‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 32 sur 228 · PREMIERS PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERS PARTIE

RÉVOLUTIONS ANCIENNES

INTRODCGTION.

Qui siri»*Je? et que viens-Je anooneer de oooveau aux hommes? On peut parler de choses pas* sées ; mais quiconque n'est pas spectateur d^iiH téressé des événemehts actuels doit se taire. ïf où trouver un tel spectateur en Europe? Tous leâ individus, depuis le paysan jusqu'au monarque; ont été enveloppés dans cette étonnante tragédie. « Mon-seulement, dira-t-on, vous n'êtes pas spectateur, mais vous êtes acteur, et acteur soof« frant, François malheureux, qui aves vudiafk' roltre votre fortune et vos amis dauM le gouffre da

la révolution; enfin vous êtes un émigré. *Ae0 mot, je vois les gens sages, et tous ceux àmtkê opinions sont modérées on républicaines, Jeter 8 le volume sanà chercher à en savoir davantage. Lecteurs, un moment. Je ne vous demandé qoe de parcourir quelques lignes dé plus. Sans doate je ne serai pas intelligible pour tout le monde; mais quiconque m'entendra poursuivra la leçtura deeet £aiaî. Quanta oeus. 4aiMiD*ent«BdR«>

INTBODUGTION.

(•s, ils feront mieut do fërmeir le livre; ce n'est fÊê pour eux que j'écris *.

Celui qoi dit dans son cœur : « Je veux être iljle à mes semblables , » doit commencer par se jBg^ soi-même : ii faut qu'il étudie ses passions, ks préjugés et les intérêts qui peuvent le diriger sMH^'il s*en aperçoive. Si malgré tout cela il se MDt assez de force pour dire la vérité, qu'il la dise; mais , s'il se sent foible , qu'il se taise. Si cekn fui écrit sur les affaires présentes ne peut être hument au directoire et aux conseils des rois, libit un livre inutile; s'il a du talent, il a fait pi) il a fait un livre pernicieux. Le mal, le grand ■ai, c'est que nous ne sommes point de notre ttele. Chaque âge est un Qeu ve qui nous entraîne KioD le penchant des destinées quand nous nous lAaiidonnons. Mais il me semble que nous somiBtOQs hors de son cours. Les uns (les républices) Tont traversé avee impétaosîté, et se ^nt faces sur le bord opposé. Les autres sont demeuré de ce côté-ci sans vouloir s'embarquer. Les te partis crient et s'insultent , selon qu'ils sont nr rue ou sur l'autre rive. Ainsi , les preiniera Ml transportent loin de nous dans des perfeCr âsuiaiaginaireBy en nous faisant devaneer notrb ^p; les seconds nous retiennent eti arrière^ refU- M^les'éelairer^ et veulent rester les hommeà.du V>torxîèDie siècle dans l'anode 1796 ^

'Ce Ion aoleBiiel , la morgue de ce débnti dans an au* lordoot le nom étoU iaoonou et qui écrivoit pour la pre- >Hfê fiiis; ce ton et cette morgue seraient comiques s'ils i^Mm rimitatioQ d*ao jeune liomttic fiourri de la lecture ^J* RoBMcaUy et r^roduisont les défauts de son modèle* U Moi que fon retrouve partout dans VJiSsai m'est d'au- ^|in adieux aujourd'hui que rien n'est plus antipa- Nm à mDfl espril; que ma disposition liabituelte sur ■aearnges n*est pas de l'orgueil , mais de rindiiïérence ^ J( ^sse peut-être trop loin. Au reste, j'avoiâ été ">li 1^ mon instlnei qae eette manière n'étoit pas la ^■s : on trouve dans la Notioe ou Préface de l'ancienne ^ttosdes eieiises peut-Mre assez loudiantea de l'emploi Wntk Mt dit moi, (N. Éd.) *iNi^ aojoard'boi autre cltwe que cela? n'est-ce pas ^M de toutes les vérités poliUqnes , de tontes les plaio- ' *i|ls laaiéi les prévlsfons que l'on retro«?e déns les Mé* Mst poUHqtm, dans ia Monarchie selon la charte^ ^Cojiier0a/etfr,dansflMS OpiniomklÊi chambre des l^etc. ? n y a cependant trente années que cela est écrit. ^<à écrirois-je de la sorte? à Londres , dans l'exil , au ^'■s dN ▼ieljmes de la rérdulion* U y avoit peutrdtre y^y senraie à parier ainsi à un parU dans les rangs jy j'IUrIs , et dont je partageois les sonflNmces. Cette 2|^^'ire la vérité à tont le monde explique assez bien ***»ts de ma vie politique.

'^^'Ivqoerai une fois pour toutes, et pour n'y plus ^^^^t car je serois obligé de faire des notes à chaque 2|>is reaârqoeral que les doctrines politiques profes- ■» *»• f Essai sur la Uberié et sur les gouf emements

L'impartialité de ce langage doit me réconcilier, avec ceux qui , de la prévention contre l'auteuri, auroient pu passer au dégoût de l'ouvrage. Je dirai plus : si celui qui , né avee une passion ardent» pour les sciences, y a eonsacré les veilles de la. jeunesse ; si celui qui , dévoré de la soif de con- Gonnottre, s est arraehé aux Jouinances de la fortune pour aller au delà des ihers contempler le plus grand spectacle qui puisse s'offrir à l'ceil du philosophe, méditer sur l'homme libre de la nar ture et sur l'homme libre de la société , placés l'un près de l'autre sur le même sol; enfin, si celui qui, dans la pratique Journalière de l'adversité, a appris de bonne heure à évaluer les préjugea de la vie ; si un tel homme, dis-je, mérite quelque eônflancd , lecteurs , vous lé trouvez en moi.

La position où je me trouve est d'ailleurs fàvo^ rable à la vérité* Attaqué d'une maladie qui me laisse peu d'espoir, je vois les objets d'un œil tranquille \ L'air ealme de la tombe se fait sentir au voyageur qui n'en est plus qu'à quelques journées.

Sans désirs et sans crainte, je ne nourris plus les chimères du bonheur, et les hommes ne sau-> roient me iaire plus de mal que je n'en éprouve. « Le malheur < , dit l'auteur dsA Études de la Nature; le malheur ressemble à la montagne ndrede B^nber, aui extrémités du royaume brûlant de Lahor : tant que vous la montez , vous ne voyez devant vous que de stériles rochers; mais, quand vous êtes au sommet, vous apercevez le

constitutionnels, sont parfaitement confonnes à celles que je prêche maintenant et que j*ai manifestées jusque sotis le despotisme de Tosur^tion, soit dans le Génie du Christianisme, soit dans quelques autres écrits. Je me tiens pour honoré de cette constance dans mes opinions poliUques, qui ne s'est démentie ni dans l'exil sous l'impatience du mftlheor, ni pendant le règne de Buooaparte sons la menace de la force , ni h l'époque de la restauration 8008 rinfluence de la prospérité. Quand on ne retronverolt dans YJBssai que ce sentiment d'indépendance, il eRacerolt à des yeux non prévenus beaucoup d'erreurs. Une main trop jeune , qui n'avoit encore été serrée par aucune main amie , n'a-t-elle pas pu s^égarer un peu en traçant une première ébauclie ?

Ainsi ceux qui ont pu croire, par la vive expression de mon horrenr pour les crimes révolutionnaires , qoe j'étols un ennemi des libertés publiques, et ceux qui ont pensé, d'après mon amour pour ces libertés , que j'approuvois les doctrines révolutionnaires, se sont également trompés. Us vont relire de suite mes ouvrages : pour peu qu*Us veuillent faire la part de l'âge, des temps et des dreonslanoes, je ne crains pas de m'ed rapporter à leur bonne ibi.

(N. ÉD

* Voyez la Préface. (N. Éd.)

* Chaumière indienne.

RÉVOLUTIONS ANCIENNES

del sur votre tête , et le royaume de Cachemire à vos pieds '. «

Le lecteur pardonnera aisément cette digression, qui ne sert après tout ici que de préface , et sans laquelle , plein de cette malheureuse défiance qui nous met en garde contre les opinions de l'auteur, il lui eât été impossible de continuer avec intérêt la lecture de cet ouvrage. Mais , si J'ai pris tant de soin de lui aplanir l'entrée de la carrière, il doit à son tour me faire quelque sacrifice. 0 vous tous qui me lisez , dépouillez un moment vos passions en parcourant cet écrit sur les plus grandes questions qui puissent, dans ce moment de crise, occuper les hommes. Méditez attentivement le sujet avec moi. Si vous sentez quelquefois votre sang s'allumer, fermez le livre, attendez que votre cœur batte à son aise avant de recommencer votre lecture. En récompense, Je ne me flatte pas de vous apporter du génie , mais un cœur aussi dégagé de préjugés qu'un cœur d'homme puisse l'ôtre. Comme vous, si mon sang s'échauffe , Je le laisserai se calmer avant de reprendre la plume : je causerai toujours simplement avec vous; Je raisonnerai toujours d'après des principes. Je puis me tromper sans doute ; mais, si je ne suis pas toujours Juste, Je serai toujours de l)onne foi. Ne vous hâtez pas de mépriser l'ouvrage d'un inconnu qui n'écrit que pour être utile. Enfin , si par des souvenirs troptendresje laissois dans le cours de cet écrit tomber une larme in volontaire, songez qu'on doit passer quelque chose à un infortuné laissé sans amis sur la terre, et dites : Pardonnons-lui en faveur du courage qu'il a eu d'écouter la voix de la vérité, malgré les préjugés si excusables du malheur.

* Je crains d^avoir aUéré quelque chose dans cette belle comparaison. J*en préviendrai Ici, une fois poar toutes : li'ayant rien sauvé de la révolution ( excepté un peUt nomt)re de notes ) , sans bibliothèque et sans ressources. Je n*al eu pourm'aider, dans l'obscurité de ma retraite, qu'une mémoire assez heureuse autrefois , mais aujourd*iiui presque usée par le chagrin. On verra, à la conclusion de cet Essai les difficultés Innombrables quMl m'a fallu surmonter. J*ai été souvent sur le point d*abandonner Touvrage, et de livrer le tout aux flammes *. Cependant Je puis assurer les lecteurs q«e les Inexactitudes qui ont pu sa glisser dans mes citations sont de peu de cons;>quence, et que, partout ou le sujet l'a absolument exigé, J'ai suspendu mon travail Jusqu'à ce que Je me fusse procuré les livres originaux. En cela, J'ai trouvé de grands secours chez les gentilshommes anglols , qui m'ont ouvert leurs bibliothèques avec une générosité qui fait honneur h leur philosophie. J'ai été pareillement redevalile au révérend B. S., homme d'autant d'esprit que d'humanité, et auquel J'aime à rendre ici l'hommage public de ma reconnoissanoe.

EXPOSraON.

J'aurois bien fiiit de céder à la tentaUoo.

Page 1