CHAPITRE XXIL
Poésie à Attiènes. Anacréon, Vollaire. Simonide, Fontanes. Sapho, Paroy. Aloée, Ëiope, Nivernois. Solon, les deux Rousseau.
Pisistrate , en usurpant l'autorité souveraine , avoit senti que, pour la conserver chez un peuple volage, il falloit l'amuser par des fêtes : on retient plus facilement les honmies avec des fleurs qu'avec des chaînes. Il remplit sa patrie des monuments du génie et des arts*. Ses fils, imitant son exemple, firent de leur cour le rendez- vous
' HOR., in Art, poet.
> Ariot., de PœLf cap. IT.
* PB/ED., lib. I.
< SuiD., m Cadm,
* Herod. , Ub. I, cap. LX]iiT.
* CicER., de OraL, Ub. u,cap. LXXXTf.
' le daterai désormais, jusqu'à la fin de cette révoIuUon , du bannissement d'Hipplas , olympiade 67.
* MEURft., fil Pisistr, , cap. ix.
des beaux esprits de la Grèee '. La capitale de l'Attique retentissoit , comme celle de laFmiee, du bruit des vers et des orgies. Écoutons le diantre octogénaire de Téos , et le vieillard de Feme^, au milieu des cercles brillants de Paris et d'Athènes:
« Que in*iinportenl les vains discours de la rliétorique? Qu'ai-je besoin de tant de paroles inutiles? Apprenez-mal plutôt k boire du jus vermeil de Baoclnis , à folAtrer a? ee Tanaoureuse Vénus aux cheveux d*or. Garçon» couroiiM ma tète blanchie [lar les ans. Verse du vin pour assoopir mon Ame. Bientôt tu me déposeras dans la tombe , et ki morts n'ont plus de désirs *. »
Si vous voulez quefahne encore, Rendez-moi TAge des amours :
Au crépuscule de mes Jours . Rejoignez s*il se peut l'aurore.
Des beaux lieux où le dieu du vin Avec TAmour tient son empire, Le Temps qui me prend par la main, ITavertit que Je me retire.
De son inflexible rigueur Tirons du moins quelque avantage :
Qui n*a pas l'esprit de son dge , De son é^ a tout le malbeur.
Ainsi Je déplorais la perte
Des plaisirs fle mes premiers ans ;
Lorsque , du ciel daignant dcseendre, L* Amitié vient à mon secours.
Elle était peut-être aussi tendre.
Mais moins belle que les Amours.
Touché de sa grAce nouvelle Et de sa lumière éclairé , Je la suivis : mais Je pleural De ne pouvoir plus suivre qu'elle *.
Si ces deux petits chefs-d'œuvre du goût et des grâces prouvent que la bonne compagnie est pff* tout une et la même, et qu*on s'exprimoit à la cour d'Hipparque comme à celle de Louis XV et de Louis XVI , ils montrent aussi qu'un peopie qui pense avec tant de délicatesse s'éloigne à grands pas de la simplicité primitive, et, ptf conséquent, approche des temps de révolutions '.
Auprès d'Anacréon on voyoit briller Simonide, dont le cœur épanchoit sans cesse la plus doai^ philosophie : il excelloit à chanter les dieux. Mais lorsqu'il venolt à toucher sur sa lyre les notes plaintives de l'élégie, la tristesse et la volupté de
» Plat., m Hipparch.
» Anacr., Ocf., XXXVI.
^ Volt., Mélanges de poétiet; StOHceiSitrhvitilleae.
• C'est voir beaucoup de grandes choses dans dcox petto iwêmes, que j'ai d'alfleur» raison d'appeler deux «»»• d'œuvre. (N. £••)
AVAST J. C. S09.=dL. «f.
mmetM * Jetoieiit rime en un trouble inexprioible. Sa morale étoit vraie, quoiqu'elle tenttimpeo à éteindre renUÎousiasme du grand. Il iisoit qoe la vertu habite des rochers escarpés, «rhoniiiienesaurolt atteindre sans être entraîné tel rablme ' ; qu'il n'y a point de perfection ^; fli fini plaindre j et non censurer nos foiblesm; que nous ne vivons qu'on moment, mourons foirloQjoars, et que ce moment appartient aux
Si quelque chose peut nous donner une idée de ttmélaDge ineffable de religion et de mélanco* le, r^Nuidu dans les vers du poète de Géos, ce mt les fragments qu'on va lire. M. de Fontanes fmtiCre appelé , avec Justice, le Simonide fran* foiL ToQt mon regret est de ne pouvoir insérer knnreeau dans son entier. Malheureusement le lia de eet Essai ne le permet pas.
U poème est intitulé Jour des Morts, et re« feM une itte de l'église romaine, qui se célèbre ^mnA jour de novembre de chaque année.
liant des deax te crael Sagldalrs AvoH loida M» ace et ravaseoit la terre; UieMcMix et les ctiamps, et les prés déflearis, S^Aoieot de toutes |Mirts que de vastes débris ; ^('■'«■bre avolt eomplé sa première Journée. ^ «Ion, et témoin du déclin de rannée, Imniu de mon repos , Je vivois dans les champf . ^•qad poète épris de leurs tableaux touchants, (N «ulble mortel , des scènes de Tautomne ITa chéfi qoelquefols la beauté monotone? Oh! eomme avec plaisir la rêveuse douleur, l'ioir, liMle à paa lents ces vallons sans couleur, CkcRbe les bois jaunis , et se plait au murmure I^ wnt qui mt tomber la dernière verdure ! Okraitiourd a pour mol je ne sais quel attrait. Tool à eoup si J'entends s*agiter la forêt , iNa art qui n*cst plus la voix longtemps chérie IkimiMe mwmnrer dans la feuille flétrie. Anri e*nt dans ces temps où tout marche au cercueil , ^bRligiûn prend un habit de deuil; Bk caert plus auguste, et sa grandeur divine Cnt eneove à l*aspect de ce monde en ruine.
Ici se trouve la peinture du prêtre , pasteur vé- *Mie, qui console le vieillard mourant et sou- Nk le pauvre affligé. L'homme Juste se rend en' ^ ta temple. Après un discours analogue à la Te,
Bat, et prépara raugoste laerUlce.
nriét tes bras tendus montrolent le ciel propice; ^mi il adoroit, humblement incliné.
^^ttoncnt soiennel ! Ge peuple prosterné, ^Iniple dont la mousse a couvert les portiques^
'QcnrTii,.,Ub.x,eap. i,pag. ssf.
*Sfna.,Srnn. xcn.
^ cbIr les mains qudques poésies de Simonide qui ne va- "* Nia peine d'être connues, ou n*ont aucun rapport avec ?^ "4>t rapprends à rinstant qu^uoe traduction françoise •«JIjUe vient d*arriver en Angleterre. Tlgnore ce qu'elle ^*"Bf I H il le traducteur a trouvé de nouveaux fragments.
Ca4ÎR\Cimi\!(1l. — TOWE I.
Ses vieux murs , son jour iombré el ses vitraux gothiques ;
Cette lampe d^airaln qui , dans Tantiqulté,
Symbole du soleil et de i*éternité,
Luit devant le Très-Haut, jour et nuit suspendue ;
La mi^Jeslé d*uu Dieu parmi nous descendue ;
Les pleurs, les vœux , Tencens, qui montent vers i*aulel,
£t de Jeunes beautés qui , sous rœii malemei ,
Adoucissent enoor, par leur voix innocente,
De la religion la pompe attendrissante;
Cet orgue qui se tait, ce silence pieux ,
L'invisible union de la terre et des deux ,
Tout enflamme, agrandit, émeut l*liomme sensible:
Il croit avoir franchi ce monde inaccessible
Où sur des harpes d*or Timmortel séraphin ,
Aux pieds de Jéfaovah , chante Thymoe sans fln.
Cest alors que sans peine un Dieu se fait entendre;
Il se cache au savant , se révèle au cœur tendre :
11 doit moins se prouver quMl ne doit se sentir '.
La foule, précédée de la croix, et mêlant ses chants sacrés au murmure lointain des tempêtes , marche vers l'asile des morts. Là, la veuve pleure un époux; la Jeune fille, un amant; ta mère, un fils à la mamelle* Trois fois rassemblée fait le tour des tombes ; trois fois l 'eau lustrale est jetée. Alors le peuple saint se sépare, les brouillards de l'automne s'entr'ouvrent , et le soleil reparoît dans les deux *«
Simonide eut une destinée à peu près sembla-* ble à celle des poètes françois de nos jours. U vit les deux régimes à Athènes : la monarchie sous les Pisistratides, et la république après leur expulsion. Témoin des victoires des Grecs sur les Perses, il les célébra dans des hymnes triompliaies. Gomblédesfaveursd'Hipparque, il l'avoitchanté ; et il loua sans mesure les assassins de ce prince '. Les monarques tombés doivent s'attendre à plus d'ingratitude que les autres hommes, parce qu'ils ont conféré plus de bienfaits ^,
Cependant Anacréon et Simonide n'étoient pas les seuls poètes qai eussent acquis l'immortalité. Toute la Grèce répétoit alors les vers de cette
1 Jowrnal de Peltier, n* xxf , vol. ni , pag. Î78.
* C'est on grand bonheur pour moi de retrouver jusque dans mon premier ouvrage la mémoire et le nom d*un homme qui devoit me devenir cher. (N. En.)
> JEuAN., Far. UUL, 11b. Tiu, cap. u.
* le déplorols , avec un bien bon ami , homme de toutes sortes de mérite , cette malheureuse flexibilité d*opinion qui a quelquefois obsourci les plus grandes qualités. Il me fit cette iMexion, qui prouve autant sa sensibilité que rexcellence de sa raison. ■ Ceux qui s'occupent de littérature, me dit-il, sont Jugés trop rigoureusement du reste de la société. Nés avec une âme plus tendre, Us doivent être plus vivement affectés. De \k le rapide changement de leurs idées, de leurs amours, de leurs haines, si surtout Tobjet nouveau a quelque apparence de grandeur. D^allleursla plupart sont pauvres « et la première loi est de vivre. » Encore une fois, J*ai professé mon respect pour les gens de lettres. SI j'avois eu IMntenUod de faire quelque application parllcuUàre ( ce qui est bien ioio de ma pensée ) , Je n'eusse pas choisi i'arUcle de M. de Fontanes, qui , dans les courts instants où J'ai eu le bonheur de le connoltre , m*a paru avoir un caractère aussi pur que ses talents.
IH
BtVOtUnONS ÀNGlRUmEI.
Sapho, si célèbre par «es vices et sod génie. Il
étoit encore donné à notre siècle de nous rappeler rimmoralité des goûts de la dixième nrase. Je veux croire que ces mœurs ne se reneontroient pas parmi nous dans les rangs élevés, où la calomnie qui s^attache au malheur s'est plu à les peindre. Sapho eut encore une influence plus directe sur son siècle , en Inspirant aux Lesbiennes Tamour des lettres >. C'est ce qui fttit naître les soupçons, que Tode suivante n'est pas propre à dissiper.