ISA
pot le [H«mier, parée qa*aa moment de la restaulatioo, lorsqu*oa exhuma de nouveau V Essai, il iM prévint loyalement des libelles qui alloient paroitfff afin que fa visasse au moyen de les faire suppriner. N'ayant rien à cacher, et ami sincère de la liberté de la presse, je ne fis aucune démarche ; je trouvai très-bon qu'on écrivît contre moi tout ce qu'on croyoit devoir écrire.
Va jeune homme, appelé Damaze de Raymond, qui fut tué en duel quelque temps après, se fit mon diampion sous l'empire, et la censure laissa paroltrcsoo écrit ; mais le gouvernement fut moins facile , quand, pour toute réponse à des extraits de VEssaiy jeiuidemandai la permission de réimprimer Touvrage ei/Sfr.
Voici ma lettre au général baron de Pommereul, cooseiller d'État, directeur général de l'imprimerie et de la librairie.
« VoMsiEUB LE Baron ,
«Od l'est permis de publier des morceaux d^un ouvrage *int Je loJs raotear. Je Juge diaprés cela que vous ne vcr- •«HMEui inoonvëoleiiià lafner paroltre rouvra^e tout en-
« Je TOUS demande donc , monsieur le baron , rautorisation titeiMife pour mettre sons presse, chei le Normant, mon
• mnisinUtalé : Eauti historique, politique et moral tur ^hânolulione anciennet et moderneê, considérées dans I kenrefports avec la Révolution françoise. Je n*y change* i ni PM OQ seul mot; J*y i^uteral pour toute préface celle ■ èi hinie du Christianisme.
* fil riiooneiir d*etre , etc. »
Paris, ce 17 novembre 1813.
Dès le lendemain , M. de Pommereul me répondit h lettre suivante , écrite tout entière de sa main. In ce temps d'usurpation, on se piquoit de politesse, Blffle avec un homme en disgrâce , même avec un ànigré. M. de Pommereul refuse la permission que je lui demande; mais comparez le ton de sa lettre wt eelui des lettres qui sortent aujourd'hui des hreanx d'un directeur général , ou même d'un ministre.
Paris 06 18 novembre isià.
AMoflSieCK DB GflATBAOBIlIAN]).
« 2e mettra] mardi prochain , monsieur, votre demande sous
* la yeu du ministre de rintérieur ; mais votre ouvrage, fait ■tt 1717, est bien peu convenable au temps présent, et s*il *^olt paroltre aujourd'hui pour la première fois. Je doute "VMttptttétre avec ressentiment de raotorité. On vous *ilUqae sur cette pradoction : noua ne ressemblons point *>u Journalistes qui admettent l'attaque et repoussent la dé- <teie, et la vôtre ne trouvera, pour parottre, aucun obstacle "^iidlieeUoo de la librairie. J'aurai soin, monsieur, de vous «Uoraier de la décision du ministre sur votre demande de «iflmprcsslon.
" A^cei, Je voos prie, monsieur, la haute considération « ifee laquelle J'ai l'honneur d'être , etc.
« Signé baron OK Posimebevl. »
U 24 novembre, je reçus de M. de Pommereul Wto autre lettre :
Paris, ce ai novembre lais.
A MoifsiEua DE Chateaubriand.
« J'ai mis aujourd'hui , monsieur, sous les yeux du minls* « tre de l'intérieur la lettre que vous m*avez fait Thonneur de « m'écrire le 17 courant, et la réponse que Je vous al faite le « 18. Son excellence a décidé que l'ouvrage que vous deman* « dez à réimprimer, puisqu'il n*a point été publié en France, n doit étreassnJeUi aux formalités prescrites par lesdécrets tm- ■ périaux concernant la librairie. En conséquence, monsieur, « vous devez, vous ou votre imprimeur, faire à la direction « générale de l'imprimerie la déclaration de vouloir l'impri- « mer, et y déposer eu même temps l'édition dont vous de« R mandez la réimpression , afin qu'elle puisse paaier à l4 R censure.
« Agréez, monsieur, etc.
Signé baron de Pomhbrecl. »
M. de Pommereul reconnott dans sa première let* tre, que mon ouvrage , fait en 1797, e$i bien peu convenable au temps présent (l'empire), et que, s'il devait paraître ai^ourd'hui (sous Buonaparte) pour la première fois , il doute que ce pût être avec Vas* sentiment de l'autorité. Quelle justification de VEssai!
Dans sa seconde lettre, M. le directeur de la librairie m'ordonne de me soumettre à la censure, si je veux réimprimer mon ouvrage. Il étoit clair que la censure m'auroit enlevé ce que je disois en éloge de Louis XVI, des Bourbons, de la vieille monarcliie , et toutes mes réclamations en faveur de la li* berté; il étoit clair que l'Essai, ainsi dépouillé de ce qui servoit de contrepoids à ses erreurs , se se* roit réduit à un extrait à peu près semblable à ceux dont je me plaignois. Force étoit donc à moi de renoncer à ie réimprimer, puisqu'il auroit fallu le livrer aux mutilations de la censure.
Après tout, le gouvernement impérial avoit grandément raison : VEssai n'étoit , ni sous le rapport des libertés publiques, ni sous oeluide la monarchie légitime, un livre qu*on pût publier sous le despotisme et l'usurpation. La police se donnoit un air d'impartialité , en laissant dire quelque chose en ma faveur, et rioit secrètement de m'empécher de faire la seule chose qui pût réellement me défendre.
Enfin, le roi fut rendu à ses peuples : je parus jouir d'abord delà faveur que l'on croit, mal à propos, devoir suivre des services qui souvent ne méritent pas la peine qu'on y pense ; mais enfin , en proda* mant le retour de la légitimité , j'avois contribué à entraîner l'opinion publique, par conséquent j'avois choqué des passions et blessé des intérêts : je dévoie donc avoir des ennemis. Pour m'enlever l'influence qu'on craignoit de me voir prendre sur un gouvernement religieux, on crut expédient de réchauffer la vieille querelle de VEssai. On annonça avec bruit nn Chateauljriantana, une brochure duSaeerdocéf etc. Cétoient toujours des compilations de VEssai* . Ily avoit danscesnouvellespoursuitesquelque
* Je ne Mis ni les titres , ni le nombre de tontes ces
PRÉFACE
chose qui u'étoit guère plus généreux que dans les premières ; j*étois en disgrâce sous le roi , comme je rétois sous Buonaparte , au moment où ces courageux critiques sedécliaînoient contre moi. Pourquoi m'ont-ils laissé tranquille lorsque j*étois ministre? Cétoit là une belle occasion de montrer leur indépendance.
Je n'ai répondu à ces personnes bienveillantes que par cette note de la préface de mes Mélanges de po- Uliqtte.
« Si je n'ai jamais varié dans mes principes poli- « tiques , je n'ai pas toujours embrassé le christia- « nisme dans tous ses rapports, d'une manière aussi « complète que je le fais aujourd'hui. Dans ma pre- « mière jeunesse, aune époque où la génération étoit « nourrie de la lecture de Voltaire et de J. J. Rous- « seau, je me suis cru un petit philosophe, et j'ai « fait un mauvais livre. Ce livre, je l'ai condamné « aussi durement que personne dans la préface du « Génie du Christianisme. Il est bizarre qu'on ait « voulu me faire un crime d'avoir été un esprit fort « à vingt ans et un chrétien a quarante. A-t-on ja- « mais reproché h un homme de s'être corrigé ? L'é- « crivain vraiment coupable est celui qui, ayant bien « commencé , finit mal , et non pas celui qui , ayant « mal commencé, finit bien. Quoi qu'il en soit, si « je pouvois anéantir VEssai historique, je le fe- « rois, parce qu'il renferme, sous le rapport de la « religion , des pages qui peuvent blesser quelques « points de discipline; mais, puisque je ne puis l'a- « néantir, puisqu'on en extrait tous les jours un peu « de poison f sans donner le contre-poison qui se « trouve à grandes doses dans le même ouvrage ; « puisqu'on l'a réimprimé par fragments , je suis « bien aise d'annoncer à mes ennemis que je vais « le £aire réimprimer tout entier. Je n'y changerai « pas un mot; j'ajouterai seulement des notes en « marge.
« Je prédis à ceux qui ont voulu transformer VEs- « sai historique en quelque chose d'épouvantable, « qu'ils seront très-fâchés de cette publication ; elle « sera tout entière en ma faveur ( car je n'attache de « véritable importance qu'à mon caractère ) ; mou « amour-propre seul en souffrira. Littérairement « parlant, ce livre est détestable, et parfaitement ridi- « cule; c'est un chaos où se rencontrent les Jacobins « et les Spartiates , la Marseilloise et les Chants de « Tyrtée, un Voyage aux Açores et le Périple d'Han- « non , l'Éloge de Jésus-Christ et la Critique des « Moines, les Vers Dorés de Pythagore et les Fables
brochures; je n'en ai jamais la que ce que ]*en ai vu par Iiasard dans les journaux ; mais il y avoit encore : Esprit y maximes et principes de M. de Chateaubriand, Itinéraire de Pantin au Mont-Calvaire, M. de la Maison- Terne., les Persécuteurs, etc., et deux ou iroi^ journaux mioislériels pour la presse périodique.
« de M. de Nîvernois, Louis XVI, Agis, Cliarles « 1"^, des Promenades solitaires, des Vues de la na- « ture, du Malheur, de la Mélancolie, du Suicide, « de la Politique, un petit commencement d'^to/a, « Robespierre , la Convention , et des Discussioas « sur Zenon , Épicure et Aristote; le tout en style « sauvage et boursouflé \ plein de fautes de lan- « gue , d'idiotismes étrangers et de barbarismes. « Mais on y trouvera aussi un jeune homme exalté « plutôt qu'abattu par le malheur, et dont le oœor « est tout à son roi, à l'honneur et à la patrie. «
C'est cet engagement solennel de publier moimême VEssai que je viens remplir aujourd'hui.
Telle est l'histoire complète de cet ouvrage, de son origine, de la position où j'étois en l'écrivaiit, et des tracasseries qu'il m'a suscitées. Il faut maintenant examiner l'ouvrage en lui-même et les critiques de mes Aristarques.
Qu'ai-je prétendu prouver dans VEsstU f Qu'Un'ij a rien de nouoeau sous le soleil, et qu'on retrouve dans les révolutions anciennes et modernes les pe^ sonnages et les principaux traits de la révolutioa françoise.
On sent combien cette idée , poussée trop loin, a dû produire de rapprochements forcés , ridicules ou bizarres.
Je oommen^i à écrire VEssai en 1704, et il parut en 1797. Souvent il falloit effacer la nuit le tableau que j'avois esquissé le jour : les événements couroient plus vite que ma plume : il survenoit une révolution qui mettoit toutes mes comparaisons en défaut : j'écrivois sur un vaisseau pendant une tempête, et je prétendois peindre comme des objets fixes les rives fugitives qui passoient et s*ablmoieot le long du bord ! Jeune et malheureux, mes opinions n'étoient arrêtées sur rien; je ne savois que peoser en littérature, en philosophie, en morale, en religion. Je n'étois décidé qu'en matière politique : sur ce seul point je n'ai jamais varié.
L'éducation chrétienne que j'avois reçue avoit laissé des traces profondes dans mon cœur, mais ma tête étoit troublée par les livres que j'avois lus, les sociétés que j'avois fréquentées. Je ressemblais à presque tous les hommes de cette époque : j'étois né de mon siècle.
Si l'on m'a trouvé une imagination vive dans un âge plus mûr, qu'on juge de ce qu'elle devoit être dans ma première jeunesse, lorsque demi-sauvage, sans patrie, sans famille, sans fortune, sans amis* je ne connoissois la société que par les maux dout elle m'avoit frappé.
» Qu'il me soit permis d'éUre juste envers moi comme envers tout le monde : cette critique do styk de VEttOf^ est outrée. C'est un jugement que j'avois proooocé, <w irato, sur l'ouvrage avant de l'avoir relu. On va voir bientôt que j'ai modifié ce jugement , et que je l'ai readSiF crois y pJtts impartial.
PRÉFACE
imtiTiiBpriiiMr des extraits de V Essai, onoolpirtiroavnge entier mystérieusement, en répanàaC des l>rails étranges. Pourquoi se donnoit-on màt peine? Loin d*enfouir VEssai, je i'exposois ■ grand jour, et je le prétois à quiconque le vouliit lire. On prétendoit que j'en rachetois partout Ineieoipiaires au plus haut prix *. Et où auroispje tiQuréltt trésors que ces rachats m^auroient suppoRs? J'afois voulu réimprimer V Essai sous Buoaaptfte, comme on vient de le voir : je n*en faisois deoe pas un secret.
Qaoi qu'il en soit, les mains officieuses qui firent fibordcimiier VEssai historique, perdirent leur tmail : on s*aperçut que l'ouvrage lu de suite pro- ÉisoitoQ effet contraire à celui qu'on eu espéroit. lUat en venir au parti moins loyal, mais plus Mffdeoe le donner que par lambeaux, c'est-à-dire fcamootrer le mal, et d'en cacher le bien. Oi résolut d'ouvrir l'attaque du côté religieux, %OBer quelques pages de VEssai à quelques papik Génie du Christianisme; mais une chose iencmoit ce plan : c'étoit la préface du dernier «rrage. Que poavoitH>n opposer à un homme qui i^éioit eondamné lui-même avec tant de fran-
Arrêté par cette préface, il vint alors en pensée èdétniire l'autorité de mes aveux au moyen d'une ohMDoie : on sema le bruit que ma mère étoit morte «nat la publication de VEssai, et qu'ainsi la prête dn Génie du Christianisme reposoit sur une ttie.
Cm qui disoient ces choses étoient-ils mes amis , Kl pioches? avoient-ils vécu avec moi à Londres , nt» mes lettres, pénétré mes secrets? pou voientiii par leur témoignage, déterminer l'instant où îtfois répandu des pleurs? S'ils étoient étrangers >Me ma vie; s'ils a voient ignoré mon existence JMqtt'au jour où le public la leur avoit révélée ; s'ils ^(Mot en France, lorsque je languissois dans la ^de l'exil, comment osoient-ils fonder une lâche KcasatioD sur un fait qu'ils ne pouvoient ni savoir ^ poufer? Ah! loin de moi la pensée que des horo- ■o qui prétendoient fixer l'époque de mes mal- ^,aToient des raisons particulières de la conioitie!
f ai eité le texte même de la lettre de ma sœur que î«catre les mains. Cette lettre est du 1*' juillet ^ Voici un autre document dont on ne niera Itrauthentieité :
'Cxtnlt du registre des décès de la ville de Salnt-Servan , '"^mwiiftimmut da dépurtemeot dlUe-et-Tilaine, pour 'ria?i deta réimMiqiie, f 35r*, où est écrit ce qui suit :
• u aom prairial an vi de la république f rançoise, devant * ^^^^M^BM Boudaïae, oflleier monicipal de la oommuiie de
Oa Tbit un jour me proposer de racheter à une vente ^ Cttophire de Y Essai pour 300 francs. Je répondis que rmiTOKdaix exeiDplairesqoe jedonnefois pour cent sous.
<S4TF.\imilA?n>. — TOME I.
Saliit-Servan , élu officier public le 4 floréal dernier, sont comparas Jean Baslé, Jardinier, et Josepli Boulin, journalier, mineurs d*àge, et demeurant séparément en celle ooraronnç; lesquels m*ont déclaré que Apolline-Jeanne-Sozanne de Bédée, née en la commune de Bourseuil, le 7 avril mil sept cent vingt-six, fille de feu Ange-Annibal de Bédée, et dé Benigne-Jean-Bbrie de Ravenel, veuve de René- Auguste de Cliateaubriand , est décédée au domicile de la citoyenne Gouyon, situé à la Ballue, en cette commune, ce Jour, à une heure après midi : d*après cette déclaraUon , dont Je me suis assuré de la vérité , J'ai rédigé le présent acte, que Jean Basié a seul signé avec moi , Joseph Boulin ayant déclaré ne le savoir faire, de ce interpellé.
« Fait en la maison commune, lesdits Jour et an. Signé Jean BasIé et Bourdasse.
« Certifié conforme au registre, par nous maire de Salnt- Servan, ce 31 octobre I8I2. Signé Tresvaux Reselaye, adjoint.
ft Vu pour légailsaUon de la signature du sieur Tresvaux- Reselaye, adjoint, par nous juge du tribunal civil séant à Saint-Malo(le président empèehé). A Saint-Malo, le tranle et un octobre 18 IS. Signé Roblou a. »
La date de la mort de madame de Chateaubriand est du 12 prairial an yi de la république, c*estrà-dire du 31 mai 1798. La publication de VEssai est des premiers mois de 1797 ; elle avoit dû même avoir lieu plus tôt, comme on le voit par le Prospectus, qui Tannonçoitlpour la fin de 1796i». Quelle critique que celle qui force un honnête homme à entrer dans de pareils détails , qui oblige un fils à produire Textrait mortuaire de sa mère 1
Battu par les faits, repoussé par les dates, on n'eut plus que la ressource baïuile de tronquer des passages pour dénaturer un texte. C'étoit avec des brodiures d*une quarantaine de pages que Ton prétendoitfaire connoître un livre de près de 700 pages, grand in-8*. Des fragments qui ne tenoient à rien de ce qui les précédoit ou de ce qui les suivoit dans le corps de Touvrage pouvoient-ils donner une Idée juste de '.cet ouvrage? On transcrivoit quelques phrases hasardées sur le culte , mais on ne disoit pas que , dans un chapitre adressé aux infortunés, on trouvoit cet éloge de l'Évangile : a Un livre vraiment « utile au misérable , parce qu'on y trouve la pitié, « la tolérance , la douce indulgence , Tespérance plus « douce encore, qui composent le seul baume des « blessures de Tâme , ce sont les Évangiles. Leur « divin auteur ne s'arrête point à prêcher vainement « les infortunés : il fait plus , il bénit leurs larmes et « boit avec eux le calice jusqu'à la lie. »
Cela , ce me semble, n'étoit pourtant par trop incrédule.
Encore un passage de ce livre qui scandalisoit si fort ces chrétiens de circonstance, lesquels ne croient peut-être pas en Dieu , et ces hypocrites qui font de
' Je prie le lecteur de remarquer mon exactitude. J'avois dit dans la préface du Génie du Christianisme, en 1802 , que ma mère , après avoir été jetée dans les cachots et vu périr une parUe de ses enfents, expira sur un grabat où ses malheurs l'avoient reléguée. La voici qui meurt dans une campagne isolée où deux ouvriers, dont rnn ne sait pas écrire , témoij^ient seuls de sa mort
^ Voyez ce Prospectus, à la suite de cette préfoce.
WÈfAtBL
la haine, de Ter et des plaeea avec la ehartté , la pauvreté et rhumilité de la rePigioa : « Si la morale la « plas pure et le cœar le plus tendre , si que vie pas* « sée à combattre Terreur et à soulager les maux des « hommes, sout les attributs de la Divinité, qui
• peut nier celle de Jésus-Christ? Modèle de toutes
• les vertus, Tamitié le voit endormi dans le sein de « Jean, ou léguant sa mère à ce disciple chéri; la « tolérance Fadmire avec attendrissement dans le
• jugement de la femme adultère : partout la pitié « le trouve bénissant les pleurs de Tinfortuné ; « dans son amour pour les enfants, son innocence « et sa candeur se décèlent; la force de son âme f brille au milieu des tourments de la croix , et son « dernier soupir dans les angoisses de la mort est « un soupir de miséricorde. » Essai historique, page 578 de l'édition de Londres.
Quoi I c'est là ce que je disois quand je n'étois pas çkrétim! Cet Essai doit être un livre bien étrange 1 Il ne sera pas inutile de faire remarquer que j'ai transporté ce portrait de Jésus-Christ dans le Gé* nie du Christianisme y ainsi que quelques autres ehapitres de VEssai, et qu'ils n*y forment aucune disparate.
Telle phrase amphigourique pouvoit faire croire que dans VEssai IVxistence de Dieu est mise en ^nte; on la saisissoit ; mais on taisoH le chapitre sur V Histoire dupoly théisme, qui commence ainsi : « Il est un Dieu : les herbes de la vallée et les cèdres « du Liban le bénissent , etc. L'homme seul a dit : « Il n'y a point de Dieu. Il n'a donc jamais, oelui- « là, dans ses infortunes, levé les yeux vers le
• ciel , ete. »
Je rassemble ailleurs , dans V Essaie les objections que Ton a faites en tout temps contre le christianisme*; on eroît que je vais conclure comme les esprits forts, et tout à coup on lit ce passage : « Moi, « qui suis très-peu versé dans ces matières, je ré- « péterai seulement aux incrédules, en ne me servant « que de ma foible raison , ce que je leur ai déjà dit. « Vous renversez la reHgion de votre pays, vous « plongez le peuple dans l'impiété, et vous ne pro- « poses aucun autre palladium de la morale. Cessez « cette cruelle philosophie : ne ravissez point à Pin* « fortuné sa dernière espérance : qu'importe qu'elle « soit une illusion , si cette illusion le soulage d'une « partie du fardeau de l'existence ; si elle veille dans « les longues nuits à son chevet solitaire et trempé
• de larmes; si enfin elle lui rend le dernier service « de Taniitié en fermant elle-même sa paupière , « lorsque seul et abandonné sur la couche du misé- % vable, il s'évanouit dans la mort, » EsscU, page •11, mâme édition.
* J'ai powtant soin àe dira, n nasanUant ees okieo* tiens , qu^elles ont été viotorienseount léfuléea par les meilleurs ei|irlfts y etqa'eUetnesoBl peademoL
Retranebei ce pangtfaphe, et donnas le duphre sans sa conclusion , je serai un véritable philosophe Imprimez ces^dernières lignes, et il faudra reeennùl* tre ici l'auteur futur du GMe du ChrisHamsme, l'esprit incertain qui n'attend qu'une kfea poar revenir à la vérité. En lisant attentivement VEssei^ on sent partout que la nature religieuse est an foad, et que l'incrédulité n'est qu'à la surface.
Au reste , cet ouvrage est un véritable èhaoi: chaque mot y contredit le mot qui le suit. On pou^ roit faire de VEssai deux analyses différentes:» prouveroit par rune que je suis un sceptique décidé, un disciple de Zenon et d'Épicure; par Tautre, on me feroit connoltre comme un durétien bigot, us esprit superstitieux , un ennemi de la ralsoa etda lumières. On trouve dans cette rêverie de pm homme une profonde vénération pour Jésus-Ghart et pour l'Évangile, l'éloge des évéques, deseuM, et des déclamations contre la cour de Rome et ewtre les moines : on y rencontre des paisigsiqui sembleroient Isvoriser toutes les extravagaoocsih l'esprit humain, le suicide, le matérialisne, ^tnfl^ due ; et tout auprès de oes passages , on lit dei chapitras entiers sur l'existence de Dieu, la beauté di l'ordre, l'excellence des principes monarchiqaa. C'est le combat d'Ororoaze et d'Arimane : les hr* mes maternelles et l'autorité de la raiioncroisiiDti ont décidé la victoire eq faveur cht bon génie.
La position de ceux qui m^attaqooiont soub ras* pire étoit extrêmement fausse. Quemereproohoint' ils? Des principes qui étoient les leurs! Ils ne sV pereevoient pasqu'ilslhisoient mon éloge enesssyast de me calomnier; car s'il étolt vrai que VEstsi renfermât les opinions dont on prétendoit meliure un crime, que prouvoient-eHes oes opinioM?fii j'avois conservé dans toutes les positioiis de ma via une indépendance honorable; que moi-mén6,baaDi et persécuté, j'avois prêché la monarchie modMa à des gentilshommes bannis et la tolérance à é« prêtres persécutés; que j'avois dit à tous la vérité; que , partageant les souffrances sans partager eotiè' rement les opinions de mes compagnons dfnior* tune, j'avois eu le courage, assez rare, de leur àÊà clarer que nous avions donné quelque prétexte! nos malheurs. ^
Ces prnicipes, en centraMiiction avec le psitt même que j'avois embrassé, prouvolealque j'êtoi| te martyr de l'honneur, phitdl que l^veugle soUal d'une cause dont je connoissois le edté foikk] ^ je m'étois battu comme FalItUnd dans les eani^<i> Charles V, bien que je n'eusse pas été aussi hearMi que lui.
Ces prtocipea prouvoient encore que eas bansii que l'on représentoit comme de vils esclaçes attachés à la tyrannie par amour de leurs privilèges^ i étoient pourtant des hommes qui reeonnoisaoiest
•PBÉFAC8.
rtfffipCQt y aToSr de noble iaûi tOQtes les opi* lins; qui ne njetoient auciiiie Idée générease ; qui M coodamBoient dans la liberté qae Tanardiie; peonftssoieDt loyalement leurs propres erreurs, m ncbant supporter leurs iafortunes ; qui , éebiirés «ieiabus de Tsudeo gouvememeot, o*eo ser* fMst pas moins leur sovverain au péril de leur lie; et qui paiticipoîent enfin aux lumières de leur sède, sans manquer à leurs devoirs de sujets. Jk poQTois^je pas encore dire à mes adversures ài tmfs de Tempire : Ou les principes pliilosophifuci que TOUS me reproches sont dans V Essai, ou io'j sont pas. S*ils n'y sont pas » vous parlez con« ticb vérité; s'ils y sdbt, ces principes sont les itim : j'étois le disciple de vos erreurs ; mes égaresont de vous; mon retour à la vérité est de
Ûa a supposé des motifs d*intérét à mes opimons. tarois dans ce cas été bien malhabile, car j'allois liiDiasensetgnant des doctrines contraires à celbfu menoient à la £tveur dans les lieux que j'ha-
Ottn Tétranger, Je n*avois, de Témigration pour boue de la monarchie, que Texil et tous l«sg«ures àaiièie, m^obstînant à parler des fautes qui a voient •mribiié à la chute du tréne, et prenant tes libertés
]^ ma patrie, lorsque j'y revins, je trouvai tatOBfies détruits, la religion persécutée, la puis- «Htct l« honneurs du coté de la philosophie; MitA je me range du odté du foible, et j'arbore Fèiadaid reKgieox. Si je faisois tout cela dans des iHiiatéressées , ma méprise étoit grossière : quoi k^ issenséque de dire dans deux positions con- Inbei préetsémeni ce qui devoit choquer les hom- •itéeat je pmivoîs attendre la fortune ?
Avais annoncé dans ee que j'appelois , je ne sais IMqosi , la t^Mice au lieu de la Prtfwe de r Essai, ^Mce de persécution qyeme susciteroit cet ou-
> «Qoe ee livre m'attire beaucoup d'ennemis, ^i^e dans cette Notice/fen suis convaincu* Si je
* Pavots cru dangereux, je l'eusse supprimé; je le
* dois utile , je le publie. Renon^nt à tous les par- ^tiSyje oe me suis attaché qu'à celui de la vérité : *hi>je trouvée? Je n'ai pas l'orgueil de le préten* làt Tout ce que j'ai pu faire a étéde marcher en 'banblant, de me tenir sans cesse en garde con- ' lit moi-même, de ne jamais énoncer une opinion ' Bas avoir auparavant descendu dans mon propre «Nia pour y découvrir le sentiment qui me l'aveit ' ictée. J'ai tâché d'opposer philosophie à philoso*
* plue, raison à raison , principe à principe : ou
* Ihtt^ ji| n'ai rien fait de tout cela , j'ai seulement ' ciposé les doutes d'un honnête homme *. »
* ▼^(eUelTeAse^ en tMe<|e YEssai.
Cette prophétie ifun lionnéte homme date de trente ans.
Enfin d'autres censeurs de r^T^fa^ vouloient bien me croire dégagé de tout intérêt matériel , maïs ils m'accusoient de chercher le bruit.
Si dans l'espoir d'immortaliser mon nom j'avots embrassé la cause du crime et défendu des pervers, je me reconnoîtrois épris d'une coupable renommée. Maissi au contraire j'ai combattu en faveurdes senti*' ments généreux partout où j'ai cm les apercevoir; si j'ai parlé avec enthousiasme de tout ce qui me paroltbeau et touchant sur la terre, la religion, la vertu, l'honneur, la liberté, l'infortune, il fendra convenir que ma passion supposée pour la célébrité sort du moins d'un principe excusable : on pourra me plaindre ; il sera difficile de me condamner. D'ailleurs , ne suis-je pas François? quand j'airoercris un peu la gloire, ne pourrois-je pas dire îi mes compatriotes : « Qui de vous me jettera la première « pierre? »
Ainsi donc, sous les rapports religieux, VEsscA paroftra beaucoup moins condamnable qu'on ne Ta supposé , et sous les rapports politiques H sera tout en ma faveur. Loin de prêcher le républicanisme, comme VofBcieux censeurs l'o^,voolu fiiire entendre, Y Essai cherche à démontrer au contraire que, dans l'état des mœurs du siède, la république est impossible. Malheureusement je n'ai phis la même conviction. J'ai toujours raisonné dans V Essai d'à* près le système de la liberté républicainedes anciens, de la liberté, fille des mœurs; je n'avois pas assez réfléchi sur cette autre espèce de liberté, produite par les lumières et la cirilisation perfectionnée : la découverte de la république représentative a changé toute la question. Chez les anciens Fesprit humain étoit jeune, bien que les nations fussent déjà vieilles ; la société étoit dans l'enfance , bien que Thomme fût déjà courbé par le ten>ps. Cest fiiute d'avoir fait cette distinction , que l'on a voulu , mal à propos, juger les peuples modernes d'après les peuples anciens ; que l'on a confondu denx sociétés essentiellement différentes ; que l'on a raisonné dans un or* dre de choses tout nouveau , d'après des vérités historiques qui n'étoientphis applicables. La monarchie représentativeest mille fois préférable à la repu» blique représentative : elle en a tous les avantages sans en avoir les inconvénients; mais, si l'on étoit assez insensé pour croire qu'on peut renverser cette monarchie et retourner à la monarchie absolue, on tomberoit dans la répid>lique représentative, quel que soit l'état actuel des mœurs. Ces mœurs sont d'ailleurs loin d'être aussi corrompues qu'elles Té* toient au commencemoitde la révolution; les scandales domestiqoes sont aujourd'hui presqae inconnus, la France est devenue plus sérieuse, et la jeunesse même a qoeiqne chose d'au^lère.
sbéfacb:
lies personnages historiques sont en général jugés impartialement dans V Essai, Il y a pourtant quelques hommes que j\ii traités avec trop de rigueur. Je les prie de pardonner à ces opinions sans autorité, nées du malheur et de Tinexpérience. La jeunesse est tranchante et présomptueuse; ses arrêts sont presque toujours sévères. En vieillissant , on apprend à excuser dans les autres les choses dont on s'est soi-même rendu coupahle ; on ne transforme plus les faiblesses en crimes, et Ton aime moins à compter les fautes que les vertus. C*est surtout pour ces Jugements irréfléchis que je regrette de n*avohr pu corriger VEssai; mais je me suis trouvé dans la dure nécessité de reproduire mes erreurs, et de me montrer au public avec toutes mes inGrmités. Je sais parfaitement que cette préface et les n(h tes critiques de VEssai ne changeront point Topi* nion de la génération présente. Ceux qui aiment VEssai tel qu'il est, seront peut-être contrariés par les notes; ceux qui trouvent Touvrage mauvais ne ' seront point désarmés. Ces derniers regarderont mes aveux comme non avenus, et reproduiront leurs accusations avec une bonne foi digne de leur charité.
Au fond, ces prétendus chrétiens ne disent pas ce qui leur déplaît. Ne croyez pas que ce soit le philosophisme de VEssai qui les blesse : ce qu'ils ne peuvent me pardonner, c'est l'amour de la liberté qui respire dans cet ouvrage. Sous ce rapport, les notes ne feront qu'aggraver mes torts. Loin d'être rentré dans le giron de VabsoUdisme, je me suis endurci dans ma faute constitutionnelle. Qu'importe alors que je me sois amendé comme chrétien ? Soyez athée, mais prêchez Tarbitraire, la police, la censure, la sage indépendance de l'antichambre, les ^ charmes de la domesticité, l'humiliation de la patrie, le goût du petit, l'admiration du médiocre, tous vos péchés vous seront remis.
Aussi , en écrivant les notes /]% n'ai point espéré réformer le sentiment de mes contemporains; mais la postérité viendra, et si j'existe pour elle , elle prononcera avec impartialité sur le livre et sur le commentaire. J'ose espérer qu'elle jugera VEssai comme ma tête grise l'a jugé; car, en avançant dans la vie, on prend naturellement de l'équité de cet avenir dont on approche.
Cependant des personnes prétendent qu'il ne serait pas impossible que VEssai fût- reçu du public avec une faveur à laquelle je ne devrois pas m'attendre : j'avoue que les raisons présumées de cette faveur, si die a lieu, m'attristent autant qu'elles m'effrayent. Il me paroît certain à moi-même que, si je publiois le Génie du Christianisme aujourd'hui pour la première fois, il n'obtiendroit pas le succès populaire qu*il obtint au commencement de ce siècle; il est certain encore que, si j'avois donné
en 1801 VEssai historique au Heu do Génie du Christianisme, il eût été reçu avec un murmare d'improbation générale. Comment se fait-il maintenant que ce même Essai soit plus près des idéei du jour sous la légitimité qu'il ne l'eût été soin l'usurpation ? Et comment arrive-t-il que le Céâk du Christianisme est moins dans l'esprit de ee moment qu'il ne l'étoit à l'époque où je l'ai fait pa* rettre?
Quelles causes menaçantes ont pu produire dans l'opinion un effet si contraire à l'ordre naturel des temps et des événements ? Par quelle fatalité TEmi seroit-ii devenu le livre du présent, et le Céniedu Christianisme le livre du passé ? Les oppresseurs et les opprimés auroient-ils changé de place? Quelles fautes ont été commises, quelle route de perditioD a-t-on suivie pour arriver à un pareil résultat? Se seroit-on trompé sur les moyens de rendre à la re* ligion son éclat et sa véritable puissance? Aurait* on cru que cette religion éclairée et généreuse ne pouvoit prospérer que par l'extinction des lumières et la destruction des libertés publiques? Seroit-on parvenu à inquiéter les hommes les plus paisibles, les esprits les plus calmes, les plus modérés, en nous menaçant d'un retour à des choses impossi^ blés, en livrant le pouvoir à une petite coterie hypocrite qui amèneroit une seconde fois , et pour toujours, la ruine du trône et de l'autel?
Qu'on y prenne garde : s'il y a encore uneeausi de destruction pour la monarchie , elle se trouve là où je l'indique. Ce n'est pas avec des doctrines de calomnie et d'intolérance que la religion trouvera des hommes capables de la défendre. De foibles mains , qui ne sentent pas même le poids du fa^ deau qu'elles ont à soulever, le laissent à terre sans pouvoir le déranger d'une seule ligne. Où sont les talents qui jadis venoient au secours des priodpes religieux et monarchiques quand ils étoient attaqués? Repoussés, ils se retirent, et laissent le coin* bat à l'intrigue et à l'incapacité.
La France vouloit l'union dans la religion, Ii monarchie légitime, les libertés publiques, et Ton s'est plu à la désunir, à l'alarmer sur les objets de ses VŒUX. Le discrédit total du pouvoir administratif, la lassitude de tout, le mépris ou rindifféreooe de l'opinion sur les choses les plus graves, voilà ce qui reste aujourd'hui de tant d'espérances. Derrière nous, une jeunesse ardente attend ce que nous lui laisserons pour le modifier ou le briser selon sa force , car elle ne continuera pas nos destinées.
Dans cette position, tout homme sage doit songer à lui; il doit se séparer de ce qui nous perd» pour trouver un abri au moment de l'orage.
Cest une triste chose que d'en être aux professions de foi, aux controverses religieuses, à ces querelles déplorables que Ton n'auroit jamais dû tirer
PRÉFACE
àftéâ; maïs, eDfln, puisqu'on nous a menés là,
I bat prendre son parti. Placé entre Y Essai et le
GénieditCkrisiianisme, pour éviter toute fausse InlnyRtatîoa, jedois dire à quelles limites je me suis aillé, afin qu*on ne me cherche ni en dedans ni en àhois de ces limites. Cette confession publique nn do moins favantage de montrer ce qui me pa« mnit atHe à faire pour le triomphe de la religion, MB le règne du fils de saint Louis.
Jeerois très-sincèrement : j'irois demain pour ma M #00 pas ferme à Téchafaud.
Jeoe démens pas une syllabe de ce que j'ai écrit tel le Génie du Christianisme; jamais un mot iMappera à ma bouche, une ligne à ma plume, fdioit en opposition avec les opinions religieuses fstfm professées depuis vingt«cinq ans.
Voilà ce que je suis.
Toid ce que je ne suis pas :
k ne suis point chrétien par patentes de traG- |Biteo religion : mon brevet n*est que mon extrait àbptéme. Tappartiens h la communion générale, ■torelle et publique de tous les hommes qui , defâ b création , se sont entendus d*un bout de la loreà Faotre pour prier Dieu.
ie De fais point métier et marchandise de mes epioioQs. Indépendant de tout , fors de Dieu , je suis étëm sans ignorer mesfoiblesses, sans me donner poir modèle, sans être persécuteur, inquisiteur, déhtior; sans espionner mes frères, sans calomnier
Ml voisins.
Jeae suis point un incrédule déguisé en chrétien, fn propose la religion comme un frein utile aux peuples. Je n'explique point TÊvangile au profit du fapolisme, mais au profit du malheur.
Si je n'éleis pas chrétien , je ne me donnerois pas b peine de le paroître : toute contrainte me pèse, tM masque m'étouffe; à la seconde phrase, mon onctère Temporteroit et je me trahirois. J'attache trop peu d'importance à la vie pour m'ennuyer à la parer (Tuo mensonge.
Se conformer en tout à l'esprit d'élévation et de tenur de l'Évangile ; marcher avec le temps ; sou- Wr b liberté pair l'autorité de la religion ; prêcher Mébsaoee à la Charte comme la soumission au roi; ^entendre du haut de la chaire des paroles de ^iapattion pour ceux qui souffrent, quels que *imt leur pays et leur culte; réchauffer la foi par 'tieor de la charité : voilà , selon moi , ce qui pouvait lendre au clergé la puissance légitime qu'il doit ^^Mx : par le chemin opposé, sa ruine est cer- ^^^ La société ne peut se soutenir qu'en s'apnsat sur l'autel; mais les ornements de l'autel M^t changer selon les siècles, et en raison des P|^BS>ès de l'esprit humain. Si le sanctuaire de laDi- ^téest beau à l'ombre, il est encore plus beau ib knàn: la eroijiesiréteadardde la civilisation.
. Je ne redeviendrai incrédule que quand on m'aura démontré que le christianisme est incompatible avec la liberté; alors je cesserai de regarder comme véritable une religion opposée à la dignité de l'homme. Gomment pourrois-je le croire é4nané du ciel , un culte qui étoufferoit les sentiments nobles et généreux, qui rapetisseroit les âmes, qui couperoit les ailes du génie, qui maudiroit les lumières au lieud'en faire un moyen de plus pour s'élever à l'amour et à la contemplation des œuvres de Dieu? Quelle que fût ma douleur, il faudroit bien reconnoltre malgré moi que je me repaissois de chimères : j'approche* rois avec horreur de cette tombe oii j'avois espéré trouver le repos, et non le néant.
Mais tel n'est point le caractère de la vraie religion; le christianisme porte pour moi deux preuves manifestes de sa céleste origine : par sa morale, il tend à nous délivrer des passions; par sa politique , il a aboli Teselavage. C'est donc une religion de liberté : c'est la mienne.
En vain les hommes qui combattent la monarchie constitutionnelle nous disent qu'elle nous mènera au protestantisme; que le protestantisme, à son tour, nous conduira à la république , parce que le protestantisme, qui est l'indépendance en matière de religion, produit le républicanisme, qui est l'indépendance en matière de politique : cette assertion est repoussée par les faits. L'Allemagne est-elle républicaine parce qu'elle est en partie protestante? Les gouvernements les plus absolus ne se rencontrent-ils pas en Allemagne, tandis que plusieurs cantons de la Suisse sont catholiques? Venise et Gènes n'étoient-elles pas catholiques? La population catholique des États-Unis n'augmente-t-ellepas d'une manière incroyable sans troubler l'ordre établi? Toutes les nouvelles républiques espagnoles ne sont-elles pas catholiques , et le clergé de ces républiques, à quelques exceptions près, ne s'est-il pas montré plein de zèle dans la cause de Tindépen* dance?
Il n'est donc pas vrai que la religion protestante soit plus favorable à la cause de la liberté que la religion catholique. Croire que notre liberté ne sera assurée que quand nous serons protestants , espérer que la monarchie absolue reviendroit si l'on rendoit au clergé catholique son ancien pouvoir politique , c'est une égale erreur. Jjes uns, à leur grand étonnement, pourroient voir la France protestante sous telle constitution despotique empruntée de telle principauté d'Allemagne, et les autres pourroient se réveiller républicains avec un clergé catholique, des moines mendiants, et des ordres reli* gieux de toutes les sortes.
Laissons donc là les théories pour ce qu'elles valent : en histoire comme en physique, ne jprononçons que d'après les faits. Ne calomnions ni les
RÉVOLUTIONS ANCIENNES
protestants ni les oothofiqaes; o'ailons (ms supposer que les premiers sont animés d*un esprit revo* lutionnaire, les seconds abrutis par un esprit de servitude. Renfermons-nous dans cet axiome : II n*y a point de véritable religion sans liberté, ni de véritable liberté sans religion.
La querelle n'est point , après tout , entre les protestants et les catholiques , comme les habiles d*un parti voudroient le faire supposer; elle est entre le philosopbisme et le fanatisme.
Deux espèces d^hommes sont aujourd'hui le fléau de la société : d'une part, ce sont ces vieux écoliers de Diderot et de d'Aiembert , qui se plaisent encore aux moqueries sur la Bible , aux déclamations de l'athéisme, aux insultes au clergé; de l'autre, ce sont ces esprits bornés et violents , qui disent la religion en péril , parce que nous avons une Charte , parce que les divers cultes chrétiens sont reconnus par FÊtat, et surtout parce que nous jouissons de la liberté de la presse. Les premiers nous ramèneroient les misérables mœurs du siècle de Louis XV, ou les persécutions irréligieuses de la fin de ce siècle ; les seconds nous replongeroient dans la crasse et dans Tignorance du bon vieux temps; ceux-là extermineroieiit philosophiquement les prêtres; ceux-ci brûleroient charitablement les philosophes. Ces impies et ces fanatiques acharnés à se détruire, s'ils étoient les maîtres, ne s'arréteroient qu'au dernier bourreau et à la dernière victime, faute de pouvoir occuper à la fois le dernier échafàud et le dernier auto-da-fé.
Je termine ici cette trop longue préface. Les Notes critiques, dont j'ai accompagné le texte de V Essai, achèveront de montrer ce que jg pense de cet ouvrage. Je me suis loué quelquefois'; on voudra bien me pardonner cette impartialité, dont je n'ai pas, d'ailleurs, abusé : la brutalité de ma censure expiera la modération de ma louange. Tose dire que je me suis traité avec une rigueur qui défiera la sévérité de la plus rude critique. Ce ne sont point de ces concessions auxquelles un auteur se vésigne pour mettre à l'abri son amour* propre, pour se donner un àtr de franchise et de bonhomie, pour se glorifier en se rabaissant : ee sont de ces aveux que la vanité ne fait jamais , et qui eoâtent à la nature humaine.
Si je ne parle point du style de VEssat, c'est qu'il ne m'appartient pas de le juger : je dirai seulement qu'il est plus incorrect que celui de mes autres ou- ▼rages; qu'il rend avec moins de précision ce qu'il veut exprimer, mais qu'il a la verve de la jeunesse, et qu'il renferme tous tes germes de ce qu'on a bien voulu traiter avec quelque indulgence dans mes écrits d'un âge plus mûr. Il y a même un progrès sensible des premières pages de VEsseU aux derm'ères : les trois ans que je misi élever cette tour de Sabel m'avoieat profité comuie écrivaiii.
Un dernier mot. Si les préfiioes de cette éditf se complète de met œuvres tiennent de la nature des mémoires, c'est que je n'ai pu les faire autrement. J'écris vers la fin de ma vie : le voyageur prêt àde»< eendre de la montagne jette malgré lui un regaid sur le pays qu'il a traversé et le chemin qu'il a pM^ couru. D'ailleurs mes ouvrages, comme je Fm déjà fait observer, sont les matériaux et les pièces jos* tifîcatives de mes Mémoires : leur histoire est liét à la mienne de manière qu'il est presque inlpessible de l'en séparer. Qu'aurois-je dit dans des préflMeS ordinaires? que je donnois des éditions revues et corrigées? On s'en apercevra bien. Aurois-je prit occasion de ces réimpressions particulières pour traiter quelque sujet général? Mais de tels siyeU entrent plus naturellement dans des espèces de n^ moires qui peuvent parler de tout, que dans» morceau d'apparat amené de loin, et fait exprès. C'est au lecteur à décider : si ces préfaces l'ennuient, elles sont mauvaises; si elles l'intéressent, j'ai bien fait de laisser aller ma plume et mes idées.