‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 201 sur 228 · AMOURS D^ËDOUARD III ET DE LA COMTESSE · texte numérisé non relu

AMOURS D^ËDOUARD III ET DE LA COMTESSE

DE SALISSURY,.

On o'avoit point encore va le sang de la no« hlesie oonler aar l'éehafaod , sang que Louis XI et le cardioai de Richelieu répandirent depuis largement. Les gentilsliomnies , qui oompoeoient •Ion eomme cavaliers la force de l'armée , resseotiKBt pour Philippe un étoignement que son adversité seule put vaincre : à Crécy ils oublièrent l'afiront ûnt à leur corps, ne virent que Thonneur d fenr roi mallieureux : s'ils ne vainquirent pas, Us mourarent Philippe , appliquant la loi eomme grand Juge sans expliquer ses motift, parut un tjran, tandis qu'il n'étoit , dans la législation du teoips , qu'un prince sévère. Aujourd'hui les tribonaiix peuvent seuls àUr la vie aux coupables , et dans les causes criminelles un roi de France as s'est réservé que le droit de pardonner.

Un mari outragé fut , comme autrefois dans lome , Toccasion d'un évéi),ement tragique. Le ni d'Angleterre avoit marié Guillaume de Monlagu, qui fût depuis comte de Salisbury , à Gathiériiie , ou Alix , fille de lord Granflon , une des plos belles femmes de son siècle. Il parolt qu'Edouard fut dès lors firappé de la beauté d'Alix , si foo en Juge par le début du poème du Vœu du kimn. Edouard ne pensait point aux eombais, mêisenpensers d*amours il tenoit le chef en* eën. Les soins de la guerre occupèrent bientôt fidonard : sa passion naissante s'étoit presque étaiotB , lorsqu'un événement la réveilla.

Les Éoessois avoient envahi le nord de TAngfetsrre. Des chevaliers de 8uède et de Norwége, ks petits princes des hébrides et des Oreades, Isi blghliAders conduits par le roi David Bmcë^ ivuientravagéleplat pays, insuitéNeweastle , et oaporté Durliam d'assaut.

Edouard, averti de oes dévastationspar Jean de Nevilie , qui s'étoit échappé de Newcastle , ordonas à tousses vassaux, depuis l'âge de quinze ans jusqu'à celui de soixante , de prendre les ar- «M Y et de venir le trouver sur les frontières du Yorkahire. Après le sac de Durham , David avoit narebé le longde la rivière de Thyn, vers le pays Ae GaUss, et s'étoit avoisiné do chéteau de Salie^ bury . Ce château avoit été donné h llenlaga , alecs prisMMiier en France, en récompense de ses services. La ehâtelaiae, sa femme, se trouvoit enfermée dans le manoir, où commandoit AmllanmedetMctfitagUi sra nevep.

Les Éeessflds, ayant psssé une nuit ut pied 49 donjon, décampèrent le lendemain sans l'atta* quer; mais le jeune Montagu sortit avec quaninte cavaliers, tomba sur l'arrière-gardedesennemiSf tua et blessa plus d« deux cents hompaes , se sai^ sit de six vingts chevaux , chargés du butin fait à Durbam , et les conduisit dans ses tours dont il referma les portes. L'armée d'Ecosse revient sur sespas^ le cbâteauest escaladé; lesassiégés repoussent les assiégeant^. La nuit approchant , David ordonne de suspendre l'assaut jusqu'au retour du soleil, et dese lopr aux environs. « Lors pouvait^ on voir appareiller et frémir et quérir pieee d$ t^rrepour loger, les assaillants retraire, les navrés rapporter et rappareiller, et les morts raS" sembler* » Le lendemain, nouvelle attaque plus f uricQse que celle do la veille. Là estoUla comtesse de Salisbury i gu'oh tenoit pour lapkfs belle dame et laplus sage du royaume d* Angleterre^ Icelle comtesse reconfortoU moult ceux du de^ dans, et parle regard cPum telle dame et de «on doux admonestement, un homme doit bien tw* loir deux au besoin, » Le second assaut n'ent pas plus de sooeès que le premier. Les écossais sa retirèrent au tomber du jour, résolus de fiUre un nouvel effort an lever de l'aube.

Cependant les assiégés « dans les plus vives alarmes, accablés de £Bti0ies et de Uessares, craignoient d'être eo^ortée au dernier assaut. Montagu assemble ses chevaliers pour prendra conseil ; il savoit , par la déclaration de quelque^ prisonniers, qu'Edouard étoit arrivé à Warviridi ; il auioit désiré l'instruire de l'extrémité on U étiM réduit; mais eomn>ent sortir du ebâtepu? Les passagesétcHcnt soigneusement gardés, D'aiUmifS tous les chevaliers vouloient rester pour définidre Alix , et , quand ils la regardoient baignée de iaiy mes, aucun d'aw^ no se pouvott résoudre h Tabandonner.

Le jeune châtelain dit i ses compagnons : « Seigneurs fje vois bien votre loyauté et bonne volonté. Je veux , pour l'amour de madame et de vous mettre mon corps en aventure, et faire moi^mépie le message. De cette parole furent madame la comtesse et les compagnons muU joyeux. »

Montagu , ay«nt ft4t ses prépamMfii 9 aortlt seul

an milieu de la nuit dans le plus gri^d silence;

une pliile aboudante qui survint ie favorisa; ii

passa au travers des gardes annemlos sai^s étn

I 4psfÇB* }1 i^t û^ assai h>faii lorsqu'au leur

HISTOIRE DE FRANGE

iiussant U rencontra deux ÉooMois qui condui- 1 tant chevaiier, gui Umt mm» a servi , et già

soient deux bœnfs et une yache ; U tua les bœufs et blessa les deux soldats : ^ Allez , dit-il , apprendre à votre roi que Guillaume de Montagu a traversé son' camp, et qu'il va chercher à Warwick le roi d'Angleterre. » Bruce, ne jugeant pas à propos d'attendre Edouard , leva le siège et se retira.

Edouard arriva à midi à l'endroit même d'où les Éoossois étoient partis quelques heures auparavant : pressé peut-être par une passion mal éteinte, il avoit fait une extrême diligence , afin de secourir la noble dame, qu'il n'avoit pas vue depuis qu'elle s'étoit mariée au comte de Salisbury.

Sitôt qu'Alix ouït la venue du roi , elle fit ouvrir tontes les portes du château, fis*avança hors tant richement vestue y que chacun s*en esmer* veillait. Et ne sepouvaii-on tasser de la regardery et remirer sa grande noblesse avec la grande beauté et le gracieux parler et maintien gu*elle avait. Quand elle Jut venue au rai, elle sHnclina jusqu'à terre en le regraeiantds son secours, et Pemmena au ehasiel pour le /es* tayeret l'honorer. Le raine se pouvait tenir de la regarder, et bien lui estait advis qu*ancques n'avait vu si noble , sifrisque, nisi belledame. Site blessa tantostune étincelle define amour au cœur, qui lui durd par longtemps. Rentrèrent au chasteau main à main, elle mena la dame premièrement en la salle, et puis en sa eham» bre, qui estait si noblement parée qu'il appartenait à telle dame. Et tousjaurs regardait le roi ia gentille dame si fort, qu'elle endevenait toute honteuse. 'Quand il Veut grande pièce regardée, 'il s'en alla à une fenestre pour s'appuyer, et vammençafart àpenser.

La comtesse, ayant tout ordonné pour une fête, revint auprès du roi , qu'elle trouva plongé dans la même rêverie ; elle attribua cette tristesse au déplaisir qu'il sentoit d'avoir manqué l'ennemi , et chercha à le consoler. ^Ahf chère dame , dit Edouard, aw/fv chose me touche et me gisl au cceur. Le doux maintien, le parfait sens, la féroce, la grande noblesse, et la beauté que J'ai trouvées en vous, m'ont si fort surpris, qu'il convient que je sois de vous aimé. » Lors dit la dame : « Haaf cher sire, ne me veuilles mie moquer ni tenter. Je ne pourrais eroirequesinoble et gentU prince comme vous estes eust pensé à d^shonprtr moi et mon mari , qtd est si.vaU"

pour vous en prison. »

Le banquet servi, le roi, après avoir lavé, s'assit à table entre ses chevaliers, dtna peu, etâ^ meura toi^ours pensif. Après le repas il se retin à l'appartement qu'on lui avoit préparé. Il demeura toute la nuit en grand trouble : tantM il lii sembloit odieux de cherdier à tromper un gvlil' homme qui l'avoit servi avec tant de âdéMé; tantast amour le contraignait si fort , qi^ilnr* montait honneur et loyauté. Le lendemain il dit adieu à la comtesse , la conjurant de ne paspm* dre de résolution contre lui; elle, le soppiiafli d'abandonner ses desseins.

Peu de temps après, le comte de Salisboijr, échangé contre le comte de Moray, Écossois, revint en Angleterre. Il étoit tranquille, carO ignoroit la passion du roi , qui n'avoit pas encora éclaté. De retour à Londres , Edouard fit poblicr un tournoi dans l'espoir d'y attirer la comttsK. Il commanda au comte d'amener sa femme i la cour, et le comte promit d'obéir. « Si avez bien entendu, dit l'historien qui nous raconte si agi» blement cette aventure, comment le roid'Angk' terre avait si ardemment aimé etparanmrk belle etnabledame, madame Alix, comtesteis Salisbury. Amour l'admonestait nuit et jour, et tellement lui représentait la beauté et lefrisfm arrai d^elle, qu'il ne s'en savait conseiller d n'y faisoUque penser toujours. » Lâchâtdaiae, invitée à se rendre au tournoi, n'osa refàser^dui la crainte de donner à son mari quelque aospeoa des desseins du roi. Les fêtes durèrent qoiott Jours : on y vit briller le roi d'Angleterre lui-méoie; Guillaume II , comte de Hainaut ; Jean de Bainaut son oncle , Robert d'Artois, les comitf Derby, de Salisbury, de Glooester, de Wanrick, de Qomouailles et de Suffolk , et un grand nombre de chevaliers. Joutes, castilles, ptf d'armes, danses de toute espèce, surpassèrent ce qu'on avoit vu jusqu'alors. Malheureusement Jean , fils atnédu comte de Beaumont, fkit toédans un dernier combat à la barrière. Alix parotvdlM d'une simple robe an milieu des dames ehaiféei d'atours ; elle n'en étoit que plus belle; et, en vos* lant éteindre, par cette modestie, l'amour di monarque, elle l'enflamma.

On croit que ce fut à l'une des danses de cef

fêtes qu'Alix laissa tomber le ruban bleu qal i«ltachbituneespèced'élégantbas^-chaossesqa'oa

porloit alors. Edouard le releva avec viracHé;

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