‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 218 sur 228 · CHARLES IX · texte numérisé non relu

CHARLES IX

DE 1560 k 1574.

Les états d'Orléans de 1 560 se voulurent séparer à la mort du roi , disant que leurs pouvoirs étolent expirés ; ils furent retenus d'après le principe que le mort saisit le vif, et que l'autorité royale ne meurt point. Ils rendirent l'ordonnance sur les matières ecclésiastiques , le règlement de la Justice, et les substitutions réduites à deux degrés. Les ordonnances ou décrets des états lioient si peu l'autorité royale, que Charles IX révoqua par sa déclaration de Chartres (1562) l'article 1^' de l'ordonnance d'Orléans qui rétablissoit la pragmatique.

Catherine de Médicis, sans être régente du royaume sous la minorité de Charles IX , Jouit d'une autorité qui se prolongea pendant tout le règne de ce prince et celui de Henri III. On a tant de fois peint le caractère de cette femme , qu'il ne présente plus qu'un lieu commun usé; une seule remarque reste à faire : Catherine étolt Italienne , fille d'une famille marchande élevée à la principauté dans une république; elle étolt accoutumée aux orages populaires, aux factions, aux intrigués, aux empoisonnements, aux coups de poignard ; elle n'avoit et ne pouvoit avoir aucun des préjugés de l'aristocratie et de la monarchie françoise, cette morgue des grands, ce mépris des petits , ces prétentions de droit divin , cet amour du pouvoir absolu en tant qu'il étoit le monopole d'une rnce ; elle ne connolssoit pas nos lois et s'en soucioit peu : elle vouloit faire passer la couronne à sa fille. Elle étoit incrédule et superstitieuse, ainsi que les Italiens de son temps ; elle n'avoit en sa qualité d'incrédule aucune aversion contre les protestants; elle les fit massacrer par politique. Enfin, si on la suit dans toutes ses démarches, on s'aperçoit qu'elle ne vit Jamais dans le vaste royaume dont elle étoit souveraine qu'une Florence agrandie , que les émeutes de sa petite répih

blique , que les soulèvements d'un quartier de u ville natale contre un autre quartier, la qoerelle des Pazzi et des Médicis dans la lutte des Gaise et des Châtillon.

Triumvirat du duc de Guise , du eonnétable de Montmorency et du maréchal de Saint- André. Le roi de Navarre fortifie ce triumvirat. Coiloqoede Poissy , où le cardinal de Lorraine plaida poor kt catholiques , et Théodose de Bèze pour les hagoenots. Le prince de Condé est absous, par arrêt du parlement , de la conjuration d' Amboise , ao fond de laquelle il étoit pourtant. Marie Stuart retourne en Ecosse. Elle eut un secret pressentiment de ses adversités.

« Icelle n'estant quasi, par manière de dire, qoe « née , et estant aux mamelles tettant , les Anglois « vindrent assaillir l'Escôsse, et fallutque sa mère « l'allast cacher par crainte de cette furie de terre

« en terre d'Escosse Et ce nonoI»tant

« la fallut mettre sur les vaisseaux et l'exposer aux « vagues, orages et vents de la mer; alla passer « en France pour sa plus grande seureté. . . .La « maie fortune la laissa, et la bonne la prit par « la main. » (Brantôme.)

Ce ne fut pas pour longtemps. Veuve de François II , il lui fallut retourner dans une contrée demi-sauvage , le cœur plein de Pimage du jeaoe époux qu'elle avoit perdu ; elle portoitle deuil ea blanc , chantoit les élégies qu'elle corapbisoit en^ même, en s'accompagnant du luth :

Si Je sols ea repos Sommeillant tut ma couche, Toy qii*ll me tient prafMe , Je ie leiis qui me touche :

En labeur, en reooy , Tooijoan est près de moy ,

Elle s'embarqua à Calais dans les proniert Jours de septembre 1561 , au commencement da printemps; elle vit périr un vaisseau en sortaot du port. Appuyée sur la poupe de sa galère , et les yeux attaclM§s au rivage, elle fondit en larmes quand la terre s'éloigna ; elle demeura cinq beores entières dans cette attitude , répétant sans cesse : Adieu, France! adieu, France! Lorsque la nuit fût venue : « Adieu donc, ma chère France, jite •je perds de vue, redisoit-elle J^ ne vous verrai •jamais plus. » Elle refusa de descendre dans la chambre de la galère ; on étendit un tapis sor le château de poupe; elle s'y coucha sans prendre aucune nourriture. Elle commanda ao timooJer de réveiller au point du Jour, si Ton aperceroit encore les cAtes de France: En effet, la terre res-

DE L'HISTOIRE DE FRANGE

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