LES NATCHEZ. LIVRE L
RMiDe SQppose qo'oD voyoit de son temps donner la question, et cela n'étoit pas : les juges, le greffier, le bourreaa et ses garçons, assistoient seuls à la toiture.
Tespère enfin qu'aucun véritable savant de nos jours ne 8*oflensera du rédt d'une séance à l'Académie , et d*une imttcente eritique de la science sous Louis XIV, critique qui troore d'ailleurs son contre-poids au Souper chez 'Ninon. Ils ne s*en offenseront pas dlTantage que les gens de robe ne se blesseront de ma relation d'une ajidience an Palais. Nos avocats, nobles défenseurs des libertés publiques, ne parlent plus comme le PetitJean des Plaidntn; et dans notre siècle, où la science a fait de si grands pas et créé tant de prodiges, la pédanterie est an ridicale oomplétemfnt ignoré de nos illustres savants.
On trouve aussi dans le premier volume des Natchez raliTie d'un Ciei chrétien, différent du Ciel des Martffrs : en le lisant j'ai cru éprouver un sentiment de l'infini qni m'a déterminé à conserver ce livre. Les idées de Platon y sont confondues avec les idées chrétiennes , et ce mélange ne m'a paru présenter rien de profane ou debtiarre.
Si on s'occaiK>it encore de style, les jeunes écrivains pourraient apprendre, en comparant le premier volume des Natchez au second , par quels artiflces on peut changer une composition littéraire, et la faire passer d'un gnre à un autre. Mais nous sommes dans le siècle des fûts, et ces études de mots paroftroicnt sans doute oiseules. Reste k savoir si le style n'est pas cependant un peu Déeessaiie pour faire vivre les foits : Voltaire n*a pas mal serri la nanomn^e de Newton. L'histoire , qui punit et qui réoompense, perdrait sa puissance si elle ne savoit peindre : sans Tite-Live, qui se souviendrait du vieux finitm? sans Tadte , qui penserait à Tibère? César a plaidé Imnoème la cause de son immortalité dans ses Commentiires, et il l'a gagnée. Achille n'existe que par Homère. Otei de ce monde l'art d'écrire, il est probable que vous en âterez la gloire. Cette gloire est peut-être une assez belle inniflité pour qu'il soit bon de la conserver, du moins encore quelque temps.
La description de l'Amérique sauvage appelleroit nahirellement le tableau de l'Amérique /w/jci^; mais ce tableau me parottroit mal placé dans la préface d'un ouTrage d'imagination. C'est dans le volume où se trouveront les souvenirs de mes voyages en Amérique , qu'après avoir peint les déserts je dirai ce qu'est devenu le Nouveau-Monde , et ce qu'il peut attendre de l'avenir. L'bistoire ainsi fera suite à l'histoire, et les divers sujets Be seront pas confondus.
LIVIŒ PREMIER.
A Tombre des forêts américaines, je veux chanter des airs de la solitude tels que n'en ont point encore entendu des oreilles mortelles; Je ^eux raconter vos malheurs , 6 Natchez ! ô nation de la Louisiane ! dont il ne reste plus que les souvenirs. Les infortunes d'un obscur habitant desboisauroient-elles moins de droits à nos pleurs
que celles des autres hommes ? et les mausolées des rois dans nos temples sont-ils plus touchants que le ^tombeau d'un Indien sous le chêne de sa patrie?
Et toi, flambeau des méditations, astre des nuits, sois pour moi l'astre du Pindel marche devant mes pas , à travers les régions inconnues du Nouveau-Monde , pour me découvrir à ta lumière les secrets ravissants de ces déserts !
Bené, accompagné de ses guides, avoit remonté le cours du Meschacebé ; sa barque flottoit au pied des trois collines dont le rideau dérobe aux regards le beau pays des enfants du Soleil. 11 s'élance sur la rive , gravit la côte escarpée , et atteint lesommetleplus élevé des trois coteaux. Le grand village des Natchez se montroit à quelque distance dans une plaine parsemée de bocages de sassafras : çà et là errolent des Indiennes aussi légères que les biches avec lesquelles elles bondissoient; leur bras gauche étoit chargé d'une corbeille suspendue à une longue écorce de bouleau ; elles cueilloient les fraises; dont Tincarnat teignolt leurs doigts et les gazons d'alentour. René descend de la colline et s'avance vers le village. Les femmes s'arrêtoient à quelque distance pour voir passer les étrangers , et puis s'enfuyoient vers les bois : ainsi des colombes regardent le chasseur du haut d'une roche élevée, et s'envolent à son approche.
Les voyageurs arrivent aux premières cabanes du grsind village; ils se présentent à la porte d'une de ces cabanes. Là une famille assemblée étoit assise sur des nattes de jonc ; les hommes fumoient le calumet ; les femmes filoient des nerfs de chevreuil. Des melons d'eau , des plakmines sèches, et des pommes de maiétolent posés sur des feuilles de vigne- vierge au milieu du cercle : un nœud de bambou servoit pour iraire Feau d'érable.
Les voyageurs s'arrêtèrent sur le seuil et dirent : « Nous sommes venus. » Et le chef de la famille répondit : « Vous êtes venus, c'est bien. » Après quoi chaque voyageur s'assit sur une natte et partagea le festin sans parler. Quand cela fut Mi , un des interprètes éleva la voix et dit : <t Où « est le Soleil ' ? » Le chef répondit : « Absent. » Et le silence recommença.
Une jeune fille parut à l'entrée de la cabane. Sa taille haute , fine et déliée , tenoit à la fois de l'é légance du palmier et de la foiblesse du roseau,
f Le SoMl, le Grand-Chef, ou TEmpereur des Katcbez.
LES MATGHEZ.
Quelque chose de soaOrant et de rêveur se mèloit à ses grâces presque divines. Lesludieos, pour peiudre la tristesse et la beauté de Geluta , disoient qu*elle avoit le regard de la Nuit et le sourire de l'Aurore. Ce n*étoU point encore une fenoipe malheureuse , mais une femme destinée 4 te deveplr. On auroit été tenté de presser cette adn|i|*able créature dans ses bras , si Yon n'eût craiyit de sentir palpiter un cœur dévoué d'avance aux chagrins de la vie.
Céluta entre en rougissant dans la cabane, passe devant les étrangers , se penche à loreUle de la matrone du lieu , lui dit quelques mot^ À voix basse et se retire. Sa robe blanche d'éoorpe de mûrier ondoyoit légèrement derrière elle, et ses deux talons de rose ep relevoient le bord à chaque pas. L*air demeura embaumé sur tes traces de l'Indienne du parfum des fleurs de magnolia qui couronnoient sa tête : telle parut tiérp aux fêtes d'Abydos ; telle Vénus se fit connottre , dans les bois de Carthage, à sa démarche et à l'odeur d*ambroisie qu^exhaloit sa chevelure.
Cependant tes guides achèvent leur repas , se lèvent et disent : « Nous nous en allons. » Et le chef indien répond : « Aljez o^ le veulent tes gé- « nies. » Et ils sortent avec René sans qu*on leur demande ^els soins le ciel leur a commis.
Ils passent au milieu du grand village , doqt les cabanes carrées supportoient un toit arrondi en dôme. Ces toits de chaume de mais entrelacé de feuilles s'appuyoient sur des murs recpqverts en dedans et en dehors de nattes fort minces. A l'extrémité du village les voyageurs arrivjèrent sur une place irrégulière que formoient la cabane du Grand-Chef des Natchez et celte de sa plus proche parente, la Femme-Chef',
Le concours d'Indiens de tous les âgesanimoit ces lieux. La nuit étoit survenue , mais des flambeaux de cèdre allumés de toutes parts jetoient une vive clarté sur la mobilité du tableau. Des vieillards fumoient leurs calumets, en s'entretenant des choses du passé; des mères allaitoient teurs enfants, ou les suspendoient dans leurs berceaux aux branches des tamarins ; plus Ipiu de jeunes garçons, les bras attachés ensemble, s'essayoient à qui supporteroit pîus longtemps l'ardeur d'un charbon enflammé ; les guerriers Jouoient à la balle avec des raquettes garnies de peaux de serpents , d'autres guerriers avoient de vives contentions aux Jeux des pailles et des osse-
> Le fils de cette femme béritoit de la royauté.
lets; un pl0s gm4 nombre exéeatait h disse de la guerre ou eeite du buffle, tandis qoe da musiciens frappoient avee une seule bagoette onc sorte de tambour, soufiSoient dans une ooD([ie sauvage , ou tifx)iept des sons d'un os de ckvrettU peimé à quatre traua , canuiie te fifre ai«é du soldai.
Cjètoit l'heure oq les fleurs de ni{bisciisoiH&mencent à s'entr'ouvrir dans les savanes, (t« les^tarlues du fleuve viennent disposer Isan wb dans les sables. Les étrangers avoient d^à pwé sur la place des Jeux tout le temps qu'un enfuit indien met à parcourir une cabane, qyaad, pov essayer sa marche , sa mère l«i préseote la namelle , et se retire en «onriant devant lui Oo fit alors panrftre un vieillard. Le ciel avoit vosli l'éprouver : ses yeux ne voyoient plus la Iqmière du jour. Il cheminoit tout aoqii)é , s'appuyaot d un c6té sur le bras d*iine j^um fo^meydsr» tre sur an iiéton de ebéne.
Le patriarche du désert se promendt an milieu de te foute charmée ; 1^ saebemanièae paroissoîent saisis de respeet, et faisoieet, ce le suivant , un cortège de aièeies an véDMiUe liorome qui Jetoit tant d'éclat et attiroit taot d*^ mour sur le vtell âge.
Eené et ses guides i'eyaat salué à la laaaière de i'Ëurope , ie fiauvaga averti e'iadiu i son tour devant eux ; et prenant la parole dans leur langue maternelle , il leur dit '• « Étrangers, <" jHgnorois votre présence parmi noua- Je sais « fâché que mes yeux ne puissent vops voir; « j'aimois autrefois à eontempler mes bètes eU « lire sur leurs fronts s'ils étoient aimés dacid.* Il se tourna ensuite vers la foule qu'il entendait autour de lui : « Natchez, pomment avez-voiis « laissé ces François si longtev^ seuls? tiiea-vMS
« assurésque vous ne serez, jamais voyageurs loin « de votre terre natale? Sachez ^e toutes lesfob « qu'il arrive parmi vous un étranger, vous devtft 1 un pied nu dans le fleuve et une main tendœ « sur les eaux, faire un sacrifiée au Mescbacebei « car l'étranger est aimé du Grand-Esprit*
Près du lieu où parloit ainsi le vieillard » voyoit un catalpa au tronc nou.eux, BUi faawsni étendus et chargés de fleurs : te Yteilterd ordonne à sa filte de l'y conduire. Il s'assied au pied de Farbre avec René et les guides. Des enfoats oMr tés sur les branches du catalpa éclairoM*^ des flambeaux la scène au-dessous d'eux. Frappe de la lueur rougeâtre des totches, le vieil artw
LIYBE L
elle vieil liomme seprétoient mutoetlement une beaaté religieuse; fun et l'autre portoient les marques des rigueurs du ciel, et pourtant ils fleurissoient encore après avoir été frappés de la foudre.
Le frère d'Amélie ne se lassoitpoiut d*admirer le sachem. Ghactas (c'étoit son nom] ressembloit aux héros représentés par ces bustes antiques qui expriment le repos dans le génie , #t qui semblent naturellement aveugles. La paix des pas- MOBS éteintes se méloit , sur le front de Cbactas , à cette sérénité remarquable chez les hommes qai ont perdu la vue ; soit qu'en étant privés de la lumière terrestre nous commercions plus intimement avec celle des cieux , soit que Tombre où vivent les aveugles ait un calme qui s'étende sur l'Ame ; de même que la nuit est plus silenciease que le Jour.
Le sacbem , prenant le calumet de paix chargé de feuilles odorantes du laurier de montagne, poussa la pramière vapeur vers le ciel, la seconde vers la terre , et la troisième autour de l'horizoo. Ensuite il le présente aux étrangers. Alors le frère d'Amélie dit : « Vieillard! puisse- le ciel te béoir dans tes enbntsl Es-tu le pasteur de ce peuple qui t'environne? permets-moi de me ranger parmi ton troupeau. »
— « Etranger, repartit le sage des bois , Je ne suis qu'un simple sachem , fils d'Outalissi. On me nomme Ghactas, parce qu'on prétend que noa voix aquelque douceur ; ce qui peut provenir de la crainte que j'ai du Grand-Esprit. Si nous te recevons comme un fils, nous ne devons point en retirer de louanges. Depuis longtemps nous sommes aipisd'Ononthio' dont le Soleil' habite de l'autre côté du lac sans rivage ^ Les vieillards de ton pays ont discouru avec les vieillards du mien , et mené dans leur terpps la danse des forts , car nos aieux étoient une race puissante. Que sommes-nous auprès de nos aieux? Moi-même qui te parle, j'ai habité jadis parmi tes pères : je n'étois pas courbé vers la terre comme aujourd'hui , et mon nom retentissoit dans les forêts. J'ai coutraeté une grande dette envers la France. Si l'on me trouve quelque sagesse, c'est à un François que je la ^îs; ce sont ses leçons qui ont g.ermé dans mon cœur : les paroles de l'homme , selon les
^ U gouveroeor françois.
U roi de France.
*Unier.
« voies du Grand-Esprit, sont des graines fines, « que les brises de la fécondité dispersent dans « mille climats, où elles se développent en pur « maïs ou en fruits délicieux. Mes os, ô mon fils, « reposeroient mollement dans la cabane de la » mort, si je pou vois , avant de descendre à la d contrée des âmes , prouver ma reconnoissance r^ par quelque service rendu aux compatriotes de « mon ancien hôte du pays des blancs. »
En achevant de prononcer ces mots, le Nestor des Natcbez se couvrit la tête de son manteau , et parut se perdre dans quelque grand souvenir. La beauté de ce vieillard , l'éloge d'un homme pplieé prononcé au milieu du désert par un Sauvage, le titre de fils donné à un étrapger, cette coutume naïve des peuples de la nature , de ifHter de parents tous les hommes, touchoient profondément René.
Ghactas, après quelques moments de silence , reprit ainsi la parole : « Étranger du pays de • l'Aurore , si je t'ai bien compris , il me semble « que tu es venu pour habiter les forêts où le soft leil se couche. Tu fais là une entreprise péril- « leuse; il n'est pas aussi aisé que tu le penses « d'errer par les sentiers du chevreuil. Il faut que « les manitous dn malheur t'aient dpnné des son- « ges bien funestes, pour t*avoir conduit h une «( pareille résolution, (laepnte-nous ton histoire, « jeune étranger : je Juge par la fraicbeur de ta « voix , et en touchant tes br^s , je vois par leur « souplesse que tu dois être dans l'âge des pasci sioos. Tu trou\eras ici des cœurs qui pourront R compatir à tes souffraqces. Plusieurs des sa- « chems qui nous écoutent connoissent la langue « et les nu9urs de ton pay^; tu dois jstpercevoir « aussi, dans la foule, des blancs, tes corapa- « triotes du fort Rosalie, qui seront charmés « d'entendre parler de leur pays. »
Le frère d'Amélie répondit d'une voix troublée : « Indien, ma vie est sans aventi^res, et le a cœur de René ne se raconte point. «
Ges paroles brusques furent suivies d'un profond silence : les r^rds du frère d'Amélie étincelpient d'un fieu sombre ; les pensées s*ampnceloient et s'entr'ouvroient sur son front comme des nuages; ses cheveux avoient iine légère agitation siir ses tempes. Millfe sentiments confus régnoient dans la multitude : les uns pre^oient Tétranger pour un insensé , les autres pour un génie [revétn de 1^ forme humaine.
Ghactas y étendant la main dans l'ombre, pût
LES NATCHEZ
celle de René. « Étranger, Ini dit-il , pardonne à « ma prière indiscrète : les vieil lards sont cnrieox ; « ils aiment a écouter des histoires pour avoir le « plaisir de faire des leçons. »
Sortant de |*amertume de ses pensées , et ramené an sentiment de sa nouvelle existence, René supplia Chactas de le faire admettre au nombre des guerriers natchez, et de Tadopter lui-même pour son fils.
« Tu trouveras une natte dans ma cabane , ré- « pondit le sacbem, et mes vieux ans s'en ré- « Jouiront Mais le Soleil est absent ; tu ne peux « être adopté qu*après son retour. Mon bote, ré- « fléchis bien au parti que tu veux prendre. Trou- « veras-tu daps nos savanes le repos que tu viens « y chercher? Es-tu certain de ne jamais nourrir
< dans ton cœur les regrets de la patrie ? Tout se « réduit souvent, pour le voyageur, à échanger « dans la terre étrangère des illusions contre des
< souvenirs. L'homme entretient dans son sein un « désir de bonheur qui ne se détruit ni se réalise; « il y a dans nos bois une plante dont la fleur se « forme et ne s'épanouit jamais : c*est l'éspé- « rance. »
Ainsi parloit le sachem : mêlant la force à la douceur, il ressembloit à ces vieux chênes où les abeilles ont caché leur miel.
Chactas se lève à Taide du bras de sa fille. Le frère d'Amélie suit le sachem, que la foule empressée reconduit à sa cabane. Les guides retour^ nèrentau fort Rosalie.
Cependant René étoit entré sous le toit de son hôte, qu'ombrageoient quatre superbes tulipiers. On fait chauffer une eau pure dans un vase de pierre noire, pour laver les pieds du frère d'Amélie. Chactas sacrifie aux manitous protecteurs des étrangers ; il brûle en leur honneur des feuilles de saule : ie saule est agréable aux génies des voyageurs, parce qu'il croît au bord des fleuves, emblèmes d'une vie errante. Après ceci Chactas présenta à René la calebasse de Thospitalité, où six générations avoient bu l'eau d'érable. Elle étoit couronnée d'hyacinthes bleues qui répandoient une bonne odeur. Deux Indiens, célèbres par leur esprit ingénieux , avoient crayonné sur ses flancs dorés l'histoire d'un voyageur égaré dans les bois. René, après avoir mouillé ses lèvres dans la coupe fragile, la rendit aux mains tremblantes du patron de la solitude. Le calumet de paix , dont le fourneau étoit fait d'une pierre rouge , fut de nouveau présenté au frère d'Amé-
lie. On lui servit en même temps deux jeimcs ramiers qui , nourris de baies de genévrier par leur mère , étoîent un mets digne de la table d'un roi. Le repas achevé , une Jeune fille aux br» nus parut devant l'étranger, et, dansant la chanson de l'hospitalité, elle disoit :
< Salut, hôte du Grand-Esprit! salut, 6 le « plus sacré des hommes! Nous avons du maû « et une couche pour toi : salut, hôte du Graoè « Esprit! salut, ô le plus sacré des hommes! > La jeune fille prit l'étranger par la main , ie conduisit à la peau d'ours qui de voit lui servir de lit , et puis elle se retira auprès de ses parenti René s'étendit sur la couche du chasseur, et d(R^ mit son premier sommeil chez les Natcliez.
Tandis que la nation du Soleil s*occape encore de jeux et de fêtes, une fatale destinée prédpitt de toutes parts les événements. Al>andonnant Ifs champs fertilisés par les sueurs de leurs aïeux, déjeunes hommes, plantes étrangères arrachéfs au doux sol de la France, viennent en foule peupler de leur fructueux exil le fort qui gourmande le Meschacebé, et qui fait redire à ses bords le nom charmant de Rosalie. Perrier, qui gouverne à la Nouvelle^riéans les vastes champs de la Louisiane, Perrier ordonne à Chépar, vaillsnt capitaine des François aux Natchez , de faire le dénombrement de ses soldats, afin de porter ensuite , si telle étoit la nécessité , le soc ou la bêche jusque dans les tombeaux des Indiens. Chépar commande aussitôt à ses bataillons de se déployer à la première aurore sur les lx>rds do fleuve.
A peine les rayons du matin avoient jailli do sein des mers Atlantiques, que le bruit des tambours et les fanfares des trompettes font tressaillir le guerrier dans sa tente assoupi. Le désert s'épouvante et sccouQ sa chevelure de forêts; la terreur pénètre au fond de ses demeures, qoi, depuis la naissance du monde, ne répétoient que les soupirs des vents, le bramement des cerft et le chant des oiseaux.
A ce signal , le démon des combats, le sangn:naire Areskoui ' et les autres esprits des ombres poussent un cri de joie. L'ange du Dieu des armées répond à leurs menaces^ en frappant sa lance d'or sur son bouclier de diamant : telles sont les rumeursde l'Océan lorsque les fleuves américains, enflant leurs urnes, fondent tous ensemble snr leur vieux père : TOcéan , fracassant ses vagues
* Génie oa dieu de la guerre dm les Seavagct.