‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 196 sur 228 · SIÈCLES · texte numérisé non relu

SIÈCLES

L'histoire moderne doit prendre soin de détruire un mensonge, non des chroniqueurs, qui sont unanimes sur la corruption des bas siècles, mais de Tignorance et de l'esprit de parti des temps où nous vivons : on s'est figuré que si le moyen âge étoit barbare, du moins la morale et la religion faisoient le contre-poids de sa barbarie; on se représente les anciennes familles, grossières sans doute, mais assises dans une sainte union à

I Cette éléjtante traduction est cVune femme, CE itvres de tnadamr Giizot.

ANALYSE RAISONNÉE

Tàtre domestique avec toute la simplicité de Tége d'or. Rien de plus contraire à la vérité.

Les Barbares s'établirent au milieu de la soelété romaine dépravée par le luxe, dégradée par l'esclavage, pervertie par l'idolâtrie. Les Franks, très-peu nombreux , relativement à la population gallo-romaine, ne purent assainir les mœurs; ils étoient eux-mêmes fort corrompus quand ils entrèrent en Gaule.

C'est une grande en-eur que d'attribuer Tinnocence à l'état sauvage ; tous les appétits de la nature se développent sans contrôle dans cet état : la civilisation seule enseigne les qualités morales. La profession des armes, qui inspire certaines vertus , ne produit point la tempérance : Saintc- Falayeest obligé de convenir que les chevaliers ne se recommandoient guère par la rigidité des mœurs.

De la société romaine et de la société barbare résulta une double corruption ; on reconnolttrès» bien les vices de l'une et de l'autre société, comme on distingue à leur confluent les eaux de deux fleuves qui s'unissent : la rapine , la cruauté , la brutalité, la luxure animale, étoient frankes ; la bassesse, la lâcheté, la ruse, la turpitude de l'esprit , la débauche raffinée, étoient romaines.

Et ces remarques ne se doivent pas entendre de quelques années, de quelques règnes : elles s'appliquent aux siècles qui précèdent le moyen âge, depuis le règne de Khiovigh Jusqu'à celui de Hugues Gapet ; et aux siècles du moyen âge , depuis le règne de Hugues Gapet jusqu'à celui de

François I".

Le christianisme chercha, autant qu'il le put, A guérir la gangrène des temps barbares ; mais l'esprit de la religion étolt moins suivi que la lettre; on croyoit plus à la croix qu'à la parole du Christ; on a'doroit au Calvaire; on n'assistoit point au sermon de la Montagne. Le clergé se déprava comme la foule. Si Ton veut pénétrer à fond l'état Intérieur de cette époque, il faut lire les conciles et les chartes d'abolition ( lettres de grâce accor^ dées par les rois) ; là se montrent à nu les plaies de la société .Les conciles reproduisent sans cesse les plaintes contre la licence des mœurs, et la recherche des remèdes à y apporter; les chartes d'alx>lition gardent les détails des jugements et des crimes qui motivoient les lettres-royaux. I..es capitulaircs de Ghnriemagne etde ses successeurs sont remplis de dispositions pour la réformation du cler<;é.

On connott répouvantable histoire du prêtre Anastase enfermé vivant avec un cadavre, par la vengeance de l'évéque Gaulln (Gbsgoibe di TouBs.) Dans les canons ijoutés au premier con* elle de Tours , sous l'épiscopat de saint Perpert, on lit: n n nous a été rapporté que des prêtres, « ce qui est hohrible ( quod n^as)^ établissotent « des auberges dans tes églises , et que le lien oà ^ « l'on ne doit entendre que des prières et des « louanges de Dieu retentit du brait des festim , « de paroles obscènes , de débats et de querelles. >

Baronius, si favorable à la cour de Borne, nomme le dixième siècle le siècle de fer, tant il voit de désordres dans l'Église. Llllustre et savant Gherbert, avant d'être pape sous le nom de Sylvestre Il , et n'étant encore qu'archevêque de Reims, dif^oit : « Déplorable Rome! tu donnas à « nos ancêtres les lumières les plus éclatantes, rt « maintenant tu n'as plus que d'horribles ténè* « bres....... Nous avons vu Jean Octavien cous*

« pirer, au milieu de mille prostituées , contre le « même Othon qu'il avoit proclamé empereur. 11 H est renversé, et Léon le Néophyte loi succède. « Othon s'éloigne de Rome, et Octavien y rentre; « il chasse Léon, coupe les doigts, les mains et « le nez au diacre Jean, et après avoir ôté la vie f à beaucoup de personnages distingués, il périt " bientôt lui-même.... Sera-t-U possible de son-

« tenir encore qu'une si^grande quantité de pré* « très de Dieu, dignes par leur vie et leur mérite « d'éclairer l'univers, se doivent soumettre à de « tels monstres, dénués de toute connoissanoe des « sciences divines et humaines? •

Il nous reste une satire d'Adalbéron, évéqne de Laon ; c'est un dialogue entre le poète et le roi Robert t Adalbéron représente les Juges obligés « de porter le capuchon ; lesévèques dépouillés, « réduits à suivre la charrae; et les déges épis- " copaux , quand ils viennent à vaquer, occupés « par des mariniers et des pâtres. Un moine est « transformé en soldat; il porte un bonnet de peu « d'ours ; sa robe , naguère longue , est écoartée, « fendue par devant et par derrière; à sacdotue « étroite est suspendu un arc , un carquois , da « tenailles , uneépée. Il n'y avoit autrefois , parmi « les ministres du Seigneur, ni bourreaux, ni « aubergistes, ni gardeurs de cochons et de boocs; « ils n'alloient point au marché puUic ; ils oe M* « soient point blanchir les étoffes. »

Adalbéron , étendant son sujet , remarque que ^ le noble et le serf ne sont pas soumis à la mHo»

DE L'HISTOIRE DE FRANGE

loi , que le noble est entièrement libre. Le uA prend la défense de la condition servile : • Cette

• classe, dit-:i , ne possède rien sans l*acbeter par

• un dur travail. Qui pourroit compter les peines,

• les courses et les fatigues qu'ont à supporter les

• serb ? Il n'y a aucune fin à leurs larmes. » Adalbéron répond, « que la famille du Seigneur est « divisée en trois classes : i*une prie, Tautrecom*

■ bat , la troisième travaille. »

Adalbéron avoit vu finir la seconde race et commencer la troisième ; il avoit joué un rôle dans les trahisons qui se pratiquent à la chute et au renouvellement des empires. Peut-être avoit-ll été lié intimement avec Emma, femme de Lother, quoiqu'il fût évéque ; il étoit d'une grande famille de Lorraine ; il avoit étudié sous Gherbert ; il n'aimoit pas les moines , et ilentroit dans la querelle desévéques nobles contre les religieux plébéiens. On retrouve en lui cette partie de la société intelligente qui ne fut Jamais barbare.

Saint Bernard ne montre pas plus d'indulgence au vices de son siècle ; saint Louis fut obligé de fenner les yeux sur les prostitutions et les désordres qui régnoienl dans son armée. Pendant le r^^ de Philippe le Bel , un concile est convoqué exprès pour remédier au débordement des mœurs. L'an 1S51 les prélats et les ordres mendiants exposent leurs mutuels griefs à Avignon^ devant Clément YII. Ce pape, favorable aux Boines , apostrophe les prélats : « Parlerez- vous «d'hamilité, vous, si vains et si pompeux dans

• vos montures et vos équipages? Parlerez-vous « de pauvreté, vous si avides que tous les bénéû- « ces du monde ne vous suffiroient pas? Que di- «ral-Je de votre chasteté?... Vous haïssez les

• mendiants ; vous leur fermez vos portes , et vos « maisons sont ouvertes à des sycophantes et à

■ des infâmes (lenonibus et trujfa(oribus), »

La simonie étoit générale : les prêtres violoient presque partout la règle du célibat ; ils vivoient avec des femmes perdues , des concubines et des chambrières ; un abbé de Noreïs avoit dix-huit enfants. En Biscaye on ne vouloit que des prêtres qui eussent des commères, c'est-à-dire des femmes supposées légitimes.

Pétrarque écrit à l'un de ses amis : « Avignon est

• devenu un enfer, la sentine de toutes les abomi-

• nations. Les maisons, les palais, les églises , les

• chaires du pontife et des cardinaux , l'air et la

• terre, tout est imprégné de mensonge ; on traite

• le monde futur, le Jugement dernier, les peines

« de l'enfer, les Joies du paradis, de fables obsur- « des et puériles. » Pétrarque cite à l'appui de ses assertions des anecdotes scandaleuses sur les dé* bauches des cardinaux. Et lui-même , abbé chaste et fidèle amant de Laure, étoit entouré de bâ« tards : Ebbe aliora nnfigliuolo naiurale, e, dopé alcuni anni, una fgliuola; ma protesta, che non ostante queste licenze, egli non amà mai altra ehe Laura, (Saggi.)

Dans un sermon prononcé devant le pape , en 1364, le docteur Nicolas Oresme prouva que *rAntechrist ne tarderoit pas à paroltre, par six raisons, tirées de la perte de la doctrine , de l'or* gueil des prélats , de la tyrannie des chefs de TÉ* glise , et de leur aversion pour la vérité.

Les sirventes, qui n*épargnoient ni les papes, ni les rois, ni les nobles, |ne ménageoient pas plus leclergéque les sermons. « Disdonc, seigneur « évéque , tu ne seras Jamais sage qu'on ne t'ait « rendu eunuque. — Ah ! faux clergé, traître, « menteur, parjure, débauché! Saint Pierre n'eut « Jamais rentes, ni châteaux, ni domaines; Ja* « mais il ne prononça excommunication. Il y a « des gens d'Église qui ne brillent que par leur « magnificence , et qui marient à leurs neveux les <* filles qu'ils ont eues de leur mie. » (Raynou ard , Troubadours.)

« Une vile multitude, qui ne combattit jamais , tt enlève aux nobles leur tour et leur chastel : le « bouc attaque le loup. » — « Notre évéque vend « une bière mille sous à ses amis décédés. » — « C'est le pape qui règne ; il rampe aux pieds du « monarque puissant , il accable le roi malheu* « reux.

Toute la terre féodale se ressembloit ; mêmes censures en Angleterre :

An other abal is ther bl

For soUi a gret nannerie, etc.

« Auprès d'une abbaye se trouve un couvent de « nonnes, au bordii'une rivière douce comme du « lait., Aux jours d'été les jeunes nonnes remon- « tent cette rivière en bateau , et quand elles sont n loin de l'abbaye , le diable se met tout nu , se « couche syr le rivage, et se prépare à nager. « Agile, il enlève les Jeunes moines , et revient « chercher les nonnes. Il enseigne à celles-ci une « oraison : le moine, bien disposé, aura douze R femmes à l'année , et il deviendra bientôt le père « abbé. » Je supprime de grossières obscénités en vieux anglois.

Le Credo de Pierre Laboureur (Piter Plow-

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AKALYS^ fiAISOi>^É£

.man), est une satire amère contre les moines mendiants :

I food io a fretare a frère on a bcficbe , etc.

« J'ai rencontré , assis sur un bane, un frère « affreux; il étoit gros comme un tonneau ; son f visage étoit si plein qu'il avoit Tair d*nne vesn sie remplie de vent, ou d*un sac suspendu à « ses deux joues et à son menton. G'étoit une vé- « ritable oie grasse qui faisoit remuer sa chair « comme une boue trenlblante. »

Les châtelains et les châtelaines cbantoîent , aimoient, se gaudissoient^ et par moments ne croyoient pas trop en Dieu. Le vicomte de Beaucaire menace son flls Aucassin de l'enfer, s'il ne se sépare de Nicolette, sa mie. Le damoiseau répond qu*il se soucie fort peu du paradis , rempli de moines fainéants demi-nus , de vieux prêtres crasseux et d'ermites en haillons. Il veut aller en enfer, où les grands rois, les paladins, les barons, tiennent leur cour plénlère ; il y trouvera de bel* les femmes qui ont aimé des ménestriers et des JODgleurs, amis du vin et de la joie. (Le Gbaud p'Aussi, Raynouàbd, Hist, de PhiL Aug.; Ca- PBFiGUE, etc.) Un troubadour demande un Pater, pour que Dieu accorde à tous ceux qui aimèrent, comme le fils du châtelain d'Aupais, le plaisir qu'il eut une nuit avec Ogine. La dame, comtesse de Die, écrit au troubadour Rambaud, comte d'Orange : « Mon bel ami, viens ce soir^occu* « per dans ma couche la place de mon mari. » I^ comtesse de Die étoit présidente de la cour d'amour. Guillaume , comte de Poitiers , fonda ji Niort une maison de débauche, sur le modèle d'une abbaye : chaque religieuse avoit une cellule , et formoit des vœux de plaisirs ; une prieure et une abbesse gouvemoient la communauté, et les vassaux de Guillaume furent invitésàdoter richement le monastère. 11 y avoit des maréchaux de prostituées.

On voit un comte d'Armagnac , Jean Y, épouser publiquement sa sœur, et vivre avec elle dans son châtean, en tout honneur de baronnage. Les fureurs lubriques du maréchal de Rais ne sont ignorées de personne.

Ces nobles de la gaie science n'étoient pas toujours si courtois et si damoiseaux qu*ils ne se transformassent en brigands sur les grands chemins et dans les forêts. Les bourgeois de Laon appelèrent à leur secours Thomas de Coucy , seigneur du château de Marne. Thomas, tout jeune encore, pilloit les pauvres et les pèlerins qui se rendoient

à Jérusalem, etqui revenoientde la Terre-Stinte, Afin d'obtenir de l'argent de ces captifs, il les accrocboit de sa propre main , testicuUs appe%débat propria aliqmtiens manu ( Guibekti, de vita sua ) ; une rupture s'opénint par le poids du corps, les intestins sortoient à travers l'ouverture. Thon^as pendoit encore d'autres malheofeax par les pouces, et leur mettoit de grosses piemt sur les épaules pour sjouter à leur pesanteur n»turelle; il se promenoit en dessous de ces gibets vivants, et achevoit, à coups de bâton, les victimes qui ne possédoient rien, ou qui refosoient de payer. Ayant un jour jeté un lépreux au fond d'un cachot, le nouveau Cacus fu( assiégé daos son antre par tous les lépreux de la contrée.

Un seigneur de Tournemine assigné dans m manoir d'Auvergne par un huissier appelé Xoiy, lui ût couper le poing , disant que jamais loup m s'étoit présenté àson château sans qu'il n'eût laissé sa patte clouée à la porte.

RégnaultdePressiguy,seigneurdeM(iraD8prè3 de la Rochelle , rançonneur de bourgeois, voleor de grands chemins, détrousseur de passants, as plaisoit à crever un œil , et à arracher la barbe i tout moine traversant les terres de sa seigneurie. Quand il en voyoit au supplice les malheureux qui refusoient de se racheter, et que ceux-d en app^ loient à la justice du roi , Pressigny , qui apparemment savoit le ktin , leur répondoit en équiv»* quant sur les mots , qu'ils se plaignoieut à tort de ne pas mourir dans les règles , qu'ils mouraient jure aut injuria.

Le moyen âgeoffreun tableau bizarre qaisemble être le produit d'une imagination putssaate, mais déréglée. Dans Tantiquité, chaque natioa sort pour ainsi dire de sa propre source \ un esprit primitif, qui pénètre tout et se fait sentir partoat, rend homogènea Jes institutions et les mœurs. La société du moyen âge étoit composée des débris de mille autres sociétés : la civilisation romaiae, le paganisme môme , y a voient laissé des traces; la religion chrétienne y apportoit ses croyances et ses solennités; les Barbares franks, gotbSj bourguignons, anglos-axons, danois, nonnaodS) retenoient les usages et le caractère propres i leurs races. Tous les genres de propriété se mêloient , toutes les espèces de lois se confondoient : l'aleu, le fief, la mainmprtable, le Gode, la IHgeste, les lois salique, gombette, wisigotbe, le droit coutumier. Toutes les formes de liberté et de servitude se rencontroient : la liberté qm>-

D£ L'HISTOIRE B£ FRàXCE.

■HcUqw dn KM, la liberté aristocratique du Boble, la liberté individuelle du prêtre , la liberté coUectiTe des oonaoranes ; laliberté privilégiée des villes y de la magistrature , des corps de métiers et des marchands ; laliberté raprésentativede la Bition; Tesdavage romain, le servage barbare, te servitude de Taubain. De là ces spectacles incobéients , ces usages €(ui se paroissent contredire, qui ne se tiennent que par le lien de la religion. On dirait des peuples divers n'ayant aucun rap* port les uns avec les autres , étant seulement con- Tenus de vivre sous un commun maître autour (mk même autel.

Jusque dansson a^arence extérieure, la France offroit alors un tableau plus pittoresque et plus oitioDal qu'elle ne le présente aujourd'hui. Aux ■oDunientsnés de notre religion etde nos mœurs , nous avons substitué , par une déplorable affectitioQ de Farchltecture bâtarde romaine , des mo* snments qui ne sont ni en harmonie avec notre M , ni appropriés à nos besoins ; froide et servile copie , laquelle a porté le mensonge dans nos arts, comme le calque de la littérature latine 1 détruit dans notre littérature l'originalité du gjénie Irank. Ce n'étoit pas ainsi quHmItoit le moyen âge ; les esprits de ce temps-là admiroient wuA les Grecs et les Romains; ils rechercboient ctctudioient leurs ouvrages; mais, au lieu de l'eo laisser dominer, fis les maitrisolent, les fa* mnoient à leur guise, les rendoient françois, etajontoient à leur beauté par cette métamorfèose plebie de création et d'indépendance.

Les premières églises chrétiennes dans l'Oceideot ne furent que des temples retournés : le cuite païen étoit extérieur, la décoration du tem* pie fot extérieure ; le culte chrétien étoit intérieur, la décoration de Téglise fut intérieure. Les colonnes passèrent du dehors au dedans de Fcdifiee , comme dans les basiliques où se tinrent la assembla des fidèles quand ils sortirent des eryptesetdcâcataoombes. Les proportions de l'é- |Bae surpassèrent en étendue celles du temple , parce que la foule chrétienne s'entassoit sous la voiite de l'église , et que la foule païenne étoit Répandue sous le péristyle du temple. Mais lorsfoe les chrétiens devinrent les maîtres, ils cbandjèfeot cette économie ; et ornèrent aussi du cAté du paysage et du ciel leurs édifices.

L'architecture néogrecque, par une même émancipation de l'esprit humain, se montra en Orient avec le néoplatonlsoie ; il étoît naturel que

les arts suivissent les idées,, et surtout les idées religieuses auxquelles ils sont appliqués de préférence chez les peuples. Les premiers essais , ou plutôt les premiers Jeux de cette architecture, se firent remarquer dans les temples de Daphné , de Balbek et de Palmyre : elle se développa en Syrie dans les monuments de sainte Hélène ; elle devenoit chrétienne à Jérusalem , à l'époque où le néoplatonisme devenoit chrétien au concile de Nicée. Justinien la fit régheren bâtissant, sur les fondements de la Sainte-Sophie romaine de Constance, laSainte-Sophie néogrecqoe d'Isidore de Milet. De là elle passa en Italie, et déploya son art dans l'église octogone de Saint-Vita là Ravenne : Charlemagne, au huitième siècle, reproduisit ce mouvement agrandi à Aix la Chapelle. « Il édiOa églises et abbayes en divers lieux , en « l'honneur de Dieu et au proufit de soname. Au- « cunesencoromençaetaucunesen parfit. Entre les « autres fonda l'église de Aix la Chapelle, d'œu- « vre merveilleuse, en l'honneur de Nostre-Dame <t Sainte-Marie. . . . Divers palais commença en f divers lieux , d'œuvre cousteuse : un en fit au- « près de la dté de Mayence, de les une ville « qui a nom Ingelhelm ; un autre en la cité , sur « le fleuve de Vahalam. Si commanda dans tout « son royaume, à tous lesevesques età tous ceux « à qui les cures appartenoient , que toutes les « églises ettoutes les abbayes qui estoient déchues « par vieillesse fussent refaictes et restaurées : et « pour ce que cette chose ne fùst mise en non- « chaloir, il leur mandolt expressément par ses « messages qu'ils accomplissent ses commande* « ments. »

Trois siècles plus tard , rarchitectonlque nouvelle aborda une seconde fois aux rivages latins , et annonça son retour par l'édification de la cathédrale de Pise. Il y a des erreurs que la voix populaire consacre, et auxquelles la science est obligée de se soumettre : le néogrec , en Italie , fut appelé Varckilecture lombarde , et en France , Varckiteciure gothique; fit, ni les Lombards, ni les Goths, n'y avoient mis la main; Théodoric même se contenta d'imiter ou de réparer les masses du Forum et du Champ de Mars.

Tandis que l'architecture néogrecque, infidèle au Parthénon abandonné , s'emparoit des édifices chrétiens , elle envahissoit aussi les édifiées mahométans. Les Arabes forieutaksèrent pour le calife Aroun et les MiUe ei tf»e Nuils; ils l'emmenèrent avec eux dani leurs conquêtes ; elle ar-

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