CHAPITRE XXXVm
Les Celtes.
Par delà les Pyrénées habitoit un peuple nom* breux , connu sous le nom de Celte , dont la puissance s'étendoit sur la Bretagne, les Gaules et la Germanie. Uni de mœurs et de langage , il ne lui manquoit que de se gouverner en unité, poor enchaîner le reste du monde.
Le tableau des nations barbares ofTre Je ne sais quoi de romantique qui nous attire. Nous aimons qu'on nous retrace des usages difiereots des nôtres, sup|put si les siècles y ont imprimé cette grandeur qui règne dans les choses antiques, comme ces colonnes qui paroissent plos belles lorsque la mousse des temps s'y est attachée. Plein d'une horreur religieuse, avec le Gaolols à la chevelure bouclée, aux larges bracca, à la tunique courte et serrée par la ceinture d« cuir, on se plaît à assister dans un bois de vieax chênes , autour d'une grande pierre , aux mystères redoutables de Tentâtes. La jeune fllle à l'air sauvage et aux yeux bleus est auprès : ses pieds sont nus, une longue robe la deuine; le manteau de canevas se suspend à ses épaules; sa tête s'enveloppe du kerchef dont les extrémités , ramenées autour de son sein et passant soos ses bras , flottent au loin derrière elle. Le diuUe
' Dion., lib. nr, cap. gocxii ; Poltb., Ub. m. > L'Ibérie fuarnU aassi des soldab , ainsi que 1rs GMdsi « ritaUe, * Carthags, pour rn^édltloQ attUe Sjnao»»
•Ot
fvkOomkaeh, se tient au miKeii, en blanc wgm^ on cootean d'or à la main, portant ao ena one chaîne el aux bras des bracelets de même ■étal : il brûle avec des mots magiques quelques feuUes da gui sacré, cueilli le sixième Jour du mois, tandis que les cubages préparent dans la eUe d'osier la \ictime humaine, et que les bardes, touchant foiblement leurs harpes, chanteitàdemi-T^^dans l'éloignementOdin , Thor, liriico et Hela ' \
Le grand corps des Celtes se divisoit en une nltitiide de petits États, gouvernés par des iuki, 00 cheb militaires. La partie {K^itique et mile étoit abandonnée aux druides \
Cet ordre célèbre semble avoir existé de toute ■tiqsité, et quelques auteurs même en ont fait hioiiroe d'où découlèrent les sectes sacerdotabde l'Orient '. Il se partageoit en trois branées: les druides, dépositaires de la sagesse et de riQtorité ; les lardes , rémunérateurs des ictioiiH des héros ; les cubages , veillant à Tordre fa sacrifices ^. Ces prêtres enseignoient l'im* Bortalitéde Fânie ^, la récompense des vertus, le dkéUment des vices ^, et un terme. de ta na* dire fixé pour un général bonheur 7. Plusieurs ntoi ont cru dans ce dernier dogme , qui tire B MQfce de nos misères. L'eqiéiance peut nous Un oublier nos maux , mais comme une liqueur oimote qui nous tue.
Ce n'est pas ici le lieu da nous étendre sur les ■fleurs, les hunSères, les coutumes des nations Mares^ elles fourniront ailleurs un chapitre Mvssant A présent notre description forme- Nftmi anachronisme, ce que nous savons d'eN béliDt postérieur au règne de Xerxès. Noos faons seulement montrer que les révolutions de h Grèce étendirent leur influence jusque sur ces pnpies sauvages.
Vue colonie phocéenne, pleine de l'amour de h liberté qu'elle ne pouvoit conserver sur les ri- Yageide l'Asie, chercha l'indépendance sous un
' TU. Cm., de BelL Gall.; Tacit., d< Mor, Gtrm,; LoCAV.; toUL; Hnni's HiâL pf tn^hiVuw qf the drest qf ikt f^ ^ ËnfL ; POFPBRD., de Druid, ; PsiXOirriER, lAttrt ^ te CfUci; OfliiAM's Poêm. ; tes drax Eddtu
* Voya te Kvre des Gaules, et Velléda , dans les Mar- ^; Bite à quoi boo tout cela dans VBMsai? (N. Éf>. )
^Cai., ir Bttt. Gall., Ub. Ti, cap. xin; Tacit., de Mot.
*Um.,Hb.i.
*Dioa. Sic, Ub. y, pag. 306; Stsab., llb. ir.
* Ces., d« Bell. Gall., cap. \vr\ Val. Max., llb. il, cap. vi.
*lAdeBt Bdda; SjmsmwB, Snorro, trad. tat.
^StHRM», SssoBBO, trad. lai. \ Strab.» Ub iv» pag; 30S.
ciel plus propice, et fonda dans les Gaules ' Tantique Marseille. Bientôt les lumières et le langage de ces étrangers se répandirent parmi les druides >. Il seroit impossible de suivre dans l'obscurite de l'histoire les conséquences de ces innovations, mais elles durent être considérables; nous savons que souvent la moUadre altération dans le costume d'un peuple suffit seule pour le dénaturer.
Sans recourir aux conjectures, rétablissement des Phocéens dans les Gaules devint une des causes secondaires de l'esclavage de ces derniers. Fidèles alliés des Romains , les Marseillois ouvroient une porte aux armées des Césars, et une retraite assurée en cas de revers '. Leur connoissauce du pays, leur courage, leurs lumières, tout toumoit au désavantage des peuples Galiiques ^. C'est ainsi que les hommes sont ordonnés les uns aux autres. Les fils de leurs destinées viennent aboutir dans la main de Dieu; l'un ne sauroit être tiré sans que tous les autres soient mus* Je finirai cet article par une remarque.
Les Marseillois, différents d'origine des au* très peuples de la France , ont aussi un caractère à eux. Ils semblent avoir conservé-le génie factieux de leurs fondateurs, leur courage bouillant et éphémère, leur enthousiasme de liberté. On nie maintenant le pouvoir du sang , paroe que les principes du jour s'y opposent ; mais il est certain que les races d'hommes se perpétuent comme lés races d'animaux *. C'est pourquoi les anciens législateurs vouloient qu'on n'élevât que les enfants forts et robustes, comme on prend soin de ne nourrir que des coursiers beUiqueux.