‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 99 sur 170 · LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE

Chez les Sauvages tout porte les armes , hommes, femmes et enfants ; mais le corps des combattants se compose en général du cinquième de la tribu.

Quinze ans est Tâge légal du service militaire. I^ guerre est la grande afCaire des Sauvages et tout le fond de leur politique; elle a quelque

chose de plus légitime que la guerre dez kspn* pies civilisés, parce qu^elle est presque toqjoon déclarée pour Texistenee même du peuple qoi Tentreprend : il s'agit de conserver des pa}fi 4e chasse ou des terrains propres à la culture. Mas, par la raison même que TIndien ne s'appliq» que pour vivre à Tart qui lui donne la mort, i en résulte des fureurs implacables entreles tribus: c'est la nourriture de la famille qu'on se di^ Les haines deviennent individuelles : eommeles armées sont peu nombreuses, comme chaqueesnemi connoit ]p nom et le visage de soo eDoeiDi, on se bat encore avec acharnement par desa]rii> pathies de caractère, et par des resseotûnorii particuliers ; ces enfants du même désert portent dans leurs querelles étrangèresquelqoediott à Tanimosité des troubles civils.

A cette première et générale cause de goem parmi les Sauvages, viennent se mêler d'aot» raisons de prises d'armes , tirées de qudqoenih tif superstitieux, de quelques dissensioDsdooiei' tiques , de quelque intérêt du commerce des Earopéens. Ainsi, tuer des femelles de castors étal devenu chez les hordes du nord de TAmériqK un sujet légitime de guerre.

La guerre se dénonce d'une manière extraflh dinaire et terrible. Quatre guerriers, peiotseï noir de la tête aux pieds, se glissent daosks plus profondes ténèbres, chez le peuple ffleDseé: parvenus aux portes des cabanes, ito jettent ii foyer de ces cabanes un casse-tête peint eo rooge, sur le pied duquel sont marqués , par des sigiKS connus des sachems, les motifs des hostilités :ks premiers Romains lançoient une Javeline sur ie territoire ennemi. Ces hérauts d'armes indiois disparoissent aussitôt dans la nuit comme dei fantômes , en poussant le fameux cri ou woop i^ guerre. On le forme en appuyant une maie soria bouche et frappant les lèvres , de manière à ce que le son échappé en tremblotant, tantôt plos sourd , tantôt plus aigu , se termine par aœ espèce de rugissement dont il est impossible de se faire une idée.

La guerre dénoncée , si l'ennemi est trop foi* ble pour lasoutenhr, il fuit; s'il se sent fort, A l'accepte : commencent aussitôt les préparai»» et les cérémonies d'usage.

Un grand feu est allumé sur laplaoe pobli4a«| et la chaudière de la guerre placée sur le bWier: c'est la marmite du janissaire. Chaque cojbWtant y Jette quelque chose de ce qui lui appw

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tient On plante anssi deux poteaux où Ton suspend dès flèches, des càsse-téteset des plumes , k tout peint en rouge. Les poteaux sont placés au septentrion , à l'orient , au midi ou à Foccident de la place publique , selon le point géographique d'où la bataille doit venir.

Cela fait, on présente aux guerriers la médecine de la guerre , vomitif violent, délayé dans deux pintes d'eau qu'il fout avaler d'un trait. Les jeunes gens se dispersent aux environs , mais Bans trop s'écarter. Le chef qui doit les commander, après s'être frotté le cou et le visage de graisse d*ours et de charbon pilé, se retire à l'étuve, où il passe deux Jours entiers à suer, à Jeûner, et à observer ses songes. Pendant ces deux Jours, il est défendu aux femmes d'approcher des .guerriers; mais elles peuvent parler au chef de Texpédition, qu'elles visitent, afin d'obtenir de loi une part du butin fait sur l'ennemi , car les Sauvages ne doutent Jamais du succès de leurs entreprises.

Ces femmes portent différents présents qu'elles déposent aux pieds du chef. Celui-ci note avec des graines ou des coquillages les prières particulières : une sœur réclame un prisonnier pour loi tenir lieu d'un frère mort dans les combats ; une matrone exige des chevelures pour se consoler de la perte de ses parents; une veuve requiert un captif pour mari , ou une veuve étrangère pouresclave; unemèredemande un orphelin pour remplacer l'enfant qu'elle a perdu.

Les deux jours de retraite écoulés, les Jeunes guerriers se rendent à leur tour auprès du chef de guerre : ils lui déclarent le dessein de prendre part à l'expédition ; car , bien que le conseil ait résolu la guerre, cette résolution ne lie personne ; rengagement est purement volontaire.

Tous les guerriers se barbouillent de noir et de rougç de la manière la plus capable, selon eux, â*épouvanter l'ennemi. Ceux-ci se font des barres longitudinales ou transversales sur lesjoues ; eeux-là, des marques rondes ou triangulaires; d'autres y tracent des figures de serpents. La poitrine découverte et les bras nus d'un guerrier offrent l'histoire de ses exploits ; des chiffres particuliers expriment le nombre des chevelures qu*il a enlevées , les combats où il s'est trouvé, les dangers qu'il a courus. Ces hiéroglyphes, imprimés dans la peau en points bleus, restent lueffiaçables : ce sont des piqûres fines , brûlées arec de la gomme de pin.

CHAnAOBBlANI». » TOME IT.

Les combattants, entièrement nus ou vétos d'une tunique sans manches , ornent de plumes la seule touffe de cheveux qu'ils conservent sur le sommet de la tête. A leur ceinture de cuir est passé le couteau pour découper le crâne; le casse-téte pend à la même ceinture : dans la main droite ils tiennent l*arc ou la carabine ; sur l'épaule gauche ils portent le carquois garni de flèches, ou la corne remplie de poudre et de balles. Les Cimbres, les Teutons et les Francs essayoient ainsi de se rendre formidables aux yeux des Romains.

Le chef de guerre sort de i'étuve , un collier de porcelaine rouge à la main , et adresse un discours à ses frères d'armes : « Le Grand-Esprit « ouvre ma bouche. Le sang de nos proches tués , « dans* la dernière guerre n'a point été essuyé ; <t leurs corps n'ont point été recouverts : il faut « aller les garantir des mouches. Je suis résolu « de marcher par le sentier de la guerre ; J'ai vu « des ours dans mes songes ; les bons manitous « m'ont promis de m'assister, et les mauvais ne « me seront pas contraires : J'irai donc manger « les ennemis, boire leur sang, faire des prison- « niers. Si Je péris , ou si quelques-uns de ceux ^« qui consentent à me suivre perdent la vie , nos « âmes seront reçues dans la contrée des esprits ; « nos corps neresteront pas couchés dans la pous- « sière ou dans la boue, car ce collier rouge appar- « tiendra à celui qui couvrira les morts. »

Le chef jette le collier à terre ; les guerriers les plus renommés se précipitent pour le ramasser : ceux qui n'ont point encore combattu , ou qui n'ont qu'une gloire commune, n'osent disputer le collier. Le guerrier qui le relève devient le lieutenant général du. chef ; il le remplace dans le commandement si ce chef périt dans l'expédition.

Le guerrier possesseur du collier fait un dis* cours. On apporte de Teau chaude dans un vase. Les Jeunes gens lavent le chef de guerre et lui enlèvent la couleur noire dont il est couvert ; ensuite ils lui peignent les Joues , le fh>nt , la poiti:ine, avec des craies et des argiles de différentes teintes , et le revêtent de sa plus belle robe.

Pendant cette ovation, le chef chante à demivoix cette fameuse chanson de mort que l'on entonne lorsqu'on va subir le supplice du feu.

« Je suis brave. Je suis intrépide. Je ne crains « point la mort ; Je me ris des tourments ; qu'ils « sont lâches ceux qui les redoutent ! des fem-

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« mei, moloi que des femmes I Que la rage sof- « foque mes ennemis I pulssé-je les dévorer et « boire leur sang Jusqu'à la dernière goutte 1 »

Quand le chef a achevé la ehanson de mort , son lieutenant général eoomience la chanson de guerre.

« Je combattrai pour la patrie; j*enièverai des « chevelures ; Je boirai dans le crâne de mes en- « nemis, etc. »

Chaque guerrier, selon son caractère, ajoute à sa chanson des détails plus ou mohis atroces. Les uns disent : « Je couperai les doigts de mes « ennemis avec les dents; Je leur brûlerai les « pieds et ensuite les Jambes. > Les autres disent : n Je laisserai les \ers se mettre dans leurs plaies; « Je leur enlèverai la peau du crâne; Je leur arra- « cherai le cœur, et Je le leur enfoncerai dans la

« bouche. »

Ces Infernales chansons n*étoient guère hur« lées que par les hordes septentrionales. Les tribus du midi se contentoient d'étouffer les prisunniei's dans la (ùmée.

Le Hurrrler ayant répété sachanson de guerre, rt^dlt SA chsnson de famille : elle consiste dans V^\o^ des aïeux. Les jeunes gens qui vont au iHMuhut pi>ur la première fois gardent le silence.

<!im premières cérémonies achevées, le chef w vpuA au conseil des sachems, qui sont assis m iH)hd I une pipe rouge à la lK)uche : il leur «liuiuitMle s'ils persistent à vouloir lever la hache. La délibération recommence, et presque touiMurs la première résolution est confirmée. Le (tlinf de guerre revient sur la place publique, aniiutioe aux Jeunes gens la décision des vieillards, et les Jeunes gens y répondent par un cri.

On délie le chien saeré qui étoit attaché à un poteto; on l'offre à Areskoui , dieu de la guerre. Chez les nations canadiennes, on égorge ce chien, et, après l'avoir fait bouillir dans une chaudière , on le sert aux hommes rassemblés. Aucune femme ne peut assister à ce festin mystérieux. A la fin du repas , le chef déclare qu'il se mettra en marche tel Jour, au lever ou au coucher du soleil.

L'indolence naturelle des Sauvages est tout à coup templaeée par une -activité extraordinaire; la gaieté et l'ardeur martiale des jeunes gens se commualquent à la naticm. Il s'établit des espèces d'ateliers pour la falnrique des traîneaux et des canots.

Les traîneaux employés au transport des ba-

gages , des malades et des blessés, soat bits de deux planches fort minces, d'un pied et demi de long , sur sept pouces de large, relevés sur le devant. Ils ont des rebords ou s'attachent des courroies pour fixer les fardeaux. Les SaoTages tirent ce char sans roues à l'aide d'une double bande de cuir, appelée metump^ qu'ils se passent sur la poitrine , et dont les bouts sont liée à l'avant-train du traîneau.

Les canots sont de deux, espèces i les uns ptns grands^ les autres plus petits. On les eonslniit de la manière suivante : »

Des pièces eoorbes s'unissent par leur extrémité , de fiiçon à former une élUpie d'eovinn huit pieds el deitli dans le court diamètre, de vingt dans le diamètre long. Sur ces maîtresses pièees on attache des côtes minces de bois de cèdre rouge ; ees eôtes sont renfereées par ui treillage d'osier^ On reodutre ee squelette ém canot de l'éeoroe enlevée, penduit l'hiTer, anx ormes et aux bouleaux , en jetant de l'eau bouillante sur le tronc de ees arbres. On aaseodrie ces écorces avee des racines de sapin extrêmement souples^ et qui sèchent difQeilement. La couture est enduite en dedans et en dehors d'iae résine dont les Sadvages gardent le secret Loisque le eanot est fini 4 et qu'il est garni de ses pagaies d'érable , ii ressemble assez à «ne aiaigBée d'eau , élégant et léger hisecte qdi marche avee rapidité sur la surface des lacs et des flenves.

Un combattant doit porter avec lui dix livres de mais ou d'autres grains, sa natte, son manitod et son sac de médecine.

Le Jour qui précède eelui du dépait, et qu'on appelle le Jour des adieux , est consacré à une cérémonie toticbantë, ches les nations des langna huronne et algonquioe. Les^guerriers, qok jusqu'alors ont campé sur la place publique ou sur une espèce de Champ de Mars , se dispersent dans les villages , et vont faire leurs adieux de cabane en cabane. On les re^it avec des marques du plus tendre intérêt; on veut avoir quelque chose qui leur ait appartenu ; on lair 6te leur manteau pour leur en donner un raeiUenr; on échange avec eux un calumet : ils sont obligés de manger, ou de vider une coupe. Chaque hutte a pour eux un voeu particulier, et* il faut qu'ils répondent par un souhait semblable à leurs hAtes.

Lorsque le guerrier fait ses adieux à sa propre cabane;, il s'arrête, debout, sur le seuil de la porte

VOYAGE EN

S*fl tL une Uère, cette mèfe s*atànce la première : il loi baisé lei ytnit , la boache et les mamelles. Ses MnfÈ Tletiiietit ensuite , et il leur touche le fiDiit : sa femme ste {irosterne devant lUI ; il ta reiHitiilnabâë aux bdns génies. De tottâ tes enfants, on ne lui présente que ses fils; il étend raf eai sa liaélie dn son casse-téte sanë prononcer nu nuit. Elifin , son père parolt le dernier. Le saehem, après toi avoir frappé l'épaule, lui fait on diséours ponr l'inriter à lionorer ses aïeux ; il hd dit : « Je sttis derrière toi comme tu es der- « Hèr€ Itm ftto : si oH tient à moi, on ilsra du « braillondemacliaireil insultant ta tnémoire. » Le lendetnain dti Jour des adieux est le Jour même du départ. A la première blancheur fle Fanbe , le ehef de guerre sort de sa hutte et pousse te ei*l de mort. Si le moindi*e nuage a obscwei le ciel , Si un sotige fllneste est survenu, si qoelcttMB oiseatl oti quelque ânlinal de mauvais augure a été vii , 1e Jdur du départ est différé. Le eainp, réveillé par le cri de mort, se lève et s'arme.

Les eheft des tribus haussent tes étendards formés de morceaux d*écorce ronds , attachés au bout d'un long dard, et sur lesquels se voient, grossièrement dessinés , des maqitous , une tortue, on ours, un castor, etc. Les cheft des tribus sont des espèces de maréchaux de camp , sous le commatidement du général et de son lieutenant. Il y a, de plus, des capitaines non reconnos par le gros de Tarmée : ce sont des partisans que suivent les aventuriers.

Le recensement oU le dénombrement de Tarmée s'opère : chaque guerrier donne au chef, en passant devant lui , un. petit morceau de bois marqti^d*un sceau particulier. Jusqu'au moment de la remise de leur symlrale, les guerriers se petlvent retirer de l'expédition ; mais , après cet engagement, quiconque recule est déclaré Infâme.

Bientôt arrive le prêtre suprême , suivi du col- 1^ des jongleurs ou médecins. Ils apportent des corbeilles de Jonc en forme d'entonnoir, des sacs de peau remplis de racines el de plantes. Les ginerrièrs s'asseyent à terre ^ les Jambes croisées, fonnant on cercle; les prêtres se tiennent delioot ao miliea.

Le grand Jongleur appelle les combattants par levrs noms : le guerrier appelé se le ve , et donne son manitoB au Jongleur, qui le met dans une des cerbellies de Jonc , eti chantant ces mois algon-

AMÉttIQVB. 4às

Les manitous varient à tinflni, parce qu'ils représentent les caprices et lés songes des Sauvages : ce sont des peaux de souris remlK>urrées aVeë dû fbiu ou du coton , de petits eaiiloux blancs, des oiseaux empaillés, des dents dequadrupèdeé oh de poissons , des morceaux d'étofTe rouge, des branches d'arbre, des veri'oteries, ou qdelques parures européennes, enfin toutes les formes que les bons génies sont censés avoir prises pour se mâhifester aux possesseurs de ces ftnanitous : heureux du moins de se rassurer à si ^eil de fhiis , et de se croire, sous un fétu , à l'abri des coups de la fortune! Sous le régime féodal on prenoit acte d'un droit acquis par le don d'Une baguette , d'une paille , d'un anneau , d'un couteau , etc.

Les manitoiié, distribués en trois corI)eilles, sont conûés à la garde du chef de guerre et des eheft de tribus.

De ta collection des Manitous , on passe à la bénédiction des plantes médicinales et deS instruments de la chirurgie. Le grand Johgleur les tire tour à iour du fond d'Un sac de cuir ou de poil de buffle ; il les dépose à terre , danse à l'entour avec les autres Jongleurs, se fr&ppe les euisses, se démonte le visage, hurle, et pt'otionce des mots inconnus. Il &nit par déclarer qu'il a cotnmuniqué aux simples une vertu surnaturelle, et qu'il a la puissatice de rendre à la vie les guerriers expirés. Il s'ouvre les lèvres avec les dents, applique une poudre sur la blessure dont il a sucé le sang avec adresse, et parolt subitement guéri. Quelquefois on lui présente un chien réputé mort ; mais, à l'application d'un instrument , le ehien se relève sur ses pattes , et Ton crie au miracle. Gé sont pourtant des homines intrépides qui se laissent enchanter par des prestiges aussi grossiers. Le Sauvage n'aperçoit dans les Jongleries de ses prêtres que l'intervention du Grand-Esprit ; il ne rougit point d'invoquer à son aide celui qui a iait la plaie , et qui peut la guérir.

Cependant les femmes ont préparé le fosfin du départ; ce dernier repas est composé de chair de chien comme le premier. Avant de toucher an mets sacré, le chef s'adresse à l'assemblée t

« Mes fbèb£S|

« Je ne suis pas encore un homme , Je le sais ; a cependant on n'ignore pas que J'ai vo quelque- « fois l'ennemi. Nous avons été tués dans la der- « nière guerre ; les os de nos compagnons n'ont

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m point été garantis des mouches ; il les faut al- « 1er couvrir. Comment avons-nous pu rester si « longtemps sur nos nattes? Le manitou de mon « courage m'ordonne de venger l'homme. Jeu- • nesse, ayez du cœur. »

Le chef entonne la chanson du manitou des combats * ; les Jeunes gens en répètent le refrain. Après le cantique , le chef se retire au sommet d'une éminence , se couche sur une peau , tenant à la main un calumet rouge dont le fourneau est tourné du c6té du pays ennemi. On exécute les danses et les pantomimes de la guerre. La première s*appelle la danse de la découverte.

Un Indien s'avance seul et à pas lents au milieu des spectateurs; il représente le départ des guerriers : on le voit marcher, et puis camper au déclin du Jour. L'ennemi est découvert; on se traîne sur les mains pour arriver Jusqu'à lui : attaque , mêlée , prise de l'un , mort de l'autre , retraite précipitée ou tranquille, retour douloureux ou triomphant,

I^ guerrierqui exécute cette pantomime y met flu par un chant en son honneur et à la gloire de

Ml fhmlll««

<i II y a vingt neiges que Je fis douze prisoni \\Wv% : Il y a dix neiges que Je sauvai le chef. Mes H ntu^^tres étoient braves et fameux. Mon grandie \mv étolt la sagesse de la tribu et le rug'ssement H 1I0 la bataille; mon père étoit un pin dans^sa » rurcc. Ma trisaïeule fut mère de cinq guerriers ; n ma grand'mère vaioit seule an conseil de sa- N chems ; ma mère fait de la sagamité excellente. « Moi Je suis plus fort , plus sage que tous mes « a'ieux. » (Test la chanson de Sparte : Nous atxms été jadis jeunes f vaillants et hardis.

Après ce guerrier, les autres se lèvent et chantent pareillement leurs hauts faits ; plus ils se vantent, plus on les félicite : rien n'est noble, rien n'est beau comme eux ; ils ont toutes les qualités et toutes les vertus. Celui qui se disoit au-dessus de tout le monde applaudit à celui qui déclare le surpasser en mérite. Les Spartiates avoîent encore cette coutume : ils pensoient que l'homme qui se donne en public des louanges prend un engagement de les mériter.

Peu à peu tous les guerriers quittent leur place pour se mêler aux danses ; on exécute des marches au bruit du tambourin, du fifre et du chichikoué. Le mouvement augmente; on imite les travaux d*un siège, l'attaque d'une palissade : les uns sau-

■ Yoyei lu Naiehez.

tentcomme pour franchirnn fossé, lesantres blent se Jeter à la nage ; d'autres présentent la main à leurs compagnons pour les aider à monter à V saut. Les casse-têtes retentissent contre les têtes ; le chichikoué précipite la marche ; les giier> riers tirent leurs poignards; Us oommenceiit à tourner sur eux-mêmes, d'abord lentement, ensuite plus vite, et bientôt avec une telle rapidité, qu'ils disparoissent dans iecerde qu'ils décrivent: d*horribles cris percent la voûte du ciel. Le poi* gnard que ces hommes féroces seportent à lagoi^ avec une adresse qui fait frémir, leur visage noir ou bariolé, leurs habits fantastiques, leur longs hurlements, tout ce tableau d'une guerre sauvage inspire la terreur.

Épuisés , haletants, couverts de sueur, les acteurs terminent la danse, et l'on passe à l'épreave des Jeunes gens. On les insuite, on leur fait des reprochesoutrageants, on répand des cendresbrA* lantes sur leurs cheveux , on les frappe avec des fouets, on leur jette des tisons à la tête; il leur faut supporter ces traitements avec la plus parfaite insensibilité. Celui qui laisseroit échapper le moindre signe d'impatience seroit déclaré Indigne de lever la hache.

Le troisième et dernier banquet du chien sacré couronne ces diverses cérémonies : il ne doit durer qu'une demi-heure Les guerriers mangent en silence ; le chef les préside ; bientôt il quitte le festin. A ce signol les convives courent aux bagages , et prennent les armes. Les parents et les amis les environnent sans prononcer une parole; la mère suit des regards son fils occupé à charger les paquets sur les traîneaux ; on voit couler des larmes muettes. Des familles sont assises àterre; quelques-unes se tiennent debout; toutes sont attentives aux occupations du départ ; on lit, écrite sur tous les fronts , cette même question fiiite Intérieurement par diverses tendresses : « Si Je n*al- « lois plus le revoir? »

Enfin le chef de guerre sort, complètement armé, de sa cabane. La troupe se forme dans Tordre militaire: le grand jongleur, portant les manitous, parott à la tête ; le chef de guerre roardie derrière lui ; vient ensuite le porte-étendard de la première tribn, levant en l'air son enseigne; les hommes de cette tribu suivent leur symbole. Les autres tribus défilent après la première, et tirent les traîneaux chargés des chaudières, des nattes et des sacs de mais ; des guerriers portent sur leurs épaules , quatre à quatre ou huit à huit,

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les petits et les grands canots : les filles peintes €Hi les courtisanes, avec leurs enfantS) aceompagneot l'armée. Elles sont aussi attelées aux traîneaux ; mais au lieu d'avoir le tneiump passé par la poitrine, elles l'ont appliqué sur le front. Le lieutenant général marche seul sur le flanc de la eoHonne.

I^e chef de guerre , après quelques pas fiiits sur la route, arrête les guerriers et leur dit :

« Bannissons la tristesse : quand on va mourir « on ôfÂt être content. Soyez dociles à mes ordres. « Celui qui se distinguera recevra beaucoup de

« petun. Je donne ma natte à porter à , puis-

« sant guerrier. Si moi et mon lieutenant nous som-

« mes mis dans la chaudière , ce sera qui vous

« conduira. Allons, frappez- vous les cuisses, et « hurlez trois fois. »

Le chef remet alors son sac de mais et sa natte au guerrier qu'il a désigné , ce qui donne à celui-ci le droit de commander la troupe si le chef et son lieutenant périssent.

La marche recommence : Farmée est ordinairement accompagnéede tous les habitants des villages jusqu'au fleuve ou au lac où l'on doit lancer les canots. Alors se renouvelle la scène des adieux : les guerriers se dépouillent et partagent leurs vêtements entre les membres de leur famille. Il est permis, dans ce dernier moment , d'exprimer tout haut sa douleur : chaque combattant est entouré de ses parents qui lui prodiguent des caresses, le pressent, dans leurs bras, rappellent par les plus doux noms qui soient entre les hommes. Avantde se quitter, peut-être pour Jamais, on se pardonne les torts qu'on a pu avoir réciproquement. Ceux qui restent prient les manitous d'abréger la longueur de Tabsence, ceux qui partent invitent la rosée à descendre sur la hutte natale; ils n^oublient pas même , dans leurs souhaits de bonheur, les animaux domestiques, hôtes du foyer paternel. Les canots sont lancés sur le fleuve; on s'y emlmrque, et la flotte s'éloigne. Les femmes, demeurées au rivage, font de loin les derniers signes de l'amitié à leurs époux, à leurs pères et à leurs flis.

Pour se rendre au pays ennemi , on ne suit pas toujours la route directe; on prend quelquefois le chemin le plus long comme le plus sûr. La marche est réglée par le Jongleur, d'après les bons ou les mauvais présages : s'il a observé un cbat-hnant, on s'arrête. La flotte entre dans une crique ; on descend à terre, on dresse une palis-

sade ; après quoi , les feux étant allumés , on fait bouillir les chaudières. Le souper fini , le camp est mis sous la garde des esprits. Le chef recommande aux guerriers de tenir auprès d'eux leur casse^ête , et de ne pas ronfler trop fort. On suspend aux palissades les manitous , c'est-à-dire les souris empaillées, les petits cailloux blancs, les brins de paille, les morceaux d'étoffe rouge, et le jongleur commence la prière :

« Manitous, soyez vigilants : ouvrez les yeux « et les oreilles. Si les guerriers étoient surpris, « cela toumeroit à votre déshonneur. GonunentI « diroient les sachems , les manitous de notre na- « tion se sont laissé battre par les manitous de * l'ennemi! Vous sentez combien celaseroithon- « teux, personne ne vous donnerait à manger; « les guerriers réveroient pour obtenir d'autres « esprits plus puissants que vous. 11 est de votre « intérêt de faire bonne garde; si on enlevolt « notre chevelure pendant notre sommeil, ce ne « serait pas nous qui serions blâmables,, mais « vous qui auriez tort.

Après cette admonition aux manitous, chacun se retire dans la plus parfiiite sécurité , convaincu qu'il n'a pas la moindre chose à craindre.

Des Européens qui ont fait la guerre avec les Sauvages, étonnés de cette étrange confiance, demandoient à leurs compagnons de natte s'il n'étoient Jamais surpris dans leurs campements : « Très-souvent », répondoient ceux-ci. « Ne feriez- « vous pas mieux, dans ce cas, disoient les étran- « gers, de poser des sentinelles? — Cela serait « fort bien , » répondoit le Sauvage en se tournant pour dormir. L'Indien se fait une vertu de son imprévoyance et de sa paresse , en se mettant sous la seule protection du ciel.

Il n'a point d'heure fixe pour le repos ou pour le mouvement : que le Jongleur s'écrie à minuit qu'il a vu une araignée sur une feuille de saule, il faut partir.

Quand on se trouve dans un pays abondant en gibier, la troupe se disperse; les bagages et ceux qui les portent restent à la merei du premier parti hostile; mais deux heures avant le coucher du soleil, tous les chasseurs revien* nent au camp avec une justesse et une précision dont les Indiens sont seuls capables.

Si l'on tombe dans le sentier blazed, ou le sentier du commerce, la dispersion des guerriers est encore plus grande : ce sentier est marqué , dans les forêts^ sur le tronc des arbres en-

VOYAOS EN AMÉBIQUE.

taillés à la ménM hantaur. Cett le dicnrin qiie suivent les diverses nations rouges pour trafiquer les unes avec les autres , ou avec les nations blanches. Il est de droit public que ce chemin demeure neutre^ on ne trouble point ceux qui s'y trouvent engagés.

La même neutralité est observée dans le scn- Uer du sang; ce sentier est tracé par le Isp que Ton a mis aux buissons. Aucune cabane ne s'élève sur ce chemin consacré au passage des tribus dans leurs expéditions lointaines^ Les partis même ennemis s*y rencontrent , mais ne 8*y attaquent Jamais. Violer le smiéer du cQmmerte, pu celui du $ang^ est une cause inmiédiate de guerre contre la nation coupable du sacrilège.

Si une troupe trouve endormie une autre troupe avec laquelle elle a des alliances, elle reste deboutf en dehors des palissades du camp, jusqu'au réveil des guerriers. Ceux-d étant sprtis d^ leur sonmieil , leur chef s'approche de la troupe voyageuse , lui présepte quelques chevelures destinées pour ces occasions, et lui dit : « V<nu avez coup « ici; > cequi signifie : « Vous pouves passer, tous • êtes nos frèreSi votre honneur est à couvert » Les alliés répondent : « 9|ous «voqs eoup id; > et ils poursuivent leur chemin. Quiconque prendroit pour ennemie une tribu amie , et la réveilleroit , s'exposeroit A un reproche d'ignoranoe ^ de lâcheté.

Si Ton doit traverser le territoire d'ime nation neutre, il fout demander le passage. Une députation se rend , avec le calumet , au principal village de cette nation. L'orateur déclare que l'arbre de paix a été planté par les aïeux : que son ombrage s'étend siu* les deux peuples ; que la hache est enterrée au pied de l'arbre ; qu'il fout éclaircir la chaîne d'amitié et fumer la pipe Sficrée. Si le chef de la nation neutre reçoit le calumet et fume, le passage est accordé. L'ambassadeur s'en retourne , toujours dansant , vers le^ siens.

Ainsi l'on avance vers la contrée où Ton porte la guerre, sans plan, saos précaution, comme sans crainte. C'est le hasard qui donne ordinairement les premières nouvelles de l'ennemi : un chasseur reviendra en hâte déclarer qu'ii a rencontré des traces d'homme. On ordonne aussitAt de cesser toute espèce de travaux , afin qu'aucun bruit ne se fasse entendre. Le ch^ part avec les guerriers les plus expérimenté^ ppur examiner les traces. Les Sauvages, qui entendent les sp|as à des distances infinies , reconnffissent des em-

preintes sur d'arides broyèns, sv to pu^os nus, où tout autre ceil que le leur ne vernit rien. Non-seulement ils déciNivre»t ces TestlgHi mais ils peuvent dire qu^ Ifibo indienne les a laissés, et de quelle date ils sqol. Si la diQMetian des deux pieds est considérable, ce sont des Illinois qui ont passé là; si la marque du tslsa est profonde et rimpreision de VogÛà Ivsb» on reoonnott les Outcbipooois; si le pied a porté de côté} on est sûr que les Pootonétamis sent es course; si Therbe est à peine foulée, si son pli est à la cime de la plante et non près de la terre , ce sont les traces fugitives des Puions; si les pei sont tournés en dehors, s'ils tombent à trentesix pouces l'un de l'autre, des Européeni ont marqué leur route ; les Indiens fn^iryhcnt lapâate du pied en dedans : les deux pieds sof 1^ mtoe ligne. On juge d^ TâgP des guefriers par la pesanteur ou la lég^té, le laccourpt va ^allQ^g^ ment du pas.

Quand la mousse ou l'herbe n'est plus huaûde, les tiapes soiit de la Teille; ç^ tiace« cooptent quatre ou oipq Jours qwiDd les insectes courent d^jà dans llterb^ ou dans U uknhk foulée; elles ont huit ofi Cotise joqns lonsque la forpe végétale d^ sol 4 reparu, et qqe d^ fo|iles nouvelles ont poussé : idnsi quelques inpieclv, quelques brins d*herbe et quelques joqrs effaceol les pas de l'homme et de sa glpire.

Les traces ayant été bien reooppuep, m met l'oreille à terre , et l'on juge , par des murmuies que l'ouïe européenne ne peut saisir, à quelle distance est l'ennemi.

Bentré au camp^ le chef (ait éteindre les fonx : il défend la parole, il interdit la chasse; les canots sont tirés à terre et cachés dans les buissons. On fait un grand repas en silence, après quoi on se co|iche.

La nuit qui suit la première déoouv^ de l'ennemi s'appelle ia nuU fias $fmgu. Tous tes guerriers sont obligés de rêver et de nffionler le lendemain ce qu'ils pnt rêvé , afii| que Tua puisse juger du succès de reutaq»rise«

Le camp offre alors un singulier ^pestsels : des Sauvages se lèvent et marchent dans les ténèbres, en murmurant leur chanson de pioit, à laquelle ils imputent quelques paroles iHNivelies, comme celles-ci : « J'avalenii quatre serpeats « blancs, et j'arracherai les aile^ i tm aigle « roux, n C'est le rêve que le gn^er vient de faire et qu'il entremêle à la çimnspn* Se} ooffl*

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pognons sont tenus de deviner ee songe, on le scmgear est dégagé du service. Id les quatre serpents Mânes peuvent être pris peur quatre Européens que le songeur doit tuer, et Taigle, r»ux 9 pour un ludion auquel il enlèvera la chevelure.

Ub guerrier, dans la miil #8f ê9nge$, augmmta sa eiianson de mort de rhistoire d'un etitan qui avoit des oreilles de feu $ il ne put Jamais (Atenir rexplication de son rêve , et il partit pour M cabane. Ces usages , qui tiennent du caractère de l'eslipce, poorroient bvoriser la lAcbeté chey rEosopéen ; mais ches le Sauvage du nord de rAmérique ils n'avoient point cet inconvénl^t : on n'y reoonnoissoit qu'un acte de cette volonté iihte et hiiam dont l'Iadien ne se départ jbmais, quel que soit Thomme auquel il se aoumet uu . noment par raison au par caprice.

Bans la nuit des sangêê^ les Jeunes gens oreigsenl beaucoup que le Jongleur n'ait mal rj§vé , è'nst-àHdirB qu'il n*ait eu peur) car le Jongleur, par un seul songe , peut Ibire rebrousser cbemin à l'année, eèt«elle marché deux c«its lieues. Si quelque guerrier a cru voir les espiits de ses pèree, oà s'il s*est figuré entendre leur voix, il oMIge aussi le camp à la retraite. L'indépendance absolue et la religion sans lumières gouvernent les actions des Sauvages.

Aucun iêve n'ayant dérangé re^pédition i ^lle eeseaMt en route. lMf§mme$ peiniei sofit laissées derrière avec les canots ; on envoie eu avant une vingtaine de guerriers phoisis entre ceux qui ont ftût le arment des amis'. Le plus grand ordre et le plus profond silence régnent dans ]fi tvonpe : les gnerriem cbemiuenl è ta file , de manière que celui qui suit pose le pied dans l'endroit quitté parle pied de celui qui précède : on évite ainsi la nultiplieilé des traces. Pour plus de précaution , le guerrier qui Ibrme la niarebe répand des feuilles mûries et de lu poussière d^r« rièm lui. Le chef est à la téta de le félonne. Guidé par les vestiges de rennemi, il pnrcourt leurs slnunaltés à travers jes buissons, comn^ nn limier sagaee* De temps en temps op fait balte et l'on prête une oreille ettentiye. Si le c^Mie est rimegP de la guerre parmi les Européens , phez les Sauva^ la guerre est Tiroege de la chasse : riodien apprend, en poursuivant les hommes, àdécouvrir les ours. Le plus grand général dans Tétat de natnre , est le plus fort et le plus vigoureux cbas-

seur ; les qualités intellectuelles, les eombinaisons savantes, l'usage perfectionné du Jugement, font, dans l'état social , les grands capitaines.

Les coureurs envoyés à la découverte rapportent quelquefois des paquets de roseaux nouvellement coupés ; ce sont des défis ou des cartels. On compte les roseaux : leur nombrp indique celui des ennemis. Si les tribus qui portoient autrefois ces défis étoient connues, comme celle des Hurons^, pour leur firanchise mfiitaire , les paquets de Jonc disoient exactement la vérité ; si, au contraire, elles étoient renommées, comme celle des Iroquois , pour leur génie politique, les roseaux augmentoient ou diminuirient la force numérique des combattants.

L'emplacement d'un camp que l'ennemi a occupé la veille vient-il à s'offrir, on l'examine avec soin : selon la construction des huttes , les chefii rsconnoissent les différentes tribus de la même nation et leurs différents alliés. Les huttes qui n'ont qu'on seul poteau à l'entrée sont celles des Illinois. L'addition d'une seule perche, son inclinaison plus ou moins forte, devient un indice. Les ajoupas ronds sont ceux des Outounis. Une hutte dont le toit est plat et exhaussé annonce des Chain bianekes. Il arrive quelquefois que les ennemis , avant d'être rencontrés par la nfrtiott qui les cherohe, ont battu on parti allié de cette nation : pour intimider ceux qui sont à leur poursuite , ils laissent derrière eux un monument de leur victoire. On trouva un Jour un large 1h>uleau déftouillé de son écorce. Sur Taubier nu et blanc était tracé un ovale où se détacboient , en noir et en rouge , les figures suivantes i un ours , une feuille de bouleau rongée par un papillon ^ dix cercles et quatre nattes, un oiseau volant, une lune sur des gerbes de mais, un canot et trois {Coupas, un pied d'homme et vingt huttes, un hibou et un soleil à son couebani i un hibou , trois cercles et un homme oouebé, un casso-tête et trente tètes rangées sur une ligne droite, deux hoipmes debout sur un peti| cercle, trois têtep dans un arc avec trois lignes.

L'ovale avec des hiéroglyphes désignnit un ebrf Illinois appelé Atabou ; on le reconnnisioit par les marques particulières qui étoient celles qu'il avoit au visage; Tours étoit le manitou de ce chef ; la feuille de bouleau rongée par un par pillon représentoit le symbole national des Illir nois ; les dix cercles nombroient mille guerrierSi chaque cerele étant pesé peur cent; les quatre

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nattes proctamoient quatre avantages obtenus; Toisean volant marqaoit le départ âes liliiioîs; la lune sar des gert)es de mais signlfioit que ce départ avdt eu lieu dans la lune du blé vert; le canot et les trois ajoupas racontolent que les mUle guerriers avoient voyagé trois Jours par eau ; le pied d*bonune et les vingt huttes dénotolent vingt jours de marche par terre; le liibou étoit le synd)ole des Ghicassas; le soleil à son cou cliant montroit que les Illinois étoient arrivés à l'ouest du camp des Ghicassas; le hilxHii les trois cercles et Ttiomme couché, disoient que trois cents Ghicassas avoient été surpris pendant la nuit; le casse-tète et les trente tètes rangées sur une ligne droite déclan^nt que les Ulinois avoient tué trente Ghicassas. Les deux hommes debout sur un petit cercle annonooient qu'ils emmenoient vingt prisonniers ; les trois tètes dans l'arc comptoient trois morts du oèté des Illinois , et les trois lignes indiquoient trois blessés.

Un chef de guerre doit savoir exi^iquer avec rapidité et précision ces emblèmes; et par les oonnoissances qu'il a de la force et des alliances de l'ennemi , il doit juger du plus ou moins d'exactitude historique de ces trophées. S'il prend le parti d'avancer, malgré les victoires vraies ou prétendues de l'ennemi , il se prépare au combat De nouveaux investigateurs sont dépêchés. Ils s'avancent en se courbant le long des buissons, et quelquefois en se traînant sur les mains. Ils montent sur les plus hauts arbres ; quand ils ont découvert les huttes hostiles, il se bâtait de revenir au camp , et de rendre compte an chef de la position de l'ennemi. Si cette position est forte, on examine par quel stratagème on pourra la lui foire abandonner.

Un des stratagèmes les plus communs est de contrefaire le cri des bètes fauves. Des jeunes gens se dispersent dans les taillis , imitant le bramement des cerfr, le mugissement des buffles, le glapissement des renards. Les Sauvages sont accoutumés à cette ruse ; mais telle est leur passion pour la chasse , et telle est la parfeite imitation de la voix des animaux , qu'ils sont continuellement pris à ce leurre. Ils sortent de leur camp, et tombent dans des embuscades. Ils se rallient , slls le peuvent , sur un terrain défendu par des obstacles naturels, tels qu'une chaussée dans un marais, une langue de terre entre deux lacs.

Cernés dans ce poète, on les voit akurs, au lieu

de cherchera se fidrejoiir,s*ooeoperpaisihlcaiat de différents Jeux , comme s'ils étoient danskni villages. Ge n'est Jamais qu'à la dernière extrémité que-deux troupes d'Indiens se détenniiot à une attaque de vive force ; elles aiment mioii lutter de patience et de ruse ; et comme ni f ne ni l'autre n'a de provisions, ou ceux qui bloquât un défilé s(mt contraints à la retraite , ou eenxqii y sont enHermés sont obligés de s'ouvrir un p»sage.

La mêlée est épouvantable ; c'est un graudiud comme dans les combats antiques : l'hopimeiiitt rhomme. U y a dans le regard humain anlDé par la colère quelque chose de oontagieox, de terrible qui se communique. Les cris de mort, les cliansons de guerre, les outrages malMli font retentir le champ de bataille; les guerrien s'insultent comme les héros d'Homère; ibee connolssent tous par leur nom: «NetesouTiestilplus, se disent-ils, du Jour où tu désiras <|K tes pieds eussent la ivttesse du vent poar Mr devant ma flèche? Yieille femme I te krûjjt apporter de la sagamité nouvdie, et delaeaeeiM brûlante dans le nœud du roseau ? — Chcfliabillard , à la large bouche! répondent la ai* très, on voit bien que tu es accoutumé à partir le Jupon; ta langue est comme la feidle di tremble ; elle remue sans cesse. »

Les combattants se r^rochent aussi leon ioperfections naturelles : ils se donnent le doo de boiteux, de louche, de petit; ces blessons ia^ à l'amourjpropre augmentent leur rage, h'tîfineuse coutume de scalper rennemi augmeoteli férocité du combat On met le pied sur le coq di vaincu : de la main gauche on saisit le tospet de cheveux que les Indiens gardent sur lesoiimet de la tète; de la main droite on trace, â l'aide d'un étroit couteau, un oerdedansleerâDe} autour de la dievdura : ce trophée est soaYcnl 'enlevé avec tant d'adresse, que la cerveOe rerte à découvert sans avoir été entamée par lapoîntt de l'instrument

Lorsque deux partis ennemis se présenteot ea rase campagne, et que Tun est plus foîMe qv l'autre , le plus foible creuse des trous daas la terre, il y descend et s'y bat, ainsi que dans ces villes de guerre dont les ouvrages, preaqw de niveau avec le sol , présentent peu de soiftca au boulet Les assiégeants lancent leurs iKcbes comme des bombes, avec tant de JustesBe,qa'dtt retombent sur la tète des assiégés.

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Dm honneors militaires spaï déoeniés à ceux ni ont abattu le plus d'ennemis : on leur perlet de porter des plumes de killiou. Pour éviter s injustices, les flèches de chaque guerrier ortent une marque particulière : en les retirant

0 corps de la victime , on connolt la main qui Balancées.

L'arme à feu ne peut rendre témoignage de

1 gloire de son maître. Lorsque Ton tue avec la aUe, le cassertéte ou la hache, c*est par le nomledes chevelures enlevées que les exploits sont omptés.

Pendant le combat , il est rare que Ton obéisse m chef de guerre , qui lui-même ne cherche qu'à e distinguer persomiellement II est rare que les rainqueors poursuivent les vaincus : ils restent nr le champ de bataille à dépouiller les morts , k lier les prisonniers , à célébrer le triomphe par ies danses et des chants : on pleure les amis que ToQ a perdus : leurs corps sont exposés avec de grandes lamentations sur les branches des arbres : kl corps des ennemis demeurent étendus dans la PQQSiîère.

Un guerrier détaché du camp porte à la nation la «Nivelle de la victoire et du retour de Tarnée' : les vieillards s'assemblent; le chef de pienre fait au conseil le rapport de Texpédition : d'après ce rapport on se détermine à continuer la pKnre ou à négocier la paix.

Si l'on se décide à la paix , les prisonniers loateoDservés comme moyen de la conclure. : si 1*00 s'obstine à la guerre , les prisonniers sont li- ^ aa supplice. Qu'il me soit permis de ren- ^yer les lecteurs à l'épisode à'Atala et aux Nat- ^a pour le détail. Les femmes se montrent ^^fdloairement cruelles dans ces vengeances : ^ks déchirent les prisonniers avec leurs ongles , ks percent avec les instruments des travaux do- '^'^B^QeSf et apprêtent le repas de leur chair, te chairs se mangent grillées ou bouillies; et les ^Bi^bales connoissent les parties les plus suc- ^^tes de la victime. Ceux qui ne dévorent pas ws ennemis, du moins boivent leur sang, et •*e& barbouillent la poitrine et le visage.

^bis les femmes ont aussi un beau privilège : ^ks peuvent sauver les prisonniers en lesadop- ^■'^^pcmr frères ou pour maris, surtout si elles ^ perdu des frères ou des maris dans le combat. L'adoption confère les droits de la nature : ^^yà pohit d'exemple qu'un prisonnier adopté

* OrnlovrcK décrit dans le XI* Uvndes fiatchez.

ait trahi la famille dont il est devenu membre , et il ne montre pas moins d'ardeur que ses nouveaux compatriotes en portant les armes contre son ancienne nation ; de là les aventures les plus pathétiques. Un père se trouve assez souvent en face d'un fils : si le fils terrasse le père, il le laisse aller une première fois; mais il lui dit : « Tu m'as donné la vie, je te la rends : nous « voilà quittes. Ne te présente plus devant moi , « car Je t'enlèverois la chevelure. »

Toutefois les prisonniers adoptés ne Jouissent pas d'une sûreté complète. S'il arrive que la tribu où ils servent fasse quelque perte , on les massa* cre : telle femme qui avoit pris soin d'un enfant , le coupe en deux d'un coup de hache.

Les Iroquois , renommés d'ailleurs pour leur cruauté envers les prisonniers de guerre , avoient un usage qu'on auroit dit emprunté des Romains, et qui annonçoit le génie d'un grand peuple : ils incorporoient la nation vaincue dans leur nation sans la rendre esclave; ils ne la forçoient même pas d'adopter leurs lois; ils ne Ui soumettoient qu'a leurs mœurs.

Toutes les tribus ne brûloient pas leurs prisonniers; quelques-unes se contentoient de les réduire en servitude. Les sachems, rigides partisans des vieilles coutumes, déploroient cette humanité, dégénération, selon eux, de Tancienne vertu. Le christianisme, en se répandant chez les Indiens, avoit contribué à adoucir des caractères féroces. C'étoit au nom d'un Dieu sacrifié par les hommes que les missionnaires obtenoient l'abolition des sacrifices humains : ils plantoient la croix à la place du poteau du supplice , et le sang de Jésus-Christ rachetoit le sang du prisonnier.

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