083.)

* Quoram mensaram si In agris consul QalnUas possedisset, amiserat eUam post dlctaturam gloriam paupcrtaUs. ( /tfem, Ub. XXII, cap. IV. )

« par l'odeur des viandes , ces maîtres dn moadft « suivent des femmes qui crient comme des paons « affamés , et se glissent dans la salle à manger « des patrons'. »

La mollesse du peuple passa à l'armée : le soU dat préféroit la chanson obscène au cri de goer* re; une pierre , comme autrefois , ne lui servoit plus d'oreiller sur un lit armé , et il buvoit dans des coupes plus pesantes que son épée*; il cou* noissoit le prix de l'or et des pierreries; le temps n'étolt plus où un légionnaire ayant trouvé dans le camp d'un roi de Perse un petit sac de peau rempli de pertes, les jeta, sans savoir ce que c'étoit, et n'emporta que le sac ^.

Le soldat romain quitta la cuirasse, abandonos le pilum et la courte épée : alors , nu comme k Barbare et inférieur en force, il fut aisément vaincu. Yégèce attribue les défaites successives des légions à l'abandon des anciennes armes <.

Les désordres de la police de Rome étolesl extrêmes : on en Jugera par un événement arriîé sous le règne de Théodose I^.

Les empereurs avoient bâti de grands édifices où se trou voient les moulins et les fours qui ser-* voient à moudre la farine et à cuire le pain distribué au peuple. Plusieurs cabarets s'étoient él^ vés auprès de ces maisons ; des femmes publiques attiroient les passants dans ces cabarets ; ib n'y étoient pas plutôt entrés qu'ils tomboient par des trappes , dans des souterrains. Là ils demeo* roient prisonniers le reste de leur vie , contraints à tourner la meule , sans que Jamais leurs pa« rents pussent savoir ce qu'ils étoient devenoi Un soldat de Théodose , *pris à ce piège , s'arma de son poignard, tua ses détenteurs, et s'échappa. Théodose fit raser les édifices qui couvroieutces repaires; il fit également disparoftré les maisons de prostitution où étoient reléguées les fenunes adultères ^.

L'anarchie dans les provinces égaloit celle qui régnoit dans la capitale : Salvien déclare qu'il n'y a point de châtiment que ne méritassent les Romains; il les compare aux Barbares, et les trouve inférieurs à ceux-ci en charité , sincérité, chasteté, générosité , courage. Il fait la descrip*

I Amh. Marcell., lib. xwiii, cap. iv.

* Cum miles canUieoas medilaretar pro JabUo laoilloKS : et non saxum erat ut antehac armalo cubUe. .... et gn- \iora gladils pocula , lesta enim bU)ere Jam podebat. ( Ahli Ub. XXII, cap. IV. )

* Id. , ibid.

* JDere milii,, cap. x.

^ SocAAT. , 1U>. V, cap. XVUf.

HISTORIQUES

lioideiaSeptifflanie: « Vignes, prairies émail- «iéesde fleurs , vergers, campagnes cultivées, •fiMiéts, arbres fruitiers , fleuves et ruisseaux , •M s> tnmve. Les habitants de cette province «aedevroient-ils pas remplir leurs devoirs en*

• yen an Dieu si libéral pour eux? Eh bien ! le

■ people lephis heureux des Gaules en est aussi le •plBsdér^é*. La gourmandise et l'impureté do-

• minent partout. Les riches méprisent la religion

■ et la bienséance ; la foi du mariage n'est plus un « iiretB , la femme légitime se trouve confondue «iTcc les concubines. Les mattres se servent de

• leur autorité ponr contraindre leurs esclaves à *ie rendre à leurs déârs. L'abomination règne «dnsks lieux où des filles n'ont plus la liberté

• f elle chastes. On trouve des Romains qui se li- •mot À tous les désordres , non dans leurs mai« ^w, mais an milieu des ennemis et dans les •fades Barbares.

•Les villes sont remplies de lieux infâmes, et «ttslieux ne sont pas moins fréquentés par les

■ femoies de qualité que par celles d*une basse

< eoodîtion : elles regardent ce m)ertinage comme

• OD des pri villes de leur naissance, et ne se

< piqoent pas moins de surpasser les autres fem-

• nés en impureté qu'en noblesse \ < U n'y a plus personne , continue le nouveau

•Jérémie, pour qui la prospérité d'autrui ne «loit QB supplice. Les citoyens se proscrivent

• les ans les autres : les villes et les bourgs sont ■en proie à une foule de petits tyrans, Juges et " poMleains. Les pauvres sont dépouillés , les veu-

• Yes et les orphelins , opprimés. Des Romains •voatcfaerdier chez les Barbares une humanité ■et oa abri qu'ils ne trouvent plus chez les Bot mains; d'autres, réduits au désespoir, se sou-

• ièieot et vivent de vols et de brigandage; on

• knr donne le nom de Bagaudes ^ ; on leur fait un

■ criine de leur malheur; et pourtant ne sont-ce 'fis les proscriptions, les rapines, les conçus- > sionsdes magistrats , qui ont plongé ces Infortu* « aésdans un pareil désordre ? Les petits proprié-

yhoiDQlhas qaippe Gallls sicat divilUs prioii fuere, sic ^ (Salv. , de Gttbem, Dei , lib. xii , pag. 230. )

\jjVtA Aquitaolcas Yero qam civltas in locapIeUssima ao ''Watma mii parte non quasi lupanar full? quis potentum adhitom ood in lato Hbldlnls vixit? Quis non se barathro 'J'^l'iiiiaMeeollQvlootoimmersit? Haud maltom matroDa «sti vitttate andllanim. (Salv., de Gubern. Dei, lib. tu,

Qoos compaUiiiQi «ne crimioosos « Impatatar his infeli- 2j*|na : qoibos enim aliis rébus Bagaud^'e facti sunt niai l'iJl^iibasnoatris, nisi eoram proscriptlontbus et raplnis 2|||i ^ueUcNiis pal>liaB in quasslus proprii emolumenla ver^ "*imSalt., de Gubern* Dei, lib. V, pag. 169. )

« taires, qui n'ont pas ftii, se Jettent entre les « bras des riches pour en être secourus, et leur « livrent leurs héritages. Heureux ceux qui peu- « vent reprendre à ferme les biens qu'ils ont don* « nés! Mais ils n'y tiennent pas longtemps : de « malheui^en malheur, de l'état de colon où ils « se sont réduits volontairement, ils deviennent t bientôt esclaves*.»

Ce passage de Salvien est un des documents les plus importants de l'histoire ; il nous apprend comment l'état des propriétés et des personnes changea au sixième siècle , comment le petit pro* priétaire livra spn bien et ensuite sa personne au grand propriétaire, pour en recevoir protection. Cet effet violent de la nécessité se convertit en usage, et bientôt en loi : on donna son aleu an Barbare, qui le rendit tu fief ^ moyennant service , et ainsi s'établit la mouvance et la propriété féodale.

II faut joindre aux causes de la destruction des lois et des mœurs païennes une dernière cause, puissante dans les hauts rangs de la société : la philosophie.

Je vous ai dqà fait observer que les sectes philosophiques étoient au paganisme ce que les hérésies étoient au christianisme, dans le rapport inverse de la vérité à l'erreur. La vérité philosophique ne fut dans son origine que la vé« rite religieuse, ou, pour parler plus correctement, la philosophie, qui prit naissance dans les temples , fut d'abord cultivée en secret par les prêtres. La vérité philosophique (indépendance de l'esprit de l'homme dans la triple science des choses intellectuelles, morales et naturelles ) se dut trouver altérée, selon le temps et les lieux. Les hommes placés au berceau du monde , cherchèrent et crurent découvrir les lois mystérieuses de la nature dans la cause la plus agissante sous leurs yeux.

Ainsi les prêtres de la Chaldée regardèrent la lumière dont ils étoient inondés dans leur beau climat, comme une émanation de l'âme uoiver* selle; bientôt ils attribuèrent aux astres qu'ils observoient une influence toute particulière sur l'homme et sur la nature. La lumière , diminuant de force en s'éloignant de son foyer, créoit , sur son chemin du ciel à la terrre, des êtres dont l'intelligence varioit selon le degré de fécondité qui restoit au rayon créateur. Le système des prêtres chaldéens donna naissance à la théorie des

< Coloni divituiA fiunl... in hanc necPssHatem rcdactl ut ^t jo» llbertatis amlllant. ( De Gubern, Dei, 1. x , c. v, p. lOQ. )

ÉTUDES

iiies i \H vMfj» et hé rncBata s'cnebaliière&t à la marche des saisons.

Les mages, ne considérant dans la lumière H\M la chaleur^ firent du feu le principe de tout, fit comme il y avoit , selon les mages , une matière brute qui résistoit à l'action du feu, de là les deux principes s Tesprit et la misère , le bien et le mal. Par le feu ou la chaleur se reproduisoient rime humaine et les génies de la religion secrète des Chaldéens.

Les prêtres d*Égypte se persuadèrent, au bord du Nil , que Feau étoit Tagent d'une âme universelle pour la reproduction des corps. Ayant remarqué qu'il y a dansrhonune un esprit, et dans Panimal un instinct , ils en conclurent une intelligence qui tend à s'unir à la matière, cette intelligence voulant toujours produire des choses parfaites, et la matière s'opposant toujours à la perfection. Mais il paroit quHls regardoient le bon et le mauvais principe comme également matériels , ce qui faisolt une doctrine d'athéisme et de matérialisme chez le peuple le plus superstitieux de la terre.

Aujourd'hui que les Indes nous sont mieux connues, que leurs langues sacrées sont dévoilées aux savants de l'Europe , nous trouvons dans ces immenses régions des systèmes métaphysiques de toutes les sortes , des cultes de toutes les formes , même de la forme chrétienne; nous trouvons trois principes excellents, bien que mêlés de choses extravagantes : l'existence d'un Dieu suprême, rimmortalité de l'âme , et la nécessité morale de faire le bien.

Mais cette nécessité morale de la philosophie indienne eut une conséquence aussi inattendue que désastreuse : d'après la nécessité du bien , ('âme de l'homme devoit retourner au sein de Dieu , si elle pratiqpolt la vertu , ou s'emprisonner dans d'autres corps sur la terre, si elle s'étoit abandonnée aux vices. Ce cercle inévitable de la société religieuse rendit la société politique stationnaire; tout s'incrusta dans des castes qui ne remuoient pas plus que ces bonzes fixés des Jours entiers dans la même attitude, par esprit de sacrifice et de perfection. Ce que le matérialisme opéra en Chine et la superstition en Egypte, la philosophie l'accomplit aux Indes : elle ligatura rhomme dans son berceau et dans sa tombe.

La haute science Ait donc captive dans les collèges sacerdotaux de la Chaldée, de la Perse, des Indes et de l'Egypte. Rendons Justice aux

Grecs; ils thrèrent la philosophie du fbnd de temples , comme le christianisme la fit sortir de écoles philosophiques. Ainsi la philosophie fki pratiquée secrètement par les prêtres, c'est mm premier pas ; elle fiit étudiée par quelques hom mes supérieurs de la Grèce hors des sanctunira c'est son second pas ; elle fdt livrée à la foole ps les chrétiens, c'est son troisième et dernier psi. Les Grecs, qui dérobèrent les premiers la phi losophie aux initiations , ftirent des poètes et de législateurs, tels que linus, Orphée, Masée, Ëumolpe, Mélampe. Ensuite vinrent, dans m société plus avancée , Thaïes, Pythagore , Phéié cide. Voyageurs aux Indes, en Perse, en Chaldée, en Egypte, ils pénétrèrent leurs systèmesdesdoe» trines qu'ils avoient étudiées ches les pfêtraJi ces contrées. Thaïes, comme les Égyptiens, sd« mit Teau pour élément général , et devint le chef de la philosophie expérimentale; une des hrtih ches de son école donna naissance à la philoso* phie morale personnifiée dans Soerate. Pythagore engendra hi philosophie intelleduelle que divinisa Platon. Aristote, esprit positif et unlverael, supposa une matière étemelle, et des formes mathématiques invariables renfermées dans eette matière. Le monde finit par se parti^ entre les deux écoles de Platon et d'Aristote , entre le système des formes et celui des idées.

Les conquêtes d'Alexandre répandirent la philosophie grecque sur le globe , où elle s'enrichit de nouvelles oonnoissances,

« Alexandre conmianda à tous les hommes ii* « vants d'estimer la terre habitable estre leor « paysi et son camp en estre le chasteau et le don* « jon; tous les gens de bien, parents lesoas des « autres , et les méchants seuls étrangers : on de* i < meurent, que le Grec et le Barbare ne sernenl « point distingués par le numtean , ni à la tsç» « de la targe, ou au cimeterre, ou par le haatel • peau; mais remarqués et discernés, leOreeà « vertu et le Barbare au vice, en léputant tous kl « vertueux Grecs, et tous les videux Barbo

« Qui

« plaisir de voir ces belles et saintes espousailleSf « quand il comprit dans une mesme tente cent « pousées Persiennes , mariées à cent espoui mft* ' « cédoniens et grecs , lui-mesme estant oouroni^'' « de chapeaux de fleurs, et entonnant le pr&r « mier le chant nuptial d'Hyménéds, comme on « cantique d'amitié générale ' ! »

* Plctar^. , De létforpmt i*A9eitmtéff, tf«l> iTAIW**»

HISTORIQUES

ÎOJ

àBjàtf qui latfodrit kl, Bftns le savoir, la

}mpt et le reflet des moears de son siècle dans

hfâiitoie de l'âge philosophique et poli de la

tÂf , o*dte rien à la vérité des faits , et leur

4fNle aa charme étranger. Il n'est point de mon

9$i d'entrer dans le détail des sectes philoso-

|kif&ei ' ; nmb Je dois rappeler que la philoso-

|lh le Piatod , mêlée aox dogmes chaldéens et

m traditions juives , s'établit à Alexandrie sous

Il Ploiéinées : tous les systèmes, toutes les q[>i-

liiMemTe^Sèrent à ce centre de lumières et de

lÉrinsdont le christianisme débrouilla le chaos.

La philosophie, des Grecs introduite à Rome

Imla le culte national dans la ville la plus re-

%iaM de la terre. Le poëte satirique Lucile,

M de Scipion , s'étoit moqué des dieux de

, Imi, et Locrèce essaya de les remplacer par le

.ih|taKQi néant d^Épicure. César avoit déclaré

ajlÉsénat qu'après la mort rien n'étoit; et

pBÉraii qui I cherchant la cause de la aupério-

)fté de Rome , ne la trou voit que dans sa piété ,

, eontr^ctoirement , qu'à la tombe finit

riKmune. L'épicurisme régna chez les Ro-

darant la majeure partie du premier siècle

rèie dirétienne; Pline, Sénèque, les poètes

les historiens Fattestent par leurs écrits, leurs

unes et leurs vers. Le stoïcisme prit le des-

qund la vertu fut élevée à la pourpre.

Cei diverses philosophies, qui ne descendoient

dans le peuple, décomposoient la société;

De guérissoient point la superstition des es-

Tcs,et6toient la craintedesdieuxaux maîtres.

irts magiques, plus ou moins mêlés aux dog-

leolastiques , la théurgie et la goétie , rarae-

des erreurs tout aussi déplorables que les

de la mythologie. ^

Ui philosophes, tantôt chassés de Rome, tan-

nppelés, deveooient des personnages impor-

M ridicules qui se prétoient complaisam-

anx idolâtries, aux mœurs et aux crimes

te siècles* On en remarque auprès de tous

'^^Jiaos \ on en trouve au milieu des débauches

^^tbale : il est vrai que, pour l'honneur de

"^ ceux-ci ae voiloient la tête comme Aga-

^Ha te couvrit le viaage au sacrifiée de sa

^' : Plothi même assistoit aux désordres de

ijj^^ ^ffkfrique ênf U$ Êévolutions eontlent un aperça jy** ^ tcclM ; on jpeiit oomulter, dans cet ouvrage , le JJJJSïM'ttqae quef eo ai dressé. On le pourra corriger JjT|^ ^»Miul de Vhiêtaire de la philoêophie de Tenue- ■■ jUiJuit eueUemment par M. Cousin.

'"« ttici improU , et seaet quidam et specie philoeo*

Ces sages s'attrfbuolent des dons surnaturels • depuis Apollonius, qui setransportoit par l'air où il vouloit , Jusqu'à Proclus , qui conversolt avec Pan , Ësculape et Minerve , il n'y a pas de miracles dout ils ne fussent capables. L'affectation des allures de leur vie rendoit suspect le naturel de leurs principes. Ménédus de Lampsaque paroissoit en public vêtu d'une robe noire , coiffé d'un chapeau d'écorce où se voyoient gravés les douze signes du zodiaque; une longue barbe lui descendoit à la ceinture , et , monté sur le cothurne, il tenoit un bâton de frêne à la main; il se prétendoit un esprit revenu des enfers pour prêcher la sagesse aux hommes '.

Anaxarque, maître de Pyrrhon, étant tombé dans une ravine, Pyrrhon refusa de l'en retirer, parce que toute chose est indifférente de soi, et qu'autant valoit demeurer dans un trou que sur la terre *.

Lorsque Zenon marchoit dans les villes, ses amis l'accompagnoientde peur qu'il ne fût écrasé par les chars : il ne se donnolt pas la peine d'é« chapper à la fatalité ^. Diogène faisoit le chien dans un tonneau ; Démocrite s'enfermoit dans un sépulcre ^ ; Heraclite broutoit l'herbe de la montagne ^ ; Ëmpédocle, voulant passer pour unç divinité, se précipita dans l'Etna; le volcan r^eta les sandales d'airain de l'impie, et la fourbe fut découverte *.

Ces sophistes, de même que les hérésiarques, se livroient à toutes sortes de folies; des platoniciens se tuoient comme les circoncellions, et des cyniques bravoient la pudeur comme les priscilliens. Dans les écoles d'Athènes et d'Alexandrie, les maîtres mêloient le peuplée leurs factions; leurs disciples couroient au-devant des nouveauvenus pour les attirer à leur doctrine, criant, sautant, frappant, à l'instar des furieux.

Lucien i*eprésente Ménlppe affublé d'une massue, d'une lyre et d'une peau de lion, et s'écriant : n Je te salue, portDiue superbe , entrée de mon « palais ! » Ensuite Ménippe raconte à Philonide que , fatigué de l'incertitude des doctrines, il s*adressa à un disciple de Zoroastre. Ce magicien par excellence, appelé Mithrobarzanes, avoit de

phi, qui caput reliculo componereDt (Ujiprid., in vit, Elag,, pag. 102. )

> SciD., ATBEif. Jib- IV, pag. 163.

» Laert. , lib. m. Pyrrhon,

3 Id., lib. VII.

4 Id., Mb, Ui, in Dem,

5 Id., in Heracl.

• Id, y lib. VIII ; LuçiAN. , SniiB. , lib. vi.

Page 1