‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 45 sur 228 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Hipparque et Hippias. Assassinat du premier. Rapports.

Hippias et Hipparque montèrent sur le trône aux applaudissements de la multitude. Sages dans leur gouvernement ^ et fiiciles dans leurs mœurs ^ , ils avoient ces vertus obscures que l'envie pardonne , et ces vices aimables qui échappent à la haine. Peut-être eussent-ils transrois le sceptre à leur postérité; peut-être un seul anneau changé dans la chaîne des peuples auro!t-il altéré la face du monde ancien et moderne , si la fatalité qui règle les empires n'avoit décidé autrement de l'ordre des choses ».

Hipparque insulté par Harmodius , Jeune Athénien plein de courage, voulut s'en venger par un affront public qu'il fitsouffrir à la sœur de ce der*nier ^. Harmodius , la rage dans le cœur, résolut, avec Aristogiton , son am( , d'arracher le Jour aux tyrans de sa patrie ?. Il ne s'en ouvrit qu'à quelques personnes fidèles, comptant , au moment de l'entreprise, sur les principes des uns, les passions des autres , ou du moins sur ce plaisir secret qu'éprouvent les hommes à voir souffrir ceux qu'ils ont crus beni^eux. Par amour de l'humanité il faut se donner de garde de remài*quer que le vice et là veitu conduisent souvent aux mêmes résultats^.

> Herod., lib. I, cap. unr; Arist. , lib. v, d^ Rep., cap. xu. » /d. , ibid,

* Herod. , Ub. v , cap. lxii-xcti.

* Thdcyd., 111). VI, cap. Liv.

* Athen. , lib. xu, cap. viu.

a Encore ]xl fatalité, bientôt nous reventHis la religion : j'en étois an que sais-Je ? (N. Éd.)

* Tbdttd. , lib. VI, cap. lti.

7 là., ibid, : Pl4T. , in Hipparch. , pag. 220.

b Cela est affreux el n*a pu être arraché qu'à la misanthropie €l*un jeune homme qui se croit près de mourir, el ' qui n'a éprouvé que des malheurs sans avoir rien fait pour

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fiÉVOLUnONS ANCIENNES.

Le joor de rexécutkm étant fixé à la fêle des Panathénées , les assassins se rendirent au lien dé* signé. HIpparqne tomlNi soos leurs coups , mais son frère leur échappa. Heureux cependant sll eût partagé la même destinée ! Arist(^ton , présenté à la torture ) accusa faussement les plus chers amis d'Hipplas ' , qui les livra sur-le-champ aux bourreaux. L'amitié offrit ce sacriflce, aussi ingénieux que terrible, aux mânes d*Harmodius massacré par les gardes du tyran.

Depuis ce moment , Hippias , désabusé du pouvoir des bienfaits sur les hommes , ne voulut plus devoir sa sûreté qu*à sa barbarie '. Athènes se. remplit de proscriptions : les tourments les plus cruels furent mis en usage ; et les femmes , comme de nos Jours , s*y distinguèrent par leur constance héroïque K Les citoyens, poursuivis par la mort, se hâtèrent de quitter en foule une patrie dévouée ; mMs, plus heureux que les émigrés françois, ifs emportèrent avec eux leurs richesses ^ , et conséquemment leur vertu \ C'est ainsi que nous avons vu en France les massacres se multiplier, et de nonveHes troupes de Aigitifs joindre leurs infortunée compatriotes sur des terres étrangères , lorsque après le prétendu assassinat d'un des satellites de Robespierre , le monstre se crut obligé de redoubler de Âirie.

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