‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 193 sur 228 · DE · texte numérisé non relu

DE

LoQis X avoit eu , de sa pr^nière femme adul* tère, une ûlle nommée Jeanne , laquelle, héritant du royaume de Navarre , le porta dans la maison d'Ëvreux dont elle épousa le chef. La seconde femme de Louis , Clémence de Hongrie , étoit enceinte lorsqu'il mourut; il y eut une sorte d'interrègne pendant lequel Philippe, second frère de Louis , eut la régence. Les douze pairs décidèrent que, si l'enfant à naître étoit femelle, la couronne passeroit à Philippe : c'est la première fois qu'il est parié dans notre histoire de la loi salique, et de Tapplication de cette loi. Clémence accoucha d'un fils , Jean P'; il ne vécut que cinq jours> (an 1816) : plusieurs historiens l'ont omis dans le catalogue des rois, tant il passa vite; on ne retrouve que dans des ahartes oubliées les dates rapprochées de sa naissance et de sa mort : heureux si un autre orphelin Boyal eût de même caché sa courte vie dans le trésor poudreux de nos chartes , s'il n'cAt jamais senti k poids de la couronne , qu'il n'a cqiendant pasportéei

Phiilippe V, dit le Long , fut proclamé roi ; il y eut contestation ; plusieurs princes , et entre autres le frère du roi , qui fut depuis Charles le Bel , vouloient qu'on examinât les droits que Jeanne, fille de Louis X , pouvoit avoir aux couronnes de France et de Navarre. Le sacre se fit à huis clos. Une assemblée d'évêques, de seigneurs et de bourgeois de Paris, déclara qu'au royaume de France la femme ne succède pas% et cela contre la maxime du droit féodal, par qui presque tous les grands fiefs tombolent de lance en quenouille. Un traité conclu, en 1816, entre Philippe y, alors régent , et le duc de Bourgogne , avoit stipulé que, si la veuve de Louis X acooudioit d'une fille, cette princesse, et Jeanne sa secur, du premier lit, ou l'une des deux, en cas que l'autre mourût , auroient le royaume de Navarre avec les comtés de Champagne et de Brie, et qu^elles donneroienl quittance du reste du royaume de France \ Ne croiroit-on pas voir

> JSpieU., loiD. III , piff 79 '* Trésor deg CkarUi,

a Contin, Chron, GuUl. de Nattgi$,; SpiciL, t III, p. 78.

» 7rw. tf« Cha. Nav., layette iii« pièce Tii; Dopuu, Traité

de la maison den rois; Leibnitz tu eod. diplotn., pag. 70 ;

Mém, de VJc. des Bel, Let,, tom. XfU, pag. 395. I

d'obscurs héritierssepartageaot une ferme ea famille? Ces anciennes monarchies cbrétLeana étoient singulières, tant pour le droit que pour les mœurs ; elles avoieot à la fols quelque cboK de rustique et de violent, d'équitable et d'ia* Juste , comme la vieille république romaine : dm femmes donnoient quittance de cette mâle |i> trie, qui, portant sa gloire en tous lieux, doa* ttoit souvent elle-même , en se retirant , qaittaaee de ses conquêtes.

Jeanne épousa Philippe, fils aîné du eomK d'Évreux, auquel elle porta en dot le royanm de Navarre. Elle fut mère de Charles le Maa^^ Philippe le Bel avoit marié sa fille Isabelle i Édouai*d II, roi d'Angleterre; elle fut mère dÉ douard III , autre fléau de la France. Le royaoni de Navarre, entré, par le mariage de Philiffi le Bel, dans la maison de France., ensortitsm le règne de ses Ois, pour y rentrer quatre «ièda après par uœ autre princesse du nom de JeaBoe, mère de Henri IV ; époque à laquële nos meiar ques reprirent ce titre et ne le quittèrent pin qu'en perdant les deux couronnes. Disoes d« aussi tout d'un coup que Charles le Sel, én^eifll la baronnie de Bourbon en duchéfiairie ea fi veur de Louis I", fils aîné de Bohert, sbdtei fils de saint Louis, obligea ceiuirci à rensaoerM nom de Clermont, età reprendre œhii delaaèa de sa femme, Agnèsde Bourbon : de là vintoenoM de Bourbon, auquel il n'a manqué, pendant taal de siècles, que cette gloire de Tadversité, qa'Hi enfiAi magniflquNnent obtraue. Ainsi se ow» trent, à peu près à la même époqœ, dansnoM histoire , ces Bourbons et ces Navarrois, lei^ accablés sous la même couronne, dévoient v«i leur premier roi tomber sous le poignard dafr* natique, et le dernier sous la hache de Fatbée.

Philippe V, de même que ses prédécettent, éXxAX toujours en querelle avec les prinees flamands ; il finit néanmoins par mettre un terne i une guerre qui avoit duré vingt-cinq aimées, ei donnant sa fille Marguerite en mariage au coibIi de Nevers, a condition qu'il succéderolt aucoorti de Flandre. L'Allemagne étoit divisée entre kl deux prétendants à Templre, Frédéric d'Autrich et Louis de Bavière. L'Italie prenoit part à oettt division dans les deux partis guçlfe et gibelin : les Viscontl s'élevèrent dans ces troubles. Le pape publia contre eux une croisade , comme autrefois contre les comtes de Toulouse.

Reparurent sous Philippe le Long ces bandes de

DE L'HISTOmS DE FRAJVCE.

fÊifiMQêvmèii qui, soi» le oo» de Pastoureaux^ «voieot d^ désolé la France pendant la capti\ ité de saint Louis, et qui, sous prétexte d^aller délivrer la Terre-Sainte, ravagèrent leur propre pays itiiassacrèreotles Juife. Le mouvement qui, penêuA plusieurs si^les , avoit poussé les Germains vers le Midi, et les Arabes vers le Nord^ conserva loo principe dans les races qui Favoient opéré. Lliamear vagabonde et inquiètedps Barbares contfnoa de s'agiter, tant que la société demeura privéede tes droits : c'étoit l'indépendance naturelle dêrindividii qui semontroitàdéfaut de la liberté priiliqae 4e l'espèce.

Quelques ordonnances sur la Justice font hon- ■eor à Piiiiippe Y. Il est défendu aux Juges de déliter ttouveiies ou esbaitements pendant les au- Aeoees, de recevoir paroles privéesMI est défendu iapasserciû conseiiierdin roi aucune lettre contnire aux anciens règlements*. Mrssire Dieu, fM déni sous sa main fous les rois, ne les a esta- Uien terre qu'ajln quHls gouvernent ensuite HmêfUK On iixe an règne de Philippe V Tépofiedu dfoit qui rend le domaine de la couronne ÉMliénaMe^ (1391). Les lois générales prenoient ' k ^ee d«e Ids privées. Le roi ne pouvoit plas ; «quérir ni vendre , comme les autres possesseurs I le grands fiefs; il sortoit du pérage : mis à part ! le l*arislocratie et de la démocratie , il commen- ; frit ce pouvoir inviolable que la liberté lui re* I mnoft aujourd'hui pour sa propre garantie et par le maintien de l'ordre. Mais la nation renaisinre, en mérae temps qu'elle élevoit la royauté •Qoe hauteur inaccessible, réguiarisoit le mouvement de cette royauté, et il y avoit une loi supérieure à la volonté de la couronne, l'inaliénahRIté.

Philippe le Long s'occupa de l'administration; liégla la dépense de sa maison. Il faut prendre garde de confondre les idées par la ressemblance des mots. Ltîs anciens rois n a voient point de liste eiviie; ils vi voient des revenus de leurs domaines; fpyid ils adminlstxoient leur maison, ils administioient de fait les revenus de la couronne ; Fimpôt, Vii avoit toujours une destination spéciale, étoit applicable aux lieiy^ où il étoit levé , et ne tmnboit dans les coffres du roi que par abus. Toutes ces grandes charges, aujourdhui antiquailles de la

■ OrrioAii. des R., tom. I, pag. 673, 703, 7S9.

* '*• 'm pàg. STi , 073.

' ^»rf., pèg. 66tf .

• /6frf., p«g. 885.

royauté , qui n'ont plus de place dans la constitution de rÉtat, qui coûtent beaucoup et ne sont bonnes à rien , étoient , dans 1 origine , des places administratives. Le maître de Técurie du roi devint , sous Philippe Y , premier écuyer du corps; il se changea en grand écuyer sous Louis XI. Philippe établit des capitaines généraux dans les grandes villes ; le systèmedVlectionprévaloit toujours , et ces capitaines étoient élus par le conseil des (NTud'hommes. Ënfln, Philippe avoit s<mgé à établir l'égalité des poids et mesures , et une seule monnole pour la France. Les siècles marchoient.

Philippe aimoit les lettres ; il s'entoura de poë* tes et de savants, ce qui n'est remarquable qnt par ses ordonnances, dans lesquelles l'on sent un esprit quelque peu philosophique, étranger à eet âge. Tottloue devint mé^opoie; sdie évéchés nouveaux fturent établis.

A peu près à cette époque , le Dante mourut en Italie, et le aire de ioinvllle en France ; eelui-ci étoit plus que centenaire : repréaentaat des lempi de saint Louis parmi des honunes qui dcjà ne lui resserabloient plus, il devoit nous transmettre cette chronique pleine de charmes dont la langue n*est plus la nôtre; nous lui devons le premier monument de notre littérature, comme le DanAe a gloriAé sa patrie de cet ouvrage , à ta fois por* trait vivant et statue colossale du moyen âge.

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