PRÉFACE GÉNÉRALE
tés publiques. Dans Y Essai historique même , au milieu d'innombrables erreurs , ondUtingoe ces deux sentiments. Si cette remarque est Juste, si J'ai lutté , partout et en tout temps , en faveur de l'indépendance des hommes et des principes religieux, qu'ai-Je à craindre de la postérité? Elie pourra m'oublier, mais elle ne maudira pas ma mémoire.
Mes ouvrages, qui sont une histoire fidèle des trente prodigieuses années qui viennent de s'écouler, offrent encore auprès du passé des vues assez claires de l'avenir. J'ai beaucoup prédit, et il restera après moi des preuves irrécusables de ce que J'ai inutilement annoncé, le n*al point été aveugle Sur les destinées futures de TEurope ; Je n'ai cessé de répéter à de vieux gouvernements, qui furent bons dans leur temps et qui eurent leur renommée, que force étoit pour eux de s'arrêter dans des monarchies constitutionnelles, ou d'aller se perdre dans la république. Le despotisme militaire , qu^ils pourroient secrètement désirer, n'auroit pas même aujourd'hui une existence de quelque durée.
L^nrope, pressée entre un nouveau monde tout républicain et un ancien empire tout militaire, lequel a tressailli subitement an milieu du repos des armes, cette Europe a plus que Jamais besoin de comprendre sa position pour se sauver. Qu'aux fautes politiques intérieures on môle les fimtes politiques extérieures, et la décomposition s'achèvera plus vite : le coup de canon dont on refuse quelquefois d'appuyer une cause Juste, tAt ou tard on est obligé de le tirer dans une cause déplorable.
Vingt-cinq années se sont écoulées depuis le eommencement du siècle. Les hommes de vingtcinq ans qui vont prendre nos places n'ont point connu le siècle dernier, n'ont point recueilli ses traditions , n'ont point sucé ses doctrines avec le lait , n'ont point été nourris sous l'ordre politique qui i*a régi ; en un mot , ne sont point sortis des entrailles de l'ancienne monarchie, et n'attachant au passé que l'intérêt que l'on prend à l'histoire d'un peuple qui n'est plus. Les premiers regards de ces générations cherchèrent en vain la légitimité sur le trône , emportée qu'elle étoit déjà depuis sept années par la révolution. Le géant qui rcmplissoit le vide immense que cette légitimité avoit laissé après elle, d'une main touchoit le bonnet de la liberté, de l'autre, la couronne : il alloit bientôt les mettre à la fois sur sa tête , et
seul il étoit capable de porter ce double fardeau Cps enfants qui n'entendirent que le brait d« armes, qui ne virent fue des palmes autour de leurs berceaux, échappèrent par leur Age à Toppression de l'empire : ils n'eurent que les Jeux de la victoire dont leurs pères portoient les chaînes. Race innocente et libre , ces enfants n'étoient pas nés quand la révolution commit ses forfaits; ils n'étoient pas hommes quand la restauration multiplia Ses fautes : ils n'ont pris aucun engagement avec nos crimes ou avec nos en^urs.
Combien il eâ t été facile de s'emparer de l'esprit d'une Jeunesse sur laquelle des malheurs qu'dle n'a pas connus ont néanmoins répandu une ombre etquelquecfaosedegrave! La resiaaratSoii t'est contentée de donner à cette Jeunesse sérieute des représentations théAtrales des anciens Jours , des imitations du passé qui ne sont plus le passé* Qu'a* t-on fUt pour la race sur qui reposent aujoard^hni les destinées de la France? Rien. S'est-on même aperçu qu'elle existoit? Non ; dans une lutte nlsérable d'ambitions vulgaires , on a laissé le monde s'arranger sans guide. Lesdébrisdu dix-huitième siècle , qui flottent épars dans le dix-neuvième, sont au moment des'abtroer; encore quelques années , et la société religieuse , phUosophique et politique, appartiendra k des fils étrangers aux mœurs de leurs aïeux. Les semences des idées nouvelles ont levé partout; ce seroit en vain qu'on les voudroft détruire : on pou voit cultiver la plante naissante , la dégager de son venin, lui faireporter un fruit salutaire; il n'est donné A personne de l'arracher.
Une déplorable illusion est de supposer nos temps épuisés , parce qu'il ne semble plus possible qu'ils produisent encore, après avoir enftmté tant de choses. La foiblesse s'endort dans cette illusion; la fblie croit qu'elle peut surprendre le genre humain dans un moment de lassitude, et le contraindre à rétrograder. Voyez pourtant ce qui arrive.
Quand on a vu la révolution française , ditesvous , que peut-il survenir qui soit digne d'oceuper les yeux? La plus vieille monarchie du monde renversée , l'Europe tour à tour conquise et conquérante, des crimes inouïs, des malheurs af« freux recouverts d'une gloire sans exemple: qu'y a-t-il après de pareils événements? Ce quil y a? Portez vos regards au delA des mers. L'Amérique entière sort républicahie de cette révolution que vous prétendiez finie, et remplace un étou'
PBÉFAGE GÉNÉRALE.
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spectacle par un speetacle plus étonront )
Et J'oD croiroit qae le monde a pu changer i, sans que rien ait changé dans les idées des i! on croiroit que les trente dernières an- »pcnYentétre regardées comme non avenues , ^le la fodété peut être rétablie telle qu'elle existât «otrdMsf Des souvenirs non partagés, itniDM regrets, une génération expirante que Je^aaié appelle , que le présent dévore, ne par- VKBdront jwint à faire renaître ce qui est sans fif. JI jr a dès chinions qui périssent comme il y i de$ race» gni s*éteignent , et les unes et les autres restent tout au plus unobjet de curiosité et de dans les champs de la mort. Que loin
d*étre arrivée au but, la société marche & des destinées nouvelles ; c*est ce qui me parott incontestable. Mais laissons cet avenir plus ou moins éloigné à ses jeunes héritiers : le mien est trop rapproché de moi pour étendre mes regards au delà de Thorizon de ma tombe.
0 France, mon cher pays et mon premier amour! un de vos fils , au bout de sa carrière , rassemble sous vos yeux les titres qu'il peut avoir à votre bienveillance maternelle. S*il ne peut plus rien pour vous, vous pouvez tout pour lui, en déclarant que son attachement à votre religion, & votre roi , à vos libertés , vous fut agréable. Illustre et belle patrie. Je n'aurois désiré un peu de gloire que pour augmenter la tienne.
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