‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 80 sur 228 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

M. Fox. M. Pitt.

Tels que nous avons vu parottre à la tète de k minorité et de la majorité, dans le sénat de Carthage, les plus beaux talents et les premiers bommesde leur siècle; tels, différents de mœurs, f opinkms et d'éloquence, brillent, dans le parle-

*llaiit la nott da 19 décembre I78S.

> Un BiiUoo annad.

*le n'ai pas attenda à Mre membre de la Chambre des. fén pour m'oocnper de l'éeoaomle poKUqne : ea voit que je laTQîs ce qae c'éloit que la liquidation d'une dette, et m fonds d'aiDortiaeement , quelque trentaine d'années mot qoeeeos qui parlent aujourd'hui de finances sussent ^t-étre iûre oorredemeat les quatre premières règles de

Tirttoéllqna.^ £^

ment d'Angleterre, les denx grands orateurs dont nous essayons d*ébaucher une folble peinture.

M. Fox , plein de sensibilité et de génie , écoute son cœur lorsqu'il iliscourt et se fait entendre ainsi aux cœurs sympathiques. Savant dans les lois de son pays, modéré dans ses sentiments politiques, connoissant la fragilité humaine , et réclamant pour les autres la même indulgence dont il peut avoir besoin pour lui, on le trouve rarement dans les extrêmes , ou , s'il s'y laisse entraîner quelquefois , ce n'est que par cette chaleur des temps, dont il est presque impossible de se défendre. Mais, quand il vient à élever une voix touchante ^ faveur de l'infortuné, il règne, il triomphe. Toujours du parti de celui qui souffre , son éloquence est une richesse gratuite , qu'il prête sans intérêt au misérable; alors il remue les entrailles ; alors il pénètre les âmes ; alors une altération sensible dans les accents de l'orateur décèle tout Thomme; alors l'étranger dans la tribune résiste en vain, il se détourne et pleure. Haine d'un parti , idole de l'autre , ceux-là reprochent à M. Fox des erreurs, ceux-ci exaltent ses vertus; il ne nous aiqpartient pas de prononcer. Lorsque lefracas des opinions et les fatigues d'une vie publique auront cessé pour cet homme célèbre, le moment de la justice sera venu; mais, quel que soit le jugement de la postérité , les malheureux des temps à venir, qui forment la majorité dans tous les siècles, diront : « Il aima nos frères d'autrefois, il parla pour eux. »

Lorsque M. Pitt prend la parole dans la Chambre des communes, on se rappelle la comparaison qu'Homère fait de l'éloquence d'Ulysse à des flocons de neige, descendant silencieusement du ciel. Émue, échauffée à la voix du représentant opposé, l'assemblée, pleine d'agitation, flotte dans l'incertitude et le doute : le chancelier de l'échi-quier se lève , et sa logique , qui tombe avec grâce et abondance, vient éteindre une chaleur mutile , toujours dangereuse aux législateurs; chacun, étonné , sent ses passions se refroidir ; le prestige du sentiment se dissipe ; il ne reste que la vérité.

Placé à la tête d'une grande nation , M. Pitt doit avoir pour ennemis et les hommes dont son rang élevé attire Tenvie, et ceux dont il combat les (qpinions.4ie texte des déclamations contre le ministre britannique est la guerre funeste dao^laquelle l'Europe se trouve maintenant envek^^ppée., . Les principes en ont été souvent discutés ; quniit à la manière dont elle a ét4 conduite, X^vgj^

t:* ' li. c ^ >

BEVOLETIOHS AjNGIENNBS.

des reprocher qn*on a ftifts là-dessns an chancelier de réchfqnier doit frapper les esprits les plus prévenus. Veut-on prendre poar exemple des hostilités présentes, les combats réguliers d*autrefois? Où sont ces petits esprits qni calculent pertinemment ce qu'on auroit dû faire, par ce qu'on a fait jadis; qui ne voient dans la lutte actuelle que des batailles perdues ou gagnées, et non le génie de la France dans les convulsionsd'une crise amenée par la force des choses ; déchirant, comme FITercuIe d'Œta, ceux qui osent l'approcher; lançant leurs membres ensanglantés sur les plaines cadavéreuses de l'Italie et de la Flandre, et s'apprétant à tourner sur lui-même des mains forcenées? On pourroit soupçonner qu'il existe des époques inconnues, mais régulières, auxquelles la fhce du monde se renouvelle. Nous avons le malheur d'être nés au moment d'une de ces grandes révolutions : quel qu'en soit le résultat , heureux ou malheureux pour les hommes à nattre, la génération présente est perdue : ainsi le (Virent celles du cinquième et du sixième siècle , lorsque tous les peuples de l'Europe, comme des fleuves, sortirent soudainement de leurs cours. Qui seroit assez absurde pour exiger que M. PItt pût vaincre, par des mesures ordinaires, la fiitalité des événements? Il y a des circonstances où les talents sont entièrement inutiles : qu'on me donne le plus grand ministre, un Ximènes, un Richelieu, un S. de Witt , un Chathara , un Kaunitz , et vous le verrez se rapetisser, et pour ainsi dire disparottre sous la pondération des choses et des temps actuels. Il ne s'agit plus des cabales obscures ou coupables dequelques cabinets intrigants , d'un champ disputé dans les déserts de l'Amérique : ce sont maintenant les masses irrésistibles des nations qui se heurtent et se choquent au gré du sort. Guerres au dehors, factions au dedans, mésintelligence de toutes parts ; des ennemis dont les opinions ne font pas moins de ravages que leurs armes , des peuples corrompus , des cours vicieuces, des finances épuisées, des gouvernements chancelants ; pour moi , je l'avouerai , ce n'est pas sansétonnement quejevoisM; Pitt portant seul, comme Atlas , la voûte d'un monde en ruine " *.

* Ce langage m'oblige à déclarer qoe Je ne sofs ni Papolofi^ste deUgnerr?, ni œlaideM. Pitt. Je neconnoii-ni oeconnoitrai Traisemblablement ce dernier; Je n'attends ni ne demande rien de lai. Je n'aime point la grands , non que les pellts yaf Ilent mieux, mais parce ^ue Je ne sais point honorer lliabit

* Les éloges sont fort exa|;érés dans ce cbapitre; mais c*est UD-Iflbui très-naturel de reconnoissance que Je payois à rfaMpitalit4 II y r4l'«Wsvr» des diom vraées mr]àm

cHAPrmE XXXV.

Suite du parallèle entre Carthage et TAngleterre. La ggem et le commerce. Aonlbal, Mariborougli. Hanoon.Cook; traduction du Voyafe du premier, extrait de edvi ds second.

Il ne nous reste plus qu'à considérer Carthage et l'Angleterre dans leur esprit guerrier et commerçant.

J'ai déjà touché quelque chose de cet intéressant sujet Ajoutons que , par un jeu singulier de la fortune , la rivale de Rome et celle de la France ne comptèrent chacune qu'un grand général; b^ première, Annihal; la seconde, Marlboroagh'. Un parallèle suivi entre ces hommes illustrei nous écarteroit trop de notre sujet; il suffira di remarquer que, tous les deux employés contii l'antique ennemi de leur patrie , ils le réduisirent également à la dernière extrémité * , et furent su le point d'entrer en triomphe dans la oapitale de son empire ; qu'on leur reprocha le même défaut, l'avarice; enfin, que, tous deux rappelés dans leur pays , ils n'y trouvèrent que l'ingratitude.

d*un homme, et que mon oplnton turtoot n^en dépeadn Jai^ mais. Né avec un cœur Indépendant , ^exprimerai Um^ooii hardiment ma pensée, en d^pit de la fortune et des hdkxi rai donc parlé du ebaneeller de réebiqaltr avee la méa» franchise que Je Taurois fait d*un autre homme. Est-ce d*sprii les déclamations des gazettes que Je dois le Juger? &tptéÊ les grossièretés que les François vomisatnt contre lot? QaV» prouve, et Je croirai ; mais, en atlendant, quMl mesoU puoii de penser pour mol. Parce que les laooblns ont comoiit dci crimes, cela ne ra*empèche pas de croire qn*une répuiillqos est le meilleur de tous les gouvernements, lorsque le peupis a des mœurs ; le pire de tous, lorsque le peuplv est oorron^ Parae que tel démagogue insuite un homme, une ostk», cela ne mVmpéche pas d^estlmer cet homme , cette nslioa , tandis que Ton et Tautre me parolssent esUmables. Si i*snN eu de bI. Pitt une opinion diUérente de celle que J'ai éooooéii Je IVusse exprimée avec le même courage ; Je n*auro{s pas wM un moment en iMdance ma sûreté personnelle, et cequi «^ semblé la vérité. Que si ce langage parolt estraordinsire,|è le crois fait pour honorer, et moi , et riiomme d*£tat dest Jt parle ; que s'il s'offensoit de ce passage. Je me suis trompi

férence qui existoit entre la guerre de la révolution et le» guerres qu'il Tavoient précédée. Je me reconnois à |Jeu près tel que je suis aujourd'hui dans hk note qui termine ce du* pitre :ie n'aime point les grands , souvent je n'estime p(HBi les petits, et mon opinion ne dépendra Jamais de persoose. Ma franchise avec M. Pitt est sincère , mais elle est rinUfe Étoit il probable que le premier ministre d'Angleterre lirai! jamais Touvrage obscur d'un obscur émigré ? ( N. É». )

' Il V eut sans doute quelques grands généraux à Csiffcsjj et m Àngifllene, mais aoeun aussi célèbK qu'Anolbii ^ Marlbo'rough. ^ „ ^

» A présent le siècle impartial convient qu'on ne dÇ»^ Juger Marlborough avec autant d'enthousiasme qae nos père»; il auroit fallu le voir aux prises avec les Condé et IfS TarH»D« pour bien juger de ses latents. U n'eut Jamais en téta qw.w mauvais généraux , et il agit presque tômours en coiuooetjoa avec la prince Eugène. La seule fois qu'il combattit contre uo grand capitaine , Je crois h Malplaqurt, Il perdit vingt-dwt mille hommes, encore Vlllars n'avolt-ll que des ""^J^.^ n'avoient Jamais vu le feu , et manquolent de tool » J**"^J* pain. A la prise de Lille , V^ndAroe étolt sobordonjésa n% de fiourffogoe. Aanibal combattit les Fabius, les|n">>t«^

iCVANT J. C. «09.=OL. 67;

QhbI an eomiMiree, m ayant d^à décrit TétoMtee, Je lae eonte&tenil de citer tm fait peu eoDoo. Cartilage est la seule puissance maritime de rantiqoité qui , de même que l'Angleterre, ait itginr les lois prohiUtivea pour set eoloniet. Griles-d éMimi obligées d'acheter aux marcliés de te mère patrie les divers objets dont elles se ftisoient besoin, et ne pou voient s^adonner à Il culture de telle ou telle denrée'. On Juge fa te trait Jusqu'à quel degré la vraie nature dtt commerce et les calculs du Ose étoient entendus de ce peuple afHcain; peut-être aussi y tna^trolt-on la cause des troubles qui ne cesideiit d*agiter les colonies puniques.

Qoe si encore deux gouvernements se livrent m mêmes entreprises suggérées par des motifs , on doit en conclure que ces gouvérits sont animés d*une portion oonsidérable dimême génie; or, nous voyons que ceux de Carthage et d'Angleterre furent souvent mus d^iprâ de lemblaMes principes , vers des objets de pmpérité nationale. Nous allons rapporter les dent voyages entrepris pour l'agrandissement dn commerce dans Tanclen monde et dans le Mode moderne ; le premier, fait par ordre du sioat de Carthage, À une époque qui n'est pas euctement connue * ; le second , exécuté de nos Jairs par la mtiniflcènce du roi dé la Grande- Bretagne. Bannon , qui eommandoit l'expéditioQ cirthagiiiQise, devoit, en entrant dans l'Océan yir le détroit de Gades ou de Oadir ' , découvrir les terres Inconnues en faisant le tour de TAfriqae, et Jetant çà et là des colonies sur ses riva- Pk Saut ronge de la boussole, avec une im« fvfcite oonnoissanoe du ciel et de frêles barques navent conduites à la rame, lorsqu'on se représente qu'il auroit fallu affronter les tempêtes du cap de Bonne-Espérance , si longtemps la borne icdoQtaMe des navigateurs modernes, on ne peut que s'étonner du génie hardi qui poussoit b Carthaginois à ces entreprises périlleuses. Le doKin échoua en partie : de retour dans sa pa- M , Hamum publia une relation de son voyage ; <iOD JoQraal , étant traduit en grec par la suite, a , par ce moyen , été conservé. La brièveté

* Èam^ êe inrab. mmenit, toin. i, pag. f I6S.

*a «i nooiMMi qut ee ^oyufib n'ett |m« dt PllanMO in- P|l« r«lt^lMii , tt 4«l derott vivn ver» le tompt de Teipé- Voi (TAipMUMxles en Afrique. Les aoi foot Tauteur de ce Jottrttil eoBtemportio d*AaDlbal; d*aQtre8 le rpjeltrnt à an dMt ^ apyrocbcnll de ta révolaUon de la €Sr«ce dottt Boot Hrioa» : pc» importe au lecleur.

et l'intérêt de l'Unique monttmentde littérature punique qui soit échappé aux ravages du temps % m'engagent à le donner ici dans son entier ; nous placerons, selon notre méthode, un des morceaux les plus piquants du voyage de Gook auprès de celui de l'amiral carthaginois : on sait que le premier de ces deux navigateurs fht em-ployé à la découverte d'un passage de la mer du Sud dans l'Atlantique, par les mers septentrionales de l'Amérique et de l'Asie ••

Voyage par mer et par terre , au delà des Colonnes d* Hercule ffaii par Hannon, roi des Carthaginois y qui, à son retour, voua dans

le temple de Saturne la relation suivante :

1> peuple de Carthage m'aysnt ordonnéde Ibire un royagê au delà des Colonnes d'Mercuie, pour y fonder des Tilles liby-phénicienDes, je mis en mer arec une Sot te de soixante ▼aisseam à cinquante rames, ayant à bord ane grande quantité de Tînes , dMiaMts , et environ trente mille par* sonnes , tant hommes que femmes.

Deux jours après que nous eAmes Atil voile , nous passâmes le détroit de Gades, et Jetâmes le lendemain sur la côte d*Arrique , dans un Heu où s'étend une plaine consi- ' déraUe, une eoionté qile nous appelâmes Tkymiaterium. De là , cfaiglant h l'ouest , nous flmes le cap Soloent sur In côte de Libye, promontoire couvert d'arbres , oh nous éle* Tâmes nn temple à Neptune.

Dirigeant notre course à Torient, après nn demi-jour de navigation notis atteignîmes, à peu de distance de la mer, la hauteur d'un lac * plein de grands roseaux , où nous vîmes des âépfaants et plusieurs autres animaux sauvages paissant çà et là. A nn jour de navigation de ce lac nous ' fondâmes plusieurs villes maritimes : Cytte, Acra, Hé* lisse, etc.

Durant notre relâche, nous avançâmes Jusqu'au grand fleuve LIxa , qui sort de la Libye , non loin des Nomades ; nous y tronvâines les Lixiens qui s'occupent de l'éducation des troupeaux. Je demeurai quelque temps parmi eux et conclus un traité d'alliance.

Au-dessus de ces peuples habitent les iEthlopiens, nation inhospitaKère , dont le pays est rempli de bètes ftroces et enlrecoopé de hautes montagnes, où l'on dit que le Lixs prend sa source. Les Lixiens nous racontoieni que ces mon* tagoes sont fréquentées par les Troglodytes, hommes d'une

* Il nous reste une scène en panique dans Ptaaie , et des fragments d'un ouvrage sur ragricnlture, traduits en latin * où l'on apprend le secret d'engraisser des rats.

* Je demande bien pardon de ce cliapitre à la mémoire d'Annibal; les citations servent du moins ici à couvrir le Tice du si^et. Je ne sais trop pourquoi le Périple d'Hannon et i^ Voyages de Coolt se trouvent conprônMs dans la révoiiition françoise,mais enfin ils sont amusants; il faut les prendre pour ce qu'ils sont, et oublier V£uai AUtorique, (N. ÉD.)

* Il se trouve ici une difflculté dans le grec. On croiroit d'abord qu'Hanoon a remonté une rivière, ensuite on le trouve fondant des villes maritimes. J'ai suivi le sens qui m'a paru le plus prol|{able.

ftmno étrange, et pin léger* qoa les etenns i U course. Je fis enuiile , btcc de* iolerprèlM , deux journéei au nidt «Uns le désert.

A mon retour, J'ordonnai qu'on kvât l'ancre ' , et imhu coariunes pendant Tlret-quatre heure*à l'est. An fond d'une baie noui troDVtiDee une petite Ile de ciiM[ itHdes de tour, à laquelle Doai doouimes le nom de Cerna , et j laftsAiMS quelque* habitaots. J'eiamiual mon journal , et je IroaTÛ qneCemesdeToitélresituéesurlacûteoppMéeàOirthage: b dislance de celle Ue aux Colonnes d'Hercule étant la mCme que ceDe de ce* mimes coknmes à Caribage.

Noui reprîmes notre naTlgitloD, et, apri* aToIr tnTeraé une riTitre appelée CAréfei, nous entrâmes dans un lac oÉ le Ibrmoieiit trois U«s plus coDttdérablea que CerDei. Nous mimes ud jour t parrenir de ecs lies jusqu'au Ibod du Ue. De haute* inoBt^aei en bordùeul l'eaceinle; nous j rencontrlmea de* bcMume* couverts de peaux et bsbitantt de* bcHS, qui MUS assaiUiroit i coups de pierre*. Longeant les rives de ce lac , nous toucltlmes k un autre Oeuve large, COUT vt de crocodiles et de clteraux mariât. De U nous r»- Tirtniet et gagnlme* Itle de Cernes.

De Cernes , portant le cap au sud, nous rangeâmes pendant douie jours une c4te habitée par des £tbiopien* qui paroissoieni extrêmement eOiayé*, cl se serrolent d'un langsge inconnu mËme h dos interprètes.

Ledoutiime jour nous découvrîmes de hautes mnntagne» cliaistesde Ibréts, dont les arbres de diTIËrente* espèces ■ont ptrhiiué*. Apri* avoir doublé ces montacues , en deui JevtdewvigatioaiiKHuentrAmes dans une mer immense. Dans les parages aroisinanl au continent s'élevoil une espèce de cliamp d'où nous vofious, durant la nuit, sortir, par inteiialles, des ilanunes, les unes plus petites, les autres plus grandes. Les équipaxes ajanl liùt de l'eau , nous senimes le rirage pendant quatre jours , et le cinqnituM nous hMiToyàmet dans un grand goUè que nos interprèles appeloleut HupenunCerat (taComedusoir). Nous nous trouTlmes par le gisement d'une île dune Utilude considérable. Un Uc salin, dans lequel se formoil un Uot, occupoit linlérieur de cette grande lie. Nous moullUmes par le travers de U terre , et nous n'aperçûmes qu'une forèLMaUpeodanl U nuit nous voyions des reLix,etuous •oleDdlons le son des fifres, le bruit des timbales, et les clameurs d'un peuple innombraUe. . „ , ,.

Saisis de fnjeoT, et recevant de dos devins 1 ordre d abandouner cette Ile. nous appareillâmes surle-diamp, et cMoiiiue* la terre do (eu de TliymUIerium, dont les torraoU cnnammés se décbargenl dans la mer. Le sol éloil si brtlaul qu'on ne pouvoit j atteler le pied. Kous louruAmes promplemeni le cap au large, et dans quaire Jours nous fûmes portés àe Duil I la hauteur d'un pajrs couvert de Bommes , du milieu desquelles s'élevoil un cdue de féu qui lembloil se perdre dau» les nues. Au jour nous reconnuntes que c'Ëloil une haute nKmtagne nommée T/icon Oehemo.

AjvDt doublé le* tégioBs ignées, nous ootrlmes, irais jours après, le golfe Nolu Venu ( la Corne de l'Orient), au fond duquei gisoil ■ une lie, avec nn Tac , un Ilot , semblable à celle que nous aTions déjà découverte. Avant toodié à cette Ue , nous la trouvime* habitée par des Sauvage*.

RÉVOLUTIONS ANCIEPmUS.

La nombre des femUo* dooriaoll IniifciMl etU dM boinDae*.CeUes.ciéu>teat toute* vdues, et nos inietTrHn [esappeloient Gor*i/l«. Nous les poursuivîmes, nuiiiaai pouvoir les atteindre. Ils fuyoieDl par des précipices »m une éionnan le agillié, en nous jetant des pierres. Noos r^ stmes cependant à prendre trois fonmes. Nous likmes obtt gés de lès luef pour évitw d'en être dicbiréij noostD avons cooserré les peam. — les vers Carthage, les vivri quer'.

Cook n'est plus. Ce grand navigateur a péri aux lies Sandwich , qu'il venolt de découvrir. Sa vaiBseanx , mainteuaDt commandés par les capitaines Clerke etGore , prêts à ain;iardiler, attoident en rade un vent favorable, tandis qoe le linttenant de ta Résolution foit, â la vae de la tem, la description suivante :

Le* habitants des lies SmdaiieA sont certalnaaeBl è la même tace que ceux de la Aoueelle-Zélaade, des Sa delà 5od^Meldes,4fflit,de l'Ile de Pdgmt tl itt Hatgjtisu, race qui occupe, sans aucun mélange, loulei Ih terre* qu'on connolt entre le quarante- septième degré k latitude nord , et le vingtième degré de latitude sud; d k cent quatre-vh^*quatrième degré, et le deux cent soi»» lième d^ré de longilude orientale. Ce fUt, quelque nttaordinaire qu'il paroisse, est asseï prouvé par l'aotlofit happante qu'on remarque dans les mœors, tesnugndd diverses peuplades, et U reseemblance générale ds keri traits, el U est désnootré d'oM maniera iuoonleiUblerii l'idenlilé absolue des idiomes.

L* taille des natures des Iles Sandmichwt , en génèil, an-destoDs de la moyenne, et il* saut bien UIsj leur démarche estgraeieusei Ils courent avec agilité, et Uspceveni supporter de grandes fatigues. Les hommes («peeds' sont un peu hitérieurs du cAté de la force et de ïaeirli aux habitants des Iles des Amis, et les lemmes oelln membres moins délicats que celles d'O-Tâhili. Leur Hial est un peu plus brun que celui des O-Tahiliens ; leor £pn n'est pas si belle. Un grand nombre d'individus de* eut sexes ont cepeadant la physionomie agr^hle et ouvefle^ les lemmes surtout ont de beaux yeux, de belles deo1i,t< une douceur et une sensibilité dans le regard qui préri» nent beaucoup en leur laveur. Leur chevelure est d'ut Hir brunâtre ; elle n'est pas aniversellemeot lisse osmBW cdr des Sauvages de VAmértgue, ni universeUeeienl InmUi comme celle (les n^res de l'irrigue .- elle varie ï (d ^ ainsi que celle de* Européeni.

On a parlé sauvent dau ce Journal de I'boa{iiUlilé(l'* l'amitié avec lesquelles non» rûmes reçus des iesabirM: lis nous accueillireul presque toujours de ta mamtfeliplo' aimable. Lorsque nous dcsceodioDs h lerrells se diipelûita' le bonheur de nous oITrir les premiers présents, de sM apprêter de* vivres et de nous donner d'autres mvqeas es respect. Les vieillards ne manquolent jamais de vmsrd» larme* de joie; ils paroissaiwt Irèa-ssIbUts quasfl il* oblentrieat la pcfmisiioii d* nous loueber, al H* "*"'

AVANT h C. 509. =(0^ 67*

4b Mraartra en et nous dee oomptraiêOBS qui ilbieBderhimUlitéetdelanioâestie. Lesjeane furent pas moins caressantes , et elles s'attKbèreot à noes sans aucune réserve, jusqu'au moment il «Des s'aperçurent qu'elles avoient lieu de se repentir de ÎBlimité.

mes des lies des Amis , qui laissent croître leur èberelnre dans toute sa longueur. Nous ▼Unes à la baie de Karaka» kooa , une femme dont les cheveux se trouTolent arrangés . d'une manière singulière : ils éloieiit relevés par derrière et ramenés sur le front , et ensuite repliés sur eni-mémes , de façon qu'ils formolent une espèce de petit tionneL

Les habitants des lies Sandwich diflèrent de ceux des leidéi Amis en ce qu'ils laissent presque tous croître leur Me; nous en remarquAmes un très-petit nombre, il est mi, notamment le roi, qui l'avoient coupée, et d'autres ^BS h portoient que sur la lèvre supérieure. Ils arran- ^ ktfcbevelure dTune manière aussi variée que les anbniMriaires de la naer du Sud; mais ils suivent d'aiUeurs mt Bode qui , autant que nous avons pu en juger, leur est fvlicidière. Us se rasent chaque o6té de la tète jusqu'aux «Bel, en laissant une ligne de la largeur de la moitié de bMia, qai se prolonge du haut du fhmt jusqu'au cou : les cbeveox sont épais et bondés , cette ligne resà In crèle de nos anciens casques. Quelques-uns tfvcnt d'une quantité considérable de cheveux faux qui iôat sur leurs épaules en longues boucles , tels qu'on en fiilaox habitants de l'Ile de Horri, dont on trouve la ûpsedans la eoHleclk» de M. Mrymple : d'autres en font wienln tooflearroBdiequ'ils nouent au sommet delà tèle, d^M est à peu près de la largeur de la tète elle-même : jbÙBon en fout cinq à six touffes séparées. Us les barkooDcnt avec une argile grise mêlée de coquilles réduites m pondre , qu'ils conservent en boules , et qu'ils QoAclient JMqi'à ee qu'elle devienne une pète molle quand ils veulati^en servir. Cette composition entretieni le lustre de kar chevelure , et la rend quelquefois d'un jaune pAIe.

Cne seule pièce d'une étoffe épaisse, d'environ dix à doue ponces de largeur, qu'ils passent entre les cuisses, filb nouent autour des reins , et qn'lls appellent Maro , fane en général l'habit des honunes. C'est le vêtement «ènaire des insulahfes de tons les rangs. La grandeur de lews nattes , dont quelques-unes sont très-belles, varie; dks onl communéroenl cinq pieds de long et quatre de iHge. Ils les jettent sur leurs épaules et ils les remènent m avant, mais ils s'en servent peu , à moins qu'ils ne se iTOQ^ent en état de guerre : comme elles sont épaisses et bardes et capables d'amortir le coup d'une pierre et d'une inaeémoussée, elles semblent surtout propres à l'usage fK je viens d'indiquer. £n général , ils ont les pieds nus, oecpCé lorsqu'ils doivent marcher sur des pierres brûlées ; il portent niort une espèce de sandales de fibres de noix de eocos tressées.

Le vêtement commun des femmes ressemble beaucoup k celui des hommes. Elles enveloppent leurs reins d'une |ièoe d'étoffe qui tombe jusqu'au milieu des cuisses, et ^dquclbisy durant la fraîcheur des soirées , elles se montèrent avec de belles étoffes qui flottoient sur leun épaula, idon l'usage des O-Tahitiennes. Le Pau est un autre kahit qo'on voit souvent aux jeunes filles ; c'est une pièce d^élollB la plus légère et la plus fine , qui fait plusieurs tours HT les reins, et qui tombe jusqu'à la jambe , de manière 9'clfe ressemble exactement à un jupon court. Leure chevwuL tant eoopés par derrière et ébouriffés sur le devant ^ le lèle comme œox des O-Tahiliens et des habitants de iilKMsett^z^toii^/ «lies dtfarem à eet é0af4 de§ fMD.

n y a Heu de croire qu'ils passent leur temps d'une manière très-simple et peu variÂ). Ils se lèvent avec le soleil , et après avoir joui de la fraîcheur du matin , ils yont se reposer quelques lieures. La construction des pirogues et des nattes occupe les Eree» ; les femmes falniqnent les étoffés ; les TomUnoi sont cliargés surtout du soin des plantations et de la pêche. Divere amusements remplissent leun heures de loisir. Les jeunes garçons et les femmes aiment passionnément la danse ; et les joure d'appareil ils ont des combats de lutte et de pugilat bien inférieure à ceux des Iles des AmU, comme on l'a observé pins liant. • ••#•■•''.■

U est évident que les naturels de ces Iles sont divisés en trois cfattses. Les Erees, ou les chefs de chaque district, forment la première : l'un d'eux est supérieur aux autres , et on l'jqkpelle à TfAyAee, Eret-Taboo et Eree-Moee : le premier de ces noms annonce son autorité absolue, et le second indiqueque toutle monde est oUigéde se prosterner devant loi , on, selon la signification de ce terme , de se coucher pour dormir en sa présence. La seconde classe est composée de ceux qui paroissent avoir des propriétés sans aucun pouvoûr. Les TowtowM , ou les domestiques, qui n'ont ni rang ni propriété, forment la troisième.... U paraît incontestable que le gouvernement (nwnarcàique) est liéréditaire.

Le pouvoir des Erees sur les classes inférieures nous a pani très-absolu. Des faits que j'ai déjà racontés nous montrèrent cette vérité presque tous les joure de notre relâche. Le peuple , d'un autre côté , a pour eux la soumission la plus entière , et cet état d'esclavage contribue d'une manière sensible à dégrader l'esprit et le corps des sujets. Il faut remarquer néanmoins que les chefs ne se rendirent jamais devant nous coupables de cruauté, d'iAJttstice ou même d'insolence à l'égard de leure vassaux ; mais qu'ils exercent leur autorité les uns sur les autres de la manière la plus arrogante et la plus oppressive. J'en citerai deux exemples :

Un chef subalterne avoit accueilli avec beaucoup de politesse le Master de notre vaisseau , qui étoit allé examiner la baie de Karakakooa, la veille de l'arrivée de la Béso* lulion; voulant lui témoigner de la reconnoissaucc, je le conduisis à bord quelque temps après , et je le présentai au capitaine Cook , qui l'invita à dîner avec nous. Pareea entre tandis que nous étions à table : sa physionomie annonça combien il étoit indigné de le voir dans une posiUon si honorable ; il le prit à l'instant même par les cheveux, et il allolt le traîner hore de la chambre : notre commandant interposa son autorité, et après beaucoup d'altercations, tout ce que nous pûmes obtenir, sans en venir à une vérital>le querelle avec Pareea, fut que notre convive demen« reroit dans la chambre , qu'il s'y assiérait par terre , et que Pareea le remplaoeroit à table. Pareea ne tarda pas à être traité aussi durement : lorsque Teneeoboo arriva pour la première Ibis à boi^ de to Hâo/tflJofH Maihn^laihnqui l'a»

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RÉVOLUTIONS ANClKNHli&

oiHD|Mt|Mit> InwTiDt Pareea rar le lilteo, le cbaisa de la fiQaD ta plus igoominieuiM : noue ëUona sûrs néanmoiiis que Pareea étoit un peraoïmage d'importaoce.

La religion des iles Sandwich ressemble beauooap à celle des lies de la Société, et des Ues des AmiM. Les MoraUf les Nattas, les idoles, les sacrifices et les hymues sacrés, sont les néiues dans les trois groupes, et il parott clair que les trois tribas ont tiré leurs notions religieuses de la oiènie source. Les cérémonies des Iles Sandwich sont , il est vrai » plus longues et plus multipliées ; et quoi qu'il se trouve dans chacune des terres de la mer du Sud une certaine classe d*lioaimes diaigée des riles religieux, nous n*avions jamais renooniré de sociétés réunies de prêtres , lorsque nous dé* couvrîmes les cloîtres de Kakooa dans la baie de Karaka» hooa. Le cbefde cet ordre s'appeloit Orano, dénomiuatioB qui nous parut signifier quelque obose de trèe-saoré, et qui eotratnoit pour la personne d'Omeeah des bomniigps qui al* loieot presque jusqu'à l'adoration. Il est vraisemblable que certaines fiimilles jouissent seules du priviléged'entrer dans le sacerdoce» ou du moins de celui d'en exercer les principales fooaions. Omeeali étoit fils de Kaoo et oncle de Kairee* keea; ce dernier présidoit , on l'absence de son gnnd^père , à tontes les cérémonies religieuses du Marai, Noos reoMrquAmes aussi qu'on ne laissoit jamais parolUe le fils uni« que d'Omeeab, enlaot d'environ cinq ans, sans l'environ* ner d'une suite nombreuse, et sans lui prodiguer des soins tels que nous n'en avions jamais vu de pareils. 11 nous sembla quVn mettoit un prin extrême à la conservation de ses jours , et qu'il devoit succéder à la dignité de son père * «

J*auroi8 en rain inulttj[)lié les mots poar faire sentir la disparité des siècles , aussi bien qu'on Taperçoit par le rapproohement de ces deux voyages* Bien ne montre mieux l'esprit, les lumières de l'âge, le caractère des anciens, et surtout celui des Carthaginois , que le Journal du suffète Hannon. L'ignorance de la nature et de la géographie, la superstition, la crédulité, s'y déeè* lent à chaque ligne. On ne saurolt encore s'empêcher de remarquer la Iiarbarie des marins puniques. Bien que les femmes velues dont ils parlent ne fussent vraisemblablement qu'une espèce de singes, il snfflsoit que Tamiral africain les crût de nature humaine pour rendre son ac* tion atroce. Quelle différence entre ce mélange grossier de cruautés et de fables et le bon Cook cherchant des terres inconnues, non pour tromper les hommes , mais pour les éclairer; portant À de pauiTcs Sauvages les besoins de la vie; jurant tranquillité et bonheur sur leurs rives cliarmantes à ces enfants de la nature ; semant parmi les glaces australes les fruits d'un plus doux climat , soigneux du misérable que la tempête peut Jeter sur ces bords désolés , et Imitant aiùsi ,

• JYmsiémt FoffOfê de Ces*, lom. iv, ebap. vii*Tui,

par eidre de son sonveraln, la Rr^vitees, qui prévoit et soulage les maux des hommes ■ : enfin , cet illustre navigateur resserré de tontes parts par les rivages de ce globe , qui n'offre plus de mer à ses vaisseaux , et connoissant désormais la mesure de notre planète, comme le Dieu qui l'a a^ rondie entre ses mains I

Cependant , il feut l'avouer, ce que nous gagnons du côté des sciences , nous le perdons en sentiment. L'éme des anciens aimoit à se plonger dans le vague infini ; la n6tre est eireonserite par nos connolssances. Quel est l'homme sensible qnl ne s*est trouvé souvent à ('étroit dans une petite circonférence de quelques millions de lieues? Lorsque , dans l'intérieur du Canada , Je gravis*. sols une montagne , mes regards se portolent 1» Jours à l'ouest , sur les déserts infrèquentés qsl s*étendent dans cette longitude. A l'orient, mon imagination rancontroltanssitèt l'Atlantique, des pays parcourus , et Je perdois mes piaisirs. Mais, à Taspect opposé , Il m'en prenolt presque anid mal. J'arrivois incessamment à la mer du Snd, de là en Asie , de là en Europe^ de là... J*ensse voulu pouvoir dire, comme les Gi'ees : « Et là« bas! là-bas! la terre Incoomit, la terre itt* mense * ! » Tout se balance dans la nature : s'il falloit choisir entre les lumières de Cook et 11gnoranced'Hannon,J'aurois, Je crois, lafoibiesse de me décider pour la dernière.

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