‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 194 sur 228 · CHARLES IV · texte numérisé non relu

CHARLES IV

DE 1322 A I32ft.

Philippe V mourut à Longchamp , le 8 janvier, âgé de vingt-huit ans, après en avoir régné six. Il laissa quatre filles : un fils qu'il avoit eu de Jeanne, héritière du comté de Bourgogne i mourut en bas âge. Charles IV , dit le fiel , succéda à Philippe. L'archevêque de Reims, Robei-tdeCour* tenay, sacra les trois frères; Louis Hutin, Philippe le Long et Charles le Bel ' : honneurs répétés dont il offre en sa personne le seul exemple , et qui proovoient en même temps la vanité et la rapi« dite des honneurs de la terre.

Charles IV s'occupa vivement, dans les premiers naoments de son règne , d'une croisade pour secourir les chrétiens de Chypre et d'Arménie >. Ce ne fut qu'un projet coûteux . On fit la recherche des financiers, presque tous Lombards. Gérard Laguette, receveur général des revenus de la couronne^, mourut dans les tortures de la question.

< Balcxe, tom. n, |Mig. 440.

> EoiN., an 1322, d* 36 et miW.

^ .4hr. Chron.f tom. il, pag. 839.

Des commissions royales allèrent dans les provinces châtier les juges prévaricateurs et les nobles qui s'eroparoient du bien d'autruî. Jourdain de Lille, seigneur de Cazaubon , étoit accusé de rapt , de vol et d'assassinat : cité à la cour du roi, il assomma Thuissier qui vint lui signifier Tordre , et osa coroparottre devant ses Juges , accompagné de la principale noblesse de sa province. Il n'en fut pas moins condamné à mort , traîné à la queue d'un cheval , et pendu ' . Ce fait prouve l'usurpation de la couronne et In décadence du pouvoir féodal. Jourdain de Lille étoit un brigand , mais il étoit souverain dans son château ; s'il eût manqué de foi au roi , comme son hommelige , il eût été punissable ; il n'avoit commis que des crimes privés; et dans la loi du temps , ne tenant sa puissance que de Dieu , il n'étoit punissable que de Dieu. Mais la monarchie n'étoit plus la monarchie d'Hugues Gapet , et les masses roturières avoient gagné, par l'intervention du trûne, ce que leurs oppresseurs aristocratiques avoient perdu.

Des contestations , en Flandre , pour la succession du comté, entre \joms H, petit-fils du vieux comte de Ne vers , et' Robert de Casse! , fils de ce même comte (1323 à 1325 ); une défaite des Navarrois par les Basques; une guerre, en Guienoe , occasionnée pour la construction d'un château , entre le roi de France et le roi d'Angleterre , comme duc d'Aquitaine , remplissent les années 1323 , 1324 et 1325. A Toulouse, s*établirent des débats plus pacifiques : l'académie de le gaie société des sept trobadors donna naissance à celle des Jeux floraux. Ce règne de six ans , de Charles le Bel , n'est remarquable que par la révolution qu'il amena en finissant , et par les idées qui se développèrent en Angleterre.

Edouard II avoit épousé Isabelle de France , sœur de Charles le Bel , et dont il eut Edouard IH ; Je l'ai dit. Edouard IHtoit livré aux favoris. Gaveston , gentilhomme de Gascogne , lui avoit déjà été arraché par les seigneurs; il prit un autre favori, Hugues Spencer, lequel, avec son père , aussi nommé Hugues , devint le maître de l'État.

Les barons s'assemblèrent ; les Spencer en firent décapiter vingt-deux, parmi lesquels se trouvoit Thomas de Lancastre , oncle du roi. Après beaucoup d'événements et d'aventures , Edouard II ,

> SpiciL, tom ni, pag. 8U, 61 ; Hi$i, dei long,, tom. iv, pag. liiL

accuséauparlementd'avoir violé les loisâu pays, et de s'être livré à d'indignes ministres, fut, par arrêt de ce même parlement , déposé , oondamné à garder une prison perpétuelle , la couronne passant immédiatement à Edouard III >. L'arrêt loi fut lu en prison , en ces termes : Moi Gmllmm Trussely procureur du parlement et de Umie la nation angloise, je îx)us déclare en leur nom d de leur autorité y quej^ révoque et rétracter km* mage que je vous ai fait; et dès ce moment je vous prive de la puissance royale y etprotesk que je ne vous obéirai plus comme à mon m.

Voilà, dès Tan 1327 (14 Janvier) , un roijogé et déposé par ses sujets.

L'Angleterre devoit multiplier ces exempIeL Le roi Jean avoit déjà concédé la grande charte; lesoommunesétoiententréesau parlémentconm»

dans nos états ; en 1 265 , le parlement appelé Lei* cester avoit offert le premier modèle de la division du parlement en deux chambres ; évéDemeot qu'on ne remarqua point, mais dont les coiué" quences dévoient être sentie»si loin et si fort Os fit dire au Jeune Edouard ni , dans sa proclama' tion, que son père s^en est ousté des govemement du roialme de sa bo?ie volunte '; maisoes pria* cipes de souveraineté absolue, de succession, de noij-élection. étoient encore si peu reconnus, quoi qu'on en ait dit, que nous allons voir Édooari m disputer la couronne de France à Philippe de Valois, nonobstant la loisalique. Edouard ll,reDfermé au château de Barclay , fut assassiné ai moyen d'un fer rouge qu'on lui enfonça dans ie fondement à travers un tuyau de corne.

Un vieux poète anglois représente Edouard tt gardant des bergers dans la campagne à traven les fenêtres grillées de sa tour, et disant à pea près comme Lucrèce : « Heureux, ô vous qui « regardez du rivage, et qui n'êtes point engagâ

« dans le naufrage que vous voyez I »

Oh ! happy yoa who look as from the thore, Ad<1 had DO venture In the wreck ym Me!

L'évéque de Herford , consulté pour savol^sH étoit loisible de tuer un roi détrôné , avoit répondo par une phrase qui , selon la ponctuation, ponvolt signifler que cela étoit permis , ou que cela n'étdt pas permis : le crime étoit chargé de la vraie le^ ture'.

La mère d'Edouard fut reléguée au château de

> TnoYR., NUL d*AngL, tom. m, |Mig. I3S; Hoi.

•R\M., tom. Il, pag. )7I.

3 M, tom. X , pag. 63 dans la noie.

DE L'HISTOIRE DE FRANCE

Biaiog' ; Mortimer, son favori , subit le supplice qae Spencer avoit lui-même subi ; et ce fut en raison des droits de cette reine captive , inildèle, déshonorée , qui avoit privé son mari de la couronne et de la vie, qu*Édouard HI réclama la cooronne de France.

Charles IV , qui passa dans son temps pour un philosophe, décéda au bois de Vincennes, le 1*^' de février 1328. Il avoit eu à soutenir la cruelle et ridicule gaerte des bâtards, vagabonds soitis de la Gascogne , qui se disoient fils naturels des gientilshommes gascons : c*étoient les Pasioufraiu;sous une autre forme. Charles avoit épousé trois femmes : Blanche de Bourgogne , Marie de Loxembourg, et Jeanne d'Évreux. Les enfants des deax premières moururent à la mamelle; ieanne I bidonna deuxfilles. Il la laissa grosse desept mois I es mourant ; il dit aux seigneurs assemblés autour deson lit, que si la reine accouchoit d*une fille , ce Kwit aux grands barons de France à adjuger la couronne à qui de droit appartiendront . Il nomma Philippe de Valois régent du royaume poar rinterrègne ' : cela confirme toute ce que /ai dit sur le peu de fixité du principe héréditaire. ' Avec le règne de Philippe VI, dit de Valois, eommenceuneère nouvelle pour la France : nous \ avons atteint le point culminant des temps féodaux, qui vont maintenant décliner. Si les révolui fions n'alloient pas si vite dans ma patrie, si les I heures qui suffisent aujourd'hui* à la besogne des i siècles ne m'emportoient avec elles, j*aurois placé id les quatre grands tableaux de la monarchie féodale : la féodalité, la chevalerie, Téducation, les mœurs générales des douzième , treizième et qoatorzième siècles. Mais à peine puis-je consacrer quelque de pages à ce qui demanderoit des Tdames. Je vais présenter une ébauche qu'achèveront des mains plus habiles et plus heureuses.

tiODALITB, CHBVALEBIE, ÉDUCATION, HGEUBS GÉNBBALES DES DOUZIÈME, TBEIZIÈME ET QUATOBZIÈMB SIECLES.

Lorsque les Franks s'établirent en Gaule, ce paysponvoit contenir de dix-sept à dix-huit millions d*hommes, sur lesquels cinq cent mille chefs de famille tout au plus étoient de condition à payer la capitatlon ; cela veut dire que plus des ilenx tiers des habitants étoient de condition servile. L'esclavage portoit sa peine en soi : les invasions étoient faciles chez des peuples dont les

deux tiers, désarmés et opprimés, n'avoient aucun intérêt à défendre la patrie. Le même terrain qui fourniroit maintenant plus de quinze mille hommes en état de résister, n'avoit pas deux mille citoyens à opposer à la conquête.

Les esclaves, chez les Romains et chez les Grecs, étoient de deux sortes principales, les uns attaches à la maison et à la personne du maître , les autres plantés sur le sol qu'ils cultivoient. Les Germains ne connoissoient que ce dernier gem*e d'esclaves; ils les traltoient avec douceur, et eu faisoient des colons plutôt que des serfs.

Les Franks multiplièrent ces esclaves de la terre dans les Gaules ; peu à peu V esclavage sA;hangea en servage, lequel servage se convertit ensalaire, lequel salaire se modifiera à son tour : nouveau perfectionnement qui sigualera la troisième ère et le troisième grand combat du christianisme.

Si la moyenne propriété industrielle recommença par la bourgeoisie, la petite propriété agricole recommença par les serfs affranchis devenus fermiers-propriétaires moyennant une redevance, quand la servitude germanique eut pré valu sur la servitude romaine. Celle-ci paroît même avoir été complètement abolie sous les rois de la seconde race. On ne voit plus, en effet, sous cette race, deserjs de corps ou d'esclaves domestiques dans les maisons'. Il en résulta ce bel axiome de Jurisprudence nationale : Tout esclave qui met le pied sur terre de France est libre.

G est donc un fait étrange, mais certain , que la féodal ité a puissamment contribué à Tabolition de Tesclavage par rétablissement du servage. Elle y contribua encore d'une autre manière , en mettant les armes à la main du vassal : elle fit dû serf attache à la glèbe un soldat sous la bannière de sa paroisse ; si on le vendoit encore quand et quand la terre, on ne le vendoit plus comme individu avec les autres bestiaux. Le serf sur les murs de Jérusalem escaladée, ou vainqueur des Anglois avec du Guesclin , ne portoit plus le fer qui enchaîne, mais le fer qui délivre. Le paysan serf, demi-soldat, demi-laboureur, demi-berger

' L^esclavage de corps ne cessa pas partout à la fois; il se prolongea surtout en Angleterre par trois causes : le dur esprit des habitants, l'invasion normande qui ranima le droit de conquête, l'usage du pays qui n*admet Tabolition formelle d'aucune loi. En 1383 les Annales du prieuré de Duostaie fournissent cette note : « Au mois de Juillet de la présente « année, nous avons vendu Guillaume Pyke, notre esclave, « et reçu un marc du marchand. » Cétoit moins que le prix d'un cheval Jusqu'au militai du dix-sepliéme siècle, dans oee guerres que les Anglois faisoient à Charles I*^ pour la //berié de9 honnne», on voitces fameux nlveleurs vendre comme esclav es des royalistes faits prisonniers sur le charopdelMtaiUe.

ANALYSE RÀISONNÉE

du moyen âge, étoît peut-être moins opprimé, moins ignorant, moins grossier que le paysan libre des derpiers temps de la monarchie absolue.

On doit néanmoins faire une remarque qui expliquera la lenteur de l'affranchissement complet dans le régime féodal. L'affranchissement , chez les Romains, ne causoit presque aucun préjudice au maître de l'affranchi ; il n'étoit privé que d'un individu. Le serf constituoit une partie àyxjicf; en Taffranchissant on ahrègeoit le flef , c'est-àdire qu'on le diminuoit, qu^on amoindrissoit à la fois la qualité f le droit et Xa fortune du possesseur. Or^ il étoit difficile à un homme d*avoir le Courage de se dépouiller , de s'abaisser, de se réduire soi-même à une espèce de servitude, pour donner la liberté à un autre homme.

Voyons maintenant quelleétoit la classe d*homroes qui dominoit les serfs-; les gens depoueste, les y\\a\i\s jtaillables à merci de latête jusqu'aux pieds.

L'égalité régnoit dans l'origine parmi le^ Franks. Leurs dignités militaires étoient électives. Le chef ou le roi se donnoit àe% fidèles ou compagnons, des tendes, des antrustions. Ce titre de leude étoit personnel ; l'hérédité en tout étoit inconnue. Le leude se trouvoit de droit membre *du grand conseil national et de Tespèce de cour d'appel de justice que le roi présidoit : je me sers des locutions modernes pour me faire comprendre.

J'ai dit que cette première noblesse des Franks, si c'étoit une noblesse, périt en grande partie à la bataille de Fontenai. D'autres chefs franks prirent la place de ces premiers chefs , usurpèrent ou reçurent en don les provinces et les châteaux confiés à leur garde : de cette seconde noblesse franke personnelle sortit la première noblesse françoise héréditaire.

Celle-ci , selon la qualité et l'importance des fiefs, se divisa en quatre branches : l"" les grands vassaux de la couronne , et les autres seigneurs qui , sans être au nombre des grands vassaux , possédoient des flefs à grande mouvance; 2"* les possesseurs de fiefs de bannières ; 3*" les possesseurs de fiefs de haubert; 4° les possesseurs de fiefs de simple écuyer.

De là quatre degrés de noblesse : noblesse du sang royal, haute noblesse, noblesse ordinaire, noblesse par anoblissement.

Le service militaire introduisitcheilanoblesse ta dlsUnetif»! du chevalier, nHles, et de l'écayer,

servitium scuti. Les nobles abandonnèrent danf la suite une de leurs plus belles prérogatives, cell([ de juger. On comptoit en France quatre raille familles d'ancienne noblesse , et quatre-vingt-dix mille familles nobles pouvant fournir cent milli combattants. C'étoit, à proprement parler, la po* pulation militaire libre.

Les noms des nobles, dans les premiers tempiiji n'êtoient point héréditaires , quoique le sang, lé; privilège et la propriété le fussent déjà. On voii dans la loi salique que les parents s'assembloieilf la neuvième nuit pour donner un nom à Tenfant; nouveau-né. Bernard le DrfnoisfutpèrcdeTorfe^ père de Turchtil, pèred'Anchtil, père de Robert d'Harcourt, Le nom héréditaire ne paroît ici qu'l la cinquième génération.

Les armes conféroient la noblesse; la noblesse se perJoit par la lâcheté; elle dorraoit seuleroev quand le noble exerçoit une profession rotarièri non dégradante; quelques chaînes la communi» quoient ; mais la haute charge même de ehancelier resta longtemps en roture. Dans certainei provinces le lyentre anoblissoiiy c'est-à-dire qoé la noblesse étoit transmise par la mère.

Les éehevins de plusieurs villes recevoient la noblesse; on l'appeloit noblesse de la cloche, parce que les éehevins s'assembloient au son d'une cloche. L'étranger noble, naturalisé en France, demeuroit noble.

Les nobles prirent des titres selon la qualité de leurs fiefs (ces titres , à l'exception de ceux de baron et de marquis, étoient d'origine romaine] ; ils furent ducs, barons, marquis, comtes, vioom* tes, vidâmes, chevaliers, quand ils possédèrent des duchés , des marquisats , des comtés , des tI* comtés , des baronnies. Quelques titres appartenoient à des noms sans être inhérents à des fie£»; cas extrêmement rare.

Le gentilhomme ne payoit point la taille pe^ sonnelle , tant qu'il ne faisoit valoir de ses propres mains qu'une seule métairie; il ne logeoit point les gens de guerre : les coutumes particulières lai accdrdoiènt une foule d'autres privilèges.

Les nobles se distinguoient par leurs armoirte, qui commencèrent à se multiplier au temps des croisades. Ils portoient ordinairement un ol«« sur le poing , même en voyage et au conobat : lofi* que les Normands assaillirent Paris sons le to\ Eudes , les Franks qui défendoîent le Petlt-Poot, ne l'espérant pas pouvoir garder, donnèrent la liberté à leurs faucons. Les tournois dans les

DE L'HISTOIRE DE FRANCE

Tflles, les chasses dans les châteaux , étoient les friocipanx amusements de la noblesse.

On M se peut faire une idée de la fierté qu'imprima ao caractère le régime féodal ; le plus nioce aleutier s'estimoit à l'égal d'un roi. L'empereor Frédéric I** traversojt la ville de Thonpie ; le baron de Krenkingen , seigneur du lieu , M se leva pas devant lui , et remua seulement son ebaperott , en signe de courtoisie. Le corps aristocratique étoit à la fois oppresseur de la liberté commune et ennemi da pouvoir roynl ; fidèle à Il personne du monarque alors même que ce mo- Dinim étoit criminel , et rebelle à sa puissance alon même que cette puissance étoit Juste. De cette Mâité naquit l'honneur des temps modernes : vertu qui consiste souvent à sacrifier les autres tertos; vertu qui peut trahir la prospérité, jamais lenalheur ; vertu implacable quand elle se croit tflensée; vertu égoïste et la pins nobtedes person- Bilitè; vertu enfin qui se prête h elle-même seriMDt,et qui est sa propre fatalité, son propre

tain. Un chevalier du Nord tombe sous son en- Moi; te vainqueur manquant d'arme pour ache-

w sa victoire, convient avec le vaincu qu'il ira (bereher son épée ; le vaincu demeure religieuse- Beat dans la même attitude Jusqu'à ce que le vnnqueur revienne l'égorger : voilà l'honneur, premierué de la société barbare. (Mallet, Introduct, à PBisL du Danem.)

Da Pétat des hommes passons à l'état des pro- Iriétés.

Le fief qui naquit à l'époque où le servage ger- OMBique débouta la servitude romaine , constitua bféodalité. Dans les temps de révolutions et d'innÊms successives , les petits possesseurs n'étant pNis protégés par la loi, donnèrent leur champ àeeux qui le pouvoient défendre : c'est ce que Moi avons appris de Sal vien. De cet état de cho- Ks à la création du fief, il n'y avolt qu'un pas , << ce pas fut fait par les Barbares : ils avoient déjà Texemple du bénéfice militaire , c'est-à-dire de b concession d*un terrain à charge d'un service , Uen que les/e-odf ne soient pas exactement les frwdin miHtaria. Il arriva que le roi et les auta éuth ne voulurent plus accepter des immeu- Me8,eti installant le propriétaire donateurcomme fcnalér de son ancienne propriété'; mais ils la lui "nAeijf à oondilioa de prendre les armes pour les protecteurs : ils s'engageoient de leur côté à *«wrir cette espèce de scjet volontaire. Voilà le ^••Hage et la seigneurie.

Toutes les propriétés , dans la féodalité , se divisent en deux grandes classes : l'aieu ou le francaleu , le fief et l'arrière-flef. « Tenir en aleu , dit « la Somme rurale j si est tenir terre de Dieu tant « seulement et ne doivent cens , rente, ne relief, « ne autre redevance à vie ne à mort. »

Gujas fait venir le mot aleu [alodium] d'un possesseur des terres sine Iode, 11 est plus nature! . de le tirer de la terre du leude^ fidèle, ou de drUde, ami : dfudi et vassalli sont souvent réunis dans les actes. Leude est le compagnon de Tacite, t homme de la foi du roi dans la loi salique, et Panirustion du roi des formules de Marculfe.

L'aieu fut dans l'origine inaliénable sans le consentement de Théritier. Il y eut deux sortes de franc-aleu : le noble et le roturier. Le noble étoit celui qui entraînoit justice, censive ou mouvance ; le roturier, celui auquel toutes ces conditions manquoieut : ce dernier, le plus ancien des deux , représentoit le foible reste de la propriété romaine.

Les parlements différoient de principes sur le maintien do franc-aleu. Les pays coutumiers et de droit écrit , dans le ressort des parlements de Paris et de Normandie , ne reconnoissoieut le franc-aleu que par titres ^ titres qu*il étoit presque toi\jours impossible de produire. La eoutume de Bretagne, sons le parlement de la même province, rejetoit absolument le franc-aleu. Les quatre parlements de droit écrit, Bordeaux, Toulouse, Aix et Grenoble , varioient dans leurs iw, et rendoient des arrêts en sens divers : le parlement de Pro* vence ne reeevoit que le franc-aleu, et le parlement de Daupkiné i'admettoit dans quelques dé« pendances sur titres. Le Languedoc préteodolt jouir du franc-aleu avant les Établissements de Simon de Montfort , qui transporta dans le comté de Toulouse la coutume de Paris. » Après ce grand » progrès d'armes, Simon, comte de Montfort, se «. voyant seigneur de tant de terres, de mesnage- « ment ennuyeux et pénible, il les départit entre « les gentilshommes , tant françois qu'antres :

« Pour contenir l'esprit de

R ses vassaux et assurer ses droits > il establit des « loix générales en ses terres , par advis de buict <c archevesques ou evesques et autres grands per- <c sonnages. » Tarn inter barones, ae milites y quaminterburgenseset rurales, seu succédant hœredeSj in hœreditaiibus suis^ secundum morem et usum Franciœ , circa Patisiis,

ANALYSE RAISOiNNÉE

Les coutumes de Troyes , de Vitry et de Chau- j mont, réputoient toute terre franche ou alodiale. Le fief et i*aleu étoient la lutte et la coexistence de la propriété selon Tancienne société , et de la propriété selon la société nouvelle.

Quelquefois le fief se changea en aleu , mais Taleu finit presque généralement par se perdre dans le fief. Nulle terre sans seigneur devint Fadage de^ légistes. L'esprit du fief ^'empara à un tel point de la communauté, qu'une pension accordée, une charge conférée, un titre reçu, la concession d'une chasse ou d'une pèche, le don d'une ruche d'abeilles, l'airjnéme qu'on respirôit, s'inféoda; d'où cette locution : fief en Vair^fieJ volant y sans terre ^ sans domaine.

Fief, )eudumj feodum^ foedum , fochundum, fedum^ Jedium yfenum vient à^afidCy latin, ou plutôt dtfehody saxon, prix. La formule de la vassalité remonte au temps de Cliarlemagne : Jura

ad hœc sancta Dei Evangelia,

ul vassalum domino.

Le fief étoit la confusion de la propriété et de la souveraineté : on retoumoit de la sorte au berceau de la société, au temps patriarcal , à celte époque où le père de famille étoit roi dans l'espace que paissoient ses troupeaux, mais avec une notable différence : la propriété féodale avolt conservé le caractère de son possesseur; elle étoit conquérante; ef le asservissoit les propriétés voisines. Les champs autour desquels le seigneur, avolt pu tracer un cercle avec son épée, relevoient de son propre champ. C'est le premier âge de la féodalité.

• Le mot vassal f qui a prévalu pour signifier homme de fief, ne paroit cependant dans les actes que depuis le treizième siècle. Vassus ou vassallusy vient de l'ancien mot franc gesselly compagnon ; conversion de lettres fréquente dans les auteurs latins : Wacta, guet; wadium gage; fvantiy gants, etc.

Il y avoit des fiefs de trola espèces générales : fief de bannière, fief de haubert, fief de Simple écuyer.

Le fief banneret fournissoit dix ou vingt-cinq vassaux sous bannière.

Le fief de haubert devoit un cavalier armé de toutes pièces, bien monté et accompagné de deux ou trois valets.

Le fief de simple écuyer ne devoit qu'un vassal armé à la légère.

Tous les ûeh et ârrière-fiefi ressortissolent an manoir des seigneurs, comme à la tente du capl» taine : la grosse tour du Louvre étoit Xtfiefdnh minant ou le pavillon du général. Le terrain sur lequel Philippe-Auguste l'avoit bâtie, il l'avoit acheté du prieuré de Saint-Denis de la Ghartre, pour une rente de trente sous parisis : ainsi, ce donjon majeur, d'où relevoient tous les fieb, grands et petits, de la couronne, relevdt loimême du prieuré de Saint-Denis.

Quand le roi possédoit des terres dans la monvance d'une seigneurie, il deveaoit vassal da p» sesseur de cette seigneurie; mais alors il se faisoit fipprp£e»/er pour prêter, comme vassal, foiet hommage à son propre vassal ; on vouloit bien user de cette indulgence envers lui , sans qu'il se pût néanmoins soustraire à la loi générale de la féodalité. Philippe III rend, en l284,hflimouige à l'abbaye de Moissac. En 1360 le grand chambellan rend hommage, au nom du roi Jean, à Tévéque de Paris, pourleschâtelleniesdeToornant et de Torcy : Joannes, Dei gratia^ fnu*

corutn rex Roberius de LoriaeOy de

prœcepto nostro, homagium fecit. On citera en* core un exemple, parce qu'il est rare dans son espèce , et qu'il affectera les lecteurs françois comme l'historien qui le rappelle. Henri VI, roi d' Angleterre^ rend hommage à des bourgeois de Paris,

« Henry , par la grâce de Dieu, roi de France « et d'Angleterre y à tous ceux qui ces présentes « lettres verront, salut. Savoir faisons, qnCf « comme autresfois a fait nostre très cher sei- « gneur et ayeul , feu le roi Charles Charles VI), « dernier trespassé, à qui Dieu pardoint, partes <t lettres sur ce faictes, données le 21* jour de « mai , dernier passé , nous avons député et de- « putons NP Jean le Boy, nostre procurearaa « Chastelet de Paris, pour, et en lieu denoos, « à homme et vassal , de ceux de qui sont mou- ^ vants et tenus en fiefs les terres , possessions et « seigneuries , à nous advenues , en la ville et vi- <« comté de Paris, depuis quatre ans en ça; et « enfaire les debvoirs, tels qu'il appartient. . • •

« Donné à Paris, le 15^ Jour de

«mai 1423, et de notre règne le premier. Ainsi « signé par le roi , à la relation du conseil tenu " par l'ordonnance de monseigneur le ragent de « France, duc de Betfort. »

Paris étoit un composé de fiefs; neuf d'entre eux relevoient de i'évéché : le Roule, la Grange-

DE L'HISTOIRE DE FRANCE

Sitelière, l'outre Petit-Pont, etc. Les autres flefs de la irille de Paris appartenoient aux abliayes deSaiote^eneviève, de Saint-Germain des Prés, de Saiot- Victor, du grand prieuré de France, et du prieuré de Saint-Martin des Gliamps. On comptoit en France soixante-dix mille ûefsou arlièr^efs, dont trois mille étoient titrés. Le vassal préUrit hommage tète nue, sans épée, sans éperoDS, à genoux, les mains dans celles du seigneur, qui étoit assis et la tête couverte; on diioit : « /s deviens vostre homme de ce jour en i aixuU, de vie, de membre, de terrestre hon- « neur, et à voiis serai féal et loyal, et foi à vous ^porterai des tenements que je recognois tenir

■ de votis , sauf la foi que je dois à nosfre sei-

■ gneur le roi. » Quand cette formule étoit pro- Doncée par un tiers, le vassal répondoit voire : oui, je le jure. Alors le vassal étoit reçu par le seigneur audit hommage à la foi et à la bouche, c'est-à-dire au baiser, pourvu que ce vassal ne lAtpas un vilain. « Quelquefois un gentilhomme

• de bon lieu est contrainct de se mettre à genoux

• devant un moindre que lui : de mettre ses « mains fortes et généreuses dans celles d*un las-

■ ehe et efféminé. » [Traité des fiefs.) Quand Thommage étoit rendu par une femme,

die ne pouvoit pas dire : « Jeo deveigne vostre •feme, pur ceo que n'est convenient que feme

• dira que el deviendra feme à aucun home , •fors que à sa baron, quand ele est espouse^ ^ mais elle disoit , etc.

Main , fils de Gualon , du consentement de son fils Eudon, et de Viete sa bru , donne à Dieu et à Saint- Albin en Anjou la terre de Brilchlot ; en fol de quoi le père et le fils baisèrent le moine Gaultier; mais comme c'étoit chose inusitée qu'une femme baisât un moine, Lambert, avoué de Saint- Albin , est délégué pour recevoir le baiser de la donatrice , avec la permission du moine Gaultier : Jubente Walierio monacho.

Robert d'Artois , comte de Beaumont , ayant â recevoir deux hommages de son amée cousine madame Marie de Brebant^ damed'Arsehotet de Viersùn, ordonna : « Que nous et la dame de

■ Vierzon devons estre à cheval, et noatre cheval « les deux pieds devant en l'eau du gué de Noies ,

• et les deux pieds derrière à terre sèche , par

• devant nostre terre de Meun ; et le cheval à la- < dite dame de Vierzon les deux pieds derrière « en l'eau dudlt gué , et les deux devant à terre

• leehe par devers noatre terre de Meun.* »

L'hommage étoit lige ou simple; l'hommage ordinaire ne se doit pas compter. L'homme-lige ( il y avoit six espèces d'hommes dans l'antiquité franke ) s'engageoit à servir en personne son seigneur envers et contre toute créature qui peut vivre et mourir. Le vassal simple pouvoit fournir un remplaçant. On fait venir lige ou du latin ligare, liga, ligamen, etc., ou du frank leude : Vous êtes de Toumay, laquelle est toute lige au roi de France.

Tantôt le vassal étoit obligé à piège ou pk" jure, tantôt ti^TsxcQ de son propre corps, à dévenir caution ou champion pour son seigneur : c'étoit la continuation de la clientèle franke et de l'inscription au rôle Vassaticum.

Quand les rois semonoient pour le service du fief militaire leurs vassaux directs, les ducs, comtes , barons , chevaliers, châtelains, cela s*appeloit le ban; quand ils semonoient leurs vassaux directs et leurs vassaux indirects, c'est-àdire les seigneurs et les vassaux des seigneurs, les possesseurs d'arrière-flefs , cela s'appelott l'arrière-ban. Ce mot est composé de deux mots de la vieille langue : har, camp , et ban, appel , d'où le mot de basse latinité heribannum. 11 n'est pas vrai que l'arrière-ban soit le réitératif du ban.

« Les vassaux, hommes et cavaliers^ estoient « comme des digues , des remparts , des murs d*ai- « rain , opposez aux ennemis ; victimes dévouez à « la fortune de TEstat, possédants une vie flot- « tante, incertaine, le plus souvent ensevelie a dans les loiines communes. » ( Du Franc-aleu. )

Les vassaux dévoient aide en monnoie à leur seigneur en trois cas : lorsqu'il partoit pour la Terre-Sainte , lorsqu'il marioit sa sœur ou son fils atné , lorsque ce fils recevoit les éperons de la chevalerie.

Il y avoit des fièfs rendables et receptables : le fief étoit rendable quand le vassal, en certain cas , remettoit les châteaux du fief au seigneur, en sortoit avec toute sa famille, et n'y rentrait que quarante jours après la guerre finie ; le fief étoit receptable quand le feudataire , sans sortir des châteaux qu'il tenoit , étoit obligé d'y donner asile à son seigneur. L'un et l'autre de ces fiefs étoient jurables à cause du serment réciproque.

L'investiture, qui remontée l'origine de la monarchie , se faisoit pour le royaume , sous la première race, par la franciske, le hang ou angon; sous la seconde race , par la couronne et le manteau ; sous la troisième, par le glaive, le sceptre et la*main de justice.

ANALYSE RAISONNÉE

L'investiture on mMne dv fief avoit lieu au moyen de quelque marque extérieure et symbolique , suivant la nature du fief ecclésiastique ou militaire, titré ou simple : on jnroit sur uneerosse, sur un calice , sur un anneau , sur un missel, sur des clefs, sur quelques grains d'encens, sur une lance, sur un heaume, sur un étendard , sur une épée, sur une cape, sur un marteau, sur un are, sur une flèche, sur un gant , sur une étrille, sur une courroie , sur des éperons , sur des cheveux , sur une branche de laurier, sur un bâton, sur une bourse , sur un denier, sur un couteau , sur une broohe, sur une coupe, sur une cruche remplie â*ean de mer, sur une paille, sur un fétu noué , sur un peu d'herbe , sur un morceau de bois , sur une poignée de terre. On trouve encore de vieux actes dans le» plis desquels ces fragiles symboles sont conservés; le gage n'étolt rien, parce que la fol étoit tout. « Le seigneur est tenu à son homme « comme thomme à son seigneur^ fors que seu- « lement en révérence. ^ Une société à la fois libre et opprimée, innocente et corrompue, raisonnable et alisurde, naïve, capricieuse, attachée au passé Comme la vieillesse; forte, féconde, avide d'avenir comme la Jeunesse ; une société entière reposa sur de simples engagements, et n'eut d'autre loi d'existence qu'une parole.

La création des terres nobles dans le régime féodal étoit une idée politique la plus extraordinaire et en même temps la plus profonde : la terre ne meurt point comme l'homme; elle n'a point dépassions; elle n'est point sujette aux changements,^ aux révolutions; en lui attribuant des droits, c'étoit communiquer aux institutions la fixité du soi ; aussi le féodalité a-t-elle duré huit cents ans, et dure encore dans une partie de l'Europe. Supposez que certaines terres eussent conféré la liberté au lieu de donner la noblesse, vous auriez eu une république de huit siècles. Encore faut-il remarquer que la noblesse féodale étoit, pour celui qui la possédoit,une véritable liberté.

Le roturier ne put d'abord acquérir un fief, parce qu'il ne pouvoit porter la lance et Véperon, marques duservice militaire; ensuite on se relâcha de celte coutume : le roi dont les trésors s'épuisoient, le seigneur accablé de dettes, furent aises de laisser vendre et de vendre des terres nobles à de riches bourgeois; la.terre transmit le privitége, et le roturier, investi du fief, fut à la troiéième génération démené comme gentilliomme.

Tout feudataire pouvoit prendre les arme^con-

tre son seigneifr pour déni de Jnstiee , et peur ve»' geanee de famille ; traditions de l'indépendance et des mœurs des Franks. La querelle se pouvoit te^ miner par le duel , par Yassurement (caution), ou par une sentence enregistrée à la Justice seigneiH riale du suzerain. « C'est la paix de Raolin d'A^ « gées, de ses eniants et de leur lignage, d'aœ « part ; et de Termite de Stenay ^ de ses enfents^ « de leur lignage et de tous leurs consorts, d'autre « part. L'ermite a juré sur les saints, hii huitièoié « de ses amis, que bien ne lui fut de la mort de « Raolin , mais tyeaueonp d'angtnsâe; a donné cent « livres pour fonder une chapelle on Ton chaiH •« tera pour le repos de l'ame da defnnet ; s'est eiK «gagé d'envoyer incessamment îm de ses fils en « Palestine. »

On peut remarquer dans ce traité de la fin do treizième siècle, les co-Joranta des lois ripuaire et saxonne.

Si une veuve noble marioit sa fille orpheline sans le consentement du seigneur suzerain, ses meubles étoient confisqués : on lui laissoit deux robes , une pour les jours ouvrables , lautre pour le dimanche , un lit , un palefroi, une charrette et deux roussfns.

Une héritière de haut lignage étoit obligée de se marier pour desservir le iief , comme on voit aujourd'hui les marchandes, qui perdent leor mari , épouser leur premier commispour faire aller l'établissement. Si cette héritière avoit pins de soixante ans, elle étoit dispensée du mariage.

Les droits seigneuriaux ont été puisés dans les entrailles mêmes dn fief. Dans forigine Ils étoient appelés honneurs, faveurs f comme reeonnoissances faites an seigneur, par le vassal, des aliénations et transmissions des fiefs d*une personne à l'autre. Cest ce que veut dire lods et ventes : lau- . dimiay iaudœ, laudationes, httstts, de loner, complaire, agréer. Ces droits étoient ou militaires, ou fiscaux j ou honorifiqnes.

Non-seulement le nrà, grand chef léodal tpà» sustentoit du revenu de ses domaines, levoit eneore des taxes ; mais tous les seigneurs suflerains et non suzerains, eodésiaBtiqoes ou laïques, etf levoient aussi de lear o6té. Les àn/Htê de quintet requint, de lods et ventes, de my-lods, de ten*' trolles, de reventes , de reventons, de stxfèmes, huitièmes ^ treiaièmea y de resIxiènM) de rael)«l^ et relielEs , de plaît , de mortemaln , de rrttierS) de pellage, de couteiage, d'affouage, de oatege, de cottage, de pé^[^, de viMnage^ de cbM^)

De L'HISTOIRE DE FRAINGË.

f anbain , d*ostîze , de cbampart , de mouture , de \ foars banaux, s*étoîent venus joindre aux droits de Justice, au casuel ecelésiasti([ue, aux cotisations des jurandes, maîtrises et conf.éries, et aux andennes taxes romaines : en inventions fmancières nous sommes fort inférieurs à nos pères. I! est probable que la masse entière du numéraire passoit chaque année dans les mains du flsc royal et par- ■ tîcalier; car les marchands et les ouvriers, serfe encore , appai-tenoient à des corporations de villes OD à des maîtres ; ils ne formoient pas une classe ^néralement indépendante; ils touchoient à peine Qnbas salaire ; le prix de Icursdenrées et le travail de leurs journées souvent n'étoient pas à eux.

Quant aux droits honorifiques , ils servolent de marques aune souveraineté locale : tels fiefs, par exemple, allouoient la faculté de prendre le efaèval du roi, lorsque le roi passoit sur les terres du possesseurdeccs fiefs. D'autres droits n'étoient que des divertissements rustiques que la philosophie a pris assez ridiculement pour des abus de la force : lorsqu'on apportoit un œuf garrotté dans onecharrette traînée par quatre bœufs ; lorsque les poissonDiers, en l'honneur de la dame du lieu , saotoient dans un vivier à la Saint- Jean ; lorsqu'on ooorolt la qtdntaine avec une lance de bois ; lorsque, pour l'investiture d'un fief , il falloit venir baiser la serrure, le cliquet ou le verrou d'un manoir, marcher comme un ivrogne , faire trois cabrioles accompagnées d'un bruit ignoble et impur, c'étpient là des plaisirs grossiers , des fêtes dignes du selgneuret du vassal, des jeux inventés dans l'ennui des châteaux et des camps de paroisse, mais quin'avoient aucune origine oppressive. Noos voyons tous les jours sufbos petits théâtres, dans ce siècle poli, des joies qui ne sont pas plus élégantes.

Si , ailleurs, les serfs étolent obligés de battre Fean des étangs quand la châtelaine étoit en couches ; si le châtelain se réservoit le droit de markette [ctUlagium , marcheta) ; si des curés même réclamoient ce droit, et si des évéques le convertlssoient en argent, c'est à la servitude grecque et romaine qu'il faut restituer ces abus : les reserits des empereurs défendent aux maîtres de forcer leurs esclaves à des choses infâmes; fioit ignorance, soit défaut de réflexion, on n'a pas vu, ou on n'a pas voulu voir ce^que V esclavage avoit laissé dans le servage. Quant à la multitude et à la diversité des coutumes, elles s'expliquent naturellement par les règlements des différents

chefs de cette nation armée , cantonnée sur le sol de la France.

Au milieu de la propriété mobile du fief s'élevoit une propriété immobile, comme un ro^ cher au milieu des vagues, et quigrossissoitparde quotidiennes adhérences : l'amortissement étoit la faculté d'acquérir accordée à des gens de maiu-. morte. Une fois l'acquêt consommé au moyen d'un dédommagement ou d'un rachat pour la seigneurie dont l'acquêt relevoît, la propriété mouroity c'est-à-dire qu'elle étoit retirée de la circulation , et que tous les droits de mutation seperdoient. Une terre ainsi tombée à des églises ^ à des abbayes , à des hôpitaux , à des ordres de chevalerie, représentoit , pour le fisc et pour le maître du fief, un capital enfoui et sans intérêts. De sorte qu'avec la niàinmorlable, le domaine inaliénable de la couronne, les substitutions, le retrait lignager féodal (c'est-à-dire le droit de retirer un bien de famille ou une terre mouvante d'un fief), il seroit résulté à la longue un fait incroyable dans k nature déjà si extraordinaire de la possession territoriale du moyen âge : toutes les propriétés se seroient fixées sous la main de propriétaires héréditaires ; et, ôomme ces pro^ priétésétoient privilégiées, l'impôt direct et foncier eûtpérî; l'État se seroit trouvé rédoit aux dons gratuits , la plus casuelle des taxes.

Le droit de justice tenoit une haute place danà la féodalité.

Chez les Grecs et les Romains la justice émanoit du peuple : ce peuple étant tombé sous le joug, la justice resta foible dans les tribunaux, où, souveraine détrônée, elle put à peine cacher la liberté qui se réfugia auprès d'elle. II ne s'éleva point au sein de ces tribunaux un grand corps de magistrature indépendante , appelé à prendre part aux affaires du gouvernement.

La justice , au contraire , parmi les nations de race germanique, découla de trois sources : la royauté , la propriété et la religion. Les rois , chez les Franks , comme chez les Germains leurs pères , étoient les premiers magistrats : Principes qui Jura perpagos reddunU Quand donc saint Louis et Louis XII rendoient la justice au pied d'un chêne. Ils ne farsoient que siéger au tribunal de leurs aïeux. La justice prit dans son air quelque chose d'auguste, Comme les générations royales qui la portoient dans leur sein et la faisoient régner'.

Par la raison que les Franks lièrent la souveraineté et la noblesse au sol , ils y attachèrent la

ANALYSE RAISOiXNEE

Justice : fille de la terre , elle devint immuable comme elle. Tout seigneur qui possédoit des propres avoit droit de Justice. L'axiome de TaDcien droit françois étoit : <« La justice est patrimoniale. > Pourquoi cela? parce que le patrimoine étoit la souveraineté.

La religion ajouta une nouvelle grandeur à notre magistrature : la loi ecclésiastique mit la Justice sur l'autel. Au défaut du public^ un crucifix assistoit dans la salle d'audience à la défense de l'accusé et à Farrét du juge : ce témoin étoit à 'la fois le dieu, le souverain arbitre et l'innocent condamné.

Née du sol , appuyée sur le sceptre , l'épée et la croix , la justice régla tout. Ciiez les nations antiques le droit civil dériva du droit politique ; chez les François le droit politique découla du droit civil : la Justice étoit pour nous la liberté.

La justice seigneuriale se divisoit en deux degrés, baute et basse Justice ; toutes deux étoient du ressort du seigneur de trois cbâtellenies et d'une ville close, ayant droit de marcbés , de péage, de lige-estage, c'est-à-dire du seigneur qui pouvoit obliger ses vassaux à faire la garde de son chastel.

Sénéchal et bailli , noms attribués aux Juges : on appeloit sénéchal au duc un grand oflicier des ducs de Normandie, chargé de l'expédition des affaires litigieuses dans l'intervalle des sessions de réchiquier.

Lebaronuepouvoitêtrejugéquepar ses pairs: ' il y avoit des pairs bourgeois pour les bourgeois. > Saint Louis voulut que les hommes du baron ne fussent responsables ni des dettes qu'il avoit contractées, ni des crimes qu'il avoit commis. Même alors il y avoit des suicides , car les meubles revenoient par confiscation au seigneur sur les terres duquel l'homme s'étoit donné la mort. Un trésor trouvé appartient au seigneur de la terre , s'il est en argent; en or, il va au roi : n Nul n'a la for- « tune (Tor s'il n*est roi, »

La veuve noble avoit le bail et la garde de ses enfants : le bail étoit la jouissance des biens du mineur jusqu'à sa majorité : « En vilenagc il n'y « a point de bail de droit, »

Le douaire se régloit à la porte du moustier où se contractoit le mariage: c'étoitle mariage solen^ nelj un de ces actes que les Romains appeloient légitimes.

L'abominable législation sur les épaves, et les deux espèces d'aubains, /^^m^^cnij elles mécon-

nus y consistoient à s'emparer des eboses égarées, de la dépouille et de la succession des étrangers.

Par le droit de bâtardise , quand les bâtards mouroient sans héritiers, les biens échéoiènt au seigneur , sous la condition d'acquitter les legs et de payer le douaire à la femme.

Mais ceci doit être entendu des bâtards rotn* riers, serfs ou mainmortables de corps, incapables de succéder, ne pouvant ni se marier, ni acquérir, ni aliéner sans le congé du seigneur. Quant aux bâtards des nobles , il n'y avoit aocDix différence entre eux et les enfants légitimes, lorsque le père les avoit reconnus : ils en étoient quittes pour croiser les armes paternelles d'une barre diagonale qui perpétuoit le souvenir du malheur ou de la honte de leur mère. Les bâtards étoieot presque toujours des hommes remarquables , parce qulls avoient eu à lutter contre l'obstacle de leur berceau.

Dans quelques lieux le nouveau marié ne pouvoit avoir de commerce avec sa femme pendant les trois premières nuitsde ses noces, àmoinsqa'tl n'en eût obtenu la permission de son évéqne. Oa tiroit la raison de cette coutume "de l'histoire da Jeune Tobie : on en aurolt pu retrouver quelque chose dans les institutions de Lycurgue, si ce nom-là eût été connu des barons.

Les déconfès ou intestats , ceux qui mouroieut sans confession ou sans faire de testament , avoient leurs biens envahis par le seigneur. La mort subite amenoit la môme conûst^tion : l'homme mort soudainement ne s'étoit point confessé , donc Dieu l'avoit jugé à lui seul , l'avoit atteint tout >ivant de sa réprobation éternelle.Les Établissemenlsàt saint Louis remédioient à cette absurde iniquité: ils ordonnoient que les biens d'un déconfès^ frappé assez vite pour n'avoir pu appeler un prêtre, passeroient à ses enfants. On sait à quel point le clergé poussa les abus et la captation à l'égard des teS' taments : il falloit en mourant laisser quelque chose à l'Église , même un dixième de sa fortune, sous peine de damnation et de non-inhumation : une pauvre femme offrit un petit chat pour racheter son âme.

La procédure civile et criminelle se r^loitsnr l'état des personnes. L'assignation avoit un terme de quinze jours. Les preuvesétoientau nombre de huit, parmi lesquelles flguroit lecombatjudidaire.

La déposition des témoins devoit être secrète; mais saint Louis avoit voulu que cette dépositioû fût à l'instant communiquée aux parties.

DE L'HISTOIRE DE FRANCE

L'appel aax Justices royales étoit permis , non de droit, mais de doiéance. Cet appel alloit dirteteiiient an roi , qui étoit supplié de dépiécer le jogement. La pénalité étoit placée auprès du ftox Jogement , ou de la non*exécution de la loi.

La multiplication des cas de mort montre qu'on étoit déjà loin de l'esprit des temps barbares.

La ca%se de ce changement hit introduction dé Tordre moral dans Tordre légal : la morale va lo-devant de Taction; la loi Tattend : dans Tordre moral la mort saisit le crime; dans Tordre 1^1, c'est le crime qui saisit la mort.

La sentence se prononçoit par la bouche de certains Jurés nommés jugeurs. Ces Jugeurs ne pou- Toient être tirés de la classe des vilains et coutumers. Toutefois on voit des bourgeois-jugeurs dans quelques procès de gentilshommes ; Taccusé poisoit dans cet incident un moyen d^appel , pour incapacité de Juges.

L'aecusiftion de meurtre, de trahison, ou de npt, amenoit un cas extraordinaire : il étoit loisible à Taccusé de récriminer contre l'accusateur ; toos les deux aHoient en prison , deux procès commenooient pour un même fait, les deux parties étant à la fois plaignantes et demanderesses.

La caution étoit admise, excepté pour crime Béritant peine capitale.

Le Tol équipolloit l'assassinat; la maison du coopoble étoit rasée, ses blés étoient ravagés, ses foins incendiés, ses vignes arrachées : on ne eonpoit pas ses arbres; on les dépouilloit de leur éoorce. Tuer un homme, ravir une femme, trahir son seigneur et son pays, ne constituoit pas an plus grand crime aux yeux de la loi que d'em- Mer (voler) un cheval ou une jument. On arraeboit les yeux aux voleurs d'église et aux fauxmoanoyeurs. Le vice qui fit la honte de l'antiquité requérolt la mutilation en première offense, la perte d'un membre en récidive, le feu au troisième délit La femme convaincue du même vice en même progression perdoit successivement les deux lèvres, et arrivoit au bûclier. En menues choses le vol postuloit lé retranchement d'une oreille ou d'un pied; le caractère d^s lois salifoe et ripuaire se retrouve dansées dispositions. U premier infanticide d'une mère impétroit au renvoi de cette malheureuse devant le tribunal de pénitence; si elle le commettoit une seconde fois, on la brûloit morte. La volonté n'étoit point punie, lorsque n'y avoit point eu corn-

mencement d'exécution : c'est aujourd'hui le principe universel.

Le prisonnier, même innocent, étoit pendu quand il forçoit la porte de sa prison , parce que ' la société entière reposoit sur la parole baillée ou reçue. Le clerc , le croisé et le moine , compétoient des cours ecclésiastiques , qui ne condamnoient Jamais à mort; on sent combien ce titre de croisé favorisoit alors la classe du servage et de la bourgeoisie. L'hérétique, le sorcier, le maléficier, étoient Jetés aux fagots; la saisie des meubles punissoit l'usurier. Si une bête rétive ou méchante tuoit une femme ou un hopime, et que le propriétaire de cette bête avouât Tavoir connue vicieuse, on le pendoit : la bête étoit quelquefois attachée auprès de son maître. Un cochon, atteint et convaincu d'avoir mangé iin enfant, eut son procès fait, après quoi il fut exécuté par la main du bourreau : la loi s'efTorçoit de montrer son. horreur pour le meurtre , dans ces temps de meurtre. L'enfant coupable subissoit la peine capitale comme Thomme en âge de raison : on lui accordoit dispense d'âge pour mourir.

A la porte de chaque chef-lieu des seigneuries s elevoit un gibet composé de quatre piliers de pierre d'où pendoient des squelettes cliquetants.

Tout ce qui concerne la famille, dot, tutelle , partage , donation , douaire , s'enchevêtroit , dans l'ancienne Juilsprudence du moyen âge, de Tétat^ des hommes et des choses. A cette complication, que Ton retrouve en partie dans les lois romaines en raison de la clientèle et de l'esclavage, se Joignoit la confusion introduite par la féodalité, à savoir, le frane-aleu , le fief et Tarrière-llef , les terres nobles et non nobles, les biens de main* morte, les diverses mouvances, les droits seigneuriaux et ecclésiastiques, les coutumes nonseulement des provinces, mais encore des cantons. Les mariages dans les familles royales et princières produisoient des compositions et des décompositions de ilefs; le sol, changeant sans cesse de limites, avoit la mobilité de la vie et de la fortune des hommes.

Indépendamment des raisons d'ambition , de Jalousie, d'intérêts commerciaux et politiques, il sttfflsoit du service d'un fief pour mettre à deux nations le fer à la main. Un homme-lige du roi refusoit de rendre hommage ; cet homme-lige étoit ou Allemand , ou Flamand , ou Ravoyard , on Catalan , ou Navarrois , ou Anglois : on saisissoit ses biens , et l'Europe étoit en feu. Un procès civil ou

ANALYSE BÀISONNÉE

crimiael engeiidroit an procès politique qui sç plaidoit et se jugeoit entre deux armées sur un champ de bataille. Jean, roi d'Angleterre, voit jses États confisqués par un arrêt de la cour des pairs de France ; le Prince Noir est sommé de comparoltre devant Charles V, aûn de répondre aux accusations des barons de Gascogne : un huissierà verge est chargé d'appréhender au corps le vainqueur de Poitiers, et de signifier uo exploit à la gloire.

1 11 me resteroit beaucoup à dire sur la féodalité, mais peut-être en ai-jedéjà parlé trop longtemps ; Je viens à la chevalerie.

CHEVALEBIB.

La chevalerie, dont on place ordinair^nent Tinstitution a Fépoque de la première croisade , remonte à une date fort antérieure. Elle est née du mélange des nations arabes et des peuples sci^leatrioDaux , lorsque les deux grandes invasions du Nord et du Midi se heurtèrent sur les rlvagesde la Sicile , delltalie, de l'Espagne, de la Provence, et dans le centre de la Gaule : cela nous donne une époque à peu près certaine , com- I^rise entre Tannée 700 et Tannée 7â3.

Le caractère de la chevalerie se forma parmi ^ nous de la nature sentimentale et fidèle du Teu- * ton, et de la nature galante et merveilleuse du JMaure, Tune et l'autre nature pénétrées de Tesprit et enveloppées de la forme du christianisme. L'opinion exaltée qui a tant contribué à l'émaneL pation dusexefèminincbeg les nations modernes, nous vient des Barbares du Nord ; les Gennains reoonnoissoient dans les femmes quelque chose de divin (inesse quin etiam sanctum aliquid etpro^ vidum putant), La mythologie de VEdda et les

poésiesdesSealdesdéeèlentleroémeenthousiasme chez les Scandinaves; jusqu'au soleil , dans ces poésies, est une femme, la brillante Sunna. Les lois gardent ces impressions délicates ; quiconque a coupé la chevelure d'une Jeune fille, est condamné à payer soixante-deux sous d'or et demi ; l'ingénu qui a pressé la main ou le doigt d'une femme de condition libre est frappé d une amende de quinze sous d'or,de trente s*il lui a pressé Ta- Yant-bras,'de trente-cinq s'il lui a pressé le bras au-dessus du coude, de quarante-cinq s'il lui a pressé le sein [si mamiilam strinxerU).

. De leur côté , les premiers Aral>es professolent un grand respect pour les femmes, à en juger par le roman ou le poème à'Antar, écrit ou recueilli

par Asmaile 9'ammairien,souslerignediikalife Aroun-al-Raschild. An tar, comme leschevalien, est soumis à des épreuves; il aime constammeol et timidement la belle Ibla ; il court mainte aveature et fait des prouesses dignes de Roland; ili un cheval nommé Abjir, une épéeappelée Dhamy, mais les mœurs ai*abes sont conservées : les ftomes boivent du lait de chamelle, et Antar^qoi souffi-e qu'on le frappe, paît souvent ks tit»peaux \ Saladinétoit un chevalier tout aussi hrm et moins cruel que Richard. On oonnoHlestoiv* nois, les combaU et les amours des Maures d» Cordoue et de Grenade.

Mais si Asmaî écrivoit Thistoh^ d'Antar pour le kalife Aroun-al-RaschJld, contemporaia de Charlemagne, Charlentiagne n'a point attends, comme en l'a cru, le faux Turpin pour étie transformé en chevalier lui et ses pairs.

Le romaapublié sous le nom de Turpin, orei» véque de Reims, fut compoeé par un çertaja moine Robert , sur la fin du onzième siècle, ao moment de la première croisade. Ce moine se proposoit d'animer leschrétiens à laguerrecootn les infidèles, par l'exemple de Charlemagne etde ses douze pairs. C'est sur cette chronique que les Anglois ont calqué l'histoire de leur roi Artas et des chevaliers de la Table Ronde.

Le prétendu Turpin n'étoit lui-m£me (|q'ub hnitateur, fait qui me semble avoir échappé jusqu'ici à tous les historiens. Soixante-dix ans après la mort de Charlemagne, le moine de Saiot-Gall écrivit la vie de Karle le Grand , véritable roroao du genre de celui (ÏAntar. N'est-ce pas une chose curieuse de trouver la chevalerie tout Juste à la même époque chez les Franks et les Arabes? Le moine de Saint-Gall tenoit ses autorités, pour la législation ecclésiastique , de Wernbert,c€lèbi« abbé de Saint-Gall ; et pour les actions militaires, du père de ce même Wei*nbert. Le père de l'abbé Wernbert se nommoit Adalbert, et a toit aaivi son seigneur Gherold à la guerre contre les Uqbs (Avares) , les Saxons et iesEsclavons. Le roduin* cier dit naïvement : « Adalbert étdt d^à vieia; <* il m'éleva quand j^étois encore très-pet«t;eteoa- « vent, malgré mes efforts pour loi échapper, lime « ramenoitetmeoontraignoitd'éeeutersesrécils.*

' Voyez, dani la Rtvm frûnipoin de Juillet laaé, «a ^ de très ingénieux de M. de rÉcluse, sur Jntar. Il paro/t que le savant orienlaliste , M. Hammer de Vienne, a fait twe InducUon françoise de ce raman-poéoie, dimt riiD|K«ssiQd * Paris seroit cbufice aux soins de M. TrëbuUen, à (jui not» devons les Cmi/cs inédiU de$ MOU et Vm Anf/i.

DE L'UISTOIAE D£ FRAiNGË.

Le ?leux soldat racoate donc au futur Jeune DoîDe que les Huns habitoient un pays entouré de neuf cercles. Le premier renfermoit un espace aussi grand que la distance de Constance à Tours : ce cercle étoit construit en troncs de chênes, de hêtres, de sapins , et de pierres très-dures; il •voit vingt piedsde largeur et autant de hauteur : il ta étolt ainsi des autres cercles. Le terrible Charlemagne renverse tout cela ; ensuite il marche eoDtre des Barbares qui ravageoient la France orientale; il les extermine et fait couper la tête à tOQs les enfants qui dépassoient lahauteur de son épée. Ghariemagneesttrahiparun de ses bâtards, petit nain bossu , confiné au monastère de Saint- Gail. Karle avoit dans ses armées des héros à la manière de Roland : Cisher valoit à lui seul une année; on l*eût pu croire de la race Enachim, tant 9 étoit grand; il montoit un énorme cheval , et quand le cheval refùsoit de passer la Do! re enflée par les torrents des Alpes , il le tratnoit après lui dans les flots en lui disant : « Par monseigneur

• Gall , de gré ou de force , tu me suivras. » Cisher fliucboit les Bohémiens comme TheYbe d*une prairie. « Que m'importent, s'écrîoit-il , les We- «nèdes, ces grenouillettes? j*en porte sept, huit

• et même neuf enfilés au bout de ma lance , en

• murmurant Je ne sais quoi. »

Karle attaque Didier en Italie. Didier demande à Ogger si Karle est dans l'armée qu'il aperçoit : < Non , dit Ogger; quand vous verrez les moissons

• i*agiter d*borreur dans les champs, le sombre

• Pô et.le Tésiu inonder les murs de la ville de « leurs flots noircis par le fer, vous pourrez croire

• àTarrivée de Karlé. » Alors s*élève au couchant an nuage qui change le jour en ténèbres ; Karle , cet homme de fer, avoit la tête couverte d'un casque de fer, et les mains garnies de gantelets de fer; sa poitrine de fer et ses épaules étoient couvertes d'une armure de fer; sa main gauche éle- Toit en l'air une lance de fer, sa main droite étoit posée sur son invincible épée ; ses cuissards étoient de fer, ses bottines defer, son bouclier de fer : son cheval avoit la couleur et la force du fer; le fer eouvroit les champs et les chemins ; et ce fer, si dur, étoit porté par un peuple dont le cœur étoit plus dur que le fer. Et tout le peuple de la cité de Didier de s'écrier : « 0 fer I Ah ! que de fer ! » Ofextutnf Heufeirumf

Une autre fois , Karle , accoutré d'une casaque de peau de brebis, va à la chasse avec les grands de Pavie, vétusde robes faites de peaux d'oiseaux

de Phénicie , de plumes de coucous , de queues de paons mêlées à Ja pourpre>de Tyr et ornées de franges d'écorce de cèdre. On voit Charlemagne, dans l'histoii^, armer son second fils Louis chevalier en lui ceignant Tépée.

Le moine de %int-Gall , qui se dit bégayant et édenté, mentionne aussi le lion tué par Pépin le Bref. Le vétéran Adall)ert, redisant les exploits de Gharlemagneà un enfant quidevoit les écrire loi*8qu'à son tour il seroit devenu vieux, ne ressemble pas mal à quelque grenadier de Napoléon , racontant la campagne d'Egypte a un ccmscrit : tant la Fable et l'histoire sont mêlées dans la vie des homiyes extraordinaires!

Ërnold NIgel ou le Noir, dans son poëaie sur

HTovIgh le Débonnaire, décrit le siège de Barcelone ; et c'est encore un ouvrage de chevalerie. Hlovighceintrêpée que Karle le Grand portoità sou côté. Les Maures , rangés sur les remparts, défendent la ville; Zadun, leur chef, se dévoue pour les sauver; il se glisse le long des murailles pour aller hâter les secours des Sarrasins deCordoue : il est pris. Mené à Louis , il crie aux siens : « Ouvrez vos pgrtes î « et leur fait en même temps un signe convenu pour les engagera se défendre. La ville est forcée : dans le butin envoyé à Karle se trouvent des cuirasses , de riches habits , des casques ornés de crinières , un cheval parthe avec son iîamois et son frein d'or. L'armure de fer des chevaliers n'est point (comme (fn l'a cru encore mal à propos) du onzième siècle ; elle ne vient ni des Franks , ni des Arabes ; elle v^ent des Perses, de qui les Romains rempruntèrent : on a vu la description qu'en fait Ammien Marcel lin en parlant du triomphe de G>nstance à Rome ; on retrouve pareillement cette armure dans l'escadron de grosse cavalerie que Constantin culbuta lorsqu'il descendit des Alpes pour aller attaquer Maxence.

Les combats singuliers et les fêtes chevaleresques , la construction de ces monuments appelés gothiques, qui virentprier les chevaliers des croisades, coïncident aussi avec Tavénement dès rois de la seconde race. Hlovigh le Débonnaire envoie révêque Ebbon prêcher la foi chez les Danois. Ëbbon amène à Hlovigh , Hérold , roi de ces peuples. Hlovigh se rend à Ingelheim aux bords du Rhin : « Là s'élève sur cent colonnes un pa-

« lais superbe Non loin du palais

« est une fie que le Rhin environne de ses eaux « profondes, retraite tapissée d'une herbe toujours

ANALYSE RAISONNÉB

« veite , et que couvre une sombre forêt ; » chasse superbe où Judith, femme de Hlovîgh, magnifi* quement parée, monte un noble palefroi.

Béro et Samilon , deux guerriers de nation gothique, combattent en champ clos devant H lovigh, auprès du château d' Aix , dans lin lieu entouré de murailles de nacre, orné de terrasses gazonnées et plantées d'arbres. « Les champions , d'une haute « taille, sont montés sur des coursiers rapides; 0 tous deux attendent le signal qui doit être donné « par le roi. Dans l'arène parott Gundold, qui se « fait accompagner d'un cercueil, selon son usage « dans ces occasions. » Béro est vaincu ; les jeunes Franks l'arrachent à la mort, et Gundold renvoie son cercueil sous l'appentis d'où il Tavoittiré.

Miratar Gundoldus enim , fere tnimque remUtit Al)sque onere tecUs, venerat unde, suum >.

L'architecture dite Iqpibarde, de l'époque des Karlovingiens, en Italie, n'étoit que l'invasion de Tarchitecture orientale ou néogrecque dans l'architecture romaine. Hakem , au huitième siècle, bétit la mosquée de Gordoue, type primitif de l'architecture sa rasine occidentale. Au commencement du neuvième siècle, le palais d'Ingelheim avoit des centaines de colonnes, des toitures de formes variées, des milliers de réduits, d'ouvertures et de portes : centum perfixa columnis.,, teclaque muUimoda : mille aditu9, reditus, millenaque claustra domorum. L'église présentoit de grandes portes d*airain, et de plus petites enrichies d'or : Temp/aD^f. . . . œrati postes, aurea ostiola, Hérold, sa femme, ses enfants et ses compagnons, contemploient avec étonuement le dôme immense de l'église : f/ztratur Hetvld, conjunx miratur^ et omnes proies et soeii culmina tanta Dei, Voilà donc clairement aux huitième et neuvième siècles les mœurs, les aventures, les chants, les récits, les champions, les nains, les fêtes, les armes, Farchitecture de l'époque vulgaire de la chevalerie; les voilà en même temps et à la fois d'une manière spontanée , chez les Maures et chez les chrétiens : voilà Charlemagne et le kalife Aroun , Cisher et Antar, et leurs historiens contemporains, Asmal et le moine de Saint-Gall.

Lès romanciers du douzième siècle qui ont pris Gharlemagne, Roland et Ogier pour leurs héros, ne se sont donc point trompés historique-

* Ln uvants bénédicUns ne peuTPiit sVmpéchpr de s*^rlrr, 4an» une note, avec toute la joie nahe de iVradition : « Gratlc sint Nigello qui velerum ritus nohis ediscerit ! »

ment ; mnis on a eu tort de vouloir faire des chevaliers un cotps de chevalerie. Les cérémonies de la réception du chevalier, l'éperon , Tépée, l'acool^de , la veille des armes , les grades de page , de damoiseau, de poursuivant, d'écuyer, sont des usages et des institutions militaires qui remplaçoient d'autres usages et d'autres institutioni tombés en désuétude; mnis ils ne constituoiedl pas un corps de troupes homogène, discipliné, agissant sous un même chef dans une même sabordination.

Les ordres religieux chevaleresques ont été U cause de cette confusion d'idées; ils ont fait supposer une chevalerie historique collective , lorsqu'il n'existoit qu'une chevalerie historique tsdividuelle. Au surplus cette chevalerie indivi« duelle fut délicate , vaillante , généreuse , et gaidi l'emprehite des deux climats qui la virent éclore; elle eut le vague et la rêverie du ciel noyé dci Scandmaves, l'éclat et l'ardeur du ciei por de l'Arabie. La chevalerie historique produisit en outre une chevalerie romanesque qui se mêla au réalités , retentit par un extrême écho jusque dans le règne de François I^% où elle donna naissance à Bayard, comme elle avoit enfanté du Gaesdin auprès du ti*ône de Charles V. Le héros de Cervantes fut le dernier des chevaliers : tel est l'attrait de ces mœurs du moyen âge et le prestige du talent, que la satire de la chevalerie en est devenue le panégyrique immortel.

Pour être reçu chevalier, dans l'origine, il fal« loit être noble de père et de mère , et âgé de vingt et un ans. Si un gentilhomme qui n'étoit pas de parage se faisoit armer chevalier, on lui tranchoit les éperons dorés sur le fumier. Les fils des rois de France étoient chevaliers sur les fonts de baptême : saint Louis arma ses frères cheTaliers; du Guesclin, second parrain du second fils de Charles Y, le duc d'Orléans, tira son épée et la mit nue dans la main de l'enfant nu : A'»^ tradidit ensem nudum. Bayard, sanspaourfl sans reprouchCy conféra la chevalerie â François T'. I^ roi lui dit : « Bayal-d , mon ami, je « veux qu'aujourd'hui sois fait chevalier par vos

« mains Avez vertueusement, en plu*

«I sieurs royaumes et provinces, combattu contre

«plusieurs nations JedélaisselaFraocr^

«en laquelle on vous connoft assez i^

« péchez- vous. » — Alors prit son épée Bayard et dit : «Sire, autant vaille que si estois Roland, « ou Olivier, Gaudefroy ou Baudouyn son frère. •

DE i;UISTOiRË DE FRANCE.

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