‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 209 sur 228 · CHARLES V · texte numérisé non relu

CHARLES V

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Une seule qualité doit être relevée dans Charles y, parmi celles qu'il possédoit : la connoissaoce des hommes et l'intelligence nécessaire pour les apprécier. Il" se servit de ce qu'il y avoit desQpérteur autour de lui, sans être obligé d'atteindre lui-m6ine à une grande supériorité. A n'en citer que deux exemples , il choisit pour ses trmées Bertrand du Guesclin , et Bureau de Lariyière pour ses conseils. Les défauts mêmes de Charles V Ini furent utiles ; la foiblesse de son eorps, le condamnant à la retraite, favorisa le ftveloppement de son esprit. Du Guesclin déliyn la France des Grandes Compagnies en les BKnant en Espagne. Les guerres du prince de Transtamare et de Pierre le Cruel se mêlèrent iQx guerres de la France et amenèrent des révobtiivDS où le prince Noir et du Guesclin augmentèrent leur renommée. En Bretagne, Clissop avoit fani; Charles de Blois avœt été tué à la bataille d'Anral.

Les grands barons de la Gascogne se sonlevè- Knt contre les Anglois, qui les avoient oppri- >^. Charles V fit sommer le prince Moir de se v^re À Paris pour ottyr dreict sur les dictes ^mpiaintes ei griefs estneus de par vous à faire furvostre peupleqtd clame à avoir et à ouyr res^ Mff en nosire cour; et à ce n'y estes point de /eWfe. Un valet de rhêtel du roi porta à Londres ^ lettre de Charles Y qui dénonçoit la guerre à Uooard : eehii-ci ne pouvolt en croire ses yeux ; loi et ses ministres examinèrent à diverses repri- ^ les sceaux attachés à cette déclaration inatl^due. Edouard, endormi sur les lauriers de la ^■Ictoire, ne s'étdt aperçu ni de la ftiite des

ans, ni des changements sorvenns autour de lui , ni de ce renouvellement de la race humaine au milieu de laquelle restent quelques hommes du passé que^ l'on ne comprend plus, et qui ne comprennent rien. L'astre du valnqueurde Crécy pàiissoit : sa gloire d'un autre siècle ne touchoit plus une jeunesse qui , avec d'autres passions, découvroit un autre avenir. Le lecteur de l'histoire est comme l'homme qui avance dans la vie, et qui voit tomber un à un ses contemporains et ses amis ; à mesure qu'il tourne les pages , les personnages disparoissent ; un feuillet sépare les siècles, comme une pelletée de terre les générations.

Chandos n'étoit plus ; le prince de Galles étoit mourant. Edouard fit une tentative pour aborder en France , dans le dessein de secourir Thouars, la dernière place qui lui restât en Poitou : cette fois la mer méconnut sa tête blanchie et le re* poussa; le vent de la fortune enfloit d'autres voiles. Le prince de Galles , transporté à Londres , expira, Agédequarante-sixans, aupalalsde Westminster. Il laissoit un fils , le malheureux Richard II, à qui l'on disputa Jusqu'à la légitimité de sa naissance. Edouard III ne tarda pas à suivre le prince Noir dans la tombe : ce n'étoit plut le brillant chevalier de la comtesse de Salisbury ; e'étolt l'esclave d'une courtisane qui le vola sur son lit de mort , et lui arracha l'anneau qu'il portoit au doigt (1377).

On peut remarquer, en 1871 , la naissance de Jean de Bourgogne et de Louis, duc d'Orléans : ainsi se forme la chaîne des prospérités et des Cfr* lamités des empires. Le grand schisme d'Occident éclata en 1379 par la mort de Grégoire XI , et la double élection d'Urbain VI et de Clément VIL Charleè V adhéra à ce dernier pape, et l'université suivit le même parti. Des trouûes ecmimencèrent en Flandre : le duc de Bretagne , tenant ferme à Talliance anglolse , vit la noblesse de son duché se soulever contre lui. Enfin du Guesclin, après avoir éprouvé une disgrâce de cour, et remis peutêtre l'épée de connétable à Charles V, ce qui n'est pas prouvé , alla mourir devant Castel-Netrf de Randan. On sait que les clefs de la ville furent remises à son cercueil ; il respiroit encore cependant , lorsqu'elles furent apportées. Dans le testament de du Guesclin , et dans le codicille de ce testament , daté du 9 et du 10 Juillet 1380, il prend le titre de connétable de France. Bertrand dit à Olivier de CHsson, son compagnon : • Messire Olivier, Je

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ANALYSE BAtSONNÉE

• sens que la mort m'approche de près, et ne vous « puis dire beaucoup de choses. Vous direz au roi « que je suis bien marry que je ne iui aie fait plus

• longtemps service , de plus fidèle n'eussé-Je pu, ■ et , si Dieu m'en eust donné le temps, j'avois l>on « espoir de lui vnider son royaume de ses enne- R mis d'Angleterre. Il a de bons serviteurs qui « s'y emploieront de mesmes effets que moi ; et « vous , messire Olivier , pour le premier. Je vous « prie de reprendre l'espée qu'il me commit, quand « il me donna l'espée de connestable, et la'lui ren- I « dre ; il sçaura bien en disposer et faire élection « depersonnedlgncJelui recommande mafemme « et mon frère; et adieu, je n'en puis plus. » Ihi Guesclin n'écri voit pas, mais il savoit signer. J'ai vu sa signature, Bertrand, au bas de quelques dispositions de famille.

Charles V ne survécut à du Guesclin que de deux mois et quatre Jours; il mourut au chAteau de Beauté sur Marne, le 16 septembre , à midi, de l'an 1380. Ce prince disoit des rois : « Je ne « lestrouve heureux que parce qu'ilspeuvent faire « du bien; » mot qui peint toute sa vie.

Le règne de Charles Y fut un règne de réparar tiou , et de recomposition de la monarchie. L'art militaire fit des progrès considérables sous le bon connétable, Bayard dans sa jeunesse, Turenne dans son âge mûr. Une sagesse obstinée renferma Charles Y dans son palais; il se souvenoit de Crécy et de Poitiers; il vouloit confier le sort de la France , non à l'impétuosité , mais à la patience du courage françois. Il laissa le royaume ouvert à toutes les courses d'Edouard, qui promena ses troupes de Bordeaux à Calais et de Calais à Bordeaux, tant qu'il voulut. Nos soldats voyoient avec dépit , du haut des remparts où on les tenoit confinés, ces courses ; mais les Anglois perdoient toujours quelques places; les provinces cédées se fatiguoient du joug étranger ; les anciens grands vassaux de la couronne portoient leurs plaintes aux pieds de Charles Y, qui, la main appuyée sur le cœur de la France , et sentant la vie revenir, parloit en maître.

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