‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 22 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

MOEURS DÈS BAÉBAKES.

Tout ce qui se peut rencontrer de plus varié, de plus extraordinaire, de plus féroce dans les coutumes des Sauvages, s'offrit aux yeux de Rome : elle vit, d'abord successivement, et ensuite tout à la fois, dans le cœur et dans les provinces de son empire , de petits hommes maigres et basanés ou des espèces de géants aux yeux verts*, à la chevelure blonde lavée dans l'eau de cliaui, frottée de beuri*e aigre ou de cendres de frêne'; les uns nus , ornés de colliers , d'anneaux de fer ^ de bracelets d'or; les autres couverts de peanx, de sayons, de larges braies, de tuniques étroites et bigarrées'; d'autres encore la tôte chargée de casques faits en guise de mufles de bétes féroces^; d'autres encore le menton et Toccipiit rasés ^ on portant longues bai'bes et moustaches. Ceux-ci s'escrimoient à pied avec des massues , des maillets, des marteaux, des framées, des angoosà deux èrochets, dc3 haches à deux tranchants^ des frondes, des flèches armées d*os pointus', des fllets et des lanières de cuir *, de courtes et de

i Tum lauilne glaoco

Albel aquosa actes

(APOLLiM., in Paneg. Mqjor.)

* CaIcû enim nxivia fréquenter capiilos lavant

(DioDm Ub. T.)

InfuDdcns acldo eomam butyro....

(Apollin., carm. lit.)

3 Strlclhu aMael^ vcslen proccra cocrceat {Franti.]

Mombra vlnun, patct bis altaCo tegrolae poptes. (iM)

ColoraUs sagulis pube tenus amictu.

(Amh., lib. xiY, cap. ir.)

* Tous les cavaliers rimbres avoient des casques en tonne de gueules ouvertes el de mufles de toutes sortes de W«» étranges el épouvantables, et, les rehaussant par des pao«ches faits comme des ailes , et d*une hauteur prodigieuse, lit paroi&soient encore plus grands. Ils étoient armés de culra»scs de fer très-brillantes, et couverts de boucliers tout blancs.

(PLtT.,111. JVrfr.)

« Ad frontcm coma tracta Jacet , nudata eerrii Setarum per somma nttet.

(Afollin.. in Paneg. Major.)

« Ancipitibus securibuà et angonibus praîcipue rem geroo* (Frand); sunt vero angones hast» qusdam ncqueadmoduB parvsp, neque admodum magn», ad jaclu ferienduin, slc-uw opus fuerit, et ubl cominus collato pedè confllgendani Wj impetusque faciendus, aocommodatn. H» pleraque ^J^ ferro sunt obducla?, ila ut perparum lignl a lamiois ferw nadum conspiciatar, atque adeo vlx tota Im» hast« cfl^P*

(Agatm., MhLt lib. II.)

' S o1« in sagittis spes, qua» inopia ferrl osslbos «P«r: (Tac, de Mor. Ger.) Missiiibus tells acuUs ossibus arie wir« coagmentaUs. (Ami., 11b. xxxi, cap. ii.) ^^

« (>)nlorlLi lacinlls llUgant, ut larpieaUs resistenUum n»^

loognes épées; ceux-là enfonrchoieût de hauts destriers bardés de fer% ou de laides et chétives Q^^Ies, mais rapides comme des aigles '. En plaine, on hommes hostoyoient éparpillés ^, ou formés eo coin^, ou roulés en masse; parmi les bois ils iDODtoient sur les arbres, objets de leur culte, et combattoient^ portés sur les épaules et dans les bns de leurs dieux.

Des Tolumes sufflroient à peine au tableau des morars et des usages de tant de peuples.

Les Agathyrses, comme les Pietés, se tache- Ment le corps et les cheveux d'une couleur bleue, ks gens d'une moindre espèce portoient leurs Boocfaetures rares et petites ; les nobles les avoient hrges et rapprochées^.

LesÂlains ne cultivoient point là terre; ils se wrrissoient de lait et de la chair des troupeaux ; Attroient avec leurs chariots d'écorces de déarts en déserts. Quand leurs bêles avoient consommé tons les herbages, ils remettoient leurs Tilles sur leurs chariots, et les alloient planter lOlears?. Le lieu on ils s*arrêtoient devenoit leur fstrie*. Les Alains étoient grands et beaux; ils liaient la chevelure presque blonde, et quelque cfaose de terrible et de doux dans le regard 9. L*esclavage étoit inconnu chez eux ; ils sortoient t0Bsd*une source libre '^

Les Goths , comme les Alains , de race scandiliate, ieurressembloient; mais ils avoient moins

SU

Nis flquitandi vel Rravandi adimant facuUatem. (Amu., Mb. iui, cap. II.) Laqueis interceperunt bostes, trahendo eonfittre.(P(i«p. M»x., lib. i, cap. ult.)

' Oo\-Ià enruurclioienl de haute destriers bardés de fer. [^cnrgfr. veter., ?i, VII, pag. 138, 100, 107.) On voit ici que IVnare complète de fer, empruntée des Perses par les Ro- MfRs, etoit connue bien avant la chevalerie, tl en est ainsi <^ foule d^autrrs usages qu'on a placés trop bas dans les

' Equis duris sed deformibus. ( AyM.,

HnxifCap. II.)

^ El h^ arlibus Hunni Golhis superiores evasere, parlim (BÎBdcumequitando, partim excurrendo et opportune reliQttdeodo, jaculantes ex equIs maxlmam Gothorum.cxdétn fc«we. {Taie Zosiyo, pag. 747; Vales. Annot. in Amm., fit. usi, cap. Il , pag. 475.)

* Acta per cuneos componitur. (Tac, de Afor. Germ., tt^.Tl.

* Molienlibus hosllum rarl apparuere, qui oonjunctis arbo-

tintroncift vclut e fasti^ils turrium, sa^ittas tormento-

^rilu effudere... . (Ghec. Tcr., llb. it, eap. ix ; Herodian, J^tn» cap. T.)

' Agatliyni interstlncti colore caeruleo corpora simul «t AÂn« et humiles quidem minutis atque raris, noblles vero l^tfocatîjet densioritHis noUs. (Avm. Marc, llb. xxxi, eap.n)

^ Vdot carpentis dvltates Impositas tehunt. {Id. , lib. xiii,

' Qoocumqoe lerint illic genuinum existimant larem. (Id.,

*irf.)

* Criotbus medioeriler flaTis, oculorum temperaia torvliile, terribiles. (/</., t5iVI.)

" Letâtin dit plus : Omnes generoto semine procréa IL {Id,,

contracté les habitudes slaves, et 11s Inclinoient plus à la civilisation. Apollinaire a peint un &nseil de vieillards goths. « Selon leur ancien usage , « leurs vieillards se réunissent au lever du soleil ; « sous les glaces de l'âge , ils ont le feu de la jeu- «« nesse. On ne peut voir sans dégoût la toile qui « couvre leur corps décharné ; les peaux dont ils « sont vétuS leurs descendent à peine au-dessous « du genou. Ils portent des bottines de cuir dç t cheval , qu'ils attachent par un simple nœud «« au milieu de la Jambe, dont la partie supé- « rieure reste découverte * . »» Et pourquoi ces Goths étoient-ils assemblés? pour s'indigner de la prise dé Rome par un Vandale, et pour élire un empereur romain I

Le Sarrasin, ainsi que l'Alain, étoit nomade; monté sur son dromadaire, vaguant dans des Solitudes sans bornes, changeant à chaque instant de terre et de ciel , sa vie u'ëtoit qu'une fuite ».

Les Huns parurent effroyables aux Barbares eux-mêmes ; ils considéroient avec horreur ces cavaliers au cou épais, aux Joues déchiquetées, au visage noit, aplati et sans barbe , à la tête en fbrme de boule d'os et de chair, ayant dans cette tête des trous plutôt que des yeux ^ , ces cavaliers dont la voix étoit grêle et le geste sauvage. La renommée les représentoit aux Romains comme des bêtes marchant sur deux pieds , ou comme ces effigies difformes que l'antiquité plaçoit sur les ponts ^, On leur donnoit une origine digne de la terreur qu'ils inspiroient : on Jes faisoit descendre de certaines sorcièi*es appelées Aliorumna, qui, bannies de la société par le roi des Goths Félimer, s*étoient accouplées dans les déserts avec les démons ^.

Différents en tout des autres hommes, les Huns

* APOLL.,f/( Avii.

* Errant seniper per spalla longe , lateque distenta... Nec Idem perferunt diuUus cœlum, aultractus uniuâ soli iUis unquam placet. Vita est illis semper in fuga. (Amm. Marc, llb. XIV, cap. V.)

3 Eo quod erat els species pavenda nigredine, sed vclut quiedam (si dicl fas est) deformis offa, non faciès, halx^nsque

inagis puncta quam lumlna nom marlbus ferro gênas

sécant .... hinc Imberbes sen(>scunt. (JoRNA^iD., de Reb. Gel., cap. XXIV.) Ubl quonlam ab ipsis nascendi primiUls Infantum ferro sulcantur alUus genx. (Amm. Marcku..)

* Prodigiosœ formte et pandi, ut bipèdes exisli mes besUas, vel quales in commarginandis ponUbus effigiati stipltes dolanlur incomple. {Id., lib. xxxi, cap. ii.)

^ Sicut a nobis diclum est, reperit in populo suo (FUiroer, rex Gothorum) quasdam magas mulieres quas palrio sermone Aliorumnas is ipse cognominat, easque habens suspectas de medio sul proturbat, longeque abexercitu suo fugatas in soliludinem coegil terr». Quas spiritus Immundi per ereroum vaganlesdum vidisscnt, et earum se complexilms in coltu miscuissent, genus hoc ferocisslmam edidere. (Jornand., cap. x\iv.)

ETUDES

n'usoient ni de feu , ni de mets apprêtés; ils se nourrissoient d*iier])es sauvages et de viandes demi-crues, couvées uu moment entre leurs cuisses ou échauffées entre leur siège et le dos de leurs chevaux '. Leurs tuniques, de toile colorée et de peaux de rats des champs, étoient nouées autour de leur cou ; ils ne les abaudonnoient que lorsqu'elles tomboienten lambeaux *. Ils enfonçoient leur tête dans des bonnets de peau arrondis, et leui*s Jambes velues, dans des tuyaux de cuir de chèvre ^. On eût dit qu'ils étoient cloués sur leurs chevaux , petits et mai formés , mais infatigables. Souvent ils s'y tenoient assis comme les femmes ; il y traitoient d affaires, délibérant, vendant, achetant, buvant, mangeant, dormant sur le cou étroit de leur bête, s'y livrant dans un profond sommeil à toutes sortes de songes ^.

Sans demeure flxe, sans foyer, sans loi, sans habitudes domestiques, les Huns erroient avec les chariots qu'ils habitoient. Dans ces huttes mobiles, les femmes façonnoient leurs vêtements, s'abandonnoient à leurs maris, accouchoient,allaitoient leurs nourrissons jusqu'à l'âge de puberté. Nul , chez ces générations ne pouvoit dire d*où il venoit, car il avoit été conçu loin du lieu où il étoit né, et élevé plus loin encore^. Cette manière de vivre dans des voitures roulantes étoit en usage chez beaucoup de peuples, et notamment parmi les Franks. Majorien surprit un parti de cette nation : « Le coteau voisin retentissoit « du bruit d'une noce; les ennemis célébroient en

> In hominum autem figura licct Insuavi ita viri sunt aspéri , ut neque igai , ueque saporat» iodigeanl cibis , sed ra- (licibus herbarum agrestium et setnicruda ci:yusvis pecoris carne vescantor, quam inter femora sua et equoram (erga tubsertam, fotn calefaciUDt brevi. (ÂMH., lib. xxxi, cap. ii.)

* Indumeotis operiuntur lintets, vel ex pellibusailvestrium

murium consarcinatls Sed semel obsoIeU coloris tu-

nica collo ioserta non ante depooitur aut mntatur, quam diuturna carie in pannulos defluxerit defruslata. (/d., ibid.)

3 Galeris incurvis capita (egunt , hirsuta crura ooriis munienlcs haedinis. (/</., ibid.) S. Jérôme appelle cesbonnels des tiares, tianis galeis. (In epitaph. Nepot.)

< Venim equis prope affixi duris quidem, sed defonnibus, et muliebritcr iisdem nonnunquam insidentes funguntur muneribus consuetis. Ex ipsis qulvis in hac naUone peniox et per dies émit et vendit , cibumque sumit et potum , et inclinatus cervici angust» Ju menti, in altum soporem adusque varieUitem efTunditur somniorum. \Id,, ibid.)

Rec pliis nubîgenas duplex natura biformes

Cognatte aptavit equis

(CLAUDiAir., tn Ruf., de Ilunn., Ub. i.)

^ Omncs enim siue sedibus fixis , absque lare vel lege aut ri(u stabili dispalantur, semper fugientium similes cum carpentis in qulbus habitant : ubi conjuges tetra ilfis veslimenta Contexunt, et coeunt cum marllis , et partunt et adusque pubertatem nutriunt pueros. Nullusque apud eos interrogatus respondere unde oritur potest, alibi oonccptus, natusquo procui , et loDgius educatus. (/cf., ibid.)

« dansant, à la manière des Scythes, lliyincn « d'un époux a la blonde chevelure. Après ladc- « faite on trouva les préparatifs de lafêteerrautc, « les marmites, les mets des convives, tout le « régal prisonnier et les odorantes couronnes de

« fleurs Le vainqueur enleva le cha-

« rlot de la mariée >. »

Sidoine est un témoin considérable des mœun des Barbares dont il voyoit Tinvasion. « Je sois, « dit-il, au milieu des peuples chevelus, obligé « d'entendre le langage du Germain, d'applaudir, « avec un visage contraint, au chant du Bourgm- « gnon ivre , les cheveux graissés avec du beurre

«acide Heureux vos yeux, heureuses to§

« oreilles, qui ne les votent et ne les enteadeot « point I heureux votre nez, qui ne respire pas « dix fois le matin l'odeur empestée de Tail et de « l'ognon * 1 >»

Tous les Barbares n'étoient pas aussi brutaox. Les Franks , mêlés depuis longtemps aux Romains , avoient pris quelque chose de leur propreté et de leur élégance. « Le jeune chef mar- « clK>it à pied au milieu des siens ; son vêtement « d^écarlate et de soie blanche étoit enrichi d'or; R sa chevelure et son teint avoient l'éclat de sa « parure. Ses compagnons portoient pour chaoS' « sure des peaux de bêtes garnies de tous leur» « poils : leurs jambes et leurs genoux étoioitnus; « les casaques bigarrées de ces guerriers mon- « toient très-haut, serroient les hanches et dcs- « cendoient à peine au jarret; les manches de « ces casaques ne dépassoient pas le coude. Pw^ « dessous ce premier vêtement se voyoit une saïc « de couleur verte boi*dée d'écarlate, puis une « rhénone fourrée , retenue par une agrafe ^ l^ « épéesde ces guerriers se suspendoient à un étroit « ceinturon , et leurs armes leur servoient autant

I ; . . . For» ripK colle propinquo ,

Barbarlciu rcsoaabat hymen , acyUilcbque diorrb Krudcbat fltvo similis nova nupU marilo.

Barbaiicl \aga festa tort convlctaque passloi Fercula capUvasqne dapes , cirroquc madente Ferre coronatos redoleatla séria lebetes ,

raptt csseda Victor

Nabentemque niirain ..^.^^ ,

( AroLLiîT-, i» Panegttr- ^^^''

i Inter crinigcnas sUam caterrax,

Rt gcnoaiilea verba ansUnentem , Laadantem tctro sablnde vulta , Qiios Burgondlo cantat eaculcotiis, Infandena acido comam batyro.

Felices oculos tuos et aurcs , Fellceroqtte libet vocare nasum , Gui noD a'iia sordid;pqne cepc nuctant manc doto dcccm apparatui!

( AroLLnr., eann. lU-)

* Sorte de manteau en usage chez les peuples des wr* Rhin.

ff f orDonent qae de défense : ils tenoient dans «la main droite des piques à deux crochets ou t des haches à lancer ; leur bras gauche étoit caché < par on bouclier aux limbes d'argent et à la bosse • dorée '. » Tels étoient nos pères.

Sidoine arrive à Bordeaux , et trouve auprès dTQric , roi des Yisigoths , divers Barbares qui nfaissoieDt le joug de la conquête. « Ici se pré- KDte le Saxon aux yeux d'azur : ferme sur les flots, il chancelle sur la terre. Ici l'ancien Sicambre, à l'occiput tondu, tire en arrière, depuis qall est vaincu , ses cheveux renaissants sur son eoo Tidlli ; ici vagabonde l'Hérule aux joues verdtes, qui laboure le fond de l'Océan , et dispute deeoQleoravec les algues; ici le Bourguignon, kntdesept pieds, mendie la paix en fléchissant k^nou». >

Une coutume assez générale chez tous les Barkcs, étoit de boire la cervoise ( la bière ) , l'eau , kiaitetle vin dans le crâne des ennemis. Etoientiii vainqueurs, ils se livroieut à mille actes de i^ité; lestêtesdesRomains entourèrent le camp deVarus, et les centurions furent égorgés sur les SDtels de la divinité de la guerre ^. Étoient-ils Taiocos, ils tournoient leur fureur contre euxmêmes. Les compagnons de la première ligue des CImbres que défit Marins , furent trouvés sur le diamp de bataille attachés les uns aux autres ; ih avoient voulu impossibilité de reculer et nécessité de mourir. Leurs femmes s'armèrent d'épées et de haches ; hurlant , grinçant des dents de rage et de douleur, elles frappoient et Gimbres et Romains , les premiers comme des lâches , les Kcoods comme des ennemis ; au fort de la mêlée, elles saisissoient avec leurs mains nues les épées tranchantes des légionnaires, leur arracboient leurs boucliers, et se faisoient massacrer. Sanglantes, écbevelées, vêtues de noir, on les ^t, montées sur les chariots, tuer leurs maris ,

' AroLUif., Hb. IV, Episi, ad Domnii.

i Istle Saxona cxnifaim Tldemos ,

Aasnetniii aote salo , aolum tlinerc.

Hic tonao orcipttt , tenex Sicambf r.

Fostqnam TtctUA est , elictt retrorsum Ccnrîoan ad Tctemm noTos raptUos :

MIc glaacia Heniliu genls vagatur, laot Oceaitf colens receaai» , AlgiMo vrope concolor profondo.

RIc BorxiuMlla aepttpea fréquenter Flexo popIUc snppUcat quIeteoL

< AroLUH., Ilb. VIII , epUL IX. )

JMb ampi «IbenUa ossa, at fugeraot, ut resUtenmt, jJMU vd aggenta. Adjacebant fragmina telomm, eqnogycMtM, ftimul traocis arboram ootefixa ora; lucU pnijN^h barbars ar», apud qaas tribunoa, ac primorum orttoturkmes mactaveraot et cladls rjas aupentites,

{■Ml rai TiDcala elapsi , referfbant , hic ocddisae legatos . "« »pUê aqvUas. (Tàcn-., Jhh. 1 , 61. )

leurs frères , leurs pères , leurs flls , étouffer leurs nouveau -nés , les jeter sous les pieds des chevaux , et se poignarder. Une d'entre elle se pendit au bout du timon de son chariot , après avoir attaché par la gorge deux de ses enfants à chacun de ses pieds. Faute d'arbres pour se procurer le même supplice , le Gimbre vaincu se passoit au cou un lacs coulant, nouoit le bout de la corde de ce lacs aux Jambes ou aux cornes de ses bœufs : ce laboureur d'une espèce nouvelle, pressant l'attelage avec l'aiguillon, ouvroit sa tombe '.

On retrouvoit ces mœurs terribles parmi les Barbares du cinquième siècle. Leur cri de guerre faisoit palpiter le cœur du plus intrépide Romain : les Germains poussoient ce cri sur le bord de leurs boucliers appliqués contre leurs bouches *. Le bruit de la corne des Goths étoit célè« bre; j'en ai parlé.

Avec des ressemblances et des différences de coutumes, ces peuples se distinguoient les uns des autres par des nuances de caractères : « Les « Goths sont fourbes , mais chastes, dit Salvien ; « les Allamans, impudiques, mais sincères; les « Franks, menteurs, mais hospitaliers ; les Saxons, « cruels, mais ennemis des voluptés ^. » Le même auteur fait aussi l'éloge de la pudicité des Goths, et surtout de celle des Vandales. Les Taïfales , peuplade de la Dacie , péchoîent par le vice contraire. Chez eux , les jeunes garçons étoient forcés de se marier par contrat avec des hommes : la fleur de leur jeunesse se consumoit dans ces exécrables unions ; ils ne pouvoient être délivrés de ces incestes qu'après avoir tué un sanglier ou un ours ^.

Les Huns, perfides dans les trêves, étoient dévorés de la soif de l'or. Abandonnés à l'instinct des brutes, ils ignoroient l'honnête et le déshonnête. Obscurs dans leur langage, libres de toute religion etde toute superstition, aucun respect divin ne les enchainoit. Colères et capricieux , dans un même jour ils se séparoient de leurs amis sans

» Pllt., in Fit, MariL

^ Nec tam vooes ills qaam Ttrtutis oonoentag vidcntur. A.dfectatur pnccipue asperitas sont , et fractam marmur ob- Jectis ad os scaUs , quo plenior et gravior tox reperciusu intamescat (Tacit., de 9ior. Germ., in.)

s Gotboram gens pertida , sed padica est : Alamanoram Impudica, sed minus perlida : Franci mendaces, sed bospttaies; Saxones cradelltate effeii, sed casUtate mirandi. (Sal- 'VIAN., de Gubern. Dei, lib. vu, pag. 250. Parisiis, 1608.)

* Ut apad eos nefandi concubitus fœdere copulentur maribospuberes; œtalis viriditatem In eoram pollutis usfbiu consumptuiti Porro si qais Jam adultus apram exoeperit solus, Tel interemerit ursam immanem, colla vlone Uberator iooesU. ( Amm., IU>. XXXI , cap. ix. )

ÉTUDES

qa*on eût rien dit pour les irriter, et leur revenoieut sans qu'on eût rien fait pour les adoucir '.

Quelques-unes de ces races étoient anthropophages. Un Sarrasin tout velu et nu Jusqu^à la ceinture, poussant un cri rauque et lugubre, se précipite, le glaive au poing, parmi les Goths arrivés sous les murs de Constantinople après la défaite de Valens ; il colle ses lèvres au gosier de Tenncmi qu'il avoit blessé , et en suce le sang aux regards épouvantés des spectateurs >. Les Scythes de TEurope montroient ce même instinct du furet et de la hyène ^ : saint Jérôme avoit vu dans les Gaules les Atticotes , horde bretonne, qui se nourrlssoient de chair humaine : quand lis rencontroient dans les bois des troupeaux de porcs et d'autre l)étail , ils coupolent les mamelles des bergères et les parties les plus succulentes des pâtres , délicieux festin pour eux 4. ïje$ Alains arracho'ent la tête de l'ennemi abattu , et de la peau de son cadavre ils caparaçonnoicnt leurs chevaux ^ Les Budins et les Gelons se faisoient aussi des vêtements et des couvertures de cheval avec la peau des vaincus ^ , dont ils se réservoient la tète 7. Ces mêmes Gelons se découpoient les Joues ; un visage tailladé , des blessures qui présentoient des écailles livides surmontées d'une crête rouge , étoient le suprême honneur ^

L'indépendance étoit tout le fond d'un Barbare , comme la patrie étoit tout le fond d'un Bomain , selon l'expression de Bossuet. Être vaincu ou enchaîné paroissoit à ces hommes de batailles et de solitudes chose plus insupportable que la mort : rire en expirant étoit la marque distinctive du héros. Saxon le grammairien dit d'un guer-

' Amm. M^ncr.M,., Ilb. xxxi , cap. ii.

"* Ex m Ptilm crinilus quidam , iiudus omnlaprotor pubrni, auliraucumd lugubre »(rcpcn»,<Hliict(ipiiKloneaf(mliil lemedio Gotborum biitcruit, cl Intfrfrcti bo»tls Jugulo labra ad- DovUf effutunuiue cruorem cxauxlt. (Id., 1. &xxi, c. xviJ

* I|)tls f!% vubMTibus cbibere. ( Pour. Mkla , de Scyhi. Eutop., Ilb. II , cap. I. )

* Quid loquarde cirtarU naUonIboa, fiuum Ipae adolcvoentulua In Gallla vldrrlm Allicolos, K«*nt(*m brltannlcam, bumanb tmcI carnibua; c( quum p«*r alivai porcorum gmfieH et arm4>nlorum prcudumque rpp«!riant , pa»t<)rum naUê cl Atmlnanim e\papUtai%o\^.tvi ubtcindcre , et ba» lolaii ciborura delldai arbitraii 7 ( S. HiKno,<i., t. iv , p. aoi , adv, Jttvin., I. n.)

* Interf«ctoruroavuUlscapltibusdetractaap«nc» propha*

Jerii Jumenlli accommodant beila(oriia.( Amm.Maac, lib. xxi, c ip. II. )

" fiudini santclticIoDl perquam ferl , quldclractli euUbui boaUum indumenta sibl , eciuUque tegmiua couflciunl. ( Id. ibid. )

Mllos , retlqul corporU ; se , capUum ( Pomp. Hklk , Ilb.

XI, cap. IV.)

• ■ niuitrl Jatti tnm donatur cfUuff honore ,

SquamniM et nttilto f tlamntini Itvida f rr»tU

Ora gerena

( AroLMjr., M Pmitg, Àvit.y, S4i.)

rier:« IItomba,ritetnuNinit'. » Uy avoit im nom particulier dans les langues germaniques pour désigner ces enthousiastes de la mort : lé monde devoit être la conquête de tels hommes.

Les nations entières , dans leur êge bérolqa^ , sont poètes : les Barbares avoient )a passioi^ 4e la musique et ()es vers ; leur muse s'éveiiloit au^ combats, aux festins et aux funérailles. I^es Germains exaltoient leur dieu Tuiston ' daosde vieux cantiques : lorsqu'ils s*ébranloient ppar la charge, ils entonnoient en chœur le Bardit; et de la manière plus ou moins vigoureuse dont cet hymne retentissoit , ils présageoient le deitia ftitur du combat 3.

Chez les Gaulois , les bardes étoient cbargif de transmettre le souvenir des choses dignes de louanges 4.

Jornandès raconte qu'à l'époque où il écrivoit, on entendoit encore les Goths répéter les vers consacrés ù leur législateur ^ Au banquet royal d'Attila, deux Gépides célébrèrent les exploits des anciens guerriers : ces chansons de la gloire attablée animoient d'un attendrissement martiol le visage des convives. Les cavaliers qui exécutoieot autour du cercueil du héros tartare une espèce de tournoi funèbre , chantoient : « C'est ici Attila , rd t des Huns , engendré par son père Muodzucb. « Vainqueur des plus flères nations , il réunit sooi «« sa puissance la Scythie et la Germanie , ce que « nul n'avoit fait avant lui. L'une et l'autre capi- « taie de l'empire romain chanceloient à son nom : » apaisé par leur soumission , il se contenta de la '< rendre tributaires. Attila, aimé Jusqu'au bout 1 du destin , a flni ses Jours , non par le fer de l'en- «< nemi , non par la trahison domestique , mais saas « douleur, au milieu de la Joie. Est-il une plui « douce mort que celle qui n'appelle aucune ven* « geance ^'t «

I Mallrt, Introd, à Vfiisi, du Dancm., cap. Xli; Sii*

GSAMM.

* Olf brant carminibua anllquia TuUtoocn deam.

3 Sunt lllla hirc qumiue carmina quorum relato, qam Bqp ditum vocant, acccndunt animo», futurirgue pugiur forfonam Ipio canta aufturaiitur. ( Tac. , d4 Mor, Ùerm. , w, )

* Bardl , qui d« taudatlonlbui rcbus(|uc pocUcla ilodrot. (STnAB., Ilb. VI.)

* JOIINAMD. , Ilb. TUI.

* PriFclpuua Hunnorum rex AUUa, pâtre feoltii* Moadxucco, fortlftiiimanim gf*oUum dominoa, quTfnaudltaaoU M potrnUa lolui acylhlca ft grrmnnlca regua potiedU, ote non ulraqua roman» urbfa Impf ria caplU clvitallfni!! Irrralt. ri M prsda rf Uqua aubdi^rfint , placatua predlNM, anmioai vertigal accf pit. Qaumqur lurc omnla prov^nta Mk»^^ egRrit, non \u\wn lioatlum, non fraude Miorum,t«li^(' Incoluml Inter gaudla Ivtua, alnv i^nMi dolodi oorutmlt. Quia ergo buno dicat exitum , quem nullua MUmat ilndleaiH dum? ( JUMNAAO., cap. XLV. )

m- Véàmytét. Fuiâr .

a immtt - . « ]m iiMort mast ot it « tia^mmù CtmfuKmt tmdaniqvi

•ifiHÉLl^aH» dHiiflemnid . ik Tueiiâuric.

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ii<.

Ce dernier trait est d'une tendresse sublime.

Ce caractère de la poésie héroïque primitive est le même parmi tous les peuples barbares ; il se retrouve cliez Tlroquois qui précéda la société dans

ft historiques restés oonfusémf ni dans la mémoire des peuples. « L'usurpateur étant mort, Ttiéodoric reveooil dans ses États « avec le vieil Hildebrand, quand celui-ci rencontre son fils « Hadel)rand, qui élolt resté à Bern (Vérone). Ils ne se « connoissoient ni run ni Tautre. Ici commence le fragment « dont le grand style rappelle Técole homérique. »

« Tai oui dire que se provoquèrent dans une rencontre HUdebrand et Hadebrand, le père et leJiU, Alors les héros arrangèrent leur sarrau* de guerre, se couvrirent de leur vêtement de bataille, et par-dessus ceignirent leurs glaives. Comme ils lançaient les chevaux pour te combat, hilde' brandfJUsd'Hercbrand, parla : c'était un homme noble, d'un esprit prudent. Il demanda brièvement qui était son père parmi la race des hommes, ou : De quelle famille e^-tu? Si tu me l'apprends je te donnerai un vêtement de guerre à trhplejll; carjeeonnois, 6 guerrier! toute la race des hommes,

« Hadebrand, /ils d'Uilbebnind, répondit : Des hommes vieux et sages dans mon pays, qui maintenant sont maris, m'ont dit que mon père s'appelait Hildebrand :Je m'appelle Hadebrand. Un jour il s'en alla vers l'est; il fuyait la haine d'Odoacre ( Othachr) ; il était avec Théodoric ( Theathrtch ) et un grand nombre de ses héros. Il laissa seuls, dans son pays, sa jeune épouse, son fils encore petit, ses armes qui n'avaient plus de maître ; il s'en alla du côté de l'est. Depuis, quand vommenccrcnt les malheurs de mon cousin Théodoric, quand il fut un homme sans amis, mon père ne voulut plus rester avec Odoacre. Mon père était connu des guerriers vaillants; ce héros intrépide combattait tai^ours à la tête de l'armée; il aimait trop à combattre, je ne pense pas qu'il soit encore en vie, — Seigneur des hommes, dit Hildebrand, jamais du haut du ciel tu ne permettras un combat semblable entre hommes du m'me sang. Alors il éta un précieux bracelet d'or, qui entourait son bras, et que le roi des Huns lui avait donné. Prends-le, dit-il à son fils, je te le donne en présent. Hadebrand , fils d' Hildebrand, répandit : C'est la lance à la ma^n, pointe contre pointe, qu'on doit recevoir de seinblables présents. Fieux Hun ! tu es un mauvais compagnon: espion rusé, tu veux me tromper partes paroles, et moi je veux te jeter bas avec ma lance. Si vieux , peux-tu forger de tels mensonges? Des hommes de mer, qui avaient navigué sur la mer des rendes , m'ont parlé d'un combat dans lequel a été tué Hildebrand , fils d'Herebrand. Hildebrand , ftls d'Herebrand , dit : Je vais bien à ton armure que tu ne sers aucun chef illustre , et que dans ce royaume tu n'as rien fait de vaillant. Hélas! hélas! Dieu puUsant! quelle destinée est la mienne ! J'ai erré hors de mon pays soixante hivers et soixante étés. On me plaçait tos^ours à la tétcdeî combattants; dans aucun fort, an ne m'a mis les chaînes aux pieds , et maintenant il faut que mon propre enfant me pourfende avec son glaive , m'étende mort avec sa hache, au que je sois son meurtrier. Il peut l'arriver facilement , si ton bras te sert bien , que tu ravisses à un homme de cœur son armure , que tu pilles son cadavre ; faiê-le si tu crois en avoir le droit, et que celui-là soit le plus infâme des homme i de l'Est qui te détournerait de ce combat, dont tu as un si grand désir. Bonr compagnons qui nous regardez, jugez dans votre courage qui de nous deux aujourd'hui peut se vanter de mieux lancer un trait , qui saura se rendre matire de deux armures. Alors ils firent voler leurs javelots à pointes tranchantes , qui s'arrêtèrent dans leurs boucliers; puis ils s'élancèrent l'un sur l'autre. Les haches de pierre ri- Monnoient,.... Ils frappaient pesamment sur leurs blancs bouc'ÎTrs; leurs armures étaient ébranlées, mais leurs corps demeuraient immobiles

« Ici s'arrête le fragment. Je cite les premiers yen da texte « pour donner idée de raliemand d'alors ; on verra qall étoit « beaucoup plus sonore que i*allcmand d*ai^oard'hai :

]k gihorta tint Mggen , thtt alti orhettua anon mnoUn llUdibrant enU llathiibrant unUr beriuntaem. Saou fttar ungo. Iro saro rithun ,

* Ce mot cftt d'origine germanique : Il e*i tel employé dau le tcite (saro). Je l'ai conservé, ne sachant comment le remplacer.

les forêts du Canada, comme chez leGrecred» venu sauvage , qui survit à la société sur cesrooll tagnes du Pinde où il n*est resté que la rooseai^ mte. « Je ne crains pas la mort , disoit riroqootoi « Je me ris des tourments. Que ne puis-je dévora « le cœur de mes ennemis! »

« Mange, oiseau (c*est une tête qui parie à v « aigle dans Fénergique traduction de M. Fin « riel); mange, oiseau, mange ma jeunesse ;ra « pais-toi de ma bravoure; ton aile endeviendn « grande d'une aune, et ta serre d'un empan*.)

Les lois même étoient du domaine de la poé sie. Un homme d'un rare talent dans l'histoire, M. Thierry , a fort ingénieusement remarqué que lespremières lignes du prologue de la loi saikiee semblent être le texte littéral d'une andenK chanson ; il les rend ainsi d*un style ferme é noble :

« La nation des Franks , illustre , ayant Diei « pour fondateur, forte sous lesarmes , fennedam « les traités de paix , profonde en conseil, aobk « et saine de corps, d'une blancheur et d'un R beauté singulière, hardie, agile et rude au com- « bat , depuis peu convertie à la foi catholique, « libre d'hérésie; lorsqu'elle étoit encore sons iiix « croyance barbare , avec l'inspiration de Diea, n recherchant la clef de la science, selon la na* « ture de ses qualités ; désirant la justice , gardaol « sa pitié; la loi salique fut dictée par les chcti « de cette nation , qui en ce temps commaodoienl <t chez elle

n Vive le Christ qui aime les Franks ! Qu*il re-

« garde leur royaume Cette nation est celle

n qui , petite en nombre, mais brave et forte, se- « coua de sa tête le dur joug des Romains. »

Gamtan ae Iro giithaman . gnrtnr alh Iro ioert aaa, Ilelklos , uber rlnga do si to dcro hlltu rilum.

« Comme exemple de Tancienne poésie Scandinave, led « terai le trait suivant , lire de i*Edda. Id nous tr^overM « autant de grandeur, mais moins de calme ; plos de Tiokoa « et de férocité, mais une férocité sublime. »

(Ici M. Ampère donne le chant de Gunar tel que jerai liu» porté dans mon récit, pag. 21&.)

« Voici , oonUnue le savant traducteur, un échantinoode 11 « langue Scandinave andenne , dans laquelle existe se oor n ceau remarquable , comme en général tous ceux de rEdda, « par un caractère sombre et grand :

HIarta akal mér Havgna

1 hendi liggja

BlôthuRt ôr brKMU

Scorit bald-rltha

Sait sUthr-belto

Syoi tMo thaos.

Skaro their hlarta

HJaUa ùr briosU

Blotbucl tbat a bjolh langtbo

Ok baro for Gonar.

' Chants populaires de la Grèce.

HISTORIQUES

LaméUqphoreaboiidolt dans les chanta des scalèa:ks1k^yt»90Vkt\eiSfêeurdelaterreetlesang as voilées y les flèches sont les filles de Vinfor- Imcy la hache est la main de V homicide j Therbe fit la ehe^lure de la terre , la terre est le vaisseau qui flotte sur les âges y la mer est le champ iespirates, nn vaisseau est hur patin ou le couràerées flots.

Les Scandinaves a voient de plus quelques poédes mythologiques. « Les déesses qui président

■ anooinbats, les belles WalkyrieSyétoientàche-

■ val , couvertes de leur casque et de leur bouclier.

■ Allons, disent-elles, poussons nos chevaux au ttnvers de ces mondes tapissés de verdure qui ••ont la demeure des dieux. »

Les premiers préceptes moraux étoient aussi «Bfiés en vers à la mémoire : « L*ii6te qui vient «An vous a les genoux froids, donnez-lui du 'Al. Iln*y a rien de plusinutile que de trop boire •de bière : l'oiseau de Toubli chante devant ceux

• fin s*aiivrent , et leur dérobe leur âme. Le gour- •■and mange sa mort. Quand un homme al-

■ lomedu feu, ki mort entre chez lui avant que

• ce feusoit éteint. Louez la beauté du Jour quand

• il sera fini. Ne vous flez ni à la glace d'une nuit, t ni au serpent qui dort , ni au tronçon de Tépée ,

• ni au champ nouveiiement semé. »

EafinlesBarbaresconnoissoient aussi leschants

f amour : « Je me battis dans ma Jeunesse avec « lei peuples de Devonstheim , Je tuai leur jeune

• roi; cependant une flUe de Russie me méprise. »

• Je sais faire huit exercices : Je me tiens ferme > à dieval , Je nage , Je glisse sur des patins , Je « bnce le Javelot , Je manie la rame; cependant « une flile de Russie me méprise * . »

Plusieurs siècles après la conquête de l'empire raonin , l'usage des hymnes guerriers continua : ksdébites amenoientdes complaintes latinesdont Fair est quelquefois noté dans les vieux manuscrits: Angelbert gémit sur la bataille de Fontenay et sur la mort de Hugues, bâtard de Gharlemape. La fureur de la poésie étoit telle, qu'on trouve faven de toutes mesures Jusque dans les diplô- M du huitième, du neuvième et du dixième Me \ Un chant teutonique conserve le souvenir d'uM victoire remportée sur les Normands, fan 881, par Louis, fils de Louis le Bègue. « J'ai • oonnaun roi appelé le seigneur Louis, qui servoit « Dieu de bon cœur, parce que Dieu le récompen-

* LttdeuxBâda, la Sagga; WORM., LUL runk, ; Mallbt, Bat dt tkmem, ' Voyci entre antres one charte de Tan S36.

« soit.... Il saisit la lance et le bouclier, monta «t promptement à cheval, et vola pour tirer ven- « geance de ses ennemis *. » Personne n*iguore que Chariemague avoit fait recueillir les anciennes chansons des Germains.

La chronique saxonne donne en vers le récit d'une victoire remportée par les Anglois sur les Danois, et THistoire de Norwége, l'apothéose d*un pirate du Danemark , tué avec cinq autres chefs de corsaires sur les côtes d'Albion '.

Les nautoniers normands célébroient eux-mêmes leurs courses ; un d'entre eux disoit : n Je « suis né dans le haut pays de Norwége ,' chez « des peuples habiles à manier l'arc ; mais J'ai pré- « féré hisser ma voile , Teffroi des laboureurs « du rivage. J'ai aussi lancé ma barque parmi les «t écueils, loin du séjour des hommes, ^ Et ce scalde des mers avoit raison, puisque les Danes ont découvert le Yineland ou l'Amérique.

Ces rhythmes militaires se viennent terminer à la chanson de Roland, qui fut comme le dernier chant de ITurope barbare. « A la bataille « d'Hastings ,» dit admirablement le grand peintre d'histoire que Je viens de citer, « un Normand « appelé Taillefer poussa son cheval en avant du « front de la bataille, et entonna le chant des (« exploits, fameux dans toute la Gaule, de Char- « lemagne et de Roland. En chantant il Jouoit de t son épée, la lançoit en Pair ayec force , et la «( reccvoit dans sa main droite ; les Normands ré- « pétoient ces refrains ou crioient : « Dieu aide ! « Dieu aide ^ 1 »

Wace nous a conservé le même fait dans une autre langue :

Taillefer, qai moalt bien cbantoit, Sur un cheval qui tost olloit , Devant eus alloit chantant De Karlemagne et de Rollant , El d*Olivier et des vassaux Qui moururent à Rainsdievaux.

Cette ballade héroïque , qui se devroit retrouver dans le romande Rolland et d'Olivier, de la bibliothèque des rois Charles V , VI et VII < , fut encore chantée à la bataille de Poitiers.

Les poésies nationales des Rarbares étoient accompagnées du son du fifre , du tambour et de

< Rerum GalL et Franc, tcripL, tom. ix, pag. 00.

* Voyez ces chants dans VHistoire de la conquête de VAi^ gletenre par Us Normands, de M. A. Thierry , tom. l, pas. 131 , delà 3* édit.

3 TniennT , Hist, de la conqvéte de V Angleterre par les Normands, tom. I, pag. 213.

* Du Cange, voce Cantitena Eollandi; Mém. de VAc, des inscript,, tom. i, part I, pag. 317; hisi liH, de ta France, tom. m, Àvertisa., pag. 73.

la musette. Les Scythes , daos la joie des festins , faisoient résonner la corde de leur arc *. La cithare ou la guitare étoit en usage dans les Gaules >, et la harpe dans nie des Bretons : il y avoît trois choses qu'on ne pouvoit saisir pour dettes chez un homme libre du pays de Galles : son cheval , son épée et sa harpe.

Dans quelles langues tous ces poèmes étoientils écrits ou chantés? Les principales étoient la langue celtique , la langue slave , les langues teutoniqué et Scandinave : Il est difficile de savoir à quelle racine appartenoit l'idiome des Huns. L'oi-eille dédaigneuse des Grecs et des Romains n'entendoit dans les entretiens des Franks et des Tartares que des croassements de corbeaux 3 ou des sons non articulés, sans aucun rapport avec la voix humaine ^ ; mais quand les Barbares triomphèrent , force fiit de comprendre les ordres que le maître donnoit à l'esclave. Sidoine Apollinaire félicite Syagrius de s'exprimer avec pureté dans la langue des Germains : « Je ris , dit le littéra- « teurpuéril, en voyantun Barbare craindre de- « vaut vous défaire un barbarisme dans sa lan- -» gue*. » Le quatrième canon du concile de Tours ordonne que chaque évoque traduira ses sermons latins en langue romane et tudesque ®. Louis le Débonnaire fit mettre la Bible en vers teutons. Nous savons par Loup de Ferrières , que sous Charles le Chauve on envoyoitle^ moines de Ferrières à Pruym pour se familiariser avec la langue germanique 7. On fitconnoître à la même époque les caractères dont les Normands se servoient pour garder la mémoire de leurs chansons ; ces caractères s'appeloient runstabath; ce sont des lettres runiques : on y joignit celles qu'Éthicus avoit inventées auparavant, et dont saint Jérôme avoit donné les signes.

La parole usitée dans les forêts est dès sa naissance une parole complète pour la poésie : sous le rapport des passions et des images, elle dégénère en se perfectionnant. L'homme perd en imagination ce qu'il gagne en intelligence ; enchaîné dans la sociabilité , l'esprit s'effraye d'une expression indépendante } et dépouille sa libre et flère allure.

* DiOD. Sic.

* Plut, in Demetr,

3 JUUAN. Op.

* Nec alia voce notam , nisi quœ hamani sermonis Imaginera assignabat. ( Jobnand. , cap. xxiv, de Reb. Cet,)

* jEstlmari minime potest , quanto mlhi œterisque sit rlsul, qQotiPs audio qood te pncsenti formidet facere linguœ sua; Barbarus barbarismum. ( ner, Galt. et Franc, script. , tom. i , pag. 794. )

* Concil. Galt.

' LtP. Fer. , ep. \xjl el xci.

Il n'y arien d'aussi vivant qiiele grec d'Horaère, depuis longtemps passé avec Ulysse et Adulte; ce ne sont pas les langues primidves qui soDt mortes , c'est le génie qui n'est plus là pour les parler et les entendre.

Quelques monuments des langues de nos ancêtres nous restent; on est obligé d'avpuer qu'elles étoient plusdouceset plus harmonieuses dans leur âge héroïque qu'elles ne le sont aujourd'hui dans leur âge humain. L'évéque des Goths , Ulphilas, traduisit dans son idiome paternel , au quatrième siècle, les Évangiles : conservés Jusqu^à nos jours, ils ont été imprimés avec des glossaires et de savantes rechercha *. Si vous comparez le leutonique d'Ulphilas avec le teutonique du sermcit de Charles et de Louis , tel que Nithard * doqs Ta transmis, et avec le teutonique du chant di victoire de Louis , fils de Louis le Bègue ^ , vous reconnoitrez qu'à mesure que Ton descend \m l'allemand moderne , la prononciation déviait plus rude et plus difficile. Les mots de l'idiome , d'Ulphilas se terminent très-souvent par des voyelles , et surtout par la voyel le a : wisandona ( existence), GoMa( Dieu), %valdvfuja( puissance), godamma (bon), etc. Ce gothique a beaucoup de rapport avec le Scandinave du fragment ma* < nuscrit de Fulde et du chant de Gunar, tii^ de . VEdda 4. On ne voit pas même, dans \efacsimile •■ du texte d'Ulphilas, les lettres qu'il fut, dit-on, obligé d'inventer pour rendre la prononciation de ses compatriotes ; on y remarque seulement quelques ligatures grecques mêlées aux caractères latins, mais ne présentant pas dans leur agréga- : tion le même pouvoir labial , lingual et guttural qu'elles expriment dans le grec.

D'après un passage d'Hérodote, un systèmcassez plausible assigne aux peuples de la Finlande et de la Golhie une origine asiatique; on les fait descendre d'une colonie des Mèdes, et l'on a trouvé des analogies entre la langue des Perses et celle des Suédois et des Danois. Des noms propres sa^ tout ont paru les mêmes dans les deux Idiomes : le Gustaffoxx G{i^/ati;desSuédois répond au G^ iapseoM Bystaspe des Perses; Oien, Ohianus, Oslanus, rois deSuède, portent les noms persans

' Ulpoilas, Gothitche Bibel ûbenglzung. (SdJL deleâ» Christ Zabn , Welssenfels, 1805. ) » NiTHARDi Hist., Ub. m, pag. 227, m Rer. GalLseri^-»

tOID. VII.

3 Eer. Gall. script., tom. ix, pag. 99.

« Voyez plQs haut, pag. 215 et 216, note I, œ cbaot et ce fragment.

HISTOBIQUËS.

fO(êim, Oisfane^ et Ostanes. Gibert ' , à l'ap- 1» de soo système (aujourd'hui étendu et rcpro* Éit),aQroit pu remarquer queVEdda mentionne ■peuple conquérant venu de l*Asie dans les répons septentrionales de la Baltique. Le savant lobert Henri, ministre de la communion ealvi- Bisteà Édimlxmrg, a enrichi son Histoire d'An- ^tm de différents spécimen des dialectes kttoos et anglo-saxons à différentes époques : le tibkaQplacéà iafm de ce volume vous donnera «K idée des langues que parloient les destructando monde romain.

Pfessonsàla religion des Barbares. Les historiens Ml disent que les Hunsn*en avoient aucune' : mu Toyons seulement qu'ils croyoient, comme b Tares, à une certaine fatalité. Les Alains, fine les peuples d*origine celtique, révéroient mifte une fichée en terre '. Les Gaulois avoient Iv terrible Dis, père de la Nuit, auquel ils teloient des vieillards sur le dolmi?i, ou la |ivR druidique i ; les Germains adoroient la seflte horreur des forêts ^. Autant la religion de i étoit simple , autant celle des Scandîua-

étoit compliquée.

Le géant Ymer fut tué par les trois fils de

fît : Odin , Vil et Ye. Ia chair de Ymer forma terre, son sang la mer, son crâne le ciel ^. Le iBidlDesavoit pasalorsoù étoit son palais, la lune ^paaÀi ses forces, et les étoiles ne connoissoient {QÎBt la place qu'elles dévoient occuper.

Uo autre géant appelé Norv fut le père de la RoiL La Nuit, mariée à un enfant de la famille fa dieux, enfanta le Jour. Le Jour et la Nuit iurat placés dans le ciel, sur deux chars conduits |tf deux chevaux ; Hrina-Fax (crinière gelée] coniât la Nuit; les gouttes de ses sueurs font la roitt : Skin-Fax (crinière lumineuse) mène le Jour '.

* Vmùirtê povr tervir à VHist. des Gaulet, pag. 241. ' Sat Ure, ve) Irge aut ri tu stahUi. ( Aiin. Marc. )

^ Cfadiiisbarbarioo rita buml tigitar nudus. (/cf., lib. xxxi, if- a.)

* TVlTCLL. el AUGUST.

^tuxt.ie Mor. Germ.

\ *TolU Scandinave:

Or ymis boMi

Var 16rp Vin Kkavpvd ,

EaorsTcUaçr;

Bo or liaosi bimlii.

MuriioDlatfM:

Ex Yinei^ came Ttarra cHetUMt; Sx uoguUie autem maref

Sous chaque cheval se trouve une outre pleii d*air : c'est ce qui produit la fraîcheur du matin.^

Un chemin ou un pont conduit de la terre au firmament : il est de trois couleurs, et s'appelle l'arc-en-ciel. Il sera rompu quand les mauvais génies, après avoir traversé les fleuves des enfers, passeront à cheval sur ce pont.

La cité des dieux est placée sous le chône Ygg- Drasill < qui ombrage le monde. Plusieurs villes existent dans le ciel.

Le dieu Thor est fils aîné d'OdIn ; Tyr est la divinité des victoires. Heindall aux dents d'or a été engendré par neuf vierges. Loke est l'artisan des tromperies. Le loup Fenris est fils de Loke ' ; enchaîné avec difficulté par les dieux , il sort de sa bouche une écume qui devient la source du fleuve Vam (les vices).

Frigga est la principale des déesses guerrières, qui sont au nombre de douze ; elles se nomment Walkyries : Gadur, Rosta et Skulda (l'avenir), la plus jeune des douze fées, vont tous les jours à cheval choisir les morts ^.

Il y a dans le ciel une grande salle, le Yalhalla, où les braves sont reçus après leur vie. Cette salle a cinq cent quarante portes ; par chacune de ce$ portes sortent huit cents guerriers morts pour se battre contre le loup 4. Ces vaillants squelettes s'amusent à se briser les os , et viennent ensuite dîner ensemble : ils boivent le lait de la chèvre Heî« druna qui broute les feuilles de l'arbre Lœrada ^.

DIctn tiuper hamannia gennst.

El rnitfo aatem cahim.

( Edéa strmundar hinns/roda, m. Haînte , 1787. }

Skin-Faxi (Jnba spleridens ) rocatur <^ Kreoam traiiit

firim Fari (Juba prulnosm) rocatur

Qiii siagulas trahit

Ifocte^ stiper brneflca nnmina.

I)e lapatis stUlare faclt gnttaa

Qnovis mnae ,

Inde venu ros in conTalles.

{Edda, pag. a et a.)

I Snbtus ab arbore Ygg-DrasUli.

Oui cnrre t

Per sesculuro Ygg-DrasUU.

*^ Snor. Fdda , fab. xxu.

3 M, , ibid.

* Qulngenta oatlorum

Et nltra quadraginta , Ita pnto In f^alkalla case :

Octingrntl Einheriorum Encont aimul per unum osthun , Cnm contra Inpum pugnatum eunt.

( Edda sœmundar khins/rôda , pag. as. )

ft Heidruna Tocatur capra

QnK stat supra aolaoi Odinl Et pabulum slM carpit ex Lecradi ramis : Cratereni 111a ( quotidie ) linplebit LInqaldt illins melonls.

Non potia eat Iste potua deflcçre.

(rd.,ibtd.)

Voyez aussi Mallet, Introd. à V Histoire de Danemark, et les Monuments de la mythologie des anciens Scandinaves; pour servir de preuve à cette introductloQ , par le môme auteur, in- 4^. Copenhague, 1766.

ETUDES

Ce lait est de l^hydromcl : od en remplit tous les Jours uue cruche assez large pour enivrer les liéros décèdes. Le monde finira par un embrasement.

Des magiciens ou des fées, des prophétesses, des dieux défigurés empruntés de la mythologie grecque, se retrou voient dans le culte de certains Barbares. Le surnaturel est le naturel même de l'esprit de Thomme : est-il rien de plus étonnant que de voir des Esquimauxassemblés autour d*un sorcier sur leur mer solide, à rentrée même de ce passage si longtemps cherché , qu'une éternelle barrière de glace fermoit au vaisseau de Tintrépide capitaine Parry >?

De la religion des Barbares descendons à leurs gouvernements.

Ces gouvernements paroissent avoir été en général des espèces de républiques militaires dont les chefs étoient électifs, ou passagèrement héréditaires par Teffet de la tendresse , de la gloire, ou de la tyrannie paternelle. Toute l'antiquité européenne du paganisme et de la barbarie n'a connu que la souveraineté élective : la souveraineté héréditaire fut l'ouvrage du christianisme; souveraineté même qui ne s'établit qu'au moyen d'une sorte de surprise , laissant dormir le droit à eôtédufait.

La société naturelle présente les variétés de gouvernement de la société civilisée : le despotisme, la monarchie absolue, la monarchie tempérée, la république aristocratique ou démocratique '. Souvent même les nations sauvages ont imaginé des formes politiques d'une complication et d'une finesse prodigieuses , comme le prouvoit le gouvernement des Hurons. Quelques tribus germaniques, par l'élection du roi et du chef de guerre, créoient deux autorités souveraines indépendantes l'une de l'autre : combinaison extraordinaire.

Les peuples sortis de l'orient de l'Asie différolent en constitutions des peuples venus du nord de l'Europe : la cour d'Attila offroit le spectacle du sérail de Stamboul ou des palais de Pékin, mais avec une différence notable ; les femmes paroissoient publiquement chez les Huns ; Maximin fut présenté à Gerça, principale reine ou sultane fiivorite d'Attila; elle étoit couchée sur un divan ; 868 suivantes brodoient assises en rond sur les tapis qui oouvroient le plancher. La veuve de

* Second voyage da capitaine Parry poar découvrir le passage aa nord-ou4st de rAmériqae.

' Voyez, dani le tome iv de cette édlUoo , le rodage en Amérique, gouvernement dei Sauvages.

Bléda avoit envoyé en présents aux ambassaden de belles esclaves.

Les Barbares , qui en raison de quelques tn ges particuliers ressembloient aux Sauvages qi J'ai vus au Nouveau-Monde , différoient d'euie sentielloment sous d'autres rapports. Une centaii de Hurons, dont le chef tout nu portoitunchi peau bordé À trois cornes, servoient autrefois gouverneur françois du Canada : les pourroit-c comparer à ces troupes de race slave ou germao que , auxiliaires des troupes romaines? Les In quois, au temps de leur plus grande prospériti n'armoient pas plus de dix mille guerriers : % seuls Goths mettoient comme un excédant i leur conscription militaire, un corps de ciaqMl mille hommes à la solde des empereurs ; dansi quatrième et dans le cinquième siècle les M entières étoient composées de Barbares. At réunissoit sous ses drapeaux sept cent mille( battants , ce qu'à peine seroit en état de foud| aujourdliui la nation la plus populeuse de TBi rope. On voit aussi dans les charges du palais! de l'empire , des Franks, des Goths , des Suera des Vandales : nourrir, vêtir, équiper tant dlHNii mes, est le fait d*une société déjà poussée loi dans les aits industriels ; prendre part auxafM res de la civilisation grecque et romaine suppos un développement considérable de l'intelIigeDCl La bizarrerie des coutumes et des mœurs n'inAmi pas cette asseiiion : l'état politique^peut être très avancé chez un peuple, et les individus de ce peu pie conserver les habitudes de Fétat de natmt

L'esclavage étoK connu chez toutes ces horde ameutées contre le Capltole. Cet affreux droit émané de la conquête , est pourtant le premifl pas de la civilisation : Thorame entièrement san vage tue et mange ses prisonniers ; ce n*estqu'fl prenant une idée de l'ordre social, qu'il N laisse la vie afin de les employer à ses travaux.

La noblesse étoit connue des Barbares comm l'esclavage ; c'est pour avoir confondu Tespèa d'égalité militaire , qui natt de la fraternité d'ar mes, avec Tégalité des rangs, que l'on a pn doo ter d'un fait avéré. L'histoire prouve invincible ment que différentes classes sociales existoiea dans les deux grandes divisions du sang scandi* nave et caucasien. Les Goths avoient leurs At9i ou demi-dieux : deux ftimilles domindeattxNitfi les autres , les Amali et les Baltes.

Le droit d'aînesse étoit ignoré de la pluf»^ des Barbares ; ce fût avec beaucoup de peine qM

HISTORIQUES

k M euxmique parvint à le leur faire adopter. > !lffhseDieiDeiit le partage égal subsistoit chez [ n, mois quelquefois le dernier né d'entre les afasts, étant réputé le plus foible, obtenoit un ifutage dans ta succession. « Lorsque les frères

• rat partagé le bien de leur père , dit la loi galli-

• qie, le plus Jeune a la meilleure maison, les insttrameats de labourage, la chaudière de son

• pèfe, soD couteau et sa cognée > . » Loin que Tes- (rit de œ qu'on appelle la loi salique fût en vipor dans la véritable loi salique , la ligne mar kndle étoit appelée avant la ligne paternelle fattla héritages et les affaires résultant d'iceux. (b va bientôt en voir un exemple à propos de la friaed^homicide '.

kgoQvemement suivoit la règle de la famille; M, en mourant , partageoit sa succession en-

kiB enfants , sauf le consentement ou la ratiten populaire : la loi politique n*étoit dans sa àplidté que la loi domestique.

Qa plusieurs tribus germaniques la posses-' ctoit annale ; propriétaire de ce qu*on avoit

ItiTé, le fonds, après la moisson , retournoit à

communauté ^. Les Gaulois étendoient le poupaternel Jusque sur la vie de l'enfant ; les ne disposoient que de sa liberté^. Au i|i7f de Galles, le Pencénedlt ou chef du clan invemoit toutes les familles ^

lis lois des Barbares , en les séparant de ce que kdiristlanisniie et le code romain y ont introte, se réduisent à des lois pénales pour la dé- Aase des personnes et des choses. La loi salique ^ttupe du vol des porcs, des bestiaux, des breiiS)de8 chèvres et des chiens, depuis le cochon de tejoMpi'à la truie qui marche à la tête d'un trouât > depuis le veau de lait jusqu'au taureau, ^P& Tagneau de lait Jusqu'au mouton, depuis kcfaerreau Jusqu'au bouc , depuis le chien con- ^cteor de meutes Jusqu'au chien de berger. La ^pilique défend de Jeter une pierre au bœuf ^Miéàlachamie,etdelui trop serrer le Joug*.

b cheval est particulièrement protégé : celui

* W. f^na., lU). n, cap. xvif.

' tetroQvt une trMMone note sur la sacoession delà Tem 2^1 trt Y du Utre lxii , dans la noavelle traducUon des ^fapfmki, par M. J. F. A. Peyré. Taime à rendre d*aayjM^fe jntUceà œt esUmable auteur, qu'on a peu ou f^piriéde lOQ travaU , auquel M. Isambert a Joinl une préjjfcOBneiaaroit trop encourager ces études sérieuses , qui *"^vl tant de peine et rapportent si peu de gloire.

' ^'^perimios mutant. (Tacit., de Afor. Germ,, cap. xxvi.

Cjua , ie BtU. Gall,, 11b. vi , cap. XIX.

\ ^. r«tt., p,g. ,e4.

'**'•» Bb. m , cap. IX.

qui a monté un cheval ou une Jument sans la permission du maître est misa l'amende de quinze ou de trente sous d'or. Le vol du cheval de guen-e d'un Frank , d'un cheval hongre , d'un cheval entier et de ses cavales, entraîne une forte composition'. La chasse et la pêche ont leurs garants : il y a rétribution pour une tourterelle ou un petit oiseau dérobés aux lacs où ils s'étoient pris, pour un faucon happé sur un arbre, pour le meurtre d'un cerf privé qui servoit à embaucher les cerfs sauvages, pour l'enlèvement d'un sanglier forcé par un autre chasseur, pour le déterrement du gibier ou du poisson cachés , pour le larcin d'une barque ou d'un filet à anguilles. Toutes les espèces d'arbres sont mises à l'abil par des dispositions spéciales ; veiller à la vie des forêts', c'étoit faire des lois pour la patrie.

L'association militaire, ou la responsabilité de la tribu et la solidarité de la famille , se retrouvent dans l'institution des cojurants ou oompurgateurs : qu'un homme soit accusé d*un délit ou d'un crime, il peut, selon la loi allemande et plusieurs autres, échapper à la pénalité, s'il trouve un certain nombre de sen pairs pour Jurer avec lui qu'il est innocent. Si l'accusé étoit une femme, les compurgateursdevoient être femmes '•

Le courage étant la première qualité du Barbare , toute injure qui en suppose le défont est punie; sinsi, appeler un homme lepus, liçvre, ou coNCÀCÀTus, embrené, amène une composition de trois ou de six sous d'or^; même tarif pour le reproche fait à un guerrier d'avoir Jeté . son bouclier en présence de l'ennemi.

La barbarie se montre tout entière dans la législation des blessures ; la loi saxonne est la plus détaillée à cet égard : quatre dents cassées au devant de la bouche ne valent que six schillings ; mais une seule dent cassée auprès de ces quatre dents doit être payée quatre schillings ; l'ongle du pouce est estimé trois schillings , et une des membranes du nez le même prix ^.

La loi ripuaire s'exprime plus noblement : elle demande trente-six sous d'or pour la mutilation du doigt qui sert à décocher les flèches ^ : elle

> Ltx Salie, Ut. XXY. — Ltx Rip., lit XUf. s Lex Salie, tlt Tllt. — Lex Rip,, tit. LXTIll. » Leg. f^alL

* Lex Salie,, tit. XXXU.

nenart m pense qu'il fera , Et comnient le cbanehlera.

{Roman du Renart apnd Gang, glots., YOce Qmea.)

^ Lex angtthiaxonie., pag. 7.

* SI secundusdigitas, unde sagittatur. {Lex Ripuur,, Ut t, art. xu.)

ÉTUDES

veut qu'un ingénu paye dix-huit sous d'or pour la blessure d'un autre ingénu dont le sang aura coulé jusqu'à terre '. Une blessure à la tête, ou ailleurs, sera compensée par trente-six sous d'or s'il est sorti de cette blessure un os d'une grosseur telle , qu'il rende un son en étant jeté sur un bouclier placé à douze pieds de distance ^ L'animal domestique qui tue un homme est donné aux parents du moit avec une composition; il en est ainsi de la pièce dé bois tombée sur un passant. Les Hébreux avo.ent des règlements semblables.

Et néanmoins ces lois , si violentes dans les choses qu'elles peignent , sont beaucoup plus douces en réalité que nos lois : la peine de mort n est prononcée que cinq fois dans la loi salique et six fois dans la loi ripuaire ; et, chose infiniment remarquable ! cen'est jamais, un seul cas excepté, pour châtiment du meurtre : Tbomicide n'entraîne point la peine capitale, tandis que le rapt , la prévarication, le renversement d'une charte, sont punis du dernier supplice ; encore pour tous ces crimes ou délits, y a-t-il la ressource des cojurants.

La procédure relative au seul cas de mort en réparation d'homicide est un tableau de mœurs. Quiconque a tué un homme et n a pas de quoi payer la composition , doit présenter douze cojurants, lesquels déclarent que le délinquant n'a rien ni dans la terre , ni hors la terre , au delà de ce qu'il offre pour la composition. Ensuite l'accusé entre chez lui , et prend de la terre aux quatre coins de sa maison; ii revient à la porte, se tient debout sur le seuil , le visage tourné vers rintérieur du logis ; de la main gauche, il jette la terre par-dessus ses épaules sur son plus proche parent. Si son père , sa mère et ses frères ont fait l'abandon de tout ce qu'ils avoicnt, il lance la terre sur la sœur de sa mère ou sur les fils de cette sœur, ou sur les trois plus proches parents de la ligne maternelle ^. Cela fait , déchaussé et en chemise , il saute à l'aide d'une perche par-dessus la haie dont sa maison est entourée ; alors les trois parents de la ligne maternelle se trouvent chargés d'acquitter ce qui manque à la composition. Au défaut de parents maternels , les parents paternels sont appelés. Le parent pauvre qui ne peut payer jette à son tour la terre recueillie aux quatre coins de la maison , sur un parent plus ri-

* ut sao^to exeat, tecram (angat. {LexRijniar.^ til. il, art. XII.)

. * Os exInde exierit, qood , super viam duodecim pcdum in kcuto Jactum , sonaverit. {Ibid., tit lxx , art. i.)

3 Voilà l'exemple de la préférence dans la ligne maternelie.

che. Si ce parent ne peut achever le montant de la composition, le demandeur oblige le défendeur meurtrier à comparoître'à quatre audiences successives ; et enfin , si aucun des parents de ce dernier ne le veut rédimer, il est mis à mort : de vila comportât.

De ceà précautions multipliées pour sauver les jours d'un coupable, il résulte que les Barbai-es traitoîent la loi en tyrans et se prémuuissoient contre elle ; ne faisant aucun cas de leur vie ni de celle dès autres, ils regardoient comme un droit naturel de tuer ou d'être tués. Un roi même, dans la loi des Saxons , pou voit être occis ; on en étoit quitte pour payer sept cent vingt H^tw pesant d'argent. Le Germain ne concevoitpis qu'un être abstrait, qu'une loi pût verser son sang. Ainsi , dans la société commençante , l'instinct de l'homme repoussoit la peine de mort, comme dans la société achevée la raison de l'homme l'abolira : cette peine n'aura donc été établie qu'entre l'état purement sauvage et l'état complet de civilisation , aloi-s que la société n'avoit plus Findépendance du premier état , et n'avoit pas encore la perfection du second.

SECONDE PARTIE

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