‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 199 sur 228 · VOEU DU H£RON · texte numérisé non relu

VOEU DU H£RON

Qgoiqiie Edouard nourrit depuis longtemps le dmein d^attaquer la France» la grandeur de Tentrtprise, les emt>arras intérieurs de son gouvernement l'effrayolent eti*arrétoient. Peut-être même M se fût-il jamais déterminé à prendre les armes, sans les sollicitations de Robert d*Artois, qui, retiré depuis deux ans en* Angleterre , souffloit. jjD cœur de Tambitieux Edouard la haine dont lui, Robert, étoit dévoré : le banni se servit, pour déterminer son h6te , d'un moyen extraordinaire.

Acetteépoquedenosannales le romanest tellement mêlé à rhistoire , et rhistoire au roman, qu*on les peut A peine séparer : déjeunes bacheliers anglois paroissent à la cour du comte de Hainaut, un œil couvert de drap, ayant voué entre dames de leur pays que Jamais ne verraient que d*un mil Jusqu^à ee que iis auraient fait aucunes frouesses de leur corps au royaume de France, liessirci Gauthier de Mauny avoit dit à aucuns de ses plus pAvésy qu*il avoit promis en Angleterre, devant les dames et seigneurs, qu'il seroii le premier qui entrerait en France, et quHl y prendrait chastet ou farte ville, et y ferait autunes apertises d*annes. Souvent les barons et les chevaliers juraient par un saint ou par une dame, au pied d'un rempart ennemi, d'emporter ee rempart dans un certain nombre de jours , dât leur serment leur être funeste ou à leur patrie. Ces faits, attestés par toutes les chroniques, ne diffèrent point de ceux qu'on lit dans les romans; ils rappellent aussi les serments que faisoient les BarlNires du Nord, lorsqu'ils se condamnoient à porter une longue barbe ou un anneau de fer, jusqu'à ce qu'ils eussent tué un Romain. La que-

Oi^TEàUBBIA!». » TOME L

relie de l'Angleterre et de la France dans le quatorzième siècle ranima Tesprit chevaleresque; les deux nations descendirent au champ clos , dont elles ne sont plus sorties. Comme les imaginations étoient remplies des chansons des troubadours et des aventures des croisades , les mœurs se teignirent de ces couleurs, et les reflétèrent. On sent partout, avec la chevalerie historique, l'imitation de la chevalerie romanesque à laquelle la vie de château, les chasses, les tournois , les croyances religieuses et les entreprises d'amour étoient d'aile leurs extrêmement Ta vorables. Il y atout à la foia quelque chose de vrai et de faux, de naturel et d'artifidei dans les mœurs de ces temps , que l'on doit , si l'on peut, saisir et peindre.

Sainte-Palaye regarde donc le vœu du liéroa comme un fait réel rimé ; alors on chantoit encore l'histoire, comme jadis dans laGrècernous avons en vers le Combat des Trente et la première Bis* toire de du Guesclin. Au commencement de l'automnede l'année 1 888, et, commedit le poète historien, lorsque Veti va à desclin, que Poiseau gai a perdu la voix, que les vignes sèchent, que meurent les roses, que les arbres se despouilleni^ que les chemins se jonchentdefeuilles,Esdouard estait à Londres en son palais, environné de ducs, de comtes, de pages, de dames, déjeunes filles et de jeunes hommes; il tenait la teste mclinée en pensers d'amours. Robert d'Artois, retiré en Angleterre , étoit allé à la chasse , parce qu'il se souvenait du très gentil pays de France dont il estait banni. Il portoit un petit faucon qu'il avoit nourri, et tant vola le faucon par nvieres, qu'il prit un heran. Robert retourne & Londres, fait r6tir le héron, le met entre deux plats d'argent , s'introduit dans la salle du festin du roi, suivi de deux maistres de vielle, d'un qtnstreneus ( joueur de guitare), et de deux pu» celles, filles de deux marquis; elles ciiantoient accompagnées du son des vielles et de la guitare* Robert s'écrie : Ouvrez les rangs; laissezpasser les preux que famour a surpris : Voici viande à preux, à ceux qui sont soumis à dames amou^

reusesqui tant ont beau visage Le heran est

le plus couard des oiseaux ; il a peur de son om* bre. Je donnerai le heran à celui d'entre vous qui estlepluspoltron; à mon avis c'est Esdouard, déshérité du noble pays de la France, dont il estait r héritier légitime; mais le coeur lui a failli, et pour sa laschetéil mourra privé de son royaume. Edouard rougit de colère et de mal ta*

HtSTOIRI M nARCIL

tenfJecŒnflDlfrémit;i1Jtirêpar1éDieiidvpftraâi8 et par sa douce mère, qu*aYatit qiieslx mois soient passés il défiera le roi de SainUDeniê (Philippe).

Aobert j>(to tin ritej et dit tout en btuset: A présent f ai mon avis (désir), et par mon héron commencera grant guerre.

Robert reprend le héron toij^oarsentre les deux plats d'argent; il traverse la salle dn banquet, Émiyi des denx méaestriers qni vieiloient doUce^ mentj dnjonettr de guitare, et des deux damoi- -aelles , qui cliantoient ces paroles : « Je yais à la « verdure, car Amour me l'apprend. » Robert présente le héron au comte de Salisbury,quiétoit assis de lez amye qui fût gentille et courtoise et de beau maintien ; elle étoit fiiie du comte Berby , «t Salisbury Talmoit loyalement. Robert prie le eomte de Salisbury de Jurer sur le héron^ Salisbury répondit : « Pourrois-je tenir un vœu par- « fidtement? Je sers la dame la plus belle qui soit « au firmament ; et si la vierge Marie étoit id, il mettant à part sa divinité , Je ne saurais la dis- « tlnguer de celle que J'aime. Je l'ai requise d'aii mour, mais elle se défend : elle me donne pour- « tant un gracieux espoir que J'aurai merd. Je « prie qu'elle me prelte un doigt de sa main , et * qu'elle le mette sur mon œil droit. — Par ma « foi , s'escria la dame. J'en presterai deux. — Et •m loi ferma l'œil droit avec deux doigts. — Est-il 41 bien clos, belle? dit le chevalier très gracieuse-

à ment. — Oui , respond-elle A donc , s'escria

« de bouche et de cœur Salebrin , Je veux et pro- « mets à Dieu tout-puissant 5 et à sa douce mère « qui resplendit de beauté ^ que Jamais cet œil ne « sera ouvert ou par longueur de temps, ou par 4 vent , douleur otl martyre , avant que je ne sois « entré en France , que Je n'y aie porté la flamme « et combattu les gens de Philippe en aidant

« Edouard. A présent advienne qu'advienne

« Et quand le quens Salebrin ( le comte de Salis- « bury ) eut fait son vœu, il demoura l'œil clos en k la guerre. »

SOiMMAIRE.

SÊdooard déclare quMl va prendre les armes pour se faire rendre les terres saisies autrefois en Guienne. -r PhiUppe eiri*

* ploie les forées destinées pour lA croisade à la défense de «on royaume. — Premières liostilités d^une guerre qui devolt durer cent^vingt-six ans. — Trêve. — Ëdouaitl, pressé par Artevêlie , 6>mlMir(fue à Oouvres , arrive à Anvers , où

, les princes de sa eon fédération éloient assemblés. — 11 achète de Louis de Bavière le titre de vicaire de Pemplre. — Déclaration solennelle de fsoerre. — Exploits de Gauthier de Mauny. — Invasion de la Picardie. — Les deux armées se irencontrent à Vlmnfosse, el se séparent sans combattre. —

. Chevaliers du Lièvre. Artevelle presse le roi d*AogiPterre de prendre le Utre de roi de France pour dégager la foi des •

Flamands. •— Seconde cttapagM dans la QnleBMetdm le Hainaot. — Combat oaval de rÊcluse. ->La floUefnoçoise est détniite.

FRAGMENTS

PERTE DES FRANÇOIS AU COMBAT NAVAL DK Lt- CLUSE. GODEMAR DU FAT. CAUSES DES MfiPlUSES DANS CES GUERRES DU QUATORZIÈME SIÈCLE.

Notre perte en hommes fut évaluée à traite mille matelots et soldats : les Génois seuls,» nombre de dix mille, demandèrent et obtinrent la vie. Des trois amiraux qui commandoient la flotte , deux moururent glorieusement.

Cette action navale sembla nous prédire Favenir. Que de sang françois a coulé sur les flots l^ puis cette bataille à Tembondhitre de la Meose jusqu*au combat livré dans les parages do Nil! L'Arabe, du milieu de ses sables; le Flamand, du bord de ses marais, ont contemplé nos dernien et nos premiers désastres, nos marins emportai dans des tourbillons de feu ou abtmés dans les eaux. Le caractère des peuples est quelquefob indépendant de leur sot et de leur position géo^ graphique; la France, flanquée de deux mers, n*a Jamais su régner longtemps sur ces mers. Rome aussi, fllle de la mer, ne dut point Tempire à Neptune. Nous n'avons eu de flottes T^ doutables qu'à de longs intervalles et pour m moment, sousCharlemagne, Louis XIY et IxNiii XVJ. Vainqueurs dans les actions particnlières où nos capitaines se battent comme dans une a^ fliire d'honneur, nous succombons dans les a^ tions générales où il faut obéissance et discipline; cet esprit d'insubordination et de Jalousie qoi semble attaché à notre pavillon , éclate dès notre premier combat naval entre les amiraux char* gés de s'opposer ai^passage d'Edouard. Nom n'avons point ou presque point participé à ces grandes découvertes qui ont changé la face du globe et les raports des nations. Dans nos coioolcs, nom sommes devenus chasseurs, aventuriers, plan* teurs , Jamais marins. Nous n'avons guère pan sur les flots qu'en chevaliers pour conquérir rA»* gleterre et la Palestine, pour donner un mona^ que à Londres, un roi à Jérusalem , un emperenr à Constantinople , un duc à Athènes , et un prinee à cette Lacédémone que notre dernier triomphe maritime devoit délivrer à Navarin, Si la Méditerranée parott nous être plus soumise que l'Océan, c'est que cette mer qui baigne des rifagei Immortels semble nous être dévotee par le dn* de notre gloire.

Personne , dans le premier moment^ n'atoft

HISTOmE m FBAMCE

0ié appm^dn à PUlippe la destfaction de ga

flotte; il D*en fut instruit que pur un de ces mi* iérables qui représentoient alors au pied du trône h liberté sous le travestissement de l'esclave ; Itoinmes qui se sauvoient du mépris par i'inso* knce , et à qui Ton permettoit de tout dire, parce qu'ils pouToient tout souffrir : le fou du roi ap* Iffit donc par une bouffonnerie la mort de trente mille François. Philippe ne s'emporta point contre la mémoire de sujets aussi fidèles, et, remettant sa vie entre les mains de Dieu, il songea à la défense du royaume.

. Il prévit qu'Edouard attaquerolt Toumay. Cette place avoit pour commandant Godemar du Fay, écuyer de Toumaisisou gentiiliomme de Bourgogne, que Philippe avoit nommé souverain tapitaine et régent de tout le pays dépendan de Douay^ de Lille et de Toumay* C'étoit un officier brave et expérimenté , qui sauva alors la France pour la perdre au passage de Blanche* Taque; soit qu'il y ait un terme à la fidélité et h l'hcMineur, soit qae les talents s'épuisent, soit que lehéros devienne semblable au vulgaire des hommes quand il ne meurt pas au Jour de sa renom* née. Philippe augmenta ia garnison de Tournay : il y envoya droite fleur de chevalerie / loi- même rassembla sous les murs d'Arras une brillante s^rmée; il y eut beaucoup de petits faits d'armes et d'aventures. Des méprises déplorables advenoient souvent dans ces rencontres , entre des eombattants dont les familles avoient des branches établies en France, dans la Grande Bretagne et dans les Pay^-Bas : tous ces ennemis étoient des François. Les Ânglois du quatorzième ' siècle parloient notre langue, avoient les mêmes mœurs et la même religion que nous ; ils n'étoient pas encore assez éloignés du temps de la conquête pour avoir oublié leur origine; ils se faisojent gloire d*étre Normands, de retrouver sur notre aol leurs aînés. Les provinces que la couronne d'Edouard (lui-même fils d'une princesse de t*rance) possédoit en Guienne et eu Picardie, multiplioient ces liens des deul^ peuples ; la haine que nos voisins insulaires ont conçue contre nous n'a commencé qu'avec ces guerres, véritables guerres civiles.

SOMMAIRE

Gviél envoyé par Edouard à PhiUppe de Faloia , at daté da Yan premier de noire règne de France. — Philippe le refuse ttmiiM rot, par écrit, et Paccepte verbalemeotcootoie ebevaUer. — Jeanne de Valois, sœur du roi de France, négq-

oie une trêve; elle est prc^ogée péntoldcei anf.^Af|

faire de Bretagne. — Histoire de cette province^. — Le comte de Montforl fait dommage du duché de Bretagne aËdouardt — La cour des pairs adjuge ce duché à Cbaries de Blois.

FRAGMENTS

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