SUITE DES MOEURS DES BARBARES
Les conducteurs des nations barbares avoieot quelque chose d'extraordinaire comme elles. Au milieu de l'ébranlement social , Attila sembloit ué pour l'effroi du monde; ii s'attachoit à sa destinée je ne sais quelle terreur, et le vulgaire se faisoit de lui une opinion formidable. Sa démarche étoit superl)e , sa puissance apparoissoit dans lesmoa« vementsde son corps, et dans le roulement descs regards. Amateur de la guerre , mais sachant contenir son ardeur, il étoit sage au conseil , exomble aux suppliants , propice à ceux dont il avoit reçu la foi. Sa courte stature, sa large poitrine, sa tête plus large encore , ses petits yeux, sa barbe rare, ses cheveux grisonnants, son nez carons, son teint basané, annonçolent son origine <;
* VIr fn concasslonem genUs natus In mando, fétraHin omnium roetus : qui nescio qua sorte terrebat cUnda, formidabifi de se opinlone vutgata. Erat namque superbiis locessu, hue atque lllnc ctrcumrerens oculos, ut elatl potratit ipso qnoquè motu corporls appanret. Beitorum ifdlâfm amator, sed ipse manu tempérons, consilio TalidlssliiMiSi (Uppiicantibus exorabilis , propiUas in fide semel receplis. FtHim brevis, lato pectore, capile grandiorl , mlnutis ocali«t rirttf barba, canis aspersus, slmo naso, teter colore, originbtoc signa resliluens. (Jornand. , cap. xxw, de Reb. GeU )
HISTORIQUES
Sacflpitate étoit un camp oti grande bergerie è bois, dans les pacages du Daoube : les rois qu'il tfoit soumis veilloient tour à tour à la porte de sa kailQe; ses femmes habitoieut d'autres loges autour de lui. Goavrant sa table de plats de bois et demetsgrossiers, il laissoit tes vases d*or et d'argwt, trophée de la victoire et cbefs-d'œuvre des nts de la Grèce y aux mains de ses compagnons '. Cestlèqa'assissur une escabelle y le Tartare receîoit les ambassadeurs de Rome et de Constant!nople. A ses côtés siégeoient, non les ambassafars, mais des Barbares incotmus , ses généraux dopttaiDes : il bu voit à leur santé , fmissant, dans hiimifioeDce do vin, par accorder grâce aux mIIrs du monde*. Lorsque Attila s'achemina nn la Gaule , il menoit un meute de princes trihUtoquiattendoient, avec crainte et tremblett, mi signe du commandeur des monarques fw exécuter ce qui leur seroit ordonné'.
tmfits et chefs remplissoient une mission qu'ils ttsepoavoient eux-mêmes expliquer : ils aborteotdetous côtés aux rivages de la désolation , IsiiBS ipied y les autres à cheval ou en chariots , lis autres tratnés par des cerfs-* ou des rennes , ttnx-ei portés sur des chameaux y ceux-là flottant NT des boucliers^ ou sur des barques de cuir et tkom\ Navigateurs intrépides parmi les glaces h Nord et les tempêtes du Midi , ils sembloient tîoir TU le fond de l'Océan à découvert ' . Les Vante qui passèrent en Afrique avouoient céder Mns i leur volonté qu'à une impulsion irçésis- «e«
'âlffiae in qaadra lignea, fct oihll prœtcr carnes. ConvijiiMiea et argentés pocala qulbus bibel>ant suppedlta- ■■tor. Atlila poculum erat ligneam. {E:c Prise, rhetore 1^^ historié exeerpta , Carolo Cantoclaro interprète, K-<B.Psrisiis, 1606. )
* TtaD ooovivanim primum ordinem , ad ÂtUlœ dexiram ■fatcoiuUtoeruDt, secundum ad laivam : in (fuo nos et {"|tto, Tir apud Scytbas nobiils , sed Berichus superiore ■«.(W., pag.48. )
J^tesordion salutavlt Rellquis deinceps ad liunc mojy liODore affectis , Attila nos, ex Tliracum insitilutOt ad f^ poculorom cerlamcn provocavit (it/. , pag. 49. ) ^Tluta regum, di\ersarumque nationum ductores, ac si *Wla, alwque aliqua murniuralioue cum timoré el tre- ^noasqoisqae adstabat, aut certe quod Jussus fuerat ex- ^^^r. (loRN4Ni>., cap. xxxTiii, de Reb. Cet. ) Jîiit alios currus quatuor cervis junctus , qui fuisse di- *ïqps Golliorum. ( Vopisc. , in Fit. Aurelian, ) ^wbiites super parma posili amnem, in ulteriorem ^P^ fiut ripam. ( Gbeg. Tir. , lib. m , pag. 15. )
* QiriK et i^reiboriciu plratmn Saxona tracUis tapcrabat , cul pelle salum sulcare BriUunam UÂb, et aperto gtaacum marc flndcre leinbo.
( APOLr. , in Paneçyr. Àtlt. )
'iaoiOoeanicolensrecessus. (/(/., lib. yiii, epiat, IX. )
CalotUmanus ad punieoda Hispanoruni flagilia, etiam
jv^Mtaodam Arricam tran&ire cogebat. IpsI denique fate-
Jjjrtot non goum esse quod facerenl , agi enlm se divino
'*«««cpenirgtrl.(S4LriAN., de Gubemat. Dei, lib. vu,
Ces conscrits du Dieu des armées n'étoient que les aveugles exécuteurs d'un dessein éternel : de là cette fureur de détruire , cette soif de sang qu'ils ne pouvoient éteindre ; de là oelte combinaison de toutes choses pour leurs succès , bassesse des hommes , absence de courage , de vertu , de talents , de génie. Genseric étoit un prince sombre, sujet aux accès d'une noire mélancolie; au milieu du bouleversement du monde, il paroissoit grand parce qùil étoit monté sur des débris. Dans une de ses expéditions maritimes , tout étoit prêt , luimême embarqué : où alloit-il? il ne le savoit pas. « Maître y lui dit le pilote , à quels peuples veux-tu « porter la guerre? — A ceux-là, » répond le vieux Vandale , « contre qui Dieu est irrité'. »
Alaric marchoit vei*s Rome : un ermite barre le chemin au conquérant; il Tavertit' que le ciel venge les malheurs de la terre: « Je ne puis m'ar- « rétcr, dit Alaric; quelqu'un me presse et me « pousse à saccager Rome. » Trois fois il assiège la ville étemelle avant de s'en emparer : Jean et Brazilius, qu'on lui députe lors du premier siège pour l'engager à se retirer, lui représentent que s'il persiste dans son entreprise, il lui faudra coinbattre une multitude au désespoir. « L'herbe «X serrée, » repart rabatteur d'horâmes, « se fauche « mieux '. « Néanmoins il selaisse fléchir, et se contente d'exiger des suppliants tout l'or, tout l'argent, tous les ameublements de prix , tous les esclaves d'origine barbare : « Roi, s'écrient les « envoyés du sénat, que restera-t-ll donc aux « Romains? — La vie^. »
Je vous ai déjà dit ailleurs qu'on dépouilla les images des dieux , et que l'on fondit les statues d'or du Courage et de la Vertu. Alaric reçut cinq mille livres pesant d'or, trente raille pesant d'argent, quatre mille tuniques de soie, trois mille peaux
* Cum e CarUiaginls porlu \'e1i.s passis sotuturus esset, intcrrogatus a nauclero, que tenderc populàbundus vellet, respoudisse : Quo Deus impulerit. ( ZosiM. , âe Bello Fan^ àalico, lib. I, pag. 188. )
Narrant cum e Carthaginls portu solvens a nauta interrogareUir quo bellum infcrrc vellct , respondisse : In eos qulbus iratus est Deus. (Procop. , Wst. Fana. , lib. i.)
* Probus, aliquis monachus ex bis qui In Kalia erant, Romam festinanti Alarico consululsse ut urbi parceret , nec se tantorum malorum auctore conslitueret. Alariaus respon^ disse diciiur, se non volentem lioc tenlare, sed esse quemdam qui se obtundendo urgeat, ac prxcipiat ut Romam evertat. (Sozom., Hb. r\, cap. vi, pag. 481.)
3 Ipsius, inquit, fœnum rariore facilius resecator. (Zosiv., lib. Y, pag. 106.)
* Alebat enim non aliter se flnem obsidtonis factarum nist aurum omne, quod in urbe foret, et argentum accepisset, prxterea quidquid supetkctilis in urbe reperiret : iteroque mancipia barbara. Huic cum dixissct alter legatorum si qutdem ha;c abstullsset quid eis tandem relinqueret in url)e qui essent? Animas , respondlt. {M., ibid.)
ÉTUDES
teintes en écarlate , et trois mille livres de poivre ' . G*étoit avec du fer que Camille avoit racheté des Gaulois les anciens Romains.
Ataulphc, successeur d'Alaric, disoit : « J'ai eu la passion d'effacer le nom romain de la terre , et de substituer à l'empire des Césars l'empire des Gotlis , sous le nom de Gothie. L'expérience m'ayant démontré l'impossibilité où sont mes compatriotes de supporter le joug des lois , j'ai changé de résolution ; alors , j'ai voulu devenir le restaurateur de l'empire romain , au lieu d'en être le destructeur. » C'est un prêtre nommé Jérôme qui raconte en 41G, dans sa grotte de Bethléem, à unprêtrenomméOrose, cette nouvelle du monde' : autre merveille.
Une biche ouvre le chemin aux Huns à travers les Palus-Méotides , et disparott ^. La génisse d'un pâtre se blesse au pied dans un pâturage ; ce pâtre découvre une épée cachée sous l'herbe , il la porte au prince tartare : Attila saisit le glaive, et sur cette épée, qu'il appelle l'épée de Mars ^, il jure ses droits à la domination du monde. Il disoit : « L'étoile tombe , la terre tremble ; je suis le mar- « teau de l'univers. » Il mit lui-môme parmi ses titres le nom de Fléau de Dieit, que lui donnoit la terre ^
C*étoit cet homme que la vanité des Romains traitoit de générai au service de P empire ; le tribut qu'ils lui payolent étoit à leurs yeux ses ap-
( Quinqoiet mille librat aarl , et prster has tricies mille libras argenU, quater mille lunlcas sericas, et ter mille pelles coociiieas , et piperls pondus quod ter mille libras squaret (ZosiH. , lib. V, pag. 107.)
* Nam ego quoque ipsc virum quemdam Narbonensem , IIlustris sub Theodosio millU«e, etiam rellglosum pradentemque et gravem apud Bcltileem oppidum PaicsUiue , beatissimo Hieronymo prrsbytero referente , audlvi se famlliarissimum Ataalpbo apud Narbooam fuisse : ac de eo sa>pe sub tettifica- Uone didicisse quod lllCf quum esset animo, vlribus ingenioque nimlus, referre solitus esset se in primis aidenter inhiasse, ut obllterato romano nomlae romaoum omne solum Golhorum imperium et facrrcl et vocaret : essetque, ut vulgariter
loquar, GothiaquodRomaniafuisset
At ubi routta expericnUa probavissei , oeque
Gotbos ullo modo parère leglbus posse propter effrenatam barbariem, oeque relpubliae li.t.'rdici leges oportere, elegisse se sallem , ut gloriam sibi el restitueodo in Integrum augcndoque romano uomine, Gothorum viribus, quareret, baberelurque apud posteros romanoî rcstitutionis auctor, postquam esse non potcrat immutator. (Oro6., lib. th.)
3 Mox quoque ut Scytbica terra ignotis apparaît, œrva disparuit. (Jornakd., de Reb. Cet,, cap. xxrv.)
4 Quum pastor quidam gregis unam buculam coospiceret claudicantem , neccausam tant! vulnerls inveniret, solUci- Uis vestigia cnioris Insequitur : tandemque venit ad gladium, quem depascens herbas bucula incaute calcaverat, effossumque protinus ad Attllam defert. Quo Ule munere gratuiatut, ut erat magnanimus » arbitratur se totlas mundi principem comUtutum, et per Martis gladium polestatem sibi conœsaam esse bellorum. (Prisc. ap. Jornand,, cap. xxxT.)
* SUèla cadit; teÙus tremii; en ego mallrusorbit. Seque, Juxtaeremits dlctum, Fiagellum Z?ei jussitappellarl. {Rerum Hungarum Kripiores varii Fraucofurti, IGOO.)
pointetnenis : ils en usoient de même avec W chefs des Goths et des Rurgondes. Le Hun disoli à ce propos : « Les généraux des empereurs sont « des valets, les généraux d'Attila des empe- « reurs'. »
Il vit à Milan un tableau où des Goths et dei Huns étoient représentés prosternés devant des empereurs ; il commanda de le peindre , lui AttiUi assis sur un trône, et les empereurs portant saf leurs épaules des sacs d'or qu'ils répandoient ï ses pieds'.
« Croyez-Yous, » demandoit-ilauxambassems de Théodose II , « qu'il puisse exister une forte* « resse ou une ville, s'il me plaît de la faire dis* « parottredusoP?»
Après avoir tué son frère Bléda , il envoya don Goths , Fun à Théodose , l'autre à Valentinien por* ter ce message : « Attila , mon maître et le v6tre, « vous ordonne de lui préparer un palais^. »
«( L'herbe ne croit plus, » disoit encore cet exterminateur, « partout où le cheval d'Attila i « passé. »
L'instinct d'une vie mystérieuse poursaivott jusque dans la mort ces mandataires de la ProYi* dence, Alaric ne survécut que peu de temps à sua triomphe : les Goths détournèrent les eaux da Bo* sentum , près Gozence ; ils creusèrent une fosse M milieu de son lit desséché ; ils y déposèrent leccNfi de leur chef avec une grande quantité d*ar§^ et d'étoffes précieuses; puis ils remirent le Boseatum dans son lit , et un courant rapide passa sar le tomheau d'un conquérant^ . Les esclaves eoiployés à cet ouvrage furent égorgés, afinqu'ancoa témoin ne pût dire où reposoit celui qui avoit pris Rome , comme si l'on eût craint que ses cendies
I Jam tnm enim cumirasodMilur dieebatexerdtmimddMi soos esse servos : qui quidem AtUls, oon tamen impertlori' bus romanis , erant honore et dignitate pares. {Es Pruc. rkd Golhic, hist. excerpt; pag. 4<i.)
>Cum autem i« pictura vldisset RomanorumqaldemfegHi in aureis thronis sedentes , Scylbas vero cosos et aole pcte ipsorum jaoentes, pictorem aocersitum Jnsslt se pillgerei^ dentem in solio : Roroanorum vero reges feientes saocos ta humeris, et ante ipslus pedes aarum effundentes. (Stim., i* voc. MedioXovov, pag. 517.)
* Qua enim urbs , quœ arx qua late patet Romanormn la* perium , salva et incolumis evadere potult quam erertoe sel diruere apud se eonstilutum habuerit. {Excerpta ex hisbrii Gothica Prùci rhetorit de legationibus , incorpore hitUriê Byzant. , pag. 43.)
< Imperal tiblper me dominas meus et dominos taos AtMtat uU sibi palaUum seu regiam Rom« egregie adoroes. [Cknmi" ccn AUxandrinum, p. 734.)
* Hi^us ergo in medio alveo, collecto capUvorom agmloc» sepulturœ locum effodiunt In cujus fodiie gremio AtsrteaB mulUs opibus obruunt : rarsusque aquas In saura alream !«■ duoentes , ne a quoquam quanJoque locus cognosoerriuft fossores omnes iutçremeruat (JoB?iAifD., de Reb, Gel,, 6a^