CHARLES VL
La minorité de Charles YI fut en proie aux déprédations et aux rivalités des trois oncles paternels et tuteurs de ce prince , les ducs d'Anjou , de Berry et de Bourgogne : le duc de Bourbon, homme estimable, ne put presque rien pour contre-balan-
cer les manx d'une administration sans talent et sans justice.
Soulèvement deBouen et de Paris; Juifs, fermiers et receveurs, pillés et massacm; états oà l'on entend parler du/ietcp/^et de la nation ; guerre civile en Bretagne; désordres occasionnés par le schisme : tel est le prologue de la tragédie doot le premier acte s'ouvre à la folie de Charles YL Le vertueux avocat général Jean DesmaretsM traîné à l'écliafiiud comme complice des séditiooi auxquelles il avoit au contraire o^osé rautortté de sa vertu.
« Maistre Jehan , iui disoit-on en le mraiant au « supplice, criez mercy an roi afin qu'il v(Hlspi^ «donne. «Desmarets répondit : «J'ai servi an roi « Piiiiippe son grand aïeul , au roi Jean , et au roi « Charles son père , bien et loyaument , neoncqœ « ces trois rois ne me sçurent que demander, et « aussi ne ferait cestuy s'il avoit connoissanee « d'homme : à Dieu seul veux crier mercy. » Paroles magnanimes s'il en fut jamais.
Les exécutions nocturnes, commencées soQsn règne, continuèrent; on ne dérobe pas Tiniquilé en la cachant.
Les corps étoient jetés dans la Seine avec eet écriteau : « Laissez passer la justice du roi, * Avertissement à la Loire en 1793, pour laisser passer \di justice du peuple. Les assassinats Joridiques datent du gouvernement des YakHS :od marchoit vers la monarchie al)solue.
Jean, fils du duc de Bourgogne, fut marié à Marguerite de Hainaut , et Charles YI, âgé dedixsept ans, épousa Isalieau, fille d'Etienne , doc de Bavière, Agée de quatorze ans. Il y a des noms qui sont à eux seuls l'arrêt des destinées ( iSSS) r « Il est d*usage en France, dit Froissard, qoequel- « que dame, comme fille de haut seigneur que » ce soit, qu'il convient qu'elle soit regardée et « ad visée toute nue parles dames pour savoirs! « elle est propre et formée pour porter enfant «Do moins les flancs de cette fenmie qui devoit être si souvent regardée toute nue dévoient porter Charles YII.
Grand projet de descente en Angleterre(l3$6)i quinze cents vaisseaux rassemblés au port de I j> cluse; cinquante mille chevaux destinés à être embarqués; des munitions de guerre et de boo" che parmi lesquelles on remarque des barils de jaunes d'œufs cuits et piles comme de la farioe. Une ville de bois de trois mille pas de diamètre» munie de tours et de retranchements, étolt corn*
DE L'HISTOIRE DE FRANCE
posée de pièces de rapport qui se démontoient et rennontoicnt à volonté; elle pouvolt contenir une armée : nous n'avons pas auJourd*liui , dans notre état perfectionné d'industrie , l'idée d'un ouvrage aussi gigantesque de menuiserie et de charpenterie; il est évident, par les boiseries qui nous restent du moyen Age, que l'art du menuisier étoit poussé beaucoup plus loin que de nos jours. Les vaisseaux de la flotte étoient ornés de sculpture et de peinture; les mâts, couverts d*or et d*agent : magnificence qui rappelle la flotte de Cléopâtre. La haute aristocratie étoit descendue do plos haut point de sa puissance au plus haut degré de sa richesse; elle avoit abouti au luxe, eofmne tout pouvoir, et par conséquent sa force dédinoit': les petits hommes qui faisoient ces graods préparatifs furent écrasés dessous. Les intrigues et les passions du duc de Berry , les vols de toutes les espèces d'agents, le retour de la mauvaise saison , empêchèrent la France de reporter en Angleterre les maux que celle-ci lui ivoit faits, et ce fut en vain que les propriétaires forent taxés à la valeur du quart de leur revenu pour nne inutile parade ( 1386).
Ces princes de la première maison de Valois étoient des esprits fastueux , bornés et iugouver- Dables : ils avoient rempli leur maison de cette foule de valets décorés, sangsues du peuple et plaiesdes cours. Cette noble tourbe jouissoit d'imnonités abusives; il n'y avoit pas de surnuméraire de garde-robe qui , en attendant l'exercice de ses fonctions , ne fût exempt des charges publiques.
I^ 1*' janvier de cette année 1386 vit la fin du rd de Navarre, homme qui almoit le crime de la même ardeur quMl aimoit la débauche : s'il ^t connu un moyen d'en ranimer le goût dans <on cœur, il s'en seroit servi comme il se servoit du linceul imprégné d'esprit de vin où il se faisoit tondre pour rappeler ses forces épuisées avec les femmes , et dans lequel il fut brûlé.
Il fiiut placer à l'année 1386 le duel judiciaire de Jean de Carrougeset de Jacques Legris. La ^sme de Carrouges prétendoit avoir été violée dans le donjon de son château par Jacques Le* gris, gentilhomme du comte d'Alençon. ^ Jac- •quet, Jacquet, dit-elle à Legris, vous n'avez " pas bien fait de m'avoir vérgondée ; mais le
• blasme n'en demeurera pas sur moi , si Dieu
* donne que monseigneur mon mari retourne. » Il ^t alors en Ecosse. Legris fut tué, Carrouges
Ca%TFACBRIA?fD. — TOUR I.
passa en Afrique pour combattre les Maures, et ne revint plus.
En 1387 eut lieu l'aventure d'Olivier de Clissonetdu duc de Bretagne, aventure racontée partout, et dernièrement encore par un historien qui ne me laisse plus rien à dire (M. de Barnnte). Bavalan sauva à son maître un crime et des remords. Clisson paya une amende de cent mille livres, et livra quatre places au duc : ainsi les nobles avoient encore des places fortifiées à eux. Les seigneurs de Laval et de Chateaubriand furent cautions de l'amende. En 1 387, Charles VI , devenu mi\jeur, prit les rênes du gouvernement.
En 1 389 on célébra un service solennel à Saint- Denis, pour le repos de l'âme de du Guesclin. L'évêqued'Auxerre fit l'éloge du bon connétable : la première oraison funèbre fut prononcée pour du Guesclin, la dernière, pour le grand Condé; car, après Bossuet, il ne faut compter personne : nouveau genre d'éloquence inspirée par la gloire de nos armes, et noblement épuisée entre les cercueils de deux grands capitaines.
L'Europe trembla au nom de cette puissance ottomane qui bientôt , maltresse de Constantinople , alloit opprimer l'ancienne patrie de la civilisation, et qui expire aujourd'hui en rendant la liberté h la Grèce,
Bt\jazet annonçoit qu'il passerolt en Occident , et ferait manger l'avoine à son cheval sur l'autel de Saint-Pierre , à Rome ; réaction des croisades , comme les croisades elles-mêmes étoient la réaction du premier débordement des nations islamistes sur les pays chrétiens. La guerre d'extermination n'a cessé entre les peuples du Christ et de Mahomet que quand le principe religieux s'est affoibll chez ces deux peuples.
Marchèrent au secours de Sigismond, roi de Hongrie, dix mille François, parmi lesquels on comptoit mille chevaliers et mille écuyers des plus grandes familles de France, commandés par les plus grands seigneurs, ayant à leur tète Jean de Nevers , prince qui fût le second duc de Bourgogne : pour faire tant de mal à la France , il alloit conquérir dans les prisons de Bajazet le surnom de Jean sans Peur, La bataille de Nicopolis perdue contribua, comme je l'ai déjà remarqué , avec les batailles de Crécy , de Poitiers et d'Azincourt, à la dislocation de l'armée aris* tocratique , et à l'établissement de l'armée nationale. Quand le duc de Bourgogne sortit des cachots de Bajazet, Bajazet entra dans la cage
deTamerlan. Lesgraudes invasions étoientmaintenant en Asie.
Le duc de Touraine , devenu depuis duc d'Orléans, épousa Yalentine de Milan, fille de Galéas Viseonti. Pierre de Craon, favori du duc de Touraine , fut disgracié pour avoir révélé à Yalentine de Milan une infidélité de son mari. Craon étoit 1 ennemi du connétable de Ciisson , et parent du duc de Bretagne.
Isabeaucommençoità manifesterson penchant au luxe et à la galanterie : la cour d'amour fut instituée sur le modèle des coursde justice. Parmi les officiers de cette cour, on trouve avec les princes du sang et les plus anciens gentilshommes de la France des docteurs en théologie, des grands vicaires , des chapelains, des curés et des chanoines. C'est à cette époque que les romanciers ont placé les aventures du petit Jehan de Saintré. L^ plus terribles vérités n'interrompirent point ces fictions^ on voit marcher, tantôt séparés , tantôt confondus, daps ce siècle, Icsforfaitset les amours, les fêtes et les massacres, Thistoire et le roman, tous les désordres d'un monde réel et d*un monde fictif : Timagination entroit dans les crimes , les crimes, dans rimagination. Les fureursdu schisme ' çt Tinvasion des Anglois compliquèrent* les querelles des Bourguignons et des Armagnacs.
En 1392 , le duc de Touraine obtint le du^é d*Orl^ms, en échange de celui de Touraine.
Craonassassine le connétable de Ciisson, le jour de la fête du Saint-Sacrement 1392 : Ciisson ne mourut pas de ses blessures. Charles VI voulut tirer vengeance de Craon réfugié auprès du duc de Bretagne. L'armée eut ordre de se mettre en marche. Dans la forêt du Mans, une espèce dç fantôme enveloppé d'un linceul , la tète et les pieds nus, se précipite d'entre deuxarbres ciur la bride du cheval de Charles VI , disant : « Roi, ne chevavr cheplus aidant; retourne j car tu es trahi, » Le qiectre rentre dans la forêt sans être poursuivi. Charles frémissant, et les traits altérés ^ continue sa route. Un page qui portoit la lance du roi la laissa tomber sur le casque d'un autre page : à ce bruit le roi sort de sa stupéfaction, tire son épée, fond sur les pages en s'écriant : « Avant I avant « sur ces traîtres! » Leducd'Orléansaccourt; Charles se jette sur lui : « Fuyez, beau ueveu d'Orléans, » lui crie le duc de Bourgogne , « monseigipieur veut « vous occire : haro ! le grand meschef , monsei- « gneur est tout des voy é I Dieu 1 qu'on le prenne I » Le roi ne tua ni nç blessa personne, quoi qu'en
ait dit Honstrelet. Il fut ramené au Mans sur une charrette à bmvifs. Les oncles du roi, le duc de Berry et le duc de Bourgogne , prirent en ipain le gouvernement. Larivière , Lemercier, Hoataiga et le Bègue de Vilaines, ministres de Charles, eurent ordre de se retirer ; leconnétablt* de Ciisson foit en Bretagne après que le duc de B^rry Teut menacé de lui crever le seul œil qui lui resUt Benoit , le pape de Borne, prétendit que Dieu avoit ôté le jugement au roi parce qu'il avoiit soutenu l'antipape d'Avignon; Clément, le pape d'Avignon, soutenoit que le roi avoit perdu Tesprit parce qu'il n'avoitpasdétruit l'antipape de Rome. Le peuple françois plaignit le jeune mouargueet pria pour lui , tondisque les grands se réjouissoieat de pouvoir conduire a leur gré les affaires delËtat. Georges II 1, dans une mon^urçhieconstitutioBoelle, a été privé plusieurs années dli^telUgence, ete'est l'époque la plus glorieusede la monarchie aogloisei Charles VI , dans une monarchie absolue , resta à peu près le même nombre d'années dans uo état d'insanité , et c'est l'époque la plus dçsi^treose de la monarchie fri^nçoise \ dans la looaarcliie constitutionnelle, la raison nationale prend la place de la raison du roi ; dans la monarchie absolQe,b folie de la cour succède à la folie royale.
Le parlement, toutes les chambres assemliiées (1 392] , confirma Tédit de Charles V, qui fixe à quatorze ans la imûorité dçs rois. La tutdle des enfants de France fut misç entre les n^ains de la reine et de Louis de Bavière, frère de la relue; des lettres de régence furent accordées ^elque temps après au duc d'Orléans, frère du roi. Il y avoit un conseil de tutelle de douze personnes; il nV avoit point de conseil de régence assigné. Charles VI fit son tçsti^ment , et il vécut, après avoir lui-m^e disposé de tput , comme s'il était mort.
£t c'est de ce roi mort que Ion entend parkr ensuite comme père d'en&nts qui naissent au hasard , comme ayant été sur le point d'être briie dans un bal masqué où cet insen^ fi(;uroit déguisé en Sauvage ; comme niant qu'il eût été roli comme effaçant avec fureur son uom et ses aroKs; priant qu'on éloignât de lui tout ij;istrument avec lequel il eût pu blesser quelqu'un, disant q«*il aimoit mieux mourir que de faire du mal à personne ; coi^urant au nona de Jésus-Christ cew qui pouvoient être coupables de ses souffranoc» de ne le plus tourmenter , et de hâter sa fin ; »é- I criant, à l'aspect de la reine : « QueUû est cetU
DE ^'HISTOIRE BE FRANCE
« Jèmme? Qu^an m*en déiivr^ / » et recevaBt dm «m lit, trompé, la fille 4'uu marehand de ebflvao]^, que eette reioe lui envoyoit pour la remplacer : ombre atiguste, malheureiise et plaintive, autoor de laquelle s'agitoit un monde réel de sang et de fêtes I spectre royal dont on emprun* toit la main glaoée pour signer des ordres de destroctioni et qui, innocent des actes revêtus de son Qom à la lumière du soleil , revenoit la nuit par* mi les vivants pour gémir sur les maux de son peuple! Quel témoin nous reste-t*il de cette infirmité d'un monarque que ne purent guérir un maficien de Guienne avec son livre Simagomd, et deux moioes qui furent les premiers criminels assistés à la mort par des confesseurs? Quel monument durable atteste, au milieu de nous, les calamités d'un règne qui s'écoula entre l'ap* parition d'un fantôme et celle d'une bergère? Uae amère dérision de la destinée des empires et 4e la fortune des hommes : un jeu de cartes.
Squs l'année 1395 , on remarque l'ordonnance fai donne des confesseurs aux condamnés ; mais le sacrement de l'eucharistie leur étoit encore ffhsé dans le dernier siècle. Plusieurs conciles iraient réprouvé cette rigueur, incompatible, en fffet, avec la charité chrétienne et avec le principe moral d'uae religion qui fait du repentir l'inpoceace.
Les prisonniers envoyés à Téchafaud s'arrèioleot deux fois en chemin ; dans la cour des Filles-Dieu^ ils baisoient le crucifix , recevoient feau bénite, bu voient un peu de vin, et mangeoieotjrois morceaux de pain : cela s'appeloit ie dernier morceau du patient Sauvai remarque que cet usage ressemble au repas que les Juives {aisoient aux personnes condamnées à mort, et &Q vin de myrrhe que les Juifs présentèrçat à Jésus-Christ. Nç seroit-ce pas plutôt un souvenir do dernier repas des martyrs, le repas libre? Les exécutions avoient presque toujours lieu le dimanche et les jours de fête. Les cordeliers assistèrent d'abord les criminels, et eurent pour lueeesseurs les docteurs en théologie de la maison de S^rbonne : sublime fonction du prêtre , qui commença en 1395 par Tédit d'un roi de France nuilbeurep?^ , et qui devoit donner, en 1 793 , un dernier consolateur à un roi de France encore plus infortuné.
L'usage étoit aussi d'offrir du vin aux juges qui assistoientà la mort du condamné : l'exécuter des hautes œuvres faisoit les avances du prix
de ce vin. Une somme de it livres 6 deniers fut allouée au bourreau, en 1477, par le prévôt de Paris, pour avoir fourni du pain , des poires et douze pintes de vin à messieurs du parlement et officiers du roi, étant au grenier de la salle, pendant que le duc de Nemours (Armagnac) se confessoit.
La dernière année du quatorzième siècle vit deux papes renonces, deux rois jugés et déposés par deux assemblées nationales : le roi d'Angle* terre Richard II, et Venceslas, empereur d'Al* lemagne. Venceslas, ivrogne et débauché, se soucioit si peu de l'empire, qu*it vendit aux habitants de Nuremberg, après sa déposition , un droit de ^uveraineté qu'il avoit conservé sur eux, pour quelques pipes de vin, Louis d'Ai:\iou manqua son expédition sur ^aples. Le duc de Bourbon voulut surprendre Bordeaux et Bayonne pendant les troubles qu'amena la déposition de Bichard II; il ne réussit pas, et la cour de France, ne pouvant dépouiller Henri de Lancastre, s'arrangea avec lui.
Lesquerelles des maisopsd'Orléans et de Bour gogne éclatent. Il y a quelque chose de plus grand dans la maison de Bourgogne, quelque chose de plus attachant dans celle d'Orléans ; on se range malgré soi de son parti ; on lui pardonne la folr? blesse de ses mœurs en faveur de son goût pour les arts, de sa fidélité au malheur et de soi) héroïsme. Par sa branche illégitime, on pi^sse de I Danois auxLongueville;par sa branche légitime, on arrive de Valentine de Milan à Louis XII et é^ François r.
Le premi^ attentat vint de la maison de Bourgogne. Jei^n sans Peur, qui avoit succédé à son père Philippe le Hardi, fait assassiner le duc d'Or-, léans le 23 novembre 1 407. Les deux princes s'étoient juré dans le conseil du roi une amitié inviolable ; ils avoient pris les epices et bu du vin; ils s'étoient embrassés en se quittant ; Ils avoient communié ensemble ; le duc de Bourgogne avoit promis de diner chez le duc d'Orléans , qui l'avoit invité : fi n'alla pourtapt point chercher au repas des morts, où il l'envoya le lendemain , son convive de Dieu à la sainte table, et son hôte au festin des hommes.
Le duc de Bourgogne nia d'abord son crinie , et s'en vanta ensuite : dernière ressource de ceux qui sont trop coupables pour n'être pas convaincus , et trop puissants pour être punis. Le peuple détestoit le duc d'Orléans , et chansonna sa mort :
ANALYSE RAISOiNNÉE
les forfaits n'inspirent d*h<>rreur que dans les sociétés en repos; dans les révolutions, ils font partie de ces révolutions mêmes, desquelles ils sont le drame et le spectacle.
Le bruit de l'assassinat s'étant répandu dans Paris , la reine , épouvantée, se lit porter en rhôtel de Saint-Pol; la femme adultère se mit sous la protection de la royale folie . Bientôt elle es t obligée de fuir devant le duc de Bourgogne , et emmèue à Tours le roi malade. Valentine de Milan succombe àsa douleur, sans avoir pu obtenir justice. On l'accusa de sortilège : les sortilèges de Valentine étoient ses grAces. Cette Italienne , apportant dans notre rude climat , dans la France barbare, des mœurs polies et le goût des arts , dut paroltre une magicienne ; on l'auroit brûlée pour sa beauté, comme on brûla Jeanne d'Arc pour sa gloire.
Le traitéde Chartres donna tout pouvoir au duc de Bourgogne ; on trancha la tète au sire deMontaigu , administrateur des finances , ce qui ne remédia à rien : on convoqua une assemblée pour réformer l'État , et l'État ne fut point réformé. Les princes, mécontents , prirent les armes conitre le duc de Bourgogne. Le duc d*Orléans, fils du duc assassiné, a voit épousé en secondes noces Bonne d'Armagnac , fille du comte Bernard d'Armagnac , d'où le parti du duc d'Orléans , conduit par le comte Bernard, prit lenomd'i4rma^itar. On traite inutilement à Bicètre; on se prépare de nouveau à la guerre. Les Armagnacs assiègent Paris; le duc de Bourgogne arrive avec une armée , et en fait lever le siège. A travers tous ces maux, la vieille guerre des Anglois se ranime.
Une sédition éclate dans Paris : les palais du roi et du Dauphin sont forcés; la faction des bouchers prend le chaperon blanc; le duc de Bourgogne perd son pouvoir et se retire : on négocie à Arras.
Le roi d'Angleterre descend en France. La bataille d'Azincourt, perdue, renouvelle tous les malheurs de Créey et de Poitiers. Paris est livré aux Bourguignons , après avoir été gouverné par les Armagnacs : les prisons sont forcées, les prisonniers massacrés. Les Anglois s'emparent de Rouen, et Henri V prend le titre de roi de France.
Un traité de paix est coAclu à Ponceau entre le duc de Bourgogne et le Dauphin (1419). Vaine espérance I les inimitiés étoient trop \\\es : Jean sans Peur est assassiné sur le Pont de Montereatt.
Le nouveau duc de Bourgogne , Philippe le
Bon , s'allie aux Anglois pour venger son père. Henri V épouse Catherine de France, et Char* les VI le reconnolt pour son héritier au préjudlce du Dauphin. Deux ans après la signature da traité de Troyes, Henri V meurt à VûKenaes, et Charles VI à Paris.
Le duc de Bedford, revenant des Ainéraillei de Henri V , roi d'Angleterre, ordonne celles de Charles VI , roi de France. Cette course entre deux cercueils , entre le cercuefi du plus gtorieax comme du plus heureux des monarques, et le cercueil du plus obscur comme du plus misérable des souverains, est une leçon aussi sérieuse que philosophique. Qui en profitera? Personne.