‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 92 sur 228 · CHAPITRE XLVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIIL

Second âgo : la Scythie et la Suisse phUosophi<iiMi.

J'eusse voulu m'arréter ici ; J'eusse désiré lals-

)t au lecteur l'illusion entière. Mais en retraçant la félicité des hommes, à peine a-t-on le temps le sourire que les yeux sont déjà pleins de larmes.

Il n'est point d'asile contre le danger des opinions. Elles traversent les mers, pénètrent dans les déserts , et remuent les nations d'un bout de la terre à l'autre. Celles de la Grèce républicaine parvinrent dans les forêts de la Scythie; elles m chassèrent le bonheur.

L'innocence d'un peuple ressemble à la sensltive ; on ne peut la toucher sans la flétrir. Le malheur des Scythes fiit de donner naissanceà des

AVAOT J. C. 600. =0L. 67.

(^i Ignorèrent cette vérité. Zamolxis, à Boe époqoe ioconnue , inlroduisit parmi eux un qnlèiBe de théologie , dont les principales teneurs Ment : Tezistenee d'un Être suprême , l'immor^ lilîté de rtoe, et la doctrine de la prédestinatkn pour les héros moissonnés sur le champ de ktiille'.

Ce père de la sagesse desScythesfut suivi d'Ahiris, député de sa nation à Athènes. Il pratiqua la médecine, et préteodoit voyager dans les airs nrime flèche qu'Apollon lui avoit donnée '. Il devint célèbre dans les premiers siècIesderÉglise fonr avoir été opposé à Jésus-Christ par les PlatOQistes.

Toxarissuccéda en réputation à Abaris. Il abandoona sa femme et ses enfisints pour aller étudier à Athènes, où il mourut honoré pour sa probité dses vertus ^

Mais le corrupteur de la simplicité antique des Scythes fut le célèbre Anacharsis. Il s'imagina fit 8» compatriotes étoient barliares parce qu'ils Tiroient selon la nature. Sa philosophie étoit de tttte espèce qui ne voit rien au delà du cercle de MB conventions. Enthousiaste de la Grèce, il dé- Krtasapatrie,etvints*instruire auprès de Solon^ dansPart de donner des lois à ceux quin'en avoieut pas besoin. Il ne tarda pas à s'acquérir le nom de M^e, qui convient si peu aux hommes, et se fit coDDottre par ses maximes. Il disoit que la vigne porte trois espèces de fruits : le premier, le plaisir; le second , l'ivresse ; le troisième , le remords. A QD Athénien d'une réputation flétrie qui lui reproehoit son extraction barbare , il répondit : Mon pays fait ma honte; vous faites la honte de votre pays^. L'orgueil et la bassesse de ce mot sont également intolérables; celui qui peut être assez ttehe pour renier sa patrie est indigne d'être écouté d'on honnête homme. Ce philosophe disoit encore que ks lois sont sembhibles aux toiles d'araignées, qui ne prennent que les petites mouches et sont rompues par les grosses. Au reste, il écrivit en ^rs de l'art de la guerre, et dressa un code des institutions scylhiques. Les épitres qui portent im nom sont contronvées.

AiDsi la philosophie fut le premier degré de la corroptiondesScythes. Lorsque lesSuissesétoient

' IcuAH., t» CûuarihM; SoiD., Zamotx, QnchiiieMiiis croient que Zamol&is étoit Thrace d*orlgiiie. n B'ert pM Tni qa*!! tôt disciple de Pythagore. ' hm., m Fii. Pjfth,, pag. 1 16-148 ; Bayle, à la lettre A ;

* Ua&R., tu Toxar.

* Kor., m Saio».

' UciT., in Anach,

vertueux ils ignoroient les lettres et les arts. Lorsqu'ils commencèrent à perdre leurs mœurs, les Haller, les Tissot, les Gessner, les Lavater, parurent',

Page 1