‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 91 sur 228 · CHAPITRE ÎLLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎLLVII

taUfl da pnmier âge. ta toiaie pauvre d vertaeaaSk

Le voyageur qui, pour la première feit, en^ tre tur le territoire det Suisses , gravit pénlblemeitt quelque montée creuse et obtearet Tout à coup y au détour d^un bois, t'ouvre devant loi un vatte battln illuminé par le toleil. Let elïùe^ blands des Alpet , couverte de neige ^ percent à l'horison Tàzur dti ciel. Let fleuret et let torrents descendent de la cime des monta glacét, det plantes tàtatilet pendetit écheveléet du fi-ont dés grands blocs de granit , des chamois sautent Une cataracte, de vieux hêtres sur hi corniche d'une roche se groupent dans let airs , des Capillairet lèchent les flancs d'un marbre éboulé , des forêts de i^ns s'élancent du fotid det abîmes , et la cabane du jouisse agricole et guerrier se montre entre des atilnes dant la tallée.

Lorsque les mœurs d'un peuple s'allient avee le paysage qu'A vivifie, alors nosjoliitsances redoublent. L'aneien laboureur de l'Helvétie auprès deses plantes alpinet,d'autantplu8 robustes qu'elles sont plus battuet det vents ^ végéta vigoureu*

* Ce chapitre est presque tout entier dans Reiié, dans Atala et dans quelques paragraphes du Génie du Chris» nanisme, (N. Éi>.)

BÉVOLimONS ANCIENNES.

Bernent sur ses montagnes , toujours plus libre en j^portion des efforts des tyrans pour courber sa tète. Adorer Dieu, défendre la patrie, cultiver son champ , chérir et l'épouse et les enfants que le ciel lui a donnés , telle étoit la profession religieuse et morale du Suisse '. Ignorant le prix de Tor * , de même que le Scythe, il ne connoissoit que celui de Tindépendance. 511 paroissoit quelquefois au milieu des cours, c'étoit dans le costume simple et naïf du villageois , et avec toute la franchise de rhomme sans maître ^« Et j'en ay veu, dit Philippe de Commines, de ce village (Suitz) un estant ambassadeur, avec autres , en bien humble habillement , et néantmdnsdisoit sonavis comme les autres. »

Les Scythes dans le monde ancien, les Suisses dans le monde moderne , attirèrent les yeux de

s Dff Repi^, Helvetior., Ub. I, pag. 50-58, etc.

* Après avoir fait le récit de la iMtaille où Charlei le Téméraire, dne de Bourgogne, fat tué par les Suisses, Philippe de Commines i^oute : « Les depouillevde son host enrichirent fort ces pauvres gens de Suisses , qui , de prime face , ne connurent les biens qu'ils eurent en leur main , et par espedal les plus ignorants. Un des plus beaux et riches pavillons du monde fût déparU en plusleuts pièces. II y en eut qui vendirent une grande quanUlé de plats et d'ecuelles d^argeot, pour deux grands blancs la pièce, cuidant que ce fus! estaing. Son gros diamant (qui estoil un des plus gros de la chrestienlé) , où pendolt une grosse perle, fut levé par un Suisse; et puis remis dans son estuy ; puis rejeté sous un chariot ; puis le revint quérir et Toffrir à un prestre pour un florin. Cestui-là l'envoya à leurs seigneurs, qui lui donnèrent trois francs, etc.... >•

* On se trompe généralement sur les auteurs de Tindépendance des Suisses. Les trois grands patriotes qui donnèrent la liberté h leur pays furent Stauffacher, Melchtal et Gautier- Purst. Les scènes tragiques qui préludèrent au soulèvement de PHelvéUe sont décrites au long dans VHelvetiorttm Re^im^ bUca, Je crois de Simler. Elles sont du plus extrême intérêt. L'aventure du vieux Henri, auquel le gouverneur de Landeberg lit arradier les yeux ; celle du gentilhomme Wolffeoschiesz avec la femme du paysan Conrad ; la surprise des divers ehàtsaux des ducs d'Autriche par les paysans, portent avec elles un air romantique qui, se mariant aux grandes scènes naturelles des Alpes, cause un plaisir bien vif au lecteur. Quant à l'anecdote de la pomme et de Guillaume Tell, elle est très-douteuse. L'historien de la Suède, Grammaticus, rapporte exactement le même fait d'un paysan et d'un gouverneur suédois *. J'aurais cité les deux passages s'ils n'étoient trop longs. On peut voir le premier dans Simler {HelveL Eesp., lib. I, pag. 58); et l'on trouve l'autre cité tout enUer h la fin de Cokê*ê Lettera on Switzerland. A la page 62 du recueil in- Ululé : Codex Juris Gentium , publié par Guillaume Leibnitz, en 1593, on trouve le traité original d'alliance entre les trois premiers cantons, Uri, Schwitz et Underwalden; on y Ht ; « I*' mardi d'après la Saint-Nicolas, 1315. Au nom de Dieu. Amen.... Nous les paysans d*Hury , de Schuitz et dlJnderwalden... sommes résolus, par les dessus dlcls serments, que nul de nous des dicts pays ne permettra ni n'endurera être goovemé par seigneurs , ni recevoir aucun prince et seigneur. — Si aucun de nous (les dicts alliez) , témérairement et par méchanceté , endommagerait un aut^parfoUf un tel ne sera jamais reçu pour paysan.... > La vertu des bons Suisses se peint ici dans toute sa naïveté. Cest une chose singulière que l'orthographe du treizième siècle est plus aisée à lire que celle du quinzième. J'ai aussi remarqué la même chose dans les vieilles ballades éoossoises , qui se déchiffrent plus facilement que ranglois de la même période»

* Ce fidt est assez peu coimu. (N. Éd.)

leurs contemporains par la célébrité de leur inno* oence. Cependant la diverse aptitude de leorvie dut introduire quelques différences dans leori vertus. Les premiers, pasteurs, cliérlssoient la liberté pour elle; les seconds, cultivateurs, Taimoient pour leurs propriétés. Ceux-là touchoieiit à la pureté primitive; ceux-ci étoient plus avaa* ces d'un pas vers les vices civils. Les uns posiédoient le contentement du sauvage; les autres y substituoient peu à peu desjoies conventionnelles. Peut-être cette félicité, qui se trouve sur les coqfins où la nature finit et où la société commenoe, seroit-elle la meilleure si elle étoit durable. An delà des barrières sociales les peuples restent k»gtemps à la même distance de nos institutions; mais ils n'ont pas plutôt franchi la ligne de vau^ que , qu'ils sont entraînés vers la corruption sans pouvoir se retenir.

C'est ainsi que , malgré soi , on s'arrête a contempler le tableau d'un peuple satisfait. Il semble qu'en s'occupant du bien-être des autres ons'ea approprie quelque petite partie. Nous vivons bien moins en nous que hors de nous. Nous noos attachons à tout ce qui nous environne. Cest à quoi il faut attribuer la passion que des misérables ont montrée pour des meubles, des arbres, des animaux. L'homme avide de bonheur, et souvent in« fortuné, lutte sans cesse contre les maux qai II submergent. Comme le matelot qui se noie, il tâche de saisir son voisin heureux , pour se sauver avec lui. Si cette ressource lui manque , il s'accro* che au souvenir même de ses plaisirs passés, et s'en sert comme d'un débris avec lequel il sa^. nage sur une mer de chagrins.

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