‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 63 sur 228 · SECOND CHANT GUERRIER · texte numérisé non relu

SECOND CHANT GUERRIER

« Qu'il est beau de tomber an premier rang en comiiattant pour la patrie ! U n*est point de calamité pareille à celle du citoyen fDrcé d'aliandonner son pays. Loin des doux lieux qui Tont tu naître, arec une mère chérie, on père accablé sous le poids des ans, une jeune épouse et de peUts enfonts entre ses bras, il erre en mendiant un pain amer dans la terre de Tétranger. Objet du mépris des hommes , une odieuse paurreté le ronge. Son nom 6*avilit ; ses formes, jadis ai belles, s'altèrent; une anxiélé intolérable, un mal intérieur s'attache à sa poitrine. Bâenldt il perd toute pudeur, et son front ne sait plus rougir. Ah l mourons s'il le but pour notre terre natale, pour notre

> Pelt., Journ,, n* LX, pag. 484.

* Ce chant est téritablement un lien commun. Sa médiocrité est d'autant plus frappante , qu*il est placé entre deux adraû-ablcs chants de Tyrtée. ( N. £n.)

BÉVOLUTIONS ANGŒNNEft.

famille» pour la liberté! Héros de Sparte» oombattons étroitement serrés. Qu*aucuD de tous ne se livre à la crainte ou à la fuite. Prodigues de vos jours , dans une foreur généreuse précipitez-vous sur reonemi. Gardez-vous d'abandonner ces vieillards,' ces vétérans, dont TAge a roidi les genoux. Quelle iionte si le père périssoit plus avant qna le fils dans la mêlée , de le voir, avec sa tète chenue, sa barbe blanche, sp débatUnl dans la pûussièie, et ftorsipie l'ennemi le dépouille , couvrir encore de ses Miles mains sa nudité sanglantel Ce vieillard est en tout semblable aux jeunes guerriers; il brille des fleurs de radolescence. Vivauti il est adoré des femmes et des hommes; mort, on loi décerne une couronne. O Spartiates,! nsarchons donc à l'ennemi. Marchons le pas assuré; diaque héros fermé à son poste et se mordant les lèvres *. x

L'hymne des Marseillois * n'est pas vide de tout mérite. Le lyrique a eu le grand talent d'y mettre de l'enthousiasme sans paroltre ampoulé. D'ailleurs cette ode républicaine vivra, parce qu'elle fait époque dans notre révolution. £niin elle mena tant de fois les François à la victoire, qu'on ne* sauroit mieux la placer qu'après des chants du poète qui fit triompher Lacédéroone. Nous en tirerons cette leçon affligeante : que, dans tous les âges, les hommes ont été des machines qu'on a fait s'égorger avec des mots.

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