‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 82 sur 228 · CHAPITRE XXXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVn

Liberté.

Snr le bord opposé du détroit de Gades , qui séparoit les possessions africaines de Cartilage de ses colonies européennes, on trouvoit rii)érie, pays sauvage et à peine connu des anciens, à répoque dont nous retraçons i'iiistoire. Il étoit liabité par plusieurs peuples, Celtes d'origine, dont les uns se distinguoient par leur courage et leur mépris de la mort '; les autres , pleins d'innocence, passoient pour les plus justes des liommes '. Mallieureusement leurs fleuves rouloient un métal qui les décela à Tavarice. Les Tyriens, pour Tobteuir, trompèrent d*abord leur simplicité ^. Les Carthaginois bientôt les asservirent,

temps , a eicité im peuple à profiter des divisions d'oD autre peuple.

L'élat do la société n'étoit point assez avancé cliez les anciens pour que les idées politiques devinssent la cause d'un mouvement général. On vit quelques guerres religieuses , mais encore furent-elles rares et renfermées dans d'étroites limites. L'antiquité ne lit de grandes révolutions que par la conquête; les Perses, les Grecs, les Romains, n'étendireat leur empire que par les armes : c'éloit la force physique et non la force morale qui régnoit. Quand cette force fut passée , il resta des dominateurs , quelques monuments des arts, quelques lois civiles, quelques ordonnances municipales, quelques règles d'administration, mais ptA une idée politique.

Rome étoit déjà formidable , elle étoit prête à étendre sa main sur l'Orient, que les Grecs oonnoissoieat à peine •on existence , qu'ils ignoroient et les révolutions et les lois du peuple qui alloit envahir leur patrie ; et je prétendrais qu'une petite révolution domestique, advenue dans la petite ville de bois de Thémistecle, lorsque l'antiquité tout entière étoit encore à demi barbare ; je prétendrols que cette petite révolution communiqua son mouvement à l'univers connu!

Dans les temps modernes même , le contre-coup dee révolutions a été plus ou moins fort, selon le degré de civilisation à l'époque où ces révolutions ont éclaté. La catastrophe de Cliarles i*' ne put avoir sur l'Europe , par mille raisons faciles à déduire , l'influence qu'a dû exercer l'assassinat juridique de Louis XVI. £n remontant plus haut, le pape qui, au milieu de la France barbare, vint mettre la couronne sur la tête d'un roi de la seconde race, ne fil pas un acte aussi décisif pour certains principes, que celui du pontife qui couronna Buonaparte au oonunencement du dix-neuvième siècle.

Tout est donc faux dans les parallèles que j'ai prétendu établU*. Il ne reste de ces rapprochements que quelques vérités de détails, indépendantes du fond et de la forme.

(N.Éo.)

* Stbab., Ub. m, pag. t68; Liv., llb. xxvin; Mariau.; Sit. Ital., lib. I.

' La Bétlqoe, dont Pénelon îêU nne peinture si touchante. Le tableau n'est pas entièrement d'imagioailon; il est fondé sur la vérité de l'histoire. Je ne sais où J'ai lu que Mariana a omis quelque chose sur Toriglne des nations Ibériennes, dans M traduction en langue vulgaire de son Hiatoire Miru originale. Maflieureuseraeiit Je ne possède que l'édition espagnole de cet exoeltent ouvrage.

> Dum Ub. V, pag. aia.

et les forçant à ouvrir les mloeSi lesy phnigèreuttoot vivants '. Si œ livre tiaversoit les men, 8*il parvenoit Jusqu*à Tlndien enseveli sons les montagnes du Potose, il apprendroit que ses cruels niaitres ont autrefoisy comme loi, péri es* claves seos leur terre natale ; qu'ils y ont fouillé ce même or pour une nation étrangère iqiportée chez eux par les flots. Cet Indien adoreroit en secret la Providence , et reprendrait son hoyia moins pesant.

Au reste , il est proliable que les troubles de la Grèce réagirent sur les mallieureux habitants de ril)érie. Cartilage, pour payer les frais de la guerre contre la Sicile, multiplia sans doute les suerni de ses esclaves '. A cliaque éeu dépensé par le vice en Europe, des larmes de sang coulent dan les abîmes de la terre en Amérique. C'est aiml que tout se lie, €t qu'ime révolution, comme k coup électrique, se foit sentir au même iastaotà toute la cliatne des peuples.

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