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^£t pois après si cria liaultement, l*espée en la main dextre : « Tu es bien beui'euse d^avoir
• aajoard*liQy à un si beau et puissant roy donné
• l*ordre de la cbevaierie. Certes, ma bonne es« < pée, vous serez moult bien comme relique gar- > dée, et sur toutes aultres bonorée; et ne vous
• porteray Jamais, si ce n'est contre Turcs, Sar-
• rasins ou Morts. » — Et puis fdt deux saults, cC après remit au fourreau son espée. »
Lesdievaliers prenoient les titres de don, de sirtf de messire et de monseigneur. Ils pouvoient manger à la table du roi; eux seuls avoient le droit de porter la lance, le haubert, la double cotte de mailles, la cotte d'armes, Tor, le vair, rbermine, le petit-gris, le velours, Técarlate : Os nettoient une girouette sur leur donjon ; cette girouette étoit en pointe comme les pennons pour les simples chevaliers, carrée comme les han- Bières pour les chevaliers l)annerets. On reconnissoit de loin le chevalier à son armure : les krrières des lices, les ponts des châteaux s'akaissoient devant lui ; les hôtes qui le recevoient poQssoient quelquefois le dévouement et le respect Jusqu'à lui abandonner leurs femmes.
La dégradation du chevalier félon étoit affreuse : on lefaisoit monter sur un échafaud ; on y brisolt à ses yeux les pièces de son armure ; son éco, le blason effaeé, étoit attaché et trntné à la qoeue d'une cavale , monture dérogeante : le hé^ mut d'armes accabloit d'injures l'ignoble chevalier. Après avoir récité les vigiles funèbres, le Hergé prononçoit les malédictions du psaume 108. Trois fois on demandoit le nom du dégradé , trois fois le héraut d'armes répondoit qu'il ignofoit ce nom, et n'avoit devant lui qu'une foimeatie. On répandoit alors sur la tête du patient DQ bassin d'eau chaude; on le tirait en bas de i'éehafaud par une corde; il étoit mis sur une civière, transporté à l'église, couvert d'un drap laortuaire, et les prêtres psalmodioient sur lui les prières des morts.
La chevalerie se conféroit sur la brèche , dans la mine et la tranchée d'une ville assiégée, sur aa champ de bataille au moment d'en venir aux mains. Le besoin de soldats s'accroissantà mesure qae les nobles périssoient, le serf fut admis à la chevalerie; des lettres de Philippe de Valois déclarent gentilhomme le flis d'un serf qui avoit été ftrmé chevalier: les François ont toujours attril>Qé la noblesse à la charrue et à Tépée, et placé u même rang le laboureur et le soldat. Dans la
rj|4TR.U7BBf4I<ni. — TOME I.
suite, au milieu des grandes guerres contre les Anglois, on créa tant de chevaliers que ce titre s'avilit. François T' ajouta aux deux classes de cheyallers banneretset bacheiiers^xme troisième classe composée de magistrats et de gens de lettres; ils forent appelés chevaliers es lois. Enfin, il ne resta de la chevalerie qu'un nom honorifique écrit dans les actes , ou porté par les cadets de familles.
L'édjication militaire m'amène maintenant à parler de l'éducation civile dans les siècles dont nous nous occupons.
énucATion,
L'éducation chez les Perses , les Grecs et les Romains, étoit persane, grecque et romaine; je veux dire qu'on enseignoit aux enfants ce qui regarde la patrie; on ne les instruisoit que des lois, des mœurs, de l'histoire et de la langue de ]eui*9 aïeux. Lorsqu'à l'époque d'une civilisation avancée les Romains se prirent d'admiration pour la, Grèce et vinrent aux écoles d'Athènes , ce n'étoit que la louable curiosité de. quelques patriciens oisifs.
Le monde moderne a présenté un phénomène • dont il n'y a aucun exemple dans le monde ancien : les enfants des Barbares se séparèrent de leur race par l'éducation : confinés dans des collé* ges, ils apprirent des langues que leurs pères ne parloient point , et qui cessoîent d'être parlées sur terre ; ils étudièrent des lois qui n'étoient pas celles de leur nation ; ils ne s'occupèrent que d'une société morte, sans rapport avec la société vivante de leur temps. Les vaincus , sortis d'un autre sang et perpétuant le souvenir de ce qu'ils avoient été , renfermèrent avec eux les fils de leurs vainqueurs comme des otages.
Il se forma au milieu des générations brutes un peuple d'intelligence hors 4e la sphère où se mouvoit la communauté matérielle, guerrière et politique. Plus Tesprit autour des écoles étoit simple, grossier, naturel, illettré, plus dans l'intérieur de ces écoles il étoit raffiné , subtil , métaphysique et savant. Les Barbares avoient commencé par égorger les prêtres et les moines; devenus chrétiens , ils tombèrent à leurs pieds. Ils s'empressèrentde contribuer à la fondation des collèges et des universités : admirant ce qu'ils ne comprenoient pas, ils crarent ne pouvoir accorder aux étudiants trop de privilèges. Une véritable république, ayantses tribunaux, sescoutumes
ANALYSE RAISONNÉB
et ses libertés, s'établit pour les enfants an centre même de la monarchie des pères.
L'université de Paris, fille aînée de nos rois, bien qu'elle ne descendit pas de Gharleroagne, n'étoit pas la seule en France ; vingt autres existoient sur son modèle ; celle de Montpellier devint célèbre; on y professa le droit romain aussitôt que les exemplaires des Pandectcs furent devenus moins rares par la découverte et les copies du manuscrit d'Amalfi. L'Angleterre , l'Ecosse, l'Irlande, TAIIemagne, Tltalie, l'Espagne, le Portugal , possédoient les mêmes corps enseignants. On voit dans les hagiograpbes et les chroniqueurs que le même écolier, afin d'embrasser les diverses branches des sciences, étudioit successivement à Paris, à Oxford, à Mayence, & Padoue, à Salamauque , à Coïmbre. L'université de Paris avoit une poste à son usage , longtemps avant que Louis XI eût fait un pareil établissement.
On sent quelle activité les institutions universitaires, dégagées des lois nationales, dévoient donnerauxesprits ; combien elles dévoient accrottre le trésor commun des idées : or, tout arrive par les idées; elles produisent les faits, qui ne leur servent que d'enveloppe.
Une multitude de collèges s'élevèrent auprès des universités. Sous Philippe le Bel , qui fonda Tuniverslté d'Orléans , on vit s'établir le collège de la reine de Navarre, celui du cardinal le Moyne, et celui de Montaigu, archevêque de Narbonne. Depuis lé règne de Philippe de Valois jusqu'à la fin du règne de Charles V , on compte l'érection du collège des Lombards pour les écoliers italiens, des collèges de Tours, de Lisieux, d'Autun , de VAve Maria y de Mignon ou Grandmont, de Saint-Michel, de Cambrai, d'Aubuâ- 3on, de Bonnecour, de Tournai, de Bayeux , des Allemands, de Boissy , de Dain ville, de Maltre- Gervais, de Beauvals. [Hist. de VUniv,> tom. m, liv. iii^ An(iq,de Paris; Très, des CL) X François I^^ est dû l'établissement du Collège royal , avec les trois chaires de langues hébraïque , grecque et latine : on avoit commencé à enseigner le grec dans l'université de Paris sous Charles YIII ; on y expliquoit alors les dialogues de Platon. Henri lî , Charles IX, HenrillI, augmentèrent les chaires savantes d'une chaire de philosophie grecque et latine, d'une chaire de langue arabe et d'une diaire de chirurgie. Louis XIII, Louis X IV et Louis XV ajoutèrent au Collège royal des chadres pour
l'étude du droit canon, pour celle des langues syriaque , turque et persane , pour l'enseignemeDt de la littérature f rançoise , de l'astronomie , de la mécanique , de la chimie , de l'anatomie , de l'Ustoire naturelle , du droit de la nature et des gens. Le collège des Quatre-Natlons rappelle le nom de Mazarin. Tout se formoit par grandes masses oq par grands corps dans l'ancienne monarchie : ctergé , noblesse , tiers état , magistrature, éducation.
Ces universités et ces collèges furent autant de foyers où s^allumèrent comme des flambeaux les génies dont la lumière pénétra les ténèbres da moyen âge : nuit féconde , puissant chaos doot les flancs portoient un nouvel univers. Loi-sqne la barbarie envahit la civilisation , elle la fertilise par sa vigueuret sa jeunesse; quand, au contraire, la civilisation envahit la barbarie , elle la laisse stérile; c'est un vieillard auprès d'une jeune épouse : les peuples civilisée de l'ancienne Europe se sont renouvelés dans le lit des sauvages delà Germanie ; les peuples sauvages de rAmériqoe se sont éteints dans les bras des peuples civilisés de l'Europe.
Saint Bernard , Abellard , Scott , Thomas à'A* quin, Bonaventure, Albert , Roger Bacon, Henry de Gand , Hugues de Saint-Gher, Alexandre de Hallays, Alain de Fille, Yves de Triguer, Jacques de Voragines , Gtiillaume de Nangis , Jean de Mun , Guillaume Duranty , Jean Adam , Guillaume Pelletier, Barthélemi Glaunwil et Pierre Bercheur, Albert de Saxe, Froissard, Nicolas Oresme, Jacques de Dondis, Nicolas Flamel, Accurse, Barthole, Gratien , Pierre d'Ailly, Nicolas Clémengis, Gerson, Thomas CoDDeete, Benoit Gentlan, Jean de Courtecuisse, Vincent Ferrier, Juvénal des Ursins, Pic de la Mlrandole, Chartier, Martuel d'Auvergne , François Vllloa et Robert Gaguin , forment la chaîne de ces boni* mes qui nous amènent des premiers Jours do moyen âge au temps de la renaissance des lettres. Leur célébrité fut grande , et les surnoms par lesquels on les distingua prouvent radmlration naïve de leurs siècles. Albert fut sumomn' le Grand ; Thomas d'Aquin , TAnge de l'école; Roger Bacon , le Docteur admirable ; Heniy de Gand , le Docteur solennel ; Henry de Soze, b Splendeur du droit; Alexandre de Hallays , le Docteur irréfragable ; Alain de l'ille , le Docteur
universel; Bonliventore, le Docteur sérapWqwî Scott , le Docteur subtil ; Gilles de Rome , te Do^
teur très-fondé.
DE L'HISTOIRE DE FRAIXCE
Ceshommes, avec des talents divers, formoieiit des écoles , avoient des disciples comme les andens philosophes de la Grèce. Albert inventa une machine parlante ; Roger Bacon découvrit peutêtre ta poudre % le télescope et le microscope; Jacques de Dondis composa une horloge céleste M une sphère mouvante. Saint Thomas d'Aquin est un génie tout à fait comparable aux plus rares génies philosophiques des temps anciens et, modernes; il tient de Platon et de Malebranche pour la spiritualité, d'Aristote et de Descartes pour la clarté et la logique. Les scottistes et les thomistes, les réalistes et les nominaux ressuseitèrent les deux sectes, de la forme et de l'idée. Vers Tan 1050, les écrits d'Aristote avoient éié apportés par les Arabes en Espagne , et de TEspagne ils passèrent en France. Bérenger, Abdlard, Gilbert de la Porée , firent revivre la doctrine du Stagyrite; mais les Pères grecs. et latins ayant depuis longtemps frappé d'anathème cette doctrine , un concile , tenu à Paris en 1 209, condamna au feu les écrits dans lesquels elle I étoit renfermée. L'interdiction dura plus de qua- I tre-vingts ans : pn se relécha ensuite , et en 1 447 : le triomphe d'Aristote fut tel, qu'on n'enseigna plus d'autre philosophie que la sienne. Un siècle I après , Ramus , qui osa s'élever contre sa logique, fat la victime du fanatisme scolastique. Il fallut attendre Gassendi et Descartes pour triompher du précepteur d'Alexandre.
Duranti , Barthole, Alciat, et plus tard Cujas , forent les lumières du droit. On se fera une idée de l'hifluence que ces hommes exerçoieut sur leur temps, en rappelant les effets de leurs leçons : la classe où Albert le Grand enseignoit ne suffisant plus à la multitude des auditeurs, il se vit obligé de professer en plein air, sur la place qui prit le
nom de Maftre-Albert. Foulques écritàAbeiiard : 0 Rome t'envoyolt ses enfhnts à instruire ; et celle « qu'on avoit entendue enseigner toutes les scien- ■ ces montroit, en te passant ses disciples, que • ton savoir étoit encore supérieur au sien. Ni la « distance, ni la hauteur des montagnes, ni la > profondeur des vallées, ni la difficulté des « chemins parsemés de dangers et de brigands, « ne pouvoient retenir ceux qui s'empressoient « vers toi. Le jeunesse angloise ne se laissoit ef- « frayer ni par la mer placée entre elle et toi , ni
* CoDDtte d*ai1learB à la Chine, ainsi que la lioassole, I^imprimerie, le gaz , etc. ; ces découvertes mAtérielles dévoient naturellement avoir lieu chez une société à longue vie, celle des Chinois.
« par la terreur des tempêtes , et à ton nom seul , <• méprisant les périls, elle se précipitoit enfouie* « La Bretagne reculée t'envoyoit ses habitants « pour les instruire ; ceux de TAnJou venoient te « soumettre leur férocité adoucie. Le Poitou, la H Gascogne, l'Ibérie, la Normandie, la Flandre, « les Teutons, les Suédois, ardents à te célébrer, « vantoient et proclnmoient sans relâche ton gé- « nie. Et je ne dis rien des habitants de la ville de « Paris et des parties de la France les plus éloi- R gnées comme les plus rapprochées , tous avides « de recevoir tes leçons, comme si, près de toi « seul, ils eussent pu trouver l'enseignement ^ »
La foule des maîtres et des écoliers de l'université étoit telle, quand ils alloient en procession à Saint-Denis, que les premiers rangs du cortège entroient dans la basilique de l'abbaye, lorsque les derniers sortoient de Téglise des Ma» thurins de Paris. Appelée à donner son vote sur la question de rextinction du schisme, l'Université fournit dix mille suffrages;elleproposa d'en^ voyer à un enterrement vingt-cinq mille écoliers pour en augmenter la pompe. On voit ce gi*and corps figurer dans toutes les crises politiques de la monarchie, et particulièrement sous les règnes de Charles V , de Charles VI et de Charles VIL Factieux ou fidèle, il lâchoit ou retenoit les flots populaires, tandis que des espritsnovateurs , éle-, vés à ses leçons, agitoient les questions religieuses , poussoient , par la hardiesse de leurs doctrines, par leurs déclamations contre les vices du clergé et des grands ,À ces réformes dont Arnaud de Brescia avoit donné, Texempie en Italie, et Wiekleff en Angleterre.
Cette vie des universités et des collèges occupe une place considérable dans le tableau des mœurs générales , qui me reste à peindre.
MOEURS GÉNÉRALES DES Xlie, XIIl' ET XIV«