‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 93 sur 228 · CHAPITRE XI^IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI^IX

Suite.

Troisième Age : la Scyttile et la Suisse corrompues. InflueiiGe de la révoluUon grecqae sur là première, de la révolutton trançoise sor la seconde.

Ainsi la Scythie vit naître dans son sein des hommes qui , se croyant meilleurs qiie le reste de leurs semblables , se mirent à moraliser aux dépens du bonheur de leurs compatriotes. La révolution républicaine de la Grèce , en déterminant le penchant de ces génies inquiets , agit puissamment , par leur ressort , sur la destinée des nations normandes. Enflés du vain savoir puisé dans les écolesd'Athènes , les Abaris , les Anacharsis, rapportèrent dans leur pays une foule d'opinions et d'institutions étrangères, avec lesquelles ils corrompirent les coutumes nationales. Iln^est'pobt de petit changement, même en bien, chez un peuple : pour dénaturer tels Sauvages, il suffit d'introduire chez eux la roue du potier *.

Anacharsis paya ses innovations de sa vie ^; mais le levain qu'il avoit Jeté continua de fermenter après lui. Les Scythes, dégoûtés de leur innocence, burent le poison de la vie civile^. Longtemps celle-ci parott amère à l'homme libre des bois; mais l'habitude ne la lui a pas plutêt rendue supportable , qu'elle se tourne pour lui en une passion enivrante; le venin coule Jusqu'à ses os; uu univers étrange, peuplé de fantômes,

* Tai oonDu deux Suisses très-originaux. LMn ne faisoit que de sorUr de ses montagnes, et me racontoit que, dans son enfance, il éloit commun qu'une jeune iille et un jeune liomme destinés l*un à Pautre couchassent ensemble avant le mariage dans le>mème Ut, sans que la chasteté des mœurs ea reçût la moindre atteinte ; mais que , dans les derniers temps , on avoit élé obligé, pour plusieurs raisons, de réformer cet usage. L^autre Suisse étoit un excellent horloger, depuis longtemps à Paris, et qui s'étoit rempli la tête de tous les sophlsmes d^Helvélius sur la vertu etle vice. Le mode d*éducation quecpt homme avoit embrassé pour sa fllle prouve à quel point on peut se laisser égarer par Tesprit de système. Il avoit suivi Lycurgue. Je voudrols bien en rapporter quelques traits, mais cela ne seroit possible qu*en les mettant en latin , et alors trop d^ lecteurs les perdraient. Il prétendoit , par sa méthode , avoir donné des sens de marbre à son enfant, et que la vue d^un homme ne lui inspirolt pas le moindre désir. Je ne sais à quel point ceci étoit vrai; et je ne sais encore jusqu*à quel point un pareil avantage , en le supposant obtenu , eût été recommandable. Tai vu sa Iille; elle étoit jeune et jolie.

* Laert.; Suu>as, Anach.; Strab., llb. vu.

3 n fut tué par son frère d*un coup de flèche k la chasse.

4 Strab., UI>. ?llf pag* 331.

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BÉVOLIITIONS ÀNGIENNEi.

s^offire à 8a tète troubMe i thn^lelté, Joittee, vérité , bonheur , tout disparott K

Le terrent des maux de la soelété ne se préel* pita pas chez les Scythes par une seule issue. Ces nations guerrières et pastorales trafiqnoient de leur sang avec les puissances voisines*, trop lâches ou trop folbles pour défendre elles-mêmes leur territoire. Athènes entretenoit une garde Scythe ' , da même que les rois de France se sont longtemps entourés de braves paysans de la Suisse ^. Ce fût la sort des anciens Iiabitant^ du Danube et de ceux de l'Helvétie de se distiuguef au temps de l'innocence par les même9 qualités , la Adélité et la siraplesse ^ ; et par les mêmes vices au jour de |a corruption, Tamour du yin et la «4( de l'or ^. Ces deux peuplçs con^battirent à }a 9old6 de^ monafqu^s pour des querelleç autres que pelles 4e la patrie. Neutres dans les grandes révolutions 4es États qui les enyironiu)ient , i\% s'enrichireut de^ malheurs 4*autrui , çt fondèrent une banque sur le^ calamité^ hu- Hiaines. Soumisi en tout ^ la même fatalité , ils durent la perte de leurs mœurs an^ peuples, anciea et mo4erne , qui ont eu le plu9 4e ressemblance^ les Athéuiens et les Fraoçoiç. A |e foiil plyet de Testime et des railleries de ces nations satiriques 7, le montagnard des Alpes et je pasteup de rister apprirent à rougir de leur

. * SiBAB., Ub. TU, pa^ 331.

3 On troave souvent , dans les anciens historiens , les Scyfhes servant à la solde des Pents. (Vld. Hekod. et XuropH.) l4Miif XI fut le premier aouvefa^n à sUpendier lea cantons. (Voyez Mémoires de Phil. de Com.)

* Smhiê , T0*ar,

* L^ Suisses ont été égorgé^ deux fols , et à peu près dans les mêmes circonstances , en défendant les rois! de France footre ce peupla «ai , disoil-on , chérisaoit lanl tes maîtres : la première , h la Journée des Barricades , du temps de la Ligue ; la seconde, de notre propre temps.

Oavila (Islor. dcL Guer. civiL di Franc,, tom. m, pag. SSS), rapporte ainsi le premier meurtre des Suisses. » Poichè fu abarrata e forliQcaka la clttà— passando perogni parte parola, 6on altisslme e ferocissime voci , cbe si taglia a pezzi la solda- |esca straniera, furono assaliU gli Svizzeri, nel cimit^rio dtgl* InnocenU, ove serrati, e quasi per oosi dire imprigiopali, non polerono far difesa di sorte alcuna , ma essendo nel primo impeto restati trentasei morti ; gli altrl si arresero senze ponl|»a. Furono dal popolo con jaltanza , e con violenza ^andissima svaliglali. Furono espugnate, nel medesimo (empo, tuite le altre guardle del Castelletto, etc. » On 8*lma- 1^ voir la Journée du lOaoût.

^ Justin., Ilb. xj , cap. xi ; Philipp. de Coii. ; de Rep, Helv>, llb. I.

• Stb^.,; Athem.» lib. xi, cap. viit m* «37, Z>«c/. de fa

Uo conaoit les proverbe» populaires d*Atbène8 et de Paris : Bpire oommfi un Scythe, boire comme vn Suisse,

^ On Jouoit les Scythes sur le théâtre d'Athènes , comme on Joue les Suisses sur ceux de Paris, pour leur prononciation étrangère du grec , du françois. La grec n'étant plus une langue vivante, le sel des plaisanteries d'Aristophane est perdu pour nous, le doute qUe ce misérable genre de comique fût d'uD ncUlettr goût que la scène daSoiaae dans JIomvmivinic.

slm^kilé dans Paris el dnt AiUm. Bliillt I ne pesta ploa rien di fepv antiipie vfita hiWi sur recueil des lévolotims. La IraditioD noli s'«a élève eneore dans Fbistoipe , eomne on afs»» çoit les mâts d'un vaisseau qui a Mt naufrage \

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