CHAPITRE Vm
Portraits detcbelk
Des mêmes causes les mêmes effets. Il devoit s'élever alors des tyransà Athènes , comme il s'en est élevé de nos Jours à Paris. Mais autant le siècle de Solon surpasse le nêtre en morale, autant les factieux de l'Attique furent supérieurs en tal«its à ceux de la France.
A la tête des Montagnards on distinguoit PI* sistrate' : brave*, éloquent^, généreux^, d'une figure aimable^ et d'un esprit cultivé^ , il n'avoit de Robespierre que la dissimulation profonde 7, et de l'infâme d'Orléans'' que les richesses" et la naissance illustre». Il prit la route que ce dernier eonspirateur a tâché de suivre après kd. Il fit retentir {ettuoiégaUié '* aux oreilles du peuple; et
a Voici le commencement des rapprochements oatrés. Oomoiettt a-t4l pu me tomber dins la tête que les trois partis aibëoieiis» la Moniagne, la Plaine ti la Cdfe, dunt les noms ne désignoient que les opinions politiques de (rois espèces de citoyens ; comment , dls-Je, a*t-il pu me tomber dans la lèle queœa UtMS partis se retrouToiôit dans trois sectiooê de la Convention nationale? Lorsqu'une (ois on s*est laissé dominer par une idée , et qu'on veut tout plier à cette idée, on avanoe niaisement les ImagiMtioos les plus creoass ooniaie des laits iadubitables. (N. Éd.)
> Purr. , tu Sotom.
* Herod. , 11b. I , cap. LIS.
* Plot. , in Solon, « Jd.,ibid.
5 Athbn. , lib. XII , cap. Tni.
* CUcBa. , éê Orat , Ub, m , eap. xixnr. 1 Plut. , tu Solon,
^ Pour tout commentaire à cette expression violente je citerai ici en note un autre passage de V Essai , qui se trouvera dans le chapitre xu de la seconde partie de cet Essai , et qui tombe à la page 4 j7 de l'édition de Londres:
« Déjà un Bourbon , qui devoit être le pins riche parti- « coller de l'Europe , a été obligé , pour vivre, d'avoir rea cours en Suisse au moyen employé par Denys à Corintlie. « Sans doute le duc d'Orléans aura enseigné à ses pupilles H les dangers d'une ambition coupable » et surtout les périls « d*une mauvaise éducation. 11 se sera fait une loi de « leur répéter que le premier devoir de fliomme n'est pas n d'être roi , mais d*étre probe. Si ce mot parott sévère , « j'en appelle à ce prince lui-même , qu'on dit d'aitlears « plein de courage et de vertus naturelles. Qu'il Jette les « regards autour de lui en Euiope, qu'il contemple les « milliers de victimes sacrifiées chaque jour à rambition « de sa fiuDîtte. J'anrois voulu éviler de ttooMier son « père. » (N. En.)
* Hesod. , lib. I , eap. ux.
* Hcaon. , ttb. V, cap. txv.
I •• VtVT, fin Solon,
RÉVOLUTIONS ANGEMNES.
tandis que la liberté respiroit sur ses lèvres , il * cachoit la tyrannie au fond de son cœur.
Lycurgue avoit la confiancedelaPlaine >. Noos •ne savons presque rien de lui. G*étoit apparemment un de ces intrigants obscurs que le tourbillon révolutionnaire jette quelquefois au plus haut ^int du système, sans qu'ils sachent eux-mêmes comment ils y sont parvenus. Les aristocrates d'Athènes ne furent pas plus heureux dans le choix ^et le génie de leurs che& que les aristocrates de France.
Il semble qu'il y ait des hommes qui renaissent à des siècles d'Uitervalles pour Jouer, chez différents peuples , et sous différents noms , les mêmes rôles dans les mêmes circonstances : Mégaclès et Tallien en offrent un exemple extraordinaire. Tous deux redevables à un mariage opulent de la considération attachée à la fortune * ; tous deux placés à la tète du parti modéra ^ , dans leurs nations respectives, ils se font tous deux remarquer par la versatilité de leurs principes et la ressemblmce de leurs destinées. Flottant , ainsi que le révolutionnaire françois , au gré d'une humeur capricieuse, r Athénien fut d'abord subjugué par le génie de Pisistrate^ parvint ensuite à renverser le tyran ^ , s'en repentit bientôt après; rappela les Montagnards^ , se brouilla de nouveau avec eux ; fut chassé d'Athènes, reparut encore 7 , et finit par s'éclipser tout à coup dans l'histoire; sort commun des hommes sans caractère : ils luttent un moment contre l'oubli qui les submerge, et soudain s'engloutissent tout vivants dans leur nullité.
Tel étoit l'état des factions à Athènes lorsque Solon, après dix ans d'absence, revint dans sa malheureuse patrie*.