‹ Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 105 sur 170 · RÉPUBLIQUES ESPAGNOLES · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUES ESPAGNOLES

Lorsque l'Amérique angloise se souleva contre la Grande-Bretagne , sa position étoit bien différente de la position où se trouve l'Amérique espagnole. Les colonies qui ont formé les États- Unis avoient été peuplées à différentes époques par des Anglois mécontents de leur pays natal , et qui s'en éioignoient afin de Jouir de la liberté civile et religieuse. Ceux qui s'établirent principalement dans la Nouvelle- Angleterre appartenoient à cette secte républicaine fameuse sous le second des Stuarts.

La haine de la monarchie se conserva dans le climat rigoureux du Massachusetts, du New- Hampshire et du Maine. Quand la révolution éclata à Boston, on peut dire que ce n'étoit pas une révolution nouvelle, mais la révolution de 1649 qui reparoissoit après un ajournement d'un peu plus d'un siècle , et qu'alloient exécuter les descendants des puritains de Cromvtrell. Si Cromweil lui-même , qui s'étoit embarqué pour la Nouvelle- Angleterre, et qu'un ordre de Charles V contraignit de débarquer; si Cromweil avoit passé en Amérique, il fût demeur^lbscur; mais ses fils auraient Joui de cette liberté républicaine qu'il chet^ha dans un crime , et qui ne lui donna qu'un trône.

Des soldats royalistes faits prisonniers sur le champ de bataille , vendus comme esclaves par la ftiction parlementaire, et que ne rappela point Charles II, laissèrent aussi dans l'Amérique septentrionale des enfants indifférents à la cause des rois.

Comme Anglois , les colons des États-Unis étoient déjà accoutumés à une discussion publique des intérêts du peuple , aux droits du citoyen, au langage et à la forme du gouvernement constitutionnel. Ils étoient instruits dans les arts, les lettres et les sciences; ils partageolent toutes les lumières de leur mère-patrie. Us Jouissoient de

l'institution do Jury; ils avoient de phu, âau chacun de leurs établissements, des chartes es vertu desquelles ils s*administroient et se graTernoient. Ces chartes étoient fondées sur des priacipes si généreux , qu'elles servent encore aQjoQ^ d'hui de oonstituticHis particulièresaux dilférarti États-Unis. Il résulte de ces faits que les Étati- Unis ne changèrent, pour ainsi dire, pasd'exiitence au moment de leur révolution; un congrii américain fut substitué à lin parlement aogiojs; un président à un roi; la chaîne du feodatiiR fut remplacée par le lien du fédéraliste, etilx trouva par hasard un grand homme pour semr ce lien.

Les héritiers de Pizarre et de Fernand Cocta ressemblent-ils aux enfants des frères de Feu et aux fils des indépendants? Ont-Us été, dus les vieilles Espagnes , élevés à l'écolede la liberté? Ont-ils trouvé dans leur ancien pays les iasliti- Uons, les enseignements, les exemples, les tamières qui forment un peuple au gpuveneflMol constitutionnel? Avoient-its des chartes danses colonies soumises à l'autorité militaire, où la niisère en haillons étoit assise sur des mines d'or? L'Espagne n*a-t-eile pas porté dans le Noii?ein- Monde sa religion, ses mœurs, ses coûtâmes, ses idées , ses principes, et jusqu'à ses préjugés? Une population catholique , soumise à un elergi nombreux, riche et puissant; une population m^ lée de deux millions neuf cent trente-sept mSt blancs, de cinq millions cinq cent dix-huit nuBe nègres et mulâtres libres ou esclaves, de sept millions cinq cent trente mille Indiens; une population divisée en classe noble et roturière; atf population disséminée dans d'immenses forêts, dans une variété infinie de climats, sur deux Amériques et le long des côtes de deux oeéaos; une population presque sans rapports natiooanii et sans intérêts communs, est-elle aussi propre aux institutions démocratiques que la popoiatki homogène , sans distinction de rangs et aux trois quarts et demi protestante , des dix millions de citoyens des États-Unis ? Aux États-Unis l'insW tion est générale ; dans les républiques espagnoles la presque totalité de la population ne sait pas même lire ; le curé est le savant des villages; ces villages sont rares, et, pour aller de tcIletiB« à telle autre, on ne met pas moins de trois oo quatre mois. Villes et villages ont été dévasta par la guerre ; point de chemins, pointdc canaux; les fleuves immenses qui porteront un Jour la ^

VOYAGE EN AMÉEIQUE.

TiHsadon dans les parties les plus secrètes de ces contrées n'arrosent encore que des déserts.

De ces Nègres , de ces Indiens, de ces Européens, est sortie une population mixte, engourdie dttus cet esclavage fort doux que les mœurs c^agnoles établissent partout où elles régnent. Dans la Colombie il existe une race née de TAfricain et de Flndien , qui n'a d*autre instinct que de vivre et de servir. On a proclamé le principe de la liberté des esclaves, et tous les esclaves ont voqIq rester chez leurs maîtres.

Dans quelques-unes de ces colonies, oubliées mé.Tie de l'Espagne, et qu'opprimoient de petits despotes appelés gouverneurs, une grande corruption de mœurs s'étoit introduite ; rien n'étoit plus commun que de rencontrer des ecclésiastiques entoarés d'une famille dont ils ne cachoient pas Torigine. On a connu un habitant qui faisoit une spéculation de son commerce avec des négresses, et qui s'enrichissoit en vendant les enfants qu'il avoit de ces esclaves.

Les formes démocratiques étoient jsi ignorées , le nom même d'une république étoit si étranger dans ces pays, que, sans un volume de l'histoire de Rollin , on n'auroit pas su au Paraguay ce que cëtoit qu'un dictateur, des consuls et un sénat. A Goatimala , «e sont deux ou trois jeunes étrangers qui ont fait la constitution. Des nations chez lesquelles rédacation politique est si peu avancée laissent toujours des craintes pour la liberté.

Les classes supérieures au Mexique sont instruites et distinguées ; mais , comme le Mexique manque de ports, la population générale n'a pas été en contact avec les lumières de TEurope.

La Colombie an contraire a, par l'excellente disposition de ses rivages, plus de communications avec l'étranger, et un homme remarquable s'est clevé dans son sein. Mais est-il certain qu'un soldat généreux puisse parvenir à imposer la liberté aussi facilement qu'il pourroit établirresclavage? La force ne remplace point le temps : quand la première éducation politique manque à un peuple, cette éducation ne peut être que l'ouvrage des années. Ainsi lalibertés'élèveroit mal à l'abri de la dictature, et il seroit toujours à craindre qu'une dictature prolongée ne donnât à celui qui «a seroit revêtu le goût de l'arbitraire perpétuel. On tourne ici dans un cercle vicieux. Une guerre civile existe dans la république de l'Amérique centrale.

La république Bolivienne et celle du Chili ont

OUTSÀUBSl^llD. — TOME IV.

été tourmentées derévolutions : placées sur l'océan Pacifique, elles semblent exclues de la partie du monde la plus civilisée '.

Buenos- Ayres a les inconvénients de sa latitude : il est trop vrai que la température de telle ou telle région peut être un obstacle au jeu et à la marche du gouvernement populaire. Un pays où les forces physiques de l'homme sont abattues par l'ardeur du soleil , où il faut se cacher pendant le jour, et rester étendu presque sans mouvement sur une natte ; un pays de cette nature ne favorise pas les délibérations du forum. Il ne faut sans doute exagérer en rien l'influence des climats; on a vu tour à tour, au même lieu, dans les zones tempérées , des peuples libres et des peuples esclaves; mais sous le cercle polaire et sous la ligne, il y a des exigences de climat incontestables, et qui doivent produire des effets permanents. Les Nègres , par cette nécessité seule , seront toujours puissants, s'ils ne deviennent pas maîtres dans l'Amérique méridionale.

Les États-Unis se soulevèrent d'eux-mêmes , par lassitude du jouget amour de l'indépendance ; quand Hs eurent brisé leurs entraves, ils trouvèrent en eux les lumières suffisantes pour se conduire.Une civilisation très-avancée, uneéducation politique de vieille date, une industrie développée , les portèrent à ce degré de prospérité on nous les voyons aigourd'hui, sans qu'ils fussent obligés de recourir à l'argent et à l'intelligence de rétranger.

Dans les républiques espagnoles les faits sont d'une tout autre nature.

Quoique misémblement administrées par la mère-patrie,le premier mouvementdeces colonies fut plutôt Teffet d'une impulsion étrangère que l'instinct de la liberté. La guerre de la révolution françoise le produisit. Les Anglois, qui, depuis le r^e de la reine Elisabeth, n'avoient cessé de tourner leurs regards vers les Amériques espagnoles , dirigèrent , en 1804 , une expédition sur Buenos-Ayres ; expédition que fît échouer la bravoure d'un seul François, le capitaine Liniers.

La question, pour les colonies espagnoles , étoit alors de savoir si elles suivroient la politique du cabinet espagnol, alors allié à Buonaparte, ou si , regardant cette alliaoce comme forcée et contre nature, elles se détacheroient du gouverne^

> Au moment où J*écris, les papiers publics de toutes les opinions annoncent les troubles , les divisions , les banqueroutes de ces diverses républiques.

tOYAGE EN

mêni êàpagnol pour 9e conserver au rot d'Espagne.

Dès l'année 1 790 , Miranda aroit commencé à négocier avec l'Angleterre TafTalre de rémaoci- ^tion. Cette négociation fot reprise en 1797, 1 801 , f 804 et 1 S07 , époqiie h laquelle Une grande expédition se préparoit à Gorek ponr la Terre- Fermé. Enfin Miranda fut Jeté, en f8d9, dans les colonies espagnoles ; l'expédition ne fut pas hem'euse pour lui; mais Finsurfection de Yenetùe\û prit de la consistance , Bolivar retendit.

La question avolt changé pour les colonies et pour rAngleterre; l'Espagne s'étoit soulevée eontre Buonaparte; la régime eonstKotionnel avolt commencé à Cadix , sous la direction des eortès; ces Idées de liberté étoieut nèecssalrement reportées en Amérique par l'autorité des eortès mêmes.

L'AngletelTé, de son eôlé, ne pouvolt plus attaquer ostensiblement les colonies espagnoles j puisque le roi d*Espagne , prisonniei' en France , étoit devento son alité : aussi publia-t-elie des bills afln de. défendre aux sijjets de 8. M. B. de porter des secours aux Américains ; mdls en même temps six ou sept mille hommes , enrôlés malgré ces bills diplomatiques, alloient soutenir ^lnsu^ rection de la Colombie.

Revenue à l'ancien gouvernement, après la iMauration de Ferdinand , l'Espagne fit de grandes fautes : le gouvernement constitutionnel , rétabli par l'insurrection des troupes de l'Ile de Léon , ne se montra pas plus haUle; les eortès furent encore moins favorables à l'émanelpatlon des colonies espagnoles que ne l'avoit été le gouvernement alnolu. Bolivar, par son activité et aes victoires , acheva de briser des liens qu'on n'a volt pas cherché d*abord à rompre.Les Angiols , qui étotent partout , au Mexique , à la Colombie , au Pérou , au Chili avec lord Cochrane , finirent par reeonnottre publiquement ce qui étoit en grande partie leur ouvrage secret.

On volt donc que les colonies espagnoles n'ont point été , comme les Êtats-tJnis , poussées à rémancipation par un principe puissant de liberté; que ce principe n'a pas eu , à l'origine des troubles, cette vitalité, cette force qui annonce la ferme volonté des nations. Une impulsion venue du dehors , des intérêts politiques et des événements extrêmement compliqués , voilà ce qu'on aperçoit au premier coup d'œil. Les colonies se détachoient de TEspagne, parce que l'Espagne

étoit envahie ) ensuite elles se donnotent éa constitutions , comme les corlès en dôonolest à la mère-patrie; enfin on ne leur proposoit riesie rdisonhable , et elles tie toulurent pas reprodre le Joug. Ce n'est pas tout : l'argent et lesipéentetions dé l'étranger tendolent encore à letir rsleter ce qui ponvoit i^tef de natif et de mitiooai i leur liberté.

De 1822 à 18S6 dix empreints ont été fkitsoi Angleterre pour les colonies espagnoles, montant à la somme de 20,978,000 Hv. sterl. Ces emprunts , l'un portant l'autre , ont été cootn»tés à 75 c. Puis on a défalqué, sur ces empnmis, deux années d*intérêt h 6 pour lOO; ensoiteon a retenu pour 7,000,000 de Hv. sterf. de fournitures. De compte fait , rAtJgleterre h débooisé une somme réelle de 7,000,000 de liv. stcr!.,* 175,000,000 de francs; mais les république espagnoles n'en restent pas moitis grevées d'oix dette de 20,978,000 Hv. sterl.

A ces emprunts, déjà excessifs, vinrent se joindre cette multitude d'associations on de cmpagt)1e^ destinées à exploiter les mines, pêcher des perles, creuser les canaux, ouvrir les chemins, défricher les terres de ce nouveau monde qm sembloit découvert pour la première fols. Ces compagnies s'élevèrett au nômbi*e de vingt-nerf, et le capital nominal d^ sommes employées par elles fut de 14,767,500 Hv. sterl. Les souscripteurs ne fournirent qu'environ un quart de cette somme; c'est donc 3,000,000 sterl.(ou 75,000,000 de francs ) qu'il faut ajouter aux 7,000,000 sterl. (ou 175,000,000 de francs) des emprunts : en tout 250,000,000 de fr. avancés pat- l'Angleterre aux colonies espagnoles, et pour lesquelles elle répète une somme nominale de 85,745,500 Kt. sterl., tant sur les gouvernements que sur les particuliers.

L'Angleterre a des vice-consuls dans les plos petites baies , des consuls dans les ports de quelque Importance, des consuls généraux, des ministres plénipotentiaires à la Colombie et « Mexique. Tout le pays est couvert de maisons de commerce angloises, de commis-voyageurs angiols, agents de compagnies angloises poorl«î' ploitatîon des mines, de minéralogistes angtois, de militaires anglois , de fournisseurs angloiSj de colons anglois à qui l'on a vendu 8 seheWing* l'acre du terre qui revenolt à 12 sous et demi à l'actionnaire. Le pavillon anglois flotte sur toutes les côtes de l'Atlantique et de la mer du Sud;

des barques remontent et deseendent toutes les rivières navigables ^ chai'géeâ des produits des iDannfaelores angloises on de réchange de ces prodnitft; des paqbebots, ftnimis par ramlraoté) partent régolièrement chaque mois de la Grande- Bretagne pour les dtflérents points des colonies espagnoles.

De nombreuses faillites ont été la suite de ces entreprises immodérées; le peuple, en plusieurs endroits 9 a brisé les machines pour l'exploitation des inines; les mines vendues ne se sont point trouvées ; des procès ont commencé entre les négociants amérieains-espagtiels et «les négociants aagtols)et des discussions se sont élevées entre les gouvernements relativement aux emprunts.

Il résulte de ees faits que les anciennes colo- Dies de l'Espagne, au moment de leur émandpation, sont devenues des espèces de colonies anglolses. Les nouveaux maîtres ne sont point aimés, car on n*aime point les maîtres ; en général l'orgueil britannique humilie ceux même qu'il protège ; mais il n'en est pas moins vrai que cette espèce de suprématie étrangère comprime dans les républiques espagnoles l'élan du génie natUmal.

L'indépendance des États-Unis ne se combina point avec tant d'intérêts divers : l'Angleterre n'avoit point éprouvé, comme l'Espagne, une invasion et une révolution politique tandis que ses eoionies se détachoient d'elle. Les États-Unis furent secourus militairement par la France, qui les traita en alliés; ils ne devinrent pas, par une foule d'emprunts, de spéculations et d'intrigues, les débiteurs et le marché de l'étranger.

Enfin rindépendance des colonies espagnoles n'est pas encore reconnue par la mère -patrie. Cette résistance passive du cabinet de Madrid à beaocoup pins de force et d'inconvénient qu'on ne se l'imagine; le droit est une puissance qui balance longtemps le feit, alors même que les événements ne sont pas en faveur du droit : notre restauration Ta prouvé. Si l'Angleterre , sans faire la guerre aux États-Unis, s'étoit contentée de ne pas reoonnoltre leur indépendance , les États-Unis seroient-ils ce qu'ils sont aujourd'hui.

Plus les républiques espagnoles ont rencontré et rencontreront encore d obstacles dans la nouvelle carrière où elles s'avancent , plus elles auront de mérite à les surmonter. Elles reuferment dans leurs vastes limites tons les éléments de prospérité : variété de climat et de sol , forêts

pour la marine, pour les vaisseaux, double océan qui leur ouvre le commerce du monde. La nà* turc a tout prodigué à ces républiques ; tout est riche en dehors et en dedans de la tei re qui les' porte; les fleuves fécondent la surface de cette terre et l'or en fertilise le sein. L'Amérique espa^ gnole a donc devant elle un propice avenir; mais lui dire qu'elle peut y atteindre sans efforts, ce seroit la décevoir, l'endormir dans une sécurité trompeuse : les flatteurs des peuples sont aussi dangereux que les flatteurs des rois. Quand on se crée une utopie, on ne tient compte ni du passé, ni de l'histoire^ ni des faits , ni des mœurs, ni du caractère, ni des préjugés , ni des passions : enchanté de ses propres rêves, on ne se prémunit point contre les événements, et l'on gâte les plus belles destinées.

J'ai exposé avec franchise les difficultés qui peuvent entraver la liberté des républiques espagnoles ; Je dois indiquer également les garanties de leur indépendance.

D'abord l'influence du climat ^ le défaut de chemins et de culture rendrolent infructueux les efforts que Ton tenteroit pour conquérir ces républiques. On pourroit occuper un moment le littoral; mais il seroit impossible de s'avancer dans l'intérieur.

La (Colombie n'a plus sur son territoire d'Espagnols proprement dits ; on les appeloit les Goihsf ils ont péri ou ils ont été expulsés. Au Mexique , on vient de prendre des mesures contre les natifs de l'ancienne mère-patrie.

Tout le clergé dans la Colombie est américain ; beaucoup de prêtres , par une infraction coupable à la discipline de l'église, sont pères de famille comme les autres citoyens; ils ne portent même pas l'habit de leur ordre. Les mœurs souffrent sans doute de cet état de choses ; mais il en résulte aussi que le clergé, tout catholique qu'il est , craignant des relations plus intimes avec la cour de Rome, est favorable à l'émancipatfon. Les moines ont été dans les ti*oubies plutôt des soldats que des religieux. Vingt années de révolution ont créé des droits , des propriétés , des places qu'on ne détruiroit pas facilement ; et la génération nouvelle, née dans le cours de la révolution des colonies, est pleine d'ardeur pour l'indépendance. L'Espagne se vantoit Jadis que le soleil ne se couchoit pas sur ses États : espérons que la liberté ne cessera plus d'éclairer les hommes.

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Mate poavoiUoD établir cette liberté dans TAmériqoe espagnole par qd moyen plus fiiciie et piof sûr que celai dont oo s*est servi : moyen qoi y appliqué en temps utile lorsque les événement n*a voient encore rien décidé, aoroit fait disparoltre une Ibule d'obstades? je le pense.

Selon moi, les colonies espagnoles auroient beaucoup gagné à se former en moDarcliies constitutionnelles. La monarcliie représentative est , à mon avis , un gonvemement fort supérieur au gouvernement républicain, parce qu'il détruit les prétentions individuelles au pouvoir exéeutif , et quil réunit Tordre et la liberté.

Il me semble encore que la monarchie représentative eût été mieux appropriée au génie espagnol, à rétat des personnes et des choses, dans un pays où la grande propriété territoriale domine, où le nombre des Européens est petit, celai des Nègres et des Indiens, considérable ; où Fesclavage est d*usage public, où la religion de TÉtat est la catholique, où riustruction su rtou t manque totalement dans les classes populaires.

Les colonies espagnoles indépendantes de la mère* patrie, formées en grandes monarchies représentatives, auroient achevé leur éducation politique à l'abri des orages qui peuvent encore bouleverser les républiques naissantes. Un peuple qui sort tout à coup de Tesclavage, en se précipitant dans la liberté, peut tomber dans Tanarchie, et l'anarchie enfante presque toujours le despotisme.

Mais s'il existoit un système propre a prévenir ces divisions , on me dira sans doute : « Vous « avez passé au pouvoir : vous êtes-vous con- « tenté de désirer la paix , le bonheur, la liberté a de TAmérique espagnole? Voosétes-vous borné « à de stériles vœux? •

Ici J'anticiperai sur mes Mémoires, et Je ferai une confession.

Lorsque Ferdinand fut délivré à Cadix , et que Louis XVIII eut écrit au monarque espagnol pour l'engager à donner un gouvernement libre À ses peuples, ma mission me sembla unie. J'eus ridée de remettre au roi ie portefeuil ie des affaires étrangères, en suppliant Sa Majesté de le rendre au vertueux duc de Montmorency. Que de soucis Je me serois épargnés! que de divisions J'aurais peut-être épargnées à l'opinion publique! l'amitié et le pouvoir n'auroient pas donné un triste exemple. Couronné de succès, je serois sorti de

la numière la plus hrillaiite du Bûnlslm, pnr livrer an repos le reste de ma vie.

Ce sont les intérêts de ces colonies cspsgaola, desquelles mon sqjet m'a conduit à parier, qnioit produit le dernier bond de ma quinteose fiirtune, ie puis dire que je me sais sacrifié à Tespoir d*assurer le repos et Findépendance d'un gnad peuple.

Quand je songeai à la retraite, des n^odsti<ms importantes avoient été poussées tn^kin; j'en av(^ établi et j*en tenois les fils, je m'éuè formé un plan que je croyais utile aux deoxMiiades ; je me flattois d'avoir posé une base où tniveroient place à la fois et les droits des oatioDi, l'intérêt de ma patrie et celui des autres pays, k ne puis expliquer les détails de ce plan, on sent assez pourquoi

En diplomatîe, un projet conçu n'est passe projet exécuté : les gouvernements ont leur routiBe et leur allure ; il faut de la patience : on n*empoitB pas d'assaut des cabinets étrangers comme M. ie Dauphin prenoit des villes; la politique ne maidie pas aussi vite que la gloire a la tête de nos sol* dats. Résistant par malheur à ma première inspiration , je restai afin d'accomplir mon oavrsge. Je me figurai que l'ayant préparé je le oonnoltnNS mieux que mon successeur ; je craignis aossi qve le portefeuille ne fût pas rendu à M. de Moatmorency,et qu'un autre ministre n'adoptât qoelqsc système suranné pour les possessions espagnolei Je me laissai séduire à l'idée d'attacher monaoB à la lil)erté de la seconde Amérique, saas conpromettre cette liberté dans les colonies émaodpées, et sans exposer ie principe monarclilqie des États européens.

Assuré 4c la bienveillance des divers caUncls du continent , un seul excepté , je ne désespérois pas de vaincre la résistance que m'opposoit es Angleterre l'homme d'État qui vient de mourir; résistance qui tenoit moins à lui qu'à la mercss* tile fort mai entendue de sa nation. L'aTenircoDnoitra peut-être la correspondance particolièreipi

eut lieu sur ce grand si^et entre moi et moo ili>^ tre ami. Comme tout s'endiatne dans les destinces d un homme , il est possible que M. CanniDg,^ s'associant à des projets d'ailleurs peu différents des siens, eût trouvé plus de repos, et qu'il ^ évité les inquiétudes polltiquesqui ontfatigoésa derniers jours. Les talents se hâtent de dispirottre; Il s'arrange une toute petite Europe à Is guise de la médiocrité ; pour arriver aux géaé-

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rations nouvelles, il faudra traverser un âésert.

Quoiqu'il en soit, Je pensois que l'administration dont J*étob membre me laisseroit achever un édifice qui ne pou voit que lui faire homaeur ; J'avois la naïveté de croire que les affaires de mon ministère, en me portant au dehors, ne me Jetoientsur le chemin de personne ; comme l'astrologoe. Je r^rdois le ciel , et Je tombai dans un poits. L'Angleterre applaudit à ma chute : il est vrai qne nous avions garnison dans Cadix sous le drapeau blanc, et que l'émancipation monarchique des colonies espagnoles , par la généreuse influence du fils aîné des Bourl>ons, aurait élevé la France au plus haut degré de prospérité et de gloire.

Tel a été le dernier songe de mon âge mûr : Je me croyols en Amérique , et Je me réveillai en Europe. Il me reste à dire comment Je revins autrefois de cette même Amérique, après avoir Vï s'évanouir également le premier songe de ma Jeunesse.

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